‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 67 sur 192 · S IM · texte numérisé non relu

S IM

DE LHISTOIRE DES VARIATIONS

(Ib Irattre pouvait^ii croire que ce fût un crime de massacrer ic duc de Ouise, après avoir vu tout le parti entrer par conjuration dans un semblable des* sein contre ce prince, avec ï'approbadon des plus doctes thèoioyivns de la réforme, et de üèze lui- Tndine, qui en trouve, comme on a vu <. le dessein très-juste? C'est à quoi 11 fallait ré{>ORdre ; mais le ministre ne l'entreprend pas. J’avais encore ajouté, ce qui est hors de tout doute, que lïé:^, devant l'action ^ ne fU rien pour Cempécher^ encore qu'il ne put pas l' ignorer ^ puisque la déclaration en était publique; et qu’apréjt quelle eut été faite ^ Un oublia rien pour lui donner toute la couleur d'une action liu/)i>ce.rouren étreenlièreineiit convaincu, U ne faut que lire l’Ilistoire des Variations, et voir en même temps le profond silence de ^1. Bnsnage.

J'ai satisfait ce ministre sur ce qui regarde la France ; et le lecteur peut juger si son livre, où il laisse sans réplique cc qu'il y a de plus convaincant, et où il déguise le reste avec des faussetés si évidentes, mérite le nom de réponse. Il ne faut pas laisser croire à M. Burnet que sa petite critique sur l'Histoire des Variations soit meilleure. Il s'offense du juste reproche que je lui ai fait, de parler des affaires de France comme un- protestant eutété et un étranger mal instruit. le fais plus, car je lui fais voir qu'il a pris pour le droit français jles murmures et les libelles des méconlenls. Comntent s’en peut-il laver, puisqu'après avoir été si bien averti, il tombe encore dans la même faute? Il ne faut qu'entendre sa Critique, où il parle ainsi : « Si, dit-il *, M. de Meaux s’élail donné la peine

• de panmiirir le XMU* livre de M. de Thou ,

• qui traite de l'administration des affaires sous > Fran<^ois II, il y aurait trouvé tout ce que j'ai

• allégué concernant les opinions des jurisconsultes

• français. » Sans doute je l'aurais trouvé; mais dans des libelles sans nom. Car, continue notre docteur, « M. de Thou fait uu long extrait d'un livre écrit « sur la fin du mois d’octobre de Pan t5/>9, con- - tre la part qu'une femnieet des étrangers prenaient

• au gouvernement du royaume. » Il est vrai que tout cela se trouve dans cet extrait, et on y trouve encore que « les rois de France ne sont en âge de

• régner par eux-méines qu'à vingt-cinq ans • Mais on y trouve eu même temps, que cc livre qu’on fait tant valoir, est un libelle sans nom d'auteur, qu'on sema panni le peuple pour Pémouvoir, et que M. de Thou a rapporté comme un fidèle historien , de même qu'il a apporté dans le même endroit, • les discours licencieux qu'on répandait ar- ■ tificieusement parmi le peuple , sous prétexte de « défendre la liberté publique. • Voilà les jurisconsultes de M. Burnet, et les sourcesoù il a puisé les maximes du droit public des Français.

Mais puisque cent ans après que tous ces petits écrits sont dissipés, et que l'histoire en a reconnu la malignité , M. Burnet se met encore à la tête de ses réformés pour les défendre : venons au fond. Cest un fait constant que François II était reconnu

» Ci-dfSMjs. — » CW/, p. S&. — * Tkuan. xxiii, p. CM.

■OS&CCT. — TOVE IT.

4tS

pour majeur dans tout le royaume ; la reine sa mère présidait à tous ses conseils; Antoine, roi de Navarre, premier prince du sang, qui fut sollicité de troubler le gouvernement, ne se laissa pas ébranler, non plus que les autres princes du sang * : le seul prince de Condé, que ses liaisons avec l’amiral et les huguenol.s rendaient suspect dès lors, fit quelques démarches qui n'eurent aucun effet, et qu’on traita de séditieuses : tout était tranquille : on murmurait contre le^ princes de Guise, comme on fait contre les autres favoris, bous ou mauvais : que sert ici de parler des prétextes dont on se servit? le fond était que les mécontents voulaient obliger le roi à former son con.seil à leur gré' Cependant on ne niait pas que le duc de Guise n'eût sauvé l'État en plusieurs rencontres, et qu'au grand bonheur de la France il n'eût été bien avant dans les affaires sous le règne prece dent. Metz et Calais sont des témoins immortels de son zèle pour le bien de l’État : on s’obstinait néanmoins à lui trouver le cœur étranger malgré ses services, et encore que In branche d'où il était i.«tj eût fait tige en France. Quoi qu’il en fût, ce qui décidait contre les auteurs du libelle, c'est que le gouvernement était reconnu par les années et par les provinces, dans toutes le.s compagnies et dans tous les ordresdu royaume :en sorte que les affaires allaient leur train sans contradiction jusqu'au (umultiMrAmboise, auquel tous ces libelles préparaient la voie.

Tous ces faits sont bien constants dans notre histoire, et en particulier dans celle de M. de Thou. Disons plus : M. Burnet ne nie pas luI-méme que dès l’an 1374 il n’y eût une ordonnance de Charles V , surnommé le Sage, et en effet le plus avisé et le plus prévoyant de tous nos rois, qui réglait les majorités a quatorze ans, ou pour mieux dire à la quatorzième année. Notre auteur fait semblant de croire que celte ordonnance ne fut pas suivie; mais c'est nier, non quelques faits particuliers, mais une suite de faits si constants, qu’il n’y a pas moyen de les désavouer; puisqu’on sait non-seulement que cette ordonnauce de Charles V a été souvent confirmée par ses successeurs, mats encore, dans le fait, que toutes les minorités arrivées depuis ont été réglées sur ce pied-là. Et d’abord Charles VI , fils de Charles V , fut déclaré majeur à l’âge qui y était porté. Les autres rois , jusqu’à Charles VIII, étaient venus à la couronne en âge viril : mais Charles Mil avait seulement treize ans et demi à la mort de Louis XI son père. Cependant U fut ordonné y dans les états de Tours, qu'il n'y aurait aucun régent en France » ; sa personne fut confiée à madame de Beaujeu, sa sœur aînée, de quoi LnuiSy duc d'Orléans y ne fut pas content; mais la majorité du jeune roi n'en fut pas moins reconnue. Après les règnes de Louis XII , de François I" et de Henri II , François II fut le premier qui tomba dans le cas de l'ordonnance de Charles V ; et encore qu'il n'eût que quinze ans, il fut naturellement et

» Tkuaiu xiiii. p. U4. - » />« mut, Cknn. abrio. <(e« rois Frmtce.

DÉFENSE

sans aucune contradiction reconnu majeur, conforiid'Uient aux ilcruiers cxciuples de Charles VI et de Charles VIII, où l'autorité des états-uciiérrnix avait passé. uiaxiine était si constante, qu'elle fut suivie sans diiliculté sous Charles IX , frère et sucees.seur de François II, qui fut aussi sans contradiction déclaré majeur daii.ssaquatorziémeaunce, et Kouverna son royaume par les conseils de la reine sa mère, qui avait été régente. Car pour les reines, i|ue l'auteur sans nom du libelle séditieux voulait exclure absolument du gouvernement, il en était ilémenti par les exemples des siècles passés. Les régences, quoique malheureuses, de Frédégoiide et de Brunehaut , ne laissent pas de faire connaître l'aneien esprit de nos ametresdès l'origine de la monarchie ; et sans ici alléguer les autres régences, celle de la reine Blanche était en vénération à tous les |)cuples. Il y avait tant d'autres exemples anciens et modernes d'une semblable conduite, qu'on ne pouvait les nier sans impudence. Ainsi le gouvernement u’eut rien d'extraordinaire ni d'irrégulier sous François II, et M. Burnet n’a pu l'improuver qu’en préférant les libelles aux ordonnances, et les cabales aux conseils publics.

C'est ainsi que Du rillct, reconnu par tous les Français pour le plus savant et le plus Bdèle interprété du gouvernement de l'rancc, est devenu odieux cet auteur, àcaiise qu’il était du p.irti royal : il voudrait même nous faire accroire que M. de rhou censure nu rdJel, et famrise son adversaire • ; mais il ne faut que ce seul endroit pour découvrir la mauvaise foi de M. Burnet, puisque, loin d'avoir censuré le livre de Du Tillet , M. de Thou lui donne au contraire ce grand éloge ; que

• ce livre, qu’on avait bldmé dans le temps qu'il

• fut publié, en haine de ceux do Guise pour qui

• il fut fait, fut rappelé en usage par le chance-

• lier de l'Hospital durant la minorité de Charles

• IX, et élevé a un si haut point d’autorité, qu'on . lui donna rang parmi les ordonnances de nos

• rois . Ce qu'il dit, que ce livre de Du Tillet fut rappelé en usage, c’est qu’ayant été imprime d’al)ord par ordre du roi, les cabales le décrièrent; mais ta face des choses étant changée, comme parle M. de Thou J, et Cexpérienee ayant fait voir oue veux qui vouhieiU s'attirer faulorité (durant la minorité des rois) avaient mis par leur ambition dans un extrême péril rÉtat divisé de factions-, tout le monde connut clairement qu'il en fallait revenir aux maximes que Du Tillet avait établies par tant d'ordonnances et tant d’exemples : et en effet, après la décision d’un aussi grave chancelier que Michel de l’Hospital, ce qu'avait écrit cet auteur passa pour inviolable parmi nous , comme tiré des arcliives et des registres publics , qu’il avait maniés long-temps avec autant de fldélité que d'intelligence. Voilà comme M. de Thou a censuré Du Tillet, et voilà comme M. Burnet lit ses auteurs.

