IÎ
ministre , je le ferai souvenir de ce témoignage de saint Augustin' : « Quand Julien disait à ses soi- « dâts chrétiens : Offrez de l'encens aux idoles, ils « le refusaient : quand il leur disait : Marchez, • combattez, ils obéissaient sans hésiter. «Mais c'était peut-être pour trouver plus commodément dans la mêlée roccasiondel'assassiner. Laissons-le croire a M. Basnage, à Libanius , et aux autres ennemis de la piété. Saint Augustin dit tout autre chose de ces religieux soldats : « Ils distinguaient, dit-il, le Roi « éternel du roi temporel, et demeuraient assu- « jettis au roi temi>oreI pour l'amour du Roi éter- « nel : parce que, poursuit le même Père, lorsque a les impies deviennent rois, c'est Dieu qui le a fait pour exercer son peuple. * Comment l'exercer, si ce n'est par la persécution? D'où ce grand homme conclut que, loin de rien entreprendre contre l'autorité et encore moins contre la personne du prince, on ne peut pas refuser à cette puissance établie de Dieu , comme il vient de le prouver , Tobéissance qui luiestdue. Saint Augustin fait deux choses en cette occasion, toutes deux entièrement décisives : la première, il|>ose le fait coostaot et public; c'est-a-dire l'obéissance que les soldats chrétiens rendirent toujours à Julien, sans s'être jamais démentis: secondement, il va au principe, selon sa coutume, et il montre que cette pratique constante et universelle des soliiats chrétiens était fondée sur les maximes inébranlables de l'Ëgiise ; a en sorte qu'on ne pouvait pas refuser à cette a puissance l'honneur qui lui était dû ; > Non poterat non reddi honos ei dehitus poiestati. C'est d'un si grand évêque qui! fallait apprendre la pratique inviolable aussi bienqueladootrine constante de l'Église sous Julien, et non pas de Libanius, ou même de Sozomène. Car, outre la différence qu'il y a entre un docteur si autorisé et un simple historien, Sozomène raisonne sur un récit en l'air, que lui-même croyait faux ; et saint Augustin rapporte un fait constant, dont il avait pour témoin tout l'univers : Sozomène répond à un païen selon les principes du paganisme, et saint Augustin propose les plus sûres et les plus saintes maximes du christianisme; et, ce qui seul emporte la décision, Sozomène parle seul, sans qu'on puisse alléguer un seul chrétien qui ait parlé comme lui; et saint Augustin est soutenu , comme on l'a fait voir*, par la tradition constante de tous les siècles passés, par le consentement unanime de tous les évêques de son temps.
Et puisque nous sommes tombés sur saint Augustin, pour ne m'en tenir pas ici seulement à ce quej'enavais rapporté ailleurs , vousserezblenaises. mes frères, de remonter avec lut jusqu’au principe qui peut rendre les guerres légitimes, afin d'eotendre à fond combien sont injustes celles que les ministres ont fait entreprendre à vos pères, et qu iis voudraient encore aujourd'hui vous faire imiter.
Saint Augustin , attaque par diverses objectioite
■ /’• Jttrtùs. Amg. in Ptml. cxxiv, w. 7; Iom. nr, «*1. I4IS. V« Averl.
DEFENSE
nianlchérns, i|iii coii<lannnaioiu beaucoup de pratiques et de lois de l'ancien Testament , comme contraires aux bonnes mœurs ; pour connaître la rèplo des momrs, consulte, avant toutes choses, ta loi éternelle, c’est-à-dire, commeil la déûnit, ta raiton diome et fimmuab/e rotonté de Dieu, qui ordonne de conserver l'ordre naturel, et défend de le troubler'. Puis venant à parler des guerres entreprises par l’ordre de Dieu, sous Moïse et les autres princesdu peuple saint, il montre aux manichéens, qui les blâmaient, que si l’on |ieut entreprendre justement la guerre par l'ordre des princes, à plus l'orlc raison le peut-on par Tordre de Dieu, pour punir ou [lour corriger ceux qui se rebellent contre lui >. Par ce moyen , il entre nécessairement dans le principe qui rend les guerres légitimes parmi les hommes; et là, en considérant la loi étemelle qui ordonne de conserver Tordre naturel, il donne cette belle règle : • L’ordre naturel , dit-il ^ , sur le-
• quel est établie la tranquillité publique, demande . que l’autorité et le conseil d’entreprendre la puerre
• soit dans le prince, et en me’me temps que Tesé-
• eution des ortires de la guerre soit dans les
• soldats, qui doivent ce ministère au salut et à « Ha tranquillité pidilique. » Ainsi, selon Tordre de la nature, que la loi étemelle veut conserver, saint Augustin établit dans le prince , comme dans le chef, la raison et l’autorité; et dans les soldats, comme dans les membres, un ministère qui lui est soumis : d’où il s’ensuit que quiconque n’est pas le prince ne peut commencer ni entreprendre la guerre. Autrement contre la nature il dte à la tête l’autorité et le conseil , pour les transporter aux membres , qui n'ont que le ministère et l’exécution : il partage le corps de l’État : il y met deux princes et deux chefs : il fait deux États dans un État; et, rompant le lien commun des citoyens, il introduit dans un enqiire la plus grande confusion qu’on V puis.se voir, et la prochaine disposition à sa totale mine, conformément à cette parole de notre Sauveur : Tout royaume diolté en lui-méme sera désolé, et les maisons en tomberont ( une sur l'autre*.
Il ne faut donc pas s’étonner si saint Augustin n’a laissé aux soldats de Julien autre parti à prendre dans la puerre, que celui d’obéir à leur empereur, lorsqu’il leur disait : .I/nrcAcc; s’ils marchent sans son ordre, et encore plus s’ils marchent contre son ordre, de membres ils se font les chefs, et renversent Tordre public : ce qui va si loin , que qui combat même l’ennemi sans Tordre du prince, se rend digne de châtiment : combien plus s’il tourne ses armes contre le prince lui-méme , et contre sa patrie , comme on fait dans les guerres civiles I
Et de peur qu’on ne s’imagine qu’en combattant ■ous un prince injuste on ait part à l’injustice de tes entreprises, saint Augustin établit un autre principe * ; ou plutôt du premier principe qu’il a établi, il lire celle nons<^fjuence : • qu'un homme
* CtmL fauat. lib, un, aip. 37; ton. vin, m/. 370. - > Ifald. fop. li'tCol. 401 et trq. — » Ibiü. cap- 7fc — • .Uatih. lue. El, 17. - ^ IHhJ , Crtp 7Bi.
« do bien qui en coinliattaiit suit les ordres d*un « prince impie, et ne voit pas manifestement Tin-
• justice de ses desseins , ni une expresse défense
• de Dieu dans ses entreprises , peut innocemment « faire la puerre en gardnnt Tordre public et ta
• subordination nécessaire au corps de •
e*e$t>à>dire en se soumettant à Tordre du prince « qui seul en fait le lien ; « en sorte, continue<t-il, « que Tordre de la sujétion rend te sujet innocent, « lors même que Tinjustice de l’entreprise rend le
• prince criminel. • Tant il importe h Tordre , dit le même Père, de savoir ce qui conrient a chacun* \ Pt tant il est réritable que Tobéissance peut être louée, encore même que le commandement soit injuste et condamnable.
Par là donc on voit clairement que dans les guerres on n'est assuré de son innocence que lorsque Ton combatsous les ordres de son prince ; et qu'au contraire , lorsque Ton combat , ou sans son ordre , ou , ce qui est encore pis , contre son ordre et contre lui, comme dans les guerres civiles, la guerre n'est qu'un brigandage, et on commet autant de meurtres qu’on tire de fois Tepée.
Mais parce qu'on pourrait imaginer d’autres règles à suivre lorsqu'on est injustement opprimé par son prince légitime, saint Augustin fait voir dans la suite, par Te.xemple de Jésus-Christ*, qu'encore qu'il fût l'innocence même, et tout ensemble le plus parfaitetieplus indignement opprimé de tous les justes, « il ne permet pas à saint ■ Pierre de tirer Tépée pour le défendre, et répare « par un miracle la blessure qu’il avait faite à un
• des exécuteurs des ordre.s injustes qu'on avait
• donnéscontre lui: • montrant en toutes manières à ses disciples, et par ses exemples aussi bien qu'il avait fait par scs paroles , qu’il ne leur laissait aucun pouvoir ni aucune force contre la puissance publique, quand ils en seraient opprimés avec autant d'injustice et de violence qu'il Tavait été lui'inéme.
Ainsi , loin de conclure , comme a fait M. Jurieu, que Jésus-Christ, en commandant à ses disciples d’avoir des épées, avait intention de leur commander en même temps de s'en servir pour le défendre contre ses injustes persécuteurs saint Augustin remarque, au contraire ■ qu'il avait
• bien ordonné ü'ochcler une épée; mais qu'il « n'avait pas ordonné qu'on en frappât, et même « qu'il reprit saint Pierre d'avoir frappé de lui- « même » et sans ordre : aGn de lui faire entendre qu'il n’est permis aux particuliers d’employer Tépée qu'avec Tordre ou la permission de (a puissance publique, et qu'il est encore bien moins permis de l’employer contre elle-même , dans quelque abu.x qu'elle tombe. C’est aussi manifestement ce que Jésus-Christ nous fait voir, lorsqu'à Toccasiondc ces épées et des coups que ses disciples en donnèrent: ///«m/, dit-il *, que cette prophétie soit encore accomplie de moi : H a été mis 011 nombre des scclécals; mettant manifestement au
‘ IbM. cap. 73. - » Ihid.cop. 7fl,77. - * V* Aietft -
• Ibid- nrip. 77. — * Luc. ixn , .17.
DE L*HISTOIRK DES VARIATIONS
rang des crinifs, la résistance que voulurent faire see disciples à la puissance publique : encore que ce fiU dans une occasion où l'injustiee et la violence furent poussées au dernier excès, ainsi que nous Tavoiks plus amplement expliqué ailleurs*.
Selon ces paroles de Jésus-Christ , il ne reste plus aux Gdèles opprimés par la puissance publique , que de souffrir à l'exemple du Fils de Dieu, sans résistance et sans murmure, et de répondre comme lui à ceux qui voudraient combattre pour les en empêcher : A'c voukzrvous pas que je boioe le calice que mon Pèrem'aprêparé* ? C'est ce qu'a fait Jésus- Christ , et c’est ce qu’il prescrit aux siens : // leur présente, dit saiulAugustin le calice qu’il a pris; et sans leur permettre autre chose, U les oblige a la patience par ses préceptes et fxjr ses exemples. CVst pourquoi, dit le même Père ^ quoique <• le nombre de .ses martyrs fût si grand, que s’il « avait voulu en faire désarmées, et les protéger « d.itis les combats, nulle nation et nul royaume • n’eut été capable de leur résister , » il a voulu qu'ils souffrissent : pareequ’il ne convenait pas àses enfants humbles et paeitlqucs de troubler l’ordre naturel des choses humnincs , ni de renverser, avec Pautoritc des princes, le fondement des empires et de la tranquillité publique.
Telle est la doctrine de saint Augustin, qui sc trouve renfermée tout entière dams ce seul mot de saint Paul : Ce n'est pasenvain que le prince porte Cépée comme ministre de Dieu, et comme rengeur des crimes^\ par où il montre que le prince est seul armé dans un Ëtat : qu’on n’a mille force que sous sesordres : que c’est àlui seulâlirerrépéeqiie Dieu lui a mise en mainpour la vengeance publique: et que l’épée tirée contre lui est celle que Jésus- Christ ordonne de rcmellre dans le fourreau. Ainsi les guerres civiles , sous prétexte de se défendre de l’oppression , sont des attentats; et saint Augustin , qui a établi cette vérité par de si beaux principes, n’a étc que l’interprète de saint Paul.
Selon ces lois éternelles qui ont réglé durant les persécutions la conduite de l'Église, et qu’elle n’a constamment jamais démenties, elle n’avait garde d’approuver le soulèvement du peuple de Constantinople contre reinpeieurAnasla.se, où ce bel ordre et si naturel des choses humaines était si étrangement renversé, que les membres mettaient en péril non-seulement rautorlté, mais encore la vie de leur chef : encore moins oflt-clle approuvé ce prétendu attentat d'un soldat clirétien contre Julien, qui selon les règles de l’Église, quoi que SoEomène en eût pu dire , eiU passé pour une entreprise contre la loi fternellc, et même pour un sacrilège contre la seconde Majesté.
