‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 59 sur 192 · SI R · texte numérisé non relu

SI R

LES LETTRES DU MINISTRE JURIEU

U funilrmrnl d« etnpirv* renversé par ce mlmilre.

Mrs cuebs Fbèbes, I

Dieu , qui est le père et le protecteur de la société humaine, qui a ordonné les rois pour la niainteiiir, qui les a appelés scs christs, qui 1rs a faits ses lieutenants , et qui leur a mis re|>ée en main pour exercer sa justice, a bien voulu , à la vérité, que la religion fût indépendante de leur puissance, et s’établit dans leurs Ftals malgré les efforts qu'ils feraient pour la détruire : mais il a voulu en même temps que, bien loin de troubler le repos de leurs empires ou d’affaiblir leur autorité, elle la rendît plus inviolable, et montrât, parla patience quelle inspirait à ses défenseurs, que l'obéissance qu'on leur doit est à toute épreuve. C'est pourquoi c’est un mauvais caractère et undes effets des plus odieux de la nouvelle réforme d’avoir armé les sujets contre leurs princes et leur patrie, et d avoir rempli tout runivers de guerres civiles; et il est encore plus odieux et plus mauvais de l’avoir fait par prin-

plus opposé à l'ancien christianisme que ce christianisme réformé, puisqu'on a fait et qu'on fait encore dans relui-ri un point de religion de la révolte, et que dans l'autre on en a fait un de l’obéissance et de la Odclité.

Que la reforme ne pense pas s’excuser sur ce qu'elle semble à la fm avoir condamné en France et en Angleterre, par ses plus fameux écrivains, ces guerres civiles de religion , et les maximes dont on lesavait soutenues. Car les réprouver quelque temps pour y revenir après , c'est bien montrer qu'on a lionte de son erreur; mais c'est montrer en noéme temps qu'on no veut pas s'en corriger : et c'est enfin augmenter, dans un article si important à la tranquillité publique, les variations dont la réforme est convaincue.

C'csl, mes frères , ce que j'entreprends de vous découvrir dans cet Avertissement. J'entreprends, dis-je, de vous découvrir que votre réforme n’est pas chrétienne, parce qu'elle n'a pas été fidèle è scs princes et à sa patrie. Que la proposition ne vuus fâche pas; il sera temps de se fâcher si ma preuve vous parait défectueuse , si je vous laisse le moindre doute de ce que J'avance : en attendant, lisez sans aigreur ce que je vous expose pour votre bien. Je dirai tout avec ordre; et quoiqu'il fdt naturel en déduisant ce que j'ai à dire d'un seul et même principe, de vous le développer sans interruption par la suite d'un même discours , je partagerai celui-ci pour votre commodité en plusieurs parties , que les titres vous apprendront.

ciDPS.ctdVtahhr.commcfaitciicoreM. Juricu,(les

s^dUieusesqui tendent à . a subversion de | ,uon pea^/a/ee ta

tous les empires, et a la dégradation de toutes les puissances établies de Dieu. Car il ii y a rien de plus opposé à l’esprit du christianisme, que la réforme se vantsit de rétablir, que cet esprit de révolte; ni rien déplus be.tu à l’ancienne Église, que d’avoir été tourmentée et persécutée jusqu’aut dernières extrémités durant trois cents ans, et depuis à diverses reprises par des princes hérétiques ou inlldcies , et d avoir toujours conservé dans mte oppressions! violente une inaltérable douceur, une patience invincible, et une inviolable fidelité envers les puissances. C’est un miracle visible qu’on ne voie durant tous ces temps, ni st-dilîon, ni révolte, ni aigreur, ni murmure parmi les chrétiens : cl ce qu’il y avait de plus remarquable dans leur conduite, c’était la déclaration solennelle qu'ils faisaient de pratiquer ccllesouniission

envers l’empire persécuteur, non point comme une chose de perfection ot do conseil , mais comme une . inHitiiM^nxahlc ; nl-

chose de précepte et d’obligation lndis|)ensablc

léguant non-seulementlesexemples, mais encoreles

commandements exprès de Jésus-Clirist et des apiW tres : d'oti ils concluaient que l’einpiro ni les empereurs n'auraient jamais rien à craindre de.s dirétiens, en quelque nombre (|u'ils fussent, et quelques persécutionsqu’oii k’urfitsouffrir./’/«s Ui/aurade chréiiens, disaient-ils à leurs persécuteurs i/ y

aura de gens de gui jamais vous n'aurez rien a vraindre. Il u'y a donc rien, encore un coup, de

• Ttrtull. Ipol. f.y\etS'q.

à son prince et à so patrie pour défendre sa religion ; que celte maxime est née dans C héré^ sie. Variations delà réforme.

Ce qui aggrave le crime de la réforme si souvent ’ rebelle, c'estdc voird'uii côté naître l'Église avec IVsprit de ûdclité et d'obéissance, au milieu de l'oppression la plus violeute , et de vuir de l'autre l'esprit contraire, c'est-à-dirc l'esprit de sédition et do révolte, prendre naissance et se perpétuer dans les hérésies. Les premiers des dirétiens qui ont pris séditieusement les armes avec une ardeur furieuse, sous prétexte de persécution , ont clé les donntistes : c'est une vérité coustaute. Il ii'est pas moins assuré que les premiersqui ont fait des gucrtrès réglées è leurs souverains pour la même cause ont été les manichéens, les plus insensés et les plus impies de tous h^ hommes. Pour ce qui regarde les donatistes , il n’y a personne qui ne sache les fureurs de leurs Circumcellions, rapportées en tant de lieux de saint Augustin * , qui montre même que les violences de ce parti séditieux ont égalé les ravages que les Barbares faisaient alors dans les plus belles provinces de l'empire. F.t quant aux manichéens, nous en avons raconté les guerres sanglantes dans le livre xi des Variations *. Les albigeois ont suivi ce mauvais exemple : aussi avons-nous vu qu’ils

* Epist. cxi,n<7 rictvTMn. tom ii, tir. XI.

rat. SIt. - * Vmr.

SÜK LES LETTRES DK M. JURIEU.

<lc «iisnrs rejetons de cette abominable seele. Les vi' léfiles n'ont point eu de honte de marcher sur leurs pas : lesiiussites et les taborites les ont imités ; et puisqu'enliti il en faut venir aux seclrt de ces derniers sie<‘les , on sait l'histoire des luthériens et des calvinistes.

Cétait unterriblepréjugéeontrc la réforme naissante , de n’avoir pu prendre l'esprit de Tanclon christianisme qu’elle se vantait de rétablir, et d'avoir pris ou contraire l’esprit turbulent cl séditieux qui avait été conçu et qui s’êtail conservé dans rivérésie. Car c'était d'un coté ne pouvoir prendre l'esprit de Jésus-Christ, et de l'autre prendre Tesprlt opposé, c'est-à-dire, l’esprit de sédition, que Jésus-Christ nous fait voir être l'esprlldu démon et de SUN empire ' : d’uù suit, aussi st-iun sa parole, la désolation des rovauines et de tonte la société humaine , que Dieu a formée par ses lois et qu’il apriseen sa protection.