Il n’a point trouvé d'autre remède à ce passage de M. de Tliou que de le corrompre. Au lieu que M.

‘ Cnt p. 4T. - ■ i Thuam. mu, p. aifl. — » Ihid.

ae mou üil pr<*nHrm<»nl que • le lîrre de Du Tiriet

• fut rapiielé en usage par le chancelier de l'flosiir-

• tal , ts liber in usrnn revncatus fuit a Michaetc ■ //ospilalio, • il lui fait dire que c'est fordaiinance de Charles r qui fut rappelée en usage par ce savant chancelier : au lieu que JI. de Thon continue à dire que ce livre mérita tant rroiitorité , quil fut misai! rang îles ordoanamies , M. Burnet lui fait direqiieforc/onnonccrferAorfci f'Cdont

il n est fait nulle mention en cet endroit de M. de ■Thou) fut insérée entre les édits royaux : comme SI une ordonnance reçue tant de fois par les étatsgénéraux, et si constamment pratiquée, eût eu besoin de recevoir iinenouTelle autorité du chancelier de l’Hospital; ou que ce fût une chose bien rare de meure un édit royal si authentique parmi les édits royaux. Ce qu il y avait de rare et de remarquable, cest de donner cette autorité au livre d’un particulier; et c'est ce qui arriva, dit M. de Thou , à celui de Du Tillet : tant on le jugea rempli des sentiments et de la doctrine de tonte la France.

Que M. Burnet cesse donc de parler de nos affaires. puiM|ue, toutes les fois qu’il y met la main il augmente sa confusion; et qu'il cesse d’attribuer a M. de 'Hiou ses erreurs et ses ignorances!

en falsiliant, comme il fait, un si grand auteur II triomphe cependant; et comme s’il avait fermé la bouche à tous les Français, il in.-xilte au gouvernement de France '. Je ne daignerai lui répondre : ce n est pas à un homme de cette trempe de censurer le gouvernement de la plut noble et de la plus ancienne de toutes les monarchies : et en tout cas, s'il nous veut donner pour modèle celui d’Angleterre, Il devrait attendre qu'il eût pris une forme arrêtée, et qu’on y fût du moins convenu d’une réglé stable et flxc pour la succession, qui est le fondement dea Etats. ’

Je louerais la rétracUlion que fait cet auteur de I erreur où il est tombé sur la régence prétendue du roi de Navarre * ; mais on ne doit pas se faire homieur de SI peu de chose, pendant qu’on persiste a soutenir des erreurs bien plus essentielles. Si M Burnet avait à se repentir, c’était d’avoir donné son approbation aux révoltes des protestants - c’était d’avoir autorise la plus noire des conjurations ccst-à-dirc celle d Ainboi.xe; et, pour passer 4 d autres matières, c'était d’avoir mis au rang des plus grands saints un Cramner, qui n'a jamais refuse sa main, sa bouche, son consentement aux iniquités et aux violences d’un roi injuste; qui lui a sacnlié, durant treize ans, sa religion et sa conscience; qui en mourant a renié deux fiis sa croyance et dont on ose eitcorccomparcr la perpétuelle et infâme corruption à la faiblesse de saint Pierre, qui n a duré qu un monieiii, et qui fut si tôt expiée par des larmes intarissables.

Il ne peut rester aucun doute sur les révoltes de la réforme en France : et les palliaüons de M. Burnet sont aussi faibles pour les excuser, que celles de M. Basiiage; mais peut-être qu’il aura rniou

Pigiüzcd Dy

y-àglc

Cril. f. 37. . J3nt. f. S4, 30.

DE I;HIST0IRR des VARrATIONS.

réussi h colorer les réMIîons de son pnys. CVsi ce qu'il est bon d'examiner |>endnnt que nous sommes sur tette matière. H est constant , dans le fait, que l'esprit de sédition et de révolte parut en Écosse , comme en France et partout ailleurs , dès que la nouvelle réforme y fut portée. Elle se contint , comme en France, sous les règnes forts, tel que fut celui de Jacques V. Comme en France, elle s'emporta aux derniers excès sous les faibles règnes et dans les minorités; telle que fut celle de Marie Stuart, qui avait à peine six jours lorsqu'elle vint à la couronne. Une si longue minorité , et l'ab* seooe de la jeune reine, qui était en France, où elle épousa le dauphin François, donnèrent lieu aux réformés de son royaume de tout entreprendre contre elle. Us commencèrent à s'autoriser par l'assassinat du cardinal David Béton , archevêque de Saint-André, et primat du royaume. Il est constant, de l'aveu de tous les auteurs, et entre autres de M. Burnet*, que le prétendu martyre de Georges Vischard , un des prédicaiits de la réforme , donna lieu à ia conjuration par laquelle ce canlinal perdit la vie. On répandit une opinion qu'il était digne de mort, pour avoir fait mourir Vischard contre les lois *; que si le gouvernement n'avait pas assez de force alors pour le punir, c'était aux particuliers à prendre ce soin, et que les assassins d'un usurpateur avaient de tout temps été estimés dignes de louanges. C’est ec que raconte M. Burnet. On reconnaît le génie de 1a réforme, qui a toujours de bonnes raisons pour se venger de ses ennemis €t utur(>er la puissance publique. TjCS conjurés , prévenus de ces sentiments, entrèrent dans le château du cardinal ; et l'ayant engagé à leur ouvrir U porte de sa chambre, où il s'était barricadé, ils k massacrèrent sans pitié. Ainsi ils joignirent la perfidie à la cruauté. « La mort de Béton , dit M.

• Bumet , fit porter des jugements assez opposés.

• Il ae trouva des personnes qui voulurent justifier « les conjurés , en disant qu'ils n'avaient rien fait ■ que tuer on voleur insigne. D’autres , bien aises

• que le cardinal fdt mort , condamnaient pour- « tant la manière dont on l'avait assassiné, et y

• trouvaient trop ob pbbpidir et de cruauté. » S'il y en eût eu un peu moins, l'affaire aurait pu passer. Cestsur cet acte sanguinaire que la réformatko a été fondée en Ecosse : et il est bon de remarquer comment il est raconté dans un livre imprimé àLoodrea, qui a pour titre : IHstoh'edeia M/orma~ (km d'Écosse Après a'étre saisis do château et de la chambre du cardinal , par la perfidie qu’on vient de voir, les conjurés « le trouvèrent assis

• dajis une cliaire, qui leur criait : Je suis prêtre, « je suis prêtre, ne me tuez {nis! Jean Lealé, sui- > vaat ses anciens voeux, frappa le premier, et

• lui donna un ou deux coups , comme fit aussi

• Pierre Canuicbaelle. MaisJaequesMalvin,HOMMK « d'un mstubel doux bttbbs-modestb, croyant

• qn'ils étaient tous deux en colère, les ar>

• nêu en disant : Cet cuuvre et jugement de Dieu

* Hi$t. 4t la Rif. t, l, liv. m, p. «et et *nir. — * Ibid.

• Hiit. de ta Ré/. d’Bcosse, à Lonüm, IG««. p. 7X

« doit être fuit avec une plus grande gravité. Alors » présentant la pointe de ré|M*e au cardinal , il lui « dit : Repens-toi de ta mauvaise vie passive , et en « particulier d'avoir répandu le sang de ce nota- - ble instrument de Dieu, Georges Vischard, qui, « consumé par le feu devant les hommes, crie nénti- ■ moins venge,nnce contre toi; et nous sommes

• envoyés de Dieu pour en faire le châtiment. Car

• je proteste ici, en présence de mon Dieu, que

• ni la haine de ta personne, iti l'amuiir de tes « richesses, ni la crainte d'aucun mal que tu

• m aurais pu faire en particulier, ne m'ont porte « ou ne me portent à te frapper; mais seulement

• parce que tu as été cl que tu es encore un en- « neini obstiné de Jésus-Clirist et de son Evan- < gile. Ensuite il lui donn.i deux ou trois coups

d’épée au travers du corps. » On n’.avait jamais vu encore de douceur ni de modestie de celte nature, ni la pénitence priVhce à un homme on celle forme, ni un assassinat si refigieus •ment commis. On voit combien sérieuscmefit tout cela est raconté d.iiis V//btohe de üt RéfonnatUm d'ilcossf. C'est en effet par cette action que les réformés commencèrent à prendre les armes; et on lui donne partout dans celte histoire l'air d'une action inspirée |>mir rhonnciir de l'ÉvangiffTout le monde fut persuadé que le- ministres étaient du complot : mais, pour ne raconter ici que les choses dont M. Burnet demeure d'aecord . il est certain que les conjurés s'étant emparés du château où ils avaient fait le meurtre, et y avant soutenu le siéj.c pour éviter la juste vengeance de liur sacrilège, quelques nouveaux prédicateurs allèrent s‘tj féfugler avec eux*. Cette marque d'intelligence et de complicité est manifeste : les coupables du même crime cherchent naturellement un même refuge. Mais il faut voir de quelle couleur M. Burnet a voulu couvrir celte honteuse action de scs prédi- « cants. Ces nouveaux prédicateurs, dit-il *, lorsque

