SUR LE REPROCHE DE L’IDOLATRIE. S6I
lésua-Chrîst comine'un simple intercesseur. Il est , dit-il, dispensateur et distributeur des grâces de Dieu; mais il les donne avec autorité, et nomme Seigneur, parce qu’il tes a méritées par son sang : elles sont à lui , il les a acquises; il les a achetées, et cela par un pri^ infini, qui est celui de son sang : et si M. Daillé rapporte cela ù In nature divine de Jésus-Christ, c’est que c’est là qu’est la source de la dignité et'du mérite infini qui se trouve dans les actions de Jésus-Christ, et dans toute sa personne : ce qui est indubitable; mais en meme temps il ne l'est pas moins que ceux qui, comme nous, regardent les soi nts, non connue rfe /a j/rdee,
mais comme de simples intercesseurs ^ ne les égalent en aucune sorte avec Jésus-Christ. îMnis le ministre, en continuant de plaider sa cause, va donner comme un dernier trait a la l>onté de la nôtre. « Que si on dit, poursuit-il , que Jésus-Christ
• prie pour nous, il faut entendre cela, non d'une
• manière basse , mais d'une manière relevée, et « convenable à la majesté d’un si grand roi. » Ce
• n’estpointen.se prosternant, en tendant les mains, « ni endisant des paroles de suppl iant, qu’il intercède
• pour nous ; c’est qu'il apaise son Père , par le prix « et la bonne odeur toujours présente de la victime
• qu’il a une fols offerte, et fait qu’il nous donne les
• grâces que nous demandons, lui-inéme consentant « aussi et voulant que nous les ayons. Telles sont les « prières que Jésus-Christ fait pour nous. Elles sont
• dignesde sa personne; et saint Paul nous le fait en-
• tendre, lorsqu’il dit que l'épanchement du sang de
• Jésus-Christ crie plus haut que le sang d’Abel. » Ifous sommes d’accord avec les ministres de celte manière d’expliquer la médiation de Jésu.s-Christ. On la peut voir très-bien expliquée dans saint Thomas, et l’on n’en connaît point d’autre dans nos écoles. On y enseigne constamment que Jésus- Clirist intercède par son sang répandu pour nous, et par la vertu éternelle de son sacrifice. Il n'a besoin ni de paroles ni de postures suppliantes; il suffit, comme dit rapolre,7w'ff jxsraisse pour nous (ierant DieUf afin de nous obtenir tout ce qu'il lui plaît. Ce qu’on appelle prier, dans cet état glorieux de Jésus-Christ, c'est dans sa sainte âme une perpétuelle volonté de nous sanctifier, conformément à celte parole qu’il a prononcée : Je me sanctifie pour euXt afin gu'its soient saints en eérUé * ; et à celle-ci : O mon Père, je veux que ceux que vous m'avez donnés soient avec mol*. Il a droit de dire,Je rewx, d*une façon particulière qui ne convient qu’à lui seul : il peut disposer de nous , et des grâces qu’il nous distribue, commede chosesqui soiitsiennes, qu’il a achetées, qu'il s'est rendues propres. Nous ne donnons rien de semblable aux saints. Ce n'est point leur sang qui nous sauve , ni qui est une source de grâces pour nous ; ils n’ont point offert le sacriflee, dont l’efficace infinie et toujours présente sanctifiera les pécheurs jusqu’à la fin des siècles : ils sont humbles suppliants devant la ma- i Jesté divine, serviteurs agréables 6 leur maître;
mais enfin simples serviteurs, non seigneurs, ni rédempteurs, ni dispensateurs des grâces, comme Jésus-Christ. Ainsi, ni nous ne faisons faire à Jésus- Christ ce que font les saints, ni nous ne faisons faire aux saints ce que fait Jésus-Christ. Leur intercession laisse en son entier tout ce qui convient, scion les ministres, aussi bien que selon nous, à celle du Fils de Dieu, et nous ne leur en donnons aucune partie.
