‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 55 sur 192 · SUR LE REPROCHE DE Ï/IDOLATRIE · texte numérisé non relu

SUR LE REPROCHE DE Ï/IDOLATRIE

di(‘u des Siamois que le ministre veut sans doute (Mrler. Que si l'uu dit que c'est une exagération qui Catt voir qu'à roinparnison de la gloire immense de Dieu, celle de la créature doit être comptée pour rien, il faut donc avouer en même temps que le bienheureux, loin d'étre HTeclivemcnt anéanti et sans action dans ce glorieux état, est au contraire d'autant plus, vit et agit d'autnnt plus, qu'il est plus intimeinent uni à la source de la vie et a la plt> riitüde de l'être. S'imaginer maintenant qu'il n'est plus permis de l'honocer dans cet état, ce serait dire en même tenipsqu'on ne le peut pluslionorer ni glorifier, à cause qu’il est arrivé au comble de la gloire; ce qui serait la plus grossière de toutes les absurdités.

Que veut donc dire ce vain discours de votre ministre ; « On est obligé de s'abstenir de rendre tout « hoinmago à un sujet en présence de son souve- « min, et l'on ne sera pas obligé de s'abstenir de « rendre un culte religieux à une créature devant • le Créateur? «Quand on tient de pareils discours, OH il n'y a qu'un son éclatant et dos couleurs spécieuses, on montre bien qu'on ne veut qu'éblouir le momie. Car laissant à part l'équivoque du terrae de religieux dont on parlera bientôt, demandez, mes frères, à votre ministre , s'il permet de louer et de gloriiier les bienheureux esprits dans l'état de gloire ou ils sont. Voilà donc cette es|H'ce d'hommage, puisqu'il veut l’appeler ainsi ; et pour parier plus correctement, voilà les justes louanges et la gloriQcation rendue aUx saints, sous U*s yeux de Dieu, sans qu'il s'en offense. ISiera-t-oii que les louanges soient un culte, et les louanges de Dieu la principale partie du culte divin ? Donc les louanges des saints sont un honneur qu'on leur rend. On sait bien, et il ne faut pas se tourmenter à nous l’expliquer , qu'on ne les loue pas comme Dieu; mais enfin en les louant on les honore. Ijt ministre nous dira, quand il lui plaira, si cet honneur qu’on leur rend, pour l'amour de Dieu, «St religieux ou profane. Kri attendant , il est constant qu’on ne les regarde pas devant Dieu comme des riens , puisqu'on les loue à ses yeux, et que c’est là proprement que nous les devons glorifier, puisque c’est là que Dieu les glorifie.

La comparaison des rois de la terre montre bien encore qu’on ne s’entend pas. Car sans parler de certains honneurs qu'on rend tous les jours aux enfants des rois en présence de leur père, et qui rejaillissent sur les rois mémos, ce qui montre qu’on peut lionorer les enfants de Dieu devant leur Rère «•leste < et oh est-cc qu’on les honorera, si l’on ne les honore pas devant Dieu et sous ses yeux? où est-ce que Dieu n’est pas? où esl-ce que la foi ne nous le représente pas dans sa majesté et dans sa gloire ?), il ne faudrait dune jamais honorer nos frères, ni les prier de prier pour nous. Car nous ne le pouvons faire qu'en les regardant sous les yeux de e«tle sopréme Majesté. ICI d'ailleurs peut-on ne pas voir que ce qui oblige à supprimer devant les n»ls certains honneurs qu'on pourrait rendre aux autres bonmicsi‘11 leur absence, c'<*sl qu’apres tout

le roi n’est qu'un homme, et riioaneur qu'on lui rend est un honneur fini, qu’un autre honneur peut partager et diminuer: mais riiomieur qu’on rend à Dieu n'ayant point do bornes, puisqu’on y regarde toujours la disproportion de créature à créateur, qui est infinie, Dieu ne peut rien perdre du sien , quand on honore ses serviteurs, qu'on ne regarde nu contraire que comme un faible écoulement de sa grnn<leur infinie; et <}u’ün regarde toujours comme d'autant plus revêtus de ses bienfaits, qu'ils sont eux-mêmes plus grands. Il non est pas ainsi des rois. I^s hommes n’en tiennent pas toutes les belles qualités d’esprit et <le corps qui leur attirent du respect. Mais tous les avantages que nous révérons dans les saints leur viennent de Dieu; et dés qu’ils sont connus comme tels, s’ils provoquaient Dieu à jalousie, Dieu serait jaloux de lui-même.