Sur une si pressanteaccusation , il n'i’St pas aisé d'exprimer combien la réforme a été déconcertée. Tantôt elle a fait profession d'iUre soumise et obéissante; tantôt elle a étalé les sanguinaires maximes qui exhortaient à prendre les ormes sans se souci cr ilu nom ni de l'autorité du prince. Elle a fait d’abord la modeste : il le fallait bien , quand elle était faible ; et d'ailleurs comment soutenir, sans ce caractère, le nom et le caractère de christianisme réformé? C’est pourquoi au commencement , à l’exemple des premiers chrétiens , on ne nous vantait que douceur, que patience, que fidélité. H vatU mieux souffrir t disait Melanchlon *, toutes sortes d’extrémités ^ que de prendre les armes j>o\ir les affaires de CÈ> raAj^/^(c’estdu nouvel Évangile qu'il voulait parler,) et d'exciter des guerres civiles : tout bon chrétien, tout homme de bien , conllnuait-Ü, doit empêcher les ligues qu'on trame secrètement sous prétexte de religion. Luther , tout violent qu'il était , défendait lesarmes dans celte cause , et fit même un ser- | mon exprès, dont le titre était : Que les abus doivent être ôtés, non par la main, mais par la parole^. La papauté devait tomber dans peu de temps; mais seulement par le souffle de la prédication de Luther, j)endant giiil boirait sa bière et tiendrait de doux propos au coin de son feuarec son cher Melanchlon et avec Amsdorf. Les calvinistes n'étaient pas moins doux en apivarence. Il ne faut qu’écouter Calvin écrivant à François T'en 1&36 , à la tétede ce fameux livre de l’Institution , où H se plaint à ce prince qu'on lui faisait immoler à la vengeance publique ses plus fidèles sujets, avec de solennelles protestations de l'inébranlable fidélité de lui et des siens, line faut «trente ans après, et jusqu’à la veille des gucrn*a civiles, qu’écouter Bèze et sa magnifiquecomparaison de l'Église avec une enclume, qui n’etait faite que pour recevoir des coups, et non pas pour en donner; mais qui aussi en les recevant brisait souvent les marteaux dont elle était frappée^. Voilà des colombes et des brebis qui

■ fiüiük. xii. Il , M. — * Lib. III, Bp. nv; Uh rv, Bp. 3^. llo, ni. /rtr. Uv.'t. — » Var. /i>. i d u — • tUst. d* Utze, liv. VI. Aur./ie. x.

n’ont en partme que d’humbles gémissements et la patience ; c'était le plus pur esprit et la parfaite résurrection de l’ancien christianisme; mais il ii'était pas possible qu'on soutint longtemps ce qu'on n’avail pus dans le creur. Au milieu de ces modesties de Luther, il échappait des paroles de menaces et (Je violence qu’il ne pouvait retenir; témoin celles qu’il écrivit à I^éon X, après la sentence où ce pape le citait devant lui :(|u'ilesi)érail bientôt y comparaître avec vingt mille hommes de pied et cinq mille chevaux, et qu’alors il se ferait croire*.

Ce n’etait là encore que des paroles; mais on en vint bientôt aux effets ». Ces ligues tant délestées par Melanchlon se formèrent à .son grand regret par les conseils de Luther L landgrave et les protestants prirent les armes sur de vains ombrages : Melan- • chton en rougissait pour le parti , mais Lutlier prit en main la défense des rebelles , et il osa bien menacer George de Saxe , prince de la maison de î;es moîtres, de faire tourner contre lui les armes des princes pour rexterminer lui et ses semblables , <|iii n’approuvaient pas la réforme. Enfin , il n'oublia rien de ce qui pouvait animer les siens ; et irrité contre Rome, qui, malgré ses prédications et ses prophéties, avait bien osé subsister nu delà du terme (fu'il lui donnait , il mit au jour la thèse sanguinaire où il soutenait que le pape était « un loup

• enragé, coiitreicquel il faliaitassembler les peuples,

■ et nepas épargner les princes qui lesoutiendmient,

• fdt-cel’empereur lui-même *.• L'effet suivit les paroles. L’elecleur de Saxe et le landgrave prirent les armes contre Charles V;mai8 l'électeur, plus consciencieux que ne voulait In réforme, ne savait comment concilier avec TÉvangiie cette guerre contre lo chef de l’Empire. On trouva l'expédient dans le manifeste de traiter Charles V, non comme empereur (carc'étaitprécisémenl cette qualité qui troublait la conscience de l’électeur, mais comme s&

I portant pour empereur^; comme si c’était un usurpateur, ou qu'il fût au pouvoir des rebelles de le dépouiller (le l'empire. 'Tout devint pcrinis par cetto illusion; et la propre déclaration des princes ligués fut un témoignage éternel que ceux qui entreprenaient celte guerre la tenaient injuste contre un empereur reconnu de tout le monde.

Je n'ai pas besoin de parler de la France : on sait assez que la violence du parti réformé , retenue sous les règnes forts de Franc^ois T' et de Henri IJ , ne manqua pas d'étdater dans la faiblesse de ceux de François II et de Charles IX. Un sait, dis-je, que le parti n’eut pas plut(>t senti ses forces, qu'on n’y médita rien de moins que de partager l’autorité, de s’emparer de la personne des rois , et de faire la loi aux catholi(|tics. On alluma la guerre dans toutes les villes et dans toutes les provinces; on appela les étrangers de toutes parts au sein de la Franche , comme à un pays de con:|uéle; et on mil ce fiorissant royaume, rimnneur (le la chrétienté,

' far. liv. |. Luth. adv. Ant. Dtttl. t. il. — * far. Ua. iv.

— î far. liv. 11. — * />«•*/>. IS*0; }tri‘p, 30 et tcq. t. i. VW. Sfeid. t, 10. far. liv. 1 cl liv. VItl. — » SUid. lib. 17 Sietr, Uv. VIU.

CINQUIEME AVERTISSEMENT

lur le bord de sa riiiiie« sans presque jamais cesser de faire la guerre, jusqu'à ce que le parti, dépouillé de ses places fortes, fut dans rimpuissanr« de la souteuir.

Ceux qui n'ont que les dragons à la bouclie , et qui pensent avoir tout dit pour la défense de leur cause quand ils les ont seulement nommés , doivent souffrir à leur tour qu'on leur représente ce que le royaume a souffert de leur.s violences, et encore presquede nos jours. Ils sopt convaincus par actes, et par leurs propres délibérations ^u'on a en original, d'avoir alors exécuté en effet , par une puissance usurpée, plus qu'ils ne se plaignent à présent d avoir souffert delà puissance légitime. Le fait en a été posé dans Tllistoire des Variations et n'a pas été • contredit. On y a dit qu'on avait en main en original les ordres des généraux et ceux des villes à la requête des consistoires , pour contraindre les papistes à embrasser la réforme ;>ar taxes, par iogements , par démoUHon de leurs maisons , et par découverte de leurs toits. Ceux qui s'absentaient pour éviter ces violences élaient dépouillés deleurs biens. Les registres des hôtels de ville de Mmes, de Montauban , d'Alais, de Montpellier , et d’autres villes du parti, sontpieines de telles ordonnances. On a été bien plus avant; une inflniié de prêtres, de .éligieux, de catholiques de tous les étatsont été massacrés dans le Réarn par les ordres de lareine.Teanne, sans autre crime que celui de leur religion ou de leur onire. 11 y a encore des actes authentiques des habitants de la Rochelle, où il est porté que la guerre fut renouvelée à l'oceasion de prêtres qu'ils précipitèrent dans la mer jusqu’au nombre de vingt-six ou de vingt-sept :de sorte que ceux qui nous vantent leur patience et leurs martyres sont en effet les agresseurs, et le sont de la manière la plus sanguinaire. Ces dragons dont on fait sonner si haut les violences , ontils approcl^ de ces excès ? et tout ce qu'on leur reproche d'avoir entrepris sans ordre , de combien est-il au-dessous des violences où les protestants SC sont emportés par des ordres bien délibérés et bien signés ? On a avancé ces faits publiquement : M. Jurieu ouquelquc autre les ont-ils nies, ou ont-ils dit un seul mot pour les affaiblir? Rien du tout; parce qu'ils savent bien qu'ils sont connus par toute la chrétienté, écrits dans toutes les histoires, et de plus prouvés par actes publics. Mais c'étaient, disaient-ils, des temps do guerres, et il n'en faut plus parler : comme s'ils étaient les seuls qui eussent droit de se plaindre de la violence; et que ce ne fiU pas au contraire une prouve contre leur réforme , d’avoir entrepris par maximes de religion des guerres dont les effets ont été si cruels.

