‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 58 sur 192 · I XIX · texte numérisé non relu

I XIX

QIÎATRIKME AVERTISSEMENT

lidkule et plus indigne, s'il se peut , que tout le reste r « Ils peuvent , dil-il' , avoir ihmissc ce priu*

• cipc trop loin , en retendant à la (wlyKainie for-

• nielle : s'ils se sont trompés en cela, leur erreur

• vient (le ce que j'ai dit, (pio le divorce est une es-

• ppcp de polyj^amie ; et ils ont confondu la polyga- •* inic directe avec b poIvRainie indirecte : ce qui » n'est (pi'iine erreur humaine. *Si, pour éluder une loi expresse de Jcsus-Chrisl , il ne faut qu'emh.irrasser un discours, et en pousser rainhi^uîté jusqu'à b dernicrc extrémité où l'on peut aller; le ministre agaRnésa c^aus** : mais t.iciions de dé\elopper, s’il est pos.sible , l'obscurile aflVctcic de son discours.

La polygamie directe cl formelle doit cire d'avoir deux frjnmesensemble, avec lesquelles 011 vil conjugalement : la polygamie indirecte doit cire, apn*« le divorce, d'avoir une femme, vraie femme, sur laquelle on ait le droit conjugal , et une autre qu'on ait quittée, et sur lafpielle il ne re.sle plus aucun droit. Je demande si on s'est jamais avisé d’ap|>eler cela (K)l) garnie? Mais tout est |>ermis |Muir excuser Ica réformateurs : il faut bien embrouiller les ehosrs quand on n'en peut plus, cl que le faible de b cause va sc faire .sentir aux plus ignorants. Que si on réduit en termes communs le raisonnement du ministre, il xeul dire que Luther et ses consullüuU, persuadés qu'en certains cas, comme dans celui de l'absence ou de l'aJultcre , on pouvait rompre le mariage en otant tout droit au mari sur b iemme qu'il avait, sont excusables d'avoir cru sur ce fondement qu'on pouvait donner en même temps a nn seul mari un droit légitime sur deux femmes. Mais c'est tout le contraire qu'il faudrait conclure : puisque, par les exemples du divorce que le ministre nous albguc, quand ils seraient approuvés, ii parait qu'un ne peut donner une uouxeile femme à un mari , qu'en lui dlant tout droit sur celle qu'j) avait auparavant : de .sorte qu'il u'y a rien de plus ridicule que de s'imaginer des mVessiles tilU*s qu'étaient celles du landgrave, où il n'y ait point de remi'de qu’en tenant deux femmes ensiMnbie; puisque c'est manifestement lâcher la bride à b licence , et renverser l'Evangile.

Revenons un peu inaintenaiu aux propositions qne nous avons laissé passer. Je dis que les lois positives divines, tant qu elles subsi.stenl, ne sont pas moins indispensabirs que les naturelles. Je dis ({(l'on ne peut non plus admeUre de iici*essité con- I re les unes que contre les autre.s, et que tant qu'une loi divine subsiste, alléguer une nécessité pour s'en dispenser, c'est s'élever au-dessus de Dieu même. Je (ils que M. Jurieii. qui enseigne le contraire, (|uoi qne Grotius, dont il s'autorise, ait pu dire suree su}('t, n'a compris ni la notion ni b force di> la loi naturelle, qui apres tout n'est inviolable qu'à caust? quelle est divine. Je dis que, sans disputer si Jesus-(^brisl ou.s^iint Paul ont )iennig le divorce en certains cas, c'est un attentat impie d’en pousser b |>ermi$sion au-delà. Je dis enlin que le divorce 4i’a rien de commun avec la polygamie; et que ce

> LcH vni, SI.

serait se moquer de Dieu, quand i) aurait petnùs d'ôter une femme , d'en conclure que sans sa jicrmission on pdt en même temps en avoir deux.

Ce raisonnement du ministre, que •> la relation

• de mari à femme ne peut non plus être niiéan-

• tie que celle de lils n père, à cause (pi’elle est « fondée sur de.s actions trés-réclles, qui ne peu - > v(*nt pas n'avoir pas été faites ' , • est une preuve ('onsUnte qu'il n'entend pas ce qu'il dit : car pour peu qu'il l'eiU entendu , il aurait pu épargner à son lecteur la jieinede réllecliir sur celle nc/'/on si rérUe à laquelle il donne tant de force; puisqu’après tout, ce n'est pas celle qui fait le tnnringe : autrement elle marierait tous les impudiques. I.o mariage con- .siste dans b foi , dans le lien , dans le droit mutuel qu'on a l'un sur l'autre ; et quand on dte ee droit , (|uand il n’y a plus de foi conjugale, et qu'on résout le contrat de part et d'autre, on n'est non plus martel femme que si on ne l'avait jamais été.

