‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 65 sur 192 · IIS · texte numérisé non relu

IIS

> chrcticnne , qui le tua. ■ Quel raisonnement ! Ce n'est pas un ange : s'ensuit-il que ce soit un chrétien? I^s historiens ecclésiastiques ne le nient pas : donc cela est. Pour tirer cette conséquence , il faudrait auparavant nous faire voir que les historiens pcvîcns l'ont assuré ; etee serait quelque chose alors, qu’un fuit avancé [inr les historiens païens ne fût pas nié par les historiens ecclésiastiques. Mais nous allons voir qu'il est bien certain que ni les historiens païens, ni les historiens ecclésiastiques, ne le rapportent pas, et même qu'ils rap|K>rient le contraire. Ne voila-t-il pas une l^lle preuve ; et n’y a-t-îl pas bien de quoi me reprocher ici ma crédulité, en supposant que je pourrais croire qu'un ange aurait fuit cc coup?

J'avouerai pourtant franchement que si j'en avais de bous témoignages , sans faire ici l'esprit fort, ni me soucier des railleries de M. Basnage, je lo croirais de bonne foi. €ar je .sais noii-seulement que Dieu a des anges, mais encore qu'il les emploie à punir les rois impies ; et je ne vois pas que depuis llérode , qui fut frappé d'une telle main * , Dieu se soit exclu de s'en servir. Ce qui tn'empéclie de croire déterminémentquc Julien ait péri de la main d'un ange, c'est que je n'en ai pas de témoignage sufUsant. Mais , par la même raison , je crois encore moins qu'il ait péri de la main d'un chrétien; parce qu’encore y eut-il des gens, et même quelques païens domestiques de cet empereur, par exemple un nommé Catliste , qui crurent que ce fut un ange, ou, comme parlaient les païens, un démon ou quelque autre puissance céleste, qui frappa cet apostat*; et qu'il ne s'est trouvé personne qui assurât de bonne foi, et comme un fait positif, que ce fût un chrétien. « Mais, continue le ministre *, ■ il y en a quelques uns (des historiens ecclésias- • tiques) qui louent celui qui fît le coup. On no doit « pas, dit Sozoïncne, condamner un homme qui , « pour l’amour de Dieu et de la religion, a fait une « si belle action. • D’où M. Basnage conclut aussitôt après : « Voilà des mouvements fort violents « de l'Église sous Julien. • Ainsi ce particulier, qu'on fait auteur, sans raison, de cet attentat, c’est rÉglisc; .Sozoniène, un historien qui n'est qu’un laïque, et qui n’est suivi de personne, c’est l'Église : et on ne craint point d'assurer, sur de si faibles témoignages, que l'Eglise, non contente de se révolter contre l'empereur (ce qui n’avnit jamais été), a même trempé ses mains dans son sang : ce qu’on ne peut penser sans horreur. Tel est le raisonnement de notre ministre. Mais pourenfîn venir au détail que j'ai promis, tout est faux dans son discours : il est faux d'abord qu’un soldat chrétien soit coupable de la mort de Julien. Aucun historien, ni païen ni chrétien, ne le dit. Zozime, l'ennemi le plus déclaré du christianisme et des chrétiens, ne le dit ni à l’endroit où il raconte In mort de Julien, ni en aucun autre *. Il eût eu honte do reprocher aux chrétiens un crime que personne ne leur imputait. Ammian Marcellin, auteur du temps,

* Act XII, 23. - » Sorr. tif, 21. Sos. VI, 2. Theodor. ni, 2S. — * Bush. ILid. — * ni.

* Bvanÿ. t. III, cap. 44.