Joignons à toutes ces choses les explications sanguinaires qu'on donnait à l'A pocalypse, où la réforme en prenant i>our elle et interprétant contre Rome ce comraandeiiient : Sortez de Uabytone, s'appliquait aussi à clle*nième cet autre commandement du même lieu : t'aites-tui comme elle vous a fait : d’où nous avons vu quVlle concluait , qu’il lui était

• /'ur, Uv.

commandé non-seulement de sortir de Rome, mais encore de l'exterminer a main armée avec tous ses sectateurs , partout où on les trouverait , avec une espérance certaine de la victoire *.

Voilà donc la réforme convaincue d’avoir entrepris, et encore d’avoir entrepris par maximes, et comme par un précepte divin, les guerres qu'elle semblait détester au commencement. Itlais si elle rougissait dudesseinde les entreprendre, elle en a encore rougi après l’avoir exécuté. C'est pourquoi, ne pouvant nier le fait, ni faire oublier nu monde ses guerres sanglantes ; quand elle a cru que les causes en pouvaient être oubliées par le temps, elle a employé tout ce quelle avait de plus habiles écrivaius pour soutenir que ces guerres, tant reprochées à la réforme, ne furent jamais des guerres de religion : et non-seulement M. Bayle dans sa Critique de M. Maimbourg, et M. Burnet dans son Histoire de la Réformation anglicane », mais encore M. Jurieu, qui s'en dédit aujourd'hui dans son Apologie de la Réforme , ont épuisé toute leur adresse à soutenir ce paradoxe.

II n'y a rien de plus étrange que la manière dont il défend les réformés, de la conjuration d’Amboise; qui est l’endroit par où ont commencé toutes les guerres : « La tyrannie des princes de Guise ne pou- « vail être abattue que par une grande effusion de « sang; l’espbit duchbistumsme me soupfbe *• POINT CELA. : mais si l’on juge de cette entre-

• prise par les règles de la morale du monde , die

• n'est point du tout criminelle; » et il conclut

• qu'elle ne l'est en tout cas que selon les règles de

• l’Évangile^. » Par où l'on voit clairement, en premier lieu , que toutes ces guerres des prétendus réformés, selon lui, étaient injustes et contraires à l'esprit du christianisme ; et en second lieu, qu’il se console de ce qu'elles sont contraires à cet esprit et aux rcfjles de t iCrangite, sur ce qu'en tout cas, à ce qu'il prétend, elles sont conformes aux règles de ta morale du monde : comme si ce n’était pas le comble du mal de lui cliercherdcsexcusesdans le dércglementdu genre humain corrompu, qui ne l’est pourtant |ws assez, comme nous l’avoiLs démontré ailleurs pour approuver de tels allenUls. Cest ainsi que M. Jurieu défend la réforme; et tout cela jiour confirmer ce qu’il avait dit, • que la rc.igion s'eal trouvée purement par « accident dans ces querelles, et pour y servir de

• prétexte^. »

Il n’a pas clé malaisé de le convaincre. Car, outre que c'était a la réforme une action as.sez honteuse de vouloir bien donner un prétexte à une guerre que ce ministre avouait alors contraire à l'esprit et aux règles du christianisme ; il est plus clair que le jour que la religion était le fond de toutes ces guerres. C’est ce qu’on voit dans le livre des Yariationsfi, par la propre Histoire de Bèze,

• fie l'Jpor. .Irerl. aux Pi-ot. $itr t'Jcc. drt Pmph. n i. — » liisl. Ue la H*f. Aagl. II. part. Ih'. S. l’ar. tivW

* Âpul. de la Hèf. /. part. ch. IS, p. 4&3. far. liv.

- * fat. ubi »upru. — * Apol. de le RtJ. libkl. ci. n%

— ‘ / «r. liv. ».

SUU UiS UCTIRBS DE M. JlftlEU.

|»ar 11*5 coüsultatioiib , par les recjiiêtes, par les dé' libérations et parlestrailés qu'il rapporte; onvoit, dis-je, plus clair que lejour, par toutes eesdioses, que la guerre fut entreprise dans la réforme par delitx*ration expresse des ministres et de tout le parti, et par priiiei|>ede eonscienre : en sorte qu'il n esl pas possible de s'enqiéclier de le voir en lisant le x* livre des Variations, où cette matière est traitée; et qu'en effet M. Jurieu n*a rien eu à y répliquer, si ce n'est ce mot seulement : « Ce itVsl point, •• dit-il* , mon affaire de parler de eette matière; m on y répondra si l'on veut : et pour moi , ce que

• j'en ai dit dans ma réponse à l'Histoire du jésuite

• MnimlK)urg me suffît. • Il est content de luimême, c'est assez; et il ne veut pas seulement songer que tout ce qu'il a dit sur ce sujet est dairement réfuté, non point par raisonnement, mais parac* tes; et sans ici ré|K‘ter tout te reste, qui est produit dans rilisluiredes Variations *, par les decrets 1resfornielsdu synode national de Lyon en 1603 , dès le commencement des guerres.

On y accunb’ par dv*crel exprès (a ct'no à un abbé reformé ù la nouvelle manière , pareeque, sans se défaire de son abbaye, dont le revenu rncv'ommodail, « il en avait brûle les litres, et n'avail pas

• permis depuis six uns qu'on y cbantât unisse;

• ainsi s'était toujours porte kiokleuknt, et

• avait PORTÉ i.es armes poiiti maintenir l'I;-

• VANüiEE Ce n est jias ici un prétexte :ce sont les armes portées ouvertement (nnir l'Évangile réforme, cl cette action honorée dans le parti jusqu'à y être récompensée cl ratilice |Kir la rceeplion de la cène.

Oser vous dire après eda que ce n'csl pas ici une guerre de religion, c'est vous déclarer, mes Ereres, qu'on n*n L>esoin ni de raison ni de bumie fui, ni même de vraisemblance , pour vous persuader tout Vf que l'on veut. Mais voici un cas bien plus elraiige,et un decret bien plus surprcnonldii même .synode national. Un mtRii/re <^ui au/rvtnetU i'était hicH comporte, c'est -n-dire, qui avait bien fait son devoir à inspirer la révolte, pour réparer celte faute ■ avait écrit à la reine -mère,

• qu'il n'avait jamais (xtnsenti au port des armes,

• jaunit qu’il y eût consenti et contribué ; fut obligé « à un jour de cène de faire confession publi<(ue « de sa faute devant tout le peuple, » et, pour l>ousser l'audarejusqu'au bout , à Jaire entendre a ta reine sa i)ènUf‘nce : de peur que celte princesse, qui était alors régente, ne s’imaginât qu'on fiU capable de garder aucune mesure avec elle et avec le roi. l'i’cst-ce pas là déclarer la guerre , cl In déclarer a In propre personne de la régente, et de 1.1 part de tout un synode national , nlin qu'on ne doute pas que ce ne .soit une guerre de religion, et encore de tout le parti } Mais on n'en demeure fKis là. Pour éviter le scandale que ce ministre avait donné à son l'à^lise en se repentant de son crime , et marquant ses soumissions à la reine, on «»ernH'l au synode de sa province île te chanrjer de