Mais, après avoir fait voir au ministre que nous ctablis.sons parfaitement la médiation de Jésus- Christ, apprenons-luià la mieux entendre qu’il nu fait, lui qui en fait consister la reconnaîsance à dire à Jésus-Christ : Prier, pour nous. M. Daillé a eu raison de lui dire <iue ni U*s modernes ni les anciens n'ont jamais prié ainsi. Quand saint Etienne mourant invoqua Jesus-Christ pour ceux qui le lapidaient, il ne lui dit pas : O Seigneur, priez pour eux ; mais , O Seigneur , ne leur imputez pas teui' péché regardant comme juge, comme celui qui opère iHir tui-méme kipurlfication du péché*. Il ne luidit pas. Priez votre Père de rccevoinnon esprit ; mais il lui dit à lui-méme : OSeigneur, recevez mon esprit^. Je ne sache aucun orthodoxe qui ait osé dire, comme fait M. Jurieu, qu'il faut dire à Jésus- Christ, même comme homme, Priez pour nous;
' parce que rhomme, dans Jésus-Christ, étant élevéà être Dieu, ce qui lui a donné le moyen de nous I acheter les grâces, et en particulier celle de la rémission des péchés, par un prix proportionné à leur I valeur, il en est fait Seigneur même comme homme, mais comme homme élevé à être Dieu. C'est pourquoi on ne le prie pas de la demander, mais de la donner comme Seigneur; ce qui fait aussi que saint Etienne lui donne le nom de Seigneur dans cette prière, O Seigneur, n'imputez pas ce péché : et de même, O Seigneur, recevez mon esprit. Car c'est à vous de le recevoir, à la vérité, pour le présenter à votre Père; mais néanmoins comme Seigneur, â qui il appartient en propre, parce que vous l’avez acheté par votre sang.
Maisquand il serait permlsdp/>r/cryf5«s-CArii/Éfe prier, chose que la vraie piété a en horreur, toujours le ministre n’y gagnerait rien; parce qu’il y aura toujours unedifference Infinie entre la prière du chef et celle de.s membres ; entre la prière de celui où résidé la plénitude et la source de la grâce, et celle de ceux qui n’en reçoivent qu’un écoulement imparfait ; enfin entre la prière d’une personne sainte par la propre sainteté substantielle de Dieu , et la priere de ceux qui ne le sont que par quelque participation de sa sainteté infinie; ce qui fait que la prière de l’im est agréable et reçue par s.i propre dignité, et relie des autres, ou contraire, en son nom, et par le mérite de la sienne; et c’est aussi ce qui met la différence la plus essentielle qu’on puisse jamais établir de prière à prière, et même une différence qui va jusqu'à l’infini, parce qu’elle est fondée sur la perfection de la nature divine.
Toute cette doctrine est renfermée dans cette
' JiMH. XVII, 18. — * JbiJ. ii.
• JeU VII, 09.- * Htbr. 1,3.- * Mt. VU, M-
AVERTISSEMENT
noDCtusion solonnclle des prières ecHésiasliques, qui Unissent toutes en ces termes ; Per ÜomiKum nustrumjesum Chriatum : Par notre Seigneur Jeaus^ Christ^ paroii l'Eglist* recimualt que toutes ses prières tirent leur valeur et leureflicace de Tinterposition du nom de Jésus-Christ, n quoi elle ajoute en même temps la confession de la divinité du même Sauveur, en adressant ces paroles à Dieu le Père : Par Jésus- Christ votre hits unique y qui, étant Dieu, vit et règne auxsiéeles des siérlfs avec mus et te Saint-Esprit ; où l'Eglise met clairement la médiation de Jésus- Christ, en ce qu’il est un Homme-Dieu, en qui s'unissent toutes choses ; c'est-à-dire, tout ensemble, les hautes et les basses, les célestes et les terrestres , sans que ni nous ni les plus grands saints puissent impétrer aucune grâce, ni pour eux, ni pour leurs frères , en un autre nom.