Mais voici une autre raison de votre ministre : « Quand vous dites a un saint vivant : Priez pour « nous, vous n’en faites point un intercesseur qui soit •« médiateur auprès de Dieu ; car il n’est pas plus au-

• près dcDicu que vous ; il n’est point entre Dieu et

• vous ; ce n’est qu’une jonction de prières que vous « demandez : mais quand vous dites a un saint qui « est au ciel plus prés de Dieu que vous, et tout

• près de Dieu: Priez pour nous, vous en faites un « intercesseur posé près de Dieu, un médiateur entre « Dieu et vous. «Dans quelles subtilités s'embarrasAC l'esprit humain , et quel vain tourment il se donne, quand il ne veut p,ns ouvrir les yeux à la vérité? Un bienheureux est uni à Dieu par la charité ; unfidelc qui est sur la terre lui est uni par le même nœud , et c'estla mêmccharité partout; puisque saint Paul a prononcé que la chariie. ne se })erà jamais \ et par conséquent ne se perd pas même dans la gloire, comme la foi et l’espérance s’y perdent. Si c'est la même charité, elle nous unit avec Dieu et entre nous, tant dans le ciel que sur la terre , en sorte que tous ensemble nous ne faisons qu’un même corps de Jésus-Christ. Les saints voient ce que nous croyons; mais toute la perfection de la gloire est renfermée dans la foi, comme le fruit dans son germe. Les saints ne sont donc pas entre Dieu et nous, à parler dans la précision d’une saine tliéojogie ; mais iis sont nos membres et nos frères, qui ont accès cuiiime nous par le même médiateur, ipii est Jésus- Christ. De là se forme ec raisonnement tiré des principes du ministre: Ce n'est point olïenser Dieu ni Jésus-Clirisl^ucfA? demawler aux. saints une jonctinnde prièi'4s{eei,Q\\\ les paroles du minislro (lu'oii vient de voir). Or nous ne demandons aux s.iints qu'une jonction de prières, ik n'est point mettre les saints entre Dieu et nous , que de les regarder comme uuis à nous (c’est encore le princij>e du même miui.slre}. Or nous ne regardons les saints, qui sont dans la gloire, que comme unis avec nous [>ar la charité eu un même eor)).s de Jésus- (Ilirist; nous ne les mettons donc pas entre Dieu et nous, comme nous y mettons .lous-fJirist; 1 1 a proprement parler, il n'y a que Jésus-Christ siml à qui nou.s rendions cet honneur; puisqu'il n'y a quu

‘1 <W. xiii,s.

jy

AVERTISSEMENT

lui seul que nous regardions comme écouté par luimême ; tous les autres , qui prient dans le ciel ou sur terre , ne l’étant uniquement que par lui , ainsi qu’on vient de le voir par le concile de Trente^ et qu'on le verra encore plus évidemment dans la suite.

Il s'ensuit de là clairement que les prières qu’on adresse aux saints, loin de nous détourner de Dieu, nous y unissent ; ce qui se démontré en celte sorte. La prière, dont Dieu est toujours le premier et le principal objet , ne nous {>eut détourner de Dieu ; or est-il que Dieu est toujours le premier et le principal objet de la prière que les catholiques adressent aux saints, puisqu'ils ne les prient que de prier Dieu ; par conséquent la prière adressée aux saints ne peut jamais détourner de Dieu ceux qui la font dans l'esprit de n'élise catholique.