' Lett. IX — * t’ar. tn\ x. Ibtd

/ieu, en sorte qu'on ne le voie plus dans celui qu'il avait scandalisé en se inonlranl Ikjii sujet. I.oin de se repentir d'avoir pris les armes , I.i réforme ne se repent que île s'cire repentie de les avoir prises; H au lieu de rougir de ces excès , M. Jurieu répond hardiment : • M. de Meaux doit savoir que nous ne « nbus faisons pas une honte de ces dvTisinns de nos « synodes. •

Mais si la réforme n'avait point de lumlc de.s guerres qu'elle avait faites pour la religion, iwiirquoi donc M. Jurieu ne les osait-il avoger il y a quelques animas.’ et pourquoi écrivait-il que l.i religion s'y était irourve purement jxtracàdnd ? Celait une csi»èce de réparation de ces attentats, que de lâcher de les pallier comme il faisait : mais maiiiteiKintil lève te masque. Kn parlant de ses reformés en l'état où ils sont eu France, il tlécl.ire qu'il • faut être aveugle pour ne pas voir que des « gens à qui on renfonce la vérité dans le cinir a

• c(ni|»sde barre, ne se relèveront i*\s le Pi.ns tôt « Qt'lLS pourront, et PAR TOUTES SORTES UK H VOIES*. * D’oii il conclut que « dans pen d’auiiee» « on verra un grand éclat de ce feu que l’on ren-

• ferme sans rélouffer. .» Ce n’csl pas .seiilciuenl prédire, c'est .■voufflerla rébellion , que de parlerdo cette sorte. Il ne dissimule point que les prétendus reformés n’aient ta fureur et la rayedons te camr : et c'e.d , dit-il •, ce rpd /orfifielahainerpids avairut jmtr ruiotâtrie ;iloui il rend cette raison , qiie/e.s prissions humaines, telles que sont la rage et la furetir, *o«/ de rjrand secours aux rtrtus chn tiennes. Voici tm nouveau moyen de fortifier hs vertus, cl des vertus chrétiennes , (\\ïe. les npôlre.s ne connaissaient pas. Saint Paul a fondé .«.tir la charité toutes les vertus chréliennf-s : mais qu*a-tii dit de la charité, sinon • qu’elle est douce, qu’elle « est patiente, qu’elle n’est ni envieuse ni anibi- « lieuse , qu’elle ne s’enorgueillit point, ni ne s'ai- « gril point^.*» Ktnotredocteurnousdit qu’elle»*sl furieu.>e. Quelle vertu, quelle vérité, quelle religion est celle-là, qui emploie jusqu’à la rage pourM* mainte nir dans un cccur.^ C'est ainsi que sont disposés 11*5reformés , selon M. Jurieu; et c’est ainsi qu'il les veut. Car il n'oublie rien pour nourrir en eux ces .sentiments qui 1rs portent à la révolte : et pour (es y' exciter il fait une lettre entière * , où , san.s pallier comme auparavant le crime des guerrcsciviles, il entreprend ouvertement de les jusliliiT. Lui qui hésitait auparavant, ou plutôt qui sans hésiter décidait, comme on vient de voir, que ces guerres contre son pays et son prince légitime étaient contraires à l'esprit du christianisme et aux régies de l' h'tangih ; trop heureux de pouvoir les excuser par tes régies de h morale corrompue du monde, dit maintenant, à la face de l'universel au nom de toute la réforme : Sous ne nous faisons pas une honte des decisions de nos synodes, qui ont soutenu qu'on est en droit, pour défendre la religion , de faire la guerre à son roi et à sa patrie. C’est la femme proslituée, qui ne rou-

' /4ci'f‘ntpt. Hfi Prufth. .^vitn tvus les Chrtf. — * lue. mm <ii. — J 1 Cor. XlU, 4. — • >X.

Diçlti^cvj uy

cinquième: avehtissement

gît plus; qui après avoir longtemps dèguhé son crime» et cherché de vaines excuses à ses infidélités» à la fin étant convaincue se fait un front d'impudique, comme parle TÉcriture sainte, et dit hardiment : Oui ^ j'al aimé des Hrangers, et je marcherai après eux*.

Il ne faudrait rien davantage que sa honte d'un coté, et sa liardiesse de l'autre, pour la confondre. Que nous dira donc M. Jurieu, qui» après avoir condamne ces guerres » aiijourdliui en entreprend la défense? et n’est-il pas confondu parses propres variations? Mais ne laissons pas d'écouter ses faibles raisonnements.

S^éjMnses de Jurieu à f exemple de fancienne l'.fjlise.Çttesfion : Si la soumissiondes premiers chrélie}is nV/a<7 que de coiueil, ou en tout cas im précepte accommodé à un certain temps.

T.es réponses de ce ministre sont prises d'un dialogue de Buclwinan» qui a pour titre : Du droit de réfjner dans t’ Écosse. Les si-ntiments en sont si excessifs, qu’il a été détesté par les plus habiles gens de la réforme : mai.< aujourd’hui M. Jurieii en prend l'esprit; et aussi ne lui restait-il que ce nmyen-lâ de saper les fondements et de renverser le droit des monarchies.

Il faut écouler avant toutes cljoses ce qu’ils répondent à l’exenvpJe des martyrs. Il n’y a personne qui ne soit touche quand on les voit , dans leur passion, entre les mains et sous les coups des periu'>cnteurs, les conjurer par le salut et la vie de remperettr •, comme par unerhose sainte, de conteifter le désir qu'ils avaient de souffrir pour Jésus- Christ. « A Dieu ne plaise , disaient-ils ^ » que nous

• offrions pour les empereurs le sacrilîce «|ue vous « nous demandez pour eux : on nous apprend à

• leur obéir, mais non pas à les adorer. « T/obéi$tance qu'ils leur reivJaient , servait de preuve à celle qu’ils voulaient rendre a Dieu. « J’ai été,

« disait saint Jule sept fois à la guerre : je n’ai

• Jamais résisté aux puissances ni reculé dans les

• conibat.s , et je in'y suis inélé aussi avant qu'aii- « cun de mescoiupagnons. Mais si j’ai étéfidcledans « de tels combats» croyez-vou.s que je le sois moins « dans celui-ci» qui est bien d'une autre imporfan- « ce? • Tout est plein de semblables discours dans les Actes des martyrs : Ja profession qu’ils faisaient, parmi les supplices, de demeurer (idcles à leurs princes en tout ce qui ne serait point contraire à la loi de Dieu, faisait la gloire de leur mart)Te; et ils la .scellaient de leur sang, comme le reste des vérités qu'ils annonçaient. Mais écoutons ce que leur répond M. Jurieu. « A Dieu ne plaise , 'dit-il 5, que je voulusse diminuer le mérite des

• martyrs, et rien rabattre des louanges qu'on leur

• donne! mais je voudrais bien qu’on me fit voir

• qu’ils ont été en état de se pounnir contre les « violences des empereurs romains. Que pouvait

• JtT. ri, '-*5.--’ .■ti't.Jul. Art. More, et Sieami. rlc. —

• .Sri Phit. Ei>nt. /irracl. ek. — * Art. Jul. — *Jur DiU. Up p. 67, C. : et suiv.

