î pr^j. Conc. ConJ. A»g m i*r/. i. ;» lf
DES VARIATIOiNS, LIV. III.
corporellement, et que c’était le sentiment aneirn et commun non-seulemeîit de l'Église romaine, mais encore de V Église grecque.
Et encore que cet auteur soit peu favorable , même dans ce livre, au cliangement de substance, toutefois il ne trouve pas ce sentiment si mauvais qu’il ne cite avec lionneur des autorités qui l’établissent : car voulant prouver la doctrine rf« la présence corporelle par le sentiment de l'Église orientale, il allègue le canon de la messe grecque, où le prêtre demande netiement , dit-il \quele propre corps de Jésus-Christ soit fait en changeant le pain, ou par le changement du pain. Bien loin de rien improuver dans celle prière, il s’en sert comme d’une pièce dont il reconnaît l’autorité, et il produit dans le même esprit les paroles de Tliéopliylacte , archevêque de Bulgarie, qui assure que te pain n'est pas seulement une figure , mais qu'il est vraiment changé en chair. Il se trouve, par ce moyen, que de trois autorités qu’il apporte pour confirmer la doctrine de la présence réelle, il y en a deux qui établissent le cliangement de substance; tant ces deux choses se suivent, et tant il est naturel de les joindre ensemble.
Quand depuis on a retranclié dans quelques éditions ces deux passages qui se trouvent dans la première publiration qui en fut faite, c’est qu’on a été fdclié que les ennemis de la transsubstaiitiatiou n’aient pu établir la réalité qu’ils approuvent, sans établir en même temps cette transsubstantiation qu'ils voulaient nier.
Voilà les incertitudes où tombèrent les luthériens dès le premier pas; et aussitôt qu’ils entreprirent de donner par une Confession de foi une forme constante à leur Église, ils furent si peu résolus qu’ils nous donnèrent d’abord en cinq ou six façons différentes un article aussi important que celui de l'euehorislie. Ils ne furent pas plus constants, comme nous verrons , dans les autres articles . et ce qu’ils répondent ordinairement, que le concile de Omstantinople a bien ajouté quelque chose à celui de Kieée, ne leur sert de rien ; car il est vrai qu’étant survenu depuis le concile deNicée une nouvelle hérésie, qui niait la divinité do Saint-Esprit, il fallut bien ajouter quelques mots pour la condamner : mais ici, on il n’est rien arrivé de nouveau, c’est une pure irrésolution qui a introduit parmi les luthériens les variations que nous avons vues. Ils ne s’en tinrent pas là, et nous en verrons beaucoup d’autres dans les Confessions de foi qu’il fallut depuis ajouter à celle d’Augsbourg.
Que si les défenseurs du sens figuré répondent que leur parti n’est pas tombé dans le même inconvénient, qu'ils ne se flattent pas de cette pen.xee. On a vu que dons la diète d’Augsbnurg, où commencent les Confessions de foi , les socramentaires en ont pro.luit d’abord deux différentes; et bientôt nous en verrons les diversités. Dans la suite ils ne furent pas moins féconds en Confessions de foi différentes que les luthériens, et n’ont pas paru moins embarrassés ni moins incertains dans la dé-
• dpoL Conf. Aug. in art. X p. IS7.
fense du sens figuré , que les autres dans la tk'fens* du sens littéral.
C'est de quoi il y a sujet de s’étonner ; car il semble qu’une doctrine aussi aisé à entendre, selon la raison humaine, que l’est celle des sacranientoircs ne devait faire aucun embarras à ceux qui entreprenaient de la proposer. Mais c’est que les paroles de Jésus-Christ font dans l’esprit naturellement une impression de réalité que tontes les finesses du sens figuré ne |)cuvenl détruire. Comme donc la plupart de ceux qui la combattaient ne pouvaient pas s'en défaire entièrement , et que d’ailleurs ils voulaient plaire aux lulliériensqui la retenaient, Une faut pas s'étonner s’ils ont mêlé tant d’expressions qui ressentent la réalité, à leurs interprétations figurées; ni si ayant (|uitlé l’idée véritable de la présence réelle, que l'Eglise leur avaitapprise, ils ont eu tant de peine à se contenter des termes qu’ils avaient choisis pour en conserver quelque image.
C’est la cause des équivoques que nous verrons s’introduire dans leurs Catéchismes et dans leurs Confessions de foi. Bucer, le grand architecte do toutes ces subtilités, en donna un petit essai dans la Confession de Strasbourg; car sans vouloir sa servir des termes dont se servaient les lutbérieus pour expliquer la présence ré-elle, il affecte de ne rien dire qui lui soit formellement contraire, et s’explique en paroles assex ambiguës pour pouvoir être tirées de ce côté-là. Voici comme il parle, ou plutôt comme il fait parler ceux de.Strasbourg et les autres : • Quand les chrétiens répètent la cène que
• Jésus-Christ fil avant sa mort en la manière qu’il
• a instituée, il leur donne parles sacrements son - vrai corps et son vrai sang à manger et à boire « véritablement, pour être la nourriture et le breu-
• vage des âmes *. ■
A la vérité, ils ne disent pas avec les lulbériens, que ce corps et ce sang sont rraiment donnés avec le pain el le vin; encore moins, qu'ils sont vraiment H substanlifllemeni donnés. Bucer n’en était pas encore venu la; mais il ne dit rien qui y soit contraire, ni rien en un mot dont un lulliérren et même un catlioliquc ne pût convenir, piiisnué nous sommes tous d'accord que te vrai corps et le vrai sang de notre Seigneur nous sont donnés à manger etnboire cérilablemeni, non pas pour la nourriture des corps , mats , comme disait Bucer, pour la nourriture des âmes. Ainsi cette Confession se tenait dans des expressions générales; et même, lors- (|u’ellc dit que nous mangeons el buvons vraiment le rrai corps et te vrai sang de notre Seigneur, elle semble exclure le manger el le boire par la foi, qui n’est après tout qu’un manger el un boire tuétaphorique : tant on avait di' peine à lâcher le mot , que le corps et le sang ne fu.ssent donnés que spirituellement, el d’insérer d;nrs une Confession de foi une chose si nouvelle aux'cliréliens. Car encore que l’eucharistie, aussi bien que les outres mystères de notre salut , ciU |K)ur lin un effet spirituel , elle avait pour son fondement, comme les autres
• Canf Argml.e. IB, de C*nd.Sll«l. Cr«< part. l.p. I».
SS UISTOIRB
myitèreSt ce qui s'accomplissait daos le corps. sus-Christ devait naître , mourir, ressusciter spirU tuelleinent dans ses fidèles : mais il devait aussi naître, mourir et ressitsoiter en effet et selon la chair. I)e même nous devions participer spirituelle* mentàsonsarriüce ; mais nous devions aussi recevoir eorporellemoni la chair de celle victime , et la mander en effet. Nous devions être unis spirituellement à fI*]pous céleste : mais soncorps, qu'il nous donnait dans l'eucharistie pour posséder en même temps le nôtre, devait être le ga^e et le sceau, aussi bien que le fondement de cette union spirituelle ; et ce divin mariage devait , aussi bien que les mariages vulgaires, quoique d'une manière bien différente, unir les esprits en unissant les corps, trétait donc à la vérité expliquer la dernière lin du mystère, que de parler de funion spirituelle : mais pour cela il ne fallait pas oublier ta corporelle , sur laquelle fautre était fondée. Kn tout cas, puisque c’était là ce qui séparait les f^glises , on en devait parler nettement, ou pour ou contre, dans une Confession de foi ; et c’est à quoi Bucer ne put se résoudre.
Il sentait bien qu'il serait repris de son silence ; et pour aller au-devnnl de l’objection, après avoir dit en gémTal, • que nous mangeons et buvons « vraiment le vrai corps et le vrai sang de notre
• Seigneur pour la nourriture de nos âmes, » il fit dire à ceux de Strasbourg ', « que, s’éloignant de « toute dispute et de toute reclicrciie curieuse et
• superflue, ils rappellent les esprits à la seule « chose qui profite, et qui a été uni(|uement regar-
• déc par notre Seigneur, c’est-à-dire, qu’élant « nourris de lui, nous vivions eu lui et par lui : ■ comme si c'était assez d'expliquer la ün principale de notre Seigneur, sans parler ni en bien ni en mal de la présence réelle que les luthériens aussi bien que les catholiques donnaient pour moyen.
Après avoir exposé cos choses, ils Onisseiit en protestant, • qu’on les calomnie, lorsqu’on les
• aecuse de changer les paroles de Jcsus-Chrisl, et
• d'i les déchirer par des gloses humaines, ou de
• n'administrer dans leur cène que du pain et du
• vin tout simple, ou de mépriser In cèiic du Sei- ■ gneur : car au contraire , disent-ils , noms exhor-
• tons lesfidèlesà entendre avec unesimple foi les - paroles de notre Se igneur, en rejetant toutes faus- « ses gloses et toutes inventions humaines, et en
• s’attachant au sens des paroles, sans hésiter en « aucune sorte; enfin en recevant les sacrements « pour la nourriture de leurs âmes. «
Qui ne condamne avec eux les curiosités superflues, les inventions humaines, les fausses gloses des paroles de notre Seigneur? Quel chrétien ne fait pas profession de s'attacher au .sens véritable de ces divines paroles? Mais puisqu’on disputait de ce sens, il y avait déjà six ans entiers, et que pour en convenir il s’etait fuit tant de conférences, il fallait déterminer quel il était, et quelles étaient ces mauvaises gloses qu'il faut rejeter. Car que sert de con-
* Cnnf. .Irgmt. c. ts , tle C«ma Cm. part, i, p. I9à.
damner en général , par de« termea ragoe, , ce qui est rejeté de tous les partis? Et qui ne voit qu'une Confession de foi demande des décisions plus nettee et plus précises ? Certainement si on ne Jugeait d'-s sentiments de Bucer et de tes confrères (pie par eclte Confession de fui, et qu'on ne siU pas d'ailleurs qu'ils n'etaieiit pas favorables à la présence réelle et substantielle, on pourrait croire qu’ils u’en sont pas éloignés : ils ont des termes pour Batter ceux qui la croient : ils en ont pour leur échapper si on les presse : eiilin nous pouvons dire, sans leur faire tort, qu’au lieu qu'on fait ordinairement des Confessions de foi pour proposer ce qu'on pense sur les disputes qui troublent la paix de l'Église , ceux-ci au contraire , par de longs discours et un grand circuit de paroles, ont trouvé moyen de no rien dire de précis sur la matière dont il' s'agissait alors.
De là il est arrivé un effet bizarre : c’est que des quatre villes quis’claient unies par cette commune Confession de foi, et qui toutes embrassaient alors les sentiments contraires aux luthériens, trois, à savoir .Strasbourg, Meiningue et Liiidau , |iassèrent un peu après sans scrujiule à la doctrine de la présence réelle ; tant Bucer avait réussi par ses discours ambigus à plier les esprits, de sorte qu'ils pussent se tourner de tous ciîtés.
Ziiingle y allait plus franchement. Dans la Confession de foi qu’il envop à Augsbourg, et qui fut approuvée de tous les .Suisses, il expliquait uettemciit, . (Jue le cor|»s de Jésus-Christ, depuis son . ascension, n’était plus que dans le ciel, et no . pouvait être autre part; qu’a la vérité il était . comme présent dans la cène par la contemplation " de la foi , et non pas réellement ni par son e»- . sence '. *
Pour défendre cette doctrine, il écrivit une lettre à l’empereur et aux princes protestants, où il établit cette différence entre lui et scs adversaires, que ceux-ci voulaient un corps naturel et substantiel , et lui un corps sacramentel >.
Il tient toujours constamment le même langage; et d.ins une autre Confession de foi, qu’il adresse dans le mciiie temps à Eram;oia I", il explique, . Ceci est mon corps, d'un corps symbolique, im .s- . tique et sacramentel; d'un corps par dénomina-
. tioiict par signiQcalion; de même, dit-il, qu’une
. reine montrant parmi ses joyaux sa bague nup- « tiale, dit sans hésiter, ('Æci est mon roi, c'est- . à-dire, c'est l'anneau du roi mon mari, par le- • quel il m’a épousée . Je ne sache guère de reine qui se soit servie de cette plirase bizarre : mais il n’etait pas aisé à Zuingle de trouver dans le langage ordinaire des expressions semblables à celles qu'il voulait attribuer à notre Seigneur. Au surplus, il ne reconnaît dans l'eucharistie qu'une pure présence morale , qu’il appelle sacramentelle et spirituelle. Il iiict toujours la force des sacrements en ce qu'ils aiden t la contemplation de ta foi, qu'ils sercen t
* ( MHf tnt, Oper. Zwi'nv. ttap. ttosp. ntt an. iKlrt.
lOI c( srij. — » Epist. ad Etes, et Erittc. Etat. Ibid. - » Eanf ad Franc. I.
