DE L'IDOLATRIE. S
les mimcles; et, quoiqu'elle ne soit pas toujours exprimée , il la faut sous-entendre , même dans tous ceux qui se font par une espèce de commandement ; puisque c'est toujours la foi et l'invocation du nom de Dieu qui fait tout. Cest pourquoi le roi de Syrie écrivait au roi d’israèl : Je vous ai envoyé Naaman,afin que vous le guérissiez de sa lèpre ' ; il voulait dire qu'il le fit guérir par Élisce. Ils entendaient pourtant bien qu'il ne le ferait que par sa prière; puisque Naaman dit ces paroles : Je pensait qu'il viendrait à moi, et que s'approchant, il invoquerait le nom de son Dieu, et me toucherait de sa main, et me guérirait*. Ainsi l’effet est attribué à celui qui prie et qui obtient ; et si l’on n'exprime pas toujours b prière , c'est que la chose est si claire, qu’on la n^arde comme toujours sous-entcnduc. L’Église dit tant de fois, dans ses oraisons , que ce qu'elle espère des saints, elle l'espère par leur intercession et par leurs prières, qu'elle sait qu'il n'est pas possible qu'on l'entende jamais autrement, ni qu'on attende autre cliose du secours des saints qu'une puissante intercession auprès de Dieu, par Jésus-Christ. 11 n’est pas toujours nécessaire d’exprimer dans le.s prières ce qu'on sait déjà. Je vous prie, disait Élisée au prophète Elie que votre double esprit soit en moi, ou que votre esprit soit en moi arec abondance; et Elie lui répondit : rous demandez une chose difficile : toutefois, si vous me voyez lorsque je serai élevé, cela sera; et U avait dit auparavant à Élisée : Que voulez-vous que je tous fasse! comme tout étant en sa main , parce qu’il est en celle de Dieu, qui ne refuse rien à ses amis. Ils ne parient de Dieu ni l'un ni l'autre. En savaient-ils moins que c'était Dieu seul qui pouvait donner son esprit? A Dieu ne plaise! Il ne faut point abuser de ces façons de parler; mais aussi ne faut-il pas tomber dans b petitesse de croire qii*on*dèpbise à Dieu en sous-entendant une chose claire , comme s'il ne voyait pas les intentions, ou qu'à l'exemple des ministres, il fût toujours attentif à rpiloguer sur lus paroles. L'Église ne manque point de bien instruire le peuple que b puissance des saints est dans leurs prières. Écoutez le concile * : « Il faut • enseigner avec soin que les saints prient; qu'il est « bon de les appeler à son secours , pour nous obte- « nir les grâces de Dieu par Jé>sus-Chri8t; qu'il est « bon d’avoir recours à leurs prières ; qu'il ne faiu « point assurer qu'ils ne prient pas pour nous, ni « que ce soit une idolâtrie de leur demander qu’ils « prient en particulier pour chacun de nous. ■ Voilà leur prière répétée cinq ou six fois en dix lignes, aBn que nous entendions que les saints , encore un coup, ne sont paissants qu’en priant pour nous.
11 n'y a aucun de nos catéchismes ou il ne soit exprimé soigneusement que Dieu donne, et que les saints demandent. Si nous leur attribuons du pouvoir auprès de Dieu , c'esl que Dieu , qui leur iuspire tout ce qu'ils demandent , ne leur peut rien refuser. Nous imputer une autre pensée et nous
' IF. Bty. V, a. — ’ Ibid. 11. — * Ibid, il, 9. — * Ilnr. dt AS. *en. ixv.
chicaner sur les mois, c’est faire le procès à récriture, où ilesl écrit tant de fois :quera«»<Oiic rteint {*• j>évhé ‘ ; que la prière de h foi sauv€ le malade * , et cent autres choses semUkihies ; et re* proclierà JésuS'Chrisl même qu’il n'a pas parlé currecti'inont quand il a dit : « Guérissez les malades, « purifiez les lépreus, ressuscitez les morts, chassez
• les démons; vous avez re^u sraluileinent, don* « nez de même •
C’est en celle confiance que saint Augustin, un si sublime docleur, un ihéolo'tien si exact, hme la prière d une mère qui disait à saint Élieiine: • Saint
■ martyr, rendez-nioi mon fils; vous savez pour- « quoi je le pleure, cl vous voyez qu’il ne me reste « aucune consolation ■*. » C’est qu’il était mort sans baptême. Saint Augustin ne s’avisa pas de cliieaner cette femme sur ce qu’elle disait an martyr : Heti' deZ‘fHoi mon fdx. Il savait bicji qu'elle n’ignorait pas à qui c’était à le rendre, et à donner l eflicacité a\i\ prières du saint martyr. Saint Basile demandant les prières des saints quarante martyrs, les appelle « notre défense et notre refuse, les
• protecteurs et les gardiens de tout le genre hu- « main *. • Saint Grégoire, évêque de .Nysse, son frère, prie saint Théodore « de regarder d’en haut I la fête qui sc célébrait en son lionneur ^ous « crovons, lui di.xait-il, vous devoir le repos dont
• nous jouissons à présent; mais nous demandons «I la tranquillité de l’avenir. * Saint Astère, évéque d’Amase , contemporain et digne disciple de saint Chrysostôme, introduit dans son discours un fidèle qui prie ainsi saint Phocas : • Vous qui avez « souffert pour Jésus-Christ, priez pour nos souf- -« frances et nos maladies; vous avez vous-même « prié les martyrs avant que de l’étre; alors vous
• avez trouvé en cherchant : maintenant que vous « possédez, donnez-nous?. » Saint Grégoire de >'aziaiize a prié saint Cyprien et saint Athannsc
■ de le regarder d'en haut , de gouverner ses dis- « cours et sa vie, de paître avec lui son troupeau, « de lui donner une connaissance plus parfaite de « la Trinité, et enfin de le tirer où ils étaient, « de le mettre avec eus et avec leurs .semblables *. » I.CS autres Pères ont parlé de même. Si ces grands saints ignoraient que Dieu donnait toutes choses, et croyaient les recevoir des saintes rtmes autrement que par leurs prières, ils ne sont pas seulement, comme le veut le ministre, des antechrits commencés, niais des anleclirisls consommés, ou quelque chose de pire.
