‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 6 sur 192 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

En l'an 1530.

SOMMAIRE

Le» CoofeatloD» de fo( des deux parti» de» protesUnU. Celle d'AUKsbourf; compooéi* par Melânchlon. Celle de Strasbourg ou de» quatre villes , par Bucer. Celle de Eulngtr. Variations de celle d'Augsbourg nir reuchartatie. Ambiguité de celle de Strasbourg. Zuingte seul pose neUement le sens Uguré. Le terme de substance pourquoi mis pour expliquer la ré«* lilé. Apologie de la Coafcsskm (TAugsbourg faite par Melanehton. L'Eglise calomniée presque sur tous les points, et prindpalement sur celui de la JusUficallou , et sur l'opération d«9 sacrementa et de U messe. Le mérite des buDon œuvres avoué de part et d'autre, robsoUilion sarramentale de même; la confession; les vœux monastiques, et beau* coup d'autres arlictcs. L’CgIUe romaine ivcunnne en plU' sieur» manières dans ta confession d'Augsbuurg. DeiiM^nstrolion, par la Qjnfcssion iTAugslMJurç et par rapulugie, que les lutliérlens reviendraient A ixms en retranchant leurs calomnie», et en eotendant bien leur propre doctrine.

Au milieu do ces démêlés on se préfiorait à la célèbre diète d’Augsbourg, que Charles Y avait convoquée pour y remédier aux troubles que le nouvel évangile causait en Allemagne. Il arriva à Augsbourg le 16 juin 1630. Ce temps est considérable, car c’est alors qu’on vit paraître pour la première fois des Confessions de foi en forme, publiées au nom de cliaque parti. Les luthériens défenseurs du sens littéral présentèrent à Charles V la confession de foi appelée la Confession d'Augshourg. Quatre villes de l'Empire, Strasbourg, Memingue, Lindau et Constance, qui défendaient le sens figuré, donnèrent la leur séparément au même prime. On la nomma la Confession de Strasbourg ou des quatre villes: et Zuingle, qui ne voulut pas être muet dans une occasion si célèbre, quoiqu'il ne fût pas du corps de l'Empire, envoya aussi sa Confession de foi à l’empereur.

Meianchton , le plus éloquent et le plus poli aussi bien que le plus modéré de tous les disciples de Luther, dressa la Confession d'Augsbourg de concert avec son maître, qu'on avait fait approcher du lieu de la diète. C.eUe Confession de foi fut présentée à l’empereur en latin et en allemand le 26 juin 1530, souscrite par Jean , électeur de Saxe , par six autres princes, dont Philippe, landgrave de Hesse, était un des principaux , et par les villes de Nureniberg et de Reutlingue, auxquelles quatre autres villesétalent associées '. Ou la lut publiquement dans la diète en présence de l'empereur; et on convint de n’en répandre aucune copie, ni manuscrite ni imprimée, que de son ordre. Il s’en est fait depuis plusieurs Citions tant en allemand qu'en latin, toutes avec de notables diftérences ; et tout le parti la rei^'ut.

Ceux de Strasbourg et leurs associés défenseurs du sens figuré, s’offrirent à la souscrire, à la réserve de l'article de la cène. Ils n’y furent pas reçus; de sorte qu'ils composèrent leur Confession particulière, qui fut dressée par Bucer C'était un homme assez docte, d’un esprit pliant, et plus fertile en distinction que les scolastiques les

* Chftr HiU. C0itf. Àwg, He. — > /M.

plus raffinés; agréable prédicateur; un peu pesant dans son style : mais il imposait par la taille, et par le son de la voix. II avait été Jacobin, et s’était marié comme le.s autres, et même pour ain.si parier plus que les autres, puisque sa femme étant morte, il passa à un second et a un troisième mariage. Les saints Pères ne recevaient point au sacerdoce ceux qui avaient été mariés deux fois étant laïques. Celui-ci , prêtre et religieux , se marie trois fois sans scrupule durant son nouveau ministère. C’était une recommandation dans le parti, et on aimait à confondre par ces exemples hardis les observances superstitieuses de l’aiicieiine l^lise.

11 ne parait pas que Bucer ait rien concerté avec Zuingle : celui-ci avec les Suisses parlait franchement; Bucer méditait des accommodements, et jamais hoimne ne fut plus fécond en éx|uivoques.