Au reste , si l'on a vu la médiation de Jésus-Christ si parfaitement expliquée par le ministre Daillc, il faut se souvenir qu’on a vu aussi qu'il n’y a rien là de nouveau pour nous, puisque tous nos dotieiirs l'expliquent de même sur le fondement d(*s Écritures et sur la doctrine de saint Paul. Ç’a clé aussi la doctrine de tous les anciens Pères, et saint Grégoire de Nazianze l’a expliqué admirahlement par ces |>aroles : • Le Verbe engendré de Dieu avant tous les
• temps, et par là étant Fils de Dieu , est devenu
• Fils de l'homme. Il est sorti sans impureté et « d’une manière miraculeuse du sein d’une vierge,
• homme parfait aussi bien que Dieu parfait, |K)ur ■ sauver en toutes scs parties l’homme ((ui était
• blessé en elles toutes , et détruire la condamna- « lion du péché •
C'est en cela que consiste sa médiation , et c'est aussi sur ce fundemenl que le même saint l'établit, en supposant premièrement qu'il ne faut point croire « que le Fils de Dieu se jette aux pieds « de son Père d'une manière servile. I.oin de
• nous, dit-il \ cette pensée basse et indigne de
• l'esprit de Dieu ! Il ne convient ni au Père d'exi- « ger une telle chose, ni au Fils de la souffrir. • Renseigne* qu'intercéder n'est autre chose au Fils
• de Dieu que d’agir pour nous auprès de son Père ,
• en qualUé de médiateur de Dieu et des hom-
• nies, Jésus-Christ homme; et, ajoute ce grand « personnage, comme homme il intercède pour « mon salut, parce qu'il est toujours avec le corps > qu’il a pris, et qu'il me fait devenir un Dieu par « la force de l’humanité qu'il s'est unie. •
Voilà une manière d'intercéder digne de Jésus- Christ. Un Dieu , en se faisant homme, nous a fait des dieux par ressemblance : son humanité est le moyen par lequel la divinité nous est communiquée : son corps, qui a été notre victime, nous attire continuellement les grâces du ciel, et Jésus-Christ ne cesse d'intercéder, parce qu'il ne quitte jamais l'huniaolté qu'il a prise.
Cette sublime médiation, qui ne convient qu'à Jésus-Ciirist seul , n'a pas em|iéché que le même Père , en prenant la niéiiialion en un autre sens in-
' Ovit. XL. ' Ibiii. xxivi.
finiment inférieur à celui-là, n’ait dit que U-s suints martyrs sont tes médiateurs de cette étévation qui nous dicinise •; sans doute parce qu'ils nous en montrent le cliemin par leur exemple, et qu’ils nous aident à y arriver par leurs prières.
Qu'on ne nous objecte donc plus ces mois de saint Paul : tlya un médiateur *. Sans disputer sur les mots , it ny a pas plus un médiateur qu'il y a un Dieu; et je dis que si nous {nnivons par Jésus- Christ, selon saint Pierre, parlki}tcr a la nature dicinc^ , nous pouvons aussi en quelque façon, quoique très- imparfaitement, participer par la charité fraternelle à la qualité de médiateur. Mais, à parler propremrnt, il n'y a que Jésus-Christ seul qui la porte et qui fasse cet office; ce que saint Augustin a expliqué à fond en ce peu de mots : « Les
• chrétiens, dit-il 4, sc recommandent aux prières « les uns des autres; mais celui qui intercède pour « tous, sans avoir besoin que personne intercède « pour lui, est le seul et véritable médiateur. •
I.es prélenilus réformés se servent de ce passage contre la prière des saints, au lieu qu'ils devraient comprendre que si un Père qui a si parfaitement entendu la doctrine de (a médiation de Jésus- Christ n’a pas laissé de les prier, comme les ministres l’avouent, U paraît qu'il n'a jamais seulement pensé que ces deux choses soient incompatibles. J’en dis autant de saint Grégoire de Nazianze , qui d'uti coté constamment a prié les saints, comme nous, et qui aussi constamment n’en a pas moins bien entendu la doctrine de la médiation de Jésus- Christ , comme on vient de le voir ; en sorte (iu’en toutes manières il n'y a rien de plus fau.x que de confondre deux choses dont la différence est infinie.
Après cela, en reviendra-t-on à celle objection cent fois résolue, mais que M. Jurieu répetc encore , comme si l’on n’y avait jamais répondu ? Vous offrezà Dieu,dît-iD, les nit-rites des saints, comme vous lui offrez ceux de Jésus-Christ; vous priez Dieu parles mérites des saints , comme vou.s priez Dieu par les mérites do Jésus-Christ : c'est donc en tout et p.irtout la même chose. Mais sans nous donner la peine de répondre, Rucer, un des chefs de la réforme, répondra pour nous. Le passage en est cunim, et M. Jurieu l'alu dans rilislutrc des Variations*. « Pour ce qui regarde ces prières « publiques qu’on appelle collectes , où l’on fait
• mention des prières etdes mérites des saints; « puisque , dans ces mêmes prières , tout ce qu'on
• demande en celte sorte est demandé à Dieu, et
• non pas aux saints, et encore qu’il est demandé
• par Jésus-Christ; des là tous ceux qui font celte - prière, reconnaissent que tous les mcrilos des
• saints sont des dons gratuitement accordés. • El un i>eu après : « Car d'hillcurs nous confessons « et nous prêclions avec joie que Dieu récom-
• pense les bonnes œuvres de ses serviteurs , non- « seulement en eux-mêmes, mais encore en ceux « pour qui ils prient ; puisiju'il a promis qu’il ferait
' OtmL VI. — * C,tl ni, 'bt. • * II. Piir. i. I. - ‘ Cnnt. Epia. PurmiH. lift. 11. M. 19, (,m. IX , rot 3». - » l^U. xv,
p. lli , 115, fie — * Itv. ni. p. 5C5.