• te coup eut été fait, allèrent véritablement se ré- « fugier dans te cliâteau où les assassins s'étaient « mis à couvert ; mais aucun d'eux n'était entré « dans cette conjuration , pas même par un simple

• consentement; et si plusieurs tâchèrent ensuite « de pallier rénormité de ce crime, je netroiivc « point qu'aucun entreprlLde le justifier. « On voit déjà deux faits constants : l'un, que ces nouveaux prédicateurs eurent h* même asile que les meurtriers; et l’autre, qu'ils pallièrent fénonnité du meurtre. Voilà, de l'aveu de M. Burnet, les premiers fruits de la réforme : on y pallie, selon lui, lescrimes les plus énormes. Hé, que voulaient-ils qu'ils fissent? qu'ils donnassent ouvertement leur approbation, pour se rendre exécrables à tout le genre humain! C'est ainsi que la réforme commence. Toutcè qu'on peut dire en faveur de ses auteurs, c'est qu’en palliant les assassinats les plus barbares ils n'en étaient pas venus jtfsqu'à l'excès tte les apprnuveé ouvertement. M. Burnet ajouteque «commecesnou- « veaux prédicateurs appréhendèrent que le clergé

' A«m. Ihtd. - > Ibid.

DÉFENSE

• ne venge.1t sur rai la mort du Béton , ils se re«

« tirèrent dans le château < où ils s'ctnicnt réfugiés. C'est , en voulant les e.\cu.ser, achever de les convaincre. Cart je demande, f|uand a-t-on vu des innocents sc ranger volontairement avec les coupables? et si au lieu de se disculper, ou de se mettre à couvert de la vengeance publique , ce n'est pas la au contraire, en se déclarant complice, l'irriter davantage? Quel exil nedcvalt-on pas plutdt choisir qu'un asile si infâme et pouvait-on s'éloigner trop de gens si indignes de vivre? Cependant M. Bumet raconte lui-méme qu'un nommé/ean liough, un de ces nouveaux prédicateurs do l'Évangile, prit sa route en . tnyleterre^ ; mais ce fut à cause qu'il ne put souffrir la licence des soldats de la garnie son , de qui la vie faisait Iwnte à la cause dont iU se contraient , c'est-à-dire à la rcforine. Ce ne fut ni l'assassinat commis avec perfidie sur la personne d’un cardinal et d'uii archevêque, ni l'audace de le défendre par les armes contre la puissance publique, qui firent horreur à ce prédicant; mois seulement la licence des soldats : il aurait toléré en eux l'assassinat et la rébellion, si le reste de leur vie eût un peu mieux soutenu le titre de réformés qu'il.s se donnaient. Au surplus , et lui et les autres docteurs de la réforme sc joignirent aux meurtriers , et ils cherchèrent des excuses à leurchnve.

Je trouve au nombre de ceux qui se joignirent à ces assassina, Jean Knox , ce fan»eux disciple de Jean Calvin, et le dief des réformateurs de l' Écosse *. On le croit auteur de V Histoire de la Hêjormation d'tCcosse, où l'on vient de voir l’assassinat étaiéavec autant d'appareil et d'aussi belles couleurs qu'on aurait pu faire les actions les plus approuvées. Il est bien constant d’ailleurs que Jean Knox se retira comme les autres prédicants dans le château avec les meurtriers*, et tout ee qu'on dit pour l'excuser, c'est qu'il ne s'y mit avec eux qu'après la levée du siège : comme si , en quelque temps que ce fût , je ne dis pas un réformateur, mais un homme de bien , n'eût pas dû avoir en horreur les auteurs d'uu crime si énorme, et les éviter comme des monstres. Les plus zélés défenseurs de ce chef de la réforme d'^>x)sse demeurent d'accord que cette action est insoutenable. M. Burnet n'a osé la remarquer, et il dissimule encore ce que raconte Buchanan, et après lui M. de Xliou ^ , que Jean Knox reprenait ceux du château des viols et des paieries qu'ils faisaieni dans le voisinage : mais sans qu'on ait remarqué que jamais, non plus que Jean Rougli, il leur ait dit le moindre mot de leur assassinat.

Il aurait trop démenti sa propre doctrine. Car c'est lui qui, dans ce fameux Avertissement à la noblesse et au peuple d'Écosse , ne craint point d'écrire cos mots 4 : « J'assurerai Itardiment que les

• gentilshommes, les gouverneurs, les juges et le ■ peuple d'Angleterre, devaient non-seulement ré- « sister à Marie, leur reine , cette nouvelle Jézabel, « dès lors qu’elle commença à éteindre l’Évangile ;

I P. 48S. - * Biêcham. L xv. Thuan. t. lii. 3 Ihié. — « M. Kn*€ Jdmon. ad ncb. rt pop.

• mais encore la faire mourir avec tous ses prlfret t et tous ceux qui entraient dans ses desseins. •• Qui doute donc qu'avec ces principes un tel homme ne dût approuver le meurtre du cardinal Béton, puisqu’il aurait même approuvé celui de la reine d'Augleterre et de tous ses prêtres, non-seulement depuis qu'elle eut puni du dernier supplice les auteurs de la réforme, mais encore dès le moment qu'elle commeoça à la vouloir supprimer ?

Tels ontété lessentlments des auteurs, et, comme on les appel le dans le parti, des apâlrcs delà réforme , bien éloignés en cela, comme en tout le reste, des epûtres de Jésus-Christ. Ce Jean Knox est encore celui dont le violent discours nniiiia lelleinent le peuple réformé de Perth à la sédition, qu’il eu arriva des meurtres et des püleries par toute la ville, que l’autorité de la régente ne put jamais apaiser. Depuis ce temps la révolte ne cessa de s'augmenter : la reine n'eut plus d'autorité, qu'autant, dit M. Burnet, qu’il plut à ses peuples de dépendre de ses volontés : ils secondèrent lesdesseinsde la roiive Élisabeth , et on sait jusqu'où Us poussèrent leur reine Marie Stuart.

On trouve, dans l'Histoire d'Éeosse, qu'après qu'elle eut été condamnée à mort, le roi son (ils ordonna des prières pour elle ; mais tous les ministres refusèrent de les faire. licrut que la religion dont la reine faisait profession pouvait les empêcher d'obéir à ses ordres, et dressa lui-même cette formule de prière : qu’i7 plût a Dieu l'échirrir par la lumière de la vérité, et la délivrer du péril où elle était. Il n’y eut qu'un seul ministre qui obéit , à la réserve de ceux qui étaient domestiques du roi : les autres nimèreni mieux ne prier pas pour la conversion de leur reine , que de demander à Dieu qu’il la délivrât du dernier supplice auquel ils la voyaient condamnée.

Ils ne furent pas plus tranquilles sous le roi Jacques son fils, qui crut être échappé des mains de ses ennemis, plutôt que de ses sujets, lorsque l'ordre de la succession l'appela de la couronne d'Écosse à celle d'Angleterre. Tout le monde sait ce qu'il dit des puriuins ou presbytériens, et de leurs maximes toujours ennemies de la royauté. Enfin il eût cru trouver la paix dans son nouveau royaume d'Angleterre, s’il n'y eût pas trouvé cette secte, et le même esprit que Jean Knox et Budianan avaient inspiré aux Écossais. Mais enfin les puritains , qui en étaient pleins, ont dominé en Angleterre comme en Écosse; et Us ont fait souffrir au fils et au petitfils de ce roi ce qu'on sait et ce qu'on voit. L’ Angleterre a oublié ce qu'elle avait conservé de meilleur de l'ancienne religion ; et il a fallu, comme nous l’avons montré ailleurs», que la doctrine de l’inviolable majesté des rois cédât au puritanisme. Toutes les conjurations que nous avons vues s'élever en Angleterre contre les rois et la royauté ont été notoirenxent entrepri.ses par des gens de ee parti. Le n»ême parti a renouvelé de nos jours l'assaBsinat du cardinal Béton, en la personne d'un de ses sue-

* r* Jvtri.

DE L’HISTOIRE DES VARIATIOMS

rcnenrs, archevêque do Saint-André, et primat d’Eeosse comme lui. Les proclamations du meurtrier' et cellesdcs autres fanatiques, contrelesrois et l’Etat, n'ont point eu d'autres fondements que eeui que Jean Knox et Buchanan ont établis en Écosse contre les rois et contre ceux qui en soutenaient l'autorité ; et tout ce qu'ont fait ees fanatiques plus que les autres , a été de prêcher sur les toits ce que les autres se disaient mutuellement à l'oreille. Tels ont été, encore un coup. Iss fruits de la réforme et de la prédication de Jean Knox et des calvinistes; et M. Burnet, qui les imite, a donné lieti à cette addition de ^Histoire des Variations de la réforme.