DES VARIATIONS. LIV. III
és/rein aux sens, et les font mieux concourir avec la pensée. Qu.mt h la manducation « que mettent « les Juifs avec les papistes ^ selon lui, elle doit « causer la même horreur qu'aurait un père à qui • on donnerait sou fils à manger. « En général , m la foi a horreur de la présence visible et cor|K)- « relie*, ce qui fait dire à Pierre : Seigneua , ketic BEZ'Vuus DE MOI. Il ne faut pas manger Jésus- « Christ de cette manière charnelle et grossière : c une âme fidèle et religieuse mange son vrai corps « sacramentellement et spirituellement. » Sacra* mentellement, c'est-à-dire, en signe; spirituellement, c’est-à-dire , par la contempl.ilion de la foi qui nous représente Jésus-Girist souffrant, et nous montre qu'il est a nous.
Il ne s'agit pas de se plaindre de ce qu'il appelle charnelle et grossière notre manducation, qui est si élevée au-dessus des sens; ni de ce qu’il en veut donner de l'horreur, comme si elle était cruelle et sanglante. Ce sont les reproches ordinaires qu’ont toujours faits ceux de son parti aux luthériens et à nous. Nous verrons dans la .suite comme ceux qui nous les ont faits nous justifient : maintenant il nous suffit d'observer que Zuingle parle nrUement. On entend, par ses deux Confessions de foi, en quoi consiste précisément la difficulté : d'un côte, une présence en signe et par foi : de l’autre, une présence réelle et substantielle ; et voilà ce qui séparait les sacramentaires d'avec les catholiques et les luthériens.
Il sera maintenant aisé d'entendre d'où vient que les défenseurs du sens littéral , catholiques et luthériens, se sont tant servis des mots de vrai corps, de corps réel, de substance, de propre substance, et des autres de cette nature.
Ils se sont servis du mot de réel et de vrai, pour faire entendre que l'eucharistie n'était pas un sim- V pie signe du corps et du sang , mais la chose même.
C’est encore ce qui leur a fait employer le mol de substance; et si nous allons à la source, nous trouverons que la même raison qui a introduit ce mot dans le mystère de la Trinité, l’a aussi rendu nécessaire dans le mystère de l'eucharistie.
Avant que les sublilité.s des hérétiques eussent embrouillé le sens véritable de cette parole de notre Seigneur, IVous sommes moi et mon Père une même chose*, on croyait sufllsamment expliquer Tunité parfaite du Père et du Fils par celte expression de l’Ecriture, sans qu’il fdt nécessaire de dire toujours qu'ils étalent un en substance ; mais depuis que les hérétiques ont voulu persuader aux fldèles, que cette unité du Père et du Fils n'élait qu'une unité de concorde , de pensée, et d’affection, on a cru qu'il fallait bannirces pernicieuses équivoques, en établissant la consubstantialité, c’est-à-dire, l’unité de substance.
Ce terme, qui n’élait point dans l’Ecrilnrc, fut jugé nécessaire pour la bien entendre, et pour éloigner les dangereuses interprétations de ceux qui altéraient la simplicité de la parole de Dieu.
Ce n’est pas qu’en ajoutant m expressions à l'Écriture, on prrtrnde qu’elle s'explique sur ce mystère d'une manière ambiguë ou enveloppée : mais c’est qu’il faut résister par ces paroles expresses aux mauvaises interprétations des hérétiques, et conserver à rf’crilure ce sens naturel et primitif, qui frapperait d'abord les esprits, si les idées n’étaient point brouillées par la prévention ou par de fausses subtilités.
Il est aisé d’appliquer ceci à la matière de l'eucharistie. Si on eiU consené sans raffinement fiiitelligencc droite et naturelle de ces paroles. Ceci est mon corps , ceci est'vion sang , nous eussions cru suflisamment expliquer une présence réelle de Jé'sus-Christ dans l'eucharistie, en disant que ce qu'il y donne est sou corps et son sang : mais depuis qu’on a voulu dire que Jé.sus-CI>rist ti’y était présent qu’en figure, ou par son c.spril, ou par sa vertu, ou par la foi; alors, pour ôter toute ambiguité, on a cru qu'il fallait direque le corps de notre Seigneur nous était donné en sa propre et véritable substance, ou, ce qui est la même chose, qu'il était réellement et substantiellement présent.
Voilà ce qui a fait naître le terme de transsubstantiation, aussi naturel pour exprimer un changement de substance , que celui de consubstantiel pour exprimer une imité de substance.
Par la même raison les luthériens, qui reconnaissent la réalité sans changement de substance, en rejetant le terme de transsubstantiation, ont retenu celui de vraie et substantieUe presenee , ainsi que nous l'avons vu dans l'apologie de la Confession d’Augsbourg : et ces termes ont été clioisis pour fixer au sens naturel ces paroles : Ceci est mon corps , comme le mot de consubstantiel a été choisi, par les Pères de Nirée, pour fixer au sens littéral ces paroles : J/oi et mon Père, ce n'est qu'un* ; et CCS autres , Le vrrbe était Dieu *.
Aussi ne voyons-nous pas que Zuingle, qui le premier a donné la forme à l'opinion du sens figuré , et qui l'a expliquée le plus franchement , ait jamais employé le mot de substance. Au contraire, il a perpétuellement exclu ta manducation, aussi bien que ta présence substantielle, pour ne laisser qu'une manducation figurée, c’est-à-dire, encsjn itet jmr la /oP.
Bucer, quoique plus porté à des expressions ambiguës, ne se servit non plus ou commencement du mot de substance ou de communion et de présence substantielle : il se contenta .seulement de ne pas condamner ces lennes, et demeura dans les expressions générales que nous avons vues.
Voila le premier état de la dispute sacramentaîre, où les subtilités deBuccr introduisirent ensuite tant d’importunes variations qu'il nous faudra raconter dans la suite. Quant à présent, il suffit d'en avoir touché la cause.
La question de la justification, où celle du libre arbitre était renfermée , paraissait bien d'une autre
* Juan. \ . K). — * ihid. i , I. — * ad. Vet. ft Princ. Prot.
• Jaam. x , le.
importance au^ protestants : c’est pourquoi , dans J'apolcgie « ils demandent par deux fois à l’empereur une attention particulière sur celte matière, comme étant la plus importante de tout l’I-lvangite, et celle aussi où ils ont le plus travaillé'. ^lais j'es|>i>re qu’on verra bientôt qu iis ont trnvaüte en vain, pour ne rien duc de plus, et qu’il y a plus de malejitendu que de véritables difficultés dans cette dispute.
Kt d'abord , ii faut niellre hors de celte dispute b question du libre arbitre. Luther était revenu des excès qui lui faisaient dire que la prescience de Dieu mettait le libre arbitre en poudre dans toutes les créatures : et il avait consenti qu’on mit cet article dans b Confession d'.\ugsboiirjZ* : « Qu'il faut m reconnaître le libre arbitre dans tous les homines > qui ont l'usage de b raison . non pour les choses • de Dieu, que l’on ne peut commencer, ou du « moins achever sans lui ; mais seulement pour les « œuvres de b vie présente, et pour les devoirs de « b société civile. * Melanchtun y ajoutait, dans l’apologie, pour les œurres exlérieures de la loi de Dieu L Voilà donc déjà deux vérités qui ne souffrent aucune conte.stalion : l'une, qu’il y a un libre arbitre; et l'autre, qu’il ne peut rien de lui-méine dans les œuvres vraiment chrétiennes.
11 y avait même un petit mut dans le passage que l'on vient devoir delà confession d‘Augsf>ourg, où pour des gens qui voulaient tout attribuer à b grâce, on n'en parlait pas à beaucoup près si correctement qu’on fait dans l'Kglise catholique. Ce petit mot, c’est qu’on dit que de lui-méine le libre arbilre ne peut commencer, ou du moins achever les choses de Dieu : re^riclion qui semble insinuer qu'il les {>eutt/u moins commencer par ses propres forces : ce qui était une erreur demi-pélagiennc, dont nous verrons dans b suite que les lullicrieus d’à présent ne sont pas éloignés.
L’article suivant expliquait que /a volonté des méchants était la cause du péché*, où, encore qu’on ne dit pas assez nettement que Dieu n’en est pas l'auteur, on l’insinuait toutefois, contre (es jjremiéres maximes de Luther.
Ce qu'il y avait de plus remarquable sur le reste de in matière de b grâce chrétienne, dans b Confession d'Augslwurg, c'est que partout on y supposait dans l'LgUse Cnitholique des erreurs qu'elle avait toujours détestées : de sorte qu'on semblait plutôt lui chercher querelle que b vouloir réformer; et b chose paraîtra ebire, en exposant historiquement la croyance des uns et des autres.
On appuyaitbeaucoup, dans la confession d'.4ugsbourg et dans l’apulogic, sur ce que la rémission des péchés était une pure libéralité, qu'il ne fallait pas attribuer nu mérite et à b dignité des actions précédentes. Chose étrange ! les luthériens partout refaisaient honneur de celte doctrine, comme s’ils l’avaient ramenée dans l'f^glise; et ils reprochaient aux catholiques, «qu’ils croyaient trouver par leurs
' yid art. 1T, dejuslif. p. CO, df Pttn. p. Ifll. — * C'anpu. art. XVII. — * ytpot. ad «amd. art. * — .4rt. tu , ibid.
• propres œuvres b rémission de leurs péchés : qu’ils « croyaient b pouvoir mériter en faisant de leur « côté ce qu’ils pouvaient, et même par leurs pro- « près forces : que tout ce qu'ils attribuaient à Jé> « sus-(]hrist était de nous avoir mérité une certaine
• grâce habituelle, par laquelle nous pouvions plus
• facilement aimer Dieu; et qu'encorc que la vo-
• Ionie piit l’aimer, elle le faisait plus volontiers
• par celle habitude ; qu’ils n’enseignent autre chose
• que Injustice de la raison; que nous pouvions « approcher de Dieu par nos propres œuvres indc- « pendamment de la propitiation de Jésus-Christ,
• et que nous avions rêvé une jusliliealiun , sans
• parler de lui ' : » ce qu’oa répète sans cesse, |Miur ‘ conclure autant de fois qwe «ouj avions enseveli
Jé.%tis-(.'hrht.
Mais pendant qu’on reproehait aux catholiques ’ une erreur si grossière, on leur imputait d'autre part le sentiment opposé, les accusant de se croire I justifiés par le seul usage du sacrement, ex opéré ; operato , comme on parle, sans aucun bon monve. j menl*. Comment les luthériens pouvaient-ils s'imaginer qu'on donnât tant à rhomme parmi nous, et qu'en meme temps on y dormâl si peu.* Mais ruii cl l’autre est trcs-éloigné de notre doctrine, puistpie le concile de Trente, d iin côté, e.sl tout plein de s bon.sseiitimentsparoùil se faut disposer au baptême, à la pénileiitcet à b communion? déclarant même, en termes exprès , que la réception de la grâce est rolonlaire; et que d'autre côté il enseigne que b \ rémission des pécht'S est purement gratuite, et que : tout ce qui nous y prépare de près ou de loin, de- ! puis lecomniencement de la vocation et les premières horreurs de b conscience ébranlée par b crainte, jus({u'a l'acte le plus parfait de b charité , est un don de l)ieu
Il est vrai qu’à l'égard des enfants nous disons que par son immense miséricorde le baptême Ica sanctine, sans qu'ils coopèrent à ce grand ouvrage par aucun bon mouvement : mais outre que c'est en cela que reluit le mérite de Jésus-Christ et l’ef- , flcace de son sang , h*s luthériens en disent autant ; I • puisqu’ils confessent avec nous, qu’il faut bap- I « User les petits enfants; que le baptême leur est I « nécessain? à salut , et qu'ils sont faits enfants de I « Dieu parce sacrement 4. » N'est-ce pasb reconnal- ' tre celle force du sacrement efüeace par lui-même i et p.ar sa propre action , ex opéré operato, dans les ! enfants.* Car je ne vois pas que les luthériens s'attachent à soutenir, avec Luther, que les enfants I qu’on porte au baptême y exercent un acte de foi. Il faut donc qu’ils disent avec nous, que le sacrement, par lequel ils sont régénérés, opère par sa propre vertu.
> Que si l'on objecte que parmi nous le sacrement a encore b même eflicace dans les adultes, et y opère ex opéré operato, il est al.sé de comprendre que ce n'est pas pour exclure en eux les bonnes dis*
I Cnnf. art. xx. Àpot. cap. de Jnstif. Cône. p. «t. [bié p. 63 , 74 , 102, loa, etc. — * Conf. Aug. art. xill , etc. Seu. VI, enp. 6,0 , 14. Seu. Xtll, 7. Sets. XVI, 4 Scu. Tt , 7- ibid. cap. S. ibid. cap. 6,0. Caii. 1,9,3. Set*. XIT, 4. —-^Art. IX.
DES VARIATIONS, LTV. HI
positioni nécessaires, mais seulement pour faire Toir que ce Dieu opère en nous lorsqu'il nous sanctiOe par le sacrement , est au-dessus de tous -nos mérites, de toutes nos oeuvres , de toutes nos dispositions précédentes, en un mot, un pur effet de sa grâce et du mérite infini de Jésus-Christ.
li n'v a donc point de mérite pour la rémission des péchés; et la Confession d’Augsbourg ne devait pas se glorilier de cette doctrine , comme si elle lui était particulière, puls<|ue le concile de Trente reconnaît aussi bien qu’elle, * que nous sommes dits « justiRés gratuitement, à cause que tout ce qui
• précède la justification, soit la foi, soit lesœu- . vres, ne peut mériter cette grâce, selon ce que
• dit l'apôtre : Si c’est grâce, ce n’est point par . œuvres ; autrement la grâce n'est plus grâce • . •
Voilà donc la rémission des péchés, et la justification établie gratuitement et sans mérite dans l’Eglise catholique, en termes aussi exprès qu’on l’a pu faire dans la Confession d'Augsbourg.