. faire , eontinu(-t-il , on si petit nombre de gens . épars dans toute t'étendue d'un grand empire^

• qui avait toujours sur pied des armées nombreu-

• ses pour la garde de ses vastes frontières? Ce n'é- > tait donc pas seulement piété , mais c'était pru-

• dence au» premiers chrétiens, de souffrir un

• moindre mal pour en éviter un plus grand. . C'est sa première raison , qu'il a tirée de ISuclianan son grand auteur : mais voyons celles dont il la soutient'. . Outre cela, on ne saurait tirer un grand

• avantage de la conduite dos premiers chrétiens

■ au sujet de la prise des armes. Il y en avait plu-

• sieurs qui ne croyaient pas qu'il filt permis de se

■ servirdu glaive ou aucune manière, ni à la guerro

• ni en justice, pour la punition des criminels : « c'était une sévérité outrée, et une ma.\ime général

• Icmerit reconnue pour fausse aiijotirdljui ; lelle-

• ment que leur patience ne venait que d'une

• erreur et d'une morale mal ntendue. . Voilà donc la seconde cause de la patience des martvrs • la première était leur faiblesse; la seconde âait

I leur erreur. Voilà d'abord comme on traite ceux dont on dit qu'on ne vaudrait diminuer en rien le mérite.

Mais le ministre sait bien , en sa conscience que le sentiment de l'Église n'était pas celui dè ces esprits outrés qui condamnaient universellement l'usage desarmes. Nous venons d'ouïr un martyr qui fait gloire d'aroir bien servi les empereurs a la guerre : cent autres on ont fait autant ; et l’àglise ne les met pas moins parmi les saints. Tertullien , dont on aurait le plus à craindre ces maximes outrées , n'hésite point à dire au sénat et aui magistralsde Rome, au nom de tons les chrétiens • :

• Nous sommes comme tous les autres citoyens

• dans les exercices ordinaires ; nous lalwurons

■ nous naviguons, nous faisons la guerre avec

• vous. Nous remplissons la ville, le palais, le sé-

• liât, le marché, le camp et les années; il n’y a

• que les temples seuls que nous votis laissons. - C’est-à-dire, que, liors la religion, tout le reste leur était commun avec leurs concitoyens et les autres sujets de l'empire. Il yavait même des légions toutes composées de chrétiens. On connaît celle dont les prières furent si favorables à Marc-Aurèle* et celle qui fut immolée à la foi , sous la conduite de saint Maurice : on entend bien que je parle de celte fameuse légion tliébaine, dont le martyre estai fameux dans l’empire deDioclélien et de Maximien.

M. Jurieu n’ignorait pas ces grands exemples; et c'est pourquoi il ajoute : . Dans le fond ce n’é- . tait point cette délicatesse do conscience, qui a . empêché les premiers ebrétirns de se défendre . contre leurs persécuteurs; car ces dévots, dont . la morale était si sévère, étaient en petit nombre

• en comparaison des autres *. » Il eût donc mieux fait de supprimer cette raison, qui lui paraît sans force à lui -meme. Mais c'est qu’il est bon d’embrouib 1er toujours la matière, en entassant beaucoup d’i-

■ un. IX , p. U. — > ,4pM. cap. a? , Wx — ■ iWi. r sa

-* Lett II, p. Sn.

rnitnités, et à la fin d\iffaiblir un peu l'autorité de Tanciennc Eglise y dont les exentpios raccablent.

Il poursuit ; et pour montrer que le nombre de ers faux dévots, qui croyaient les armes défendues aux chrétiens, était petit, il nous dit ceci pour toute preuve : « Par les plaintes que les Pères nous

• font des maux des chrétiens de leur siècle , il « est bien aisé à comprendre que des gens aussi

• peu réguliers dans leur conduite qu'étaient plu-

• sieurs chrétiens d'alors, ne se laissaient pas tuer

• par conscience , mais par faiblesse et par impuis- « sance. * (Test ce que diraient des impies, s'ils voulaient affaiblir la gloire des martyrs et les ténioi* gnages de la religion. Au reste, il est évident que tout cela ne servait de rien à M. Jurieu. Il avait, comme on vient de voir, assez de moyens pour justifier les chrétiens des premiers siècles , sans en alléguer les mauvaises mœurs : mais il n'a pu .se refuser à lui-méme ce trait de diogrin contre l'Eglise primitive , dont on lui objecte trop souvent l’autorité.

• Enfin, coDclut-il, quand les premiers chrétiens,

• par tendresse de conscience, n'auraient pas pris « lepnrti de sedéfendre, en cela sans doute ilsn'au- « raient pas mal fait : il est toujours pennis do se

■ relâcher de son droit , car on fait de son bien ce « qu'on veut : mais on ne pèche pourtant pas en > se servant de ses droits. Il y a, continue-t-il , de

• la différence entre le mieux et le bien. Celui qui « marie sa fille fait bien, et celui qui ne la ma-

• rie pas fait mieux. Supposé que les chrétiens

• aient mieux fait , en ne prenant pas les armes € pour se garantir de la per^ution ( car c’est de « quoi le ministre doute), U ne s’ensuit pas que ceux « qui font autrement ne fassent bien , et que peut-

■ être ils ne fassent mieux en certaines circonstan-

• ces. " Il ne restait plus au ministre que de proposer un moyen de mettre la réforme armée, et Don-seulemenC menaçante, mais eocore ouvertement rebelle à ses rois, au-dessus de l’Eglise ancienne, humble et souffrante, qui ne connaissait d'autres armes que celles do la patience.

Telles sont les réponses de M. Jurieu. Pour commencer par la dernière, qu’il fonde sur la distinction de perfection et de conseil , et du bien de nécessité et d'obligation, le ministre uous allègue le mot de saint Paul : Celai qui marie saJUle fait bien, el celui qui ne la marie pat fait mieux Mais, pour appliquer ce passage à la matière dont il s’agit, ü faudrait qu'il fût écrit quelque part, ou qu'on pût attrUfU raux apétresetaux premiers chrétiens cette doctrine : Cest bien fait, a des sujets persécutés, de prendre les armes contre leurs princes; mais c’est encore mieux fait de ne pas les prendre. M. Jurieu oserait-il bien attribuer cette doctrine aux apôtres? Mais en quel endroit de leurs écrits en trouvera-t-il le moindre vestige? Quand les premiers chrétiens nous ont fait voir qu’ils étaient fidèles à leur patrie, quoique ingrate, et aux empereurs , quoique impies et persécuteurs, ont-ils laissé

* L Cor. VU , as.

échapper la moindre parole pour faire entendre qu'il leur eût été permis d’agir autrement , et que la chose était libre? Au contraire, lorsqu’ils enireprennent de prouver qu'ils sont fidèles â tou.s leurs devoirs, ils commencent par déclarer qu’ils ne manquent «i rien, • ni envers Dieu, ni envers l’em-

• jK-reur et sa famille; qu’ils paient fidèlement les

• charges publiques, selon le commandement de

• Jésus-Christ : Rendez à César ce qui eslàCésar* ; • qu’ils font des vœux continuels pour la prospérité de l’empire, des empereurs, de leurs officiers, du sénat dont ils étaient les chefs, de leurs années : et enfin, leur disaient ces bons citoyen.«, fidèles à Dieu et aux hommes , • à la réserve de la reli-

■ gion, dans laquelle notre conscience ne nous j)cr-

■ met pas de nous unir avec vous, nous vous scr-

■ vons avec joie dans tout le reste; priant Dieu de

• vous donner, avec In souveraine puissance, de

• saintes intentions •. » C’est ainsi qu’ils n’oubliei.t rien pour signaler leur fidélité envers leurs princes; et afin qu’on ne doutât pas qu’ils ne la rrusseiitd’oblig.ition indispensable, ilsenparlentromme d’un devoir de religion. ILs rappellent • la piété,

