C. 3i. AJ Scap. C. i «. - • AprL
SUR LES LETTRES DE M. JUR1EU
trouvé parmi nous de Niger, ni d’Albin, ni de Cas* sius , mats Unés y est point trouvé de nigriens , ni de cassiens, tU d’alOiniens. Les usurpateurs de rempire ne trouvaient point de partisans parmi les dirétieni ; et üs servaient toujours fiiièlement ceux queRoineet le sénatavaientrecouuus.Cest ce qu'ils mettent en fait avec tout le reste, à la face de tout Tuiiivers, sans craindre d'étre démentis. Ils ont donc raison de no pas vouloir qu’on leur impute leur soumission à faiblesse. Si Tertullieo est outré lorsqu’il raconte la multitude des fidèles, saint Cyprien ne l’est pas moins , puisqu'il écrit à Démétrien , un des plus grands ennemis des chrétiens : jédmiret notre patience, de ce qu'un peuple si prodigieux ne songe pas seulement à se venger de votre ir^juste ciotence' . S’ils parlaient avec celte force du temps de .Sévère et de Dèce, qu’eussent-ils dit cinquante ans après, sous Dioclétien , lorsque le nombre des chrétiens était tellement accru , que les tyrans étaient obligés par une feinte pitié à modérer la persécution , pour flatter te peuple romain*, dont les chrétiens faisaient dèsdors une partie si cousidérable? Les conversions étaient si fréquentes et si nombreuses, qu’il semblait que tout allait devenir chrétien. On entendait en plein tliédire ces cris du peuple , étonné ou de la constance ou des miracles des martyrs : Le Dieu des chrétiens est grand ! On marque des villes entières dont tout le peuple et les magistrats étaieut dévoués à Jésus-Christ, et lui furent tous consacrés en un seul jour et par un seul sacrifice, péle-méJe, riches et pauvres, femmes et enfants On sait aussi le mart)Te de cette sainte légion thébaine, où taotde braves soldats, que l'ennemi avait vus toujours intrépides dans les combats, à l’exemple de saint Maurice qui les commandait, tendirent le cou comme des moutons à l'épée du persécuteur. O
• empereur, disaient-ils nous sommes vos soldats; « mais nous sommes serviteurs de Dieu : nous vous
• devons le service militaire, mais nous lui devons
• l’innocence : nous sommes prêts à vous obéir,
• comme nous avons toujours fait, lorsque vous ne
• nous contraindrez pas de roffenscr. Pouvez-vous « croire que nous puissions vous garder la foi , si
• nous en manquons à Dieu? Notre premier serment
• a été prété à Jésus-Christ, et le second à vous;
• croirez-vous au second, si nous violons le pre- « inier ? > Tels furent les derniers ordres qu’ils donnèrent aux députés de leur corps , pour porter leurs sentiments ù Maxlmii*n. On y voit Its saintes maximes des chrétiens fidèles a Dieu et au prince, non par faiblesse, niais par devoir. Si Geneve, qui le.s avait vus mourir dans son voisinage et à la icle de son lac, s'élDit 'wuvenue de leurs leçons, elle n'aurait pas inspiit*, comme elle a fait par la bouche de Calvin, de Béze et de scs autres ministres, la rébellion àtoute la France, sous prétexte de persécution. Qu'on ne dise point qu'une légion ne pouvait pas résister à toute l’année : car les maximes qu’ils po-
• C^. tld Drmetr. p. tifl. - « SuMfh. f. Tin. eap. It. —
• IM. 14. Laet. Div. JnâtU. lib. T, cap. |I. — * Serm. S. Mueh pim. Âfamm. StitrI. Act. Hart. p. sao.
sent, de fidélité et d’obéissance envers l’empereur, font voir que leur religion ne leur edt non plus permis de lui résister, quand ils auraient été les plus forts ; et enfin si les clirétiens avaient pu se mettre dans Tesprit que la défense contre le prince fût légitime, sans conjurer de dessein formé la ruine de l’empire , Us auraient pu songer à ménager à l'Église quelque traitement plus doux , en noontrant que les chrétiens savaient vendre cher leur vie, et ne devaient pas être poussés à rextrémité. Mais c’est à quoi on ne songeait pas ; et si on obtenait , comme il arrivait souvent, des édits plus avantageux, ce n’était pas en se faisant craindre, mais en lassant les tyrans par sa patience. A la fin , on eut la paix; mais sans force , et seulement , dit saint Augustin, à cause que les chrétiens firent honte, pour ainsi dire , aux lois qui les condamuaieot, et contraignirent les persécuteurs è les changer. Imputer à de telles gens qu’ils sout soumis par faiblesse , ou modestes par crainte, ce n'est pas vouloir seutemeut déshonorer le christianisme, niais encore vouloir obscurcir la vérité même, plus claire que le soleil. Car, au contraire, on voit manifestement que plus l'Église se fortifiait , ^ilus elle faisait éclater sa soumission et sa modestie.
Cest ce qui parut plus que jannais sous Julien l’Apostat, où le nombre des chrétiens était si accru et l'Eglise si puissante, que toute la multitude qu’on a vue si grande dans les r^nes précédents , en comparaison de celle qu'on vit sous oet empereur, parut petite. Ce qui faîtdireàsaintGrégoire^Nazianze': « Julien ne songea pas que les persécutions préoé- « dentes ne pouvaient pas exciter de grands troubles, « parce que notre doctrine n’avait pas encore toute « son étendue, et que peu de gens connaissaient la « vérité; » ce qu’il faut faire toujours entendre, en comparaison du prodigieux accroissementarrivé durant la paix sous Constantin et sout Constance : « mais maintenant, poursuit ce saint docteur, que la « doctrine salutaire s’était étendue de tousedtés, et « qu’elle dominait principalement parmi nous , vou- « loir clianger la religion chrétienne , ce n’était rioa « moins entreprendre que d'ébranler l'empire romoia « et mettre tout en hasard. •
L’Église n’était pas faible, puisqu'elle étaitdominante , et en état de faire trembler l’empereur ; i’Église était attaquée d'une manière si formidable, que tout le monde demeure d’accord que jamais elle d’a* vait été en plus grand péril : l'Église cependant fut aussi soumise en cet état de puissance , qu’elle avait été sous Néron et sous Domilien , lorsqu’elle ne faisait que de naître. Concluons donc que la soumission des chrétiens était un effet des maximes de leur religion ; sans quoi ils auraient pu obliger les Sévère, les Valcrien , les Dioclétien à les ménager, et Julien jusqu'à les craindre comme des ennemis plus redoutables que les Perses : de sorte que toutes les bouches qui attribuent la soumission de l'Église à la faiblesse ou à la prudence de la cliair, plutdt qu'a la religion, sont ferniées par cet exemple.
■ Oral. Ut, Jul. towt. I, p. 80.
r.INQllF.ME AVERTISSKMRVT
Kl il n« faut pas s’im.izinfr que h reîicron ne OU dominante <|ue fwriiii le peuple, cl qu elle fdl plus frible dans l annec : car il |«rail au contraire qu’aprc» la inorl de Julien , les srddats ayant drferc rempire a Jovien, qui le refusait, parcequ'il ne voulait commander qu’a d*-* chrétiens, toute l’armce s’écria : Aous sommes tous ehrétints, et étetés dans la foi sous Constantin et Omsiance' : et encore six mois apres , cet empereur étant rhuI , l’armee Hul en sa place Valentinien, non seuleii^enl chrétien, mais poenre confesseur de Ij foi, pour laquelle il avait quitté généreusement les marques du commande' ment militaire sous Julien.
(In voit aussi combien les soldats étaient affec* tionnés à Jésus-Christ, par le repentir qu'ils temoi' Knérent d'avoir brdlé de l'encens devant la f tatue de Julien et aux idoles, plutôt par surprise que de des* sein. Car alors , comme le raconte saint (irezoire de Narianze*, ils rapportèrent a cet apostat le don qu'ils venaient d'en recevoir pour prix fk ce culte aininzu , en s’écriant : • >ous sommes , nous soin*
• mes chrétiens; et le don que nous avons re<^ de a vous n'est pas un don, mais la mort. • Des sol* dais si fideles a Jésus-(2hrist, furent en même temps tres-obéissanls a leur empereur. « Quand Ju-
• lien leur disait : Offrez de l'encens aux idoles, ils le
• refusaient : quand il leur disait : Marchez, rom-
• battez, ils obéissaient sans hésiter, comme dit « saint Augustin^ : Ms distinguaient le Uoi eternel
• du roi lein|)orel, et den>euraient assujfUis au roi
• temporel pour l’amour du Roi étemel : parce que,
• dit le même pere, lorsi|ue les impies deviennent
• rois, c'est Dieu qui le fait ainsi pour exercer sou
• peuple; de sorte qu'on ne |>eut pas ne pas rendre
• à cette puissance riionneur qui lui est dd : • ce qui détruit en un mol toutes les gloses de M. Jurieu ; puisque dire qu'on ne peut pas faire autrement, ce n’est pas seulement exclure la notion d’un simple conseil, mais c'est encore introduire un précepte dont l'obligation est constante et perpétuelle.
H ne faut non plus répondre ici que Julien n’é' tait pas persécuteur; puisque outre qu’il autorisait cl animait serrctemenl la fureur des villes qui déchiraient les chrétiens, et que lui-même, pour ne point parler de ses artillces, plus dangereux que ses violences, il edt répandu beaucoup de sang chrétien sous de faux prétextes; on savait qu’il avait voué à ses dieux le sang des fidèles, après qu'il aurait vaincu les Perses : et cependant ces fîdèles, destinés à être ta victime de ses dieux, ne laissaient pas de combat' tre sous scs étendards, et de promouvoir de toute leur force la victoire dont leur mort devait être le fruit. Lui-même n entra jamais dans aucune defîan* ce de ses soldats qu’il persécutait , parce que , bien instruit qu il était des commandements de Jésus- Christ et de I esprit de l'Eglise , il savait que la fldélilé des chrétiens pour les puissances suprêmes était à toute épreuve ; et comme nous disait saint Augustin ( , qu’W ne se pouvait pas Jahre qu'on ne rendit à
'^c V* tn. f. - * Oral. in. p.
.f‘ ^ 7, <ow. hf fo/. itin. — *S.
^ua. tLta.
cette puissance f honneur qui lui était dû. Cest aussi ce que ce tyran expérimenta , lorsque , faisant tourmenter jusqu'à la mort deux hommes de guerre d'une grande distinction parmi les troupes, nommés Juventin et Maiimin,tls moururent en lui reprochant ses idolitries, et lui disant en même temps, qu'iJ nij avait que cela qui leur déplût dans son empire * : montrant bien qu’ils distinguaient ce que Dieu avait mis dans l’empereur, de ce que Tempereur faisait contre Dieu, et toujours prêts à lui obéir en toute autre chose.
Ainsi, soit que l'on considère les préceptes de l'Ecriture, ou la manière dont on les a entendus et pratiqués dans l’Église, la maxime qui prescrit une obéissance à toute épreuve envers les rois, ni ne peut être un simple conseil , ni un précepte accommodé aux temps de faiblesse , puisqu’on la eoit établie sur des principes qui sont également de tous les temps; tels que sont l'ordre de Dieu , et le respect qui est dd |>our l'amour de lui et pour le repos du genre humain aux puissances souveraines : principes qui, étant tirés des préceptes de Jésus-(jhrist . devaient durer autant que son règne; c’csl-à-diix , selon Texpression du Psalmiste, autant que le soleil et que la lune, et autant que l'univers.
Ce qui a paru dans l'Eglise sous les princes inlideles , ne s’est pas moins soutenu sous les princes hérétiques. Il est aisé de montrer, et nous-mêmes nous l'avons fait dans le premier Avertissement, que le nomtire des catholiques a toujours été sans comparaison plus grand que celui des ariens. L’empereur Constance se mit à la tête de ce malheureux parti , et persécuta si cruellement les catholiques par confiscations de biens, par b.annissements, par emprisonnements , parde sanglantes exécutions , et même par des meurtres ; tels que furent ceux qu’un Syrien et ses atitre.s officiers tirent sous ses ordres et de son aveu; que cette persécution était regardée comme plus cruelle que celle des Déce et des Mnximien, et en un motcoinnie un prélude de celle de 1’AnU‘christ*. Kl toutefois, dans le même temps qu’on lui reprochait a lui-même ses persécutions sans aucun ménagement, il n’en passait pas moins pour constant qu il II était pas permis de rien entreprendre contre lui , • parce que le règne et l'autorité de régner vient « de Dieu , et qu'il faut rendre à César c-c qui appar- ■ tient àfié^r. ■ C'est ce qu'enseignait saint Hilaire*; cesicc qu'enseignait Osius, non pas dans le temps de sa faiblesse, mais dans la force de sa glorieuse confession, lorsqu’il écrivait à l'emperour, au nom de tous les é^ues( : m Dieu vous a commis l’empire,
• et à nous l'Eglise ; et comme celui qui affaiblit votre
• par des discours pleins de haine et de ma-
« iignité s oppose à l’ordre de Dieu ; ainsi vous devez “ P^'^^'dre garde que , tâchant de vous attirer ce qui " à l'Église , vous ne vous rendiez coupa-
• bie d un grand crime. Rendez à César ce qui est à
jttkau > ’ ““ tih. eont. Citn$LcoU> IMO.
I fl t Wi/. /raynv.
SUR I.ES LETTRrS DK M. JITRIEÜ.
3ni
« César, H à Dieu ost à Dion : ainsi ni l'enipiro
• nous n|)pnrlit*iit, ni l'i^nr^nsoir <*l les choses sa* « crées ne sont à vous. » l*t*ut*on élnWir plus clairement, comme un principe certain, par l’Evangile, la nécessité d’olK'ir h un prince, même hérétique et persécuteur? Saint Alhanase n’avait |M)int d’autre .sentiment, lorsqu'il protestait nu même empereur de lui être toujours ol>eissant, et lui déclarait que lui et les <*atholiques , dans toutes leurs assemblées , lui souhaitaient une longue vie et un règne heureux Tous les évêques lui faisaient de pareilles déclara* lions, Pt même dans le.s conciles. Ce courageux coniesseur de Jcsus-Chrisl, saint laidler de (’agti.ari, adressai cet empereur un livre dont le tiln^ était, (^)h‘U ne faut j)oint éfxii'tjhee ceuje //«/ affensenf Dieu en reniant xon fih * ; et tmilci’ois y établit comme un principe constant, • qu’on demeure lou-
• jours débiteur envers les puissances souveraines ,
• selon le précepte de l’apôtre : « de sorte qu’il n’y a rien h faire contre IVrnpereur, que de « mcpri.scr les « ordres impies qu'il donne contre Jésus-Christ , et « tout au plus lui dénoncer librement qu’il est ann*
• thème. •
On peut ajouter Ici, avec les anciens liistoricns ecclésiastiques qu’au commencement de la perm'cution de Constance, pendant qu’il persécutait saint Alhanase et les autres evéques orthodoxes jus* qu’à les bannir et leur faire craindre la mort, le parti catholique était si fort, qu’il avait pour lui deux empereurs, qui étaient Constantin eU^mslanl, les deux frères de Constance, dont le premier le menaça de lui fairelaguerre s’il ne rétablissait saint Alhanase: et cependant les catholiques qui vivaient sous l’empire de Con.stance ne songèrent pas seulement à remuer; et saint Alhanase, accusé d’avoir aigri contre ta)nslance l’esprit de ses frèrcjs, sVn défend comme d’im crime, en faisant voir à Constance, dont il était sujet, qu’il ne lui avait jamais manqué de fidélité
Valons, empereur d'Orient, arien comme Con* sl.aiice, fut encore un plus violent persécuteur; et eVst de lui «ju'on écrit qu’///x?rw/ un peu s'advuclr, hrt^quU chaïujea en bannissement ta jicinc (te mort^ : et néanmoins les catholiques, quoique les plus forts, même dans son empire, ne lui duiméreiit jamais le moindre sujet de craindre, ni ne songèrent à se prévaloir des longues et fâcheuses guerres où à la fin Up^Tit misérablement. Au contraire, lessaints évêques ne prêchaient et ne pratiqiiaieiU que l’obéissanco. Saint Basile rendit à Modeste, que l'empereur lui envoyait, toutes sortes de devoirs*^. Ce saint évêque Eusèbe de Samosate , craignant quelque émotion populaire contre celui qui lui portait l’ordre de se retirer, l’avertit de prendre garde à lui, et de se retirer sans bruit, apaisant le peuple qui accourut à son pasteur, et lui récftowf ce ap*jsfolique i qa*il/tiiU obéir aux rois et aux ma* ÿisfratsT. }enc finirais jamais, si je voulais raconter
■ .-tpitl. ad Camt. ftc. iup. c/f. » * Athan. Ep. de Syn.