Que si après la rémission des péchés, lorsque le Saint-Esprit habite en nous, que la charité y domine, et que la personne a été rendue agréable par une bonté gratuite, nous reconnaissons du mérite dans nos lionnes œuvres, la Confession d’ Augsbourg en est d'accord, puis(|u'on y lit, dans l'édition de Genève imprimée sur celle de Vitemberg faite à la vue de Luther et de Meianchton, que la nouvelle obéissance est réputée une justice, et mérite des récompenses. Et encore plus expressément, que bien que fort éloignée de la perfection de la loi, elle est une Justice, et wehite des récompenses. El un peu après, que tes bonnes aurres sont digjie.sdegrandeslouanges,qu’efles sont nécessaires, et qu'elles méritent rfcA* récompenses*.
Ensuite, expliquant cette parole de l’Evangile : // sera donné a relui qui a déjà, elle dit, « que « notre action doit être jointe aux dons de Dieu
• (ju'elle nous conserve, et qu’elle en mérité l'ac- « croissement^; » et loue celte parole de saint Augustin, QUE LA CII4RITÉ, QUAND ON L’ENEBCE, MERITE l’accroissement DE LA CHARITE. Voilà
(loue en termes formels notre coopération nécessaire, et son mérite établi dans la Confession d'Augsbourg. C’est pourquoi on conclut ainsi cet article ;
• C"est par la que les gens de bien entendent les « vraies boiimrs œuvres, et comment elles plaisent
• à Dieu, et comment elles sont méritoires^. » On ne peut pas mieux établir, ni plus inculquer le mérite; et le concile de Trente n’appuie pas davantage sur cette matière.
Tout cela était pris de Luther et du fond de ses sentiments : car il écrit dans son Commentaire sur l’ÉpItreaux Galales, que « lorsqu'il parle de la foi « justifiante, il entend celle qui opère par la charité :
« car, dit-iP, la foi KÉRiTBquele Saint-Esprit nous .
• soit donné. » Il venait de dire qu’avec cet Esprit j toutes les vertus nous étaient données; et c’est j ainsi qu’il expliquait la justification daus ce fameux
' Cône. Trid. Sess. Tl. cap. 8. — • Ârl. vi, Synl. Gen.p. II. Ibkt. p. 20. cap. de bon. oper. — * Ib(d. p. 21. — * Ibid. p. •‘22. (Vmnu’M/. tn Ep. ad Cal. i. v,343. '
commentaire : i! est Imprimé à Vitemberg en J*an 1553 ; de sorte que, vin^ ans après que LuUier eut commencé la réforme, on n'y trouvait rien encore à reprendre dans le mérite.
Il ne faut donc pas s’étonner si on trouve ce sentiment si fortement établi dans l’apologie de la Confession d’Augsboun?. Meianchton fait de nouveaux efforts pour expliquer la matière de la justification, comme il le témoigne dans ses lettres, et il y enseigne « qu’il y a des récompenses proposées « et promises aux bonnes œuvres des fidèles, et « qu’elles sont méritoires, non delà rémission « des (léchés , ou de la justification (choses que nous « n'avons que par la foi ) , mais d’autres récompen- « ses corporelles et spirituelles en cette vie et en « l'autre, selon ce que dit saint Paul , que cAacun
• rececra sa récompense selon son travail*. » El Meianchton est si plein de cette vérité, qu'il l’établit de nouveau dans la réponse aux objections, par ces paroles : •> Nous confessons, comme nous avons « déjà fait souvent, qu’encore que la justification et « la vie éternelle appartiennent a la foi, toutefois « les bonnes œuvres méritent d'autres récompen- « ses corporelles et spirituelles , et divers degrés de «récompenses, selon ce que dit saint Paul, que
• chacun sera récompensé selon son travail: car *1 la justice de l’Evangile, occupée de la promisse « de la grâce, roi^oit gratuitement la justification « et la vie : mais raccomplissemeiit de la loi, qui « vient en con.séquence de la foi , est occupé autou r « de la loi même; et là, poursuit-il, la récompense « EST offerte, non pas gratuitement, mais « selon les œuvres , et elle est due ; et aussi ceux •> QUI méritent cette récompense sont justifies « devant que d'accomplir la loi *. »
Ainsi le mérite des œuvres est constamment reconnu par ceux de la Confession d* Augsbourg, comme chose qui est comprise dans la notion de la récompense; n'y ayant rien en effet de plus naturellement lie ensemble que le mérite d'on côté, quand la récompense est promise et proposée de raiitre.
Et en effet, ce qu’ils reprennent dans les catholiques n’est pas d'admettre le mérite qu'ils établissent aussi; mais • c'est, dit l’apologie en ce que toutes
le.s fois qu’on parle du mérite, ils le transportent « des autres récompenses à la justification. « Si donc nous ne connaissons de mérite qu’apres la justification et non pas devant , la difficulté sera levée ; et c’est ce qu'on a fait à Trente (lar cette décision précise : « Que nous sommes dits justifiés gratuitc- « ment , à cause qu’aucune des choses qui précèdent « la justification, soit la foi, soit les œuvres; ne la « peuvent mériter *. • Et encore ; ■ Que nos péché4 < nous sont remis gratiiiiement par la miséricorde « divine, à cause de Jésus Clirist^. » D’où vient aussi que le concile n’admet de mérite, • qu’à l’é- « gard de l’augmentation de la grâce, et de la vie « eternelle®. »
* .dpoJ. Cop/' Auq. ad art. 4, 6, 8, 30. Resp. ad objfct. roficorc/. f . 88. — • ïbtd. p. J37. — » Apol. Jbid. — < Stu, VI, c. S. — * Ibid. c. 8. — ' Ibid. cap. 18. ci Can. 31.
IllSTOIBE
Pour riugmenUtioD de la grâce, on en convesait à Augsbourg , comme on a tu : et pour la rie élernelle, il est vrai que Melanchton ne voulait pas avouer qu'elle fût méritée par les bonnes œuvres, puisque selon lui elles méritaient seulement d'autres récompenses qni leur sont promises en cette vie et en l’autre. Mais quand Melanchton parlait ainsi , il ne considérait pas ce qu'il disait lui-méine dans ce même lieu, que c’est la gloire éternelle û qui est « due aux justifiés , selon cette parole de saint Paul : « Ceux quii ajustiJUs, il Ui a austi glorifiéf » ]| ne considère pas, encore un coup, que c'est la vie éternelle qui est la vraie récompense promise par JésuS'Clirist aux bonnes œuvres, conformément à ce passage de l'Evangile qu’il rapporte lui-méme ailleurs pour établir le mérite * , que ceux qui obéiront à l’Kvangile recevront le ccntufUe en ce siècle, et la vie éternelle en Vautre ^ : où l’on voit qu’outre le centuple , qui sera notre récompense en ce siècle, la vie éternelle nous est promise comme notre' récompense au siècle futur : de sorte que, si le mérite est fondé sur la promesse de la recompense, comme l'assure Melanditon, et comme il est vrai, il n'y a rien déplus mérité que la vie étemelle, quoi* qu'il n'y ait rien d'ailleurs de plus gratuit, selon cette iH'lle doctrine de saint Augu.stin, que « la vie « étemelle est duc aux mérites des bonnes œuvres; « mais que les mérites auxquels elle est due nous « sont donnés gratuitement par notre Seigneur Jé- « sus-Christ *. »
Aussi est'U véritable que ce qui empêche Melanchton de regarder absolument la vie éternelle comme récompense promise aux bonnes œuvres, c'est que dans la vie éternelle il y a toujours un certain fonds qui est attaché à la grâce, qui est donné sans œuvres aux petits enfants, qui serait donné aux adultes quand même ils seraient surpris de la mort au moment précis qu'ils sont justifiés, sans avoir eu le loisir d'agir après : ce qui n'einpéche pas qu'à un autre égard le royaume éternel, la gloire éternelle, la vie éternelle ne soient promis aux bonnes œuvres comme récompenses, et ne puissent aussi être mérités, au sens même de la Confession d'Augsbourg.
Que sert aux luthériens d'avoir altéré cette Confession, et d’en avoir retranché, dans leur livre de la Concorde et dans d'autres éditions, ces passages qui autorisent le merite? Empêcheront-ils par là que cette Confession de foi n'ait été imprimée à Viteniberg, sous les yeux de Luther et de Mclanch* ton, et sans aucune contradiction dans tout le parti, avec tous les passages que nous avons rapportés? Que font-ils donc autre chose, quand ils les effacent maintenant, que de nous en faire remarquer la force cl l'importance? Mais que leur sert de rayer le mérite des bonnes œuvres dans la Confession d' Augsbourg, s'ils nous le laissent euv-mêmes aussi entier dans l'apologie^ comme ils l'ont fuit impri-
* Apoi. Conf. Autj. rtrf art. 4 , S , A . SO. Rtp. ad. ohjert. rancard. p. IA7. •— * In tocucam. cap. de Juttif. — *üfallh. XIX, * Aug.ep. cv. «une. exav, n. 19. De Corrrp. et Crat.
9op. Xiii. H. 4i.
mer dan< leur livre de la Concorde? N>at-il pai consUiit que l'apologie a élé présentée i Charles V par lea mêmes princes et dans la même diète, que la conression d'Augsbourg' ? Mais ce qu'il y a ici de plus remarquable, c'est qu'elle fut présentée de l'aveu des luthériens, pour en mneerrer le vrai et propre sens; car c'est ainsi qu'il en est parlé dans un écrit authentiqne', où les princes et les étals protestants déclarent Irurfoi. Ainsi on ne peut douter que le mérite des truvres ne soit de l'esprit du luthéranisme et de la Confession d'Augstiüurg : et c'est à tort que les luthériens inquiètent sur ce sujet l'Ëgtise romaine.
Je prévois pourtant qu’on pourra dire qu'ils n'ont pas approuvé le nicrile des œuvres dans le niéine sens que noua, pour trois raisons. Premièrement, parce qu'ils ne reconnaissent pas, comme nous que l'Iionime juste puisse et doive satisfaire à la loi! Secondement, parce que, pour celle raison, ils n’adinellent pas le mérite qu’on appelle de condignité, dont tous nos livres sont pleins. Troisièmement, parce qu'ils enseignent que les bonnes œuvres de l'homme juslilié ont besoin d'une aecepiation gratuite de Dieu , pour nous obtenir la vie éternelle ■ ce qu'ils ne veulent pas que noua admettions. ’
Voilà, dira-lK)n, trois caractères par où la doctrine de la Confession d'Augsbourg et de l'apologie sera éternellement séparée de la nôtre. Maisces trois caractères ne subsistent que par trois fausses accusations de notre croyance : car premièrement , si nous disons qu'il faut satisfaire à la loi, tout te monde en est d'accord , puisqu'on est d’acrord qu’il faut aimer, et que l'Écriture prononce que l'amour ou la charilé est l’accomplissement de ta lois, || y en a même dans l’apologie un chapitre exprès , dont voici le titre : De la dileclion et de [accomplissement de la loi i. Et nous y venons de voir que [accomplissement de la loi rient en conséquence de tajiislificalion » ; ce qui est répété en cent endroits, et ne peut être révoqué en doute : mais au reste il n’est pas vrai que nous prétendions qu'après être justifié on satisfasse à la loi de Dieu en toute rigueur, puisqu’au contraire on nous apprend, dans le concile de Trente, que nous avons besoin de dire tous les jours: l'ardonnez-nous nos fautes s ; de sorte que, pour parfaite que soit notre justice, il y a toujours quelque cliose que Dieu y répare par s'a grâce, V renouvelle par son Saint-Esprit, y suppléé par sa bonté.
Quant au mérite de condignité, outre que le concile de frente ne s'est pas servi de ce terme, la chose en elle-même n'a aucune difficulté ; |iuisqn'au fond on est d'accord qu’après la justillration, c'està-dire après que la personne est agréable, que le Saint-Esprit y habite, et que la charité y règne , l’Écriture lui attribue une es|ièce de dignité : Ils marcheront aiec moi en habit blanc, parce qu’ils en suhI dignes!. M.iis le concile de Trente a clairement expliqué, que toute celte dignité vient de
’ Pfér/. Apot. Conc. p. 4A. — • Stdtd. reprf. Coac. W3. — * XIII, 10. — 03. —» Ibtd.p. m. — ^Seu. n. c. IJ. — ’ Apoc. Ul , 4.
DES VARIATIONS, LTV. lU.