Afin de remonter à la source , il faut aller jiLsqu’à Luther, et, malgré les vaines défaites de M. Basnage , foire voir l’esprit de révolte dans TA llemagne protestante. Cette dispute ira plus vite, parce qu'il y a moins de faits : mais d'abord il y en a un absolument décisif contre Luther, dans ses tlicses de ti-tO, toutes pleines de sédition et de fureur, comme on le peut voir par la simple lecture ■- M. Basnage excuse Luther, en disant « qu'il y établit

• l'obéissance due au magistrat, lors même qu’il per- . séciite ; et qu’il y a décidé qu'on devait abandon- « ner toutes choses plutùt que de lui résister >. • Je l'avoue ; mais ce ministre ne connaît guère rimmeurde Luther, qui, après avoir dit quelques vérités pendant qu'il <st un |>eu de sens rassis, entre tout à coup en ses furies aussitôt qu'il nomme le pape, et ne se possède plus. C'est pourquoi à ces belles thèses, où il avait si bien établi l'autorilé du magistrat, il ajoute celles-ci, dont la fureur est sans exemple * : • Que le pape est un loup-garou

• possédé du malin esprit; que tous les villages et

• toutes les villes doivent s’attrouper contre lui :

• qu'il ne faut attendre l'autorité , ni de juge ni de . coiirile , ni se soucier du juge qui défendrait de le

• tuer : que si ce juge ou les paysans sont tués eux- . mêmes dans le tumulte par ceux qui poursui-

• vent ce monstre, ils n'ont que ce qu'ils méritent : . on ne leur a fait aucun tort, mhU htjurlx illis . Ulatum es/. ■ Ne voilà- t-il pas le juge ou le magistrat bien en sdrelé sous l'autorité de laither! Il poursuit : ■ Qu'il ne faut point se mettre en peine si le

• pape est soutenu par les princes, |>ar les rois, . par les Césars mêmes : que qui combat sous un « voleur est déchu de la milice aussi bien que du

• salut éternel : et que ni les princes, ni les rois, . ni les Césars ne se sauvent pas de cette loi , sous

• prétexte qu’ils sont défenseurs de l’Église; parce . qu’ils sont tenus de savoir ce que c’est que l’K-

• glise. ■ M. Basnage passe tout cela, et ne craint pas d’assurer que Luther n’attaque que FaulariU ustrrpe'e et tyrannique des papes * ; sans seulement daigner remarquer qu’il n’attaque pas moins violemment, non-seulement les juges et les magistrats , mois encore et nommément les rois et les

• iwiei* àe Jean Ruael. - ’ Luth. t. I, p. <07- S/rùf. XVI- /'er, lir. vin. - < Basm. I. i. II. part. ch. vl, p. lo. — < Ibid. (». M r< irj ■ ■ * Ibid. p. Si».

princes , et même les empereurs qui le soutiennent ; qu’il les dégrade de la milice ; qu’il les met an rang des bandits qui combattent sous un chef de voleurs , et qu’il abandonne leur vie au premier venu. Ce n’est pas là seulement permettre de prendre les armes pour se défendre des persécuteurs : c’est ouvertement se rendre agresseurs, et contre le pape et contrelesrois qui (iéfendront de le tuer; et on ne peut pas pousser la révolte à un plus grand excès. Le dief des réformateurs a introduit ces maximes.

Ces thèses , soutenues d’abord en 1540, furent jugées dignes par Luther d’être renouvelées en l.‘)45, quelques mois avant sa mort :et ce cygne mélodieux (car c’est ainsi qu’on prétend que le prophète Jean Hus a nommé Luther) ré|iéta cette chanson en mourant. Elle fut suivie des guerres civiles de Jean-Fridérie , électeur de Saxe, tt ds Philippe, landgrave de Hesse, contre l’empereur, pour soutenir hi ligue de Smalcalde*. èt. Basnage fait semblant de me vouloir prendre par mes propres paroles, à cause de ce que j’ai dit • : que l’empereur témoignait que ce n’était pas |wur la religion qu’il prenait les armes. C’était donc, dit ,M. Basnage t , une guerre politique. Il raisonne mal ; pour savoir le sentiment des protestants, il no s’agit pas de remarquer ce que disait Charles V, mais ce que disaient les protestants eux-mêmes. Or j’ai fait voir <, et ilest constant par leur manifeste, et par SIeidan qui le rapporte*, qu’ils s’autorisaient du prétexte de la religion et de l’Évangile, que l’empereur, disaient-ils, attaquait en leurs personnes; mêlant partout l’Anteehrist romain, comme les thèses de Luther et tons ses autres discours le leur apprenaient ; c'était donc, dans l’esprit des protestants , une guerre de religion , et on pouvait se révolter parce principe.

M. Basnage en convient''; mais il croit sauver la réforme en disant qu’outre le motif de la religion, les princes alléguaient encore les raisons d’K.tat. Il raisonne mal, encore un coup; car B suffit, pour ce que je veux, sans nier les autres prétextes, que la religion en ait été l’un, et même le principal , puisque c’était celui-là qui faisait le fondement de la ligue, et dont les armées rehelles étaient le plus émues.

Le raisonnement du ministre a un peu plus d'apparence , lorsqu’il dit que les princes d’Allemagne sont des souverains: ; d’où il conchitqu’ils peuvent légitimement taire la guerre à l’empereur. Néanmoins II se tromjie encore ; et sans entrer dans la discussion des droits de l’Empire, dont il parle très-ignoramment, aussi bien que du droit des vassaux, Sleidan dit expressément en celte occasion , comme il a été remarqué dans l’Histoire des Variations*, que le duc de Saxe, le plus consciencieux des protestants, • ne voulait p.isque thar-

' sirifi. lib. XVI. — • yar. tiv. vin, n. 6SI. — * Bain. ibbS. sel. — * Per. tiv. VIII. — * Steid. tiv. XVII. — • Baan. Ibbt, SOS. - ’ Baitt . lUd. g. SOI et luif. - • SltU. tiv. ivni. Par. hc. wu.

DEFENSK

Ifü V fdl Irait»; d eiiipfieur dans le ina«ifri»le , pa!*- • ce qu'nutreii>ent on ne pourrait pas lui faire la - guerre léailinjeincul: t*w«i eo beUîgtrrari

n non licere. * M. Basnage pusse eet endroit, selon sa coutume, parce qu’il est décisif et sans réplique 11 est vrai que le landgrave n’eut point ce scrupule: mais c’est qu'il n’avait pas la conscience si délicate, témoin son intempérance, et, ce qui est pis, sa polygamie, qui fait la honte de la réforme. Il est vrai encore que le duc de Saxe enlrepril la guerre, ensuite du M expétiieul, dont on contint, de ne traiter pas CJiarles V coiuiim; empereur, mais

comme se portant fiournnim t'urf. Mais tout cela

sert à conlirnuT ce que j’ai établi partout : que la réforme est toujours forcét' par la vérité à reconnaître ce qui est dil aux puiss.:mces souveraino. et en meme temps toujours prèle à éluder celle «bligalion par de vains prétextes. M. Bnsuage n’a dune qu'à se taire, et il le fait : mais il faudrait donc re> iioncer a la defeiise d'une cause qui ne se peut soutenir que par de telles dissimulatious.

Il dissimule encore, ce qui est constant, que ces princes, proscrits par l'empereur comme de rei>elles vassaux, furent contraints d'acquiescer à la sentence; que le duc eu perdit son électorat et lu plus grande partie de son domaine; que l em* perctir donna Tun et l’autre; que cette sentence tint et lient encore : en un mot, qu'il punit ces princes comme des relwlles, et les tint comme prisonniers non-seulcmeijt de guerre, mais encore d’Élal , sans que l’AUeinajine réclamât, ni que les autres princes lissent autre chose que de Irc.s humbles supplications et des ufltces respectueux envers l’empereur. M. Basnage soutient indéliiiiment que les prince.s d’Allemagne, lorsqu’ils font la guerre à l’empereur, ne demandent ni grâce ni pardon *. Ceux-ci le demandèrent souvent, et avec autant de soumission que le font des sujets rebelles, et jurèrent a l'empereur une fidèle obéissance, comme une chose qui lui était due. Tout cela, dis-je, est constant par routorilé deSleldan et de toutes les histoires’ : ce qui montre dans cette ocea.sion, quoi qu’en dise M. Bnsnage, une rébellion manifeste, pendant qu’il est certain d’ailleurs que la religion en fut le motif; qui est tout ce que j'avais à prouver.

Dans ce temps, apres la défaite de l’électeur et du landgrave, arriva la fameuse guerre de ceu.x de Magdebourg, et le long siège que cette ville soutint contre Cliarles V. Les protestants se défendirent par maximes autant que par armes, et publièrent en I.V.7O le livre qui avait pour titre : Pu (iruH des ma(jUtrnU sur leurs sujets; où ils soutiennent à peu ^vres la même doctrine que le ministre T.anguet, sous le nom de Junius Brutus, que Biich.'inan, que David Paré, que les autres protestants, et depuispeu M. Juricii, ont établie ; c'est-à-dire celle qui donne aux peuples sujets un empire souverain sur leurs princes légitimes.

' SlnA. tbiO. f ar hff. Viil- - * Ufiyn ilii.j. p, SCI. — f XVII, xviii, XIX, XX. XXIV.

aussitôt qu’ils croiront avoir raison de les appeler tyrans.