En effet , le but de crtte prière n'est pas tant de s’adresser aux saints comme priéj, que de nous unir à eux comme priants j et c’est pourquoi saint Basile ne croyait pas détourner les peuples de prier Dieu, en les invitant à prier les saints; parce que K>sinvitantà prier les saints, selon l'esprit du christianisme, c'était leur dire en d'autres paroles, comme il l'interprète lui-mémc : Que vos prières se rrpantlent dcvûnt Dieu avee celtes des martyrs* .

dessein de glorifier Jésus-Christ est toujours le principal et le plusiiilimenvotifqui anime ces prières; c'est aussi ce qui faisait dire à saint Chrysostdnse’: « Où est le sépulcre d’Alexandre le Grand? Mais les

• tombeaux des serviteurs de Jésus-Ciirist sont illus- « 1res dons la ville maîtresse ; et personne n'ignorc « les jours de leur mort , qui sont devenus des jours

« de fetes par tout l'univers Les tontbeaux

•> des serviteurs du Crucifié sont plus magnifiques « que les palais des rois , non tant par la beauté de « la structure, quoique cela ne leur manque pas, « que par ic concours des peuples. Car celui qui

• porte la [M)urpre y accourt lui-inème pour embras-

• ser ces tninlieoux ; et ayant déposé sonfastc, il est «debout, priant les saints qu’ils l'aident parleurs « prières. Celui qui porte le diadème choisit un pê-

• cheur et un faiseur de tentes , même après leur

• mort, pour ses patrons. Direx-vous que Jésus- « Christ soit mort, lui dont le.s serviteurs, même « après leur mort , sontles patrons et les protecteurs « des rois do la terre? « C'est dans la gloire qu’il les regarde, comme vous voyez; et loin d’être rebuté (le les honorer, .sous prétexte qu'il les regarde avec Jésus-Christ, c'est au contraire pour celle raison qu'il le.s juge dignes des plus grands hoaneiirs. C’est ainsi <|ue ces grands hommes faisaient servir la gloire des saints à celle de Jésus-Christ. T.e même saint Clirysostùme dit em'ore ailleurs’ :

• Allons souvent visiter ces saints martyrs, tou-

• étions leurs clulsses , embrassons avec foi leurs

• saintes reliques, afin d'en nltirer quelques béncdic- « lions sur nous; car comme de braves soldats « montrant aux rois les plaies qu'ilsontrequespour « leur service leur parlent avec confiance, de « même ceux-ci, en montrant leurs têtes coupées,

* Orat. m 4f> Mirt. — • Hfim. xwi, m 11. ad Cor —

• Hom. XL. dr SS. Juxrnl. et Moje.

• obtiennent toutrequ*ilsveu)eotdaRoi du cêel. »

Ce beau passage de saint Chrysoaléme atellenkeiri

touciié OKcolampade, uo des prétendus réformateurs, qu’iM’oblige à parier ainsi dans les notes qu’il a faites sur cette Homélie : « Je ne voudrais pas « nier que tés saints ne prient pour nous; je ne « voudrais pas dire non plus qu'il fOl assuré que ce

• fiU une impiété et une idolâtrie d’implorer leur « protection. I..es saints sont tout embrasés de chari- ■ té dans le ciel ; ils ne cessent de prier pour nous.

• Quel mal y a-t-il donc de leur demander qu'ils « fassent ce que nous croyons que Dieu a très-agréa-

• ble, quoiqu'il ne nous ait pas eommacidé de le « faire? • Un ministre nous justifie contre les ministres; et malgré les préventions de la secte , lorsqu'il entend les Pères parier comme noos, il n’ose pas assurer que nos prières se ressentent 4e Tklolâtrie.

Mais, dit-on, et voici le fort des prétendus réformés, on présuppose, en priant les saints de tant d’endroits de fa terre, qu'ilsont l'oreifle partout, et qu'ils connaissent le secret des cœurs; ce qui est leur atlribuf r une prérogative divine. Qu'un autre ministre réponde pour nous. I..es prétendus rélormés n'ont pas dessein d’élever les anges, non plus que les autres saints, au-dessus de la créature. Cependant que notisdisent-ils de ces créatures bienheureuses? « Les anges , dit M. Daillé ' , voient ce