• In foi, la religion envers la seconde Majesté, en- « vers l’empereur que Dieu a établi , et qui en exerce « 1.1 puissance sur ta terre * C’est pourquoi lorsqu'on les accuse de manquer de fidélité envers le prince, ils s’en défendent non-seulement comme d’un crime, mais encore comme d’un sacrilège, où la majesté de Dieu est violée en 1» personne do son lieutenant; et ils allèguent non-seulement lus apôtres, mais encore Jésus-Christ même, qui leur dit : Hendrt à Cétar ce qui esta César, et à Dieu ce qui est à Dieu * ; par où il met, pour ainsi parler, dans la même ligne ce qu’on doit au prince avec ce qu'on doit à Dieu même ; afin qu’on reconnaisse dans l’un et dans l'autre une obligation également inviolable, ce qui aussi était suivi par le prince des apôtres, lorsqu’il avait dit. Craignez Dieu, honorez te roi ^ : où l’on voit qu'à l'exemple de son maître, il fait marcher ces deux choses d'un paségal,comme unies et inséprables. Que s'ils poussaient cette obligation jusqu'à être toujours soumis malgré les persécutions les plus violentes, c'est que Jésus-Christ , qui assurément n’ignorait pas que ses disciples ne dussent être persécutés par les princes, puisque même il Tavait prédit si souvent, n'en rabattait rien pour cela de l'étroite obéissance qu’il leur prescrivait : au contraire, en leur prédisant qu’ils seraient trainés derant tes présidents et devant les rois, et hais défaut te monde pour ton nom * , il leur déclare en même temps qn'ff les enxoie comme des brebis au milieu des loups T , sans armes et sans résistance, ne leur permettant que fuite d'une ville à iautre, et ne leur donnant autre moyen de posséder leurs âmes, c’est-àdire , d’assurer leur vie et leur liberté, en un mol, de jouir d’eux-mêmes, que la patience. Ce sera ,

Alhniny. /M-ffol. ftro ('hriU. Juit, Jpol. t. nitm. i, p (»♦. — ' J llikl. TrrluU. Mp-l. Cap. 5, 39. - • Terlytf,

jpnf.e>tp.:n, U, 3.%. .TA. — < v.mA. xMi. ii.— v I.r«n. U, 17. — • MtlUh. X, 10. ». — ’ lue. X\l, 13, 19.

CINQUIKME AVEKTISSEMKNT

dil il jMti(*nce (fUt vous jwssrdercz vos

Ames. Telles sont les instrueliuns , tels sont les ordres que Jésus-Christ donne à ses soldats. L’effet suivit les paroles. Les apôtres ne prévoyaient )>as seulement les persécutions; mais ils les voyaient commencer, puisque saint Paul disait déjà : Tuus 1rs joufs O» nous fait mourir pour iamour de vous, et on nous regarde comme des brebis destinées à ta boucherie *. Mais le.s chrétiens ne sorlirent pas pour cela du caractère de brebis que Jésus-Christ leur avait donné; et déchirés, selon sa parole , par les loups, ils ne leur opposèrent que la patience qu'il leur avait laissée cl^)artage. C'est aussi ce que les apôtres leur avaient enseigné : lorsqu'ils virent que les empereurs et tout l'empire romain entraient en furieux dans le dessein de ruiner le christianisme ; bien instruits, par le Saint-Ksprit, de ce qui allait arriver : de peur que la soumission clos chrétiens ne fiU éhranlée par une oppression si longue et si violente, ils leur recommandèrent, avec plus de soin et de force que Jamais , l'ohéissance envers les rois et les magistrats. « Il est temps,

• disait saint Pierre* , que le jugement commence « par In maison de I)ie4i. Que nul de vous ne souf- « fre comme homicide, ou comme voleur; mais si

• c'est comme chrétien, qu'il n'en rougisse pas, et

• qu'il glorilic Dieu eu ce nom. » Ce qu'il ré|)ète trois ou quatre fois en nWImes paroles de |>eur que Foppression où l'Kglise était déjà , où elle allait être jeter de plus eu plus , ne le surprît. Mais il ne répète pas avec moins de soin f/u’on soit soumis ojcjr *-ois et aux magUtrat», et afin de ne rien omettre, à ses maîtres même fâcheux et inexorables; tant il craignait qu'on ne innnqurU à aucun devoir, dans un temps où In patience, et avec elle la lidélité, allait être poussée à bout de toutes parts. On ne peut donc plus douter que ces préceptes de soumission et de patience ne regardent précisément l'état de persécution. C'était en celte conjoncture cl en cet état que saint Paul , déjà dans les liens, et presque sous le coup des persiruteurs, ordonnait qu'on leur fût fidèle et obéissant, et qu'on pri;U pour eux avec instance

Ihirhanun a bien osé éluder la force de ce coinni.andeiiient apostolique, cii disant qu'on priait bien |K>ur les voleurs aÜn (|ue Dieu les convertit. Impie et blasphémateur contre les [missances ordonnées de Dieu , qui n'a point voulu ouvrir les yeux , ni entendre qu'on ne prie pas Dieu pour l'état et In condition des voleurs , et qu’on ne s’y soumet pas ; mais qu'on prie Dieu pour l'état et la condition des princes, quoique impies et persécuteurs, comme pour un état ordonné de Dieu, auquel on se soumet pour son amour. On demande à Dieu , dans cet esprit , qu’il donne à tous les empereurs , à tous, remarquez, bons ou mauvais, amis ou persécuteurs, « unelongue « vie, un empire heureux, une famille tranquille,

• de courageuses armées, un sénat fidcle, un peuple

’ Lnf. x\l. 19. Vlii.aa. — * I. Petr.w, |5, 10, l7.

— M»t/. O, 19, »); III, li, r, V. 0, TU. III, I.

Ttm. Il . I . î.

« juste et obi.vsant , et que le monde soit en repos « sous Icuraulorilé*. • Mais peut-on demandercelte sûreté du monde et des enqiereurs , même dans les règnes fâcheux, si on se croit en droit de la troubler.*

KnOn , saint Jean avait vu et souffert lui -même la persécution; et il en voyait les suites sanglantes dans sa Uévélalion : mais il n’y voit de couronne ni do gloire que pour ceux qui ont vécu dans la patience. C’est ici , dit-il • , lu foi et la patience des saints : marque indubitable que les témoins cl les martyrs qu'il voyait* n’etaient pas ces témoins guerriers de la réturme, toujours prêts à prendre les armes quand ils se croiraient assez forts; mais des témoio.s qui n'avaient pour armes que la croix de Jésus-(Mirist, et pour réglé que ses préceptes et ses exemples : martyrs, comme dit saint PauM , qui résistent Jusqu'au sumj ; iuuiu’à prodiguer le leur , et non pas jusqu'à verser c>eUii des autres, et à armer des sujets contre la puissance publique , contre laquelle nul parlieulier n’a de force ni d’action. ( jvr c'est là le grand fondement de folNÙssance, quo comme la perstrutinn n’ôte pas aux saints persécutés la qualité de sujets, elle ne leur laisse au.s.si, selon la doctrine de Jésus-Christ etdesa|>ôtres, que l'obéissance en partage. C’est ce (jue les premiers chrétiens avaient dans le c«ur, c'est l'exemple que Jésus-Christ leur avait donné, lorsque, soumis a (A^ar et à ses miiiistrrs, comme il l’avait ensi'igne, il reconnaît dans Pilate, ministre de l'empereur, une puissaticeque te ciel tni ar^U flonnée sur tmméme^. C'est poimjuoi il lui ré{>ood , lorsqu'il l'interroge juridiquement, comme il avait fait au pontife, se souvenant du personnage humble et soumis qu’il était venu foire sur la terre; et ne daigna dire un seul mot à llérode, qui n'avait point de. pouvoir dans le lieu où il était. C’est donc ainsi qu'il accomplit toute justice, comme il avait toujours fait; et il apprit à sesapôlrcs cequ'ils devaient à la (missance publique , lors même qu'elle abusait de son autorité et qu'elle les opprimait. Aussi est-il bien visible que les apôtres ne nous donnent pas la soumission aux puissances comme une cliose de simple conseil ou de perfection seulement , et en un mol comme un mieux, ainsique !VI. Jiiricu sc l'est imaginé, mais comme le bien nécessaire, qui obligeait, dit saint Paul, en conscience^\ ou comme disait saint Pierre, lorsque après avoir écrit ces mots : Soyez soumis au roi et au magistrat pour l'amour de t>ieu , il ajoute, parce que c'est ta rolonié de Dieu 7, qui veut que |>ar ce moyen vous fermiez In liouche à ceux qui vous calomnient comme ennemis de l’empire. I^schréÜensavaient reçu cesinstructions comme des commandements exprès de Jésus-Christ cl des apôtres; et c’est pourquoi ils disaient aux pc^rsecuteurs , par la bouche de Terlullien , dans la plus sainte et la plus docte a|)ologie qu’ils leur aient jamais présentée, non pas : On ne nous a pas conseillé de nou8.soulever; mais: Cela nous est défen-