Pour ce qui regarde les Arméniens sujets à la Perse, ou, commeon les appelait, les Pers-Arméiiiens, qui, maltraités t>our leur religion par le roi de Perse, se donnèrent à rempereur Justin; il faudrait savoir, pour en juger, àquelles conditions le royaume d’Arménie était sujet à celui de Perse.
» F* Avtrt. — » /oa n. xvm, 1 1. — * ./mj. IbM. cap. 76. — • CoHt. Faust, etc. cnp. 70. — * Mom. XMi,
Cartousies peuples ne sont pas sujets à même titre; et il y en a dont la .sujétion lient autant de l'alliance et de In confédération, quede In parfaite et véritable dé^pendance : ce qui sc remarque principalement dans les grands empires et surtout dans leurs provinces les plus éloignées , au nombre desquelles était la Pers-Armériie, dans le vaste royaume de Perse. Elle avait été déladiéedu reste de l’Arménie ; et tout ce royaume avait autrefois appartenu aux Roiitains, mais à de.s conditions bien différentes du reste des peuples sujets : puisque l’empire romain n’i xerçait aucun droit sur renx-cl, que celui de leur donner un roi de leur nation cl du sang des Arsacides; sans au surplus en rien e.xîger, ni se mêler de leur gouvernement.
Après même qu’ils curent cessé d’avoir des rois, ils conservaient de grands privilèges , et prétendirent on général devoir vivre selon leurs lois, et en particulier d'étre exempts de tous impôts • : en sorte qu’en élanl chargés, ils se donnèrent au roi de Perse. Si la partie de ce royaume qui fut depuis sujette à la Perse, en s’unissant à ce grand empire s'était réservé ou non quelque droit semblable, et avait fait sos conditions sur la religion chrétienne, qu'elle avait presque reçue dès son origine , c'est ce que Iph historiens de M. Basnage ne nous disent pas *, ni aucune des circonstances qui pourraient nous faire juger jusqu’à quel degrcon pourrait condamner ou exctiser lu défection de ces peuples. Mais comme ces historiens nous racontent dans le même temps, et pour la même cause , une semblable action des Ibériens, nous |K)Uvons juger de l’une par l'autre. Or constamment les Ibériens , quoique sujets de la Perse, ne l’étaient pas si absolument qu'ils n’eussent leur roi , et n'usassent de leurs lois. C’est Procope qui nous l'apprend ^ , et que h* roi des Ibériens qui se retira d'avec les Perses pour s'attacher aux Romains , s’appelait fiiirgène; ces peuples, qui avaient leurs rois, ordinairement étaient bien sujets du grand roi ilo Perse pour certaines choses, et devaient le .suivre à la guerre : mais dans le reste le roi de Perse n'exerçait sur eux aucune souveraineté Ainsi on (>eiit croire que les Ibériens et leur roi étaient soumis â l'empire persicn à peu près aux mêmes conditions que les I.aziens leurs voisins (c’était l’ancienne (’olchos) l’étaient aux Romains; et tout le droit des Romains consistait û envoyer au roi de Colrhos les manjues royales , sanse n pouvoirexiger d’autres services.
Telle était la condition de ces peuples. Mais, après tout, que nous importe ; ptiisqiiedans le fon<l, et quoi qu'il en soit, si les Pers-Arméniens étaient sujets aux mêmes conditions que Ira Perses, leur sentence est prononcée dès le temps de la persécution de Sapor, où nous avons vu les évéqiies et les chrétiens, accusés d’intelligence avec les Romains , s'en défendre comme d’un crime, et repousser celte accusation comme une manifeste calomnie On sait aussi que Constantin ne flt autre chose que
• Proc. Pers. /. I, c. 3. ■— * Evag. tib. V. Thropk. npi*d Phol. J-HW. Oictar. in Cbmn. — * Proc. Pm. I, 13 ^ M, S, 15. - * Ih'rt. Il, is. — ^ f .erert.
DÉFENSE
d’écrire en leur faveur , comme nous l’avons fait voir par Sozomeno ■ ; et nous y ajoutons maintenant le témoignage conforme de Tltéopliane , qui assure en termes formels qu’ils furent calomniés par les Juifs et par les Perses ». Ainsi les Pers- Arméniens , s’ils étaient sujets comme les autreset à même condition , ne peuvent qu’augmenter le nombre des rebelles que la loi éternelle condamne.
On voit clairement par là que les exemples de M. Bastiage , à la manière qu'il nous les propose , sont des exemples réprouvés. Ce ne sont donc pas des exemples de l’ancienne Eglise, dont aussi on ne nous fait voir aucune approbation.
Ainsi , ceux qui nous les proposent , au lieu d'autoriser leurs attentats, en prononcent la condamiiatiou , et montrent qu’il ne leur reste plus aucune ressource.
On s'imaginera peut-être que la réforme, si souvent livrée an mauvais esprit qui la poussait à Ja révolte, n'aura qu’à la désavouer, et tous ceux qui l’ont exckée. Mais non : car on a vu , par des qticces qui ne souffrent aucune réplique , que ceux v|ui ont excité la révolte, et qui l'ont autorisée par leurs décreu, sont les ministres eux-mémes , sans en excepter les réformateurs ; et que le peuple ré- /oi nié a été porté à prendre les armes contre son roiet sa patrie par les décrets des synodes les plus authentiques.
Telle a été l'accusation que j'ai intentée à la réforme : et il ne faut pas s’étonner si elle est tombée, en se défendant, dans de manifestes contradictions. Car voici la juste sentence du souverain Jnge : Ceux qui combattent la loi étemelle de la vérité, sur laquelle est établi l'ordre du monde, par une suite inévitable de leur erreur sont forcés à se contredire eux-mémes; et c’est ce qui a causé dans la réforme les variations infinies qu'on a vues dans cette matière. I-a loi de la vérité, gravée dans les cœurs, l’avait foreée à ne montrer au commencement que douceur et que soumission envers les puissances. Aussitôt qu’elle s’est senti de la force, elle a mis en évidence ce qu'elle portait dans le sein; elle a cliangé de langage comme de conduite : et le même esprit de vertige et de variation , qui a paru dans tout le parti, s’est fait sentir en particulier dans les auteurs qui ont écrit pour sa défense.
Nous avons vu dans l'Histoire des Variations t que la réforme, si souvent vaincue et tellement désarmée que la révolte était impossible, s'est tournée à faire voir, si elle pouvait , que ces guerres qu'on lui reprochait étaient guerres de politique, où la religion n'avait aucune part ; et c'est à quoi les meilleures plumes du parti, les Bayle, les Burnet, les Jurieu même ont consumé leur esprit ; mais on ne veut plus maintenant s'en tenir là : on veut que la réforme arme de nouveau, si elle peut; et le même Jurieu qui a condamné les guerres civiles , comme contraires à l'esprit du christianisme, sonne maintenant le tocsin , et n'oublie rien pour montrer que ces guerres sont légitimes : il méprise l'an-
'Sciz. Il» S. — * Thtoph. Chnmoçr. an. Ut?» p. 19. — » rar. tiv. 1.
cîenne É^ise ; il profane i'Ecritureen cent eodroHi ( il dogmatise» il propliétise : tout lui est bon » pourvu qu’il vienne à son but de porter le flambeau de la rébellion df*ms sa patrie qu'il a renoncée.
Qu’on ne s’imagine pas que le ministre Easnage soit moins agité de cet esprit de la secte, sous pié* texte qu’il parait plus modéré. Il a fait plus que le ministre Jurieu , puisqu’il n’a pas craint d’attribut non-seulement des révoltes» mais encore des parricides à l’ancienne Eglise» ce que l’autre n’avalt osé. 11 ne faut pas s’étonner» après cela, s’il excuse toutes les guerres civiles» et jusqu'à la conjuration d’Am* boise* ; mais ti ne peut pas demeurer ferme dans un sentiment si insoutenable : en même temps qu’H trouve justes tous ces attentats» il fait les derniers efforts pour en défendre la réforme et ses synodes; c’est-à-dire que toutes ces bonnes actions» au fond lui paraissent dignes d’élre désavouées; et pendant que sa plume les justîGe» sa conscience lui dicte au dedans que ce sont des crimes. C’est ce qui jette l’esprit de vertige et de contradiction dans sa défense; puisque les deux moyens qu’il y emploie , se combattent l’un l’autre : il soutient que toutes les guerres des prétendus réformés sont justes; et en même temps il fait violence à toutes les histoires» pour nous faire accroire que la religion n’y a point de part. Mais quelle difDculté de lui donner part à ce qui est juste ? C’est ce qu’on ne comprend pas ; et cependant » sans nous contenter de cet avantage» nous montrerons dans le reste de ce discours nonseulement que ces deux moyens sont incompatibles» mais encore que chacun des deux est mauvais en soi.
• Il est aisé» dit M. Basnage*» de justifier no-
• tre premier attentat» malgré les démonstrations « que M. de Meaux a produites : car un prince du « sang était l'auteur de l’entreprise d’Amboise, « qui fut formée par tous les ennemis de la maison
• de Guise» sans aucune distinctiou de religion. Je « ne sais , conclut-il ensuite » si cela se doit appeler « rébellion. » Mais d'abord » et sans encore entrer plus avant dans le fond » où trouve-t-il qu'un prince du sang» qui après tout est un sujet» puisse autoriser les ennemis du duo de Guise et du cardinal son frère à attenter sur leurs personnes, et à les enlever dans le palais du roi et entre ses bras? « Le « roi , faible et jeune » dit-il » ne gouvernait pas lui-
• même. ■ S’il est permis» sous ce prétexte» de faire des coups de main » quels États sont en sdreté dans la jeunesse des rois? Le ministre, qui est né Français» et qui doit savoir les lois du royaume» n’ose nier que François 11 n'y fût reconnu majeur selon ces lois. Était-il donc permis d’usurper sur lui l’autorité souveraine, et de lui arraclier l'épée que Dieu lui avait mise en main, pour la mettre entre les mains d'un prince du sang » qui n'était que plus obligé par sa naissance à respecter i’autorité royale? M. Basnage cite par deux fois Castelnau, qui fut employé , dit-il * , pour savoir le secret de
• T. t, t. n, cA. a, p. 619, 619. - * Ibid. p. 619. —
• Batn. Ibid. p. 619, ll«.
DE L’HISTOIRE DES VARIATIONS
h eonjumtion, et qui assure qu’on a?ait dessein de procéder contre ceux de Guise par toutes les formes de ta justice. Mais il supprime ce que dît le même auteur, que « les protestants conclurent
• qu’il fallait se défaire du cardinal de Lorraine et
• du duc de Guise par fonne de justice , s’il était « possible, pour n'étre estimés meurtriers <. > Cest dire assez clairement que le nom de la Justice était le prétexte, et qu’à quelque prix que ce fût on les voulait faire périr. Mais puisqu’on allègue cet auteur, digne en effet de toute croyance par son désintéressement et son grand sens, écoutez, mes frères, comme il parle de vos ancêtres : écoutez vous<mêmo , monsieur Basnage, qui en faites un de vos témoins, comme il explique les causes de la conjuration d'Amboise * ; « I>es protestants de France se
« mettant devant les yeux l’exemple de leurs voisins, ^ « c’est à savoir des royaumes d’Angleterre , de Da- « nentarck, d’Écosse, de Suède, de théine, etc., où « les protestants tiennent la souveraineté , et ont été
• la messe; à l’imitation des protestants de l'Kmpire <■ se voulaient rendre les plus forts , pour avoir « pleine liberté de leur religion : comme aussi es- « péraient-ils et pratiquaient leur secours et ap-
• pui de ce c/)té-lh , disant que la cause était com*
• mune et inséparable. » Ainsi les protestants de France pratiquaient dès lors le secours de ceux d’Allemagne^, sous prétexte que la cause était commune. Cest ce qui avait déjà éclaté en diverses occasions; et depuis peu très-clairement, lorsque les princes de la Confession d’Ausbourg, sollicités par les huguenots à se mêler du gouvernement de ce royaume , les obligèrent à demander gu'on donnât au roi Franqoîs II un légitime conseil. Étrange hardiesse pour des sujets, de vouloir qu’on gouvernât le royaume au gré des étrangers ! mais ce n’était là qu’un commencement ; et ce qui parut dans la suite, où les armes des étrangers furent ouvertement appelées, fit bien voir ce que la réforme méditait drès lors. Voilà donc , selon Castelnau , quel fut le dessein des protestants lorsqu’ils ourdirent ce noir attentat de la conspiration d’Amboise. Ils voulaient se rendre les maîtres, et pratiquaient déjà secrètement pour ceh le secours des étrangers. Par quelle autorité, et de quel droit? Mais contiuuons la lecture de Castelnau : « Les chefs du parti « du roi , poursuit cet auteur, n’étaient pas igno- « rants des guerres avenues pour le fait de la re- « ligion ès lieux susdits ; mais les peuples, ignorants « pour la plupart, n’en savaient rien, et beaucoup
• ne pouvaient croire qu’il y en edt une telle mul-
• titude en France , comme depuis elle se découvrit ,
• ni que les protestants osassent ou pussent faire
• tête au roi , et mettre sus une armée , et avoir « secours d'Allemagne comme ils eurent. » Remarquez tous ces desseins, monsieur Basnage , et osez dire qu’il n’y a pas là de rébellion. Vous voyez en ternies précis le contraire dons votre auteur : il
* CatL t. \ , e. T , édit. <k Lab. p. IS. — * Ibid. — * Tku. mxm, t.i,p. S37.