• qui touche chacun do nous en particulier. Ils voient « le péril de chacun de nous , ce que chaque fidèle « craint, ce qu'il désire, ce qu’il demande, parce « qu'ils sont présents sur la terre et mêlés au milieu

• de nous. • Daillé en fait-il des dieux, en leur donnant tint de connaissance, et de nos besoins, et de nos désirs, et de tout ce qui nous toudie en particulier? Mais c'est, dit-il , qu'ils sont sur ki terre au milieu de nous : comme si la connaissance de tant de secrets di-pendait des lieux, et non d'une lumière céleste, que Dieu comnuinique à qui il lui plaît. Quoi qu’il en soit, on peut dire, sans blesser la foi, que les anges connaissent ce qui se posae sur la terre^ et inên)e nos secrets désirs. Ce qui fait que cette opinion qu’on a de leurs connaissances ne nous empêche pas de les reconnaître pour ce qu’ils sont, c'est-à-dire , pour des créatures , c'est que nous savons d'où leur viennent toutes leurs lumières , d’où ils reçoivent leurs ordres, et où ils mettent leur félicité. Nous n'avons donc pas besoin d'égaler les saints à Dieu , pour leur faire entendre nos vœux. Il ne faut que les égaler aux anges , qui savent nos prières, qui lesprésentent à Dieu, qui lesmetteotsur l’autel céleste devant le trône de Dieu * , comme ua présent agréable. Lisez le chapitre viii de l'Apocalypse ; et ne dites pas que l’ange qui y offre à Dieu les prières des saints soit Jésus-Christ; saint Jean ne l'appelle qu’un atdre an^f un angecommeles autres qui paraissent dans ce (iivin livre , un ange comme les sept anges dont U venait de parler. Cet ange, qui n'est qu'une créature, entend nos vœux , puisqu'il tes offre. Qu’on répète tant qu’on voudra que c’est une idolâtrie que d'égaler par quelque en-

■ Ub. 3, c. xiiu, p. — > Àpoc. nu, 3. — ’ /6td.

SUR KE REPROCHE DE I.IDOI.VTRIE.

droit que ee soit les saints à Dieu : j'en eonviens; ■nais sera-ce eiieore une idolâtrie de les esaler aux ailles, à qui Jésus ClirisI luènie nous apprend que saprâce nous rendra seinhlablos? 11.1 sn imt, dit-il comme les aiujes de Dieu. Mais qui einpéclie qu’ils ne le soient dés hpresent, puisqu'ils voient, eoinine les anges, /a face du Vice? Un ange présenté nos prières’, et les fioles qui sont pleines de ce celestc parCnm. Mais les vingt-i|uatrc vieillards, qui nous représentent l’universalité des saints, assis devant le trône de Jésus-Clirist, revêtus de filauc, et eouronnés, c’est-à-dire, avec lacouleur et les ornements de la gloire^, n’.appurtent-ils pas aussi dans leurs mains ces fioles pleines de parfums, qui sont les prières des saints? Si les anges sont apiielés à la participation des secrets divins, et s'ils en fout le sujet des louanges qu’ils donnent à Dieu, ne voiton pas les âmes des martyrs sous l’autel, où elles sonten Ji'SUS-Clirist, dans |equel elles sont cachées, qui connaissent l’état de l’Église, en savent les persécutions dont elles demandent la fin, et apprennent qu'elle est différée pour peu de temps, et pourquoi < ? K’est-ce donc pas blasphémer, que de les ranger parmi les morts qui ne saventrien de ce qui se passe sur la terre? et quand Dah) lune tombe , les ainitrcs et les martyrs ne sont-ils pas invités à louer Dieu de ses jugements, et n’entend-on pas eu effet, .aussitôt après, des cantiquesd’admirationdans le ciel, sur ce sujet*? ne voit-on |)as que l’exécution des justes jugements de Dieu fait une fête dans le ciel, pour tous les esprits bienheureux, cl autant pour les âmes saintes que pour les saints anges? Pourquoi donc ces âmes saintes n’entreraienl-elles pas dans les actionsparticulièresetdans la fête ([u’on fait dtins le ciel, iKjur la conversion d’un pécheur? Qu’on ne nous dise donc plus i|ue c’est en faire des dieux, que de leurfaire connaître ce qui se passe ici-bas, et en particulier les prières que nous envoyons ,ru ciel? Suivonsde plus hauts principes, elapprenons àconnaitre en quoi consiste la grandeur de Dieu. Il fait entendre à ses prophètes , aux âmes saintes , 5 ses anges, et àtel autre qu’il lui plaît de ses serviteurs, non-seulement les i>ensées, des hommes, mais encore ses propres pensées et ce qu’il a résolu des peiiples et desnations dans son conseil éternel. Il les élevé plus haut, lorsqu’il leur montre son essence à découvert. Et sans doute c'est quelque chose de plus de le voir lui-iuémeface à face, que de connaître ses desseins, quchpie hautsqu'ils soient ; à plus forte raison, que de connaître les desscinset les pensées des hoiniiies mortels. Dieu mène ses serviteurs autant qu il lui plaît, ainsi qu’il lui plaît, par tous les degrés de connaissances; et à quelque perfection qu’il les élevé, il se montre toujours leur Dieu, parce qu’ils ne sont éclaires que par sa lumière.