SÜR LE BEFROCliE DE L'IDOLATRIE. S6I
• du biro h ceui qui l'aiment jusqu'à mille géni- « rations. • Voilà ce qu'un reste de bonne foi fit (souer à Burcr en 1S4Q, dans la conférence de Ratisbonne. Je ne demande pas au ministre dédaigneux qu'il cède à l'autorité de Bucer ; mais qu'il imite sa bonne foi, en reconnaissant que le mérite que nous attribuons à Jésus-Christ est bien d'une autre nature que celui que nous attribuons aux saints; puisque le mérite de Jésus-Christ est infini , à cause qu'il est Dieu et homme ; et celui des saints fini , à cause qu'ils sont des hommes purs : d'où suit une autre différence qui n'est pas moins essentielle , savoir, que le mérite de Jésus-Christ a sa valeur par lui-méme auprès de Dieu , au lieu que les mérites des saints n'en ont que par celui de Jésus- Christ ; ce qui fait qu'en priant Dieu d'avoir agréables les mérites de ses saints , l'Église finit toujours en demandant que ce soit par Jésus-Christ , prr Oominum nottrum Jtium Chrutum ; et que le concile de Trente, en définissant qu'il est utile de prier lettainüde nous obtenir ks grâces de Dieu, ajoute par Jésus-Christ, et décide que c'est parla qu'ils nous les obtiennent.
Ainsi il no reste plus de difficulté dans la question que nous traitons. Il s'agit de savoir si nous sommes idolâtres en priant les saints, c'est-à-dire, en d'autres mots, si nous égalons les saints ou à Dieu ou à Jésus-Christ : et le ministre esf déjà demeuré d'accord que nous mettons une différence très-essentielle du cdté de la prière qu'on adresse à Dieu. Restait celle qu'on adressait à Jésus-Christ; et la différence n'est pas moins essentielle, de l'aveu même et par les principes de Daillé et de Bucer ; par conséquent la question est vidée. C'est en vain que le ministre triomphe , et qu’il provoque l'évêque de Meaux à lui répondre. Cet évêque lui a répondu; mais s’il restait quelque bonne foi à votre ministre , il n’y avait rien de plus aisé potm lui que de prévenir cette réponse . puisqull l’aurait pu trouver dans ses propres théologiens, aussi claire et aussi distincte que l'aurait pu faire un des
nétres.
En effet , quoi qu'il puisse dire , il sait bien que le vrai Dieu que nous adorons n'est pas le Jupiter des païens. Les anges et les àines bienheureuses dont nous demandons la société dans nos prières ne sont ni des dieux , ni des demi-dieux , ni des génies, ni des héros, ni rien enfin de semblable à ce que les Gentils imaginaient. Kotre Dieu est le Dieu qui seul a fait toutes clioses par sa parole , qui n’a pas commis à ses subalternes une partie de l'ouvrage, comme on disait dans le paganisme. Le monde h'est pas un arrangement d'une matière que Dieu ait trouvée toute faite ; les âmes et les esprits ne sont pas une portion de son être et de sa substance. 11 a tout paiement tiré du néant, et tout également par lui-même. Vos ministres n’oseraient nier que ce soit là constamment notre doctrine. Qu’ils entreprennent de nous montrer ce caractère dans le paganisme. Ne sait-on pas que Jupiter y éuit le père des dieux , à peu près dans le même aens qu’un père de famille I est de ses enfants , et
qu'il en était le maître, à peu près comme un roi l'est de ses ministres , sans leur avoir donné le fond de l’être? àlais Dieu, qui l'a donné à tous les esprits bienheureux , ou plutêt qui le leur donne sans cesse par une influence toujours nécessaire, leur donne en même temps toute leur puissance , inspire tous leurs désirs , ordonne toutes leurs actions , et il est lui seul toute leur félicité; choses que les païens, je dis même les philosophes, ne songeaient pas seulement à attribuer à leur Jupiter. Cette dif- , férence infinie de leur théologie et de la nôtre en produit une qui n'est pas moins grande dans le culte. Cest qu'au fond , tout notre culte se renferme en Dieu. Nous n'honorons dans les saints que ce qu'il y met : en demandant la société de leurs prières , nous ne faisons qu'aller à Dieu dans une compagnie plus agréable; mais enfin c'est à lui que nous allons , et lui seul anime tout notre culte.
