AUX PRÉTË^DUS RÉFORMÉS
Mes CREAS pbèbes,
Un nouveau |)crsonnage va paraître; on est las de M. Jurieu eide ses dLseours emportés: la réponse que M. Durnel avait annoncée en ces termes, rfwrcj réponses qu'on prépare à J/, de Meaux* , est venue avec toutes les duretés qu'il nous a promises ; et s’il ne faut que des malhonnêtetés pour le satisfaire, il a sujet d’être content ; M. Basiiage a bien répondu à son attente. Mais savoir si .sa réponse est solide et scs raisons soutenables, cet essai le fera connaitre. Nous reviendrons, s’il le faut, à M. Jurietj. Les écrits où l’on m’avertit qu’il répand sur moi tout ce qu'il a de venin , ne sont p,as encore venus à ma connaissance; je les attends avec joie, nonseulement parce que les injures et les calomnies sont des couronnes à un chrétien et à un évêque, mais encore c<unme un témoignage de la faiblesse de sa cause. Quand j’aurai vu ces discours, je dirai ce qu’il conviendra: non pour ma défense, car ce n'est pas de quoi il s’agit; mais pour cellede la vérité, si on lui oppose quelque objection qui soit digne d'une réplique. Em ntleudant, commençons à |>arlerà M. Basnage, qui vient avec un air plus sérieux ; nous pourronslesuivre pas à pas dans la suite, avec toute la promptitude que nous i^ermettront nos autres de:vüirs; niais la matière où nous a conduits le cinquic* me Avertissement, je veux dire celle des révoltes de Îa
• lh$t. de Bd. l. XI, pfi9 298.
' CrU. det rar. p. 32. n. U.
DE i;nîSTOIRE T)ES VARIATIO!HS.
réforme, si souveot armée contre scs rois et sa patrie, mérite bien dVtre épuisée pendant qu’on est en train de In traiter. Vous are-z vu, mes chers frè* res, dans cet Avertissement, sur un sujet si essentiel, les excès du ministre Juricu : ceux du ministre Basnn^c ne vous paraîtront ni moins visibles, ni moins odieux: et puisque sa réponse parait justement dans le temps qu’une si grande matière nous occupe, nous la traiterons la première.
Voici comme ce ministre commence : *i T-a guerre « n'a rien de commun avec l'Histoire des Varia- > lions : mais il plaît à M. de Meaux de trouver « qu’elle est visiblement de son sujet*. • M. Jurieu en a dit autant : ces messieurs voudraient bien qu'on enU que ce prélat, embarrasse à trouver dos variations dans leur doctrine, s? jette sans cesse h l’écart, et ne songe qu’à grossir son livre de matières qui ne sont pas de son sujet; maU iU ne font qu’amuser le monde. !.n soumission due au prince ou au magistrat est constaininent une matière de religion, que les protestants ont traitée dans leurs Confessions de fui, et qu'ils se vantent d’avoir éclaircie. Si, au lieu de réclaircir, ils Pont obscurcie; si, contre l'autoritc des Ecriture.s, iis ont entrepris la guerre contre leur prince et leur patrie, et qu'ils l'aient fait par nmime, |Kir principe de religion , par décision expresse de leurs synodes, comme rUistoirc des Variations l’a fait voir plus clair que le jour : qui pt*iil dire que cctle matière n’appartienne pa.s à la religion , et ({ue varier sur ce sujet, comme on leur dcmuiilrc qu’ils ont fait, non pas en particulier, mais en corps d'f^glise, ce ne suit pas varier dans la doctrine? Voilà donc, dès le premier mot, M. Rasnage convaincu de vouloir faire illusion à son lecteur. Poursuivons. Ce ministre se jette d’abord sur la récrimination, et il objecte à l’Église qu’elle persécute les hérétiques. 11 suffirait de dire que ce reproclic est hors de propos ; c’est autre chose que les souverains puissent punir leurs sujets hérétiques, selon l'exigeiice du cas; autre chose que les sujets aient droit de prendre les armes contre leurs souverains , sous prétexte de religion : cette dernière question est celle que nous traitons, et l’autre n'appartient pas à notre sujet. Voilà comme M. Basnage, qui m'accuse de me jeter sur des questions écartées, fait lui-méme ce qu'il me reproche. Mais enfin, puisqu'il veut parler contre le droit qu’ont les princes de punir leurs sujets hérétiques, écoutons.