U grâce * ; et les catholiques le déclarèrent aux lu* Ihériens dès le temps de la Confession d*Augsbourg, comme il parait par riiistoi/e de David Chytré, et par celle de George Cclestin, auteur luthérien*. Ces deux historiens rapportent la réfutation de la Coo* fession d'Augsbourg faite par les catlioliquos par ordre de l'empereur, où il est porté : • que l’homme « ne peut mériter la vie éternelle par ses propres « forces , et sans la grâce de Dieu , et que tous les « catholiques confessent que nos œuvres ne sont « par elles-mêmes d’aucun mérite; mais que la grâce « de Dieu les rend dignes de la vie éternelle. ■
Pour CO qui regarde les bonnes œuvres que nous faisons avant que d’étre justiliés; parce qu'alors la personne n’est pas agréable ni juste, qu’au contraire elle est regardée comme étant encore en péché, et comme ennemie : en cct état elle est incapable d'un véritable mérite; et le mérite de congruité ou de convenance, que les théologiens y reconnaissent, n’est pas selon eux un véritable mérite; mais un mérite improprement dit , qui ne signilie autre chose, sinon qn’il est convenable à la divine bonté d'avoir égard aux gémissements et aux pleurs qu’il a lui-méme inspirés au pécheur qui commence à se convertir.
Il faut répondre la même chose des aumônes que fait un pécheur pour racheter ses péchés ^ selon le précepte de Daniel et de ta charité qui court e ta mutlitude des itéchés^ selon saint Pierre^, et du pardon promis par Jésus-Cihrist meme à ceux qui pardonnent a leurs frères^. L'apologie répond ici que Jésus - Christ n'ajoute pas qu'en faisant l'aumône, ou en pardonnant on mérite le pardon, ex opéré opéra to, en vertu de cette action; mais en vertu de la foi^. Mais qui aussi le prétend autrement? Qui a jamais dit que les bonnes œuvres qui plaisent à Dieu ne dussent pas être faites selon l'esprit de la foi, sans laquelle, comme dit saint Paul , il n’est pas possible de plaire à Dieu 7 ? Ou qui a jamais pensé que ces bonnes œuvres , et la foi qui les produit , méritnssent la rémission des pèches ex opéré operato , et fussent capables de l’opérer par elles-mêmes? On n'avait pas seulement songé à employer cette locution , ex opere operato, dans les bonnes œuvres des Qdcles : on ne l'appliquait qu'aux sacrements, qui ne sont que de simples instruments de Dieu ; on l'employait pour montrer que leur action était divine , toute puissante et eflicace par elle-même; et c’était une calomnie ou une ignorance grossière, de supposer que dans la doctrine catholique les bonnes œuvres opéras.sent de cette sorte la rémission de.s péchés , et la grâce justifiante. Dieu, qui les inspire, y a égard par sa lK)nté,à cause de Jésus-Christ ; non à cause que nous sommes dignes qu’il y ait égard pour nous justifier, mais parce qu’il est digne de lui de regarder en pitié des cœurs humiliés, et d'y achever son ouvrage. Voilà le mérité d« convenance, qui peut être attribué à l’homine avant même qu'il soit justifié.
• Cône. TYid. Sets. Vî, e. 10. ele. — * Cht/t. hial. Conf. /«J. poat Conf. Gevrÿ.Cuft. itUi. Conf. Aug. t. ni. —
• /Mn. IV, 21. — * I. Pet. IV, 8. — ‘/.UC. VI, 37. — * Hetp. ad
.frj. />. ni. ~ ’ //eé. M , 8. I
La chose au fond est incontestable; et si le terme déplaît, l'Église aussi oes'en sert pas dans le concile de Treule.
Mais encore que Dieu regarde d'un autre œil les pécheurs déjà justiCés , et que les œuvres qu'il y produit par son Esprit habitant en eux tendent plus immedialeinent à la vie éternelle, il n’esi pas vrai, selon nous, qu'il n’y faille pas de la part de Dieu une acceptation volontaire ; puisque tout est ici fondé, comme dit le concile de Trente, sur la promesse que Dim nous a faite mitéricordieuiement , c’est-à dire gratuitement , à came de Jétm- Chrisf, de donner la vie éternelle a nos bonnes œuvres ; sans quoi nous ne pourrions pas nous promettre une si liaute récompense.
Ainsi quand on nous objecte partout, dans la Confession d’Augsbourg et dans l’apologie • , qu'après lajuslilieation nous ne croyons plus avoir besoin de la niédi.ilion de Jésus-airist, on ne peut pas nous calomnier plus visiblement; puisque , outre que c'est par Jésus-Christ seul que nous conservons la grflee reçue, nous avons besoin que Dieu se ressouvienne sans cesse de la promesse qu’il nous a faite dans la nouvelle alliance par sa seule miscriiairde , et par le sang du Médiateur.
Enfin tout ce qu’il y a de bon dans la doctrine lutberienne, non-seulement était en son entier dans
l'Église, maiscncore s’y expliquait beaucoup mieux puisqu'on éloignait clairement toutes les fausses idées : et c'est ce qui paraît principalement dans la doctrine de la justice imputée. Les luthériens cruyaient avoir trouvé quelque chose de merveilleux i-t qui leur fdt particulier, en disant que Dieu nous imputait la justice de Jésus-Christ, qui avait parfaitement satisfait pour nous, et qui rendait ses mérites nôtres. Ce|>endant les scolastiques, qu’ils humaient tant, étaient tout pleins de cette doctrine. Qui de nous n’a pas toujours cru et enseigné que Jesus-Clirisl avait satisfait sura bondamment pour les bomiiies , et que le Père éternel , content de cette satisfaction de sou Fils , nous traitait aussi favorablement que si nous eussions nous-mêmes satisfait à sa justice? Si on ne veut dire que cela, quand on dit que la justice de Jésus-Christ nous est imputée , c'est une chose hors de doute ; et il ne fallait pas troubler tout l'uiiivers , ni prendre le titre de réformateurs , pour une doctrine si connue et si avouée. Et le concile de Trente reconnaissait bien que tes mérites de Jéms • Christ et de sa passion claienl rendus nôtres par la justification; puisqu’il répété tant de fois qu'ils nous y sont communlqiiés\el que personne ne peulétre justifié sjnscela. Ce que veulent dire les catholiques avec ce concile, lorsqu'ils ne peroutlent pas de s’en tenir a une simple impulatiun des mérites de Jésus-Clirist, c’est que Dieu lui-méme ne s'en tient pas là; mais que pour nous appliquer ces mérites, en même temps il nous renouvelle, il nous régénère, il nous vivifie , il répand en nous son Saint-Esprit qui est l’esprit de sainteté, et |iar la il nous sanctifie ; et tout
■ Cour. Trid, Sea. vn. c. is. — ' Jpai. rap. ud Jra. p 127, r(r. - ïi,c. 3,7.
cda ensemble, selon nous, fait la justiflcation du pécheur. C’était aussi la doctrine de Luther et de Melanchton. Ces subtiles distinctions entre lajustifi* cation, la régénération ou la sanctiliéation. où Ton met maintenant toute la Qnesse de la doctrine protestante, sontnéesaprèseux, et depuis laConfession d’Augsbourg. Les luthériens d’à présent conviennent eux-mémes que ces choses sont confondues par Luther et par Melanchton et cela dans l'apologie, un ouvrage si authentique de tout le parti. En effet, l.uther déûnit ainsi la foi justifiante : « La vraie foi est l'œuvre de Dieu en nous, par « laquelle nous sommes renouvelés, et nous re- « naissons de Dieu et du Saint-Esprit. Et cette foi « est la véritable justice , que saint Paul appelle la « justice de Dieu et que Dieu approuve *. • C’est donc par elle que nous sommes justifiés et régénérés tout ensemble ; et puisque le Saint-Esprit, c'està-dire Dieu même agissant en nous, intervient dans cet ouvrage , ce n'est pas une imputation hors de nous , comme le veulent à présent les protestants , mais un ouvrage en nous.
Et pour ce qui est de l'apologie, Melanchton y répète à toutes les pagos^, que la fol nous justifie et nous régénéré f et nous apporte le Saint-Esprit. Et un peu après : Quelie régénère les cœurs ^ et quelle enjante la vie nouvelle. Et encore plus clairement ; Être justifié ^ c'est dhynste être fait juste; etétre régenérét c'est aussi être déclaré et réputé juste : ce qui montre que ces deux choses concourent ensemble. On ne voit aucun vestige du contraire dans la Confession d'Augsbourg; et il n’v a personne qui ne voie combien ces idées, qu’avaient alors les luthériens, reviennent aux nôtres.
Il semble qu'ils s’en éloignent davantage .sur les œuvres satisfactoires et sur les austérités de la vie religieuse; car ils les rejettent souvent, comme contraires à la doctrine de la justification gratuite. Mais âu fond , ils ne les condamnent pas si sévèrement qu'on le pourrait croire d'abord : car nonseulement saint Antoine et les moines des premiers siècles, gens d'une si terrible austérité, mais encore dans les derniers temps saint Bernard, saint Dominique et saint François, sont comptés dans l’apologie parmi les saints Fères. Leur genrede vie, loin d'étre blâmé, est jugé digne des saints, » à
• cause, dit-on qu'il ne les a pas emj>échés de •I se croire justifiés par la fol, pour rammir de Jé* « sus-Christ. » Sentiment bien éloigné des emportements qu’on voit aujourd’hui dans la nouvelle réforme, où on ne rougit pas de voircondamner saint Bernard, et de traiter saint François d'insensé.
Il est vrai que l'apologie, après avoir mis ces grands hommes au nombre des saints Pères, condamne les moines qui les ont suivis; parce qu’on « prétend qu’ils ont cru mériter la rémission des « péchés, la grâce et la justice par ces œuvres,
• et non pas la recevoir gratuitement » Mais la
* SoHi, rtp. Conc. p. SW. EpiU artie, ihid. 185. — * Pn^f. in Episl. ad Hom. I. v, /. , 98. — * Cap. de Juttif. Cane. p.
SS, 71 , 72, 73, 74, 84. Cap. de dilrtt. 83. etc. — » /ipot. resp. nd Ârg. p. 99. de voU monasL 281. — * ihid.
calomnie est visible, puisque les religieux d’aujourd’hui croient encore, comme les anciens, avec l’Église catholique et le concile de Trente, que la rémission des péchés est purement urntuite, et donnée par les mérites de Jésus-Christ seul.
Et afin qu’on ne pense pas que le mérite que nous attribuons à ces œuvres de |)ét]iteiice fdt alors improuvé par les défenseurs de la Confession d’.Augsbourg, ils enseignent eu généra! des œuvres et des afjUclionSt * qu'elles mèbitknt non
■ pas la justification, mais d'autres récompen- •I ses' : • et en |>articulier derauinône, lorsqu'un la fait en élut de grâce, « quelle mérite plusieurs « bienfaits de Dieu; qu elle adoucit les PEI^Es;
• quelle hérite que nous soyons assistés contre « les périls du péché et de la mort. • Qui empêche qu'on en dise autant du jeûne et des autres mortifications? Et tout cela bien entendu n’est au fond que ce qu'enseignent tous catholiques.
Les calvinistes su sont éloignés des véritables idées de la justification, en disant, comme nous verrons, que le baptême n'est pas nécessaire aux petits enfants; que la justice une fois reçue ne su perd pas, et ce qui en est une suite, qu'elle se conserve même dans le crime. Mais comme les luthériens virent commencer ces erreurs dans les sectes des anabaptistes, iis les proscrivirent par ces trois articles de la Confession d'Augsbourg.
• Que le baptême est necessaire à salut , et qu’ils
■ condamnent les anabaptistes, qui assurent que « les enfants peuvent être sauvés sans le baptême ,
• et hors de l'Eglise de Jésus-Christ *.
«Qu'ils condamnent les mêmes anabapli.stes ,
• qui nient qu'on puisse penlre le Saint-Esprit ,
• quand on n été une fuis justifié
« Que ceux qui tombent en péché mortel ne « sont pas justes ; Qu'il faut résister aux rnau- « valses inclination.s : Que ceux qui leur obéisa sent, contre le commandement de Dieu, et
• agissent contre leur conscience, sont injustes, « et n'ont ni le Saint-Esprit, ni la foi, ni la con- « fiance en la divine miséricorde K •
On sera étonné de voir tant d’articles de conséquence dérides selon nos idées dans la Confession d’Augsbourg; et enfin quand je considère ce qu'elle a trouvé de particulier, je ne vois que et'Ue foi spéciale dont nous avons parlé au commencement de cet ouvrage, et la certitude infaillible de la rémission des péchés qu'on lui veut faire produire dans les consciences. U faut avouer aussi que c'est là ce qu'on nous donne pour le dogme capital de Luther, le chef-d’œuvre de sa réforme, et le plus grand fondement de la pieté cl de la consolation des âmes fidèles. Mais cependant on I n'a point trouvé de remède à ce terrible inconvénient que nous avons remarqué d'abord ^ : d'être ' assuré de la rémissiou de ses péchés, sans le ' pouvoirjamaisétredela sincérité de sa repentance. ' Car enfin, quoi qu’il soit de l’imputation, il est
I ' yipol. rcua ad Arg. p. 99. de vot. monast. p. 28<. — * Art.
n, p. 13. Art. XI, p. \S.-^*ArL Ti,p. 13. eap.debom. I oper. p. SI. — * Ci-rfmiM, h'v. i.