Votre ministre nous fait ici une horrible calomnie , mais qui seule devrait servir à vous désabuser de toutes les autres. • Les dieux supérieurs des « païens, dit-il > , étaient si célestes, si sublimes
• et si purs, qu'ils ne pouvaient par eux-mêmes
• avoir aucun commerce avec les hommes, ni s'a-
• baisser jusqu’aux soins des affaires, pour les ' gouverner immédiatement et par eux-mêmes.
< C'est pourquoi ils établirent les démons, comme
• des médiateurs et des agents entre les dieux sou- « verains et les hommes mortels, disait Platon. »
Il est vrai, c'est la doctrine de Platon; et c'est aussi ce qui met une différence infinie entre lui et nous. Car qui jamais a ouï dire dans l’Église qu’il fdt indigne de Dieu de se mêler par lui-même des choses humaines, ou qu’il fallût mettre entre lui et nous cette nature mitoyenne ou médiatrice des démons? Cest pourtant ce qu'on nous impute. Car écoutons le ministre. • Or, dit-il ‘ , une goutte
• d'eau n'est pas plus semblable à une goutte d'eau « que cette théologie païenne à la tliéologie du pa- « pisme. Dieu et Jésus-Christ, disent-ils, qui sont
• nos grands dieux , sont trop sublimes pour nous ■ adresser droit à eux. > Je ne sais comment on ne rougit pas d'une si grossière calomnie. Car ce ministre sait bien, en sa conscience , qu'outre que Dieu et Jésus-Christ ne sont pas nos grands dieux, puisqu'ils ne sont pour nous qu'un seul et même Dieu, avec le Saint-Esprit, et que c’est une trop hardie imposture de nous faire parler ainsi , contre toute notre doctrine , ce n'en est pas une moindre de nous faire dire qu’on ne peut aller droit à eux; puisque constamment toutes les collectes , toutes les secrètes, toutes les postcommunions, toutes les prières du sacrifice, le Gloria in excelsis, le re Oeum , toutes les autres prières du service ou du bréviaire s’adressent ou à Dieu par Jésus-Christ , ou à Jésus-Clir'ist lui-même ; et que dans cellesqu'on adresse aux saints , dans les litanies et dans quelques autres endroits, dès là qu'on les prie de prier pour nous , on ne fait que s’unir à eux par la cha-
• .Sr, ia luis. I pari. p. IS3 - ■ II>iU p. I«l-
AVERTISSEMENT
rUé, pour aller h Dieu. On ne les regarde donc pas comme des natures mitoyennes et’ médiatrices ; mais on entre en société avec eux , pour aller également à Dieu; puisque, si Dieu nous a donné un médiateur nécessaire en Jesus^Ihrist, il est pour eux comme pour nous, et qu'ils n'ont d'accès qu'en ce seul nom et comme membres de ce meme chef. Qu'on nous montre cecaractcrc dans le paganisme! ÎHais on vient de nous montrer un caractère tout contraire, en nous disant que les grands dieux du 'paganisme sont trop sublimes pour se mêler par eux-mêmes do nos affaires, ou avoir aucun commerce avec nous. Votre ministre sait bien que nous ne disons ni ne croyons rien de semblable Quand donc il ose avancer qu’une goutte (Venu nest pas plus semblable à une autre goutte d'eau y que notre doctrine à celle des païens y il parle contre sa conscience et contre ses propres paroles , et l'iniquité se dément visiblement elle-même.
Achevons : le culte est intérieur ou extérieur ; l'intérieur est le sentiment qu'on vient de voir, l’our donc montrer notre culte intérieur dans les païens, il y faut montrer nos sentiments : qu'on les y montre tels que nous venons do les exposer. Que si l'on prétend que ce n'est pas là notre doctrine, et qu'on répète les calomnies cent fois réfutées, qu'on nous attaque du moins uue fois dans ce fort , et qu'on y découvre le moindre trait d'idolâtrie.