Il y a ici un endroit fâcheux à la réforme, qui se présente toujours à la mémoire lorsque ces messieurs nous reprochent la persécution des hérétiques : c’est l’exemple de Servet et des autres que Calvin fit bannir et brûler par la république de Genève, avec l'approbation expresse de tout le parti , comme on le peut voir sans aller loin dans l’Uis- ! toire des Variations *. T.a ré|>onse de M. Basnago est surprenante : • On ne peut,dit-iP, repro- • cher à Calvin que la mort d'un seul homme,
* /. /. II. part. eh. vi, p. 491. — * A or. Uv. x. — ^ /. t. 11. part. ch. VI, p. 4tri
« qui était un impie blasphétnaletir; et au lieu de ■ le justifier, on avoue que c’était là un reste do " papisme. • Il est vrai : c’est là un hou mot de àl.Juricu,etuneinvention admirable, d'attribuer au papisme tout ce qu'on voudra blâmer dans Calvin. Car cet hérésiarque était si plein de complaisance pour la papauté , qu’à quelque prix que ce fût il en voulait tenir quelque chose : quoi qu'il en soit, M. Basnage, qui peut-être n’a pas toujours |H)ur M. Jurieu toute la complaisance possible , a pris de lui ce bon mot. Alais vous n'y pensez pas, monsieur Basnage : permettez-nioi de vous adresser la parole : Sercef est un impie blaxphémateur^ ce sont vos propres paroles; et néanmoins, selon vous, c'est un reste de papisme de le punir : c’est donc un des fruits de la réforme, de laisser l’impiété et le blasphème impunis; de désarmer le magistrat contre les blasphémateurs et les impies : on peut blasphémer sans craindre, à l'exemple de Servet, nier la divinité de Jésus-Christ avec la simplicité et la pureté infinie de l’Étre divin, et préférer la doctrine des inaliométans à celle des chrétiens. Mais écoulons toutde suite le discours de notre ministre, et la belle idée qu’il nous donne delà réforme. « On ne peut accuser ('.alvin que de la mort de Servet,
• qui était un impie blasphétnateur; et au lieu de « justifier celte action de Odviit , on avoue que c'é- « tait là un reste du papisme : l'hérétique n’a pas « besoin d'édits pour vivre en repos dans les États
• réformés; et si on lui en a donné quelques uns ,
• il nVst point troublé par la crainte de les voir «t abolis ; on est tranquille quand on vit sous la do-
• minatiou des protestants '. • Après cette pompeuse description, où M. Basnage prend le ton dont on célèbre l’àge d’or, il ne reste plus qu’à s'écrier :Hciirousc contrée, où l'hérétique est en repos aussi bien que l'orlhodnxc ; où l'on conserve les vi()ères, comme les colombes et les aulniatix innocents; où ceux qui composent les poisons jouissent de la même tranquillité que ceux qui préparent les remèdes! qui n'admirerait la clémence de ces Étals réformés? Ou disait dans l'ancienne loi : Chasse le blasphémateur du camp , et que tout israflCaccnhleàcoupsde pierre*. Nabuchodonosor est loué pour avoir prononcé dans un étlit solennel : Que toute langue qui blasphémera contre le Dieu de Sidrac , Misac et dbdenago , périsse , et que la maison des blasphémateurs soit rencer.sée *! ^lais c’était là des ordonnances de l'ancienne loi ; et l’Église romaine les a trop grossièrement transportées à la nouvelle : où la réforme domine, l'hérétique n’a rien à craindre, filt-ii aussi impie qu'un Servet, et aussi grand blasphénutteur. Jésus-Christ a retranché de la puissance publique la partie de cette puissance qui faisait craindre aux blasphémateurs la peine de leur impiété; ou si on perce la langue à ceux qui blasphémeront par emportement-, on se gardera bien de toucher à ceux qui le feront par maximes et par dogme : ils n’ont besoin d'aucuns édits pour être en sûreté; et si par force, ou par
• Basn. tbld. — * Levit. xilT, 14. - * Dam. IT, »6.
DiQitizcu uy vjwv.»ÿlc
DEFENSE
politique, ou par quelque autre considération, on leur en accorde quelques uns, ce seront les seuls qu'on tiendra pour irrévocables, et sur lesquels la puissance des princes qui les auront faits ne pourra rien. Que le blasphème est privilégié! que l'impicté est heureuse!