DES VARIATIONS, LIV. III
bien certain que Jésus-Cbrist n’impute sa justice qu’à ceux qui sont pénitents et sincèrement pé* nitents, c’est-à-dire sincèrement contrits, afiligés de leurs péchés, sincèrement convertis. Que cette sincère pénitence ait en elle-même de la dignité, de la perfection, du mérite, quel qu'il soit, ou qu'elle n’en ait pas, je m'en suis assez expliqué, et c’est de quoi je n’ai que faire en cette occasion. Qu’elle soit ou condition, ou disposition et préparation, ou enfin tout ce qu’on voudra, cela n'importe ; puisque enfin , quoi qu'il en soit , U faut l'avoir, ou il n'y a point de pardon. Or si je l’ai, ou si je ne l'ai pas, c’est de quoi je ne puis jamais être assuré, selon les principes de Luther; puisque, selon lui, je ne sais jamais si ma pénitence □'est pas une illusion, ou une vaine pâture de mon amour-propre; ni si le péché, que je crois détruit dans mon cœur, n’y règne pas avec plus de sûreté que jamais, en se dérobant à mes yeux.
Et on a beau dire avec l’apologie : La foi ne compatit pas avec le péché mortel * : or j’ai la foi : doue je n'ai plus de péclié mortel. Or c'est de là que vient tout l'embarras, puisqu'on doit dire au contraire : La foi ne compatit pas avec le péché mortel : c’est ce que les luthériens viennent d’enseigner. Or je ne suis pas assuré de n’avoir plus de péché mortel; c’est ce que nous avons prouvé par la doctrine de l.ulher * : je ne suis donc pas assuré d’avoir la foi. En effet, on s'écrie dans l’apologie : Qui aime assez Dieu? qui le craint assez? qui souffre avec assez de patience Or on peut dire de même : Qui croit comme ü faut? qui croit assez pour être justifié devant Dieu? Et la suite de l’apologie établit ce doute; car elle poursuit : Qui ne doute pas souvent si cest Dieu ou le hasard qui gouverne le monde? qui ne doute pas souvent s’il sera exaucé de Dieu? On doute done souvent de sa propre foi : comment est-on assuré alors de la rémission de ses péchés? On ne l’a donc pas cette rémission : ou bien , contre le dogme de Luther, on l’a sans en être assuré; ou, ce qui est le comble de l'aveuglement, on en est assuré sans être assuré de la sincérité de sa foi ni de celle de sa pénitence; et la rémission des péchés devient indépendante de l’une et de l’autre. Voilà où nous précipite cette certitude qui fait tout le fond de la Confession d’Augsbourg, et le dogme fondamental du luthéranisme.
Au reste, ce qu’on ru>us oppose, que par l’incertitude où nous laissons les consciences affligées, nous les jetons dans le trouble, ou même dans le désespoir, n'est pas véritable; et il faut bien que les luthériens en conviennent par cette raison : car, quehjue assurés qu'ils se vantent d'être de leur justifleation, ils n’osent pas s’assurer absolument de leur persévérance, ni par conséquent de leur béatitude éternelle. Au contraire, ils condamnent ceux qui disent qu’on ne peut pas perdre la justice une fois reçue *. Mais
‘ ' .4pol. cap. de Jtuti/- 7 1 , 81 , etc. — • Ci-dettu$ , //c. i. — * Ibid. 01. 4 Cottf- ‘4ug- ‘4rt. vi, xi, cap. d* bon. operib. p.
en la perdant, on perd avec elle tout le droit qu’on avait comme justifié à l’héritage étemel. On n'est donc jamais assuré de ne pas perdre ce droit, puisqu'on n’est pas assuré de ne pas perdre la justice à laquelle il est attaché. Ou y espère néanmoins à ce bienheureux héritage : on vil heureux dans cette douce espérance, selon ce que dit saint Paul : /Vous r^ouissant en espérance '. On peut donc, sans cetie assurance dernière qui exclut toute sorte de doute, jouir du repos que l’état de cette vie nous peut permettre.
On voit par là ce qu’il faut faire pour accepter la promesse et se l'appliquer; c’est sans hésiter qu'il faut croire que la grâce de la justice chrétienne, et par conséquent la vie éternelle, est à nous en Jésus-Christ; et non-seulement à noua en général , mais encore à nous en particulier. Il n’y a point à hésiter du côté de Dieu, je le confesse : le ciel et la terre passeront, plutôt que ses promesses nous manquent. Mais qu'il n’y ait point à hésiter ni rien à craindre de notre côté; le terrible exemple de ceux qui ne persévèrent pas jusqu’à la fui, et qui, selon les luthériens, n'ont pas été moins justifiés que les élus mêmes , démontre le contraire.
Voici donc en abrégé toute la doctrine de la justification : qu’eneore que pour nourrir l'Immilité dans nos cœurs nous soyons toujours en crainte de notre côté, tout nous est assuré du côté de Dieu; de sorte que notre repos en cette vie consiste dans une ferme confiance en sa bonté paternelle, et dans un parfait abandon à sa haute et incompréhensible volonté , avec une profonde adoration de son impénétrable secret.
Pour la Confession de Strasbourg, si nous ea considérons la doctrine, nous verrons combien on eut de raison, dans la conférence de Marbourg, d'accuser ceux de Strasbourg, et en générai les sacrameotaires, de ne rien entendre dans la justification de Luther et des luthériens : car cette Confession de foi ne dit pas un mot ni de la justice par imputation , ni aussi de la certitude qu'on en doit avoir *. Elle définit au contraire la justification , ce par quoi d'injustes nous devenons justes, et de mauvais, bons et droits sans en donner d'autre idée. Elle ajoute qu’elle est gratuite, et l’attribue, à la foi , mais à la foi unie à la charité, et féconde en bonnes œuvres.
Aussi dit-elle, avec la Confession d’Augsbourg, que la charité est l'accompUssemeut de toute la loi, selon la doctrine de saint Paul 4 : mais elle explique, plus fortement que n’y avoit fait Meianchton, combien nécessairement la loi doit être accomplie, lorsqu’elle assure <« que personne uo « peut être pleinement sauvé, s’il n'est conduit
• par l'esprit de Jésus-Christ à ne manquer d'au- « cune des bonnes œuvres pour lesquelles Dieu
• nous a créés; et qu’il est si nécessaire que la « loi s'accomplisse , que le ciel et la terre passe-
* Rom. xit , 13. — * y. ei^deuiu , lip. O. — ^ ^ CoVcap. ici i. — * Ibid.
iiisraRE
4 ront, plutôt qu’il puisse arrirer du relâchement
• dans le moindre trait de la loi , ou dans un seul « iota •
Jamais catholique n'a parlé plus fortement de l'accoin plissement de la loi, que fait cette Confessiou; mais encore que ce soit là le fondement du mérite , Bucer n’y en disait mot; quoique d'ailleurs il ne fasse point de difficulté de le reconnaître au sens de saint Augustin, qui est celui de l’Église.
Il ne sera pas Inutile, pendant que nous sommes sur oette matière , de considérer oe qu’en a pensé ce docteur, un des diefs du second parti de la nouvelle réforme , dans une conférence solennelle * où il parla en ces termes : « Puisque Dieu jugera
• chacun selon ses oeuvres, il ne faut pas nier que
• les bonnes œuvres faites par la grâce de Jésus- « Christ, et qu’il opère lui-méme dans ses servi- « leurs, RB MEHiTERT la vie étemelle; non point « à la vérité [ar leur propre dignité, mais par « l'acceptation et la promesse de pieu , et le pacte « fait avec lui : car c'est à de telles œuvres que
• l’Écriture promet la récompense de la vie éterm nelie, qui pour cela n'en est pas moins une
• grâce à un autre égard, parce que ces bonnes « œuvres, auxquelles on donne une si grande ré- « compense , sont elles-mêmes des dons de Dieu. » Voilà ce qu'écrit Bucer en I&39 dans la dispute de Leipsick, afin qu’on ne pense que ce soit des dioses écrites au commencement de la réforme, et avant qu’elle edt eu le loisir de se reconnaître. Selon ce même principe, le même Bucer décide, en un autre endroit qu’il ne faut pas nier « qu'on
• puisse être justifié par les œuvres, comme l'en-
• seigne saint Jacques, puisque Dieu rendra à m diacun selon ses œuvres. Et, poursuit-il, la
• question n'est pas des mérites : nous ne les
■ rejetons en aucune sorte, et même nous recon-
• naissons qu’on mérite la vie éternelle, selon
■ celte parole de notre Seigneur : Celui qui aban-
• donnera tout pour tamour de moi attra le cen-
• tupie dans re siècle , et h vie éterneüe eh fou-
• tre. ■
On ne peut reconnaître plus clairement les mérites que chacun peut acquérir pour soi-même , et même par rapport à la vie étemelle. Mais Bucer passe encore plus loin : etcommeon accusait l'Église d’attribuer des mérites aux saints non-seulement pour eux-mêmes , mais encore pour les autres , il la justifiait par ces paroles : « Pour ce qui regarde ces « prières publiques de l’Église qu’on appelle collec-
• tes , où l’on fait mention des prières et des mé- « rites des saints : puisque, dans ces mêmes prières, « tout ce qu’on demande en cette sorte est demande € à Dieu, et non pas aux saints, et encore qu’il
• est demandé par Jésus-Christ; dès la, tous ceux « qui font cette prière reconnaissent que tous les « mérites des saints sont des dons de Dieu gratuite- « ment accordés » Et un peu après : « Car d'ail- « leurs nous confessons et uous prêclKms avec joie
• Conf. Arÿent. cap. S.p. I8I. — ■ Disp. lÀsp. «a. IBOf. —
• Rftp. ad Atnrine, ‘-4 /Mip. Aatûè.
• que Dieu récompense les bonnes œuvres de scs « seniteurs, non-seulement en eux-mêmes, mais « encore en ceux pour qui ils prient, puisqu’il a
■ promis qu’il ferait du bien à ceux qui l’aiment, « jusqu’à mille générations. » Bucer disputait ainsi pour l’Église caholique en 151G, dans la conférence de Uatisbonne : aussi ces prièrON avaientelles été faites par les plus grands hommes de l’É> glise, et dans les siècles les plus éclairés; et saint Augustin même, tout ennemi qu'il était du mérite présomptueux, ne laissait pas de reconnattre que le mérite des saints nous était utile, en disant qu’une des raisons de célébrer dans l’Elglise la mémoire des martyrs , était pour être associés à leurs mérifes, et aidés par leurs prières ».
Ainsi, quoi qu’on puisse dire, la doctrine de la justice diréiicnne , de ses œuvres et de son mérite, étüitavouéedans les deux partis de la nouvelle réforme, et ce qui a fait depuis tant de difficulté n’en faisait aucune alors , ou n’en faisait en tout cas qu’à cause que dans la réforme on se laissait souvent entraîner à l’esprit de contradiction.
Je ne puis omettre ici une bizarre doctrine de la Confession d’Augsbourg, sur la justification. Cest non-seulement que l’amour de Dieu n’y était pas nécessaire, mais que nécessairement il la supposait accomplie. Luther nous l’a déjà dit : mais Melancliton l’explique amplement dans l’apologie. « Il est « impossible d’aimer Dieu , dil-il *, si auparavant on « n'a par la foi la rémission des péchés; car un cœur « qui sent vraiment un Dieu irrité ne le peut aimer ; « il faut le voirapai2>é : tant qu'il menace, tant qu’il « coiulamne, la nature humaine ne peut s’élever
• jusqu’à l’aimer dans sa colère. Il est ai.sé aux con- « templatcurs oisifs d’imaginer ces songes de l’amour " de Dieu, qu'un homme coupable de péché mortel le « puisse aimer par-dessus toutes choses, parce qu’ils
• ne sentent pas ce que c'est que la colère ou le ju-
• gement de Dieu : mais une conscience agitée sent " la vanité de ces spéculations philosophiques. » De là donc il conclut partout : « Qu'il est impossible « d’aimer Dieu, si l'on n'est auparavant assuré de
• la rémission obtenue »
Cest donc une des finesses de la justification de Luther, que nous sommes justifiés avant que d'avoir la moindre étincelle de l’amour de Dieu : car tout le but de l'apologie est d’étaljlir non-seulement qu’on est justifié avant que d’aimer, mais encore qu’il est impossible d’aimer si l’on n'est auparavant justifié * : en aorte que la grâce offerte avec tant de bonté ne peut rien du tout sur notre cœur; il faut l’avoir re^ue pour être capable d’aimer Dieu. Ce n’est pas ainsi que perle l’Église dans le concile de Trente :
■ L'homme excité et aidé parla grâce, dit cccon- « cilc croit tout ce que Dieu a révélé, et tout ce € qu'il a promis; et croit ceci avant toutes choses,
' Lib. XX. contra Fatut. Manich. e. xxi, tom. vni, eol. 347 — * Art. V, XX. cap. de bon. oper. Spni. Gen. S. part, tnp liv. I. n. xviil. Apol. cap, dejuâtif. p. M- — » Art. T, xx. cap. de bon. oper. SifnL Cen. 3. port. eup. liv. i, m. xvni. Apol. cap, deJuiti/p- al, ctc.— *Apot.p. 66, SI, 83, ti, 131, etc.
