IV AVERTISSEMENT AUX PROTESTANTS
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LES LETTRES DU MINISTRE JURIEÜ
COHTBB L'hISTOIBB DES TABULTIOIfS.
La uioleié et U cooeorde da mariige dirétfen wMtn.
Mes csebs FBàBEs,
11 n'y a rien'd« si sacré, dam les mystères de la religion, que M. J uricu n'ait cru devoir attaquer |)our défendre votre cause ; vous l'avez vu dans les Avertissements précédents. Les deux suivants vous feront voir qu't) attaque encore les fondements que Jésas^hrist a donnés à l'union des familles et au repos des empires ; et ce ministre n'a rien épar* gné.
C'était pour lui et pourtoute la réforme un endroit f&cheux que le VI* livre des Variations , où l'on voit b permission donnée h Philippe , laiidgra ve de Hesse , b héros et le soutien 4e la réforme , d'avoir deux femmes ensemble, cootre'la disposition de l'Evanr gile et la dootnne oanstante des chrétiens da tous les siècles. Il n'y awaii rien de moins convenable h une réforme et au titre de réformateurs ^ que d’a-
* DtcuUutatr.p.hUfAHkt
QUATRIEME AVERTISSEMENT
néantir un si bel article de In morale olirétienne , et la réfoniie que Jésua-Oiristmiéme avait faite dans le mariage, lorsque, s'élevant au-dessus de Moïse et des patriarches, il régla la sainte union du mari et de la femme , selon la forme que Dieu lui avait donnée dans son origine. Car alors, en bénissant l'amour conjugal comme la source dugenre humain ,
U ne lui permit pas de s'épancher sur plusieurs objets , comme il arriva dans la suite lorsqu'un même homme eut plusieurs femmes : mais réduit à l'unité de part et d’autre, il en fit le lien sacré de deux cccurs unis ; et pour lui donner sa perfection , et à la fois le rendre une digne image de la future union de Jésus-Christavec'.son Eglise , il voulut que le lien en fût éternel comme celui de l’Eglise avec Jésus-ChrisU C'est sur cetu idée primitive qw Jésua- Christ réforma le mariage ; et , comme disent hs Pères , il se montra le digne Fils du Créateur , en rappelant les choses au point où elles étaient à la création. C’est sur cet immuable fondement qu'il a établi la sainteté du mariage chrétiei», et le repos des familles. La pluralité des femmes autrefois permise ou tolérée, mais pour un temps rt pour des raisons particulières, fut ôtée à jamais, «t tout ensemble les divisions et les jalousies qu'elle introduisait dans les mariages les plus saints. Utie femme qui donne son caur tout entier et ù jamais, re^it d'un époux fidèle un pareil présent , et ne craint point d'être méprisée ni délaissée pour une autre. Toute la famille est unie par ce moyen : les enfants sont élevés par des soins communs; et un père qui les voit tous naître d'une mémo source , leur partie également son amour. C'est l'ordre de.Jésus-Christ, et la règle que les chrétiens n’ont jamais violée par aucun attentat.
Mais Luther, Buentet Melaneblon, trois chefs principaux de la réforme, ont osé y donner atteinte : ce sont les premiers des chrétiens qui ost permis d’avoir deux femmes ù un prince qui confessait son. mtempéranoo. On ne pouvait pousaec plus loin In corruption ; et comme eette psemiasion est inexcusable, U en fallait abandonnes les auteurs à la déteetation de tous les fidèles. Mais l’endroit est trop délicat. Quel abus oseiait-on dorénavaut reprochée à l'Eglise catholique , si on eu avouait un si criant dès le commencementde la réforme, sous ses chefs et dans sa plus grande vigueur ? C'est pourquoi M. Jurieu rappelle ici tout son esprit pour excuser les réformateurs le mieux qu’il peut ; et lui, qui ne fait que courir, ou, pour mieux dire, voltiger sur lei autres variations des protestants, prend un soin particuliet de défendre celle-ci.