prend soin de vous expliquer la disposition du peuple ignorant qui ne connaissait ni le pouvoir ni les desseins des protestants, ce qui leur donnait espérance de pouvoir engager le peuple dans leurs attentats sous d'autres prétextes; mais au fond le dessein étaitde rendre leur religion maîtresse en France, en opprimant, comme vous voyez, le parti du roi : car c'est ainsi que te nomme cet historien. Il poursuit : « Aussi ne s’asscmblaient-jls pas seulement « (les protestants) pour l'exercice de leur religion,
• ains aussi pour les affaires d'État , et pour essayer ■ tous les moyens de se défendre et assaillir, de « fournir argent à leurs gens de guerre, et faire des « entreprises sur les villes et forteresses pour avoir « quelques retraites. > Après cela vous ne voulez pas qu’on ait tenu ni qu’on tienne encore leurs assemblées pour suspectes , pendant que sous prétexte de religion ils font des menées secrètes contre l’État! Osez dire que tout cela n’est pas véritable, et qu’il ne fut pas résolu dans l’assemblée de Nantes de lever de l’argent et des troupes, et (fallunKr la guem civile par tout le royaume : dites que tout cela ne $e fit pas à l’instigation de la Renaudie, ensuitedes résolutions de cette assemblée édites encore que la Renaudie, huguenot lui-ménie, ne fut pas établi par les huguenots et par leur chef pour être le conducteur de la conjuration d'Amboise, qui< éclata quelques mois apres. Par quelle autorité et par quel droit faisait-on toutes ces menées? La loi étemelle et l’ordre public les souffrent-ils dans les États? Mais écoutez comme conclut Castelnau : ^éprès donc avoir levé nombre de lew's adhérents par toute la France ( c’est toujours les protestants dont il parle), et connu leurs forces et leurs enrôlements : voilà, ce me semble, assez clairement prendre l'épée , contre le pré*;epte de saint Paul, qui la met imiqueinent en la main du prince, ou qui assure plutôt que c'est Dieu qui l’y a mise. Mais continuont : ils conclurent quU fallait se défaire du cardinal de Lorraine et du duc de Guise, et par forme de fustice, s'il était possible, pour n'étre pas estimés meurtriers. Voilà la belle justice des protestants, selon cet auteur tant cité par M. Basnage : mais voilà , ce qui est pis, le fond du dessein; et sous le prétexte de puuir les princes de Guise, c'était au parti du roi et à sa souveraineté qu’on en voulait, puisqu'on levait malgré lui des troupes et de l'argent dans tout le royaume, pour occuper ses places et ses provinces.
M. Basnage croit tout sauver en dissimulant le fond du dessein, et en disant « qu’il s’y agissait m seulement de savoir si les lois divines et humai- « nés permettaient d'arrêter un ministre d’État, « avant que d’avoir fait son procès : défaut de for-
• malité, continue-t-il* , qui se trouvait dans l’en- « treprise d'Amboise , auquel on tâcha de suppléer
• par des ioformatidns secrètes. » Mais s'il ne veut pas écouter la loi éternelle , qui lui dira dans le fond du cœur que oes informations secrétes faites sans autorité , par les ennemis de ces princes , étaient
* Bnsu. iMé- p. Mt.
DÉFENSE
maiiifesles attentais; qu'il éruute du moins son i MUleur, qui lui déclare que telles injonnations et procéilurcs y si aucunes y eu aiment t étaient folies ' de gens passionnés contre tout droit et raison *.
Telles sont les défenses du M. Busna;:e, et celles de tout le partit ear il n'y en a point d'autres; et ce ministre en explique le mieux qu'il peut les rai> sons. Mais si ces raisons sont bonnes t ü ne faut point parler de jzouveriicment, ni de puissance publique; et il n'y aura, pour tout oseft qu'adonner un prétexte nu crime.
Mais en tout cos t nous dit-il co n'est pas un crime de la réforme , puisque • l'entreprise fut for- « inéc par tous les ennemis de la maison de Guise,
• sans aucune distinction de religion. » Son auteur le dément encore; et sicen’cstpasassezde ce qu’on en a rapporté, pour montrer que les protestants étaient les auteurs de l'entreprise , le môme historien raconte encore^» qu'il fut envoyé parSa Mojes- «tc, pour apprendre quelle était la délibération des
• conjurés;etqu*ilfutvérifiéqu'uneassembléedeplu- « sieurs ministre. X, surveillants, pentilshonnnesetau-
• très protestants de toute qualité, s'était faite en la
• ville de Nantes. •On voit donc, plus clair que le jour, que c'est l'entreprise et l'assemblée des protestants. Il contin^e : La HenaudiCt protestant iuiniémc ptar dépit et par vengeance, comme on a vu 4,
• coiumuniqua le secret à des Avenelles, qui trouva
• cet expédient fort bon; aussi était-il protestant. » C'est doue, encore une fois, l'affaire de In secte. Dans la suite de l'entreprise, Castelnau parle toujours du rendez'tous des protestants , et de la requête que les conjurés devaient présenter l'in roi, «• pour être assurés par le moyen de cette requête , « qui SC devait présenter pour la liberté de leurs con-
• sciences, de quelque soulagement au reste de la « France^. » C'était donc, pour la dernière fois, une requête des protestants ; mais il ne faut pas oublier que cette requête se devait prélenler à main armée , et par des gens soutenus d'un secours de cavalerie dispersée aux environs®: ce que le même Castelnau trouvearec raison « fort étrange, et du tout
• contre le devoir d’un bon sujet, principalement « d’un Français obéissant et fidèle h son prince, de « lui présenter une rc(|uête à main armée r. • M.iis enfin le fait est constant , non-seulement par Castelnau , mais encore unanimement parmi les auteurs , sans en excepter les protestants ; et cependant ce n'est pas là une rébellion, ni une entroprisede la réforme , si nous en croyons M. Rasnage.
Triais, dira-t-il, dans cette requête on demandait aussi le soulagement du peuple. Il n'y a donc qu'àle demander à main armée, pour être innocent, et la réforme sera lavée d’une rébellion si ouverte, à cause qu'à la manière des autres rebelles, ceux-ci l'auront revêtue d’un prétexte du bien public ? Mais qui lie voit au contraire que les plus noirs attentats deviendraient légitimes par cemovin, et que le
' Ca$ltln. 1I»M. r*. 7, />. Ifi. — * Hmn. Ihiil. p. 613- —
• r ■»*/ P- H- ^ nr. hv. \, /J. s. — ' rl». *, 9. — • Th-
Wlll ,11, «7fc. — ' hv. Il , r. I, pfifj
comble de l'iniquité c'est de donner un beau nom au crime?
Mais, dit-on, il y entra quelques catboliqiies. Quoi donc! quelques mauvais ratbolique.s, entraînés dans un parti de protestants, le feront changer d'esprit, de dessein et de nom même ? on oubliera que le chef du parti était un prince huguenot: que la Uenaudie , huguenot , en était l'flme ; que le ministre Cbnndieu était son associé; que ceux à qui on se liait étaient de mêmusi'cle; que les huguenots composaient le gros du parti; que faction devait commencer par une requête pour la liberté de conscience *; qu'après la conjuration découverte, l'amiral, interrogé parla reine sur ce qu'il y avait à faire pour en prévenir les suites , ne lui proposa que ta liberté de conscience * ? On oubliera tout cela ; et ou aura tant de complaisance pour les protestants , qu'on croira la conjuration entreprise pour toute autre fin.
Mais faffaire fut découverte par deux proleitants, qui se repentirent d'y être entrés*. Il y eut deux hommes fidèles dans tout un parti. Donc II est absous. Qui lit jamais tin raisonnement si pitoyable?
Il ne sert de rien de nous dire encore ijue les conjurés avaient protesté de ne point attenter sur la vie du roi, ni des personnes royales*. Car aussi aurail-on pu espérer de trouver autant qu’il fallait de conjurés, en leurdéclarant un dessein si exécrable.» Mais enfin, sans attenter sur la vie du roi , n’étaitce pas un crime assez noir que d'entrer dans son palais à main armée, soulever toutes ses provinces, le mettre en tutelle, se rendre maître de sa personne sacrée et de celle des deux reines, sa mère et sa femme, jusqu'à ce qu’on eiU fait tout ce qu'on voulait? i^l. Basuage dissimule toutes ces choses, parce qu elles ne souffrent point de repartie, et croit la réforme assez innocente, pourvu qu’elle soit exempte d’avoir attenté sur la vie du roi. Mais qui répondait aux complices de ce qui pouvait arriver dans un si grand tumulte, et de toutes les noires pensées qui auraient pu entrer dans l’esprit d'un prince devenu maître de son roi et de tout fÉt.il? Comment peut-on justifier de tels attentats.» et n'est-ce pas se rendre sourd à la vérité éternelle, qui établit l’ordre des empires et consacre la majesté des souverains ?
C’est se moquer ouvertement , après cela , que de dire qu’on voulait tout faire contre les princes de Guise et dans tout le reste par l'ordre de la jus* tire et par tes états-généraux^. Mais si le roi no voulait pas les convoquer ; si les états, plus religieux que les protestants, refusaient de s’assembler au nom du prince de Condé, qui ne pouvait les convoquer qu’en se faisant roi; qu’aurait-on fait? Les conjurés auraient-ils posé les armes, et remis non seulement le roi et les reines, mais encore les princes de Guise, en liberté? On insulte à la foi publique, lorsqu'on s’imagine pouvoir persuader au
I * Ibid. Th. XXV, «76. — ** Thuan. ibld. p. 676. Cas. f. ii.
! P “it. m . W». — * htisn. IWd. - * Jhid. — * Basn.
' îiùd., p. SU, bU.
DE L’IUSTOIRE DES VARIATlOiNS.
mouüc de tels cotites. Au&si rhistoire dit^lie net* teinentque sans hésiter on aurait massacré le duc de Guise et son frère le cardinal, s'ils ne promettaient de se retirer delà cour et des affaires On sait le nom de celui qui s'était chaîné de tuer le duc * : et après un si beau commencement , qui peut rendre de tous les excès où se serait emporté un peuple appâté de son sang? Telle fut la résolution que ût prendre la Ilenaudie dans l'assemblée de Nantes, après avoir invoqué le nom de Dieu. Car Bèze sait bien remarquer que c’est par là qu’il coniment^a’ : après cela tout est permis; et pourvu qu'on donne à l’assemblée un air de réforme, on peut destiner des assassins à qui l’on veut , fouler aux pieds toutes les lois , forcer le roi dans son palais, et mettre en feu tout le royaume.
Que si à la fin on est forcé d’avouer que cette conjuration est un crime abominable, U faut avouer encore avec la même sincérité que c'est un crime de la réforme, un crime entrepris par dogme, par expresse délibération de jurisronsuUeit et de Ihéologient protestants ^ comme l'assure M. de Thon en termes formels ^ ; un crime approuvé des ministres et eu particulier de Bèze , qui en avait fait l'éloge dans son Histoire ecclésiastique ^ Les passages en sont rapportés dans le livre des Variations ^ : le prince de Condé , selon Bèse 7 , est un héros chrétien, pour avoir en cette occasion postposé toutes choses AU DEVOIR qu'il avait à sa patrie , à Sa Majesté et a son sang : la province de Saintonge est louée ù'avoir/aU son devoir comme tes autres; combien çr’unb si juste entreprise, parla DÉLOYAUTÉ cte quelques hommes, ne succédât comme oa te dédirait. Ainsi ces réformateurs renversent tout r ils appel lentjus/îce une affreuse conspiration , et déloyauté le remords de ceux qui se repentent d'un crime; ils sanctifient les attentats les plus noirs, et ils en font un devoir , tant pour les princes du sang que pour les autres sujets.