Quand le ministre alhrue iei b sêpamtinn de carptHtlehitm*^ ilnefail que confirmer de pins en plus qu'il parle sans entendre de quoi il s'agit ; puis* ({ue si le mariage subsiste dans cet état, ce n'est pas, comme le dit ce docteur, porrr qnv rr7/crc- IntUm fondée sur une action si réedenescpndjamais anéantir : c'est à cause que ce qu'on ap|M‘(lc la foi, le contrat, en un mot le lien du mariage subsiste toujours : autrement chacun de.s conjoints aurait In lit^rté de se pourvoir; ce que la séparation de corps et de biens constamment ii’o|)ére pas.

A quoi servent donc tous ces détours, et tous les vains raisonnements de b l.eltre vin de M. Jiirieu. si ce n'est à cblouir les ignorants, et à se donner un nirde savant par (h's distinctions frivoles? Ça été manifeslemeiit à ce minislro une faiblesse digne de pitié, de prthendre faire accroire aux gens de bon sens, soit protestants, soit catholiques, que des docteurs qui ont permis exprt'ssément la polygamie ne sc sont trom|»és que dans le fait, et ti'ont pas détruit un dogme certain de b religion cbrélienne, ni établi une erreur judaïque et maliométaoe ; et t<mt eeb pour quelle fin ? Pour prouver, en tout cas, que ces docteurs n’el.iirnt pas des scélérats^ ^ car c’est tout ce qu'il prétend. N'estce pas là un beau fruit de son travail , un M eloge |K)ur les réformateurs du genre humain .*

MaU, puis(|u'il noii.s pousse jusque-là , comment veut-il donc que nous appclliotis , et eominent veutil appeler lui-même des gens assez corrompus pour flatter l'intempérance d'un prince jusqu'à lui permettre b |K)lygamie dont iis rougis.saient en leur coeur, puisqu'ils prenaient tant de précautions pour b cacber^; des gens qui, ayant honte de ee qu'ils faisaient , le font néanmoins, de peur de rhnquer ce prince, qui était l'appui de In réforme; qui leur déclarait ouvertement (ju’il pourrait bien s’adresser à l'empereur pour celte affaire ; qui leur faisait aussi entrevoir qu'on pourrait Inen y mêler le pape; qui leur faisait craindre par là qu'il pourrait bien échapper au parti ; qui pour ne rien oublier, et ga-

1 ' Lftt TUI, P- •• — ‘ — * Ibid- S9, f. S.— 4 l'ar.

' iM . XI

gner ees âmes véniiles par les intérêts les plus bas, leur pro|K)se de Irur accorder pour prix de leur iniquité tout ce qu'ils lui demanderaient; soif que ce fût les biem des monastères ^ ou d’autres choses semblables' ? C'est ainsi que les traita te landgrave, qui assurément les connaissait ; et au lieu de lui répondre avec la vigueur et le désintéressement que le nom de réformateur demandait, ils lui répondent en tremblant* : Sotre pauvre ICglise^ petite, ynisérable et abandonnée , a besoin de princes ré(jents vertueux; tel qu'était sans doute celui-ci, qui voulait bien tuut accorder à la réforme et lui demeurer tidéle, pourvu qu'on lut permit d’avoir plusieurs femmes en sûreté de conscience, à l’exemple des mahoméuns ou des païens , et de contenter ses désirs impudiques.

Voilà ceux que votre ministre tilcbe d’excuser; et « pour ce qui est du landgrave, à Dieu ne plaise, « dit-iP, que je le justiHe d'avoir eu un désir si dé- « réglé que celui de prendre une seconde femme • avec celle qu'il avait déjà! > Mais si ce prince est inexcusable, T.uther et les autres chefs de la réforme le sont beaucoup davantage de lui trouver des excuses dans son crime et d'autoriser son Impénitcnre. Au lieu d'étre des réformateurs, on voit par là qu’ils ne sont que de ces conducteurs aveugles dont le Fils de Dieu a prononcé non-seulement qu’tVs tombent dans Cabime, maisencore qu’i/s y précipitent ceux qui tes suivent*. Se n’ai pas besoin d’exagérer davantage une si grande prostitution de la théologie réformée : lo chose parle d'clle-niéme ; et quelque étrange qu’elle paraisse dans la déduction qu'on en vient de voir, j'ose assurer qu'elle paraîtra plus odieuse encore et plus horrible quand on en verra l'histoire entière, comme elle est fldèlement rapportée dans le livre des Variations.