D'abord il voudraitponvoir douter du fait-.Jedirai,
. dit-il' , quelque chose sur un fait dont M. Bosauet •. fait grand bruit ; c’est une consultation véritable • ou prétendue du landgrave : > il n’ose dire qu'elle soit fausse. J'ai fait voir qu'élis était publique il y a douze ans, aani avoir été contredite* ; les actes en sont produits tout entiers en forme authentiqua dan B une histoire ’ attaquée eu mille endroits , mémo ’ , Bi$t. 4*-
• VIII , p. 6û. - * rar.
VHtr. l. la.
Sun LES LETTRES DE M. JÜRIEÜ
par des auteurs protestants, sans qinls'aient osé tiiiiclier h celui-ci. J’ai njoulé, pour confirmer ce fait important , l'instruction domiéc à Hucer par le landgrave lui-méme , pour obtenir de Luther et de Mflanchton celte honteuse dispense. Tout cela a été rendu public, comme on a vu dans niistoire des Variations, par un éle<‘teur pabatin, et par un prince de la maison de Hesse, un des descendants du landgrave. Nous avons encore produit, en conlirritation, des lettres de Luther et du landgrave* : et un fait si honteux à la réforme est devenu plus clair que le soleil. Il ne faut donc pas s'étonner si le ministre n'u osé le nier. Vous voyez en mémo temps qu’il voudrait bien ne pas avouer qu'il soitconstant : mais c'est un faible artifiee; et s'il y avait quelque ebose à dire contre des actes si authentiques que j'ai soutenus de tant de preuves , on l'aurait dit il y a longtemps dans te parti, ouenfinM.Juri eu le dirait maintenant.
Passez donc condamnation sur le fait. Il faut voir comment on pourra le pallier, et connaître à celte fois pour toujours les vains raisonnements, la vaine science, et en un mot les vainsartiGc*csde votre grand défenseur.
Il prend d’abord son air de dédain , comme U fait quand il n'en peut plus:efr'oi/n,dit-iP, ^»/rerie;U bien au (Ure et au but des / ’aWo//onjt. Quoi ! co n’est pas innover et varier dans la doctrine , que d’en changer un article auquel aucun chrétien, et pas même les réformateurs, n’avaient encore osé donner d'atteinte? et le mariage chrétien deviendra semblable àreluides inndêles,8ans qu'on puisse imputer de variations aux auteurs d'une si étrange nouveauté? • Mais, dit-lP, cela ne fait rieu pour
• prouver que les vérités venues de Dieu obtiennent « d’abord toute leur perfection. » Je l'avoue. Je ne prétends pas prouver ici cettevérilé :je la suppose connue et même prouvée ailleurs, si elle avait besoin de preuves* : je fais voir seulement ici (|ue l’Eglise protestante est entraînée par un esprit d'innovation , et ne laisse rien d'inviolable parmi les fidèles, pas même la sainte alliance du mariage. Voyons comme on se défend de ce reproche.
Après les airs de dédain, on vient aux injures; autre marque de faiblesse : et on écrit ce que j'ai honte de répéter, mais ce que néanmoins je ne puis taire , que « l'F.glise romaine donne des dispenses « des crimes les plus affreux , accorde des imJulgences
• à ceux qui ont couché avec leur mère cl avec leur
• smur , permet d'exercer la sodomie les trois plus
• chauds mois de l'année, et en a signé la permission
• par son pape » On ne peut assez s'étonner ni de l’impudence d’un si inféme langage, ni de celle d'avancer sans la moindre preuve des faits si atroces : car U s’agit de dispenses et de permissions; il s'agit non des indiilgencesqu’on pourrait donner, après les crimes commis, aux pécheurs vraiment repentants, de peur qu’aôtoiéx dans un excès de tristesse , ils ne tombent dans le désespoir : car de
* far. lir. Vt. — * UtI. Vlll. p. — * Iffid. — * far. Prrf. - ‘ UU. VUI, p.h^.