M. Basnasea vu cet endroit de Bèze dans ITlistoire des Variations, et il fait semblant de ne le pas voir. C’est sa perpétuelle coutume : ce ministre croit tout sauver, en dissimulant ce qui ne souffre point de repartie; en récompense, il soutient que parmi les consultantsqui autorisèrent la conjuration ilyavoit âes jurisconsultes papistes: du moins il n'ose avancer qu'il y eût des théologiens de notre religion ; ni démentir M. deThou, qui n'y admet quelles protestants. Mais si le ministre veut mettre des nôtres parmi les jurisconsultes , qu’il les nomme: qu'il nomme un seul auteur catholique qui ait approuvé cette entreprise; comme nous lui nommons Bèze I qui en fait l’éloge. Mais pourquoi lui nommer ce réformateur et les autres de même temps? Je nomme à M. Basnage M. Basnage luimême , et je lui demande devant Dieu quel intérêt ü peut prendre à excuser, comme il fait , une si noire
* Thttam. <T7S. — * Brant, Vie de Guise; le Labour. Ad^ du, é Casieïn. t. I, /■ I. p. .18s. — > Liv. iii , — * Thwsn.
— * ///j/. Eeclet. iii, ïôl. — • /'ur liv. \ , n. — * LVr. Ibki., p. 81-1.
entreprise, si la réforn>e , comme il le prétend , n'v a point de part.
Enfin, pour dernière excuse, on nous dit que plusieurs des chefs du parti improuvèrent ce dessein. M. Bayle nomme l'amiral, à qui on n’osa jamais le conGer; et s'il l'eût su, dit Brantôme, U aurait bien rahravé les conjurateurs et révélé le tout*. Calvin même, qui sut l'entreprise, dit M. Basnage *, déclara une et deux fois qu'iV en avait de l’horreur , et il le prouve par ses lettres , que j’ai aussi alléguées dans i'Ilistoiredes Variations^ Mais si Calvin et l'amiral ont en effet et de bonne foi dé* testé un crime si noir, comment ose-t-on aujourd'hui lejustiüer ? Qui ne voit ici qu'on se moque, et qu'il n'y a dans les réponses des ministres ni sinairité ni bonne foi ? Calvin , je l’avoue , iinprouva beaucoup l’entreprise après qu'elle eut manqué , et s’en disculpe autant qu'il peut : mais si Bèze avait remarqué, dans le fond et dès l'origine, quelle lui eût paru criminelle plutôt que mal concerlét', en aurait-ii entrepris si hautement la défense? Y avaitil si peu de concert entre ces deux chefs de la réforme sur la règle des mœurs, et sur le devoir des sujets? Bèze aurait-il proposé comme une chose approuvée par les plus doctes théologiens , ce que Calvin aurait détesté jusqu’à en avoirde riiorreiir? Calvin tenait-il un si petit rang parmi les théologiens delà réforme? Basnage, selon sa coutume, dissimule tout cela, et se contente de dire que M .de Meaujcfaitéclater son injusticecontre Calvin d'une manière trop sensible^. Pourquoi? Parce que I je dis que ce prétendu réformateur , à prendre droit par lui-même , agit trop mollement en cette occasion , et qu'il devait dénoncer le crime Mais l’aiuirai lui en donnait l'exemple; puisqu'on vient de voir qu'il était en disposition de tout révéler, s'il l'eût su : il ne fallait pas qu'un réformateur sût moins son devoir qu’un courtisan. M. Basnage devait répondre à cette raison, avant que de m’accuser d’une injustices! rcAsiôte envers Calvin. Mais il ne pénètre rien , etncfalt que supprimer les difficultés. Cependant, comme s’il avait satisfait à celle, ci, qui est si pressante et si clairement exposée dans l’Histoire des Variations , il demande avec un ton de connance : Que pouvait faire Calvin , qu'il n’ait fait? Ce qu'il pouvait? Rompre absolument l’entreprise , en la faisant déclarer au roi ou à la justice. L’ordre des empires le veut, la loi éternelle t’ordonne : si Calvin en ignorait les règles sévères, pourquoi prenait-il le titre de ré/ormateurf Il était Français, et faisait semblant de conserver dans Genève les sentiments d’un bon citoyen et d'un bon sujet Quand donc il l’en faudrait croire, et se persuader , sur sa parole , qu'il a fait véritablement tout ce qu’il raconte, après que le coup a failli; toujours de son aveu propre il demeurera impliqué dans le crime , puisqu'il l’a su sans le révéler. Lorsqu'on sait un complot d'a5sas$inat,on n'enestpasquiUe pourl’improurpr : il faut avertir
• / ar. liv. !♦ — */*. 510. — • l'ar. Itv %■ — * Basm iliU. — » /’rir. /m*. • Ivert.
DÉFENSE
celui qui etl en péril *, et en matière d*Etat , il faut du moins faire entendre au coupable que » s'il ne te détiite «Tun noir dessein contre son roi et sa patrie, on en avertira le maKistrat : autrement on y participe. Et voilà le chef de la réforme , quoi qu'en dise M. Basnage, complice manifestement, selon la loi éternelle, du crime des conjurés.
Il l'a été beaucoupdavantage des guerres civiles. Que diriez-vous d'un docteur, si, écrivant à un clief de rebelles ou de voleurs, qui se glorilierait d'étreson disciple; au lieu de lui faire sentir l'hor* reur de son crime, il lui prescrivait seulement, comme à un homme autorisé par le public , les lois d’une milice légitime ?€>st précisément ce qu'a fait Calvin. J’ai rapporté une lettre qu’il écrit au baron des Adrets , le plus ardent et le plus cruel do tous les cheft de la réforme. Dans celte lettre, il ne bMmc que les viol nres. la déprédation des reliquaires, et lés autres choses de cette nature faites 40«*/’aM/orlté publiquf. Mais il se garde bien de lui dire que le titre même du commandement, qu'il usurpait, était destitué de cette autorité : par conséquent que la guerre, entreprise de cette sorte, était nonseulement dans scs excès , mais encore dans son fond, une révolte, un attentat, et en un mot un brigandage plutôt qu'une guerre légitime. Au lieu de lui reprocher son impiété à tourner ses armes Inlidèles contre sa patrie et contre son prince, il se contente de lui dire, comme saint Jean faisait aux soldats légitimement enrôlés sous les étendards publics ; Sc fuites pas de violence, et contentez-vous de voire p^iye *. Les caütoliques et les protestants concluent d'un commun accord de cette decision de saint Jean , avec saint Augustin et les autres Pèces, que la guerre sous un légitinte souverain est pi-rmise : puisque saint Jean n’en reprenant que (es excès, il s'ensuit qui! euapprouvclc fond. Mais, parla même raison, on démontre manifestement à Calvin qu'il autorisait la guerre civile. M. Basnage répond premièrement, qu'on ne dit pas toujourstout dans une lettre ^ et que Calvin avait assez expliqué ailleurs4 i\ViU fallait obéir aux rois, lors même qu'ils étaient méchants et indignes de porter le sceptre. Le ministre voudrait nous donner le change. La question n’était pas s’il fallait obéir aux mauvais rois. La réforme ne prenait pas pour prétexte de sa révolte leur injustice en général , mais en particulier la seule persécution : c’était donc contre cette erreur que Calvin la devait munir, pour lui ôter les armes des mains; et il fallait lui montrer qu’à l'exemple de l’ancienno Église, on doit obéir même aux princes persécuteurs. C’est ce que devait faire un réformateur : mais c'est de quoi Calvin ne dit pas un mot dans le passage allégué par notre ministre ; et s’il eût eu ce sentiment dans le cœur, il le fallait expliquer en écrivant à un chef de la révolte : car c'est le cas d’appliquer 1rs grandes maximes au fait particulier, et d'instruire à fond de ses devoirs celui qu’on entreprend d’enseigner.
• far. Ih>. X. — * Lue. m, U. — * Ibid SIC. - * Cnlr. intt. IV, <*. *0 , art. 54.
Mais M. Basnage ré|>ond en second lieu ' : que
• c’était assez entreprendre contre le baron des ' « Adrets, que de vouloir d'abord réprimer sa fureur :
«on n'obtient rien , poursuit-il, quand on demande
• beaucoup.* Je vous entends, monsieur Basndge;en effet, c*est trop demander à la réforme, que de lui prescrire déposer les armes qu’elle a prises contre sa patrie. Mais si Calvin n’edt rien obtenu , si ses disciples avaient persisté contre son avis dans une guerre criininelle; 1a protestation qu'il edt faite contre leur infidélité eût senide témoignage à son innocence. Je crois ici que M . Basnage sc moque en son cœur de notre simplicité, de demander à Calvin de semblables déclarations. Ce n'est pas le style des ministres : nous trouvons bien dans Bèze les protestations qu'ils firent contre la paix d'Orléans, q/frt que la postérité fùi avertie comme ils s'étalent portés dans cette affaire »; mais des protestations contre la guerre civile, on n'en trouve point dans leur histoire : ce n’était pas là leur esprit , ni celui de la réforme.
M. Basnage ose soutenir cette protestation des ministres; mais la raison qu'il en rend est admirable. « Les ministres , dit-il avaient raison de « s'opposer à ce traité , puisque le prince voulait
• les sacrifier à sa grandeur. > Sans doute , il valait bien mieux que les ministres le sacrifias.^ent à leurs intérêts, avec toute la noblesse et le peuple qui le suivait , et que toute la France filt en sang, plutôt que de blesser la délicatesse de ces docteurs, qui voulaient être les maîtres de tout. L’aveu au moins est sincère; « mais, poursuit .M. Basnage, « leurs demandes étaient justes dans le fond , ptiis-
• qu'ils souhaitaient seulement qu’on obervàt un « ^itqu'on leur avait donné : il ne s’agissait pas de « décider si la guerre était juste ou non.» Quelle erreur de prêcher la guerre, sans avoir auparav^int décidé qu’elle était juste! M. Basnage se moqne-t il d’alléguer de telles raisons? Mais les ministres ne songeaient, continue-t-il , ^u'à pourro/r à/a«dreié de leurs troupeaux. Nous avons fait voir ailleurs 4 que le prince y avait pourvu , et que toute la question n'était que du plu.x au moins; mais, en quelque fa<^on qu’on le prenne, c’était donc un point résolu par le sentiment des ministres, que la guerre était légitime , puisqu’à quelque prix que ce fût , et aux dépens du sang de tous les Français, iis voulaient qu'on la continuât.
Voyons maintenant les raisons par lesquelles notre auteur ose soutenir que cette guerre était juste ; il les réduit à trois principales; la première : • qu’il « s’agissait de la punition du massacre de Vassi , « commis par le duc de Guise, laquelle la reine,
« avec son conseil, avait solennellement promise, « malgré les oppositions du roi de Navarre et dit «cardinal de Ferrare; et qu'ainsi les protestants « avaient droit de la demander, et de se plaindre ■ si on ne la faisait pas^.* La seconde raison de
' Data. Slé. — > Hnt. t. il, Uv. vi. p. 5S-2. l'ar, Ur. ft, — > Ibid. p. 420. — • l'ar. liv. x. — * Ibid., p. 410.