- Cest pourquoi les saints docteurs n'ont point hésité à attribuer \a connaissance de nos prières aux flines saintes. Nous avons ouï saint Grégoire de TSyssc dire au marlyr saint Théodore : O soint marh/r f Tfgarde>Hons du pt us haut des

• \i-nfh. \XM, — • .//w» .VIII, 3- - ' tbH. iv . l; v, h; VI. i, n — * VI, n». II. — * \vm. 5'S •

Nous avons oui saint Augustin louer la prière a'tiiie mère ehrelienne, qui avait perdu .son (ils kuis être baptisé : O saint martyr ^ vous savez jMurtfUoi je le pleure^ disait celle mère*; et parce (juVlle avait dit, vous savez, « Dieu, continue le inéiiie Père,

• voulut montrer quelle avait clé sa pensée. F.llo

• porta Tenfant ressuscité aux prêtres; il fut bap

• tisé, il fut sanctiüé, il fut oint , on lui imposi

• les mains. Tous les sacrements élant achevés, il « mourut. Sa mère accompagna son enterrement

• avec un visage (jni faisait paraître quelle ne

• croyait pas tant mettre son lils dans le loinbeaii

• que le mener dans le propre sein du martyr. «* Que d'articic.s de la nouvelle réforme sont condamnés p.ir cc récit, cl (jUGii doit circ frlclié . s'il re^tc quelque sentiment de piété véritable, d'élrc d’ime religion qui oblige à rejeter des choses si saintes, et i\ la fois si bien attestées p.ar de si granil.s homim's î Mais quelque opinion qu’on eu ait, j’ai toujours gagné ce que je voulais; et il est bien assuré qm: ni la femme qui fil eette prière à saint fttlcniie, ni s.iint Augu.stin qui lu loue, ne voulaient pas faire un Dieu de ce saint martyr. Les autres IVros ne voulaient pas non plus attribuer aux saints dont ils demandaient les prières, aucune perfection divine; puisque, quelque inleüfgenre qu’ils y reconnussent de nos be.soins. ou en général des eimse.s du inonde, ils savaient bien qu’ils ne voyaient rien que dans une lumière empruntée. ■ Vous savez tout, « disait saint Paulin à saint Félix* : vous voyez dans « la lumière de JOsus-Clirist les choses les plus « secrètes et les plus clulgiiées, et vous cotnprcncz » tout Cil Dieu, où l'Uit est renfermé. •

Il faut que le ministre succomlic sous des vérités si constantes. Il en a senti le poids : il a, disje, bien senti (|iic ni les saints Pères, qu’il accuse comme nous d'idol.Urîe, ni nous, qui ne faison.s que les suivre, iratlribuons rien de divin aux bienbenreux esprits ; cl vous le pouvez entendre par ces paroles : « Nous pouvpn-sdefier l'Kglisc romaine « de nous montrer aucune différence entre le culte