lalÎM indulgences n'ont point de difficulté , et on sait que l'apôtrc même en a donné de semblables ' : les indulgences qu'on veut ici que nos papes nient signées ne sont pas celles qu'on accorde à un pécheur accable p.ir la doiileurde son crime, mais de cellesuù on lui permet de lecommettre. Votre ministre ose nous imputer de cette sorte d'indulgence qui nous fait horreur : mais on connaît son artifice. Il ne croit pas que vous puissiez vous imaginer qu'il écrive des faits si étranges sans quelques preuves, et il est vrai que cela n'est pas croyable; mais néanmoins il est vrai en même temps qu'il ne cite rien pour prouver ce qu’il avance. Il ne produit point ces décrets honteux signés par les papes : on ne peut pas deviner où il les a pris , non plus que ses autres calomnies. Il n'y a que le père de mensonge , dont le nom propre est celui de calomniateur , qui puisse les avoir inventées. Mais, quoi l plus la raison manque, plus un homme violent répand d'injures; et il n’y a plus à s’étonner que de ce qu'on l'écoute parmi vous.
Mais venons au fond. Il est question de savoir si Luther, Mclanchton, Bucer, ces trois piliers de la réforme, ont eu droit de dispenser le landgrave de la loi de l’Evangile qui réduit le mariage à l’unité; et par là d'établir une doctrine directement contraire à celle de tout ce qu'il y a januiis eu de chrétiens dans i'univers. Le ministre s’embarrasse ici d'une si terrible manière , qu’on ne comprendrait rien dans tout son discours, si pour le rendre plus intelligible on ne tâchait de le réduire à quelques principes. Voici donc comme il raisonne : « Les « lois naturelles, dit-il*, sont entièrement indis- « pensables : mais quant aux lois positives, telles
• que sont celles du mariage, on en peut être dis-
• pensé , no»-seuiement par le législateur, mats eo- « core parla souveraine nécessité. Ainsi, continuel
• il , les enfants d’Adam et de Nué se marièrent au
• premier degré de consanguinité, frères et sœurs, « quoiqu'ils n'en reçurent dispense ni du souverain « législateur, ni de ses ministres : la nécessité en « dispensa. « Dissimulons pour un temps In prodigieuse ignorance de ce ministre, qui premièrement ose avancer que les enfanU de Noé se marièrent frères, et sœurs comme ceux d'Adam. Où a-t-il rêvé cela ? L'Écriture dit expressément, et répète cinq ou
«six fois, que les trois enfants de Noé avaient leurs femmes dans l’arche, dont ils eurent des enfants après le déluge ^ : mais qu'elles fussent leurs sccu rs, c'est ce qu'on ne voit nulle part. Qui les aurait obligés à épouser leurs sœurs avant que d'entrer dans l'arche (car iis y entrèrent mariés), pendant que toute la terre était pleine d'hommes ? et où M. Jurieu pourrait-il trouver alors celte souveraine nécos.sité qu’il nous allègue? Il n'en paraît non plus dans la suite : les enfants de l’un des trois frères pouvaient choisir une. femme dans la famille des autœs : de eette sorte , sans se marier frères et soeier* aupremier degré de consanguinité, comme
• II. Ci’T. n, a, 7. — * Irtf. vm. p. W. - * Cm. n.
TOI. it. X.
QUATRIÈME AVERTISSEMENT
rnsstirc M. Jurirtijes m.irbj;cs |>ouvnient se faire entre les germains ; et on ne sait où le ministre a pris le contraire. Mais cette erreur n'est rien en comparaison de celle où il tombe, lorsqu'il conclut par ses raisons, que le mariage d'entre freres et sccursn’est pas contre la loi naturelle, sous prétexte qu'il s'en est fait de semblables dans l'origine des ciioses; par où il montre qu'il ne sait pas même qu'il y a un ordre entre tes lois naturelles , les moindres cédant aux plus grandes. Ainsi, lorsque les enfants d'Adam se marièrent ensemble au premier degré de consanguinité , ce ne fut pas une dispense de la loi naturelle, qui défend le mariage de frère 3 sœur; mais l'efTct de la subordination de cette loi à une autre loi plus essentielle, et, si on peut parler ainsi, plus fondamentale, qui était celle de continuer le genre humain.