I I, /Mtr/. 718 et nrq. s<>rr. V», 2Î. Snî. lii, 2. Théodor. M, 1 ,2. — * Aptd. ad (’anst. sup. Creij. A’ar. Oriàt.
SX, tom p. 37U et uq. SiH'r. tib. iv, e. 33. — ^ Creg. Piaz. tbid. p. 337. — ' Thevd. tib. IV, U.
I tous les exemples semblables. Saint Ambroise était le plus fort dans Milan, lors«]ue l’iinfiéralrice Justine, arienne, y voulut faire tant de violences en faveur des hérétiques : mais il n'en fut pas moins soumis, ni n’en retint pas moins tout le (xmple dans le respect, disant toujours ; ■ Je ne puis pas •• obéir à (les ordres impies , mni.s je ne dois point
• combattre : toute ma force est dans mes prières:
• tonte ma force est dans ma faiblesse et dans ma « patience : toute la puissance que j’ai, c’est d'olïrir
• ma vie et de répandre mon sang'. • Le peuple, si bien instruit par sou saint évê(jue, s’écria : « O
• César, nous ne combattons pas ; mais nous vous
• prions : nous ne craignons rien; mais noua vous
• prions; •etsaint Amhroisedlsait ; •» Voilà parler,
• voila agir comme il convient à des chrétiens. • M. Jtiricu aurait bien fait d'autres sermons, et leur aurait enseigné que la modestie n'est d’obligation que lorsqu'on est le plus faible ; mais saint Ambroise et tout le peuple parlèrent ain.si, depuis même que les sokbt.s de l’empereur, tous catholicfues, se furent rangés dans l'Kglise avec leur évêque, et dans une conjoncture où remperrur, menacé du tyran Maxime, avait plus besoin du saint évêque que le saint évêque de lui , eomme la suite des affaires le fil bientôt paraître. C’en est assez; et de tous les exemples qui se présentent en foule à ma mémoire , je ne veux plus rapporter que ceux des catholiquesafricains,sousrimpitoyable perséeiilion des Ocnséric et des llunéric, ariens. Ils résistèrent, dit saint (lélase ; mais ce fut en endurant arec pa* fience tes dernières exti'émités*. Les chrétiens ne connaissaient poinltTaulre résistance ; cl pour montrer que ce sentiment leur venait non de leur faiblesse, mais de la foi même et de la religion, saint Fiilgencc, riionmmrde l’Afrique comme de toute l’Eglise d’alors, écrivait à un de ces rois hérétiques^:* Quand nous vous parlons librement de ■ noire foi , nous ne dcvrflis pas pour cela vous être
• suspects ou de reindlioiiou d’irrévérence; puisque « nous nous souvenons toujours delà dignité royale,
• cl dc.s préceptes des apôtres , (|ui nous ordonnent
• d’ol>cir aux rois. ■
Cette doctrine se trouve établie partout où le christianisme s’était répandu. Au quatrième siècle, Sû|M)r, roi de Perse, fit un effroyable carnage des chrétiens; puisqu’on encoinptede martyrisés • jus-
• qu'à seizeniillc dont on sait les noms , sans parler « des autres, qu'on ne peut pas même noitdirer h • On objecta d'abord à leur archevêque rf’oroir inteUigcnce avec tes Hoinains , ennemis de l'empire des Perses. Mais les chrétiens s'en défendaient comme d'un crime, et soutenaient que c’éLait là une calomnie. On ne poussa poiut une accusation si mal fondée; et pour achever de la détruire, un clirétien trouva le moyen d'obtenir de Sapor qu’en le traînant au supplice, « on publierait auparavant,
• par un cri public, qu'il n'était pas infidèle au prince,
• Orat. de Ba$il. Irad. po$t EpUI. xxxn, nu«<* xti. EpùL swm, iid Marreti. nuiic xx; Iom. ii, etd. 8&4 et §eq.
• Ephl. XI». — * Ad Trasim. Ub. i, r. 2; éd. I6S4, p ÎU- —
• Saz. lib. Il , cap. 8 et teq.
CINQUIÈME AVERTISSEMENT
• ni accusé d'autre chose que d'être cJirctien •
Les chrétiens, quoiqu'en si grand nombre et constamment les plus forts dans une province det plus importantes et des plus voisines des Homains*, se laissaient traîner au supplice comme des brebis à laboucîierie, sans se prévaloir de ce voh linagê, ni des guerres continuelles qui étaient entre les Homains et les Perses : contents de trouver un refuge assuré dans l'empire romain, ils ne le remplissaient pas de leurs cris pour animer tous les peuples et les em{)ereurs contre leur patrie; ils ne ieuroffraientpoint leur main contre elle, et on ne tes vit point à la guerre contre leur prince.
Les Goths, zélés chrétiens , si cruellement persécutés par leur roi Allianaric , se contentèrent aussi de se réfugier chez les Homains mais ils ne songèrent {las à en faire des ennemis à leur roi. L'amour de la patrie et la soumission pour leur prince régna toujours dans leur cœur. La maxime demeurait ferme, que la soumission doit être à toute épreuve : la tradition en était constante en tousiieux commeen tous temps, parmi les Barbares comme parmi les Homains : et tout le nom chrétien la conservait. Il n'est pas ici question de chercher de mauvais exemples depuis que la vigueur de la discipline chrétienne s'est relâchée : l'Eglise ne lea a jamais approuves ; et la foi des premiers siècles est demeurée ferme. Quand l'Eglise (ce qu'à Dieu ne plaise) aurait dégénéré de ces anciennes maximes sur lesquelles la religion a été fondée, c'était à des chrétiens , qui se disaient réformés , à purger le christianisme de ces erreurs ; mais au fond l'Eglise catholique ne s'est jamais démentie de l'ancienne tradition. S'il y a eu de mauvais exemples dans les derniers temps, s'il y eu a eu de raélés, l'Eglise n'a jamais autorisé le mal; et en un mot la révolte, sous prétexte de persécution, n'a pu trouver d'approbation dans ses decrets. Les protestants sont les seuls qui en ont donné^n faveur de la rébellion . que leurs synodes nationaux ont passée en dogme, jusqu'à déclarer eux-mémes, pour ainsi parler, la guerre aux rois. Nous condamnons hautement tous les attentats semblables , en quelque lieu et en quelquetemps qu'on lésait vus ; et tout le monde saitles décrets de nos conciles Œcuméniques en faveur de l’inviolable majesté des rois. Mais la réforme défend encore aujourd'hui les décrets de ses synodes, puisque M. Jurieu ose dire qu'elle n'en a point de honte. Ce ne sont pas des faiblesses dont elle rougisse; ce sont des attentats qu'elle soutient.
Ainsi l'opposition entre les premiers chrétiens et nos chrétiens réformés est infînie. Les premiers chrétiens n'avaient rien que de doux et de soumis : mais on ne voit rien que de violent et d'impétueux dans ces chrétiens qui se sont dits réformés. Leurs propres auteurs nous ont raconté que dès le commencement ils étaient p/Wnj rfe vengeance, et se servaient dans leurs entreprises de gens atgull^ tonnés de leurs passions^ ; et leur ministre nous les '
• Soz. Ub. Il, Cûp.^tt $eq. — * Ibid. — » Paul. Oro». /i6. fil, 31. Aug. ét Civ. thi, l. xvn, c. 6f , (am. vu. eo/ W3 — ^Pmr.lib.x,
représente encore à présent comme gens en qoi la rage et la fureur forliOent l'attachement qu'ilsont ù leur religion. Mais les premiers chrétiens n'avaient rien d'amer ni d'emporté dans leur zèle. Aussi disaient-ils hautement, sans même que les ioûdèles osassent le nier, qu’ils n’excitaient point de trouble, ni n'attroupaient le peuple par des discours séditieux * : au contraire, les premières prédications de nos réformés furent suivies partout de sédition et de pilleries. Les inüdèles avouaient eux-roémesque les premiers chrétiens ne blasphémaient point leurs fauxdieux * , encore qu'ils en découvrissent la honte avec une extrême liberté ; parce qu'ils parlaient sans aigreur, et ne disaient que la vérité, sans y mêler de calomnie : au contraire, tout a été aigre et calomnieux dans DOS chrétiens réformés, qui n'ont cessé de défigurer notre doctrine , et ont rempli l'univers de satires envenimées, pour exciter la haine publiquecontrenous. Les premiers clirétiens n'ont jamais éténi orgueilleux ni menaçants : nos chrétiens réformés, non contents de violentes menaces, en sont venus aux effets dès le commencement de leur réforme.Il est vrai que nos chrétiens réformés ont eu à souffrir en quelques endroits , et la réforme a tâclié d'avoir le caractère des martyrs. Mais, comme nous avons vu, les martyrs souffraient avec humilité; et les autres, de leur aveu propre , avec dépit : les uns soutenus par leurseulefoi, et lesautrespar leurpassion : c'est pourquoi de si diiTérents principes ont produit des effets bien contraires. Trois cents ans de continuelle et implacable persécution n'ont pu altérer la douceur des premiers chrétiens : la patience a d'abord échappé aux autres , et leur violence les a emportés aux derniers excès. A peine nomme-t-oo en Allemagne trois ou quatre hommes punis pour le luthéranisme; cependant toute l'Allemagne vit bientôt les ligues et sentit les armes de nos réformés. Ceux de France furent patients durant environ trente ans, à différentes reprises, sous les règnes de François !•' et de Henri II. Ils ne furent pas à l’épreuve d'une plus longue souffrance; et ils n’eurent pas plutôt trouvé de la faiblesse dans le gouvernement , qu’ils en vinrent aux derniers efforts contre l'État.
M. Jurieu donne pour raison de la justice de leurs armes le massacre de Vassi, sans répondre un mot seulement aux témoignages iocontesUblesmêmedes auteurs protestants, parlesqueisnous avons montré que cc prétendu massacre ne fut qu'une rencontre fortuite, et uti prétexte que la rébellion déjà résolue se voulait donner* , Mais sans répéter les preuves que nous en avons rapportées contre ce ministre , nous avons de quoi le confondre par lui-même. « Le massacre de Vassi , « dit-il < , avait donné le signal par toute la France :
■ parce que, conlinue-i-ii , au lieu qu’il ne s'agis-
* sait que de la mort de quelques particuliers , sous « les règnes de François I«' et de Henri II; ici et
■ dans ce massacre, la vie de tout un peuple était
• iiV" -,
SUR LES LETTRES DE M. JURIEU
m CD p^il. « Mots si l'on attendait ce signal, pour qui donc avail*on déjà machiné la conspiration d’Amboise par expresse délibération de la réforme, comme nous l’avons démontré par cent preuves, et par l’aveu de Bèze même? Et pourcjtioi donc avait-on résolu de s’emparer du château où le roi était, arraclier ses ministres d’entre ses bras, se rendre maître de sa personne, lui contester sa majorité, lui donner un conseil forcé, et allumer la guerre civile dans toute la France, jusqu'à ce que ce uoir dessein fiU accompli ?car tout cela est prouvé plus clair que le jour dans l'Histoire des Variations* , sans que M. Jurieu y ait répondu, ni pu répondre un seul mot. Et quant à ce que dit ce ministre, qu’on songea à prendre les armes lorsqu’on vit que tout un peuple était en péril, au lieu qu’il ne s’agissait auparavant, c'est-à-dirc sous François r* et Henri H, que de quelques particuliers : Beze a été bien plus sincère , puisqu’il est demeuré d'accord que ce qui causa les grands troubles de ce royaume, fut que tes seigneurs conslUérérent que iei rois François et Henri n avaient famais voulu atteuter a la personne, des gens d’Flat ^ c’est-à-dire, des gens de qualité , se contentant de battre le chien devant le loup , et les gens de plus basse condition devant les grands; et qu’on faisait alors le contrah'e Ce fut donc, de l’aveu de Bèze, ce qui les lit réveiller comme d'un profond assoupissemetil ; et ils émurent le peuple, dont ils avaient mépr'isé les maux tant qu'on ne s’éuit attaqué qu'à lui. Mais ni Bèze, ni Jurieu n'ont dit le fond, l^es 8up)ices des protestants condamnés à titre d’hérésie, par édits et par arrêts, sous François r* et Henri U, mettaient en bien plus grand péril tout le parti réfornié, ci devaient lui donner bien plus de crainte que la rencontre fortuite de Vassi , où U était bien coiislaut que ni on n’avait eu de mauvais dessein, ni on n'avait rien oublié pour empêcher qu’on ne s’cchaufl'dt. l/intérét des gens de qualité ne fut pas aussi la seule cause qui obligea la réforme à se remuer sous Fran<jois II ou Charles IX; car ils se seraient remués dès le temps de François F' et de Henri 11 , puisqu’ils sentaient que ces princes ne lea épargneraient pas , s'ils se déclaraient , et qu’ils ne se sauvaient de leur temps qu'en dissimulant. Il ne s’agissait non plus, dans nos guerres civiles, de la vie des protestants; puisque nous avons fait voir et qu’il est constant qu’ils ont pris les armes tant de fois, non point pour leur vie, à laquelle il y avait longtemps qu'on n’en voulait plus, mais pour avoir part aux honneurs, et un peu plus de commodité dans leur exercice 11 n'y n qu'à voir leurs traités et leurs délibérations , peur en être ooRvaincu; et Bèze demeure d’accord ^ , qu’il ne tint pas aux miuistres qu'on ne rompit tout pour quelques articles , si légers qu'on en a honte en ks Usant. Ainsi la vraie cause des révoltes arrivéessous François II,sousCharleslXetsousles règnes suivants, c’est que la patience, qui n’est con-
• tiv. X. — * Far. ibid. — * Hàt liv. n.
MSêtrr. — TOKK iv.