DE L’HISTOIRE DES VARIATIONS
H. BMna^, • c*est qu’on ne s'imissnit que poiirun « édit que les parlements de France et les états « avaient vérifié'. » troisième, qui parait la plus vraisemblable , c’est que le prince, sous la conduite duquel la réforme se réunit, agis.sait par les ordres de la reine ré;;ente : c*était donc lui qui était muni deTautorité publique; et il ne regardait le duc de Guise,qui était le chefduparti contraire, quecomme un particuHer contre lequel on avait droit de s’élever . comme contre un ennemi de l’État*. Au reste, M. Basnage déclare d’abord : > qu’il ne
• prétend pas traiter cette matière, épuisée par « d’autres auteurs, et qu’il touchera seulement les
• réflexions que M. de Meaux a faites. • Mais c’est justement ce qu'il oublie. Sur le prétendu mastatre de f'asxif ma principale remarque a été quecen’é^oi7 pas une entreprise préméditre i ce que j'établis en un mot^, mais d’une manière invincible, par le consentement unanime deshisto* riens non suspects. Mh preuve est si convaincante, que M. Rurnet s’y est rendu. Je lui avais fait le re* proche (Tatoir pris te désordre de yassi pour une entreprise préméditée ^ , et voici comme il y répond : • Il m’accuse (M. de ^feaiix) de m'étre mépris « sur le but du massacre de Vassi. Mais U n’y a
• rien , dans l’anglais , qui marque que j’aie cru qu e
• ce fût un dessein formé , et je ne suis responsable
• que de l’anglais^.» Je n'en sais rien, puisqu'il a donné à la version fran<^aîse une approbation si authentique. Quoiqu'il eu soit , je leprendsaumot, et je le loue de désavouer de bonne foi ce qu'il dit que son traducteur avait ajouté du sien. M. Basnage n'a qu’à l'imiter : puisqu'il le comble de tant de louanges en lui dédiant sa réponse, il ne doit pas avoir honte desuivreson exemple. Qu’il avoue donc de bonne foi que ce qu’on appelle le massacre de Vassi ne fut qu’une rencontre fortuite; et que c’est un fait avéré par l'Histoire de M. de Thou , et par celle de la Popelinière, auteurs non suspects : qu’il ajoute, sur la foi des mimes auteurs, que le duc de Guise fit ce qu’il put pour empêcher le désordre; et qu'ainsi c'était à la réforme une manifeste injustice d’exiger par tant declarneurs, ensuite par une guerre déclarée , que sans connaissance de cause, et sur la seule accusation de ses ennemis, on le punit d'un crime dont il était innocent. Mais, après tout , quand le duc de Guise serait aussi criminel que les protestants le publiaient , le faible du raisonnement de M. Basnage n’en est pas moins clair , puisque , mime en lui accordant tout ce qu'il demande , on voit qu'il ne conclut rien , et qu’en- Gn tout ce qu’il conclut c’est que ta reine , avec son conseil, ayant promis la punition de ce prétendu massacre , les protestants avaient droit de la demander, et de se plaindre si on ne ta faisait. Vais qu’ils eussent droit delà demander par la force ouverte et par une guerre déclarée, ou de se plaindre les armes à la main , c’est précisément de quoi il s'agit : c'est ce qu’il fallait établir , pour jus-
' DatH.. 5ti». - » Ibid.. 517, sift. - 5 Par. Uv. s. — « Ibid. — ^Crii. de VWtt. des l'ahat.
tificr la réforme. Mais M. Basnage lui-mime ne Ta osé dire: il a senti la loi éternelle qui lui criait, dans sa conscience, qu’on renverse l'ordre du monde, lorsquedes sujetsentreprennent de se faire justice à eux-mêmes contre les plus criminels, et à plus forte raison contre un innocent.
La mime raison détruit encore le vain prétexte tiré des édits. Car, sans se tourmenter vainement l'esprit par la discussion des faits , dans une occasion où l’on s’accusait mutuellement d’avoir manqué à la foi donnée ; la règle invariable de la vérité décide que les sujets doivent conserver les édits qu’on leur accorde , par tes mimes voies dont ils ontdi^se servir pour les mériter, c’est-à-dire par d’humbles supplications et de fidèles services. A insi, de quelque contravention qu’on ait à se plaindre , cette règle de la vérité et de l’ordre public revient toujours : qu’on ne se doit pas faire justice à soîmlme : que les sujets n’ont point de force contre la puissance publique, et que le glaive n’est donné qu’aux souverains. Nos aneétres les martyrs n’ont pas fait la guerre à Sévère et à Valérien , pour rappeler en usage les favorables édits d’Adrien et de Marc-Aurèle; ni à Julien l’Apostat, en faveur de ceux de Galère et de Maximin, de Constantin et de Constance. bel ordre dans un État, si toutes les plaintes de contravention aux libertés et aux droits de chaque corps se tournaient en guerre civile! Maïs quel prodige d’égarement de s’imaginer qu’en donnant des privilèges, le prince donne le droit d’armer contre lui, partage son autorité, et se dégrade lui-mime : ou que les grâces qu'il accordera, en faveur d’une religion contraire à la sienne, soient plus inviolables et plus sacrées que les autres I Que si l'on nie que ces édits fussent des grâces , c’était donc de deux choses l’une , ou un effet de la violence faite au souverain , ce qui est un attentat manifeste, ou un droit légalement acquis, et une justice due à toutes les sectes ; ce qui est une prétention trop nouvelle, encore même parmi les protestants, pour faire une loi.
Il n’y a donc plus aucune ressource, pour la réforme si souvent rebelle, que de dire qu’elle a armé par l'autorité publique , et d'en revenir à ces ordres secrets donnés par la reine au chef du parti. Mais d'abord i I est manifeste que cette excuse n’est bonne , en tout cas, que pour les premières guerres commencées durant la régence de Catherine de Médicis. Car ce n’est qu’en celte occasion qu’oii peut alléguer de tels ordres; et il o'y en a pas le moindre vestige dans les guerres qui ont suivi , depuis Charles IX ju^u’à Louis Xlll de trioinpiiante mémoire. Quelle misérable défaite, qui , dans la vaste étendue qu'ont occupée ces guerres civiles, ne trouve à justifier qu'une seule année, puisque la pmnière guerre ne dura pas davantage! Mais, après tout, que peut-on conclure de ces lettres de la reine.’ J’y ai donné deux réponses ’ , la première entièrement décisive :
• Que la reine , qui appelait en secret le prince de « Confié au secours du roi son fils, n'en avait pan
• le pouvoir; puisqu’un est d’accord que la régence
• /'«r. liv X.
DÉFENSE
• lui avpit élc déférée à condition de ne rien faire de
« copsé(|uence(|uedan8leconseiUovecla participation
• et de l’avis d'Antoine de Bourbon , roi de Navarre,
« comme premier prince du sang et lieutenant gené- » ral du roi dans toutes ses provinces et dans toutes
• ses armées, dunint sa minorité. * C’est ce que
portaitl’actedelutellcnrrétédanslesétalsgéncraux:
le fait est constant par lliistoire'. Celle réponse ferme la bouche aux protestants : aussi M. Basnago, qui avait promis de réi)ondreà mes réflexions ^ ànmeure muet à celle-ci , comme il fait dans tout son ouvrage à celles qui sont les plus décisives : on appelle cela répondre à VUistoirc des f ariationSf ; comme si répondre était faire un livre , et lui donner j un vain titre.
Le ministre, qui passe sous silence un endroit si essentiel de ma réponse, en touclve un autre, mais pour le corrompre. de Meaux soutient que le duc
de Guise ne faisait rien que par l'ordre du roi*, il m’impose : il n'était pas meme question des ordres du roi , qui était mineur, et qui avait à peine dou7.e ans : je parle du roi de Navarre, et je dis, ce qui est certain , que le duc de Guise neflt rien que pisr les ordres du roP, comme il devait. Le ministre, qui u’a rien à dire à une réponse si précise , cliange me* paroles : est-ce là répondre, ou se moquer et insulter à la foi publique? Il poursuit : « Maimbourg ne
• chicane point; et il avoue que la reine écrivit coup « sur coup quatre lettres extrêmement fortes, où
• elle conjure le prince de Condc de conserver la « mère , les enfants et le royaume , en dépit de ceui « qui voulaient tout perdre^. > Ondirait, à entendre le ministre, que je dissimule ces lettres; mais j’eo rapporte tous les termes qu’il a relevés, et je reconnais que la reine les écrivit pour prier ce prince de vouloir bien conserver la tnère et lesenfanUf et tout te royaume, contre ceux qui voulaient foui perdre^ . Est-ee chicaner sur ces lettres que de les rapporter de si bonne foi ? Mais j’ajoute ce que vous taisez , monsieur Basnage : que la reine , qui écrivait en ces termes , et qui semblait vouloir se livTer avec le roi H ses enfants au chef d'un parti rebelle et aux huguenots, n’en avait pas le pouvoir : répondez, si vous pouvez ; et si vous ne pouvez pas , comme vous l’avouez assez par votre silence, cessez de tromper le monde par une vaine apparence de réponse.
J’avais fait une autre remarque qui n'était pas moins décisive : • que ces sentiments de la reine ne ■ durèrent qu’un moment; qu’après qu’elle se fut « rassurée, elle rentra de bonne foi dans le senti-
• ment du roi de Navarre, et qu'elle fit ce qu’elle « put, par de continuelles négociations arec le prin- » ce de Condé, pour le ramener à son devoir. » Tous ces faits, que j'avais rapportés dans l'Histoire des Variations®, sont incontestables, et en effet ne sont pas contestés par M. Basnage. J’ajoute encore, dans le même endroit, que la reine écrivit ces lettres • en secret, par ses émissaires, de peur qu’en
• TawAN. 1. 1, Hh. xxn, 710. tdit. leoe. — * Rnsn. iWrf. p. sn. — * far. liv. x. — * Btim. p. S|S> — * far liv. X. — « far. liv. X. THuait. t. ii, /ifr. xxiv.
« favorisant la nouvelle religion , elle ne perdit l’a- « initié des grands et du peuple, et qu’on ne lui dtàt • enfin la régence. » Ce sont les propres termes de M. de Tliou : et voila ce qui fit prendre de meilleurs conseils à cette princesse, que son ambition avait jetée d’abord dans des conseils désespérés. M. Basnage n’a rien à répondre, sinon que la reine changea, parce quelle se vit opprimée par les Cuises,' qu'il fallut flatter^. Il dissimule que tout se faisait par les ordres du roi de Navarre , selon l'acte de tutelle autorisé par les états; et qu'à la réserve du prince de Condé et de l'amiral , ce roi avait avec lui les autres princes du sang, les grands du royaume, le connétable et les principaux oHiciers de la cuuronnc, la ville et le parlement de Paris, les parlements, les provinces, et en un mot toutes les forces de l'État. M. Basnage oublie tout cela, et il appelle oppression les ordres publics : tout cela étaient Ic^s rebelles et les ennemis de VÊtat : et le prince de Condé fut le seul fidèle , à cause qu’il avaitpour lui les huguenots seuls, et qu’il était a leur tête. Peut-on s’aveugler soi-méme jusqu’à cet excès, sans être frappé de l'esprit d’étourdissement?
Si l'on se souvient maintenant de ce qu’entreprit peu de temps après , et dans les secondes guerres, ce parti fidèle et si obéissant à la reine, on sera bien plus étonné. Il appela l'étranger au sein du royaume : il livra le Havre-de-Crdce , c’est à-dire la clef du royaume, aux Anglais, anciens ennemis de l'État, et les consola de la perte deC.alais et de Boulogne. Il n'y avait |K)inl là de lettres de la régente ; elle fut contrainte de prendre la fuite avec le roi , devant ceparti fUiete : on les attaqua dans le chemin, au j milieu de ce redoutable bataillon de Suisses : il fallut fuir pendant la nuit, et achever le voyage avec les terreurs qu’on sait : cependant ceux qui poursuivaient le roi et la reine, sans garder iiucuue mesure, étaient les fidèles sujets; et ceux qui les gardaient étaient les rebelles.
M. Basnage, qui se tait à tous ces excès, croit excuser la réforme en nous alléguant en tout cas d’autres rébellions : il n’a que de tels exemples pour se soutenir. Mais toutes les rébellions sont faibles, à comparaison de celles de la réforme ; les rois, pour ne pas ici répéter le reste, s'y sont vus assiégés dans leurs palais, comme François H à Amboise, et au milieu de leurs gardes, comme Charles IX dans la fuite de Meaux à Paris. Quelle rébellion poussa jamais plus loin son audace? Oubliera-t-on cette réponse de Monlbrunà une lettre où Henri III lui parlait naturellement avec raulorité convenable h un roi envers son sujet ? Que lui répondit ce fier réformé: • Quoi, dit-il*, le roi m'écrit comme roi, « et comme si je devais le reconnaître? Je veux « bien qu'il sache que cela serait bon en temps de 0 paix , et que lurs je le reconnaîtrais pour tel ; « mais en temps de guerre, qu’on a le bras armé ■ et le cul sur la sêlle, tout le monde est compa- « gnon. » C’est l'esprit qui régnait dans le parti ; et
• Ih<d. MH. — • Brunt. L. Lab. Addit. aux Siéra, d* Cma- I kin,. toM. II. p. StS.
DK l/niSTOIRE DES VARIATIONS.
Je ne finirais jamais, si Je commeiu^ais à raconter les paroles et, ce qui est pis, les actions insolentes des héros de la réforme.
Si ce ne sont la des rebellions et des félonies manifestes, je n'en connais plus dans les histoires. Encore pour les autres révoltes, on en rougit; mais pour celles-ci , on les soutient , on les loue, on les imite : ü le faut bien, puisqu'elles ont été faites par religion , et autorisées par les synodes.
M. Visnage ose le nier, et nous avons déjà dit que par là il se réfute lui-méme. ('jir si ces conjurations et ces guerres sont légitimés, pourquoi en rougir, et n'oser y faire entrer les synodes? Mais c'est que l'iniquité se dément toujours elle-même; ces révoltes couvrent de honte ceux qui les soutiennent : ce sont de bonnes actions, disent les ministres ; mais que cliacun serait plus aise de n’avoir point faites, et dont on voudrait du moins pouvoir laver 1rs synodes.