li n'y a donc rien de plus mauvais sens à votre ministre, que de parler ici de dispense. Mais après tout s'il en fallait une ou pour les enfants d’Adam , ou enfin, s'il plaît au ministre, pour ceux de Noé, elle était suffisamment renfermé dans ce commandement exprès de Dieu : Croissez et muitipUez, et remplissez ta terre'. Commandement donné aux premiers hommes dès l'origine du monde , et qui obligerait sans difficulté en pareil cas; mais commandement que Dieu daigna bien encore réitérera Noé et à ses enfants > : de sorte qu’avoir recours à la seule nécessité dans cette prétendue dispense, Sans y reconnaître l'expresse autorité du L^slateiir, c'est assurément une ignorance du premier ordre. Mais c'en est une de ta même force de ne pas entendre dans ce précepte divin la voix mémo delà nature, qui veut être multipliée et qui ne veut pas périr, parce que son auteur l'a faite pour durer. C’est aus^ pour cette raison qu'il a créé le^deux sexes, qu'il les a bénis, qu'il y a répandu sa fécondité, et quelque image de réternelle génération de son Fils : ce qui fait que leur union est autant de droit naturel , que leur distinction ; de sorte que c’est sans raison qu'on a ici recours aux lois positives.
Il ne fallait donc pas dire si absolument que les lois du mariage sont des lois positives, et que le mariage est de pure institution : comme s'il n’était I pas fondé sur la nature même, ou que la sainte société de l'homme et de b femme, avec la production et l'éducation des enfants, ne fût pas au fondde droit nature) , sous prétexte que les conditions en sont réglées dans la suite par les lois positives.
Mais il y a encore id une autre erreur : c'est qu’en parlant des lois {Kisitives qui ont réglé le mariage, i le ministre oublie de dire ce qui était en ce cas le principal, qulestqu'ellessontdivines,parconséqucnt indispensables de leur nature tant qu'elles subsistent : et si M. Jurieu y avait pensé, il ii'aurait pas dit, comme il fait, que la souveraine nécessité pui.sse dispenser de ces lois; puisque c'est dire que Dieu commande des choses dont il est souvent nécessaire de se dispenser, doctrine aussi ridicule qu’elle est inouïe. Mais laissons ignorer ces choses à notre mi-
nistre, et efforçons-nous de comprendre où il en veut venir par tous ces détours.
fondement des dispenses des lois positives, même divines, |>ar la souveraine nécessité étant supposé, M. Jurieu passe au divorce, dont il ne s'agit nullement dans cette affaire; puis(|ue le landgrave, sans faire divorce avec sa femme, en prit une autre, et demeura également avec les deux. Mais puisque M. Jurieu, pour embarrasser la matière, veut nous parler du divorce, ayons ta patience de renlcndre. • I.cslois, dit-il*, qui regardent le di- « voree ne sont point d'une autre nécessité que cel- « les qui regardent les degrés dans lesquels les ma- « riages sont incestueux : ni Dieu ni les hommes « n'eii dispensent plus; mais au moins b nécessité « en peut dispenser. I.cSeigneurJésus-Christdécbre « que l'adultère dissout le mariage, et un homme > qui y surt)rend sa femme b peut abandonner et en « prendre une autre : c'est la raison de b nécessité « qui fait cela , et non pas b nature et l’adultère. »
Ne donnons pas ici le plaisir à notre ministre de nous détourner sur b question de l'adultère fl de b dissolution du mariage en ce cas ; mais si c'est b une dispense, qu'il reconnaisse du moins que l’autorité du législateur y intervient, puisqu’il l'attribue lui-même à notre Seigneur.