DKFENSE

et païen aussi bien que Zoziine, en rapportant avec soin tout ce qu'on a su de la mort de Julien ■ , ne nianjiie en aucune sorte cette circonstance, qu'il n'aurait pas oubliée; au contraire, on doit ju^er {lar son récit que le coup partit d'un esraclroa qui fiivait devant l’empereur, et ne cessait de tirer en fuyant : ce qui faisait qu'on criait de tous cotés h ce prince, qu'il prît partie à lui. Et quand on le vil tomber, toute l'armée ne douta pas d'où venait le coup, et ne soiipen plus qu'à venger sa mort sur les ennemis. Eutrope, qui l’avait suivi dans cette guerre, dit expressément que « cet empereur, cns’ex* « posant inconsidérément, fut tué de la main d'nn « ennemi, Aosft/i manu*. « Aurélius Victor ajoute que ce fut « par un ennemi qui fuyait devant lui « avec les autres • Cétait pourtant un païen, aussi bien qu'Kutrope. Voilà trois païens, auteurs du temps ou des temps voisins , qui jiistiflent les clirétiens contre, la calomnie de M. Ilasnape; et Iluftis Feslus, pareillement auteur du temps, et apparemment païen comme les autres, conliniie leurs témoignages : - Comme il s'était, dil-il<, éloigné *t des siens, il fut percé d’un dard par un cavalier « ennemi qui vint à sa rencontre. • I.oin qu’un pdl soupçonner les siens d’avoir fait le coiqj , on voit , par cet historien, qu'il en était éloigné lorsqu'il le reçut. IHiilnstorpe raconte aussi « qu'il fut tué par « un Sarrasin qui servait dans rarmée de Perse; et « qu'aprc-s que ce Sarrasin cul fait son coup, un « des ganles de rempcreiir lui coupa la tête*. » Quoique cet historien soit arien , il est aussi bon qu'un autre, hors les intérêts de sa secte, surtout étant soutenu par tant d'autres historiens aussi peu suspects. Toute l'armée , comme on vient de voir, n'en eut pas une autre opinion; Julien même, qui n'aurait pas ménagé les Galiléens, ne les accusa de rien ®, encore qu’après sa blessure il ail eu de longs entretiens avec ses amis , et même avec le philosophe Maxime, qui l'aigrissait le plus qu'il pouvait contre les chrétiens : mais il ne fut rien dit contre eux en cette occasion. I.e seul qui attribue le coup à un chrétien c'est Libanius, que M. Basnage n’a osé citer parce qu'il sait bien que ce n'est pas un historien, mais un déclainateur et un sophiste, et, qui pis est, un sopliiste calomniateur manifeste des chrétiens , qui porte par conséquent son reproche dans son nom ; qu'aucun historien ne suit, que les historiens démentent; qui ne fait pas une histoire, mais une déclamation, où encore il ne dit rien de positif, et nous allègue pour toutes preuves ses conjectures et sa haine. Mais encore, quelles conjectures; • Personne, dit-il ?, ne s’est vanté, parmi les « Perses , d'un coup qui lui aurait attiré tant de ré- • compenses » Comme si celui qui le Ht en fuyant , comme on vient de voir, n'avait pas pu le faire au hasard, et sans le savoir lui-méme.ou qu'il n'etit pas pu périr aussitôt après, à la manière que dit Phiiostorge,ou par cent autres accidents. Alais quand Libanius aurait bien prouvé que Julien fut tué par

* Lib. XSV. — * Lib. X, ». lô. — * in. Juliano. —

4 Hnf. Ptii. Bfw. ad f'al. Aug. — * Philotl. Uh. vil, C. IS. ^ * Amm. Vdrr. Ibltl. — ' Liban. Jul. Epiiaph.

un des siens; pour en venir h un chrétien, il n'avait plus pour guide que sa haine ; . On ne peut,

• dit-il, accuser de cette mort que ceux i qui sa

• vie n'était pas utile , et qui ne vivaient pas selon ■ les lois. . Cest ainsi qu'il désignait les chrétiens, - qui, dit-il, ayant déjà attenté sur sa per-

• sonne, ne le manquèrent pas dans l’occasion. > Il ose dire que les clirélicos avaient déjà souvent attenté sur la vie de l'empereur; chose dont aucun autre auteur ne fait mention, et dont personne, niJulien méme,ne s'est jamais plaint ; au contraire, noua avons vu qu'encore qu'il liait l'Kglise au point que le monde sait ■ , jamais il n'en a tenu la Gdélité pour suspecte. Il est donc aussi vrai qu’il a été tué par un chrétien , qu'il est vrai que les chrétiens avaient déjà attenté sur sa vie. Libanius a dit l’un et l'autre, et n'est pas moins calomniateur daus l’un que d.ins l’autre.

Pour ce qui est des historiens ecclésiastiques, dont il semble que le ministre veuille s’appuyer, à cause seulement qu’ils n'ont pas nié le fait, il sè trompe encore, car II cite en marge Socrate et Sozoniène ; mais voici ce que dit .Socrate" : . Pendant

• qu’il combat sans armes, sc fiant à sa bonne for- . tune, le coup dont il mourut vint on ne sait

• d’où. Car quelques-uns disent qu'un transfuge

• perse le donna ; et d'autres, que ce fut un soldat

• romain ; et c'est le bruit le plus répandu, • ajoute cet liistoricii ; ce qui pourtant ne parait pas véritable, puisqu’on voit tout le contraire dans plus d'historiens, et dans ceux mêmes qui étaient présents. • Mais Calliste, poursuit .Socrate, un des gar-

• des de l'empereur, et qui a écrit sa vie en' vers hé-

• roi’ques, dit qu’il fut tué par un démon ; ce qu'il

• a peut-être inventé par une fiction poétique, et peut- . être la chose est-elle ainsi. » Voilà tout ce que dit Socrate, et il rejette assez clairement ce qu’on dit de ce prétendu clirélicn , puisqu'il ne donne aucun lieu à cette opinion parmi les bruits incertains qu’ils racontent tous ; sans même faire mention du sentiment de Libanius, que personne ne suivait. Théodoret en use de même >, sans rien décider sur le fait; et sans même daigner répéter ce qu'avait imaginé Libanius, comme chose qui ne méritait et en effet n'avait trouvé aucune créance.