11 ne plaît pas à M. Basnage que Luther ait mis en feu toute l’Allemagne. Qu’on lise le 11* livre des Variations ; on y trouvera que les luthériens fu> rent les premiers qui arntèrent pour leur religion, sans que personne songeât encore à les attaquer*. Un traité imaginaire entre Georges, duc de Saxe, et lescatiroliques en fut le prétexte : il demeura pour constant que ce traité n'avait jamais été : cependant tout le parti prit les armes. Melonchton est troublé du scamlale dotit la bonne cause atlait être ekargee * , cl ne sait coniineiit excuser les actions énormes que fit le landgrave, toujours peu scrupuleux, pour sc faire df^ommnger d’un armement, constamment et de son aveu, fait mal à propos et sur de faux rnpfmrts. Mais Luther approuva tout; et sans aucun re>peet ni ménagement pour la maison de .Saxe, dont il était sujet, il ne menaça de rien moins le duc Georges, qui était un prince de cette maison, que de le faire exterminer par les autres princes. N’est-ce pas Ih allumer la guerre civile? Mais .M. Basnage ne le veut pas voir, et il passe tout cet endroit des Variations sous silence.

En voici un où il croit avoir plus d’avantage. Oii a rapporté dans cette histoire un célèbre écrit de Luther, où, • encore que jusqu’alors il eût en-

• seigné qu'il n'était pas permis de résister aux «puissances légitimes, * il déclarait maintenant, contre ses anciennes maximes, « qu'il était {lermis « de faire des ligues pour se défendre contre I’£m-

• PBBEUB et contre tout autre qui ferait la guerre « EN SON nom; et que iion-seuieinenl le droit,

■ mais encore la nécessité et le conscience, met-

• tait les armes en main aux protestants’.* J’avais à prouver deux dioses : l’une , que Lutlier fit cette déclaration après avoir été expressément consulté sur la matière;je le prouve parSIeîdan, qui rapporte la consultation des tliéolagiens et jurisconsultes, où il assista, et où il donna son avis tel qu’on vient de le rapporter « : l'autre, que le même Lutiier mit son sentiment par écrit, et que

■ cet écrit de Lutlier, répandu dans toute l'Alie-

• magne, fut comme le son de tocsin pour exciter « toutes les villes à faire des ligues ; > ce sont les propres termes de Melancliton dans une lettre de confiance qu’il écrit à son ami Camérarius : et le fait que je rapporte est incontestable par le témoignage constant de ces deux auteurs.

Ajoutons que Mclanchlon même, quelque horreur qu'il eût toujours eue des guerres civiles, consentit n cet écrit. Car après avoir enseigné que tous les gens de bien doivent s'opposer à ces ligues; après s'ëtre glorifié de les avoir dissipées l’année auparavant comme il a été démontre dans mistoire des Variations par ses propres termes ** : à

« fur. liv. Il- Sleiti. VI. — * far. lih. il. Vrt. IV. 7«i.

— * far. fil'. |\. Slrfit. Itb. viii, twi/ — *5ieid. IMd. — *.Wr /. !•». IV. i‘i» «S, 1*0, III. — f^'ur. Uv. IT, liv. V-

^'oO‘ V

DK L’HISTOIRE Di» VARIATIONS.

la fin il l’y laisse aller, quoiqu’en tremblantet comme maljîrc lui. «Je ne crois pas, dit-il *, qu'il faille ■ blAmer les précautions de nos gens .* il peut y « avoir de justes raisons de faire la guerre. Luther « a écrit très-modéréii>eiit , et on a bien eu de la « peine à lui arracher son écrit : je crois que vous

• voyez bien, mon cher CanWrrarius, que nous « n'avons point de tort. • Toutle reste, qu’on peut voir dans PHistoire des Variations , est de même style. Ainsi , quoiqu'ils eussent peine à apaiser leur côuscience, Luther et Melanchtoo même franchirent le pas : toutes les villes suivirent , et la réforme se souleva contre l'empereur par maxime.

M. Basnage m'objecte que <• le passage de Me- « lanchton que je cite est falsifié * : Melanchton

• se plaint, poursuit-il, qu'on a publié cet écrit « dans toute rAllemagne, après l’avoir tronqué;

• M. de Meaux efface ce mot , qui détruit sa preu- « ve : car on sait bien que l’écrit le plus pacifique « et le plus judicieux peut produire de mauvais ef-

• fets quand il est tronqué. » Voyons si ce mot dté afifaiblit ma preuve , ou même s'il sert quelque chose à la matière. Je ne clierchais pas dans Melanchton le sentiment de Luther : il n’en parle qu’obscurément à un ami qui savait le fait d’ailleurs. C’est de Sleidan que nous l’apprenons; et ce sentiment de lAither était, en termesformels, drpermettrede se liguer pour prendre les armes même contre Cetnpereur. On en a vu le passage, qui ne souffre aucune réplique : aussi ^1. Basiiage n’y en fait-il pas. De cette sorte ma preuve est complète : la doctrine de Luther est claire, et nous n'avons besoin de Melanchton que pour en apprendre les mauvais effets. Il nous les découvTe en trois mots, lorsqu'il se plaint que l’écrit donna le signai à toutes les villes pour former des ligues ; ces ligues qu'il se glorifiait d'aroir dissipées , ces ligues gue les gens de bien devaient tant hoir. Les ligues étaient donc comprises dans cet écrit de Luther, et les ligues contre l'empereur, puisque c'était celles dont il s'agissait , et pour lesquelles on était assemblé; l'écrit ii'était pas tronqué à cet égard, et c'est assez. Qu'on en ait, si vous voulez, retranché les preuves dont Luther soutenait sa décision, ou que Melanchton se plaigne qu'on la laisse trop sèche et trop crue en lui ôtant les belles couleurs dont sa douce et artificieuse éloquence l’avait peutêtre parée : quoi qu'il en soit , le fait est constant ; et le mot que j'ai omis ou par oubli ou comme inutile, l’était en effet. Mais enfin réUtblissons ce mot oublié, si M. Basnage le souhaite : quel avantage en espère-t-il? SI cet écrit tronqué y qui soulevait toutes les villes contre l'empereur, déplaisait à J.uther, que ne le désavouait- il ? si la fierté de T.uther ne lui permettait pas un tel désaveu , où était la modération dont Melanchton se faisait honneur? Était-ce assez de se plaindre à l'oreille d'un ami d'un écrit tronqué, pendant qu’il courait toute rAllemagne , et y soulevait toutes les villes? Mais ni Liitiier, ni Melanchton même ne le désavouent ;

♦ £pi$L m. - * Ibkl. MK».

et malgré toutes les cliicanes de M. Basnage, ma preuve subsiste dans toute sa force, et la réforme est convaincue par ce seul écrit d'avoir passé la rébellion en dogme.

Le ministre revient à la cluirge; et U fait dire à Melanchton , que Luther ne fut point consulté sur la ligue '. Mais, à ce coup, c'est lut qui tronque, et d'une manière qui change le sens. Melanchton ne dit pas au lieu qu'il cite, c’est-à-dire dans la lettre cxi , que Luther ne fut pas consulté sur la ligue; voici ses mots : « Personne, dit-il *, > ne nous consulte maintenant , ni Luther ni moi , « sur les ligues. • Il ne nie pas qu'ils n'aient été consultés : il dit qu'on ne les consulte plus maintenant; il avait dit dans la lettre precedente ; • Oa « ne nous consulte plus tant sur la question, s’il • est permis de se défendre par les armes > Ou les avait donc consultés; on les consultait encore, mais plus rarement, et peut-être avec un peu de détour : mais toujours la conclusion était qu'on pouvait faire des ligues, c'est-à-dire prendre les armes contre l'empereur.

Ce n'était plus là le premier projet, ni ces beaux desseins de la réforme naissante, lorsque Melanchton écrivit au landgrave, c'est-à-dire à l'architecte de toutes les ligues : Il vaut mieux périr, que d'émouvoir des guerres civiles , ou d élahlir l' Évangile, c'est-à-dire la réforme, par les armes < ; et encore : Tous les gens de bien doivent s 'opposer a ces ligues On dit que Melanchton était faible et timide; mais que répondre à Luther, qui ne voulait que soufQer pour détruire l'Antéchrist romain sans guerre, sans violence, en dormant à son aise dans son lit, et en diseourani doucement au coin de son feuf Tout cela était bien changé, quand il sonnait le tocsin contre l’empereur, et qu'il donnait le signal pour former les ligues qui firent nager toute rAllemagne dans le sang.

Mais, après tout, à quoi aboutit tout ce discours du ministre? Si oo a eu raison de faire ces ligues, comme il le soutient , pourquoi tant excuser Luther de les avoir approuvées ? N'oserait-on approuver une bonne action ? Ou bien est-ce, malgré qu'on en ait , qu'on sent en sa conscience que l'action n’est pas l^nne , et que la réforme , qui la défend le mieux qu'elle peut, ne laisse pas dans le fond d'en avoir honte ?