• quelle rend au Fils de Dieu , et celui qu’elle rend « aux saints. Ils en peuvent trouver quebpruue B entre le culte du Père et cchii des saints; mais B entre le culte des saints et du Fils, je les dé- B fie d'en montrer ancime*. - Tout cela se réduit à dire ipie Jésus-('hrist homme fait tout te bien qu'il 7tous fait par voie* rtiutmessioH , comme les saints. Au nom de notre Srigm-ur, cl par le soin que vous devez avoir de votre salut, arrêtez-vous ici, mes tres-ebers frères. Vous voyez àqiioi votre ministre réduit principalement la diflicullc. • Ils peuvent, dit-il, trouver quelque dilfe- « rencc entre le culte du Père éternel cl celui des

• saints. • Il n’osedccouvrir tout ce qu’il sent. :\out pouvons trouwr quelque différence ; c'e.st-à-dire. naturclleincnt , quelque petite différence; mai.s ou nous nVii pouvons trouver aucune, ou celle ijm nous trouvons c.sl infinie. («ar,jc vous prie, queliu difi'erencc avons-nous trouvée entre le secours d«

* V|iW >up. — * Pukt. rff s. Frt. * 2.< tr XV, p. U I»

AVERTISSEMENT

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Di^u et celui des saints, entre la manière de prier Dieu et celle de prier les saints? C’est, avons-nous dit, que Dieu donne, et les saints obtiennent : on prie Dieu, C(Hume la source de tout bien, de donner ses jîrfices (pielles qu’elles soient, temporelles ou spirituelles; ut un prie les saints de les diMoandiT. Or ce n’est pas la quelque diflerenee, c’est une diflérence immense, IriÜnie; puisque c’est une différence qui d’un côté fait Dieu tire parfait, et de rniitre la créature être indijjent, tiré du néant, ti le néant méine; une différence, en un mot, qui met d’un coté l’indéj^endance absolue, et de l’autre la dépeudance sans bornes. Ce n’esl pas là quelque différence; inaiscVst toute la différence qu’on peut établir entre Dieu ut la créature, et l’on ne peut en imaginer une plus grande ni une plus essentielle.

Ici votre ministre se tourmente en vain à prouver aux catholiques " qu’il n’y a point de biens « et de grâces pour le temps et pour l’éternité, qu’ils « ne demandent à leurs saints directement, et sans

• détour. » Veut-il dire qu'on les leur demande, comme à ceux qui les donnent? 11 n'y aurait donc aucune différence. Or est-il qu’il ne peut nier que nous n’y en nu'ttions quelqu’une; et nous venons de lui prouver que nous n'en mettons aucune, ou que nous en mettons une aussi grande qu’on la puisse mettre, et en un mot une inliiiie. Qu’il ende donc son discours de tant d’exagérations qu’il lui plaira, et qu'il raconte toutes les grâces qu’on demande à la sainte Vierge ; il demeure lui-inéine d’accord qu’on ne les demande que par voie d’interecssion; puisque même, selon lui, on n’en attend pas davantage de Jésus-Christ. La difficulté n'est donc plus que de l’intercession de Jésus-Chsist. Il s'agit de voir si celle des saints est de même nature que la sienne; et il est essentiel à cette cause que vous compreniez que c'est en cela précisément que votre ministre met le nœud de cette question. C’est ce qu’il déclare par ces paroles : « Pour moi , pour-

• suil-il •, plus j’éludic le culte qu’on rend à Jésus-

• Christ, plus je le trouve semblable à celui des

• saints. Nous n<lressons à Jésus-Christ deux sortes

■ de prières : l’une indirecte, en lui disant. Priez

• pour nous ; l’autre directe, en lui demandant di-

• recteinent la grâce, la rémission dus j>échés, la

• vie éternelle. Dans l’Eglise romaine, on fait préci-

• sèment la même cliose à l’egard des saints. Cela

• loisse une différence, Je l’avoue, entre l’adoration «qu’on rend à Dieu le Père, et celle qu’on rend

• aux saints. » T.a voilà donc encore une fois établie, de son aveu, cette différence, qui , comme on voit, est inlinic. « f^r, continue-t il, jamais tm ne

• dit au Père : Seigneur, priez pour nous, inlerr<klez

■ pour nous auprès de votre Fils. Cela serait in-

• sensé, et peut-être impie; et je croîs que Rome ne

• praliquepas cette impiété. • 11 y a donc pour la troisième fois une différence essentielle entre la prière que l’Kglise romaine fait au Père, et celle qu’elle fait aux saints, de l’aveu de votre ministre. • Mais

’ i-n. XV, />.