Toute la réforme est armée contre ce livre; et M. Bumet a interrompu ses grandes occupations pour y répondre, ou plutôt pour dire qu'il y répondait. Car on n'appellera pas une réponse quarante ou cinquante pages d’un petit volume qu'il vient d’opposer à cette Histoire, sans avoir osé attaquer aucun des faits qu'elle contient. C’est une nouvelle manière de combattre une histoire , que d’en laisser tous les faits en leur entier. Tous les autres qui se soulèvent contre cclle cj , la laissent également inviolable. Onblôme, on gronde, on menace; mais pour les faits , on n'en a pas encore marqué un seul qu’on accuse de fausseté ; et en particulier M. Burnet a laissé passer tous ceux qu'on a avancés sur son Cranmer et sur les autres réformateurs. Ainsi on peut dorénavant tenir pour certain que Luther, Bucer et Melanchton ne sont pas les seuls qui aient flatté les princes Intempérants. Il faut mettre encore en ce rang le héros de M. Burnet, et le chef de la réformation anglicane. M. Burnet continue bien à l’égaler aux Athanase, aux Cyrille, aux Grégoire, et aux autres grands saints : mais pour le purger de sa perpétuelle lâclKté, et de la honteuse

prostitution de sa conscience, livrée à toutes les volontés d’un mauvais prince, il n'y songe seulement pas. Nous parlerons à lui une autre fois; il ne faut pas mêler tant de matières , lorsqu’on en veut donner rinteiligencc.

Au reste, je suis bien aise de voir que les maximes dont M. Jurieu tâcl>e de souiller la sainteté du mariage, ne soient pas universellement approuvées dans la réforme. Pendant que nous écrivions ceci , nous avions devant les yeux une lettre, dont nous avons déjà dit un mot, d'un ministre qui trouve aussi mauvais que nous, que M. Jurieu • soit assez « inaccessible aux conseils modères, pour oser dire « qu’un mari dont la femme est captive entre les > mains des Barbares, sans espérance de la pouvoir ■ retirer, peut sc remarier : parce que la nécessité » n’a point de loi , et que le f^lcheux remède de la « polygamie est plus soutenable que les impuretés • inévitables dans u.'ic perpétuelle séparation à « ceux qui n'oiil pas lo t(iU|M'ramcnt tourné du côté « de la continence. • Ce ministre rougit pour son confrère de ces nécessités contre l'Evangile, et de ces impuretés inévitables y sans que la prière, ni le jeûne, y puissent apporter de remède. Il voit comme nous l'iiiconvénienl de cette impure doctrine,qui introduirait le divorce et même la polygamie, aussitôt que l'un des conjoints serait travaillé de maladies, je ne dis pas incurables, mais longues ; ou qu’il SC trouvât d’ailleurs quelque empêchement qui les obligeât à demeurer séparés. Si cette doctrine avait lieu ,qu’y uurait-il de plus inhumain ni de plus brutal que la société du mariage ? àlais en permettant de quitter sa femme, ou, ce qui est bien plus détestable, d’en prendre une autre avec elle en cas de captivité; s'il arrivait par hasard que, contre l’espérance du mari, sa femme fût délivrée, laquelle des deux demeurerait ? Ou bien serait-il permis à un chrétien d'en avoir deux ? M. Basnage en a honte, et il voudrait bien qu'on ne souffrit pas de tels excès. Mais M. Jurieu a pris le dessus , et le traite d’ignorant. La réforme ne permet pas qu'on abandonne ses cliefs , ni qu'on en fasse les plus corrompus et les plus infâmes de tous les hommes. On aimera toujours mieux M. Jurieu qui les excuse , quoique pitoyablement, que M. Basnage tout prêt à les condamner. Aussi se tait-on dans les consistoires ; les synodes sont muets ; M. Basnage luimême ne reprend l'erreur qu'en tremblant , et comme un homme qui craint la colère envenimée d'un adversaire toujours prêt à se venger à toute outrance; car c'est ainsi qu'il en parle. M. Jurieu triomphe , et la vérité est opprimée.

' Rtp. de a mïNùffv, sur le snfet des pr^t. Propk. du

Dntiphiiif, etc., p. 3, e. \,

Inst, in Land. t'ar. fiv. vi. — * Consult. de Luth. Far. lia. vi. — ’ Lett. vin, p. w. — • Matth. iv, 14.

CINQUIÈME AVERTISSEMENT

V« AVERTISSEMENT

AUX PUOTESTANTS

Page 1