çue et soutenue que par des sentiments humains , ne dure pas; et que le dépit, retenu dans des rc* gnes forts, se déclare quand il en trouve de {dus faibles. C’est ensuite que la réforme délicate a pris pour persécution ce que les anciens djrétiens n’auraient pas seulement compté parmi les maux ; c’està-dire la privation de quelques honneurs publics et de quelques facilités , comme on a dit ; encore le plus souvent leurs plaintes n'étaient que des prétextes. T.esrois qui leur ont été le plus contraires n'eussent |»as songé à les troubler, si des esprits si remuants avaient pu se résoudre u demeurer en repos. Certainement sous Louis XIII ils étaient devenus si dclicaU et si plaintifs dans leurs assemblées (politiques, et encore plus dans leurs synodes, qu'oii les voyait prêts a échappera tous moineiils;en sorte qu'un n’osait rien entreprendre contre l’etranger quoi qu'il lit, tant qu’on avait au dedans un parti si inquiet et si menaçant. Voilà dans la vérité, et tous les Français le savent, ce qui a fait nos guerres civiles; et voilà en même temps ce qui mettra une éternelle différence entre les premiers chrétiens et les chrétiens réfornvés. M. Jurieu ne sortira jamais de cette difficulté : Qu’il brouille tout, qu'il mêle le ciel a la terre; qu’il diange les préceptes en conseils, et les règles perpétuelles fondées sur l'ordre de Dieu et le repos des États , en préceptes accommodés au temps ; qu’il change encore la patience des premiers chrétiens en faiblesse, qu'il fasse leur obéissance forcée; qu'il chercliede tous cotés des prétextes à la rébellion de ses pères : il est accablé de toutes parts par l'Écriture, par la tradition, par les exemples de l'ancienne Église, (>ar ses propres historiens ; et il n'y eut jamais une cause plus déplorée.
Exemples de M, Jurieu en faveur des guerres
civiles de religion. Premier exemple , tiré de Jésus-Christ même.
Prêtez maintenant roreflle, mes frères, aux exemples dont on se sert parmi vous , pour permettre aux chrétiens opprimés de défendre leur rclicionàmainarméecoiitrelespuissances souveraines. Etrange illusion I M. Jurieu a osé produire l’exemple de Jésus-Clirist même , et encore dans le temps de sa passion , lorsqu’il ne ût autre chose , comme dit saint Pierre* , quedese livrer à un juge inique, comme un agneau faible et muet, sans ouvrir seulement labouclie poursedéfemlre*. Maisvoyons comme le ministre argumeutc: » L’Évangile, dit- « iP ,n'a ôté à personne ledroit dese défendre con-
• tre de violents agresseurs : et c'est sans doute ce
• que le Seigneur a voulu signilier, quand , allant «au jardin où il savait que les Juifs devaieut ve- « nir l'enlever avec violence, et comme on lui eut « dit : Voici deux épéçs , il répondit : Cest assez. • Sur quoi le ministre fonde ce raisonnement : « Ce n'est pas assez pour repousser la violence : « car deux hommes armés ne pouvaient pas résis-
* I. Pelr. Il, ta. — ’ It. LIU, 7. — * UtU IX, g. M.
as
CINQUIÈME AVERTISSEMENT
• ter à la troup« qui accosnpagnait Judas : mais <t cVtait assez pour son but, qui était de faire
• voir que ses disciples, dans une telle occasion, « ont le droit de se servir des armes : car, autre*
• ment, quel sens cela aurait-il : Prenez vos épiH'S?* Il ne fallait rien chan;^er aux paroles du l'ils de Dieu , qui n’a point parlé en ces termes. Mais , pour en venir au sens et à l’esprit, le ministre songe*til bien à ce qu'il dit , lorsqu’il lient un tel discours ? songc-l-il bien, dis-je, que ceux qui venaient prendre Jésus-Christ étaient les ministres de la justice , et que le consci/ou le sénat de Jérusalem , qui les envoyait', avait en main une partie de la puissance publique? Car il pouvait faire arrêter qui il voulait, et il avait la sarde du temple , et d’autres sens armés en sa puissance pour e.xécuter ses décrets. C’est pourquoi on voit si souvent, dans les Actes, <iue les apôfres ont été arrêtés par tes pont{fes et les magistrats du temple , et mis dans ta prison publique comparaitre devant te conseil où en effet ils répondent juridiquement sans en contester le pouvoir. Aussi , lorsqu’ils prirent le Sauveur; sans les accuser d’usurper un droit qui ne leur appartenait pas , il se coiilenle de leur dire: fous renez me prendre a main armée comme un voleur : fêtais tous tes jours ou milieu de vous ^ enseignant dans le temple ^ et ne m'avez pas arrêté^\ reconnaissant clairement qu’ils en avaient le pouvoir, et dans la suite reprenant saint Pierre qui avait frappé un des soldats, dont aussi il guérit la plaie par un miracle Au lieu donc qu'il faudrait conclure de ce lieu, comme fait aussi saint Chryso5tcimc,qu’///au/50«^n'r/.f?4 persécutions avec patience et avec douceur, et que c'est la ce que. le Sauveur a voulu monlrcr par rrtte action^ : M. Jurieu conclut au contraire qu’il a voulu montrer qu'm celte occasion on a droit de se servir des armes. Ma's qui lui donne la liberté de tourner ainsi l’Ecriture à contre-sen.s, et de porter son venin jusque sur les actions de Jésus-Christ même? • Quel sens, dit-il®, aurait cela :
• Prenez vos épées? et de quel usage seraient-elles,
• si on ne pouvait s’en servir? * Et il neveutpasseu* lementenlendrecelteparoledeJésus.Christ,lors(jn’il ordonne à RCS apôtres d'avoir une épée, car je vous dis qu'il faut encore que ce. qui est écrit de moi soit accompli : Il a été compté au nomhre des seélérats7.Te\ était donc le bot de Jésus-Christ, non, comme dit M. Jurieu, d’instruire les chrétiens à prendre les armes contre la puissance publique, lorsqu’ils en seraient maltraités; mais d'accomplir la prophétie où H était dit qu’on le mettrailau rang desscélérats. En quoi , si ce n’esi »|iie, comme un voleur, il se faisait accompagner de gens violents, pour s’empêcher d’étre pris, et qu’il emplovait les armes contre les ministres de la justice, pour ne point tomber entre ses mains? Jésus-Clirist regardait donc cette résistance qu'il
' iViJ/M. XXVJ, «. - *^ct. IV. 4, V, is. - * Matih. xwi, 65. *-* JiHjn. xviit, ae. — * H»m. }«, tu Joan. /. vi. p. «W. — i\ />. QV — ■ Lue. XXJI. 37.
prévoyait qu’on ferait en sa faveur, non pas, à b manière de M. Jurieu, comme une défense légitime, mais comme une violence et un attentat manifeste, qui aussi le ferait mettre par le peuple au nombre des scélérats, (rest pourquoi il reprend saint Pierre de s’étre servi de son épée, et dit à lui et aux autres qui se mettaient en état de l’imiter : rkmeurez-en la ; qui prend l'épée , périt de Tèpée * ; non pour défendre de s’en servir légitimement, mais pour défendre de s’en servir dans de .semblables occasions , et surtout contre la puissance publique. M. Jurieu osedire que Jésus-Clirist ne reprit saint Pierre de s’être servi de l’épée, qu’à cause du temps où ü le Ht * , qui était celui où , selon l'ordre de son Père , il fallait qu’il mouriU : comme si dans une autre occasion Jésus- Christ eût voulu permettre à ses disciples d’opposer la force aux puissances légitimes. V'oilà ce que M. Jurieu ose attribuer à Jé^us-Christ. Socrate , un |iaîen, aura bien connu qu'on est obligé d’obéir aux lois et aux magistrats de son pays, quand même ils vous condamnent injustement ^ ; autrement, dit-il, il n’y aurait plu.s, ni peuple, ni jugement, ni loi , ni Etat : par ces solides maximes ce philosophe aura consenti à périr, plutôt que d'anéantir losjugements publics par sa résistance , et n'aura pas voulu s'échapper de la prison contre l’autorité de ces lois , de peur de tomber après celte vie entre les mains des lois étemelles, lorsqu’elles prendront la drfenso des lois civiles leurs sœursfear c’est ainsi qu’il parlait); et Jésus-Christ, qui rejette ceux dont la jpstice n’est pas au-dessus (le celle des païens 4, aura été moins juste et moins patient qu’un philosophe, et aura voulu montrer à ses disciples que la défense contre le public est légitime ? Qui vit jamais un semblable attentat? et n'est-ce pas faire prêcher la révolte à Jésus-Ciirisl même? Mais qui ne voit manifestement que ce qu'il blôme en celte occasion n'est pas seulemeut une résistance dans le temps où son i'erevoulaitqu'il niouriU; ce qui n'eût regardé que ses disciples à qui il avait appris ce secret de Dieu , mais en général une résistance qui le faisait mettreau rangdes méchatUs et des scélérats; en un mot, une résistance contre la puissance publique, contre laquelle un particulier, un sujet, qui était le personnage que Jésus-Christ voulait faire alors sur la terre , n’a point de défense ?«C'est pourquoi il répond jiiridiquemrut nu conseil de Jénisalciii, comme nous l'avons déjà dit ; et il demeure d’accord que la puissance de vie et de mort , dont Pilate le menaçait^ . lui venait d'en-haut comme étant légitime et ordonnée de Dieu, ainsi que son a|>ôtrc le dit après lui®; et il ajoute que son royaume n'est pas de ce monde! , non plus que les ministres dont la force le pourrait défendre contre l’injustice des hommes : afin que ses disciples entendent qu’il veut bien en tout et partout se
» Luc xxir, 49, 60. MtfUh. xxn, sa. Jnan. XVill. II. —
* Lrtt. IX, p. eo. — * Plut. Criia. — * .Vu//A. v, i*lo. —
» Jortfl. XIX, 10, II. — • Aom. mi. — î JiAU». xviu, as.
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SUR LES LETTRES DE M. JURIEU
laisser traiter comme un sujet, et leur enseigner en même temps ce qu’ils doivent aui magistrats même injustes et persécuteurs.
M. Jurieu ne rougit pas de nous alléguer cet exemple, et de mettre la défense de sa religion dans un attentat manifeste, dans un attentat déclaré tel par les prophètes qui l'ont prédit , que Jesus- Clirist qui l'a vu a réprouvé, et qu’il a même réparé par un miracle, de peur qu’on ne pût jamais le lui imputer. U» tel exemple, qu’est-ee autre chose qu’une parfaite démonstration de la doctrine opposée à celle que le ministre voulait soutenir? et le tour qu’y donne M. Jurieu , une manifeste profanation des paroles de Jésus-Christ?
Second exemple. Les Machabées
Mais ce ministre se promet une victoire plus assurée de l’exemple des Machabées ou des Asmonéens ; puisqu’il est certain qu’ils secouèrent le joug des rnis de Syrie, qui les perséimtaient pour leur religion. Il n’en faut pas davantage à notre ministre pour égaler la réforme, et la nouvelle répuhiique des Pays-Bas, au nouveau royaume de Judée érigé par les Asmonéens'. Mais pour se désabuser de cette comparaison , il ne faut que lire l’histoire ■ et bien comprendre l’état du peuple de Dieu.
Premièrement, il est constant qu’Antiochus et les autres rois de Syrie ne se proposaient rien de moins que d’exterminer les Juifs, en faire passer toute la jeunesse au fil de l’épée, vendre tout le reste aux étrangers ; en même temps donner à ces étrangers la terre que Dieu avait promise aux patriarches pour toute leur postérité; détruire la nation avec la religion qu’elle professait , et en éteindre la mémoire; profaner le temple, y effacer le nom de Dieu, et y établir l’idole de Jupiter Olympien Voili ce qu’on avait entrepris , et ce qu’on exécutait contre les Juifs avec une violence qui n’avait point de bornes.
Secondement , il n’est pas moins assuré que la religion et toute l'ancienne alliance était attachée au sang d’ Abraham , à ses enfants selon la chair, à la terre deXhanaan, que Dieu leur avait donnée pour y habiter; au lieu choisi de Dieu pour y établir son temple; au ministère lévitique et au sacerdoce attaché au sang de Lévi et d’Aaron , comme toute l’alliance en général l’était à celui d’Abraham : en sorte que sans tout cela il n’y avait ni sacrifice , ni fête, ni aucun exercice de la religion. C’est pourquoi le peuple hébreu , selon les anciennes prophéties, nedevait être tiré de cette terre que deux fois : l’une sous Nabuchodonosor et dans la captivité de Dabylone par un ordre exprès de Dieu, que le prophète Jérémie leur porta, et avec promesse d’y être rappelés bientôt après pour n’en être jamais chassés, selon que le même Jérémie et les autres prophètes le leur promettaient!. Telle est la première transportation du peuple de Dieu hors de sa terre. La seconde et la dernière est celle qui devait
* IX , g. 07. — * II. .VncS. Il, III. — • thid. , V . VI. — >JlT. XXI, XIV. xxrill, XIII, XXI, XXXI, «r.
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leur arriver, selon l'oracle de Daniel, après avoir mis à mort l’Oint de Dieu et le Saint des saints • ; qui devait être perpétuelle, et emportait aussi avec elle l’entière réprobation de l’alliance et de la religion judaïque.
Troisièmement, il était constant par lit que, tant que l’ancienne alliance subsistait , il n’était non plus permis aux Juifs de se laisser transporter hors de leur terre , que de renoncer à tout le culte extérieur de leur religion; et que consentir à la perte totale delafamilled’ Abraliain, où celle d’Aaron était comprise, c’était consentir en meme temps à l’extinction de la religion , de l’alliance et du sacerdoce. D’où il s’ensuit manifestement,
En quatrième lieu , que lorsque Dieu ne leur donnait aucun ordre d’abandonner la terre promise, où il avait établi le siège de la religion et de l’alliance, ni ne leur montrait aucun moyen de conserver la race d’ Abraham que celui d’une resislance ouverte, comme il leur arriva manifestement dans cette cruelle persécution des rois de Syrie , c’était une nécessité absolue , et une suite indispensable de leur religion , de se défendre.
Et néanmoins, en cinquième lieu, ils n’en sont venus à ce dernier et fatal reiiictle qu une seule fois, et apres une déclaration manifeste de la volonté do Dieu. Car auparavant, en quelque oppression qu’on les tint dons le superbe et cruel empire de Babylone, ils y demeurèrent paisibles et souiiils, offrant à Dieu des vœux continuels pour cet eiiipire et pour ses rois , selon l’ordre i|u’ils en avaient reçu de Dieu par la bouche de Jérémie et de Barucli". Quand ils virent paraître Cyrus, qui devait être leur libérateur; encore qu’il leur edt été non-seulement prédit, mois encore expressément nommé par leurs prophètes , ils ne se remuèrent pas en sa faveur, et attendirent en patience sa victoire, d’où dépendait leur délivrance : et quand Assuérus, un de ses successeurs, séduit par les artifices d’Aman, entreprit de détruire toute la nation, et dc/ermer par toute la terre la bouche de ceux qui louaient Dieu *, ils ne firent aucun effort pour lui résister ; parce que Mardochée, un prophète et un homme manifcsteineut inspiré de Dieu, leur faisait voir une espérance assurée de protection en la personne de la reine Esther : en sorte qu’il ne leur restait qu’à prier Dieu , dans le sac et dans la cendre, qu’il conduisit les desseins de cette reine. Que si daus la suite ils prirent les armes pour punir l’injustice de leurs ennemis, ce fut par un édit exprès du roi < ; et Dieu le permit ainsi, pour montrer que les fidèles naturellement ne troublaient point les États , et n’y entreprenaient rien qu'avec l’ordre de la puissance souveraine. Ils seraient donc demeurés aussi humbles et aussi soumis à Antiochus, si Dieu leur avait donné une semblable espérance, et un moyen aussi naturel de llcchir le roi. Mais le temps était arrivé où il avait résolu de les sauver par d’autres voies, ainsi qu’il était marqué dans Daniel et Zacharie*.