Cependant lui et les .viens ne purent alors s’unir aux luthériens, et la nouvelle réforme fit en Allemagne deux corps visiblement séparés par dea Confessions de foi différentes.

Après les avoir dressées, ces Églises semblaient avoir pris leur dernière forme, et il était temps du moins alors de se tenir ferme : mais c'est ici au contraire que les variations se montrent plus grandes.

Confession d'Augsbourg est la plus considérable en toutes manières. Outre qu'elle fut présentée la première, souscrite par un plus grand corps, et reçue avec plus de cérémonie, elle a encore cet avantage qu’elle a été regardée dans la suite, nonseulement par Bucer et par Calvin même en particulier, mais encore par tout le parti du sens figuré assemblé en corps, comme une pièce commune de la nouvelle réforme, ainsi que la suite le fera paraître. Comme l'empereur la fit réfuter par quelques théologiens catholiques, Meianchton en fit l'apologie, qu’il étendit davantage un peu après. Au reste, il ne faut pas regarder cette apologie comme un ouvrage particulier, puisqu’elle fut présentée à l’env pereur au nom de tout le parti, par les mêmes qui lui présentèrent la Confession d’Augsbourg, et que depuis les luüiériens n’ont tenu aucune assemblée pour déclarer leur foi „ où ils n’aient fait marcher d'un pas égal la Confession d’Augsbourg et l’apologie, comme il parait par les actes de l’assemblée de Smalcade en (637 , et par les autres *.

Il est certain que l’intention de ta Confession d’Augsbourg était d’établir la présence réelle du corps et du sang; et, comme disent les luthériens dans le livre de la Concorde, ■ on y voulait expres- « sèment rejeter l’erreur des sacramentaires, qui

• présentèrent en même temps à Augsbourg leur

• confession particulière ». » Mais tant s’en faut que les luthériens tiennent un langage uniforme sur celte matière, qu’au contraire on voit d’abord Tarlicle X de leur Confession, qui est celui où ils ont dessein d’établir la réalité : on voit, dis-je, cet article X couché en quatre manières différentes, sans

* Pr^. Âpol in lib. Concord, p. 48. ^rt. Smai. ibki. 3&». SpUomt etfi. ib. S7I. Solida rrpet iM. «sj, 7» «{c. ^ » Concor. p. 7».

qu'on puisse presque discerner laquelle est la plus i butlientique , puisqu'elles ont toutes paru dans des éditiuus où étaient les marques de rautorilc publique.

IJe res quatre manières nous en voyons deux dons Je recueil île Genève, où la Confession d'Aussboar^t nous est donnée telle qu’elle avait été imprimée en ISIO à Vitemberc, dans le lieu où était ne le luthéranisme, où Luther et Melanehlonétaient présents'. Nous y lisons l'article de la cène en deux maniérés. Dans la première, qui est cellede l'inlition de Vitemberg, il est dit, « qu'avec le pain et le vin, le corps

• et le sang de JéMis-Christ est vraiment donné à « ceux qui mangent dans la cène. • La seconde ne parle pas du vin, et se trouve couchée en ces termes ; • Elles croient (U*8 Églises protestantes)

• que le corps et le sang sont vraiment distri- « hués ù ceux qui mangent, et iinprouvent ceux qui

• enseignent le contraire. »

Voilà dès le premier pas une variété assez importante, puisque la dernière de ces expressions s'accorde avec la doctrine du clmngement de substance, et que l’.vutre semble cire mise pour la combattre, 'l'oiilefois les luthériens ne s'en sont pas tenus la; cl encore que des deux manières d'énoncer l'article X qui paraissent dans le ret'ueil de Genève, Ms aient suivi la dernière dans leur livre de la Concorde, à rpiidroit où la Confession d'Augsbourg y est insérée * , on voit néanmoins dans le même livre ce même article x, rapporte de deux autres façons.

En effet, on trouvera dans ce livre l'apologie de la Confession d'Augsbourg, où ce même Melânchton qui l'avait dressée, et qui la défend, transcrit larticle en ces termes: • Dans la cène du Seigneur,

« le corps et le s:ing de Jésus-Christ sont vraiment

• et substantiellement présents, et sont vraiment

• donnés les choses qu’on voit, c’est-à-dire,

• avec le pain et le vin , a ceux qui reçoivent le sa-

• cretnent >»

Enfin nous trouvons encore ces mots dans le même livre de la Concorde * : • L’article de la cène est

• ainsi enseigne par la parole de Dieu dans la Con- « fession d’Augsbourg : Que le vrai corps et le vrai

• sang de Jé.sus-Chnst sont vraiment présents, dis- " Iribnés et reçus dans la sainte cène sous l'espèce

• du pain et du vin, et qu’un improuve ceux qui « enseignent le contraire. « Et c'est aussi la manière dont cet article x est couché dans la version franc.aise de la Confession d'Augsbourg imprimee à Francfort en 1073.