Il ne reste à examiner que Sozomène, dont le ministre fait son fort, mais sans raison. Car il raconte seulement qu'un . cavalier, en courant fort

• vite, avait frap|>é l'empereur dans l’obscurité,

• sans que personne le connût : qu'on ne sait point

• qui le frappa : que les uns disent que ce fut un Per-

• San, et d’autre un Sarrasin id'autresun soldat ro- - main indigné contre l’empereur, qui jetaitl'armée > romaine en tant de périls*. • Si cela est, ce ne fut donc pas le christianisme qui le poussa à faire ce coup ; et tels étaient, selon ^zomèr.e, les bruits populaires : après quoi il rapporte encore, pour ne rien omettre, le discours du sophiste Libanius ; puis, en disant son avis, il se déclare pour l’opinion qui attribue cette mort à un coup du ciel , dont il

' V" Avertiis. — ’ Socr. ni. S, (. — • Thtodmr, HuK lii. ni, », edit. IMS, p. S07. - ' Soi. ti, 1, J.

DE L’HISTOIRB DES VARIATIONS

4oone pour garant • une vision où, dans une grande « assemblée des apdtres et des prophètes, après les « plaintes qu‘on y fit contre Julien, on vit ceux de

• rassemblée partir soudain, et peu après revenir

• comme d'une grande expédition, en disant que « c’en était fait, et que Julien n'était plus. « Il raconte à ce propos beaucoup d'autres choses qui tendent à confirmer que Julien était mort par un coup miraculeux ; et ainsi le parti qu'il prend est directement opposé à celui de .M. Rasnage, qui ne craint rien tant que de voir les esprits célestes mélés dans cette mort. Il est vrai qu'en récitant le discours de Libanius qui accusait un clirétien , quoique ce ne soit pas là à quoi il s'en lient, U reconnaît que cela peut être; car en effet on ne prétend pas que tous les chrétiens soient incapables de faillir; et Sozomène eicu.«e l'action par l'exemple de ceux qui ont été tant loués, principalement parmi letCrfcsy pour avoir tué les tyrans : discours qui peut avoir lieu contre Ubanius et les païens, qui élevaient jusqu'au ciel de tels attentats; mais que le christianisme ne re- ^ut jamais.

Voilà ces exemples de l'ancienne Eglise qu'on nous avait tant vantés. Tout se réduit, dans le fait, à la conjecture du seul Libanius, manifeste calomniateur et ennemi juré desclirétieus; et dans le dogme, au sentiment du seul Sozomène, à qui, sans lui dénier dans les faits Pautorité qu'il peut avoir comme historien, nous refuserons hardiment celle qui peut convenir à un docteur. Car enfin, s'il est permis de mettre la main sur un empereur, sous prétexte qu’il persécute l'Eglise, que deviennent ces déclarations qu'elle faisait durant la persécution, dans toutes ses apologies, lorsqu’elle y protestait solennellement qu'elle regardait dans les princes une seconde Majesté, que la première Majesté, c'est-à-dire celle de Dieu, avait établie; en sorte qu'honorer le prince c'était un acte de religion, comme en violer la majesté c'était un sacrilège' ? Que si M. Basnage a voulu penser que l'Église du quatrième siècle, et sous Julien l’Apostat, edtdégénérédecettesaintedoctrine, il eût fallu nous alléguer un saint Basile , un saint Grégoire de Nazianze, un saint Ambroise, un saint Clirysostûme, un saint Augustin, et les autres saints évêques qu'elle reconnaissait pour ses docteurs, dont aussi le sentiment unanime réglait celui de tous les fidèles. Mais le ministre n'a pas osé seulement les nommer; car il savait bien qu'en pariant souvent contre Julien l'Apostat, et contre les autres princes persécuteurs , ils n'ont eu et n'ont inspiré à tous les peuples qu'un inviolable respect pour leur autorité. Je ne ré|>éterai pas tout ce que j'ai dit sur cette matière dans le cinquième Avertissement*, où il parait plus clair que le jour que, loin de rien attenter contre la personne des princes , l' Eglise, quoique constamment la plus forte dans ce siècle, a persisté dans l’obéissance par maxime, par piété, par devoir, autant que dans les siècles où elle était plus 6)bie. Seulement, pour fermer la bouche à notre

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