Voilà sérieusement où en viennrnt les Ans réformés ; ils prononcent sans restriction que le prince ifa aiieun droit sur les consciences, et ne peut faire des lois pénales sur la relii^ion : ce n't^t rien de l'exhorterà la clémence; on le flatte, si on ne lui dit que Dieu lui a entièrement lié les mains contre toutes sortes <rhcrésies, et que, loin de le servir, il entreprend sur scs droits, des qu'il ordonne les moindres peities pour les réprimer. La réforme inonde toute la terre d'écrits où l'on établit cette maxime comme un des articles les plus essentiels delà piété. C'est où allait naturellcnient Jitrieu, après avoir souvent varié sur cette matière. Pour M. Rasnage, il se déclare ouvertehient, non-seulement en cet endroit, mai.s par tout son livre ; telle est la règle qu’il prétend donner à tous les Ùtats j)roiestants : L'hérétique, dit-il, y est en repos : il parleen termes formels, et de l’hérétique indistinctement, et des Etats protestants en général : il n'y a qu’à être brouniste, anabaptiste, socinien, indépendant, tout ce qu’on voudra; mahométan, si Ton veut; idolâtre, déiste même ou athée: car il n'y a point d'exception à faire ; et tous répondront également que le magistrat ne peut rien sur la conscience, ni obliger personne à croire on Dieu, ou empêcher ses sujets di^ dire siriccrement ce qu’ils pensent. Aveugles, conducteurs d’aveugles, en quel aidmetomiH>z-vous? Mais du moins parlez de bonne foi : n’allrüjuez pas ce nouvel article de réforme à tous les Eluts qui se prétendent réformés. Quoi! la Suède «'est-elle relâchée de la peine de mort qu'elle a décernée contre les catholiques ? le bannissement, la confiscation et les autres peines ont-elles cessé en Suisse ou en Allemagne, et dans lesaulres pays protestants? I-es luthériens du moins ou les calvinistes ont-ils résolu de s'accorder mutuellement le libre exercice de leur religion partout où ils sont maîtres ? L'Angleterre est-elle bien résolue de renoncer à scs lois penales envers tous les non-conformistes? Mais la Hollande etle-même , d'où nous viennent tous ces écrits, s’est-elle bien déclarée en faveur de la liberté de toutes les sectes, et même de la socinienne? Avouez de bonne foi qu'il n’était pas encorctemps de noiisdire indéfiniment : L'hérétique n'a rien à craindre dans les États protrstants , ni de nous donner vos désirs pour le <iogme de vos Eglises. Mais quoi! il fnllail conserver aux réfugiés de France ce beau litre d’orthodoxie, qu’on fait consister à souffrir pour la religion : il vaut mieux laisser en repos les sectes les plus inipics, que de leur donner la moindre part à la persécution , qu'on veut nous faire passer pour le caractère le plus sensible de la vérité; et afin que > Rome soit la seule persécutrice, il faut que tous les Etats ennemis de Rome ouvrent leur sein à tous les impies, et les mettent à l’abri des lois.
A près quelques autres récriminations qui ne sont pas plus du sujet, et dont nous parlerons ailleurs, Kl. Basnage vient au fond, et il rapporte les paroles des Variations, où.V. de Meaux ^ dit-il * , oppose notre conduite a celle de l'ancienne Église. Pour délruire une opposition si odieuse , il entreprend d’apporter desexempIcsdelVmc/rnwe Église, et il ailcïiie celui de Julien l'Apostat, tué, à ce qu'il prétend, par un chrétien, en haine des maux qu'il faisait souffrir à l'Eglise; celui de l'cmjwreur Anastase, contraint df sc renfermer dans sou palais contre tes fureurs d'un peuple soulevé; et celui des Arméniens, qui, tourmentés par('hasroès,se donnèrent aux Romains. Mais d'nhord ces exemples lui sont inutiles pour deux raisons. I.a première, qu'ils ne prouvent rien ; la seconde, qu'ils prouvent trop. Ils ne prouvent rien : car, en fraisant rEglise infaillible , nous ne faisons pas pour cela les [teuples et les chrétiens particuliers impeccables. Pour nous produire des exemples de l'ancienne Eglise, qui est notre question , il ne suOit pas de montrer des faits anciens; il faudrait encore montrer que l’Église les ait approuvés, comme nous montrons à nos réformés que leurs Eglises en corps ont approuvé leurs révoltes par décrets exprès. Mais le ministre ne songe pas seulement ù nous donner cette preuve, parce qu’il sait bien en sa conscience qu'elle est impossible.
Secondement, ces faits, qu’il allègue, prouveraient trop; puisqu’ils prouveraient, non qu'il soit permis à l'Eglise persécutée de prendre les armes poursedéfendre, qui estlepoint dont il s'agit, mais qu’il est permis non-seulement de changerde maître et se donner à un autre roi , à l’exemple des Arméniens, ce que nos réformés prole.staient, dans toutes leurs guerreseiviles,qu’ils ne voulaient jamais faire ; maisencore, à l'exemple de cepréteridu soldat chrétien, et du peuplede C.mistantinople , d'attenter sur la personne du prince, et de tremper ses mains dans son sang ; cequiestsi abominable, que nos adversaires n'ont encore osé l'approuver; puisqu’ils font eucore semblant de détester Cromwell et le cromwellisme* . Que prétend donc aujourd'hui M. Basnage, de nous alléguerdes exemples manifestement exécrables, qu'il aurait honte do suivre , et qu’on voit bien aussi que l'ancienne Eglise ne peut jamais avoir approuvés, à moins d'avoir approuvé qu'ou attentât sur la vie des princes : ce que je ne crois pas que ce ministre lui-même, quelque mépris qu'il ait pour elle , ose lui imputer?