Le ministre le tente vainement, et il est encore plus faible et plus faux dans cet endroit de sa réponse, que dans tous les autres : on le va voir. La pièce la plus décisive contre la réforme est un décret du synode national de Lyon en 1563, dès l’origine des guerres. Nous en avons produit deux articles , que, malgré leur ennuyeuse longueur, je ne craindrai pas de remettre encore devant lesytiix du lecteur. Car il faut une fois confondre ces infidèles écrivains , qui osent nier les faits les plus constants. J’ai donc produit deux articles de ce synode* : le xxxTI^^ où il est écrit « qu’un minis- « tre de Limosin, qui autrement s’était bien « PORTÉ , a écrit à la reine-mère qu’il n’avait ja- « mais consenti au port des armes , jaroit qu’il y ait « consenti et contribué ; item : qu’il promettait de c ne plus prêcher , ju squ’à ce que le roi le lui per- « mettrait. Depuis, connaissant sa faute, il en a « fait confession publique devant tout le peuple ; « et un jour de cène, en la présence de tous les ini-
• nistresdu pays et de tous les fidèles : on demande « s’il peut rentrer dans sa charge? On est d’avis « que cela suffit ; toutefois il écrira à celui qui l’a « fait tenter, pour lui faire connaître sa pénitence : « et le priera-t-on qu'on le fa&seentendreA la reine,
• et là où il adviendrait que le scandale en arrivât
■ à son Église : et sera en la prudence du synode « de Limosin de le changer de lieu. »
Loutre article du même synode, qui est le XLViii*, n’est pas moins exprès : « Un abbé venu,
• dit-on, à la connaissance de l’Évangile, a brillé ses
• titres, et n’a pas permis depuis six ans qu’on « ail chanté messe en l’abbaye; ains s’est toujours
• PORTÉ FIDELEMENT, Ct* a porté LES ARMES
■ pour maintenir l'Évanoile ; il doit être reçu a
• la cène, • conclut tout le synode national.
Voilà qui est clair : il n’y ‘faut point de notes ,
ni de commentaire : c’est le décret d’un syuode national , qu’on a en forme authentique avec tous les autres ; c’est l’acte d’un de ces svuodes où , selon la discipline de nos réformes . se fait la suprême et
» /or. Uv. X. y* jévert.
finale résolution, tant au dngmc qu'en la diacipline, et il n'j- a rien au-dessus dans la réforme : tout y enseigne , tout y autorise, tout y respire la puerre ct la désobéissance. Que fera ici M. Basnafte? ce que font les avocats dc.s causes déplorées' : ce que lui-niéine il fait partout dans sa réponse , comme on a ru , et comme on verra dans toute la suite. C'est de passer sous silence ce qui ne souffre aucune réplique ; et si on trouve un petit mot par où l'on puisse cmbroidller la matière , de s'y accrocher par une basse clneane. 1,'article de l'abbé est d'une nature à ne point souffrir de repartie : les circonstances du fait sont trop bien marquées : c'est un abbé huguenot, qui garde six ans son abbaye, sans en acquitter aucune charge , ni faire dire aucune partie de l'office ; les revenus l'accommodaient, et c'est assez pour garder le bénéfice : ce qui l'excuse envers la réforme , c'est qu'il a brillé tous les titres , pour abolir la mémoire de rinlention des fondateurs, et toutes les mari|iiesde la papauté, dans son abbaye. Car, au reste, un liomme de main comme lui n'avait besoin que de la force pour se maintenir dans la possession : et un abbé de celte trempe, qui sait se porter fdétemml et prendre tes armes pour r Évangile, n'a que foire de titre. Voilà au moins le cas bien posé, la cause de la guerre bien expli(|uée, l’abbaye en très-bnmics mains : on reçoit l'abbé à la cène, et la guerre qu'il fait à son roi et à sa patrie lui en ouvre les entrées. Il n'y a ici qu'à se taire, comme fait M. Basnage.
l’eraonne ne peut douter que l'article du même aynode sur le ministre limosin , ne soit de même esprit et de même sens : mais parce qu'il y est parlé du déni, que fait le ministre, d'avoir consenti au port des armes, jaçoit qu'il y eût consenti et contribué, et de la promesse qu'il fait de ne prêcher plus sans la permisslmi du rot; M. Basnage s'attache à ces derniers points : . Il suffit , dit-il • , de « savoir lire pour voir que la censure tombe sur
• deux choses : la première , que le ministre avait
• proféré un mensonge public en écrivant à la reine
• qu'il n'avait jamais ronsenti au port des armes , « quoiqu'il y eût consenli et contribué : et la se-
• conde, parce qu'il abandonnait son ministère. Il
• ne s'agissait donc pas de la repentance de ce mi-
• nistre, et encore moins d'une décision en faveur . de la guerre. « Quoi ! le ministre n'est pas loué do s'étre bien porté d'ailleurs , et iTacoir contribué comme les autres au port des armes? Ce n'est pas là tout l'air du décret; et cet homme n’est pas continué dans le ministère, encore qu'il ait consenti et contribué à la guerre : en sorte que tout le seandale qu’il a donné à l’Église, e’est d'avoir eu honte de sa révolte , et d’avoir promis, sur ce fondement, de ne prêcher plus ? J'en appelle à la conscience des sages lecteurs. Car aussi , pourquoi le synode aurait-il refuséà ce ministre la louange de consentir à la guerre, puisqu’on a bien loué l'abbé do l’avoir faite lui-même ? F.t quand nous voudrions nous attacher à ce que ,M. Basnage recouiialt pour
' Basn. l. Il , nrl. VI , p. SIS, et Jurteu.
DÉFENSE
la Mule cause de la censure : si la guerre contre sa patrie et contre son roi était réputée dans le synode un (ait honteux et reniable , comme on parle, serait-ce un si grand scandale de le désarotier? Si contribuer à la révolte, en y animant les peuples, cdt été réputé un attentat contre son roi et sa patrie, quelle honte y aurait-il eu d'abandonner le ministère dont on aurait abusé ? N’edt-il pas fallu se souvenir de cette parole du Saint-Esprit : Die* a dit au pécheur ; Pourquoi anuoncet-tu ma juttict, et portes-tu mon alliance dans ta bouche f Tu as hal la discipline , et tuas rejeté ma parole loin de loi tu t es joint acec les voleurs ■ : ou , ce qui n'est pas moins impie ; Tu as augmenté le nombre des rebelles , et tu as allumé dans ta patrie le flambeau de la guerre civile ; la bouche a abondé en malice , et ta langue a été adroite à forger des fraudes, pour engager dans la révolte ceux qui écoutaient tes discours ? Quoi de plus juste en cet état que d'abdiquer le ministère dont on auraitabusé contre son prince, et du moins de ne le reprendre qu'avec sa permission? Mais ce qui ferait l'édification d'une vraie Église, fait un scandale dans la réforme : il faut que toutes les Églises du parti , il faut que la reine même sache qu'on se repent d'avoir eu la guerre civile en horreur; et il ne reste que ce moyen-là d'étre maintenu dans le ministère. 'Voilà comme M. Basnage sauve son Élgliseet le synode n,vtional de Lyon. .M. Jurieu est plus sincère : U a tâché , comme les autres , de déguiser autant qu'il a pu le fait des guerres civiles ; lorsqu'il a vu qu'on savait le décret du synode national , il a reconnu la vérité ; mais aussi en même temps il a repris son audace, qu'il n'avait quittée que pour un moment : et, dit-il ‘, M. de Meaux doit savoir que nous ne nous faisons pas une honte de ces décisions de nos synodes. Voilà deux ministres bien opposés ; l'un accorde ce que l'autre nie ; l'un est contraint d'avouer que le synode approuve la prise des armes , et soutient qu'il a eu raison de le faire ; l'autre, qui ne s'est pas encore durci le front Jusqu'à croire que les synodes doivent autoriser de tels excès, ne se sauve qu'en niant un fait constant : mais la réforme demeure toujours également confondue, soit qu'elle craigne d'avouer ce fait honteux , ou qu'elle ait l'audace de le soutenir.
La question est terminée par ces seuls décrets d'un synode si solennel, et si suivi dans tout le parti. Mais j'ai encore d'autres synodes à produire , et ce sont ceux des vaudois calvinisés , en l'an ISGO.
C'est ici que M. Basnage semble triompher, puisqu'il SC vante d'avoir prouvé que je cite faux; et voici comment : • On tâche , dit-il’, en passant
• d'Allemagne dans les vallées de Piémont , d'y
• trouver quelque ombre de rébellion. - Que le lecteur attentif prenne garde à ces paroles , on tdche (c'est de moi qu'il parle) de trouver dans tes vallées quelque ombre de rébellion ; il n'y a donc eu dans ces vallées , selon le ministre , ni aucun attentat
* Ps, xxn. — 1 LtU. IX. -- I Bnsn. II. pari. c. vi, p. llo.
contre le prince , ni pas même une ombre de rébellion. D'où viennent donc tant de siégea , tant de combats, et Unt de sang répandu ? Mais, sans encore entrer dans ce détail, que M. de Thou et la Popelinière racontent ai amplement ; que répondrat-on au traité transcrit mot a mot par ces historiens' , dont voici le commencement : Capitulation et articles dernièrement accordés entre M. de haeonis, de la part de Son .Cltesse, et ceux des vallées de Piémont, appelés vaudois. Il en rapporte les paroles, et conclut ainsi : Que l'on expédiera lettres-patentes de Son ditesse , par lesquelles il constatera qu'il fait rémission et pardon à ceuxdes vallées d.éngrogne, et des autres, qu'il nomma toutes , tant pour avoir pris les armes contre Son Messe , que contre les seigneurs el gentils hommes particuliers [à qui ces lieux appartenaient], lesquels II reçoitet tient ensa sauvegarde particulière. Voilà , ce me semble, toutes les vallées spécifiées avec assex de soin , qui toutes ensemble demandent pardon d'avoir pris les armes contre leurs seigneurs et contre leur prince souverain. Cependant , à entendre notre mim'stre , il n'y a pas eu parmi les vaudois une ombre de rébellion, et e'est en vain que M. de Meaux tâche A'y en trouver le moindre vestige. Ce traité , que j'ai tiré de la Popelinière, est raconléenun mot, mais toujours dans le même sens, par M. de Thou, puisqu'il dit qu'on fit un traité d’amnistie, par lequel te prince pardonnait à ses sqjets des vallées tout ce qui s'était passé
dans(espiierres>. CependantM.Basnagem'insulte, comme si j'avais faussement cité ces deux auteurs.
Je rapporterai ses paroles , afin qu'on voie une fois ce qu'il faut croire de son jugement et de sa sincérité. . I.es Vaudois , dit M. de Meaux , avaient
• enseigné tout nouvellement cette doctrine (qu'on
• pouvait armer contre son prince ; et la guerre
• fut entreprise dans les vallées contre les ducs de
• Savoie, qui en étaient les souverains’.. Je reconnais mes paroles; et il est vrai que je donne pour garants M. de Thou et la Popelinière, deux historiens non suspects. Écoutons sur cela M. Basnage : . On cite M. de Thou pour le prouver : « mais il dit pi^isément le contraire de ce que M.
• de Meaux lui fait dire. Il est vrai , poursuit .M.