Si on compare mainlenant ces deux façons d'exprimer b réalité, il n'y a personne qui ne voie que celle de l'apologie l'exprime par des paroles plus fortes que ne faisaient les deux précédentes, rapportées dans le recueil de Genève : mais qu'elle s’éloigne aussi davantage delà transsubstantiation; et que la dernière au contraire s’accommode tellement liux expressions dont on se sert dans l'Église, que les catiioliqucs pourraient b souscrire.

» Conf. ^ng.art. %,Sÿittagm. Cfn.^.pnrt.p. 13. — * Ibid. w tib. fVimv /». 1.1. .4pol. ('oHf. Jiig. Conr. p. IS7. — •SitliJ rrpetu de frf«. Dom. fi. in, Conc. p. "2B

De COS quatre façons différentes, si on demande laquelle est l’originale qui fut présentée à (Parles V , b chose est assez douteuse.

Hospinien soutient que c'est b dernière qui doit êlrer«rigin.alc* parce que c’est celle qui parait dans l'impression qui fut faite des l’an LS30à Vitemherg, c’est-à-dire, dans le siège du luthéranisme, ou était b demeure de Luther et de Meianchton.

II ajoute que ce qui fit changer l'article, c’est qu'il favorisait trop ouvertement b transsubstantiation, puisqu’il marquait le corps et le sang véritablement reçus, non point avec la substance, maii sous les espèces du pain et du vin , qui est la même expression dont se servent les catholiques.

• Et c'est cela même qui fait croire que c'est ainsi que l'article avait été couché d’abord, puisqu’il est eertain par SIeidan et par Meianchton, aussi bien que parChytré et par Cék'Slin dans leur liistoire de b Confession d'Augsbourg *, que les catholiques ne contredirent point cet article dans b réfutation qu'ils firent alors de la Confession d’Augsbourg par ordre de l’empereur.

De ces quatre manières, b seconde est celle qu'on a insérét* dans le livre de b Concorde; et il pourrait sembler que ce serait b plus authentique , parce que les princes et U‘sétals qui ont souscrit à ce livre, semblent assurer dans la préfacé, qu'ils ont transcrilb Confession d'Augsbourg comme elle se trouve encore dans les archives de leurs prédécesseurs et dans celles de l’Empire Mais si l'on y prend garde de près , on verra que cela ne conclut pas , puisque les auteurs de cette préface disent seulement qu'ayant conféré les exemplaires avec les areiiives,

Ùs ont trouvé que le leur était en tout et jfartout de même sens que les exemplaires latins et allemands : ce qui montre b prcU iilion d'être d'accord dans le fond avec les autres éditions, mais non pas le fait positif, que les termes soient en tout les mêmes : aulremeiit on n'en verrait pas de si difTérciits dans un autre endroit du même livre, comme nous l'avons remarqué.

Quoi qu'il en soit, il est étrange que b Confession d'Augsbourg n’ayant pu être présentée à l'empereur que d’une seule façon, il en paraisse trois autres aussi différentes de celle-là , et tout enseinblo aussi authentiques que nous venons de le voir; et I qu'un acte si solennel ait été tant de fois altéré par ses auteurs dans un article si essentiel.

Mais ils ne demeurèrent pas en si beau chemin ; et incontinent après b Confession d’Augslmurg ils donnèrent à l’empereur une cinquième explication de l’article de la cène , dans l’apologie de leur Confession de foi qu’ils firent faire par Meianchton.

Dans celte apologie approuvée, comme nn a vu , de tout le parti , Meianchton , soigneux d’exprimer en termes formels le sens littéral, ne se contenta pas d'avoir reconnu une présence vraie et suOslan- Vielle , mais se servit encore du mol de présence corporelle^\ ajoutant queJésus-Christnottxé/<7//r/ou»é

» ffojp. port. 3./. M , IM , 173. — » S/eirf Apol. CoHf. Ang. nd ^rt. X. Chftr. Uni. conf. Àug. ctcle$L Hui. cvnf. .4»g.

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