« U n’y a, continue-t-il, aucune différence du culte

• rendu à Jésus-fJirist, et de celui qu’on rend aux « saints ; car, età celui-là et à celui-ci , on dit indiffé- « remment, Priez pour nous, afîn que Dieu nous « donne; ou bien, Donnez-nous vous-niétne, pah

• VOIE u’i.ntercessio^etd’impétoation de son

• Père, B comme il l'explique lui-méme et le répète dix fois. 11 ne reste donc plus qu’à faire voir qu’il y a encore une différence infinie entre l'intercession de Jcsus-Clirist, et celle dessaints; et c’est là, comme vous voyez, que votre ministre fait consister notre question. Mais elle est si aisée à résoudre, que je n’y veux employer que M. Daillé. C’est un ministre que je prends pour juge entre M. Jurieu et moi.

Daillé étant obligé, par une objection du cardi* nal du perron, de parler de cette matière, et d'expliquer comment on peut croire que Jésus-Christ prie pour nous, commence en cette sorte : • Ni nous, « ni les anciens, ni aucun chrétien vraiment pieux , « n’avons jamais prié Jésus-dirist de prier son « Père pour nous*. » D'abord il apprend bien àM. Jurieu qu’il ne sait pas sa théologie, quand il dit qu’on prie Jésu.s-Christ de prier pour nous : • Ni « nou.s, dit-il, ni les ancien.*:, ni aucun chrétien vrai- « ment pieux, ne )’a jamais fait. > M. Jurieu n’est donc pas de ces pieux chrétiens, selon le ministre Daillé. Il poursuit : « Du Perron pense-t-il que Jé- « sus-Christ ne fasse pour nous autre chose que de « se prosterner devant Dieu , afin de prier comme « ferait un des saints de ce cardinal? Assurément « il se (rompe, s’il a une semblable (lensée. » Tout en s’emportant contre nous, Daillé nous accorde ce que nous voulons. Les saints du cardinal du Perron, c’est-à-dire, les saints des catholiques, sont prosternés devant Dieu comme d’humbles suppliants : Jésus-Girist n’agit pas de cette manière, et nous en convenons avec le ministre; l'intercession de Jésus-Christ n’est donc pas de même nature que celle des saints. Prenons encore la chose d’une autre manière. Daillé dît, et il dit vrai, qu’on n'a jamais prié Jésus-ChrUt de prier pour nous. Il n’y en a aucun exemple, ni aucun précepte, ni aucun conseil, ni dans l’Ecriture, ni dans la tradition. Quand donc on prie les saints, comme fait l'Eglise romaine, on ne leur demande rien de semblable à ce qu'on attend de Jésus-Christ. Voilà qui est clair, mais la suite le sera beaucoup davantage; et plus Daillé s'étudie à nous expliquer la dignité de la médiation de Jésus-Christ, plus il justifie les catiioliques. (^r écoutons ce qu’il ajoute : « Jésus-Christ, Père de réternité, est set- « gneur et dispensateur de toutes les grâces que « son sang nous a méritées. Ce pui.ssant roi de l’u- « nivers nous les donne ainsi qu'il lui plaît : ses « sujets ne le tiennent pai pour un simple interces-

• seur, mais pour leur roi, pour leur Seigneur,

• pour leur Dieu, et ils souhaitent que ce qu’ils de- « mandent leur soit accordé par sa volonté et par sa

• puissance. «Notrecause se fortiQe visiblement, par le discours de Daillé. II ne permet pas qu’ou regarde

’ DaiK. Jf cuit. Ultr. t. ni, «. >9,p. 3M.

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