• Basnage <, que les ministres permirent aux vau-
• dois de repousser la violence de quelques soldata
• qui s'attroupaient pour les piller; car ihest permis
• de s'armer contre des voleurs. Mais quand les ar-
• mées du duc de Savoie , commandées par un chef
• s’approchèrent , M. de Thou dit qu’on délibéra
• s’il était permis de prendre les armes contre son
• prince pour la défense de la religion , et que les
• syndics et les pasteurs des vallées déi-idèrentquo
• cette défense n'était point permise; qu'il fallait
• se retirer sur les montagnes, et se reposer suc
• la bonté de Dieu, qui n'abandonuerait pas ses en-
• faiits : et il remarque, comme une espèce de pro-
• dige, qu'après cette décision il n'y en eut pas
''"K'i '■ ». Il . /i6. ixvn.
p. I«. — » Ba$n. U>M. — * Ibid. "*
DE L’HISTOIRE DES VARIATIONS
« un SfuI qui ne quittât ses maisons et ses biens , > au lieu de les défendre. > Ainsi , conclut le ministre « on ne peut parler d'une manière plus con- ■ traire à M. de Meaux.* Il est vrai , si ces belles résolutions avaient duré. Mais le ministre déguise d'une étrange sorte ce qu'ajoute M. de Thou. • Il « ajoute, dit .M. Ba.snage, que dans la suite quelques
• ministres varièrent , s'imaginant qu'on pouvait
• se défendre , parce qu'il ne s'agissait point de la
• religion , mais de la consenation de ses femmes
• et de ses enfants , qui allaient être immolés à la « violence des persécuteurs ; et que d'ailleurs on
• ne faisait pas la guerre h son souverain , mais au
• pape , qui était l'auteur de cette violence. Mais, « contimieM.Basnage , ces raisons, qui étaient sou-
• tenues par les mouvements de la nature, ne « furent point suivies, et on demeura ferme dans la
• première décision. La Popeiinière rapporte pré- «cisément la meme chose que M.de Thou : et ces
• deux historiens font voir que M. de Meaux est
• souverainement injuste dans ses accusations. • Où me cacherai je , si J’ai falsifié si honteusement les deux historiens que je produis.’ Mais aussi que répondra M. Basnage, si c'est lui qui les a tronqués ? ImI chose n'est pas douteuse , puisqu'il ne fallait que continuer un moment la lecture de M. de Thou pour y trouver, trois pages après* , « quelle pasteurs d'AngrognecHÀNGÈfiE.vT ü'avis,
• et résolurent, d'un commun consentement,
• qu'on dé fendrait dorénavant la religion parles « armes. *
Après une si honteuse dissimulation de M. Basnage, où un passage si clair est entièrement retranché del'liistoirede M. de Thou, il n'y aura plus que les aveugles qui ne verront pas que les ministres, lorsqu'ils nous répondent, ne songent qu'à faire dire qu’ils ont répondu, et entretenir la sputation du parti, sans au reste se mettre en peine de répliquer rien de sincère ni de sérieux. Ne laissons pas de faire voir à M. Basnage la conduite des nouveaux martyrs dont il nous vante la constance. M. de Thou lui apprendra que cette courageuse résolution de tout perdre, Jusqu’à sa vie*, plutôt que de résister à son souverain , ne dura que peu de jours , puisqu'un peu après, l'armée du duc de Savoie s'étant avancée sous la conduite ducomte de la Trinité , les luibitants prirent les armes, qu'ils avaient auparavant rejetées; qu’ils combattirent jusqu'à la nuit , résolus de maintenir leur religion jusques au dernier soupir; qu'ils envoyèrent demander secours à ceux de Pérouse , et même à ceux de Pragelas, dans le royaume de France : que le comte de la Trinité, craignant de les pousser au désespoir, les porta à entrer en quelque accommodement; qu'ils présentèrent une requête au prince, où ils lui promettaient une prompte et inviolable fidélité , et lui demandaient pardon pour ceux qui avaient pris les armes par une extrême nécessité et comme par désespoir , le suppliant de leur
■ Tkuûn. t. Il, Ub. xxvii, p. is. Ibid. p. la.
Iais.scr la liberté de leurs consciences* : que les députés n'ayant rapporté de la part du duc que des ordres qui parurent trop rigoureux à ceux de Luzerne et de Bobio, ils écrivirent à Pragelaset aux autres vallées du royaume de France , pour leur demander conseil et secours * ; qu'il se fit un traité entre eux de s'eiitre-secourir mutuellement, sans jamais pouvoir traiter d'accommodement les uns sans les autres : que les habitants, enfles du succès de ce traité, résolurent de refuser les conditions imposées parle duc, et désavouèrent leurs députés qui les avaient accordées : que, pour confirmer l’alliance par quelque entreprise mémorable. Us pillèrent les vallées voisines , et , sous prétexte d’aller entendre le sermon dans une église , en renversèrent les autels et les images: qu'un corps de troupes du duc, qui venaient exécuter le traité que les députés des vallées avaient conclu, trouvèrent, au lieu de la paix qu'ils attendaient , tous les habitants armés, qui les poussèrent jusque dans la citadelle, où ils les contraignirent de se rendre à discrétion ; et qu'enfin le comte de la Trinité étant venu à Luzerne avec son armée, et ayant mis garnison dans Saint-Jean, ce fut alors qu’on changea d'avis, comme on a vu, etqu'aprés avoir conclu qu'on pren^ droit les armes contre le duc, on confirma Vaccord arrêté avec ceux de Pragelas.
M. Basnage a raison de dire que la Popeiinière a raconté précisément la même dioseL Voilà comme ces deux auteurs disent posUiveinent le contraire de ce que M. de Meaux en a rapporté. Les vaudois de l'obéissance de Savoie , par le commuoavisdeleurs pasteurs, ont renoncé à la patience et au martyre, dont d'abord ils avaient eu quelque idée : ceux de Pragidas , sujets du roi , qui font de telles confédérations avec des étrangers sans la permission de leur prince, ne sont pas moins criminels; et voilà tout ce qui restait de vaudois coupables manifestement de la rébellion , dont le ministre avait entrepris de les excuser, jusqu’à direqu'onn'en trouva pas même l'ombre parmi eux.
Cependant c'était ici cette réponse dont on me menaçait il y a deux ans , et qui devait me eonvaincre d'énormes infidélités. Les ministres ne manquent pas de sc vanter les uns les autres , et ils éblouissent les simples par cet artifice. M. Jurieu a publié qu'on saurait bien me montrer que j'avais falsifié beaucoup de passages dans l'Histoire des Variations, sans néanmoins en marquer un seul. Dans sa petite critique de trente-six pages, M. Burnet , qui se vante d'avoir détruit toute mon histoire , ajoute qu'une belle plume , et trop belle à son gré pour la matière où elle s’emploie , me fera voir mon peu de sincérité. A la vérité, ces messieurs n'ont pas voulu se charger de cette recherche ; et M. Burnet me passe tous les faits quej’ai rapportés sursa réforme anglicane et sur son Cranmer , aussi bien que sur ses autres héros * , sans en contredire aucun : aussi ne le peut-il pas, puisque
• rAuim. t. Il , tib. xxvn, p. IX — * Ibid, 14. — * Prrp. t iv.xu. - * fftmi. Ch't. de* Far. n. xi,p. 01.
DÉFKNSE
](* les ai pris do T,a gloire de d<*eoiivrir
mes prétendues faussetés dans la conduite variable dont j’ai convaincu b réforme , était laissée à M. Basnage« qui répète aussi à toutes les pages que Je n'ai rien ni par moi-niéme ; que j'ai suivi en aveugle mes compilateurs, en relisant tout au plus les endroits qu'ils m’avaient marqués, sans considérer tout le reste , et qu’aussi Je suis convainni de faux partous les auteurs quejeproduis : mais c’est principalement dans le fait des guerres civiles, qu’il prétend m’avoir convaincu de ces honteuses falsifleations; et son frère, qui fait ce qu'il peut dans son Histoire des Ouvrages des Savants pour lui préparer un tliédtre favorable , a remarqué en particulier que c’est sur les guerres de France et d'Allemagne, qu’on accuse ^f. de Meaux de bien des hifidélHés* . On a vu les principales dont ou m'accusait , et on peut juger maintenant de la sincérité de M. Basnage.
Ce ministre, trop aisément ébloui par la belle résolution que les vaudois avaient fait paraître, n'a pas voulu passer outre, ni pousser plus loin son récit. La décision des vaudoîs était en effet plus forte encore que M. Basnage ne nous l’a représentée; puisqu’au lieu de dire simplement que la défense n'était pas permise contre son prince, M. de Thou leur fait dire : loin qu’on pût défendre sa maison et ses biens, qu'ff n’était pas même permis de défendre sa vie co«/rc son souverain. Mais ces courageuses maximes, si promptement démenties par des maximes contraires, ne servent qu’à Justifler ce que J'ai dit des variations de la réforme, qui d’une part a été forcée par la vérité à reconnaître ce qu'on doit au prince et à la patrie; et de l'autre y a renoncé par d'expresses décisions.
On peut voir encore en cette occasion ce qu'on doit attendre de notre ministre sur l’histoire des albigeois et des vaudois, où il prend le ton de vainqueur, d’une manière qui, à ce qu'on dit, a ébloui tout le parti : mais J'espère qu'il faudra bientôt déposer cet air superbe; et dès à présent on peut voir combien l'histoire vaudoise est inconnue à cet auteur, en la reprenant dès son origine, puisqu'il en ignore même ce qui s'est passé du temps de nos pères : jusqu’à nous donner les vaudois de ce dernier temps comme des gens où l'on cherche en vain une ombre de rébeliion , et leurs barbes comme des docteurs qui n'ont jamais varié dans une partie si essentielle de la doctrine clirétienne.
Après leur décision, qui fut prononcée en 1561 , toute la réforme retentit de décrets semblables , 011 la domination fut ravilie, et la majesté blasphémée. En I562, une assemblée tenue à Paris, où étaient U-s principaux de l'Église , résolut qu’on prendrait les armes, si la nécessité amenait les Églises à cc point * : c’est Bèze qui le raconte dans son Histoire ecclésiastique Pour excuser l'Église de cet attentat, M. Uasnngc fait semblant de vou-
' liut. 4et One- bwù de D«c. 60,,/aMV. tt Fie.
, p. 'jvi. - • fur. tir. - * tJv. Vf.
loir douter si ces principaux de VÈgÜse étafmU ecclésiastiques , ou plutôt laïques Sans doute, il y avait beaucoup de laïques; puisque les assemblées de la réforme les plus ecclésiastiquessontcomposées d'anciens, c’est-à-dire de purs laïques , plus que de ministres. Mais enfin s'il y eut de l’ordre dans cette assemblée, où la question proposée regardait la religion et la conscience , les ministres y devaient tenir le premier rang : et sans s'arrête^ à ces chicanes de M. Basnage, Castelnau, dont il loue l'histoire, nous appreivd qu’au commencement de la guerre civile « les huguenots tirent as.sembler « le synode général en la ville d’Orléans, où il fut « délibéré des moyens de faire une année , d’amas- « ser de l'argent, lever des gens de tous côtés, et « enrôler tous ceux qui pourraient porter les acj • mes. Puis ils firent publier jeûnes et prières so- « îennelles par toute.s leurs Églises, pour éviter les > dangers et persécutions qui se présentaient con-
• tre eux *. »
Qu’on dise encore que ce synode génércU n'était pas une assemblée ecclésiastique, ou qu'on n’y approuva pas la prise des armes contre le roi et la patrie. On n'en demeura pas là : il se tint encore un sjmode à Saint-Jean-d'Angely,où la question étant proposée « s'il était permis par la parole de Dieu
• de prendre les armes pour la liberté de conscien- « ce, et pour délivrer le roi et la reine, contre « eeox qui violent les édits et contre les per- « turbateurs du repos publie; il fut décidé qu'on « le pouvait » I^isscms à part les prétextes qui ne manquent jamais à la révolte , et dont aussi nous avons vu la vanité. Enfin le fait est constant , et un synode résolut, par ta parole de Dieu, que des sujets peuvent armer sans ordre du prince, et sa soulever contre lui , sous prétexte de le délivrer. Car on voulait le tenir pour captif entre les bras des princes du sang, à qui les états généraux l'avaient confié, et dans le sein, pour ainsi parler, de son parlement et de sa ville capitale. C’était là qu'il était captif selon la réforme, et il eût été entièrement libre entre les mains du prince de Coudé et des huguenots. Le synode le décide ainsi; et afin que rien ne manque à l’iniquité, la parole de Dieu y est employée. La même chose fut résolue dans un synode de Saintes, pour raffermir ceux qui doutaient* si cette guerre était licite; atten- « du que le roi et la reine sa mère ayant l'admi- « nistration du royaume par les états, et le roi « de Navarre, lieutenant général, représentant ta
• personne du roi, tenaient le parti contraire L • Voilà du moins le fait bien posé: et on supposait la régente bien revenue de l’erreur où son ambition inquiète l’avait plongée. Elle tenait le parti co-ntrafre, et demeurait bietï unie avec le roi de Navarre, représentant ta personne du roi par l'autorité des états. .Mais le prince de Condé, son cadet, avait lui seul plus d'autorité que tout cela, parce
' r. I . Il- part. ck. VI , p. 610. — * .Vém. de Caettlmmm, /.III. ^ ^Thu.t. Il, U XXX, p. Iû4, ax. IMS. — * JA», i.nd.L t Pop. I. '111,/ U-TH.