Mais si le culte intérieur des païens est si essentiellement différent du nôtre, donc le culte extérieur n'étant que le signe de l'intérieur, il s'ensuit qu'il y a la même différence. En effet, les païens , qui regardaient tous leurs dieux, et les plus grands, et les médiocres, et les plus petits , comme des natures à ]>eu près seinblablc-s , leur offraient aussi à tous également le même culte du sacrincc, que nous réservons à Dieu seul, quoi qu'en dise le ministre. A lui seul appartient la souveraine louange, h lui seul la reconnaissance d'un empire absolu et tout-puissant, et i'Iiomiiiage de l'être reçu, tant de celui qui nous fait liommes, que de celui qui nous fait saints et agréables à Dieu. Si l'on croit trouver tout cela dans le paganisme, on croit trouver la lumière dans les twicbres; et si l'on croît seulement y en voir quelque ombre, c'est qu’il faut bien trouver dans l’erreur le fond de la vérité qu’elle gdte; et dans le t ulle des démons , ce qu’ils Imitent et ce qu'ils dérobent du culte de Dieu.
L’idolâtrie a eu plusieurs forme.s, cl s’est accrue ou diminuée par divers degrés; mais parmi ces variétés, c'est une chose constante que tous ceux qu’on a jamais vus rendre .sérieusement à la créature quelque partie des honneurs divins, ont erré dans la pensée qu'ils ont eue de Dieu. Les fausses idées qu'on a de Dieu, comme dit souvent saint Augustin, sont les premières idoles que les hommes se sont forgées, et c’est là le vrai principe de l'idolâtrie. Que si nous remontons jusqu’à la source de l’erreur, nous trouverons que l'idoMtrie vient au fond de n’avoir pas bien connu la création.
Elle n'etait connue que du peuple hébreu. Parmi
tous les autres peuples on croyait que la substance et le fond de l'être était indépendant de Dieu , et que tout au plus il u'était auteur que de l’ordre; ou que sans avoir fait l'univers, il n'en était que le moteur.
C’est delà qu’est venue l’erreur qui a fait adorer le monde, soit qu'on le regardât comme Dieu luimême, ou qu’on le considérât comme le corps dont Dieu était revêtu. On en adorait le tout, on en adorait toutes les parties, c’est-à-dire, le ciel, la terre, les astres, les éléments, le.s rivières et les fontaines ; et enüii on adorait toute la nature. Tout avait part à I ndoralion , parce que tout en un certain sens avait part à i’imlépcndance : tout était coétemcl à Dieu : tout était une partie de Uêtre divin ; l'âme était dérivée de là, selon quelquesuns'. C’rtKl pourquoi iis le regardaient comme étant ingcnérable et incorruptible en sa substance. C’était une portion de la divinité. C’était un Dieu ellemême, disait cet empereur philosoi>ljc * , après plusieurs autres. C’est ce qui a donné lieu 6 l’crreiir qui a consacré tant do mortels, et qui leur a fait rendre les honneurs divins. T.es biens qu’ils avaient procurés au monde ont fait regarder leur âme comme ayant quelque ci)0sc de plus divin que les autres; et tout cela enfin était fondé sur ce que rien n'était regarde comme absolument dépendant d'une volonté souveraine, ni comme tenant d'autre que de soi le fond de son être.
Le ministre, qui nous |>arle tant de ces natures médiatrices, et de ces esprits médiateurs, introduits par le platonisme, ne sait pas, ou ne songe pas, ou ne veut pas avouer de bonne foi qu’on les y faisait médiateurs de la création de l’homme, comme ils J’étaleril de sa réunion avec Dieu. Ainsi la nature divine était iiiacce.ssible pour les hommes, et ils n'en pouvaient approcher que par les demi-dieux qui les avaient faits, qu’on appelait aussi démons. 11 est certain que ces démons ou ces demi-dieux de Platon * furent adorés sous Je nom des anges par un Simon le M.agicien, par un Ménandre, jwr cent autres, qui dès l’origine du christianisme mêlaient les rêveries des philosophes avec une profession telle qmilcdu christianisme b Mais si ces hommes, aussi mauvais philosophes que mauvais chrélicMis, avaient compris que Dieu tire également du néant toutes les natures intelligentes, cl les anges comme les hommes, ils n’auraient Jamais pensé (jue les uns eussent besoin d'aller à Dieu par les autres, ni que, pour approclier de lui, il faillit mettre tant de différence entre ceux qu’il avait formés de ta même main. La religion chrétienne ne connaît point ces enlremctieurs , qui empêchent Dieu de tout faire, de tout gouverner, de tout ecouter par lui-même; et s’il a donné aux hoiiimes un médiateur nécessaire, qui est Jésus- Christ, ce n'est pas qu’il dédaigné leur nature qu'il a faite; mais c’est que leur péché, qu’il n’a pas f.nt, a besoin d’être expié par le sang du juste. C’est
luit. ,jc PrtCM'r. »». 1.1, Uirm». a4v. Lui^f. Kpiuh.lt^r. So' Jntvu. tuer. tab. lit/, v, f. vui.
sim I.E REPROCHE DE L’IDOLATRIE.
par li que nous avons besoin de mcdiatour. Mais «lin que nous connussions c|uc c'rtail notre péelié, et non pas notre nature, qui noirs éloipnait de Dieu, il a voulu t|ue ce riiidiateur filt Imiiiine; et il a si |)cu dédaiftnë la n.iture liuuiaine, qu’il l'a iiu^nie unie à la personne de son Fils.