Vousvoyez, mes chers frères, qu*il n’en faudrait pas davantage pour lui fermer la bouche. Mais afin que vous connaissiez comment on vous mène, et avec quelle mauvaise foi on traite avec vous , il faut, en descendant au particulier de son discours, vous y montrer, sans exagérer, plus de faussetés que de paroles. Je commence par l’exemple de l'empereur Anastase,qui est le plus apparent des trois qu'il produit. Car voici comme U le raconte ^ « M. de
* Wi supra, p. 4». — • f'oyez Y* AvptU» p. 410. —
DK niISTOIRE DES VARIATIONS.
• Memu ii^nûre au dissimule ce qui s'est fait sous
• Anastnse^où Marédotiius, patriarchede Constan* « tinoploy homme (^Icbre par .ses jeûnes et par sa
■ piété, voyant que les eutychiens voulaient insé*
■ rer dans le Trisa^ion quelques termes qui sem-
• bhùeut favoriser leur opinion, se servit de sou «> clergé |K)ur soulever le peuple : on tua ,on brûla ;
• et l’empereur , qui u'était plus en sûreté dans son
• palais, fut obligé de paraître en public sans cou-
• ronne, et d'envoyer un héraut pour publier qu'il
• se démettait de l'empire. » Voilà le peuple , le clergé, les moines émus, et le patriarche a la tête, et encore un saint patriarche, qui autorise l.i srditioii, ou plutôt qui i'eicite lui-même : cela parait convaincant. Mais pour ne point répéter que cet exemple prouve trop, puisqu'il prouve qu’on peut attenter sur la personne du prince, et encore sans qu’il y paraisse de per.sécution,ily a bien à rabattre de ce que le ministre avance ; et d'abord il en faut ôter ce qu’il y a de plus essentiel , c'est-à-dire, tout (*e qu'il raconte du clergé et du patriarche Maccdoiiiu.s.Car voici ce qu'en dit Évagre • : • Sévère écrit
• dans la Lettre à Soteric, que l'auteur et le clief « de cette sédition fut !c pnlriarelie .Macédonius et « le clergé de Constantinople. • Telles sont les paroles de cet hi.sturien, le plus entier des anciens auteurs qui nous restent sur cette matière. Il ne dit {Kis (|ue cela soit , mais que Sévère l'écrit ainsi dans la lAttre à Soteric. Mais qui était C3 Sévère? Le chef des eutychiens, qu'on appelle séveriens de son nom , c'est-à-dire, le chef du parti (|u*Anastase soutenait : par conséquent rennemi déclaré du patriarche Macédonius, du concile de Chalcédoiiie et des orthodoxes. Et à qui est-cc qu’il l’écrit? A Soteric, du même parti, à qui il ne faut point s'étonner qu'il fasse un récit qui ne pouvait que lui plaire, puisqu'il tendait à rendre odieuse la eonduiUi de leur ennemi commun et celle de l'Église catholique dont ils s'étaient séparés. Aussi n’ajouta-t-on aucune foi à un témoignagesi suspect; et après l'avoir rapporté, Évagre ajoute cos mots : • Ce fut , à mon avis , par « CCS calomnies, outre les raisons que nou.s avons
• rapportées, que Macédonius fut chassé de son " sii^e. » De cette sorte Sévère, auteur de ce récit, était un calomniateur qui voulait rendre le patriarche odieux à l'empereur, afin qu’il le chassât; et le ministre a fondé tout son discours sur une caloiiv nie. Après cela que lui restc-l-il d'une histoire qu'il fait tant valoir, si ce n'est une émotion populaire où l’Église n'a aucune part ? Voilà l'exemple de l’ancienue Eglise, que M. Basnage nous a promis; voilàcommeil lit les livres d'où il emprunte ce qu'il nous oppose.
II n'a pas mieux examiné le fait de Julien l'Apostat. « M. de fléaux, dit-il, est trop crédule, s’il •• est persuadé que le trait qui le perça fut lancé « de la main d'un ange; les historiens ecclésia.sti- « ques, mieux instruits de ce fait que lui , ne nient «< pas que ce fut un chrétien, irrité des desseins que « cet empereur avait formés contre la religion