Passons outre. • L'apôtre saint Pau), poursuitM. « Jurieu * , nous donne un autre cas de nécessité qui « dispense des lois du mariage : c'est le refus de b
• coliabitation. «Voici une nouvelle doctrine, et de quoi grossir les Variations, si on enseigne que le mariage contracté entre les fidèles après le baptême peut se rompre, même quant nu lien, par le refus de l’une des deux parties. Luther l'a dit; je lésais, et je m’en suis étonné ^ : mais je ne croyais pas que ces excès fussent approuvés dans b réforme. Les lumières y croissent tous les jours, et le ministre ne fait O aucune difficulté qu'un mari dont la femme « serait entre les mains des Barbares, sans aucune « espérance de pouvoir être retirée, après y avoir « fait tout ce qui est possible, pourrait légitimement n passer à un autre mariage; de même que les lois
• civiles permettent à une femme dont lo mari " est absent durant plusieurs années , de présumer « son mari mort et de se remarier » Nous allons loin par ces principes : b perpétuelle indisposition sun'enueà un mari ou à une femme, n'est pas un em|)êchemetit moins invincible que l'absence ou la captivité même : il faut donc que les inarié.s se quittent impitoyablement dans cos tristes étals. Mais rincompatibiiitc des humeurs, maladie des plus incurables , ne sera pas un empêchement moins nécessaire. M. Jurieu n’a qu’à suivre son raisonnement : par ses soins le mariage deviendra si libre, qu'il n'y aura plus à se plaindre de ses contraintes ou de ses incommodités; et les apôtres aurmtt eu tort de dire à leur maître, lorsqu'il défendait si sévereiiu'tit le divorce : .Va</re, si telle est la condition du mari et de la femmCf il vaut mieux ne se pas marier^. Quand ils parlaient de cette sorte, ils ne
> Ixlt. VIII. p. &8, c. 3. — Ibid. p. S8. — > far. lia. Tl. — * Lttt. TIJI, p. b9. — ‘ .Vutth. XIX, lu.
* Ctn. t, 3S. - > tbid. IX. r.
Sun LES LETTRES DE M. JÜRIEU.
stmgnient pot aui commodités que le christiaoisme réformé devait apporter aui mariages. Voilà des facilités et des complaisaoces que notre discipline ne connaît pas. La réforme devait du moins les cbercher dans rÉcriture , où elle se vante de trouver toute sa doctrine; et nous lie croyons pasqu'elle dût régler les consciences sur les tolérances de la loi civile , pour la plupart abolies.
Pour nous , il y a longtemps que nous en avons purgé le christianisme. C’est une règle inviolable parmi nous de ne permettre les secondes noces à l'une des parties, qu’après que les preuves de la mort de l’autre sont constantes. On n’a point d’égard aus captivités ni aus absences les plus longues. Les papes, que la réforme veut reg.inler comme les auteurs du relâchement , n'ont jamais laissé affaihlircette sainte discipline'. L'Eglise parle pour l'absent, et ne permet pas qu'on l'oublie, ni qu'on mette au rang des morts celui pour qui le soleil se lève encore. M. Jurieu nous apprend que • le droit
• commun de l'Etat des Provinces-Unies et de
• tous les Etats protestants, est que l'absence in-
• vincihle et la perte irréparable du mari ou de la « femme, après quelques années, est réputée une « mort >. • Mais comment est es qu'on peut croire l'absence d’une personne invincible , et sa perte irréparable, unt qu’elle est vivante.’ Cependaut c'est le droit eommua de tout ks États protestants; et les exemples par conséquent en sont ordinaires : une absence de queUiues années a cet effet. Apparemment ces quelques années s'écoulent bien vite : car un clu’élien réformé ne peut pas attendre longtemps la liberté de sa femme, quoiqu'il la saclie vivante; il suffit qu'il en croie la perte irréparable pour lui , selon l'état de ses affaires. .Si elles l'appellent à Batavia ou plus loin, et que sa femme ne puisse supporter la mer; après quelques années, tl. Jurieu, et, si nous l’en croyons, le droit coinnuat de la réjorme , lui permettra d'en prendre une autre. Qui peut douter après cela derempéchoincnt d'une maladie incurable? Nulle absence ne sera jamais plus irréparable; et il est plus aisé de s’écliappcr d'une captivité, quelque dure qu'on se llmagine, que de guérir de telle maladie. TJn confrère de M. Jurieu lui reproche ses facilités’ : mais il le traite d'ignorant , et méprise sa critique. Cet auteur, dit-il <, ne sait rien, et critique tout. Pour les papes, dans ces occasions ils conseillent la prière, le jeûne, la patience ; et J ésus-Cbrist ayant prononcé si absolument l/ue l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ’, nous ne trouvons point de nécessité qui dispense de celte loi. Si la réforme l’a corrigée, nous ne voulons pas être réformés à ce prix. Mais enfin passons tout ceci à M. Jurieu, et tâchons de voir à la fin s'il conclura quelque chose en faveur de la permission donnée au landgrave.