Par ce mystère, l'idoKItrie devient comme impossible au chrétien, et il ne peut y loiiiber qu’en oeibliant jusqu’aux premiers principes de sa religion. Il ne peut plus, comme faisaient les païens, égaler les hommes à Dieu; puisqu’il voit que le genre liumain était si éloigne de Dieu par son péi lié, qu’il avait besoin d’un médiateur pour en approelior. Mais ce méiliateur est homme; et quand il ne serait que cela , aux merveilles qu’il a faites et aux grâces qu’il répand sur nous, le genre humain, porté à diviniser ses bienfaiteurs, aurait tenté d’en faire ; un Dieu , et de lui rendre les honneurs divins. Pour prévenir cette erreur. Dieu, en incarnant sou Fils unique, en le faisant liomme coniiiie nous, a su faire de ce. màliateur, qu'il nous donne, un Dieu égal à lui ; en sorte qu’on ne se trompe pas de l’adorer comme tel. Mais de peur qu'on n’étendît le même honneur à d’autres hommes excellents, on apprend que pour faire un Dieu de Jésus-Christ, il a fallu lui donner, outre la nature humaine, une naturcplus liante , et qu’il ne fdt rien moins qu’une des personnes divines à laquelle on rendit avec Dieu en unité un même culte suprême. Car si l’on avait attribué notre rédemption ou notre réconciliation Il la nature angélique, l’on aurait pu adorer les anges ; mais on ne le peut plus depuis qu’on adore en Jésus-Christ celui-là même qui a fait les anges, et que les anges adoreut. Il n’y a donc plus moyen de lui rien égaler dans sa pensée , ni par conséquent de rien égaler à son Père et au Saint- F-sprit, auxquels seuls on le rend égal. Mais ne peut-il pas arriver qu’en le regardant en sa qualité de médiateur, qui l’approche si fort de nous, on lui donne des égaux par cet endroit-là, et des médiateurs à même titre? Point du tout, puisqu’on ne le fait médiateur qu’au titre d’un mérite et d’une dignité inliuie ; ce qu’il ne [wurrait avoir s’il n’était Dieu et lils unique de Dieu, de même nature que lui. Car s'il exerce sa médiation par uue nature liumaine et par des actions liumaines, on reconnaît tout ensemble que tout cela serait inférieur à cet emploi , si tout cela n’était élevé par la divinité même de cette personne; et c’est ce qui nous est dpidaré dons le mystère de l’eucharistie, où Jésus- Clirist exerce très-parfaitement son ofllcc de médiateur, puisqu’il nous y consacre et nous y sanctilic par son corps et par son sang. Mais en même temps nous voyons qu’on ne nous sauetilie dans ce sacrement, ni par le corps d’un apôtre, ni par le corps d’uu martyr, ni par le corps de la sainte Vierge, ni enfin par le corps d’aucun autre saint , si ce n’est par le corps de celui qui est reconnu pour le Saint des saints. Ainsi l’eucharistie même nous dévoue et nous consacre à Dieu seul; non-seulement parce que l’objet à qui nous nous dévouons est Dieu , mais encore parce que le moyen qui nous y unit , |
SCS
en même temps qu’il s’approche de nous en tant qu liomme, consomme notre unité en tant que Dieu. Cela est cru dans l’Eglise, et y est cru Irèsdistinctcnient, et y est soigneusement enseigné à tous les fidèles , dès l’enfanec jusqu’à la vieillesse et jusqu’à la mort. Tous vos ministres le savent; et si vous savex les presser, vous leur en arracherez l’aveu , malgré qu’ils en aient. Qu’on s’imagine, après cela, par quel endroit ridoMtric pourrait s’introduire dans un tel culte, et comment il serait possible de rira égaler ou à Dieu, ou à Jésus-Christ qui seul est un avec Dieu même. A cela qu’op-'
pose-ton? Des chicanes que j’ai honlede rapporter
tant elles sont vaines, et qu’il faut néanmoins encore que je réfute, |iuisqu’on ne cesse de les objecter, quoique cent fois riTutées.