Il ne me reste qu'à dire un mot sur les guerres des paysans révoltés, et sur celles des anabaptistes qui se mêlèrent dans ces troubles. Le ministre s'éctiauffe beaucoup sur cette matière , et se donne une peine extrême pour prouver que Luther n’a point soulevé ces paysans; qu’au contraire, il a iinprouvé leur rébellion ; qu'il a défendu l'autorité du magistrat légitime, même dans son livre de la Liberté clirétieone , et ailleurs, jusqu'à soutenir qu’il n'est pas permis de lui résister, Jors même qu’il est injuste et persécuteur; qu'il a toujours détesté

* BtliH. ilml. p. — * Utel. tiO- IV, £p. III. — * tbid. iHi. — ‘ l. iti, Ep. I«. — 5 IV, Bp. ». — • Bfjm. iblü.

DÉFENSK

In anabaptistes et leurs fausses proplnlties, qu*il a trniu^s de folles visions ; qu'il a combattu de tout son pouvoir Muncer, Plifer, et les autres séducteurs de cette secte. U emploie un long discours à c«tle preuve : en un mot, il est heureux a prouver ce que personne ne lui conteste. Il a voulu avoir le plaisir de me reprocher deux ou trois fois hardiment mes calomnies ; mais c'a été en me faisant (lire ce que je ne dis pas, et en laissant sans réplique ce que je dis.

Et d'abord pour ce qui regarde les anabaptistes, pourquoi s'étendre à prouver que Luther les a détestés, et s’opposa avec chaleur h leurs visions > ? Je le savais bien, et je l'ai marqué en plus d'un endroit de l'Histoire des Variations *. Comment Luther n’aurait-il pas rejeté Muncer et les siens, qui le traitaient de second pape et de second Antéchrist, autant h craindre que le premier contre lequel il se soulevait ? J’ai reconnu toutes ces choses, et je n'ai pas laissé pour (^ela d'appeler les anabaptistes un rejeton delà doctrine dû Luther^ : non en disant qu'il ait approuvé leurs sentiments, à quoi je n'ai pas seulement songé; mais parce qu'enrore qu'il les improuvât, il était vrai néanmoins que les anaboplistes ne s'étalent formés qu’en poussant à bout ses maximes.

C'est ce qu'il fallait attaquer ; mais on n'ose. Car qui ne sait que le.s anabaptistes ii’ont condamné le toptéme des petits enfants, et le baptême sans immersion , qu'en poussant à bout cette maxime de lAilher, que tonte vérité révélée de Dieu est écrite, et qu'en matière de dogmes les traditions les plus anciennes ne sont rien sans l’Écriture ? Disons plus : Luther a reproché aux anabaptistes de s'étre faits pasteurs sans mission : il s'est bien déclare évangéliste par iui-mémc4; et il n'a fait non plus de miracles pour autoriser sa mission extraordinaire, que les anabaptistes à qui il en demandait Si Muncer et ses disciples se sont faits prophètes sans inspiration , c'est eu imitant Luther, qui a pris le même ton sans ordre; et on n'a qu'à lire les Variations pour voir qu'il est le premier des fanatiques^.

M. Basnage me fait dire que Luther n'étatt pas innocent des troubles de V.^lttemagne ?. Déjà , ce n’éuit pas dire qu’il les eût directement excités ; mais j’ai dit encore que hjue chose de moins; voici mes paroles : On ne croyait pas Luther innocent - des troubles de l’Allemagne ■ : • il fallait me faire justice, en reconnaissant que je ménageais les termes envers Luther comme envers les autres, et que je prenais garde a ne rien outrer. Car, au reste, on croyait si peu Luther innocent de ces troubles , je veux dire de ceux des paysans révoltés, comnïc de ceux des anabaptiste.s , que l’empereur en fit le reproche aux protestants en pleine diète. leur disant que « si on avait obéi au décret de Vomies • où le lulhéranisire était proscrit du commun

« consentement de tou.s les États de l'RmiHre, on •> n'nur.ait pas vu les malheurs dont l'Allemagne « avait été affligée, parmi le.squels il mettait au

• premier rang la révolte des paysans et de la secte « des anabaptistes. > C'est ce que raconte SIeidan, que j'ai pris à garant de cette plainte '. M. Basnage est si subtil , qu’il ne veut pas que Charles V ait chargé Luther des désordres qu’il imputait au luthéranisme. • M. de Meaux , dit-iP , ajoute du

• sien que Luther fut chargé particuliérement de

• ce crime dans l'accusation de l’empereur; ce qui

• n'est pas : • et sur cela il .s'écrie : « Est-il per- « mis d’ajouter et de retrancher ainsi à l'histoi- «> re? » Sans doute, lorsqu'on trouve dans l'hisloire les malheurs attribués au luthéranisme, il sera toujours’ permis d'ajouter que c'est à i.ulher qu'il s'en faut prendre. Quoi qu'en di.se M. Basnage, les protestants répondirent mal à ce reproche de rem|>ereur, lorsqu’ils se vantèrent (Caroir condamné et puni les anafiapfisfes, comme ils firent les paysans révoltés ; car l'empereur ne les accusait pasd’am'e trem/yé dans leur réeolie, comme le veut notre ministre^; mais d'y avoir donné lieu en rejetant le décret de Vorme's , et en sotiteinnt Luther et sa doctrine, (jue l'Empire avait proscrite. I.CS effets parlaient plus que les paroles : l'Empire était tranquille avant Luther : depuis lui on ne vil que troubles sanglants , que divisions irrémédiables. Les paysans qui menaçaient toute l’Allemagne étaient ses disciples , et ne cessaient de te réclamer. I>e fait est constant par SIeid.an Les anabaptistes étaient sortis de son sein, puisqu’ils s’étaient élevés en soutenant ses maximes et en suivant ses exemples : qu'y avait-il à repondre, et que répondront encore aujourd’hui les protestants?

Diront-ils que Luther réprimait les rebelles par ses écrits, en leur disant que Dieu défendait fa sédition f On ne peut pas me reprocher de l'avoir dissimulé dans l'Ili.sloire de.s Variations, puisque j'ai expressément rapporté ces paroles de Luther*. Mais j'ai eu raison d’ajouter en même temps ,

• qu'au commencement de la séfJîlion il avait autant

• n.Mté que réprime les paysans soulcvé-s* ; - c'està-dire, en les réprimant d’un côté, qu'il les incitait de l'autre, tant il écrivait sans mesure. ?:sl-ce bien réprimer une populace armée et furieuse, que d'écrire publiquement qu'on - exerçait sur elle une

- tyrannie qu’elle ne pouvait, nine voulait, ni ne

- devait plus souffrir?? - Après cela, prêchez la soumission à des gens que vous voyez en cet étal , ils n’ecoutent que leur passion, et l'aveu que vous hHir faites, qults ne jyeucent ni ne doivent pas souffrir davantage les maux qu'ils endurent. Mai» Luther passe plus avant, puisqu'après avoir écrit séparément au.\ seigneurs et à leurs sujets rebelles; dates un écrit qu'il adressait aux uns et aux autre® J il leur « criait qu'ils a>aient tort tous deux; et que

8M$n. 4W). — * far Uv. ii. - • Jbid. ,

Jbtd. - • Jbirt. — 1 8vtH. iv7. — • far. Ut. |f.

i c» I . .. II»KI. — J JM. -•

I ■ rar ZiJ"’' "■ ~ ‘ ~ ‘ "•

DK i;mSTOJRE DES VARIATIONS.

« f*ils ne posaient 1rs armes « ils seraient tous

• damnés'. * Parler en colle sorte, non pas aux ! sujets rrbclies seulement comme il fallait , mais j aux sujets et aux seigneurs indifi'éreinment, à ceux dont les armes étaient léRitimcs et à ceux dont elles étaient s<*dilieuses; c’est visiblement enner le wour des derniers et affaiblir le droit des autres. Bien plus, c'est donner lieu aux rebelles de dire : Nous désarmerons quand nous verrons nos maîtres désarmés : c’est-à-dire qu'ils ne désarmeront jamais: à plus forte raison les princes et les seigneurs ne désarmeront pas les premiers. Ainsi cet avis bizarre de Luther était propre à foire qu’on se regardât l'un l’autre, et que, loin de désarmer, on en vînt aux inainS; ce qui en effet arriva bientôt après. Qui ne voit donc qu'il fallait tenir un autre langage, et, en ordonnant aux uns de poser les armes, avertir les autres d’en user avec clémence, même après la victoire? Mais Luther ne savait parler que d’une manière outrée : après avoir flatté ces inalheiireux jusqu’à dire les choses qtie nous venons d'entendre, il conclut a les passer tous dans le comhat nu fil de l'épée, même ceux qm auront été entraînés j)cr force dan* des actions wVfi/ie «ses*, encore qu’ils tendent les mains ou le cou aux victorieux. On en pourra voir davantage dans l’IIi-stoire des Variations. Il y fallait répondre ou se taire, et ne sc persuader pas que Luther etU salisCail à tous scji devoirs en parlant en général contre la révolte. Mais encore , d’où lui venaient des mouvements si irréguliers, si ce n’est qu’un hotnmc, enivré du poux oir qu’il croit avoir sur la multitude, fuit paraître partout ses excès; ou, pour mieux dire, qu’un homme qui se croit prophète, sans que le bon esprit du Seigneur soit tombé sur lui, s'imagine qu'à sa parole les bataillons hérissés bais-seront les armes , et que tous , grands et petits, seront atterrés?