■ Dan. II. — ’ Jervi». XXIX, 7. Bar. I, II. 17. — ’ Fsth. (It , IV V !*IM , tt’’ — * /6irf. Vs VII, Vni. * Ihifi. TU, TUI,
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CINQUIÈME AVEBTISSEMENT
Alors rloiiG il inspira Mathnlhias, qui, poussé du même esprit que son ancêtre Phinées, c'est-à-dire , manifestement de l'esprit de Dieu*; du même esprit dont Moïse avait été poussé à tuer rÈg>’ptien qui maltraitait les enfants d'Isrnél*, selon qu'il est expliqué dans les Actos^; du même esprit qui avait incité Aod à enfoncer un couteau dans le sein d' fi^lon, roi «le Moab^, et Jahel, femme d’Héber, à attirer Sisara dans sa maison pour lui percer les tempes avec un clou^; du même esprit, doot Judith était animée lorsqu'elle coupa la tête d’Holoferne® : Mathathias donc , poussé de cet esprit , perça d'un coup de iKii^iiard un Juif qui se présentait pour sacrilier aux idoles, et l'immola sur l'autel où il allait sacritterau dieu étranger?. 11 enfonça le même poignard au sein de celui qui , par l'ordre d'Antiochus, contraignait le peuple à ces sacriGces impies, et il leva i'étundard de la liberté en disant ; Quiconque a le zt^ledela loi, qu'ilme suive*. C'est donc ici manifestement une inspiration extraordinaire, telle que celles qu'oii voit paraître si souvent dans l'Ecriture et ailleurs. Il n'y a que des impies qui puissent nier de semblables inspirations extraordinaires; et si les hypocrites ou les fanatiques s'en vantent à tort, il ne s'ensuit pas que les vrais prophètes, et les hommes vraiment poussés par l’esprit de Dieu, se les attribuent vainement. Mathathias fut du nombre des ces hommes vraiment inspirés : il en soutint le caractère jusqu'à la mort; et il distribua entre ses enfants les fonctions auxquelles Dieu les destinait , avec une prédiction manifeste des grands succès qui leur étaient préparéss. La suite des événements justifia clairement que Mathathias était inspiré : car, outre qu'il parut des signes et des illuminations surprenantes et miraculeuses dans le ciel , on vit paraître, dans les combats, des ungc.s qui soutenaient le peuple de Dieu, et, en Jouflroyant les ennemis, jetaient le désordre et la confusion dans leur armée'^. Le propitète Jcrcmie apparut à Judas Machabce dans un songe digne de toute croyance, et lui mit en main l’épée par laquelle il devait dcfaîre les ennemis de son peuple, en lui disant : Recevez cette sainte épée et ce présent de Dieu, par lequel vous renverserez tes ennemis de mon peuple d' Israël »*. Tant de victoires miraculeuse.s, qui suivirent cette céleste vision, firent bien voir qu'elle n'était pas vaine; et la vengeance divine fut si éclatante sur Anliochus , que lui-méme la reconnut, et fut contraint d'adorer, mais trop Lard, la main de Dieu dans son supplice Que si nos réformés ne veulent pas reconnaître ces signes divins, à cause qu'ils .sont tirés des livres des Machnbées, qu'ils ne rt*çoivent pas pour c^anoniques; MHS leur opposer ici l'autorité de l'Égluse, qui les a mis dans son canon il y a tant de siècles, je me Mntente de l'aveu de leurs auteurs , qui respectent
* I. Uaeh. Il . 24 , etc. - * Exod. n, 12. — • Jet. vn, 24, — * Juftic. itl. — • Ibid. IV, 17 et aeç. v, 24 et teq. - • Jvdilh. Vin, cte. — * I. Mach. il, 23, 24. — * Ibid. 77 et $fil. — * Ibid. 4», «4 et »eq. — *• II. Mach. x, 2B, 3o. — *• II. Mitili W. Il, IB.ftc..— 1. Mach. VI. II. Mach. u, I2.
ces livres comme contenant une lii.stoire véritablo et digne de tout respect, où Dieu a étalé inagnHIquement la puissance de son bras et les conseils de sa providence pour la conservation de son peuple élu. Que si M. Jurieii, ou quelque autre aussi emporté que lui, refusaient à des livres si anciens la vénération qui leur est due, il n’y aurait qu’à leur demander d'où ils ont donc pris l'histoire des Machal>ées qu'ils nous opposent. Que s'ils sont contraints d’avouer que les livres que nous leur citons sont les véritables originaux d'où Josèphe et tous les Juifs ont tiré cette admirable histoire, il faut ou la rejeter comme fabuleuse, ou la recevoir avec toutes les inerveilleuses circonstances dont elle est revêtue. Kl il ne faut point s'étonner que Jusèplie en ait supprimé une partie, puisqu’on sait qu’il dissimulait ou qu’il déguisait les miracles les plus certains , de peur d'épouvanter les Gentils pour qui il écrivait. Si les prote.stants veulent se ranger parmi les infidèles, et refuser leur croyance aux miracles dont Dieu se servait pour déclarer sa volonté à son peuple, nous ne voulons pas les imiter, et nous soutenons, avec l'histoire originale de la guerre des .Mnehabées, qu'elle ne fut entreprise qu'avec une manifeste inspiration de Dieu.
Enfin, en sixième lieu. Dieu, qui avait résolu d’accumuler tous les droits pour établir le nouveau royaume qu'il érigea en J udée , sous les Macliabces, fit concourir à ce dessein les rois de Syrie, qui accordèrent à Jonathns et à Simon, avec l’entier affranchissement de leur peuple, non-seulement toutes les marques, mais encore tous les eiïets de la souveraineté : cc (}ui fut aussi accepté et confirmé par le commun consentement de tous les Juifs
Je veux bien accorder à M. Jurieu et aux Provinces-ünies, si elles veulent, qu’elles ont eu en quelque clm.se un succès pareil à cc nouveau royaume de Judée, puisqu'â la fin les rois d’K-spngne, leurs souverains, ont c.onscnli à leur affranchissement. Bien plus : afin que les choses soient plus semblables, puisqu’on regardant ces Provinces comme imitatrices du nouveau royaume de Judée il faut aussi regarder les princes d’Orange comme les nouveaux Machabées qui ont érigé cet État , je n'empêche pas qu’on ne dise qu'à l'e.xcinplc des Asmonéeiis ces princes se sont faits les souverains du peuple qu’ils ont affranchi , et qu’ils peuvent s'en dire les vrai.s rois , comme ils y ontdïja de gré ou de force l’autorité absolue. Si les Provinces-Unlcs donnent enfin leur consentement à cette souveraineté , il sera vrai que la fin des princes d’Orange sera à peu près semblable de ce cuté-la à celle des Machabées; mais il y aura toujours une différence infiniedans les commencements des uns et des autres. Car, quelque dévoué qu’on soit à la maison d’Ornnge, on ne dira jamais sérieusement ni que le prince d'Orange Guillaume T' ait été un homme manifestement inspiré, un Phinées, un Mathathias, un Judas le Machabée , qui ne respirait que la piété ; ni
' f. Vijrh. r. XI, XII et seq.
SUR LES LETTRES DE M. JDRIEU. 389
que la nollande, dont il conduisait les troupes, , faner aussi les temples de leurs pères, faisaient seiH*
fût le seul peuple oii, par une alliance particu* lière, Dieu eiU (‘tabli la religion et ses sacre* ments; ni que la religion qu'il soutenait fût la seule cause qui lui f?t prendre les armes, puisque, sans parier de ses desseins ambitieux si bien marqués dans toutes les histoires , il cacha si longtemps lui* même sa religion, et donna tout autre prétexte à ses entreprises; ni que lui et ses successeurs n’aient jamais rien attenté pour subjuguer ceux qui leur avaient confié la défense de leur lit>ertc. Il faudrait donc laisser là l'exemple des Machabées ; et, pour ne plus parler Ici de la vaine flatterie que le ministre Jurieu fait aux Provinces*Ui)ies , je soutiens que l'action des Machabées, et des Juifs qui les ont suivis, étant extraordinaire et venant d'un ordre spécial de Dieu dans un cas et un état particulier, ne peut être tirée à conséquence pour d'autres cas et d’autres états. En un mut , il n'y a rien de semblable entre les Juifs d'alors et nos réformés ni dans l'état de la religion , ni dans l'état des personnes. Car, dans la religion chrétienne, il n'y a aucun lieu ni aucune race qu'on soit obligé de conserver, à peine de laisser périr la religion et l'alliance. Au lieu de dire, comme pouvaient faire les Juifs, Il faut sauver notre vie pour sauver la religion; il faudrait dire au contraire, selon les maximes de Jésus-Cbrist,II faut mourir pour l'étendre ; c'est par la mort et la corruption que ce grain se multiplie ; et ce n'est pas lesangtrnnsmis à une longue postérité qui fait fructifier l'Evangile, mais c'est plutôt le sang répandu pour le confesser : ainsi la religion ne peut jamais être i^armi nous en l'état et dans la nécessité où elle était sous les Machabées. L’état des personnes est encore plus dissemblable que celui de la religion. Les Machabées voyaient toute leur nation attaquée ensemble , et prête à |)érir tout entière comme par un seul coup : mais nos réformés , loin de combattre pour toute la nation dont ils étaient , n’en faisaient que la plus petite partie, qui avait entrepris d'accabler l'autre et de lui faire la loi. Les Macliabées et les Juifs qui les suivaient, loin de vouloir forcer leurs coinpatriotes à corriger la religion dans laquelle ils étaient nés, ne demandaient que de vivre dans le même culte où leurs pères les avaient élevés : nuiis nos rebelles condamnaient les siècles passés, Pt ne cherchaient qu'à détruire la religion où leurs pères étaient morts, quoiqu'eux-mémes ils l'eussent sucm avec le lait. I>>8 Machabées combattaientafinqu’on leur laissât la possession du saint temple où leurs pères servaient Dieu : nos rebelles renonçaient aux lempleset aux autelsde leurs pères, quoique ce fût le vrai Dieu qu’ils y adorassent ; ou s'ils les voulaient avoir, c'était eu les enlevant à leurs anciens et légitimes possesseurs, et encore en y cliangeaut tout le culte pour lequel la structure même de ces édifices sacrés faisait voir qu'ils étaient bâtis : en quoi iis étaient semblables, non point aux Machabées défenseurs du temple, mais aux Gentils, qui en étaient le| profanateurs; puisque fi ceux-ci profanaient le temple en y mettant leurs iduies , nos réformés, pour avoir occasion de pro-
blant d'oublier qu'ils étaient dédiés au Dieu vivant : et, autant qu’il était en eux, ils en faisaient des temples d'idoles, en appelant de ce nom les images érigées par nos pères pour honorer la mémoire des mystères de Jésus-Christ et celle de scs saints. Rien loin qu’on puisse dire que le ministère de la religion fût corrompu et interrompu par
I les Machabées , ils étaient eux-mêmes revêtus de l’ancien sacerdoce de la nation , où ils étaient élevés par la succession naturelle et selon les lois établies; nos rebelles disaient au contraire que, sans égard à la succession, ni à ceux qu'elle mettait en possession du ministère sacré, il en fallait drosser un autre : ce qui était renoncer à la ligne du sacerdoce et à la suite de la religion, ou plutôt à la religion dans son fond, puus(|ue la religion ne peut subsister sans cette suite. On voit bien, selon ces principes, qu'il y a pu avoir dans le.xMaciiabécs, qui ven.iient dans la succession U'gitiine et dans l'orilre établi de Dieu , un instinct particulier de son Sainl-Ksprit pour entreprendre quelque chose d'extraordinaire; mais au contraire l'esprit dont étaient agités ceux qui menaient nos réformés au combat et en commandaient les années, étant entièrement détaché de l'ordre établi de Dieu et de la succession du :incor> doce, ne pouvait être qu'uu esprit de rébelliou et de schisme. Aussi l'Esprit de Dieu parait-il si peu dans les capitaines de la réforme, que loin d'oser dire qu’ils fussent dt*s liommes pleins de Dieu, comme étaient un Malhathias et ses enfants; M. Jurieu n’a osé dire que ce fussent de vrais gens de bien selon les règles de l'Evangile, ni autre cho.s« tout au plus selon lui-même, que des héros à la manière du monde : de sorte que ce serait se jouer inanifestemeiit de la foi publique, de reconnaître ici la moindre apparence d’un instinct divin et prophétique. Aussi n'y en avait-il ni marque ni nécessité ; ni , en un mot , rien de semblable , entre les Machabées et les protestants , que le simple extérieur d'avoir pris les armes.
C’est pourquoi nous ne voyons pas que l’Eglise, persécutée par les princes inüdèles ou hérétiques , se soit jamais avisée de l'exemple des Machalvées pour s'animer à la rési.stance. Il était trop clair que cet exemple était extraordinaire, dans un cas et dans un état tout particulier, manifestement divin dans ses effets et dans ses causes ; en sorte que, pour s'en servir, il fiilait pouvoir dire et justiCer qu'on était manifestement et particulièrement inspiré de Dieu. Mais pour connaître la vraie tradition de l'ancieu peuple, qui devait servir de fondement à cell»' du nouveau , il ne fallait que considérer sa pratique continuelle dès son origine : car, à commencer par le temps de sa servi luda
i en Égypte, il est certain qu'il n'employa pour s'en délivrer que ses gémissements et ses prières* . Que'sl Dieu employa des voies plus fortes.ee furent toutautant de coups de sa main toute-puissante et de son bras
I ' Exod. T et irj.
CINQUIEME AVERTISSEMENT
étenJu , comn»e parle TEcrilure , sans f|uc ni le peuple, ni Moïse qui le conduisait, songeassent jamais ni à se défendre par la force, ni à s'échapper de l’Egrpte d'eux-mémes ou à main armée; en sorte que Dieu les laissa dans l'obéissance des rois qui les evaient re<jus dans »eur royaume , se réservant de les délivrer par un coup de sa souveraine puissance. Wausaurons lion, dans la suite, d'examiner leiirronduite sous leurs rois, et les droits de la monarchie que Dieu avait établie parmi eux. Mais on peut voir, en attendant, quelle obéissance eux et leurs prophètes crurent toujours devoir à ces rois ; puisque sous des rois impies , tels qu’étaipnt un Achab,un Achax , un Maiiassès, quoiqu’ils fissent mourir les prophètes et qu’ils contraignissent le peuple à un mite impie, eu sorte que les fidèles étaient contraints de se cacher : pendant que toutes les villes et Jérusalem ellc-méme regorgeaient de sang Innocent. comme il arriva sous Manassès; un f^he, imfeliséo, un Isaïe, un Osée, et les autres saints prophètes, qui criaient si haut contre les égarénwnls de ces princes . ne songeaient pas seulement à leur contestér robéissatice qui leur était due. peuple saint fut aussi paisible sous le joug de fer de Iî.al)ylone , comme nous avons déj.à vir : et pour ne point répéter ce que j’ai dit , ni prévenir ce que j’ai à dire dans la suite sur ce sujet, on voit régner dans ce peuple les mêmes maximes , que le |>euplc chrétien en a aussi retenues , de rendre à ses rois, quels qu'ils fussent , un fidèle et inviolable service, t;'est par toute cette conduite du peuple de Dieu, qu'il fallait juger du droit que Dieu même avait établi parmi eux. S'il a voulu une seule fois s'en dispenser sous les Machabées avec les restrictions rt dans les conjonctures parliculicres qu’on vient de voir, il a marqué rlairement qtie ce n’était pas le droit établi, mais rcxcepîion de ce droit faite par sa main souveraine; et c'est pourquoi , sans se fonder sur ce cas extr.iordinaire, l'Kglise chrétienne s’est fait une règle de la pratique coiislanle de tout le reste des temps : de sorte qu'on peut assurer, comme une vérité iuconlc.slable. que la doctrine qui nous oblige d pousser la fidélité envers les roisjusqu’aux dernières épreuves, est également éUblie dans l’ancien et dans le nouveau peuple.