4 Se$$. VI, riip- 6.
. .( H VJK
DES VARIATIONS, LIV. III
« que (‘impie est justifié par la grâce^ par la rédemp*
« tion qui est eu Jésus-Christ. Alors se sentant
• pécheur, de la justice dont ilest alarme, il se tourne
• vers la divine miséricordequirelèveson espérance,
• da^siaco.NPlA^CE qu‘il a que Dieu lui seba «> PBOPiCE PAB Jesus’Chbist, et il commence à « Taiiner comme l'auteur de toutejustice; » c'est-àdire, comme celui qui justifie gratuitement l'impie. Cet amour si heureusement commencé /é porte à , détester ses crimes; il reçoit le saerement, il est justifié. La charité est répandue dans son cœur gratuitement par le Saint-Èsprit; et ayant commencé à aimer Dieu lorsqu'il lui offrait la grâce, il l'aime encore plus quand il l'a reçue.
Biais voici une nouvelle finesse de la justification lutliérienne. Saint Augustin établit après saint Paul , qu'une des différences de la justice chrétienne d’avec la justice de la loi , c*est que la justice de la loi est fondée sur l'esprit de crainte et de terreur; au lieu que la justice chrétienne est inspirée par un esprit de dilection et d'amour. Mais l’apologie l'explique autrement ; et ta justice où l'amour de Dieu est jugé nécessaire, où il entre, dont il a fait la pureté et la vérité, y est partout représentée comme la justice des œuvres, la justice de la raison , la justice par les propres mérites ; en un mot, comme la justice de la loi et b justice plinrisaîqiic ' . Voici de nouvelles idées que le christianisme ne connaissait pas encore : une justice que le Saiiit-Flsprit répand dans les cœurs; en y répandant b charité, est une justice pharisaîque, qui ne purifie que le dehors; une justice ré- (Kinduegrntuitemcnt dans lescœursàcnuscdeJcsusrJiri$t,cst une justice de b raison, une justice de b loi, une justice par les œuvres; et enfin on nous accuse d'ét.iblir une justice par ses propres forces, lorsqu'il parait clairement, par le concile de Trente, que nous établissons une justice dont la foi est le fond, dont b grâce est le principe, dont le Saint-Ksprit est l’auteur depuis son premier commencement. Jusqu'à b dernière pcrfi’ction où l’on peut arriver dans cette vie.
Je crois qu'on voit maintenant combien il a été nécessaire de bien faire entendee b justification luthérienne par b Confession d'Augshourg et par l'apologie, puisque cette exposition a fait paraître, que dans un article que les lutliériens regardent comme le chef-d’œuvre de leur réforme, ils n’ont après tout fait autre chose que de nous calomnier dans quelques points, nous justifier en d'autres; et dans ceux où il peut rester quelque dispute, nous bisser visiblement la meilleure part.
Outre cet article principal, il y en a d'autres très-importants dans b Confession d'Augsbourg ou (bus l'apologie, comme « qu'il faut retenir dans b « confession l'absolution particulière; que c'est t l'erreur des nov.itiens, et une erreur condamnée,
• de la rejeter; que cette absolution est un sacre- « ment véritable et proprement dit; et que la « puissance des clefs remet les péchés, non-seule-
• ment devant l’^^lisc, niaisencore devant Dieu* .»
* Mp. p. SG, 103. €te. — * Ari. XI, lli, Xxil. edit. Gcn. p. 21. Jpol.dePirnit.p. »«7,Seo,20I./&ü.f. 104, Un. Ibid. p. 166.
Quant au reproclie qu’on nous fait ici de dire que cc sacrement conférait la grâce sans aucun bon moueement de celui gui le reçoit , je crois qu’on est las d’enleudre une calomonie si souvent réfutée.
Quant à ce qu'on enseigne au même lieu , qu’en « retenant b confession il n'y fallait pas exiger 13 I « dénombrement des péchés , à cause qu’il est im- ! « possible, conformément à cette parole : Qui estce qui connaît ses péciwa *? - c’était , à la vérité, une bonne excuse à i’égard des péchés que l’on ne connaît pas ; mais non pas une raison suffisante de ne point soumettre aux clefs de l’Église ceux que l’on connaît. Aussi faut-il avouer de bonne foi que les luthériens, non plusqueLu ther, u'ont pas, en cela, d’autres sentiments que les nôtres, puisque nous trouvons ces mots dans le petit Catéchisme de Luther reçu unanimement dans tout le parti : « De- •• vant Dieu nous devons nous tenir coupables de
• nos pédicB cachés : mais à l’égard du ministre, > il faut seulement confesser ceux qui nous sont « connus , et que nous seutons dans notre cœur * . • Kt pour mieux voir ‘la conformité des luthériens avec nous dans l'administration de ce sacrement, il ne sera pas hors de propoe de considérer l’abeolulion , qu'au rapport du même Luther dans le même endroit , le confesseur donna au pénitent après sa confession, en ces termes : « Ne croyez-vous pas que ma rémission est celle de Dieu.> Oui, répond
• le pénitent. Et moi, reprend le confesseur, par
• l’ordre de notre Seigneur Jcsus-Clirisl, je vous
• remets vos péchés au nom du Père , et du Fils et « du Saint-Esprit »
Pour le nombre des sacrements, l’apologie noua easitigne que le baptême , la edne, et l’absolution sont trois véritables sacrements •*. F.n voici un quatrième, puisqu' « il ne faut point faire de dîffi-
• culte de mettre l’ordre en ce rang, en le prenant « pour le ministère delà parole, parce qu'il est corn- « mandé de Dieu , et qu'il a de grandes promesses. » La confirmation et rextrënic-onction sont marquées comme des cérémonies reçues des Pères, mais qui n'ont pas une expresse promesse de b grâce. Je ne sais doue ce que veulent dire ces paroles de l’Épftre de saint Jacques, eo parlant de l'onction des malades :ô>'(7cxf en pér/ié, U lui sera remis mais c'est peut-être que Luther n’estimait pas cette Épître, quoique l'Eglise ne l’ait jamais révoquée en doute. Ce hardi réformateur retrancliait du canon des Ecritures tout ce qui ne s’accommodait pas avec ses pensées ; et c’est à l’occasion de cette onction qu’il écrit dans iû Captivité de Babyloitêf sans aucun témoignage de l'antiquité, que cette Épttre ne parait pas de saint Jacques, ni di^e de l’esprit apostoUque
Pour le mariage , ceux de la Confession d’Aogsboui^ y reconnaissent une institution divine, et des promesses , mais temporelles ? ; comme si c’était une chose temporelle que d'élever dans l’Eglise les
* Conf. Àug. art ti. cap. de ConJ. * Cmt. wUm, ConeonL p. 37S. — * Ibid. 3S0. — * ApoL Cap. dé «NM. Sac. adari. xni, p. 200 cl Mq. — * Jac. V, IS. — * Capiia. BabyUm. L ii, es. — ) Apot. ibid. 202.
infants de Dieu, et se Eauver en les engendrant de cette sorte * ; ou que ce ne fdt pas un des fruits du niariege chrétien , de faire que les enfants qui en sortent fussent nommés saints , comme étant destinés à la sainteté *.
Mais au fond l’apologie ne parait pas s'opposer beaucoup à notre doctrine sur le nombre des sacrements , « pourvu , dit-elle * , qu’on rejette ce sen- • liment qui domine dans toute le règne pontifical , ■ que les sacrements opèrent la grâce sans aucun « bon mouvement de celui qui les reçoit. « Car on ue se lasse point de nous faire cet injuste reproche. C’est là qu’on met le nœud de la question; c'est-àdire, qu’il n'y resterait presque plus de difficulté, sans les fausses idées de nos adversaires.
Luther s'était expliqué contre les vœux monastiques d'une manière terrible, jusqu'à dire de celui de la continence (fermez vos oreilles, âmes chastes), qu'il était aussi peu possible de l'accomplir que de se dépouiller de son sexe 4. La pudeur serait offensée, si je répétais les paroles dont il se sert en plusieurs endroits sur ce sujet : et à voir comment il s'explique de l'impossibilité de la continence, je ne sais pour moi ce que deviendra cette vie qu'il dit avoir menée sans reproche durant tout le temps de son célibat , et jusqu'à l'âge de quarante-cinq ans. Quoi qu'il en soit , tout s’adoucit dans l'apologie , puisque non-seulement saint Antoine et saint Bernard, mais encore saint Dominique et saint François y sont nommés parmi les saints et tout ce qu’on demande à leurs disciples, c'est qu'ils recherchent, à leur exemple, la rémission de leurs péchés dans la bonté gratuite de Dieu : à quoi l'Église a trop bien pourvu pour appréliender sur ce sujet aucun reproche.
] Cet endroit de l'apologie est remarquable, puisqu'on y met parmi les saints ceux des derniers temps, etqu'ainsi on reconnaît pour la vraie Église celle qui le^a portés dan.*; son sein. LuUier n'a pu refuser à ces grands hommes ce glorieux titre. Partout il compte parmi les saints, non-seulement saint Bernard, mais encore saint François , saint Bonaventure, et les autres du treizième siècle. Saint François entre tous les autres lui parut un homme admirable, animé d'une merveilleuse ferveur d'esprit. Il pousse ses louanges jusqu'à Gerson , lui qui avait condamné Viclef et Jean Hus dans le concile de Constance, et il l’appelle un homme grand en tout ^ : ainsi l’Église romaine était encore la mère des saints dans le quinzième siècle: Il n’y a que saint Thomas d'Aquin dont Luther a voulu douter, je ne sais pourquoi ; si ce n'est que ce saint était jacobin , et que Luther ne pouvait oublier les aigres disputes qu'il avait eues avec cet ordre. Quoi qu’il en soit, Une sait, dit-il 7, si Thomas est damné ou sauvé ^ bien qu'assurément il n’eût pas fait d’au-
• I. rtm.u, rs.— > I. Cor.vn, 14.— */£ii4.p.203.—
r o(/. t. vu,/. SOS. etc. — rtip. ad. Arg. p. M. de rot.
Efo». p. ShI. — « rvw. isaj. I. I, 377 , adv. Paris. Theologasi. i. Il, iM, dt abrog. Miss. priv. p^mo Tract, ibid XM , SM. 4c Mt. Mon. ibid. 271 , 278. — ’ Pnsf- «4e. LaUym , ibid. -iia.
très vœux que les autres saints religieux , qu'il n'eût pas dit une autre messe , et qu'il n'eût pas enseigné une autre foi.
Pour maitpnant revenir à la confession d’Augsbourg et à l'apologie, l’article même de la messe y passe si doucement * , qu'à peine s'aperçoit-on que les protestants y aient voulu apporter du changement. Ilsconimencent pas se plaindre « dureproclie « injuste qu’on leur fait d'avoir aboli la messe. On
• la célèbre, disent-ils, parmi nous avec une ex-
■ tréme révérence , et on y con.serve presque toutes
• les cérémonies ordinaires. » En effet, en 1523, lorsque Luther réforma la mc.cse « et en dressa la formule * , U ne changea presque rien de ce qui frappait les yeux du peuple. On y garda l'Introït, le Kyrie y la Collecte, l’ÉpItre, l’Évangile, avec les cierges et l’encens si l'on voulait, le Credo y la Prédication , les Prières, la Préface , le Sanctus , les paroles de la Consécration, l'Élévation, l’Oraison dominicale, V.ignus Dei, la Coiniminion , l’Action de grâce. Voilà l'ordre de la messe luthérienne , qui ne paraissait pas à l'extérieur fort dilTérente de la notre :au reste, on avait conservé le chant, et même le chant en latin ; et voici ce qu'on en disait dans la Confession d’Augsbourg : On y tnéie arec le chant en latin, des prières en langue allemande , pour tinstruction du peuple. On voyait dans cette messe et les parements et les habits sacerdotaux, et on avait un grand soin de les retenir, comme il paraissait par l'usage, et par tout<^ les conférences qu'on fit alors Bien plus, on ne disait rien contre l’oblation dans la Confession d'Augsbourg : au contraire, elle est insinuée dans ce passage qui est rapporté de l'Histoire lripartitc:a DansiavilledW-
• lexandrie, on s’assemble le mercredi et le ven- « dredi , et on y fait tout le service , excepté l'obla-
■ tion solennelle 4. •
C'est qu’on ne voulait pas faire paraître au peuple qu’on eût changé le service public. A entendre la Confi'.«ision d’Augsbourg, il semblait qu'on ne s'attachât qu'aux messes sans communiants, quon avait abolies, disait-on * , à cause qu'on n’en célébrait presque plus que pour le gain; de sorte qu'à ne regarder que les termes de la Confession , on eût dit qu’on n'en voulait qu'à l'abus.
Cependant on avait oté dans le canon de la messe les paroles où il est parlé de l'oblation qu'on faisait à Dieu des dons proposés. Mais le peuple, toujours frappé au dehors des mêmes objets, n’v prenait pas garde d'abord ; et en tout cas, pour lui rendre ce changement supportable, on in.siiiuait que le canon n’était pas le même dans les Églises : « Que « celui des Grecs différait de celui des Latins, et > même parmi les Latins celui de Milan d'avec ce- « lui de Rome • Voilà de quoi on amusait les ignorants : mais on ne leur disait pas que ces canons ou ces liturgies n'avaient que des différences fort accidentelles; que toutes les liturgies convenaient unanimement de l'oblation qu'on faisait à Dieu des
• Cap. de Miu. — * Porm. Mess. t. il. — • CAgtr, HM, Conf. .4ug. — * Coi\fes$. Aug. eap. de Miss. Ibid. — • Ihid. — * Cont. Luth, npnd CAyIr. UUt. Aug. Conf. lit. de Can,
DES VARIATIONS, LIV. III
dons proposés, devant que de les distribuer : et c'cst ce qu'on changeait dans la pratique, sans t'oser dire dans la confession publique.