Pour ce qui regarde le livre de la Liberté chrétienne; je reconnais avoir écrit • qu'on prétendait que

• ce livre n'avait pas peu contribué a inspirer la ré-

• belliona la populace^ > M. Basnage s'en offense^, et entreprend de prouver que Luther y a bien (>arlé de l'autorité des magistrats. Loin de le dissimuler, j'ai remarqué en termes exprès : qu’en parlant indistinctement en plusieurs endroits de son livre

• contre les législateurs et les lois, il s’en sauvait en

• disant qu'il n'entendait pointparlerdesmagistrats,

« ni des lois civiles. » .M.iis cependant dans le fait deux choses sont bien avérées, tant par les demandes des rebelles, que par SIeidan qui les rapporte^ : l’une, que ces maliieiireux, entétés de ta Ubertéchrétienne que [.uther leur avait tant prèeliée, se plaignaient » qu'on les trailait de serfl», quoique tous

• les chrétiens soient affranchis par le sang de Jé.sus- ■ Christ. » 11 est bien consUint qu'ils appelaient servitudes, beaucoup de droits légitimes des seigneurs; j et quoi qu'il en soit, c'était pour soutenir cette liberté chrétienne qu'ils prenaient les armes. Il n'en faudrait pas davantage pour faire voir comment ils

> SJeid. ibid. y«r. lib. n. — * Ibid. - > Ibid. - * Ûasn. MÀd.p. ta). — *Sieid- lib. T.

prenaient ces belles propositions de Luther : ■

« chrétien est maître de tout : le rhrétivn n’est sujet

• à aucun homme : le chrétien est sujet à tout

• homme'. • On voit assez les idées que de tels discours mettent naturellement dans les esprits. Ce n'est rien moins que l’égalité des conditions , c'està-dire la confusion de tout le genre humain. Quand après on veut-adoucir par des explications ces paradoxes hardis, le coup est frappé, et les e.spnts qu’on a poussés dans des excès n’en reviennent pas à votre gré. M. Basnage excuse ces propositions en disant que selon Luther > le chrétien, selon l'âme,

• est libre et ne dépend de personne ; niais qu’a l’é-

• gard du corps et de ses actions , il est sujet à tout

• le monde. • Tout cela est faux à la rigueur ; car ni tout homme n'est sujet à tout homme selon le corps , puisqu’il y a des seigneurs et des souverains, surfe corps desquels les sujets ne peuvent attenter sans crime en quelque cas que ce soit; ni l'indépendance de l'âme n'est si absolue , qu’il ne soit vrai en môme temps que toute âme dolre être soumise aux puissauces supérieures cl à leurs commandements .jusqu’au point d'en être liée même dans la conscience, selon saint Paul •. Ce n’est donc point enseigner, mais tromper les hommes , que de leur tenir en cette sorte de vagues discours; et on peut juger de ce qu’opéraient ces propositions toutes crues , comme T.ullier les avançait, puisqu’elles sont encore si irrégulières avec les excuses et les adoucissements de âl. Basnacc.

Mais le livre de la Liberté chrétienne produisit encore un autre effet pernicieux. Il inspirait tant de haine contre tout l’ordre ecclesiastique, cl même contre les prélats qui étaient en même temps souverains, qu'on croyait rendre service à Dieu lorsqu’on en secouait le joug, qu'on appelait tyrannique. L’erreur passait aisément de l'im à l'autre : je veux dire, comme il a été remarqué dans l'Histoire des Variations ^ que mépriser les puissances soutenues « par la majesté de la religion , était un moyen d'af- « faiblir les outres. » C’est précisément ce qui arriva dans ta révolte de ces paysans : Us oommenrerenl par les princes eccl<^iasliques,comme il paraît par SIeidaiH ; et la révolte attaqua ensuite sans mesure et respect tous les seigneurs. C'en est trop pour faire voir qu'on avait raison de /rréfenrfre que le livre de la Liberté chrétienne n'arail )>a$ peu contribué à inspirer ta rébellion^.

F.t {Hjisque M. Basnage nous met sur cette matière, il faut encore qu'il voie un beau discours de Luther. I.orsquelcs séditieux semblaient n'en vouloir qu’aux seuls ecclesiastiques, et qu'ils n'avaient même pas encore pris les armes , I.uthcr leur parlait en cette sorte ; Ne faites point de sédition : il fallait bien commencer par ce bel endroit; car sans cela qui aurait pu le supporter ? Mais voici comme II continue ^ : • Bien que les ecclésiastiques paraissent « en évident péril, Je crois ou qu'ils n’ont rien à « craindre, ou qu'en tout cas leur péril ne sera pas

1 Luth, de Lib. Ckrüi. — * Knwt. xiii, t, s. * Liv. tl, p. 6S6. — * SteU. Hb. V. — * yar. Ub. il. — * Skid. liv. v.

DÉFËNSlî

• lei , qu'ii péuèlre dans tous leurs Citais « ou qu'U « renverse toute leur puissance. Un bien autre {léril « les regarde; et c'est celui que saint Paul a prédit « après Daniel, qui est que leur tyrannie tombera, « sans que les hommes s'en mêlent, par ravénement « de Jésua-Christ et par le soufîle de Dieu : c'était « là, poursuivait-il, son fondement; c'est pour cela « qu'lL RE S’ÉTAIT PAS BEAUCOUP OPPOSÉ à C«UX « qui prenaient les armes : car il savait bien que leur « entreprise serait vaine; et que si on massacbait

• quelques ecclésiastiques, celte bodcubuie ne s’é- « tendrait pas jusqu'à tous. »

On voit , en passant , l'esprit de la réforme dès son coininejiceinent : chaque temps a sou prophète, et Luther faisait alors ce personnage : tout était alors dans saint Paul et dans Daniel , comme tout est présentement dans l'Apocalypse : sur la foi de la propliétie, il n'y avait qu'à laisser faire les séditieux contre les ecclesiastiques : ils n'en tueraient guère : et Luther se consolait de les voir périr d'abord en si petitnombre, parce qu'ilétaitassuréd'unevengeaiice plus universelle qui allait éclater d’en-haut sur eux. Si c'est dans cette vue qu'il les épargne , que deviendront-ils, liélas! pour peu que tarde la prophétie.’ Quoi ! le saint nom des prophètes sera-t-il toujours le jouet de la réforme , et le prétexte de ses violeoc«8et de ses révoltes.’ Mais laissons ces plaintes, et renfermons-nous dans celles de notre sujet. On nous demande quelquefois la preuve des séditions causées par la réforme, et poussées dès son commencement contre les catholiques et contre les prêtres jusqu'à lapillerie: les voilà poussées jusqu'au meurtre ; et c'est Luther , témoin non suspect , qui le dépose lui-méme. On l'accuse d'y avoir du moins connivé : on n'a pas besoin de preuve; et c'est lui-même qui nous avoue qn' Une t'y est opposéqw faiblement, sans se mettre beaucoup en peine d'arrêter le cours de la sédition armée. Il lui laissait massacrer un petit nombre d'ecclésiastiques, et c'était assez que la boucherie ne s'étendit pas sur tous. Peut-on nier, sous couleur de réprimer la sédition , que ce ne soit là lui lâcher la bride? Je n’avais point rapporté cet étrange discours de Luther dans niistoire des Variations : on pense me faire accroire que j'y exagère les excès de la réforme : on voit , loin d'exagérer, que je suis contraint de supprimer beaucoup de clioses ; et on verra dans tous les endroits qu'on attaquera de cette Histoire, qu'on a si peu de moyens d'en affaiblir les accusations, que la réforme au contraire paraîtra toujours plus coupable que je ne l'ai dit d'abord, à cause que j'étais contraint à donner des bornes à mon discours.

Cependant on ne rougit pas de m'accuser de tnnueaise /ul', et même de calomnie. Ces reproches m'ont fait horreur, je l'avoue : j'écris sous les yeux de Dieu; et on a pu voir que je tàclie de mesurer toutes mes paroles , en sorte que mes expressions soient plutôt faibles qu'outrées. S'il faut user de termes forts , la force de la vérité me tes

arrache. M. Basnage m'objecte une contradictUm sensible >, en ce que je ceux que Luther, dés Van 152&, ait soulevé ou entretenu la rHteliion des paysans, pendant que j’avoue ailleurs* que Jusqu'a la liyue de SmalcaUie, qui se fit longtemps après, il ny avait rien de plus inculqué dans scs écrils que cette maxime, qu'on ne doit Jamais prendre les armes pour la cause de V^canyile. Je reconnais mes paroles. Certainement je n‘av.iis garde d'accuser Luther d'avoir au conimencenient rejeté t'obcissance due au magistrat, et même au magistrat persécuteur : puisqu'au contraire j'avoue (jue, bien éloigné d’en venir d’abord à cet excès, il enseigna les bonnes nuxiines; et c'est par où je le convaincs d'avoir varié loi-squ'ilen a pris de contraires. Il fallait que la réforme fdt confondue par elle-iiiêine dès son principe; et que la loi éternelle la furi^TÔt d’abord à établir l'obéissance, qu'elle devait réjeter dans la suite. Le bien ne se soutient pas chez elle; il n'y prend point racine, pour ainsi parler, parce qu'il n'y a jamais toute so force : de là vient aussi qu'elle se démentdans le temps même qu'elle dit la vérité. Luther foraeuta!t la rébellion qu'il semblait vouloir éteindre; etenun mot, eoinme on vient de voir, U inspiniit plus de mal qu'il n'en conseillait en effet dans ce temps-ià. Mais dans la suite II ne garda point de mesure : il en.seigna onverlemenl qu'on peut armer contre les souverains, sans épargner ni rois, ni Césars; toute rAllemngnc protestante entre dans ces sentiments ; la contagion gagne l’Écossse et l'Angleterre : la France ne s'en sauve pas : Ja réforme remplit tout de sang et de carnage ; dans les vains efforts qu’elle fait pour effacer de dessus son front ce cjiractère si visiblement aniichrétien, elle succombe, et ne trouve plus de ressource qu'à chercher même parmi nous de mauvais exemples : comme si réformer le inonde était seulement prendre un beau titre, sans valoir mieux que les autres.