Troisième exemple. Celui de David.
Il reste à examiner le troisième exemple de M. Jurieu, qui est celui de David , que ce minislrc propose, pour prouver qu'on peut défendre sa vie à main année contre son prince; et il répète souvent que si on peut prendre les armes contre son roi pour la vie, on le peut à plus forte raison (wiir la religion et pour lavicUmt ensemble. D’abord et sans liésiter, j’accorde la conséquence: mais voyons comme il établit le fait d’où il la tire. • Pourquoi , « dit-il '«David avait-ilassembléautourdeluiquatre - ou cinq cents hommes, tous gens hraves et bien « armés ? N'éiait-ce pas pour se défendre, pour résis-
• ter à la violence par la force, et pour résister à « son roi, qui voulait le tuer? Si Saül fût venu l'at- « taquer avec pareil nombre de gens, s’en serait-il
• fui? N*aurait-il pas combattu pour sa vie, quand « même c’aurait été avec quelque péril de la vie de
• Saül lui-méme ; parce que dans le combat oo ne
• sait pas où les coups portent? David savait son
• devoir; il avait la conscience délicate ; U respecte « l'onction de Dieu dans les rois : mais il ne croit «|Kis qu’il soitloujoursillégitime de leur résister: et
• men^ Da>id était dans un cas où nous ne vou- « drions pas permettre de résister par les armes à
• un souverain; dans le fond il était seul, et n'était « qu'un particulier. Nous n'étendons pas lepouvoir
• de résistera un souverain jusque-là : mais celui « qui a cru qu'un particulier pouvait repousser la
• \iuleuce par la force, a cru à plus forte raison « que tout un peuple le pouvait. > J'ai rapporté exprès tout au long le discours de M. Jurieu, aün qu'on voie que ce ministre détruit lui-mcme son propre raisonnement; car en effet il sent bien qu'il prouve plus qu’il ne veut. Il veut prouver quetout un peuple, c'est-à dire non-seulement tout un royaume , mais encore une partie considérable d'un royaume, tel qu'était tout le peuple chrétien dans l'empire romain , ou en France tousies protestants, ont pu prendre les armes contre leur prince. Voilà ce qu'il voulait prouver : mais sa preuve |)orte plus loin qu'il ne veut, puisqu'elle démontrerait, si elle était bonne, non-seulement que tout un grand peuple, mais encore tout particulier, peut s’armer contre son prince, lorsqu'il lui fait violence ;cequc le ministre rejette non-seulement ici, comme il parait parles paroles qu’on vient de produire, mais encore en d’autres endroits'. C’est neanmoins ce qu'il prouve; et par conséquent, selon lui-méme, sa preuve est mauvaise , n'y ayant rien de plus assuré que cette règle de dialectique : Qui prouve trop ne prouve rien. Cela parait encore plus évidemment . en ce qu'il attribue à David d’avoir cru qu'un particulier pouvait repousser à main armée la violence, même celle do son roi; car c'est do quoi il s’agit : ce qui est lui attribuer une erreur grossière et insu|>portable, et par conséquent condamner toute l'action qu’on fonde sur une maxime si visiblement erronée: en quoi non-seulement M. Jurieu blâme en David ceque l’Fcriture n’y blâme pas ; niaisencore il se confond lui-méme , en nous alléguant un nutciir qui selon lui est dans l’erreur , et nous donnant pour modèle un exemple qui est mauvais selon SOS principes.
Je n’aurais donc qu’a lui dire, si je voulais lui former la bouche par son propre aveu, que David, qui agissait sur de faux principes, ne doit pas être suivi dans cette action ; mais la vérité ne me permet pas de profiter ou de l’ignorance ou de i’inconsidération de mon adversaire. Toute l'Ecriture me fait voir que dans celte conjoncture David agit toujours par l'Ksprit de Dieu ; que, dans toutes ses entreprises, il atteiKlait la déclaration de sa
> UU. XVII, p. 134. Lelt. IX.
' Letl. XVIII , p. 134.
SUR LES LETITRES DE M. JURIEÜ.
volonté ; quMl consnltait ses oracles ; qu'il était averti par scs propliètes » qu'il était prophète luiméme.elquc l'esprit prophétique qui était en luinc l’abandonna jamais*. Témoins les Psaumes qu’il fit dans cet état, et même chez le roi Achis, et au milieu du pays étranger où il s’était réfugié: Psaumes que nous chantons tous les jours comme des cantiques inspirés de Dieu. J'avoue donc qu’il n'y a rien à blâmer dans la conduite de David; et ce qui a trompé M. Jurieu , qui abuse de son exemple , c’est qu’il n’a pas voulu considérer ce que Da* vid était alors. Car s'il avait seulement sonué que ce David, qui n’est selon lui qu'un particulier , en effet était un roi sacré par l’ordre de Dieu* , il aurait vu le dénodment manifeste de toute la dif* ficulté : mais en même temps il aurait fallu renoncer à toute sa preuve, car on n'aurait pu nier que ce ne fiU un cas tout particulier; puisque celui qu'on verrait armé pour se défendre du roi Saül , est roi lui-même. Kl sans vouloir examiner si on ne pourrait pas soutenir qu’en effet il était roi de droit, et que Saùi ne régnait que par tolérance, ou en tout cas par précaire et coinmo simple usufruitier, pour honorer en sa personne le litre de roi qu'ii avait eu; quand il ne faudrait regarder dans le sacre de David qu'une simple destination h la couronne : toujours faudrait-il dire, puisque cette destination venait de Dieu , que Dieu, qui lui avait donné ce droit, était censé lui avoir | donné en meme temps tout le pouvoir néci'ssaire pour le conserver. Car, au reste, le droit de David était si certain , qu'ii était connu de Jonathas, fils de Saül, et de Saül même de là vient que Jonuthas demandait pour toute grâce à David d’être le second apres lui. Le peuple aussi était bien instruit du droit de David, eomme il paraît par le discours d’AbigaïL Ainsi personne ne pouvait douter que sa défense ne fût légitime, et Saül lui-même le reconnaissait; puisqu'aulîeu de le traiter de rebelle et de traître, il lui disait: /'ous êtes plus juste que moi; et il traitait avec, lui comme d’égal àéga! , en le priant de conserver sa postérité Il ne faut pourtant pas s’imaginer que Dieu ait voulu se servir de David pour diviser les forces de son peuple, ni que ses armes, toujours fatales aux Philistins , dussent jainaissetournercontresa patrie et contre son prince. Car premièrement , lorsi|u’iI assembla ces quatre cents hommes, son intention n’était pas de demeurer dans le royaume d’Israël, mais avec le roi de Moad avec qui il était d’accord pour sa sûreté. S’il campait et se tenait sur ses gardes , cette précaution était nécessaire contre des gens sans aveu qui auraient pu l’attaquer; et au surplus il tenait son père et sa mère entre les mains du roi de Moad ^ jusqu à ce que ta volonté du Seigneur se fùtdéclarée^. Loin donc de vouloir combattre contre son pays , il allait chercher la sûreté de sa personne sacrée dans une terre étrangère. Que s’il en
* I. Rfg. xxn. 3, S. xxm, 3, 4. ^ * Ibid, xri, i3, iS. - 3 Ibid, xxni, 17. XXIV, 31. —4 Ibid. XXV, 30, 31. — ^ Brg. XXIV. I8| 31. XXVI, 35. — • Ibid. XXII, 3.
sortit enfin pourse retirer dans les terres delà tribu de Jud;i,qui lui était plus favorable, à cause que c'était la sienne; ce fut un ordre exprès de Dieu , porté par le prophète Gad, qui J’y obligea*. Lorsqu'il fut dans le royaume deSaiil, il y üt si peu de mal à scs citoyens , qu’au contraire , sur le mont Carmel , l’endroit le plus riche de tout le royaume , et au milieu des biens de Nnbal , le plus puissant homme du pays , il ne toucha ni à ses biens, tii à ses trouiieaux : on ne troura jamais adiré une seule de scs brebis ; et au contraire, les gens de Nabal rendaient témoignage aux troupes de David, que, loindetes vexer, elles leur étaient un t'emjnirt et une déjénse assurée* . Pendant qu’on le poursuivait à toute outrance, il fuyait de désert en désert pour éviter la rencontre des gens de Saül , et pour assurer sa personne, dont il devait la conservation à l'Etat, sans jamais avoir répandu le sang d'aucun de ses citoyeus, ni profite contre eux, ni contre Saül d'aucun avantage: mais au contraire 1! était toujours aUentif. au bien de son pays; et, contre l’avis de I tous les siens, il sauva la ville de Cciian des Philis- I tins qui allaienl la surprendre , et qui déjàen avaient pillé tous les environs-* : ainsi , dans une si grande oppression, il ne songeait qu’à servir son prince et son pays. Lorsqu’enfin ü fut obligé de traiter avec les ennemis , ce fut seulement pour la sûreté de sa personne. Il nefitjamaisde pillage que sur les Ama- Iccites et les autres ennemis de sa patrie 4. Oe cotte sorte , la nécessité où il se voyait réduit ne lui fit jamais rien entreprendre qui fût indigned’un Israélite ni d’un fidele sujet : le traité qu’il fit avec l’étranger servit à la lin à sa patrie; et il incorpora au peuple de Dieu la ville de Siceieg, que les Philistins lui avaient donnée pour retraite.
Si ^I. Jurieu savait ce que c’est que d’expliquer l’Ecriture, il aurait pesé toutes ces circonstances, et il se serait bien gardé de dire ni que David fût un simple particulier , ni qu’il ait jamais rien entrepris contre la puissance publique. Au lieu de peser en théologien et en interprète exact ces circonstances importantes, il se meta raisonner en l'air; et U nous demande pourquoi David était armé, si ce n'élaii pour se défendre contre son roi. Comme 8*11 n'eût pas eu à craindre cent particuliers qui , pour faire plaisir à Saül, pouvaient l’attaquer, ou que, s:ms aucun dessein d’en venir avec Saul aux extrémités , il n’eût pas pu avoir en vue de faire envisager à ce prince ce que la nécessité et le désespoir pouvaient inspirer contre le devoir à de braves gens poussés à bout. Mais M. Jurieu passe plus avant, et il ne veut pas qu’on croie (|ue David avec des forces égales s'en serait fui devant Saül. Pourquoi non , plutôt qued 'être forcé à combattre contre son roi ? Mais le vaillant Jurieu ne peut comprendre qu’on fuie. Qu’il permette du moins à David défaire devant l'ennemi une belle et glorieuseretraite. Non, dit-il, il faut donner; et David aurait combattu, au hasard, dit notre ministre ^ , de mettre en p<'ril )a vie du roi son beau-père : car ces titres de roi et
* Ibid. 5. — * Ibid. XII, 8 , 15. — * Ibtd. xxin, I et KÇ. — • Ibid, xxvu, M, », 10. - 3 un. xvit.
CINQUIÈME AVERTISSEMENT
de be*u-père ne lui sont rien. Comment n’a*t-il pai frémi en écrirant ces paroles ? David rencontrant Saül à son avantage, après lui avoir sauvé la vie malgré les instances de tous les siens , se sentit saisi de frayeur pour lui avoir seulement coupé le bord de sa robe, et avoir mis la main , quoique d'une manière si innocente , sur sa personne saerée ‘ : et celui qu'on voit si frappé d'une ombre d'irrévérence envers son roi , ne fuirait pas un combat où on aurait pu attenter sur sa vie ? Voilà comme les ministres enseignent à ménager le sang des rois. Cependant M. Jurieu , comme nous verrons , fait semblant d'avoir en horreur les attentats sur les souverains; et ici , contraire à lui-raéme , il veut qu'un particulier ait droit de donner combat à son roi présent , au hasard de le tuer dans la mêlée. Mais David était bien éloigné de ce sentiment impie, lorsqu'il disait : • Dieu me garde de mettre - la main sur mon maître, l'oint du Seigneur • 1 • Et il criait à Saül : • Ne crov ea pas les calomniateurs
• qui vous disent que David veut attenter sur vous.
. Vous le voyez de vos yeus, que Dieu vous a mis
• entre mes mains dans la caverne. Mais j'ai dit en
• mon cœur : A Dieu ne plaise que j'étende la main
• sur l'oint du Seigneur! Que le Seigneur juge entre
• vous et moi, et qu'il me venge de vous comme
• il lui plaira ; mais que ma main ne soit pas sur
• vous 1 N 11 ne reconnaissait donc autre puisstince que celle de Dieu , qui pdt lui faire justice de Saiil. Ce qu'il explique e.icore plus clairement, lorsque, devenu une seconde fois maitredela vie de ce prince, il dit à Abisat qui l'accompagnait s : « Gardez-vous
• bien de mettre la main sur Saül , car qui pourra
• étendre sa main sur l'oint du Seigneur , et denteu- . rer innocent ? Vive le Seigneur ! si le Seigneur ne le « frappe, ou que le jour de sa mort n'arrive, ou que « venant à une bataille il n'y meure ■ (comme Saül mourut en effet dans une bataille contre les Philistins), • il n'a rien à craindre, et ma main ne sera . jamais sur lui. Dieu m'en garde, et ainsi me soit-il
• propice! • C'est en cette sorte que David a recours a Dieu comme à son unique vengeur. Encore lorsqu'il parlait de cette vengeance , c'était pour montrer à Saül ce que ce prince avait à craindre , et non pas pour lui déclarer ce que David lui souhaitait; puisque, loin de souhaiter la inortà Saül, il la pleura si amèrement, et eu lit un châtiment si prompt lorsqu'elle lui fut annoncée*. Un homme qui parle et agit ainsi est bien éloigne de vonloir lui-méme combattre contre son roi , ni attenter sur sa vie en quelque manière que ce soit. Et en effet, s'il eût cru l'attaque légitime , ou qu’il pilt avoir d'autre droit que celui de s'empêcher d'être pris, comme il fai.sait en se cachant , il aurait pu aussi bien attenter contre son roi dans une surprise que dans un combat. Le même droit de la guerre permet également l'un et l'antre : et s'il voulait épargner le sang de Saül , il pouvait du moins s'assurer de sa personne. Mais il savait trop qu'un sujet n'a ni droit, ni force contre la personne de son prince ; et le mi-
' 1. Heg. ïHII, 8 fi »rg. — * Ibid. 7. — * Ibid. I0< — * Ibid. 9. ^ * II. Rfg. I, U| I8.
nistre le met en droit de le faire périr dans t» combat! Il a oublié toute l'Écriture; mais il a ou* blié tous les devoirs d’un sujet. Il ne songe plus à ce qui est dd à la majesté ni à la personne sacrée des roij , ni a la sainte onction qui est sureux. Je ne m*eo etonne pas : il ne se souvient même plus qu'il est Français; et il nous parle avec dédain de lu loi salique^ céfitabie , dit-il ' , ou prétendu^, comme ferait un homme venu des Indes ou du Malabar; tant est sorti de son cœur ce qui est le plus avant imprimé de tout temps , et dès l'origine de la nation, dans le cœur de tous les Français.