DE L’HISTOIRE DES VARIATIONS
qu’îl se disait reformé, et qu’il était le chef du parti : en sorte que ce synode , où il y avait soixante ministres, résolut par la parole de Dieu (sons laquelle on ne résout rien dans la réforme) que la guerre n'êfait pas seulement permïsret lEoiti- HT-, mais encore absouimert necessairk; ce qui fut ainsi décidé, pour user de leurs propres termes, foutes objections et doutes bien débattus par tout droit divin et humain. Voilà , ce me semble , assez de synodes, assez d’assemblées et assez de décrets pour autoriser la guerre civile ; et néanmoins on en vint encore à la résolution du synode national de Lyon , que nous avons rapportée , qui confi^ ma et cx^rula toutes les résolutions précédentes, en leur donn.ant la dernière force qu’elles pouvaient recevoir dans le parti. F.t après cela je suis un faussaire d'accuser totite la réforme d’avoir entrepris la guerre civile par principe de religion, et en corps d’Église!
Il n’y a encore qu’à se souvenir des décisions de OiWin. îl n’y a qu’à rappeler celles de Bèze, qui se glorifie « d’avoir averti de leur devoir, tant « en public par ses prédications, que par lettres
• et de parole, tant M. le prince de Condé que M. « l’amiral et tous autres seigneurs et gens de tou- « tes qualités, faisant profession de l’Evangile,
• pour les induire à maintenir, par tous moyens à
• euT possibles, l’autorité des édits du roi et l’in-
• nocence des pauvres opprimés : et depuis, pour* « suit ce réformateur, il a toujours continué dans « la même volonté, exhortant toutefois un chacun « d’user des armes en la plus grande modestie qu’il •r est possible, et de chercher après l'honneur de « Dieu la paix sur toutes choses , pourvu QV'oy
• RB SS LÀissB DBCKvoiR « C'est assez, eu autorisant la révolte, que d’y recommander ia modestie; comme si on pouvait être à la fois et modeste et rebelle contre son roi.
Les ministres étaient si ardents à prêcher la guerre, que les Rocbelois, résolus au commencement à demeurer dans l'obéissance, furent edhtraints de chasser Ambroise Faget , dont les prêches séditieux les animaient à prendre les armes. Le fait est constant par Aubigné* et par d'autres historiens. Il fallait bannir les ministres, lorsqu'on voulait demeurer dans son devoir; et nous avons vu qu’oD ne put conclure la paix, après le siège d'Orl^ns, qu'eu excluant les ministres de toutes les délibérations Il ne faut donc plus demander si l’assemblée de Paris, où l'on résolut de prendre les armes, était gouvernée par les ministres; et la protestation qu'ils publièrent contre cette paix lit bien voir de qui venaient les conseils de la guerre.
Je ne dois pas omettre ici la lettre que la prétendue Eglise de Paris écrivit à In reine Catherine parce qu'elle est d'un style extraordinaire envers une reine, et confirme admirablement tout ce qu'on a vu de l'esprit de la réforme. Elle fut écrite en lâCO, un peu avant la condamnation
' Cl-dmus, et far. liv. X. fiez. Huf. liv. V|. — * Liv. iti, «.S. — * CMetsUf. — • fiez Uv- If, p M7.
d'Anne du Bourg : et la lettre porte « que si oo « attentait plus outre contre lui et 1rs autres chré- « tiens, il y aurait grand danger de troubles et
• émotions , et que les hommes , pressés par trop
■ grande violence, ne ressemblassent aux eaux « d’un étang, la eiiansséc duquel rompue, les eaux « n’apportaient pnr leur impétuosité que ruine et > dommage aux terres voisines ; non, poursiil- « vaient-its, que cela asint par ceux qui dessous •c leur ministère avaient embrassé ta réformation
■ de rÉvnngile, car elle devait attendre d’eux toute « obéissance; mais pour ce qu’il y en avait d’autres,
• en plus grand nombre cent fois, qui connaissant « les abus du pape, et ne s'étant encore rangés à
• la discipline ecclésiastique, kr poürraiert sou- « FBIR la persécution : de quoi ils avaient bien « voulu l’avertir, afin qu’avenant quelque médief» « elle ue pensât celui procéder d'eux. »
Bèze nous a conservé cette lettre, et on y remarque deux choses contraires. En apparence, 00 y promettait une obéissance inviolable. Le royaume n’a rien à craindre, disent les niinistres« de ceux qui se sont soumis à leur ministère : il n'y a que ceux des réformés qui ne sont pas encore rangés à la discipline, ^t/i ne /jourronffou^rir la persécution : les autres, à les ouïr, sont à toute épreuve. Voilà parier en sujets, à qui la loi éternelle fait sentir leur devoir. Mais ils ne demeurent pas longtemps sur ce ton soumis : on les aurait crus trop endurants ; et ils ajoutent aussitôt après qu'il y en a beaucoup il’autres parmi eux de qui tout est à craindre, jusqu’aux plus grands excès et jusqu’aux débordements les plus furieux : ainsi ils diront, si vous voulez, avec saint Paul, pour exagérer leur patience : Vous sommes comme des brebis d€sti^ nées d la boucherie * : mais si vous les pressez, ils tiendront bientôt un autre langage, et vous diront hardiment ; Ne vous y trompez pas: nous ne sommes pas si brebis ni si patients que vous pourriez croire : il est vrai qu’il y en a parmi vous dont vous n'avez rien à craindre: mais le nombreenest petit, le nombre dc5 emportés est cc«f fois plus grarid. Que ne devait-on craindre de cette réforme P Au lieu que les premiers ebrétieus disaient aux empereurs et à tout l'empire, comme on a vu dans le précédent Avertissement » : Vous n’avez rien h craindre de nous; ceux-ci écrivent à la reine : Tout est à craindre. Leurs menaces ne furent pas vaincs ; tôt après on les vit suivies de la conjuration d'Amboise, de la prise universelle des armes , des décrets de trente synodes qui les autorisaient : tout, et peuples et ministres même, et synodes et consistoires, passa aux rangs de ces âmes indhcipünées dont on avait menacé la reine : on vit ci tte prétendue Église de Paris, qui promettait selon l'Evatigile une soumission à toute épreuve , sonner le tocsin pour animer toutes les antres à la guerre; et les ministres, qui avertissaient que les peuples, comme les eaux d'un étang, pourraient enfin rompre leurs digues, furent les premiers à les lever.
* Rom. vm, 39. — • Artrt.
DEFENSE
Cette seule lettre est capablede poussera bout let Jurieu , les Burnet , les Büsnage , et en un mot tous les écrivains de la réforme. Car, d'un côté, la pré< tendue de Paris promet une obéissance à
toute épreuve, et maigre la persécution; ce qu'elle n'aurait pas fait, si elle ne s'y fût sentie obligée p^ la règle de la vérité : de l’autre , elle menace le roi , en la personne de la reine sa mère, et lui fait en effet ta guerre un an ou deux ans après. Que diront donc les ministres? qu'il est permis de prendre les annes contre son roi? la prétendue Église de Paris les confond par ses promesses : que leur parti est demeuré dans la soumission ? la même prétendue Église les dément par ses menaces : que la réforme n'a point varié dans ce dogme si essentiel à la tranquillité publique ? On voit toutes les variations , dont BOUS l'avons convaincue , ramassées dans une seule lettre, où, en même temps qu'elle établit la loi de l’obéissance , elle y déroge d'abord par ses discours menaçants, toute prête à ranéanlir parles actions les plus sanguinaires.
M. Basnage entreprend de justîdcr la réforme de l'assassinat du duc de Guise; et d'abord il n'ussit mal pour l'amiral. • On lui fait un crime, dit-il ',
« d’avoir ouï quelquefois parler du dessein d'ussas- • siner le duc de Guise, sans s'y être opposé forte- « ment. • Il supprime le principal chef de l'accusation. L'amiral n’est pas seulement convaincu d'avoir ottF (quelquefois parler de cet assassinat : il avoue lui-même que Passassin lui a découvert son dessein en pariant d'auprès de lui pour l'exécuter; et que, loin de l'en détourner, il lui donna de l'argent pour se monter, et pour vivre dans l'année du roi, où il allait le commettre. C'est une complicité manifeste : c’est non-seulement nourrir l'assassin, mais lui fournir des moyens pour exécuter son traître attentat. Bèze nous a conservé la déclaration où se trouve cet aveu formel de l'amiral ^ M. Basnage le tait , parce qu’il n’a rien à y répondre ; mais , avec tous scs artifices, il n’a pu dissimuler deux faits décisifs : l’un , que l’amira) a su le crime; l'aotre, qu'il n’a voulu ni détourner ni découvrir le criminel. C'en est assez pour le condamner, selon la loi éternelle qui met au rang des coupables ceux qui consentent au crime , et ne prennent aucun soin de l'empêcher. L'amiral , dit M. Basnage l’avait fait autrefois : je le veux , quoique je ne le sache que de la bouche dej'amiral même, qui s’en vante; mais, en tout cas, il devait donc continuer à bien faire , et à satisfaire à une loi dont il avait reconnu la force. Mais, ajoute M. Basnage, ce qui l’empéclia de découvrir cet assassinat, c’est que le duc de Guise anait aftenté à sa 'personne. C’est l’amiral qui le dit, et le dit seul et le dit sans preuve : je l'ai fait voir dans l'Ilistoire des Variations < ; M. Basnage le dissimule , et il croit le crime du duc de Guise sur la seule déposition de son ennemi Ce n’est pas ainsi que je procède, et j’ai convaincu ramiral par l’aveu de l’amiral même. Mats après tout , et quoi qu'il en soit , la justice chrétienne
• Btn.p. bn. t»9. Tl. f'or. fiv. x. n. te, te.
. • vu mipn. — ' yar. liv. x , lé , 18. — * B»fn. ibtd.
souffre-t-elle qu'on permette d’attenter sur son ennemi , ni qu’on laisse périr son frère pour qui Jésus-Clirist est mort, en lui permettant de courir h la trahison et au meurtre, sans seulement se mettre en peine de l’en détourner ; pour ne pas dire en lui fournissant de l’argent et du secours? Mais je fais nos prétendus réformés d'une conscience trop délicate sur l’assassinat. On sait assez que d'Andelot ne s’excusa que faiblement du meurtre commis eu la personne de Charri : l’amiral son frère n’en fut non plus ému que lui * : ces messieurs voulaient bien qu’on sût qu’il ne faisait pas bon s'attaquer à eux, et que leurs amis ne leur manquaient pas dans le besoin; et le meurtre ne leur était rien , pourvu qu'on ne pfit pas les en convaincre dans les formes. Ce ne sont pas là des soupçons, ce sont des assassinats bien avérés dans l'histoire. I-a prédiction d’Anne du Bourg coûta la vie au président Minard *. M. Basnage m’a demandé si j’étais assez crédule pour m'imaginer que Julien l’Apostat ait été tué par un ange : je pourrais bien h mon tour lui demander, s'il est si crédule que de croire que du Bourg ait été prophète , ou que quelqu’un des esprits célestes ait tué Minard. La réforme était toute pleine d’anges semblables. I..es deux compngnonsdu président n'échappérentà leurs mains que par hasard : mais Julien Frême ne s'en I sauva pas : « Il portait, dit Castelnau des mé- • moires et papiers pour faire le procès à plusieurs « grands protestants et partisans de cette cause. * Il en mourut : les anges de la réforme ne manquèrent pas leur coup à cette fois, et l’envoyèrent avee le pr^ident Minard.
Je me suis senti obligé à remarquer ees assassinats dans i’Histoire des Variations , et je suis encore contraint de les ré|)éter : si la réibrme s’ea féche , je veux bien m’en taire à jamais, pourvu enfin qu’elle cesse de nous tant vantqr scs héros et sa feinte douceur. M. Basnage nous veut faire accroire que tous ces meurtres infâmes, et même celui de Poltrot, fut hautement désavoué par tes chefs du parti : il ne fut que faiblement désavoué, comme on a vu puisque l'amiral en avoue assez pour se déclarer complice. Il n’y a qu’a revoir l'Histoire des Variations , pour en demeurer convaincu. Pour Bèze , je lui fais justice ; et je reconnais que Poltrot, après t'avoir accusé d'abord^ persista jusqu'à ta, mort à le décharger M. Bas-
nage le répète, et prouve parfaitement bien ce que personne ne lui conteste ; mais en récompense il ne dit mot sur ce qui charge la réforme de tous ces crimes : c'est que Poltrot et les autres s'en expliquaient hautement , sans que personne les en reprit; ce qui montre combien la réforme était indulgente à ces pieux assassinats. J'ai aussi reproché à Bèze l’approbation qu'il avait donnée à l'entreprise ctJmhoise, satu comparai son plus crimineUe que le meurtre de Poltrot *.
• BfüHl. U Lftb. addit. 1. 1, t. », p. m». — * Par. liv. a.
— » Catt. i. i, ch. 5, p. S. — * Bain p. SSi - • Par. liv. 1.