• rerr. rrtp. S2. — s .//vv. im, lo. 12. —

»i — ♦ tkbr. \j|, — 5 xu, 1 1. — « Hnm xin t —

’ I t\lr. Il, 13, Il , *

SUU LES LETTRES DE M. JURIRU

lia, f'etamur* : ni , C'est uneHioseile perfeclion, mais , Cesl une ciiose de précepte , I*ræc^tum cU nobis* : ni , que c'est bien fait de servir l'eiii* pereur , mais que c’est une chose due , débita imperatoribusf et due encore, comme on a vu, à titre de religion et de piété ipietas et religio impe* raUiribue débita ’) : ni qu'il est bon d’aimer le prince, mais que c'est une obligation et qu’on ne peut s’en empêcher, à moins de cesser en inéiiic temps d'aimer Dieu qui l’a établi : Secesseest ut et ipsian diligat*. C'est pourquoi on n'a rien fait et on n'a rien dit, durant trois cents ans , qui fît craindre la moindre cliose, ou à l’empire et à la personne des empereurs, ou à leur famille ; et Xcrtullien disait, comme on a vu, noii'Seuleinent que l'État n'avait rien à craindre des chrétiens ; mais que , par la constitution du christianisme, il ne pouvait arriver de cecôtc> là aucun sujet de crainte : J gnibut nihit timere pouitis^: parce qu’ils sont d'une religion qui ne leur permet pas de se venger des particuliers, et à plus forte raison de se soulever contre la puissance publique.

Voilà ce qu’on enseignait au dedans, ce qu'on déclarait au dehors, ce qu'on pratiquait dans l'Église , comme une chose ordonnée de Dieu aux chrétiens. On le prêchait, on le pratiquait de cette sorte par rap|K)rt à l'état où l'on était; c'est-à-dire, dans i'éiat de la persécution la plus violente et la plus injuste. C’était donc par rapport à cet état qu'on établissait l'obligation de demeurer parfaitement soumis, sans jamais rien remuer contre l'empire. Et on ne peut pas ici nous alléguer, comme M. Jurieti fe;a bientôt, le caractère excessif de Tertullien, ni ces maximes outrées qui défeitdaieiit de prendre les armes pour quelque cause que ce fût ; car l’Église ne sefondaitpassurces maximes, qu’on a vu qu’elle réprouvait , et n’aurait jamais souffert qu’on eût avancé une doctrine étrangère ou particulière dans les apologies qu’on présentait en son nom. D'où il faut conclure nécessairement que les chrétiens étaient retenus dans l'obéissance, non par des opinions particulières que l'Église n’approuvait pas, mais par les principes communs du christianisme.

11 n'y a donc plus moyeu de dire que tout cela n’était qu’un conseil et un mieux : et non-seulement les propres paroles de Jésus-Christ et des apôtres, mais encore leur pratique même et celle des premiers siècles, résistent à celle glose. Ainsi, il ne reste plus àM.Jurieuquc celle qu'il a aussi proposée d'abord : que la patience des chrétiens était fondée sur leur impuissance, parce que dans leur petit nombre ils ne pouvaient rien contre la puissance romaine.

C’est aussi la glose de Ruchunau, qui soutient que les préceptes de Jésus-Christ et des apôtres, qui ordonnaient aux chrétiens de tout souffrir, étaient préceptes accommodés au temps d’alors , où rÉ4$lise, encore faible et impuissante, ne pouvait rien contre les princes ses persécuteurs; en sorte que la patience tant vantée des martyrs est un effet

* Trrt. 4pot. cop. J6. — * Ihid, fup. 32, — • Ibid. dtp. 06. — ♦ Ttri. ad Scap. cap. S. — ^ Jpal. cap. 30 ,

de leur crainte plutôt que de leur vertu. Mais colio glose n’csl p^s moins impie ni n>oins absunle que l'autre; et pour en entendre l'absurdité, il ne faut qu’ajouter à l'apologie des chrétiens , qui se glorifiaient de leur inviolable fidélité , ce que Buchanan et M. Jurieu veulent qu'ils aient eu dans Iccccur. II est vrai , sacrés empereurs, vous n'avez rien à craindre de nous tant que nous serons dans l’impuissance : mais si nos forces augmentent assez pour vous résister par les armes , ne croyez pas que nous nous laissions ainsi égorger. Nous voulons bien ressemblera des brebis, nous contenter de bêler comme elles et nous couvrir de leur peau pendant que nous serons faibles : mais quand les dents et les ongles nous seront venus comme à de jeunes lions, et que nous aurons appris à faire des veuves et à désoler les campagnes , nous saurons bien nous faire sentir , et on ne nous attaquera pas impunément. Avoir de tels sentiments , n'est-ce pas, sous un beau semblant d'obcissance et de modestie , couver la rébellion cl la violence dans le sein? Mais que serait-ce , s’il fallait trouver celte hypocrisie , non plus dans les discours des chrétiens , mais dans les préceptes des apôtres et dans ceux <le Jesus-Ohrist même? Oui, mes frères, dira un saint Pierre ou un saint Paul , dites bien qu'il faut obéir aux puissances élablirs de Dieu, et que leur autorité est inviolable; mais c'est tant qu'on sera en |ietit nombre : à cette condition et en cet état vantez votre obéissance à toute épreuve : croissez cependant ; et quand vous serez plus forts, alors vous commencerez à interpréter nos préceptes, endisantquenouslesavons accommodés au temps : conimesi obéir et se soumettre, c'était seulement attendre de nouvelles forces et une conjoncture plus favorable , ou que la soumission ne filt qu’une politique.

Enfin , il faudra encore faire dire a Jésus-Christ, selon CCS principes : Vous , Juifs, qui souffrez avec tant de peine le joug des Romains, rendez à Cé« sar ce qui lui est dO ; c’est-à-dire, gardez-vous bien de le fâcher, jusqu'à ce que vous vous sentiez en état de vous bien défendre. Que si celte glose fait horreur dans les préceptes de Jésus-Christ et des apôtres, avouons donc que les chrétiens, qui les alléguaient pour prouver qu’il n’y avait rien à craindre d'eux, en quelque nombre qu'ils fussent et quelle que fût leur puissance, ne voulaient pas qu’on les crût soumis p.ir l’effet d’une prudence chamelle, qui, comme dit M. JurkM^pré/ére un moindre mai à un plus grand; mais par un principe de fidélité et de religion envers les puissances ordonnées de Dieu , que les tourments , quelque grands qu’ils fussent, n'étaient pas capables d’ébranler.