Mais, pour revenir à notre sujet , concluons qu'il n\v a rien de plus mal allégué que l'exemple de David ; puisque, bien loin qu’il fiU permis de le regarder comme un simple particulier. Dieu, qui l'avait sacré roi , voulait qu’on le regardât comme un per* sonnage public, dont la conservation était nécessaire à l'État ; et qu'après tout U n'a fait que pourvoir il sa sûreté, comme il y était obligé, non-seulement sans rien attenter contre son roi ni contre son pays, maisencore sans jamais cesser de lesservirau milieu d'une si cruelle oppression. Voilà ce qui est constant dans le fait. Aussi M. Jurieu, qui n'a pu trouver aucun attentat dans les actions de David , n'a de refuge qu’a des questions en l'nir; et il est réduit à rcduTcher , non ce qu’il a fait , car il est déjà bien constant qu'il n’a rien fait de mal contre son prince; mais ce qu'il aurait fait en tels et tels cas qui ne sont point arrivés. Que s'il faut enfin lui répondre sur scs imaginations, nous lui dirons, en un mot, que ces grands hommes, abandonnésaux mouvements de leur foi et à la divine Providence, apprenaient d’elle à chaque moment ce qu'ils avaient à f^ire , et y trouvaient des ressources pour se dégager des inconvénients où ils paraissaient inévitablement enveloppés; comme on le voit en particulier dans toute l'histoire de David : de sorte que s'inquiéter de ce qu'auraient fait ces grands personnages dans les cas que Dieu détournait par sa providence, c'est oser demander à Dieu ce qu'il aurait inspiré, et craindre que sa sagesse ne fût épuisée.
" Knfîn donc nous avons ôté toute espérance au ministre; et il ne lui reste, pour soutenir la prise d’armes de ses pères, ni autorité ni exemple. Au contraire, tous les exemples le condamnent, et tous les martyrs combattent contre lui.
Raisonnements de .V. Jurieu en faveur des guerres civiles de religion.
Nous n’aurions pas un moindre avantage , si nous voulions attaquer lea vaines maxiniesque le ministre appelle à son secours , et les frivoles raisonnements dont il les appuie. Le droit , dit-il*, de h» propre conservalion est un droit inaliénable. S'il est ainsi , tout particulier injustement attaqué dans sa vie par la puissance publique a droit de prendre les armes , et personne ne peut lui ravir ce droit.
’ Leit. xvni. p. X > < UU. U,p. l«7.
SUR LES LETTRES DE M. JÜRIEÜ
J1 De sert de rien de ré|>ondre qu’il parle d'un peuple ; car sans raisonner ici sur cette chimère qu'il propose, savoir ce qu'on pourrait faire contre un tyran qui voudrait tuertoutson peuple, et demeurer roi des arbres et des maisons sans habitants, il met expressément dans le même droit unejrranrfe par- He dttpeuple verrait sa vie injustement attaquée : et c'est pourquoi il soutient que les chrétiens eussent pu armer contre leurs princes, s'ils en eussent eu les moyens ; et par la même raison , que les protestants ont pu le faire, quoique les uns et les autres , loin d'étre tout le peuple , n'en fussent que la plus petite partie. Que deviendront les f!tats , si on établit de telles maximes ? Que deviendront-ils , encore un coup, si ce n’est une boucherie, et un théâtre perpétuel et toujours sanitlant de Ru^rres civiles? Car, comme l'opitiion fait le même effet dans l'esprit des hommes que la vérité, toutes les fois qu'une partie du peuple s'imaginera qu’elle a raison contre la puissance publique, et que la punir de sa rébellion c’est s'attaquer injustement à sa vie, elle se croira en droit de prendre les armes , et soutiendra que le droit de se conserver ne peut lui être ravi. Qu'on nous montre que les chrétiens persécutés nient jamais songé à ce prétendu droit. Et pour ne pas seulement parler du temps des persécutions et de la cause de la religion, Antioche, la troisième ville du monde, qtfon appelait l'csil de l’Orient , et par excellence Antioche In peuplée, sévit en péril d'étre ruinée par Thëodose le Grand , dont on avait renversé les statues. On pouvait dire qu'il n'était pas juste de punir toute une ville de l’attentit de quelques particuliers, qui même étaient étrangers, ni de mêler l'innocent avec le coupable; et en effet, saint Chrysostome* met cette raison dans la bouche de Flavien, patriarche d'Antioche , qui allait demander pardon à l’emperrur pour tout le peuple. Mais cependant on ne disait point (que dis-je, on ne disait point?), il ne venait pas seulement dans la pensée qu'il fût permis de défendre sa vie contre le prince : au contraire, on ne pariait à ce peuple que de l'obligation de révérer le magistrat * : on lui disait qu’il avait à craindre la plus grande puissance qui fût sur la terre ; et qu’il n’avait à invoquer que celle de Dieu , qui seule était au-dessus C’est ce que saint Chrysostdme inculquait sans cesse ; et ce Démosthène chrétien fit sur ce sujet des homélies dignes, par leur éloquence, de l'ancienne Grèce, et dignes, par leur piété, des temps apostoliques. Mais pourquoi allouer les clirétiens Instcuits par la révélatica céleste? 1.^ païens , par leur simple raison naturelle, ont bien vu qu’il fallait souffrir les violences des mauvais princes, en souhaiter de meilleurs , les supporter quels qu'il.s fussent , espérer un temps plus serein pendant l'urage, et contprendre que la Providence , qui ne veut pas la ruine du genre humain ni de la nature , ne tient pas éternellement le ^uple opprimé par un mauvais gouver- Dcmeut, comme elle ne bat pas l’univers d’une
* Hom. III ad pop. Ant. n. i, tom. il, p. 3a. — * Uom. Tl, p. 75. — 1 Uom. IJ, ». 4, p, *4.
tn
continuelle tempête. Les1>eaux jours pourront donc refaire ce que les mauvais auront gâté; et c'est vouloir trop de mal aux choses humaines, que de joindre aux maux d'un mauvais gouvernement un remède plus mortel que le mal même, qui est la division intestine. Par ces raisons, les païens ne permettaient pas à tout le peuple ce que M. Jurieu ose permettre à la plus petite partie contre l.i plus grande; que dis-je? ce qu’il ose permettre à chaque particulier. Un tel homme ^ relui qui dirait qu’un souverain ■ a droit de faire violence â la vie d’une
• partie de son peuple, et que des sujets n’ont pas « celui de se défendre et d'opposer la force à la vio-
• lence , sera réfuté par tous les hommes : car il
• n’y en a point qui ne croie être en droit de se con-
• server par toute voip., quand il est attaqué par « une injuste violence Voilà donc non-seulement tout le peuple ou une partie du peuple, mais encore tout particulier , légitimement armé contre la puissance publique, et en droit de se défendre contre eWepar toute voie t sans rien excepter, ni même ce qui fait le plus d’horreur à penser. M. Jurieu nous parle ici des flatteurs des princes, et il ne songe pas aux flatteurs des peuples. Tout flatteur, quel qu'il soit, est toujours un animal traître et odieux : mais s'il fallait comparer les flatteurs des rois avec ceux qui vont flatter dans le cœur des jieiiples ce secret principe d’indocilité et celte liberté farouche qui est la cause des révoltes , je ne sais lequel serait le plus honteux. M. Jurieu a pris le dernier parti ; et on ne |)cut pas plus bassement ni plus indignement flatter la populace, que de prodiguer, je ne dis pas à tout le peuple, mais encore à une partie et jusqu'aux particuliers, le droit d’armer contre le prince. Mais cela suit nécessairement du principe qu’il pose. • C’est en vain , dit-il*, qu'on raisonne
• sur les droits des souverains : c'est une que.stion
■ où nous Dévouions pointentrer; mais il faut savoir « seulement que les droits de Dieu, 1rs droits du « peuple et les droits du roi sont inséparables. Le « bon sens le démontre : et par conséquent un «I prince qui anéantit le droit de Dieu ou celui des
■ peuples, par cela même dneantitsespropresdroits.» De cette sorte, il n'est donc plus roi : ou ne lui doit plus de sujétion; car, poursuit le séditieux ministre^, " on ne doit rien à celui qui ne rend
• rien à personne, ni à Dieu, ni aux hommes. • On ne peut pas pousser plus loin la témérité; et c'est à la face de tout l'univers renouveler la doctrine tant detestee de Jean Viclef et de Jean Hus, qui disent qu'on n'a plus de sujet , dès qu’on cesse soi-méme d'étre sujets à Dieu. Voilà comme le ministre* ne veut pas entrer dans cette question (fu droit des rois, pendant qu'il décide si hardiment contre ces droits sacrés. Un reste de conscience le retenait , et il n'osait entrer dans une matière où il se sentait des opinions si outrées; mais à la fin il est entraîné par l'esprit qui le possède, et il décide contre les rois tout ce qu’on peut avancer de plus outrageant : car il conclut hardiment de son principe,
' un. Il , p. 67. - * ihd. — * nid.
CINOUIÈME AVEUTISSEMENT
que 1rs chn^tions sujets de Kemptre romain pouvaient résister par li^s armes à Dioclcllen, • puisque » dit- « U, si leurs empereurs^ four toute autre c \u$e « que pour celle de religion « les eussent opprimés « de la même manière, ils eussent été en droit de « se défendre. • Pesez ces mots, powr toute autre catt*e : ce n'est pas seulement la cause de la religion et de la conscience qui arme les sujets contre les princes , c'est encore toute autre cause : et qu’eslce qui n'est |ias compris dans des expressions aussi générales? Voilà l'esprit du ministre; et bien que, rougissant de ses excès , il ait tâché d’apporter ailleurs de faibles tempéraments à ses séditieuses ma.\imes, son principe subsiste toujours : mais , par malheur pour sa cause, ces chrétiens si opprimés sous Dioclétien , loin de songer à cette défense, qu'on vent leurrendre légitime, ont dcineuli toutes les raison dont on l'autorise, non-seulement par leurs discours, nuiis encore par leur patience; et on peut dire qu'ils n'ont pas moins scellé de leur sang les droits sacrés de routorilc légitime, sur lesquels Dieu a établi le repos du genre humain, que la foi et l’Evangile.
Et il ne faut pas s'imaginer que le ministre en veuille seulement aux rois. Car son principe n’attaque pas moins toute autre puissance publique, souveraine où subordonnée, quelque nom qu’elle ait, et en quelque forme (|u'clle s'exerce; puisque ce qui est permis contre les rois le sera par conséquent contre un sénat , centre tout le cx>rps des magistrats, contre des états, contre un parlement, lorsqu’on y fera des lois qui seront, ou <)u'on croira être contraires à la religion et à la sOreté des sujets. Si on ne peut réunir tout le peuple contre cette assemblée ou contre ce corps, ce sera assez de soulever une ville ou une province, qui soutiendra non pl'us que le roi, mais que les juges, les magistrats, les pairs, si l’on veut, et même ses députés, supposé qu’elle en ait eu dans cette assemblée, en consentant h des lois iniques, ont excédé le pouvoir que le peuple leur axait donné; ou en tout cas qu'ils en sont déchus, lors(ju’ils ont manqué do rendre à Dieu et au peuple ce qu'ils leur devaient. Voilà justju'où M. Jurieu pousse les choses par ses séditieux raisonnements. Il renverse toutes les puissances, et autant celles qu'il dé^fend que celles qu'il attaque. Ce principe de rébellion, qui est caché dans le coeur des peuples, ne peut être déraciné qu'én ôtant Jusque dans le fond, du ?nnins aux particuliers en quelque nombre qu'ils soient, toute opinion qu'il puisse leur rester de la force, ni autre chose que les prières et la patience contre la puissance publique.
Au reste, notre ministre se toiirnienle en vain à prouver que le prince n’a pas le droit d’opprimer les (leuples ni la religion. Car qui jamais n imaginé qu’un tel droit pdt se trouver parmi les hommes, ni qu'il y eût un droit de renverser le droit même , c'est-à-dire , une raison pour agir contre la raison ; puisque le droit n'est autre chose que la raison même , et la raison la plus certaine , puisque c’est (a raison reconnue par le consentement des hom-
mes? Ainsi, quand le ministre veut prouver qu'on n'a pas le droit de mal faire, parce que le peujde, d'où vient tout le droit, n’a pas celui-là, et ne peut donner cc qu'il n'a pas; il parlerait plusjusleet plus à fond, s'il disait qu’il iie peut donner ce qui n'est pas. I/état donc de la question est de savoir, non pas si le prince a droit de faire mal, ce que |>ersonne n'a jamais rêvé; mais en cas qu'il le fit et qu'il s'éloignât de la raison, si la raison permet aux particuliers de prendre les armes contre lui; et s'il n'est pas plus utile au genre humain qu'il ne reste aux particuliers aucun droit contre la puissance publique. mlni.stre, qui soutient le contraire, a beau alléguer pour toute autorité un endroit de Grotius , où il permet dans un Etat à la partie aflligée de se défendre contre le prince et contre le tout , et n'excepte, je ne sais pourquoi , de celte defense , que U cause de la religion. « Je n'ose pres<|ue , • dit cet auteur * ( il parle en tremblant, et n'est pas ferme en cet endroit comme dans les autres ) ; « je n'ose , dit-il , pre-sque « condamner les particuliers, ou la plus petite par- « tie du peuple qui aura usé de cette defense dans « une extrême nree^Ué, sans perdre les égards • qu'on doit avoir pour le public. « M. Jurieu a pris de lui les exemples de David et des Macbabôes, dont nous lui avons démontré l'inutilité. Après qu'on lui a été les preuves que Grotius lui avait fournies, on lui laisse à examiner à lui-même si le nom de cet auteur lui suflit pour appuyer son sentiment, pendant que raiitorité et les exemples de l'Eglise primitive ne lui suffisent pas. Four moi, je soutiens sans hésiter que c'est une contradiction et une illusion manifeste, que d'armer, avec Grotius, les particuliers contre le public, et de leur imposer en même temps la condition d'y avoir égard; car c’est brouiller toutes les idees et vouloir allier les deux contraires. î.evrai égard pour le public, c’est que tout particulier doit lui sacriliersa propre vie. Ainsi, sans nous arrêter au sentiment ni à la timidité d'un auteur habile d'ailleurs et bien intentionnd, mais qui n’ose en cette occasion suivre ses propres principes, nous conclurons que le seul principe qui puisse fonder la stabilité des États, c’est que tout particulier, nu hasard de sa propre vie, doit respecter l'exercice de la puissance légitime et la forme des jugements publics; ou, pour parler plus clairement, qu 'aucun particulier ou aucun sujet, ni par conséquent quelque partie du peuple que ce soit (puisque cette partie du peuple ne peut être, à l'égard du prince et de l’autorité souveraine, qu’un amas de particuliers et de sujets), n’a droit de défense contre la puissance légitime; et que poser un autre principe, c'est, avec M. Jurieu, ébranler le fondement des États, et se déclarer ennemi de In tranquillité publique.
J’ai aciievé ma démonstration , et la réforme est convaincue d’avoir eu dès son origine un esprit contraire à l'esprit du christianisme et à celui du martyre; à quoi on peut ajouter les assassinats concertés visiblement dans le parti , tel qu'a clé celui
• Or Jure belli et paett , lib. I , Oi , N. 1.