Vous égalez, dit-on, vos saints à Dieu, puisque vous leur érigez des temples, puisipic vous leur consacrez des jours de fêtes. Quoi ! n’y aura-t-il point quel(|ue ministre assez oDieieux pour nous décliargcr de l’ennui de répéter cent fois la même chose, sans qu’on veuille nous écouter? Mais je liai pas besoin d’un ministre officieux. Toute l’Angleterre plaide notre cause, puisqu’elle célèbre comme nous les fêtes des saints; et pour ne manquer à aucun , même la fête de la Toussaint. Le calendrier où elles sont marquées , et l’office qu’on y fait, ne sont pas encore abolis. Ils pourront l’être avec le temps , et tout cela peut devenir une idolâtrie, s’il plaît au vainqueur" (car il faudra bien subir la loi); mais on ne fera jamais qu’on ne les ait célébrées, nique Burnet, qui, sans doute, n’eut jamais dessein de nous obliger, n’ait écrit qu’on devait les célébrer, même par principe de conscience ;
■ parce que aucun de ces jours n’est proprement « dédié à un saint ; mais qu’on les consacre à Dieu,
■ en la mémoire des saints , dont on leur donne le
■ nom ■ ; • ce qui est de mot à mot notre doctrine , comme il paraît en tout et partout , par nos catéchismes ; et tout ce qu’on nous impute au-delà est une innnifeste calomnie.
Venons aux temples; mais ici toute l’Anglctme nous jusiilie encore. Qui ne connaît à Londres 1 eçltse de Saint-Paul, et toutes les autres qui porteiU k'S noms des saints? On nous dira que c’est pour en conserver la mémoire ; mais que les temples sont proprement dédiés à Dieu, comme les fêles. C’est encore notredoctrine. Toutes les éfilises et toutes les fêles sont également détiiées h Dieu.
On leur donne les noms des saints pour les distinfiucr . Qu’on nous reproche après cela les églises dédiées aux sainU, et celle de Saint-Eusiache ou de Notre-Dame, plus belle que celle du Saint- Lspril. Tout le synode de Tlioni, de In religion de nos prétendus nTormés, a inséré dans scs actes qu’il s’était assemble dans le temple de la sainte Vierge, rf/ræ / ir^inis^. Le même synode
• Bouuel déftigDe ici le prince d'Oruipe, qui venait d’urorper \& roiwiiDe d’Anglrtcrrc sur le roi Jacques U, son bcau-pere. (Édit, de Paris.)
• Surn. Tom. i. p. ioi. far. fiv. vil. - > Syn. Tor. Syn» taç. Co^/./ldei. part. II, p. a*o, 241.
oarl« encore du I5 »oiil , comme d‘un jour consacré à saint Barthéicini ; dico Bartholomxo tncra. Ces actes sont rapportes dans le recueil des Confiions orthodoxes de Genève; et en passant, voila nonseulenwnt le temple de la sainte V lerge , et la Kte de saint Bartliélemi, mais encore le mot dwut, dont Daillé nous fait un si grand crime. Oir crat, dit-il ' , ériger les saints eu dieux tout court. Sur cela il prend U peine de ramasser les passages ou les saints sont appelés de ce nom, dans un Paul Jove, dans un Bcmbe, dans un Juste Upse. |l est vrai , le aèle de l'ancien latin nous a introduit ce mot , et tant d’autres aussi ridicules , quand on les alTccte. Tout est perdu, si en lisant Bembe, et ies autres auteurs de ce goût, on trouve un seul mot que Cicéron ou Virgile n'aient point prononcé; et Juste Lipse, qui s'est moqué de cette fade^affectation , n’a pu s'empêcher d’y tomber. Qu on s en moque, nous y consentons; mais ceci devient une affaire de religion. N'imporuque Bellarmin, plus régulier, ait blâmé ces expressions païennes : Daillé le trouve mauvais. Comme il voulait se servir de ce mot pour montrer que nous donnons de la di> vinitéaux saints, en les appelant diol , il s'emporte contre Bellarmin, parce qu'il ne trouve pas dans ses écriu ce mot , dont il prétendait tirer avantage , lui reprochant avec amertume que sa modestie est feuute , rldleuk et imperti/iente. EnCa il
fait tort aux saints ; et lorsqu'il ne
(Le reste manque.)