Revenons donc, et disons : Idolâtrer est rendre à la créature les honneurs divins. Or prier les saints de prier, c'est si peu un honneur divin, que c’est chose qu'il n'est pas possible d'attribuer à d'autres qu’à la créature : ce n’est donc pas un honneur divin, ni enfin rien au-dessus de In créature, puisqu'au contraire son apanage naturel est qu’on lui demande de prier.
• Tob. xiT, 0, ft i» S. Script, pnuim. — • Jac. v, 16. —
• * .-/ug. Scrm. cccwiv , in nat.-Var. alia$
»x\ni. i#f /oiM. V, cot. 1379. — * Orat. ih40 jVwr/. —
• Orat. IJI Thcotl. — ’ Ham. in Pkvc. - - ■ Orat. XTUI, rtc.
ICt cela n’csl pas seiilenicnt constant par la raison naturelle; c'est une chose expressément révélée de Dieu, puisque saint Paul a dit à la créature, et qu’il a répété soiivt-ni : Mes l'réreSt priez pour mol. C'est donc chose révélée de Dieu, en termes formels, que demander des prières ne peut être uu honneur divin, ni au-dessus de In créature. Il ii’cii \ faudrait pas davantage pour confondre M. Jurieu i et tous les ministres. Car voilà, en termes précis,
, celte demande , Priez pour nous, déclarée par un I apôtre un honneur huniain et convenable à la créature : or cet honneur, qui est humain en le faisant aux fideles qui sont sur la terre, ne peut pas devenir divin en le faisant aux esprits bieniieurcux, puisqu’on fuit l'un et l'autre dans le même esprit de demander la société des prières de nos frères.
Il ne reste à vos ministres que de nier, comme ils osent le faire, que nous prions les bienheureux esprits dans le même esprit que nous jiriuns nus frères. Mais c'est là nous contredire dans la chose du monde la plus claire , puisqu'il est clair, et attesté par tous les actes de notre religion, que nous ne demandons aux plus grands saints et même à la sainte Vierge que des prières. C’est ce que démontrent tous nos conciles , tous nos catéchismes , tout ' notre service, tous nos rituels; et en un mot, tous ! les actes de notre religion; et pour en venir à un exemple, c’est ce qui paraît dans le C’o«yî/eor, prière si familière à tous les fidèles, où, après avoir confessé nos péchés à Dieu, à scs anges, à scs saints et à nos frères présents, pour nous humilier non-seulement deiant Dieu, mais encore devant toutes ses créatures, nous finissons en disant : Je prie la sainte / ierge, les saints tuujfs, saint Jean-liaptiste , saint Pierre f saint Paul, tous les autres saints, et vous mes frères, de prier i>our mol notre Dieu tout-puissant.
Vous le voyez, mes cliers frères; nous ne prions point les saints et la sainte Vierge elle-même de prier pour nous autrement que nous en prions nos frère.s, parmi lesquels nous vivons. Cette prière adressée à nos frères vivants avec nous, se trouve, en termes formels, dans l'Écriture : donc celle que nous adressons aux saints qui sont avec I)ieu,étant de même nature, est clairement autorisée dans réquivalenl.
Qui veut voir combien cc raisonnement embarrasse les ministres, n’a qu’à entendre les extravagances où il Jette M. Juricu. Il entreprend de prouver que la glorification des bienheureux e.st un obstacle à cette prière qu’on leur pourrait faire ; et la raison qu’il en apporte est, dit-il, « qu'il serait « moins criminel d’invoquer un homme sur 1a terre, « que de l’aller chercher dans les cieux. Sur la terre, « un liomme est loin de Dieu : il est ou il paraît « être quelque chose étant seul; mais uni à Dieu, « réuni à sa source, comme un llcuve eslrtiuni à l'O- « céan quand il s’y est jeté, il n’est plus rien, il « est englouti et abîmé, pour ainsi dire, dans les « rayons de la gloire de Dieu. » Quelle vision de s'imaginer qu'un bienheureux , uni à Dieu, n’est plus rien , qu’il n'agit plus et ne vit plus \ C'est du
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