SUR LES LETTRES DE M. JURIEU
de François, duc de Guise. Jurieu voudrait faire entendre que ce sont ici des choses rebattues qu'il ne faudrait plus retoucher : ce qui serait peut-être véritable, si l'Histoiredes Variations ne lesavaîtpas établies par des preuves incontestablesqui n’avaient jamaisétéassezrelevées*. Elles n’ftaient pourtant pas fort cachées, puisqu'on les a prises dans Rèze. dans les autres auteurs du parti, et dans une déclaration signée de Bèze et de l'amiral, et envoyée à la reine. Voici donc les faits avoués par la réforme : qu'on y parlait publiquement, dans les prêches mêmes, du duc de Guise, comme d'un ennemi dont il était à souhaiter que la réforme fiU bientôt défaite ; qu'aussi Poltrot ne se cacha pas du dessein qu'il avait con<^ii de Tassassiner a quelque prix que ce fût, et qu'il en parlait hautement comme d'une chose certainement approuvée; que ce scélérat n'était pas le seul dans l’année qui s’.expiiquât d'un tel dessein; mais que d'autres en parlaient de même , au vu et au su des généraux et des ministres, tant il pas.sait pour constant qu’on approuvait cet attentat ; qu’en effet , loin de reprendre Poltrot ou les autres dont on connaissait les mauvais desseins, les ministres les laissaient agir, et continuaient leurs prêches scandaleux contre le duc; que l'amiral demeure d’accord qu'il a su tout le complot; qu'il n'en a pointdétourné l'atitetir ; qu'il a même approuvé ce noir dessein, dans le temps et les circonstances où il fut exécute ; qu’il a donné de l'argent à l'assassin pour l'aider dans son entreprise , et faciliter sa fuite ; que lui et les autres chefs du parti l’encournseaient par des réponsesadroites, qui, sous prétexte de refus, portaient dans son cœur une secrète et puissante instigation à consommer l'entreprise, comme d'Aubigné, témoin oculaire et Irréprochable d'ailleurs, le raconte dans son Histoire*; qu'on lui parlait en effet de vocations extraordinaires, pour lui laisser croire que l'instinct qui le poussait à ce noir assoissinal était de ce rang ; que Uèze nous le représente comme un homme poussé de Dieu par un secret mouvement, dans le moment qu’il lit le coup; et que, lorsqu'il fut accompli , la joie eu éclata jusque dans les temples avec des actions de grûces et uu ravisseanent si universel, qu’on voyait bien que chacun, loin de détester l'action, à quoi personne ne pensa, s’en fût plutôt fait honneur. Voilà les faits établis dansTHistoiredes Variations par des preuves si concluantes, que le ministre ii’a pas seulement osé les combattre. Qui ne voit donc {|uel esprit c'était que l’esprit du christianisme réformé.^ Et que voit-on de semblable dans toute l’histoire du vrai et ancien christianisme? On n’y voit pas aussi des prédictions comme celles d’Anne du Bourg, ce martyr tant vanté dans la réfonne^ , ni celte nouvelle manière d’accomplir les propliéties par des meurtres bien concertés. Tous ces faits, soutenus par des preuves invincibles dans l'Histoiredes Variations, sontdemeurés et , quoi qu'on eji dise , demeureront sans répliques; ou les répliques, je le dis sans crainte, achèveront la conviction. On en pourrait
• /'rtf. Uv. X. — • f'ar. ibhl. D'Àub. i. i, /w. tu, c. 17, I*. 170. — • far. Itv. I.
aoi
direautantde l’assassinat commis hautement par les ministres puritains en la personne du cardinal Béton, sans même trop se soucier de le déguiser. L'histoire en est trop connue pour être ici répétée. Quelle espèce de réformateurs et de martyrs a produits ce nouvel Evangile ! Mais la haine, le dépit, le désespoir, et tout ce qu’il y a de plus outré dans les passions humaines , jusqu'à la rage , que les auteurs du parti et M. Jurieu lui-même nous font voir dans le cœur des réformés, ne pouvaient pas produire d’autres fruits.
Leux de nos frères errants qui sont de meilleure foi dans le parti , et se sentent le cœur éloigné de ces noirceurs, ne doivent pas croire que j’aie dessein de les leur imputer. A Dieu ne plaise ! le poison même ne nuit pas toujours également à ceux qui l’avalent. Il en est de même de l'esprit d’un parti; et je connais beaucoup de nos prétendus réformés, Irès-éloignés des sentiments que je viens de représenter. S’ils veulent conclure de là que ce ne soit pas là l'esprit de la secte, c’est à eux à examiner ce qu’ils auront à répondre aux preuves que Je produis. Que s'ils u’ont rien à y répoiitlre, non plus que M. Jurieu, qu'ils rendent grâces à Dieu de les avoir préservés de toutes les suites des maximes du parti; et, poussant encore plus loin leur reconnaissance , qu'ils se désabusent enlin d’une religion où aoiis le nom de réforme on a établi de tels principes et nourri de tels monstres.
On demandera peut-être comment il peut arriver qu’on accorde ces noirs sentiments avec l'opinion qu’on a d'être réformé et iT>ême d’être martyr. Mais U faut montrer une fols à ceux qui n'entendent pas ce mystère d'iniquité et ces profondeurs de Satan ; il faut, dis-je, leur montrer, par un exemple terrible , ce que peut sur des esprits entêtés la reformalion prise de travers. Les donatistps s’étaient imaginé qu’ils venaient rendre à l'Eglise sa première pureté; et celte prévention aveugle leur inspira tant de haine contre l’Eglise, tant de fureur contre ses ministres, qu'on n'en peut lire les effets sans étonnement. Mais ce que je veux remarquer, c'est l'excès où ils s’emportèrent , lorsque , réprimés par les lois des empereurs orthodoxes, ils mirent tout l'avantage de leur religion en ce qu’elle était persécutée, et entreprirent de donner aux catholiques le caractère de persécuteurs. Car iis n'oublièrent rien pour forcer les empereurs à ajouter la peine de mort à la privation des assemblées et du cuite, et aux cliàtiments modérés dont on se servait pour tâcher de les ramener. I/Cur fureur, dit saint Augustin longtemps déchargée contre les catholiques, so tourna enfin contre eux-méines : ils se donnaient la mort qu’on leur refusait, tantôt en se précipitant du haut des rochers, tantôt en mettant le feu dans les lieux où ils s’étaient renfermés. C’est ce que fit un évêque nomme Gaudencc ; et après que la charité des callioiiques l’eut einpêclvé de périr, avec uns
■ Aug. Kltitl. CLXMll, M. 6;O.XXXV, H. 13; CCJV, R. Si /. H, cat. flii , fil7, 767. Rrtract. lit. U, cap. 50 ; tnm. i,. ftA. <$l. Centra iiaudtHl. lit- \ , n.tà et lom. ix , eol. Ml et »cq.
196 CINQUIEME AVERTISSEMENT
{Mrtie de son peuple , dans une entreprise si pleine de fureur, il fit un livre pour la soutenir. Ce que ce livre nous découvre , c'est dans l'esprit de la secte un aveugle désir de se donner de la gloire par une circonstance outrée, et h la fois de charger l’Église de la haine de tant de morts désespères, comme si on y eût été forcé par ses mauvais traitements. Voilà qui est incroyable, mais certain. On peut voir, dans cet exemple, les funestes et secrets ressorts que remuent dans le cœur humain une fausse gloire, un faux esprit de réforme, une fausse religion, un entêtement de parti, et les aveugles passions qui raccompagnent : et Dieu , en lâchant la bride aux fureurs des hommes, |>erniet quelquefois de tels excès , pour faire sentir à ceux qui s'y abandonnent le triste étal où ils sont , et ensemble faire éclater combien imiueuseest la différence du courage forcené que la rage inspire, d'avec la constance véritable, toujours réglée, toujours dniire, toujours jiaisible, et soumise aux ordres publies , telle qu'a été celle des martyrs.
De la soureratneté du jKuple : printi!>e de la pofi-
tique de M. Jurieu : profanation de l’Écriture
pour r itablir.
La politique de M. Jurieu, à la traiter par raisonnement , nous engagerait à de trop longs et de trop vagues discours : ainsi , sans vouloir entrer dani cette matière, et encore moins dans la discussion de tous les gouvernements, qui sont infinis, j’entreprends seulement d’examiner le prodigieux abusque ce ministrefaitde l'Écriture, quand il s’en sert pour faire dominer partout une es()èce d'état populaire qu'il règle à sa mode.
Il traite cette matière dans ses lettres xvi , xvii cl XVIII ; et apres avoir consumé le temps à plusieurs raisonnements et distinctions inutiles, il vient enfin à s’en rapporter à l'Ilisloirc sainte , nonseulement comme à la règte ta plus certaine , niais encore comme à la seule qu'on puisse suivre : « puisqu’il n'y a, dit-ii ' , que les autorités divines « qui puissent faire quelque impression sur les es-
• prits. • C’est aussi par là qu’il se vante de pouvoir montrer qu'en toutes sortes de gouvernements le peuple est le princiiKil souverain , ou plutôt le seul souverain en dernier ressort ; puisque la souveraineté y demeure toujours, noii-sculcnu'iit comme dans sa .source, mai.s encore comme dans lejireniieret principal sujet où elle réside. Voici par où le ministre commence sa preuve.
a Dieu, dit-il*, s’etait fait roi, comme îmmétiiat,
• du peuple hébreu : et celte nation , durant envim fon trois cents ans , n'a eu aucun souverain sur
• terre, ni roi, ni juge souverain, ni gouverneur. » II n’y a rien de tel que de trancher net ; et cela donne un air de savant, qui éblouit un lecteur. Mais je demande à M. Jurieu : Que veulent donc dire ces paroles de tout le peuple à Jusué : Vouj! vous obéirons en toutes choses, comme nous arons obéi à Moïse : qui ne vous obéira pas mourra^? Ce qui
• L«H tvii, p. 131, l». — * /Wd P- 131. - * h$. I, 17, 18.
prouve la suprême autorité, non-seulement en U personne de Moïse, mais encore en«eile de Josué. Est-ce là ce qu'on appelle n’avoir aucun juge ni magistrat souverain.^ I^es autres juges, que Dieu suscitait de temps en temps, n'eurent ps une moindre autorité, et il n’y avait point d'appel de leurs jugements. Oux qui ne déférèrent pas à Gedéon furent punis d’une mort cruelle'. Samuel ne jugea ps seulement le puple avec une autorité que personne ne contredisait; mais il donna encore la même autorité à ses enfants* : et la loi même défendait, sous pine de mort , de désobéir au juge qui serait établi ^ C’est donc une erreur grossière de vouloir nous dire que le peuple de Dieu n'eut ni juge souverain ni gouverneur durant trois cents ans. Il est vrai qu'il n’y avait pint de suceexsioii réglée : Dieu purvoyait au gouvernement selon les l)esoin8; et encore qu’il soit écrit qu’en un certain temps, et avant qu’il y eût des rois, chacun faisait comme il voulait^, il en est bien dit autant du temps de Moïse* ; et cela doit être entendu avec les restrictions qu’il n'est pas ici question d’examiner.
Cet état du peuple de Dieu sous les juges est plus imprtant qu’on ne pense : et si M. Jurieu y avait pris garde, il n'aurait ps attribué au puple l’établissement de la royauté au temps de Samuel et de Saùl. • Quand, dit-il^, le puple voulut avoir un « roi , Dieu lui en donna un. Il üt ce qu’il put p<nir « l’en détourner ; le peuple prsévéra , et Dieu céda. « Qu’est-ce que cela signifie, sinon que l’autorité « des rois dépnd des peuples ; et que les peuples « sont naturellement maîtres de leurgouvernement, « pur luidonner telle forme que bon leur semble? ■ Je le veux bien , lorsqu'on imaginera un peuple dans l'anarchie : mais le peuple hébreu en était bien loin, puisqu’il avait en Samuel un magistrat souverain; et c’est a M. Jurieu une erreur extrême et d'une extrême conséquence , que de vouloir rendre le peuple maître de son sort en cctétat. Aussi, loin d’entreprendre de se faire un roi, ou de changer par eux-mêmes la forme de ce gouvernement, ils s'adressent à Samuel , en lui disant : • Vous êtes • Agé, et vos enfants ne marchent pas dans vos « voies : établissez-nous un roi qui nous juge, comme « en ont les autres nations?. > Ils en usèrent d’une autre inanicrecnvers Jephté. / 'eues, lui dirent-ils •, et soyez notre prince; pree qu’alors la judicature, pour prier ainsi, était vac;mte, et le peuple pavait dispser de sa liberté : mais il ne se sentait p.ii en cet état sous Safiiuel; et c’est aussià lui qu'ils s’adressent pour changer le gouvernement. Ijo même peuple avait dit autrefois à Gédéon : Domi» nez sur nous, vous et votre fds ^ : ou, s’ils semblent vouloir dispser du gouvernement sous uii prince déjàétibli, il faut rem.irquer que c’élail en sa faveur; pisqiie, loin de lui ôter son autorité, ils ne voulaient que l’augmenter et la rendre héréditaire dans sa famille. Et néanmoins ce n'etait ici qu’une simple propsition de la part du peuple à Gédéon
• Jud. VUI.aS. — vil, JS.TIII, I.—* D<Mt. XVII. IX — 4 Jtid. x'ii, 8. xvin, I . eu. — * Dent, xii, H. — • Lett. S«ll — ' I. VIII, t, S. — 8 Jud. XI, fl. - 9 Ihid. VIII, XI-
SUR LES LETTRES DE M. a'RIEU.
même; et pour avoir son effet, on peut dire qu'il y fallait non-seulement l'acceptation, mais encore l'autorisation de ce prince : à plus forte raison la fallait-il pour dter au prince même son autorité. (Test pourquoi le peuple eut raison de s’adresser à Samuel , en lui disant ; iltabtissrz-nous un roi • ; et Dieu même reconnut ledroit de Samuel, lorsqu'il lui dit : Écoute la voix de ce peuple , et établis vn roi sur eux'\ et un peu après, Samuel parta en cette sorte au peuple , qui lui demandait un roi ^ : c'était donc toujours à lui qu'on le demandait. Que si Samuel consulte Dieu sur ce qu'il avait à faire, il le fait comme chargé du gouvernement, et à la même manière que les rois l'ont fait en cent rencontres. Ce fut lui qui sacra le nouveau roi 4, ce fut lui qui ût faire au peuple tout ce qu'il fallait, qui fit venir les tribus et les familles les unes après les autres, qm leur appli<|tia le sort que Dieu avait choisi comme le moyeu de déclarer sa volonté sur celui qu'il destinait à la royauté ; et tout cela, comme U le déclaré, en exécutiou de la demande qu'ils lui avaient faite : Donnez-nous un roi. M. Jurieu brouille encore ici à son ordinaire : « Le sort , dit-
• il*, est une espèce d’eleiiion libre; car encore « que la volonté ne concoure pas librement au choix « du sujet sur lequel le choix tombe, elle concourt « librement à laisser faire le choix au sort, et à con- « Armer ce que te sort a fait : • fausse subtilité, que le texte sacré dément, puisque le sort n'est pas ici clioisi par le peuple, mais commandé par Samuel. Aussi, lorsque le sort se fut déclaré, et que Saül eut paru , Samuel ne dit pas au peuple : Voyez celui que vous avez choisi ; mais il leur dit : f 'oyez relui que le Seigneur a choisi^ \ par où aussi s'en vn en fumée l'imagination du ministre, qui voudrait nous faire accroire que Dieu avait laissé au peuple la liberté ou l’autorité de confirmer ce que le sort acait fait : au lieu que , sans demander sa confirmation ni son suffrage, Samuel leur dit décisivement, comme on vient d'entendre : f'oità le roi que le Seigneur tous a donné. Ce fut encore Samuel qui déclara à tout le peuple la loi de la royauté t et In fit rédiger par écrit, et ta mit devant te Seigneur T. Le peuple en tout cela ne fait qu'obéir aux ordres qui lui sont portés en cette occasion , comme dans toutes les autres , par son magistrat légitime; et l'obéissance est si pou remise à Indiscrétion du peuple, qu'au contraire il est écrit en termes formels. qu'iV n‘y eut que tes enfants de Bélial qui méprisèrent Saüi* ; c'est-à-dire qu'on ne pouvait résister que par un esprit de révolte.