• Il but, dit-il ‘, observer après cela que le di- • vorce est une espèce de polygamie. » Voici une
' Bst. eap. In prssralla, de lib. tr Dr<rftat. lit. i,
CQB. 19. — » LeU. X»l, p. 108. — • * d’uH Ministre sur U cfM p. Propk, in Itavph. etc. — * Letl. xxi.
» tiüUh. m. «. - • L$U. VIII.
MSSm-. Tout IV.
étrange idée : le divoree, qui est la rupture du lien du mariage, est un moyen de l'étendre et d’établir la polygamie. Mais voyons la preuve du ministre î
• Car celui ,dit'il , qui sc marie à une autre femme,
« la première étant vivante, a plusieurs femmes ac*
« tui'llement, encore qu’il n’habite [wsovec les deux « ensemble. • A la bonne heure : qu’on permette doue au landgrave de faire divorce avec sa femme, puisqu’on lui en veut donner une nuire. Ce sera sans doute un attentat contre i'Kvnngile, mais bien moindre que d'autoriser hautement la polygamie à l’exemple des inahométans, et de vouloir mettre deux femmes également légitimes dans un même lit nuptial.
Au reste, je laisse passer pour un peu de temps celte étrange proposition : qu’une épouse qu’ou abandonne , et sur laquelle on ii’a plus aucun droit, non plus qu’elle sur nous, le contrat étant résolu de part et d'autre , soit encore uneéjmuse, je laisse, dis-je , {Kisser cela par le désir qui luc presse ; je l’avuue.devoir enfin les conclusions que le inini.stre prétend tirer de ces beaux principes : les voici :
• Toutes ces considérations font voir que les théolo-
• gicns luthériens, qui eurent la complaisance de
• permettre au landgrave de preudre une seconde
■ femme du vivant de la première, sc sont trompés
■ beaucoup plus dans le fait que dans le droit *. •> C’est directement le contraire, l^e fait était que le landgrave leur déclarait fort grossièrement, et sans équivoque , ce que j’ai honte de ré{>éter, quii ne voula'U ni ne pouvait se couteufer de sa femme » ; et le droit était de juger que c'clait là un moyen légitime d’en avoir une autre. Ils se trompent donc beaucoup moins dans le fait, qui pouvait dépendre en quelque façon de la bonne foi du prince, que dans le droit, qui était constant par l’Evnngile, où il est clair qu'on tie(x*ut avoir qu'une seule femme, sans que jamais on ait douté de celte règle. Mais passons. « Le principe sur lequel ils se sont fondés, « (Luther et ses consultants), c’est que les lois du « mariage étant des lois positives, la nécessité en « certains cas en dispen.sait. « Il fallait avoir ajouté , quoiqu’elles fussent divines : et l'erreur serait en ce cas de reconnaître des nécessités c-ontre ces lois; puisque c’est donner le moyen de les éluder et de s'élever au-dessus de Dieu, roiirsuivons. « Ils ont « fondé cette maxime sur la permission que don- « nent Jésus-Christ et saint Paul de rompre les > liens du mariage en certains cas. • Mais au contraire, bien éloignés d’avoir fondé leur résolution sur la permission de rompre cc^ariage , ils ont si bien sup;>osé qu’il n'y avait pas lieu de le rompre , qu'ils ont donné au landgrave une autre femme sans le séparer d’avec la sienne : en sorte que ce o’était
deux personnes dans une mé/uecAo/r, comme Jésus-Christ l'avait commandé mais trois, contre son précepte, et contre le sacré mystère du mariage clirétien , qui ne donne à un mari qu’une seule épouse, comme il ne donne a Jésus-Christ qu'une seule Eglise. Mais voici la conclusion, plus ‘ Lett. TiM.p.SI. — * Intf.tlu Land. far. Uir.