Laissons donc ces gloses impies deM. Jurieu et de Rtichanan, qui aussi bien ne peuvent cadrer avec l'Écriture; car saint Paul nous fait bien enUndre. que ce n'est pas seulement par la prudence de la chair, et pour éviter un plus grand mal , qu'il faut être soumis aux puissances, lorsqu'il dit ‘.Soyez soumis par nécessitèy non-seulement à cause de ta colère^ mais encore a cause de la conscience où il

' Hi<m. XIII ,

8ft0

CINQUIÈME AVERTISSEMENI

■mibte qu*il ait eu en vue ces deux gloses des protestants, pour les condamner en deux mots. Si Ton entreprend de nous faire accroire que les chrétiens demeuraient soumis , mais seulement por conseil , saint Paul détruit celte glose en disant : Soyez noumitparnéceitsiii. Que si l’on revient à nous dire qu’on doit à la vérité être soumis par la nécessité; mais par celle de la crainte , de peur de se voir bienidl acc.abler par une plus grande puissance : saint Paul tombe sur celte glose encore avec plus de force, en enseignant clairement que celle nécessité n’est pas celle de la crainte, pour laquelle on n'a pas I>c- •oin des instructions d'un apdtre, mais celle de la conscience.

En effet, ce ne pouvait êtreune autre nécessité que saint Paul voulût établir dans ce passage. Celle d'é- Ire mis à mort n’est pas la nécessité que les apôtres veulent faire craindre aux chrétiens; au contraire, ils voulaient munir les citrétiens contre une telle nécessité, à l’exemple de Jésus-Christ, qui leur avait dit : Ne craignez pas ceux qui ne peuvent faire mourir que le corps , et n'ont point de pouvoir sur tàme Ainsi la nécessité, dont parle saint Paul , visiblement ne peut être que celle de la conscience ; nécessité supérieure h tout, et qui nous tient soumis aux puissanr^es , non-seulement lorsqu’elles peuvent nous accabler, mais encore lorsque nous tommes le plus en état de n’en rien craindre.

Car enfin , s’il était vrai que les chrétiens eussent eu d’autres sentiments; si, comme dit M. Jurieu, b faiblesse ou la prudence les eût retenus plutôt que Il religion et la conscience , on aurait vu leur audace croître avec leur nombre; mais on a vu le contraire. M. Jurieu traite Tertullien de déclamateur

et d’esprit outré*, lorsqu’il ditque/McAré«cftjrem-

pHssaien { les vilies, les citadelles , tes armées, tespalais, les places publiques, et enjin tout, excepté les temples^, oiï l’on servait les idoles. Mais pourquoi ne vouloir pas croire la prompte et prodigieuse multiplicationduciiristianisme , qui était ('accomplissement des anciennes prophéties et de celles de Jésus-Christ même ? A peine l’Evangile avait-il paru , et les Juifs, ^oique ce fût le peuple réprouvé, entraient dans 1 Eglise par milliers, l'oyez, mon frère, disait saint Jacques à saint Paul combien de milliers de JtUfs ont cru. Combien plus se multipliaient les fldèlesparmi les Gentils qui étaient le peuple appelé , et dans I empire romain , qui dans l’ordre des devins de Dieu en devait être le siège principal I Saint Paul n outrait point les choses et n'était pas

un déclamateur, lorsqu’il disait aux Romains: /otrefoiestttnmnceepartoutVunicer$^,eUn\ Colos- *\i^^AwCtvanyilcqu'ilsontreçuestetfruct{fie,et

daccroit^rioulle mo/t^erommea»mi7/cu d’euj*. Que si I Eglise, si étendue du temps des apôtres, ne cessait de s’augmenter tous les jours sous le fer et dans le feu, comme il avait été prédit, ce n'était donc pas un excès à Tertullien dédire, deux cents ans aprcs la prédication apostolique, que tout était

plein de diréticns : c’était un fait qu’on posait à la

« Matth I, «. — * Lctt IX, ;; 3ü. — * .i’Tt. XXI, lu. - »

). C* — * Tnlult. *•»«, Avm. », 8. — * t'ti c

face de tout l’univers. Ce qu'on disait aux Gentllfi dans l'apologie qu'on leur présentait pour les fidèles, afin (le les obliger à épargner im si grand nombre d'hommes, on le disait aux Juifs pour leurfaire voir raccomplissementdes anciennes prophéties. Tertullien, après .saint Justin, mettait en fait que les dire* liens rempli.ssaient tout l'univers, et même les peuples les plus barbares, que l’empire romain, qui maîtrisait tout, n’avait pu dompter *. Cétait donc ici un fait connu qu'on alléguait également aux Gentils et aux Juifs. I.es Gentils eux-mômes en convenaient. C’étaient eux, dit Tertullien, qui se plaignaient qu’on trouvait partout des chrétiens ; que la campagne, tes îles, les châteaux, la ville même en était obsédée *. Quelque outré qu’on s’imagine Tertullien, l'Eglise, pour qui il parlait, lui aurait-elle permis ces prodigieuses exagérations, afin qu’on pût laconvaincrede faux et qu’onsemoquôtdesesvanteries ? Quand donc Tertullien dit aux Gentils que les chrétiens pouvaient se faire craindre à l'empire autant du moins que les Parthes et les Mnreomans, si leur rcligimi leur permettait de se faire craindre à leurs souverains et à leur patrie ^ ; si c'était une expression forte et vigoureuse, ce n’était pas une vainc ostentation. Car qui eût empêche les chrétiens d’olv tcnirla liberté de conscience par les armes? Etaît-cc le petit nombre? On vient de voir que tout l’univers en était plein. iVouv/abon.f, disait Tertulli(>n t,;jrrsquela plus grande partie fie toutes les villes. Nos protestants approchaient-ils de ce nombre, quand ilsonlarrachéparforcplanld'édils h nos rois? Ilsl-cc qu'ils n'étaient pas unis, eux qui dès l’origine du christianisme n’claient qu’un cœur et qu’une ôinc ? Est-cc qu’ils manquaient de courage, eux à qui b mortel les plus affreux supplices n’étaient qu’un jeu, et rétaientnon-seulementaux hommes, mais encore aux femmes et aux enfants; en sorte qu’on les appelait des hommes d’airain , qui ne sentaient pas les tourments? Peut-être n’étaient-ils pas asser. pouss^ à bout, eux qui ne trouvaient de repos, ni nuit ni jour, ni dans leurs maisons, ni dans les déserts, ni même dans les tomlieaux et dans l’asile de b sépulture. Que n’y aurail-ll pas à craindre, dit Tertullien * , de gens si unis , si courageux , ou plutôt si intrépides, et en même temps si maltraités? Mais peut-être ne savaient-ils pas manier les armes, eux qui remplissaient les armées et y composaient des légions entières ? ou qu’ils manquaient de chefs ; comme si la nécessité et même le désespoir n’en fai- MJt pas lorsqu'on est capable de s’y abandonner. N auraient -ils pas pu du moins se prévaloir de tant fle guerres civiles et étrangères, dont l’empire romain ét.'ut agile, pour obtenir un Initemenl plus favorable? Mai, non : on les a vus durant trois wn s ans egalement Iramiuilles. en qiielqueétat que f.3 " ^ non-seulement ils n’v ont

d.ms aucun "" ne les a jamais trouvés

Non spiito ^ formaient tous le.s jours.

Non-seulement, dit Tertullien 6, n „e s’esl point

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