Il faut donc déjà rayer ce grand exemple, par lequel M. Jurieu a voulu montrer indéfiniment que le peuple fait les rois, et qu'il est en son pouvoir de changer la forme du gouvernement. Tout le contraire paraît : mais le ministre, qui, comme on voit, réussit si mal dans l’exemple du premier roi, qui était Saül, ne raisonne pas mieux sur le second, qui fut David. « Dieu, dit-il9, avait fait oindre
» I. Rtg. VIII, S. — • Ibid. W. — * Ibid. 10 , 21 — ' Ibid. 1. 1, rtc. — * Lett. XTii. # I. Rey. x, *4.— > Ibid. 16. -
• Ibid. 17. — • Lett. xvu , p. Itl. *
« David pour roi par 5»amuel : cependant il ne tou- « lut point violer le droit du peuple pour l'électioa « d'un roi; et nonobstant ce choix que Dieu avait « fait David eut besoin d’élre choisi par le peuple. » Voici un étrange théologien, qui veut toujours qu’un homme que Dieu fait roi ait encore besoin du peuple pour avoir ce titre. La preuve en est pitoyable : • C'est |K>urquoi , dit-il , David monta en • Hébron, et ceux de Juda vinrent, et oignirent ■ là David pour roi sur la maison de Juda*. » Mais qui lui a dit que ce n’est pa.s là une Installation et une reconnaissance d’un roi déjà établi , ou tout au moins déjà désigné de Dieu avec un droit certain à la succession? puiscjue, comme nous l’avons vu , tout le peuple et Saül lui-même, aussi bien que Jonûlhas son fils aîné , l'avaient reconnu ; et David se porta tellement pour roi , incontinent après la mort de Saül , que comme roi il vengea son prédécesseur», et récompensa ceux de Jabès Galaad*. Il paraît même que tout Israël l'aurait reconnu , sans Abner, général des armées sous Saul , qui fit régner hboseth ,fits de ce prince , sur les dix tribus 4.
Le ministre veut qu’on croie qu'Isboseth fut roi légitime, parce que les dix tribus lui avaient donné la puissance souveraine, e/ que les peuples sontleg maîtres de leur souveraineté , et ta donnent à qui bon leur semble^. Quoi! contre l'ordre exprès de Dieu, qui avait donné à David tout le royaume de Saül ? C'en est trop, et le ministre s'oublie tout-àfait : mais voyons encore quelle fut la suite de ce choix de Dieu. Lorsqu’Abner voulut établir le règne de David sur les dix tribus , il lui fait parler en cette sorte : .4 qui est ta terre j si ce n'est à vous? Entendez-vous avec moi, et je vous raménercà tout Israël^ -, comme on ramène le troupeau à son pasteur et des sujets à leur roi. Mais que dit-il encore aux principaux d'Israël qui reconnaissaient Isbosetli ? Hier et avant-hier vous cherchiez David, afin qu'il régnât sur rousi. Il y avait sept ans quTbboseth régnait; et on voit jusqu'aux derniers jours, dans li^s dix tribus qui le reconnaissent, un perpétuel esprit de retour à David comme à leur roi, et à un roi que Dieu leur avait donné, ainsi qu'Abner venait de le répéter * ; ce qui fait voir qu'ils ne demeuraient sous Isboselh que par force, à cause d' Abner et des troupes qu'il commandait. Aussi, dès la première proposition , tout Israël et Benjamin même, qui était la tribu d'Isboseth, consentirent à se soumettre à David comme à leur roi légitime ; et Abner leur dit : J’amènerai fout Israël au roi mon Seigneurs. On sait la suite de l'bistoire, et comme les deux capitaines qui commandaient la garde d'Isboseth en apportèrent la tête à David : on sait aussi que* David leur rendit le salaire qu'ils méritaient, commeil avaitfaitàl’Anialécite qui s'était vanté d’avoir tué Saül ; car il les fit mourir sans miséricorde, comme il avait fait celui<i : mais le discours qu’il tint à l'un et aux autres fut bien different; puisqu'il dit à l'Amalécite
*II . Rff. II. î. 4. - » II. Reg. i. IS, IS, ta. - • Ibid, ii, S, 7. — * Ibid.n,9. — »/wr.lbM. — ' II. Jt#g. m, ts. — 'Ibid. 17. - • /6M. 18. - » /SmI. 19,80,91. - ' Ibid. IT, 9,8.
CINQUIÈME AVERTISSEMENT
qui se vanUit d'avoir tué Saül ; « Comment n\is « tu pas cniint de mettre In main sur l’oint du Sei*
« gneur pour le tuer? son sang sera sur ta tête ,
« parce que tu as osé dire : J'ai tué l'oint du Sei-
• gneur • Parla*t-il delà même manière aux deux capitaines qui se vantaient d'avoir fait un sembla* bie traitement à IslMsetli? Point du tout. • Vive
• le Seigneur, leur dit-il *, j'ai fait tuer celui qui « pensait m'apporter une agréable nouvelle en me « disant : Saül est mort de ma main : combien plu- « tôt punirai-je deux scélérats qui ont tué sur son
• lit un homme innocent ! > Il n'oublie rien, comme on voit, pour exagérer leur crime. Mais reprochet-il à ces traîtres, comme il a fait à l'Amalécitc, qu'ils avaient attenté sur l'oint du Seigneur? leur dit-il du moins qu'ils ont fait mourir leur légitime seigneur? Rien moins que cela. Il reproche à TAmalécite d'avoir versé le sang d'un roi ; et à ceuxci d'avoir répandu celui d'un homme Innocent a leur égard, qu’ils avaient tué dans son lit, sans qu'il Ûl de mal à personne, et qui môme, à le prendre de plus haut, ne s'était mis sur le trône qu'à la persuasion d'Abner, avec une prétention vraisemblable, et, comme nous parlous, avec un titre coloré, puisqu'il était (ils de Saül. M. Jurieii ne voit rien de tout cela ; et au lieu qu'il faut tout peser dans un livre aussi précis et aussi profond , pour ne pas dire aussi divin que l'Écriture, il marche toujours devant lui , entêté de la puissance du (>euplc, dont à quelque prix que ce soit il veut trouver des exemples , et croit encore avoir tout gagné quand il nous demande si l'Écriture traite le fils de Saül de roi iltégitime , ou les dix tribus de rebelles^ ^ pour s'étre soumises à son empire. Comme si nous ne pouvions pas lui demandera notre tour si l'Écriture traite de rebelles les mêmes tribus, lorsqu’elles se soumirent à David. Pouvaient-elles abandonner Isbuselh, si c'était tm roitfils de roi et héritier légitime de son ;>érc , élu selon le droit de toutes les couronnes sucressires, comme parle M. Jgrieu? Mais David est-il traité d'usurpateur pour avoir dépossédé un roi si légitimement établi? Car assurément un roi légitime ne peut être abandonné sans félonie; et David n'aurait pu le dépouiller sans être usurpateur. Il le serait donc, selon le ministre, en recevant Abnerel les dix tribus sous son obéissance ; pendant qu'Isboseth leur roi légitime vivait encore. Or bien certainement ni les dix tribus ne furent infidèles en se soumettant à David, ni David sacré roi par ordre de Dieu n'a été usurpateur ni tyran. Qui ne voit donc qu'il faut dire nécessairement que David était le roi légitime de tout Israël, et qu'on n'avait pu reconnaître Isboseth que par attentafou par erreur?
Je ne sais plus cc qu'on peut penser de ce ministre après de tels égarements : mais voici un troisième exemple qui met le comble â ses erreurs. Le rebelle Absalom était défait et tué : mais David n'osait se fîer à un peuple ingrat, où la crainte d’être puni de son infidélité pouvait eucorc entretenir i‘es-
* U Hty. 1, 14, l«. - MI. Reg. iv, 9^10, K. — Vtr.ibiJ.
prit de révolte. Kn effet, le.s rebelles effrayés, au lieu de venir dentander pardon au roi , et se ranger comme ils devaient sous ses étendards, s’etaieut retirés dans leurs maisons avec un air de mécontentement'. Quelques-uns parlaient pour David, mais trop faiblement encore; et le mouvement fut si grand, qu'un peu après , Séba , fils de Rochri , souleva te peuple ; de manière que, si on ne se füldépéché de l’accabler , celle dernière révolte eût été plus dangereuse que celle d'Absalom Avant donc que de retourner à Jérusalem, David voulut reconnaître la dispn.sition du peuple, et fui.sait parler aux uns et aux autres pour les rappeler à leur devoir. Il n’en faut pas davantage pour faire dire au ministre que
• David ne voulut remonter sur le trône, que par
• la même autorité parlaquellc il y était première-
• ment monlt*^, »c’est-à-dire , par celle du i>euple. Mais, quoi I David n'était-il pas demeuré roi malgré la relvellion , et Absalom n'était-il pas un usurpateur? • Oui, dit M, Jurieu, c'était un infâme R usurpateur, et le peuple était rebelle. • Qu'attendait donc David, selon ce ministre? Avait-il besoin de l'aii/onVéd'un peuple rclK'Ile pour se mettre sur son trône et rentrer dans son palais? Non, sans doute: et il est visible que s'il différait, c'était pour mieux assurer les choses avant que de se remettre entièremententreles mains des rebelles. Mais cette raison est trop naturelle pour notre ministre.
• David, dit-il *, aimait mieux avouer, parcettecon- « duite , que les peuples sont mpltre.s de leurs cou-
• ronnes , et qu'ils les ôtent et qu'ils les donm'nt à « qui ils veulent. « Quoi ! même des peuples rebelles ont tant de pouvoir, et sous un roi légitime? et dans un attentat aussi étrange que celui d'un Gis contre un père, il fallait encore adorer le droit du peuple? N*edt-ce pas été flatter In rébellion au lieu de l'éteindre, cl soulever un peuple qu’il fallait abattre? Le ministre ne rougit pas d'un tel excès. Il en est averli par ses confrères : mais au lieu de s'en corriger il y persiste : c’est que le peuple a le rfro//, dit-il et quoiqu'il en ait abusé, en sorte que ee qu'il a fait soit un attentat manifeste , qui par conséquent le rend punissable, et rend du moins ce ce qu’il a entrepris de nul effet, il faut respecter cet attentat : un prince chassé, mais ù la fin victorieux, n'osera user de son droit qa'avec le consentement et l'autorité des rebelles; et au lieu de les punir, il faudra encore qu'il leur demande pardon de sa victoire. Voilà, mes frères, les maximes qu'on vous prêche ; voilà comme on traite rÉcriturc sainte. Où en sommes-nous, si on écoute de tels songes?
Je trouve un quatrième exemple dans la lettre xviii'*. * La couronne, dit le ministre^, appartc- « liait à Adonlas plutôt qu'à Salomon, car il était « l'utné ; cependant le peuple la transporta d'Ado-
• nias à Salomon. » S'il voulait bien une seule fois considérer les endroits qu'il cite, il nous sauverait la peine de le réfuter. Encore lui pardor.nerais-je, s’il y avait un seul mot du peuple dans tout le récit de eeUeaffaire . niais, quoique l'Histoire sainte la ra-
* n. Rtg. xn, 0. — * Ihià. XI, fl. — » Lrti. xvii. p. l'î. - • Ibui. - » Lrtl. XXI, p. I«7. — * xvm. p. ik».
SUR LES LETTRES DE M. JURIEU
conte dans tout le ilôtaii « on y voit au contraire que Hcthsabfc dit à David ' : ■ O mon sei$;neur et mon
• roi, toute la maison d‘Uroël attend que vous dé- « claricz qui doit ^tre assis après vous dans votre
• trdnr. ■ On voit donc, loin de décider , que le peuple Otait dans l'attente de la volonté du roi. Le roi en même temps donne ses ordres et fait sacrer vSaloinon * : « Qu'on le mette , dit-il, dans mon Ird « ne , et qu'on me l’amène ; et je lui eommauderai
• de résner. » A l’instant tout le parti d’/\donias fut dissipé ; et Abiathar vint lui dire : « Le roi I)a-
• vid, notre souverain seigneur, a étabti Salomon « roi*. «Dès qu’on vit qu* Adoniasvoiilall régner, le prophète Nathan vint dire a David : « roi mon
• seigneur a-t-il ordonné qu'Adonias régnât après ■ lui.^ • El encore : « Cet ordre est-il venu du roi « mon seigneur? et que n'a-t-il déclaré sa volonté à « 5ion serviteur ^ ? • On ne songeait pas seulemenl que le peuple eiU à se mêler dans cette affaire, et l'on n’en fait nulle mention.
cinquième et dernier exemple est celui des Machahées. «Qui, dit-on*, a trouvé à redire à ce que
• lirctit les Juifs, nprè.s avoirsecoué lejoug des rois
• de Syrie? Pourquoi* au lieu de donner b cou- « runne aux Machabées, ne la rendirent-ils pas à la - famille de David? * La réponse* n’est pas diflieile. Il y avait quatre cents ans et plus, non-seulement que le sceptre était sorti de la famille de David, mais encore que sou trône était renversé, et le royaume as.sujetli à un autre peuple. Les rois d'Assyrie, les rois de Perse, les rois de Syrie eu avaient pre.scrit b possession contre b famille de David, qui avait cessé de prétendre à la royauté depuis le temps de Sédéebs ; et on n’espérait plus le rétablissement du royaume dans b mai.son de David (|u'au temps du Messie. Ainsi le |>eupte affranchi avec le consentement des rois de Syrie , ses derniers maîtres , pouvait, sans avoir égard au droit prescrit et abandonné de b maison de David, donner l'etnpire à celle ties Asmonéens, qui avait déjà le souverain sacerdoce. Que si on venait à dire, quoique san.s aucune app.ircnce, qa'il n’y a point de prescription contre les fjRiitles royoic.s, ni en particulier contre celle de David, à couse des promesses de Dieu, il s'ensuivrait de là que les Romains auraient été des usurpateurs, et que lorsque Jésus-Christ a dit, /tendez a César ce qui est a César, il aurait jugé pourl’tisurpaleiir contre sa propre famille et contre luimême, puisqu'il était constammmit le (Ils de David. Concluons donc qu’à ne regarder que l’empire temporel de la famille de David, b prescription avait lieu contre elle, que le trône n’en devait être éternel que d’une manière spirituelle en b personne du Oirist; et qu’en attendant sa venue, le peuple IHHivait se soumettre aux Asmonéens.
Voyons si votre ministre sera plus heureux à résoudre les objections, qu'à nous proposer ses maximes et ses exemples. On lui objecte ce fameux passage , où , pour détourner le peuple du dessein d'avoir un roi, Dieu parle ainsi à Samuel : • Ra-
•ItT. Urg. I, 20. — * 3» et irq. — * Ibid. 4t. — * Ibid.