Mais pour rendre cette obligation odieuse, on faisait accroire à l’Église qu’elle lui attribuait • un « mérite de remettre les péchés, sans qu'il fdt
• besoin d’y apporter ni la foi , ni aucune bon mou-
• vement : • ce qu'on répétait par trois fois dans la Confession d'Augsbourg; et on ne cessait deTinculquer dons l’apologie, pour insinuer que les catholiques n'admettaieiit la messe que pour éteindre la piété.
On avait mémo inventé, dans la Confession d'Augsbourg, cette admirable doctrine des catholiques, à qui on faisait dire : « Que Jésus-Christ « avait satisfait dans sa passion pour le péché ori- « ginel, et qu’il avait institue la messe pour les « péchés mortels et véniels que l’on commettait « tous les jours* : » comme si Jésus-Christ n’avait pas également satisfait pour tous les péchés; et on ajoutait, comme un nécessaire éclaircissement, •I que Jésus-Christ s'était offert h la croix, non- « seulement pour le péché originel, mais encore « pour tous 14*5 autres » vérité dont personne n'avait jamais douté. Je ne nVetonne donc pas que les catholiques, au rapport même des luthériens, quand ils entendirent ce reproche, se soient comme récriés tout d'une voix ; jamais on n'avait oui UUe chose parmi eux <. Mais il fallait faire croire au peuple, que ces malheureux papistes ignoraient jusqu'aux éléments du christianisme.
Au reste, comme les fidèles avaient bien avant dans l’esprit l'oblation faite de tout temps pour les morts, les protestants ne voulaient pas paraître ignorer ou dissimuler une chose si connue ; et ils en parlèrent dans l'apologie en ces termes : Quant « à ce qu'on nous objecte de l'oblation pour les
• morts, pratiquée par les Pères, nous avouons « qu'ils ont prié pour les morts, et nous n’em-
PÊCHONS PAS qu’on NB LE FAssB; mais nous « n’approuvons pas l'application de la cène de « notre Seigneur pour les morts , en vertu de Tac-
• lion , ex opéré operato ». *
Tout est ici plein d’arliGce : car premièrement, en disant qu’ils n'empéchent pas cette prière, ils Pavaient Ôtée du canon, et en avaient effacé par ce moyen une pratique aussi ancienne que l'Église. Secondement, l'objection parlait de l’oblation', et ils répondent de la prière , n’osaiit faire voir au peuple que l'antiquité eût offert pour les morts ; parce que c'était une preuve trop convaincante que l'eucharistie profitait même à ceux qui ne recevaient pas la communion.
Mais les paroles suivantes de l'apologie sont remarquables : « C’est à tort que nos adversaires ■ nous reprochent la condamnation d’Aérius,
• qu'ils veulent qu’on ait eomloinné, à cause qu’il A niait qu'on offrît la messe pour los vivants et « pour les morts. Voilà leur coutume de nous op- » poser les anciens hérétiques, et de comparer
• notre doctrine avec la leur. Saint Épipbane té- « tnoigne qn'Aérius enseignait que les prières pour « les morts Étoient i.mjtiles. Nous ne soutenons
• point Aériiis; mais nous disputons avec vous « qui dites, contre la doctrine des prophètes , des > apôtres et des Pères, que la messe justifîe les « hommes en vertu de l'action, et mérite la remis- « sioii de la coulpe et de la peine aux méchants à « qui on rapplique; pourvu qu'ils n'y mettent pas
• d'obstacle *. > Voilà comme on donne le change aux ignorants. Si les luUiériens ne voulaient point soutenir Aérius, pourquoi soutiennent-ils ce dogme fmrtlcuUerj que cet hérétique arien avait ajouté d l'hérésie arienne , gu U ne fallait point prier ni offrir des oblations pour les morts. Voila ce que saint Augustin rapporte d’Aérius, après saint Épipbane, dont il a fait un abrégé *. Si on rejette Aérius , si on n’ose pas soutenir un hérétique réprouvé par les saints Père.s, il faut rétablir dans la liturgie non-seulement la prière, mais encore l'ublation pour les morts.
Mois voici le grand grief de l’Apologie : C'est, dit-on, que saint Épiphane, en condamnant Aérius, ne disait pas comme vous, « que la messe « justifie les hommes en vertu de raction , ex opéré
• operatOf et mérite la rémission de la coulpe et A et de la peine aux méchants à qui on l’applique, « pourvu qu’ils n’y mettent point d’obstacle. « On dirait, à les entendre, que In messe par elle-même va justifier tous les pécheurs pour qui on la dit, sans qu’ils y pensent : mais que sert d'amuser le monde? la manière dont nous disons que la messe profite même à ceux qui n'y pensent pas, jus<|u’aux plus méchants, n'a aucune difficulté. Elle leur profile comme la prière, laquelle cerUiineinent on ne ferait pas pour les pécheurs les plus endurcis, si on ne croyait qu’elle pût obteuir de Dieu la grâce qui surmonterait leur endurcissement, s’ils n’y résistaient, et qui souvent la leur obtient si abondante, qu'cite empêche leur résistance. Cest ainsi que l'oblation de l'eucharistie profite aux absents , aux morts et aux pécheurs mêmes; parce qu'en effet la consécration de l'eucharistie, en mettant devant les yeux de Dieu un objet aussi agréable que le corps et le sang de son Fils, emporte avec elle une manièred’intercession très-puissante , mais que trop souvent les pécheurs rendent inutile, par l’empêchement qu'ils mettent à son efficace.
Qu’y avait-il de choquant dans cette manière d’expliquer l'effet de la messe ? Quant à ceux qui détournaient à un gain sordide une doctrine si pure, les protestants savaient bien que l'Église ne les approuvait pas : et pour les messes sans communiants, les catholiques leur dirent dès lors ce qui depuis a été eonfinné à Trente, que si l'on n’y communie
* Âpot. enp. de voeah. MUs. p. Î74 — • 5. Jug. lib. de tuer. 60. VIII, rvt. IB. HpipH. A«rv<. 76, tem-, p. iM».
* Conf- ^"9‘ P- ''“P- *
Sacram. et Sacrif. et de voccb. Mite. p. SS» et m»!- — * Con/. /fug. in Ub. Cane. cap. de Miu. p. sa. — > Ibid. SB. — ‘ Chgtr. Hut. Omf- ConJ. Cathoi. cap. de Mitid. — * Jpol. uip, de voenb. Miu. p. *74.
•Osai'b'T. — TOn IT.
âO
p.is, ce nVst |m l.i faute de TKi^li.se, puisqu' fUc . souhaUrralt au contraire que les assistants com- j mtiniasscnt à la messe qu'ils entendent ‘ : de sorte <)ue l'Eglise ressemble à un riche bienfaisant t dont la table est toujours ouverte et toujours servie , en- j corc que les a>nvi('*s n'v viennent pas.
On voit maintenant tout l'artitiee de la Confession d’Augsbmirg touchant la messe : ne loucher pue re au dehors ; changer le dedans , et même ce qu'il y avait de plus ancien, sans en avertir les ; peuples ;diarger les catholiques des erreurs les plus j grossières, jusqu'à leur faire dire, contre leurs principes, que la m 'sse justifiait le pêche ur^ chose ponstamrnent réservée aux sacrements de baptême rt de pénitence; et encore sans aucun bon motivement, aün de rendre l’Eglise cl sa liturgie plus [ odieuses. :
On nclait pas moins soigneu.x de défigurer les ; autres parties de notre doctrine, et parliculièrement J le chapitre delà prière des saints. « II y en a , dit ;
- l’apologie », qui attribuent NKTTEMEXT LA Divt- ■
- NITÊ aux saiuts, en disant qu’ils voient en nous ; « les secrètes pensées de noseceurs. • Où sont-ils ^ res théologiens qui attribuent aux saints devoir le ' secret des cœurs comme Oieu, ou de le voir autre- | ment que par la lumière qu'il leur donne, comme j il a fait aux prophètes, quand il lui a plu ? « Ils !
• font des saints, disnlt-on^, non-seulement des i
• intercesseurs, mais encoredes médiateurs dk , « BÉDr.MPTiON. Ils ont inventé que Jésus-Clirist
« était plus dur, et les saints plus aisés à apaiser : '
• iU SC fient plus à la miséricorde dr.s saints, qu'j
• ce!ledcJésus-Chrisl;ETFUY4XT Jbsiîs-Christ, | « ils elierchent le^ saints. » Je n’ai pas besoin de justifier l’Eglise de ces abominables exces. Mais afin qu'on ne doutât pas que ce ne fdt là au pied tie la lettre le sentiment catholique, « nous ne par-
« Ions point encore , ajoulail-on , des abus du peu-
• pie : nous parlons de l'opinion des doeleurs. » Kt un peu après * : • Ils exhortent à se lier davantage
•I à la miséricorde des saints qu’à celle de Jésus- ‘
• Christ. Ils ordonnent de se fier aux mérites des « saints . comme si nous étions réputés justes à •- cause de leurs mérites , comme nous sommes ré-
- pmésjuste-sàcause des mérites de Jésus-Christ. • Après nous avoir imputé de tels excès, on dit grat>-ment : « TSous n’inventons rien : ils disent, dans
• les indulgences, que les mcKtes des saints nous
- sont appliqués. «» Il ne fallait qu’un peu d'équité P utr entendre de quelle sorte le.s mérites des saints II' n.s sont utiles; cl Riicer même, auteur non suspi eî, nous a justifies du reproche qu'on nous faisait sur ce point.
Mais on ne voulait qu’aigrir et irriter les esprits. Cest pourquoi on ajoute encore : « De rinvoention
• des saints on est venu aux images. Ou les a lio-
• norées, et on pensait qu'il y avait une eerlaiiie " vertu, COMME LES MAOiciEXS iious font accroire
• Ch^tr. ma. Cnnf. Aug. C tmfut. Caih. c*p, He Viisil. f'ont'it. TrtJ. Vm. wii , cap. C. — * Ad art, xxi. cap. de Invite. — * Ibid. — * arf. XXI. Cap. de lavoe.
«• QU'U. Y EN A DiNS LES IMAGES DES CONSTBL- " LATlôxs, lorsqu'un iesfait en un certain temps'. » Voilà comme on excitait la haine publique. H faut avouer pourtant qu'on n'en ven.ail pas à cet excès dans la Confe.ssion dWugsboiirg, cl (ju’on n’y parlait pas même des Images. Pour contenter le parti, ilfnllutdiredans rapologiequelqueehoscdepliis dur. Cependant un ne. gardait bien d'y faire voir au peuple que ces prières adressées aux saints, afin qu’ils pria.sseiit pour nous, fu.vsent communes dans l'ancienne Église. Au contraire, on en parlait comme d'une « coutume nouvelle, inlroduile sans le té- » moignage des Pères , et dont on ne voyait rien
■ avant saint Grégoire * , • c'est-à-dire avant le septième siècle. I.es (M Uples n’étaient pas encore accoutumés à mépriser l’autorité de l’ancienne Eglise . et la réforme, timide encore, révérait les grands noms de.s Pères. .Mais maintenant elle a endurci son front, elle ne sait plus rougir , de sorte qu'on nous abandonne le quatrième siecle, et on ne craint point d'a.s.surer que saint Basile, saint Ambroise, saint Augustin, et en un mot tous le.s Pères de ce siècle si vénérable, ont avec l'invocallon des .saints rUibli dans la nouvelle idolâtrie le règne de i'Anteebrist
Alors, et durant le temps de la (’onfession d'Augsbourg, les protestants se glorifiaient d’avoir pour eux les saints Pères, principalement dans l'arliele de la justification, qu'ils regardaient comme le plus c.syMiliel : cl non-seulement ils prétendaient avoir pour eux l’ancienne Eglise mais voici encore comme iis finissaient l’exposition d< leur doctrine: « Tel est l’abrégé de notre foi , où l’on ne verra « rien de contraire à l’Ecriture, ni à l'Eglise catho- « liqiie, ou même a l’Eglise homaink , mitant « qu'on la peut connaître par ses écrivains. Il s’agit O de quelque peu d'abus qui scsont introduits dans i« les Eglises sans aucune autorité certaine; et « quanti il y aurait quelque différence, il la faudrait " supporter, puisqu’il n'est pas nécessaire que les
■ rites des Eglises soient partout les mémos. »
Dans une autre édition ^ on lit ces mots : • Nous
" ne MÉPRISONS PAS LE CONSENTEMENT DF. l’E- « ci.iSE CATHOLIQUE, ni 06 voiiloiis soutcnif les « opinions impies et séditieuses qu'elle a rondani- " nées, car ce ne sont point des passions désortlou- > iiik!S, mais c’est l’autorité de la parole de Dieu , 0 et DE l’ancienne Eglise, qui nous a pous.sés
• à embrasser cette doctrine, pour augmenter la « gloire de Dieu, et pourvoir à l'utiUté des bonnes « âmes dans l'Eglise universelle. »
On disait aussi dans l’apologie, après y avoir exposé l’article de la justification , qu’on ten,iil san.s I comparaison le principal. « Que c’était la doctrine i • des prophètes, des apôtres et des saints Pères, de ' « saint Ambroise de saint Augustin, de la plupart ! <i des autres Pères, et de toute l'Eglise, qui reeonj « nais.sailJé.sus-Clïrisl pour propilialeur, et comme
« Cap. de favoe SS. p. — * /6iW. /». 221. 22i, fi9. —
* Oii.*/.Jrciift LnUH.Jaifph- Vednin Vomiarnt. Ajxk.Jht.
Are, d'i> Pr jih. — ♦ C‘>n/- Aaif. ai t. Ceti. p. 22, 22,
itc.Apol reup.i.d Arn.p I»l, rf, — Grfi.orf xxi. p.21
DES VARIATIONS, LIV. III
« railleur de la justification; et qu'il ne fallait pas
• prendre pour doctrine de l'flglise romaine tout
• ce qu'approuvent le Pape, quelques cardinaux,
• évéques, théologiens ou moines' : • par où l'on distinguait manifestement les opinions particulières d'avrc le dogme reçu et constant, où on faisait profession de ne vouloir point toucher.
l.es peuples croyaient donc encore suivre en tout le seutiment des Pères, l'autorité de l’Église c<a> tholique, et même celle de l'Église romaine, dont la vénération était profondément imprimée dans tous les esprits. Luther même, tout arrogant et tout rebelle qu'il était, revenait quelquefois à son bon sens, et il faisait bien paraître que cette ancienne vénération qu’il avait eue pour l’Église, n'etait pas entièrement effacée. Environ l'an 1534, tant d'années après sa révolte, et quatre ans après la Confession d'Augsbourg , on publia son traité pour abolir la messe privée *. C’est celui où il raconte son fameux colloque avec le prince des ténèbres. Là, tout outré qu’il était contre l'Église catholique, jusqu'à la regarder comme le siège de rAntechnst et de l’abomination , loin de lui ôter le titre d’figlise par cette raison, il concluait , au contraire, •• qu'elle
• était la véritable Église, le soutien et la colonne « de la vérité, et le lieu très-saiiit. En cette Église, « poursuivaibil, Dieu conserve miraculeusement le « baptême, le texte de FÉvangile dans toutes les
• langues, la rémission des péchés, et l'absolution « tant dans la confession qu'en public; le sacrement « de l'autel vers Pâques, et trois ou quatre fois l'an- « née , quoiqu’on en ait arraché une espèce au |>eu- « pie, la vocation et l'ordination des pasteurs; la
• consolation dans l’agonie; l'image du crucifix, et « en mêmetemps le ressouvenir de la mort et de la
• passion de Jésus-Christ ; le Psautier, l'Oraison do- « minicale, le .Symbole, le Décalogue, plusieurs « cantiques pieux en latin et en allemand. * Et un peu après : • Où l'on trouve ces vraies reliques des « saints, là sans doute n été et est encore la sainte
• Église de Jésus-Christ; là sont demeurés les « saints; car les institutions et les sacrements de
• Jésus-Christ y sont, excepté une des espèces ar- « radiée par force. C’est pourquoi il est certain que « Jésus-Christ y a été présent, et que son Saint- « Esprit y conserve sa vraie connaissance , et la « vraie foi dans ses élus. >Loinde regarder lacroix, qu’on mettait entre les mains des mourants, comme un objet d'idolâtrie, il la regarde au contraire comme un monument de piété, et comme un salutaireavertissement, qui nous rappelait dansl'esprit 1a mort et la passion de Jésus-Clirist. La révolte n’avait pas encore éteint dans son coeur ces beaux restes de la doctrine et de la pieté de l'Église; et je ne m'étonne pas (}u'à la tête de tous les volumes de ses oeuvres, on l’ail peint, avec son maître l'électeur, à genoux devant un crucifix.
Pource qu’il dit de la soustraction d'une des espèces, la réforme se trouvait fort embarassée sur cet article ; et voici ce qu’on eu disait dans l'apologie :
• retp. ad art. p. I4l. — • Tr. de priv. t. vu, aae et
« Nous excusons l'Église , qui , ne pouvant rocevoi r « les deux espèces, a souffert celle injure : mais « nous n'excusons pas les auteurs de celle défense '. >
Pour entendre le secret de cet endroit de l’apologie U ne faut que remarquer un petit mot que Melanchton , sou auteur, écrit à Luther, en le consultant sur cette matière , pendant qu’on en disputait à Augsbourg entre les catholiques et les protestants. « Eccius voulait, lui dit-il ■, « qu’on tînt « pour indifterente la communion sous une ou
• Süus deux esjièces. C’est ce que je n’ai pas voulu « accorder : et toutefois j'ai excusé ceux qui jiis- « qu'ici avaient reçu une seule espèce pab ebreiir , «car on criait que nous condamnions toute l'É- « glise. •
Ils n’osaient donc pas condamner toute l'Église : la seule pensée en faisait horreur. C’est ce qui fait trouvera Melanchton ce beau dénouement, d'excuser rf-glise sur un erreur. Que pourraient dire de pis ceux qui la condamnent, puisque l’erreur dont il s’agit est supposée une erreur dans la foi , et encore une erreur tendant a l’entière subversion d’un aussi grand sacrement que celui de feucharislie? Mais enfin on n’y trouvait pas d’autre expédient : Lutlier l’approuva; et pour mieux excuser l’Église, qui ne communiait que sous une espèce, il joignit la violence, qu'elle souffrait de ses pasteurs sur ce point , à l’erreur où elle était induite : la voila bien excusée, et les promesses de Jésus-Christ, qui ne la devait jamais abandonner, sauvées admirablement par cette méthode.
Lc4 paroles do Luther dans la réponse à Melancliton sont remarquables : // crienl que nous confJamnons foute l'ICtjlUe. C'est ce qui frappait tout le monde. « Mais, riqiondit Luther^, nous disons « que l'f:gliso oppressée et privée par violence
• (l’une des esjièces, doit êlrc excusée, comme on
• excuse la Synagogue de u'avoir pas observé toutes
• les cérémonies de la loi dans la captivité de Daby-
• lone , où elle n'en avait pas le pouvoir. »
L'exemple était cité bien mal à propos : car enfin ceux qui tenaient la .Synagogue captive n’etaient pas de son corps, comme les pastcur.s de l'Église, qu'on faisait ici pas.ser pour ses oppresseurs, étaient du corps de f Église. D'ailleurs, la Synagogue, pour être contrainte au dehors dans ses observances, n’etait pas pour cela induite en erreur^ comme Melanchton soutenait que l'Église privée d'une des esjièces y ('tait induite; mais enfin l’article passa. Pour ne point condamner l'ÉglLse, on demeura d'accord de l'excuser sur l’erreur où elle était, et sur f'ii\)ure qu'on lui avait fuite; et tout le parti souscrivit à cette rèjionse de l'apologie.
Tout cela ne s'accordait guère avec fart, vu de la Confession d'Augsbourg, où il est porté ; » Qu'il ■ y a une sainte Église quidcpîcurera éternellement. •> Or, l'Église c’est i'assemblee des saints, où i'É-
• vangile est enseigné, et les sacu'ements adniinis- « tn'ts comme il faut. » Pour sauver cette idée
• Cap. de utrAque tpteie. 235. — * h'6. I. Ep. l>.
Hr/tp. Luth, ad Met. t. ii. Sleid- Ub, Mi, lit.
mSTOlRE
d*Kg)isc , il ne fallait pas seulement excuser le peuple; mais il fallait encore que les sacrements fussent bien administras par les pasteurs; et si celui de l’eudiaristie ne subsistait sous une seule espèce, on ne pouvait plus faire subsister l’Kglise même.
L’embarras n'ctail pas moins grand à en condamner 1.1 doctrine; et cVsl pourquoi les protestants n'<iseiit avouer <|ue leur confession de foi fût opposée h l’Eglise romaine, ou qu'ils se fussent retirés deson sein, lis tueiiaientde faire accn)ire,ct»mme on vient de voir, qu'ils n'en étaient distingués que par certains rites, et quelques légères observances. Lt au reste, pour faire voir qu'ils prétendaient toujours faire avec elle un même corps ils se soumettaient publiquement à son concile.
t’csl ce qui paraît dans 1« pniface de la Confession d'Augsbourg, adressée à (Charles V. « Votre majesté
• impériale a déclaré (jirclle ne pouvait rien déler- « miner dans celte affaire, où il s’agissait de la
• religion ; mais qu'elle agirait auprès du Pape
• pour procurer l’assemblée du concile universel. - Klle réitéra l'an passé la même déclaration dans
• la dernière diète tenue à Spire, et a fait voir qu'elle
• persistait dans la résolution de proeurer cette
• assemblée du concile général; ajoutant que les
• affaires quelle avait avec le Pape étant terminées,
• elle croyait qu’il pouvait être aisément porté à •i tenir un concile général « On voit par-là de quel concile on entendait jtarlcr alors : c’était d’un concile général rassemblé par les papes; et les prot<>stants s’y soumettent en ces termes : « Si les nffai-
• res de la religion ne peuvent pas être accouimo- « (lées à l'amiable avec nos parties, nous offrons en
• toute obéiss.ance à votre majesté impériale de
• comparaître , et de plaider notre cause devant un
• tel euncile général, libre et chrétien. » Kl enfin :
• CVst à ce concile général, et ensemble a votre " majesté iinpériulc, que nous avons appelé et np- > pelons , cl nous adhérons h cet appel. » Quand ils parlaient de celle sorte, leur intention n’était pas de donner à l’empereur l’autorité de prononcer sur les articles de la foi : mais en appelant au concile, ils nommaient aussi l’empereur dans leur appel, comme celui qui devait procurer la convocation de cette sainte assemblée, et qu’ils priaient en attentkmt de tenir tout en suspens. TTne déclaration si solennelle demeurera éternellement dans l’acte Iç plus authentique qu'aient j.amais fait les luthériens, cl à la tête delà Confession d’Augsboiirg, en témoignage contre eux , et en reronnaissancc de l'iiiviobible autorité de l’Eglise. Tout s’y soumettail alors; et cc qu’on faisait, en attendant sa decision, ne pouvait être que provisoire. On tenait les peuples , et on se trompait peut-être soi-méine par cette belle apparence. On s’engageait cependant, et l’horreur qu’on avait du schisme diminuait tous les jours. Après qu’on y fut accoutumé, et que le parti se fut fortifié par des traités et pardes ligues, l’Église fui oubliée, tout ce qu’on avait dit deson autorité sainte s'évanouit comme un songe, et le titre de
* Prerf. CoMf. Concord p. 8, 9.
concile libre et chrétien f dont on s'ébail servi, devint un prétexte pour rendre illusoire la réclamation au concile, comme on le verra par la suite.
\oilà I histoire de la Confession d’Augsbourg et de son apologie. On voit (jue les luthériens reviendraient de l)eaueoiip de choses, et j’ose dire presque de tout, s’ils voulaient seulement prendre la peine d’en retnncljcr les calomnies dont on nous y charge, et de bien comprendre les dogmes où l’on s'accommode si visiblement à notre doctrine. SI l'on en eiU cru Mfbnchton, on se serait encore approché beaucoup d'avantage des calboliques ; car il ne disait pas tout ce qu’il voulait; et pendant qu il travaillait à la Confession d'Augsbourg, lulinéme en écrivant à Luther sur les articles de foi qu’il le priait de revoir ; Iltes/aut, dit-il * , rAanger souivut el les accommoder d l'occasion. Voilà comme on bâtissait celle célèbre Confession de foi, qui est le fondement de la religion protestante; et c’est ainsi qu'on y traitait les dogmes. On ne permettait pas à iMclanclitun d’adoucir les choses autant qu il le souliaitait ; * Je changeais , dit-il •, «tous les Jours, et rerhangeais quelque chose; et « j'en aurais clwngé beaucoup davantage, si nos « compagnons nous l'avaient permis, ^lais, poiirsui- ■ vait.il, iis ne se mettent en (leinederien: « c'était à dire, commeil l'expliquepartout, que, sans prévoir cc qui jwuvait arriver, on ne songeait qu'a |>ousser tout à l’exirémilé : c’est pourquoi on vovail toujours Mcbncblon, comme illc confesse lui-niéme bfé de cruelles inqu'uHndcs, de soins in finis , d insupjKirtables regrets. Luther le contraignait plus que tous les autres ensemble. On voit dans les lettres qu'il lui écrit, qu'il ne savait comment adoucir ci-t esprit superl)€ : quelquefois il entrait contre Meianciiton dans une telle colere^ qu'il ne. voulait jxis même lire ses lettres ■*. C'est en vain qu'on lui envoyait des messagers exprès : ils revenaient sans réponse; et le malheureux .Mejamhlon , qui s'opposait le plus qu’il [Kiuvait aux emportements de son maître et de son parti, toujours pleurant et gémissant , écrivait la ('onfession d’Augsbourg avec ces contraintes.