Mais si on ne voulait pas éviter soi-même les abus qu'on reprenait dans l'Fglise, il ne fallait pas du moins approuver ses propres égarements, ni s'en faire honneur. Nous détestons parmi nous tout ce que nous y voyons de mauvais exemples , en quelque lieu qu'ils paraissent et de quelque nom qu'ils s'autorisent : les rébellions des protestants sont p.issées en dogmes et autorisées par les synodes : ce n'est point un mal qui soit survenu à la' réforme vieillie et défaillante : c'est dès son commencement et dans sa force, c'est sous les^éformateurs et par leur autorité, qu'elle est tombée dans cet excès; et des abus si énormes ont les mêmes auteurs que la réforme.

On peut voir beaucoup d'autres choses également convaincantes sur cette matière dans un livre intitulé .deis aux Réfugiés, qui vient de tomber entre mes mains, quoiqu'il ait été impriméen Hollande au commencement de l'année passée. Cet ouvrage semble être hôti sur les fondements de V.épologie des Catholiques , qui n'a ioissé aucune réplique aux

• fiiitn. tbfd.

» SsiH. UAd. p. MW. - * /'«f. /. IV.

DE L'HISTOIRE DES VARIATIONS

protestants ; m.iis , pour leur dter UMit préleite , on y ajoute en ce livre non-seulement ce qui s’est passé depuis, mais encore tant d’autres preuves de ces excès de la réforme , et une si vive réfutation de ses sentiments, qu’elle ne peut plus couvrir sa confusion. Si l’auteur de ce bel ouvrage est un protestant, comme la préface et beaucoup d’autres raisons donnent sujet de le croire, on ne peut asscx louer Dieu de le voir si désabuse des préventions où il a été nourri, et de voir que sans concert nous soyons tombés lui et moi dans les mêmes sentiments sortant dépeints décisifs. Je ne dois pas refuser cette preuve de la vérité; elle se fait sentir à qui il lui plaît; et lorsqu’elle veut faire concourir les pensées des hommes au même but, nulle diversité d’opinions ou de pensées ne lui fait obstacle. Les protestanu peuvent voir dans cet ouvrage ■ avec quelle témérité M. Jurieu les vantait, il y a dix ans, comme les plus assurés et les plus fideles sujets '. On leur montre dans cet ouvrage l’affreuse doctrine de leurs auteurs contre la majesté des rois et contre la tranquillité des États. Toute la ressource de la réforme était autrefois de désavouer, quoique avec peu de sincérité, tous ces livresque l'esprit de rébellion avait produits , ceux d'un Buchanan , ceux d’un Paré, ceux d'un Junius Brutus, et tant d’autres de cette nature ; mais maintenant on leur dte entièrement cette vaine excuse, en leur montrant qu'ils ont coniirmé, et qu'ils conUrment encore par leur pratique constante, cette doctrine qu'ils désavouaient; et que l’Égliteanglicane, qui de toutes les protesuntes avait le mieux conservé la doctrine de l’inviolable majesté des rois, se voit contrainte aujourd'hui lie l'abandonner On n’oublie pas que M . Jurieu, In même qui nous vantait il y a dit ans la fidélité des protestants à toute épreuve, jusqu’à dire « que tous les hugenots étaient prêts de signer de

• leur sang que nos rois ne dépendent pour le tem-

• porel de qui que ce soit que de Dieu , et que sous

• quelque prétexte que ce soit les.sujets ne peuvent « Àre absous du serment de fidélité v ; » à la fin a embrassé le parti de ceux qui donnent tout pouvoir aux peuples sur leurs rois : qu’il leur laisse par conséquent le pouvoir de s’absoudre eux-mêmes, et sans attendre personne , de tout serment de fidélité et de toute oÛigation d’obéir à leurs souverains ; et qu’il s’est par ce moyen réfuté lui-même, plusque n’auraient jamais pu faire tous ses adversaires ensemble. Par là on découvre clairement que la réforme n’a rien de sincère ni de sérieux dans ses réponses, qu’elle les accommode au temps , et les fait au gré de ceux qu’elle veut flatter. Ce qui donnait prétexte aux protestants de préférer leur fidélité à celle des catholiques, était la prétention de papes sur la temporalité des rois. Mais outre qu’on leur a fait voir dans ce livre que toute la France, une aussi grande partie de l’f^lise catholique, fait profession ouverte de la rejeter'; ou montre encore plus clair

* de. p. 77. — * P'Uitiq. rf« Ctrr^. -- * p.

tl* rl — * Avi» , p. 81 fi $uiv. Poiiiiq. du Clcryff p. :!17.

^ PoiiUq. rie., p. 310, 311, SU.

qtie le jour que s'il faibli comparer les deux senlimenU, celui qui soumet le temporel des souverains aux papes, et celui qui le soiiinet au peuple; ce dernier parti , où la fureur, où le caprice, où l'ignorance et l'einporiement domine le plus, serait aussi sans hésiter le plus à craindre. L’eipérience a fait voir la vérité de ce sentiment; et noire âge seul a montré, parmi ceux qui ont abandonné les souverains aux cruelles bizarreries de la multitude , plus d'exemples et plus tragiques contre la personne et la puissance des rois , qu'on n'en trouve durant six à sept cents ans parmi les peuples qui en ce point ont reconnu le pouvoir de Rome. EiiUo la réforme, poussée à bout pour ses révoltes, produisait pour dernière excuse l'exemple des catholiq ues .sous Henri le Grand : mais on Ta encore forcée dons ce dernier retraodiemeat ■ , non-seulement en lui faisant voir combien il était honteux , en se disant réformés, de faire pis que tous ceux qu'on était venu corriger; mais encore en montrant dans le bon parti , qui é taiteelui du roi, des parlements tout entiers composés de caüioliques, une noblesse infinie de même croyance , et presque tous les évêques, desquels nulle autorité et nul prétexte de religion n'avoit rien pu obtenir contre leur devoir : au lieu que parmi les protestants, lorsqu'on y a attaqué les souverains, la défection a été universelle et poussée jusqu'aux excès qu'on a vus. Joignez à toutes ces ciioses , si évideniinent démontrées par un protestant dans VAoù aux Réfugié*, ce que j'ai dit dans ces deux derniers Avertissements eu me renferiivant, comme je devais, dans la défense des Variations contre M. Jurieu et M. Basnage qui les attaquaient, riiisloire de b réforme paraîtra affreuse et insupportable, puisqu'on y verra toujours l’esprit de révolte, en remoutaot depuis nos jours jusqu'à ceux des reformateurs.

Ainsi, par un juste jugement, Dieu livre au sena réprouvé, et à des erreurs manifestes, ceux qui prennent des noms superbes contre son Église, et entreprennent de la réformer dans sa doctrine. Témoin encore le mariagedu landgrave, réternelJe confusion de la réforme, et i'écueii inévitable où se briseront a jamais tous les reproelies qu'elle nous fait des abus de nos conducteurs. Car y en a-t-il un plus grand que de flatter l'intempéraïu^e jusqu'à autoriser la polygamie, et d'introduire parmi les chrétiens des mariages judaïquesetmohoinétans? Vous avez vu les égarements du ministre Jurieu sur ce sujet, si étranges et si excessifs , que plusieurs bons protestants en ont eu boute. J’ai vu les écrits de M. deBeauval, que M. Jurieu tâche d’accabler par son autorité ministrale; J'ai vu b lettre imprimée d'un ministre sur ce sujet. J’ai cru que c'éUiil M. Basuage , confrère de M. Jurieu dans le ministère de Roterdam : on m'assure que c’est un autre , je le veux; et quoi qu’il en soit, ce ministre, qui m’est inconnu, pousse vigoureusement M. Jurieu, qui de son coté ne l'epargiie pas. Le mariage du landgrave et l'erreur prodigieuse des réformateurs a excité ce

‘ ./l'U, p. SS2 et miv.

DÉFENSE

tumulte parmi les ministres. M. Basnage lui-même, qui ne veut pas être Fauteur de la lettre publiée contre son confrère, prend un autre tour que le sien dans sa réponse aux Variations; voyons s’il réussira mieux, et poussons encore ce ministre par cet endroit-là : ce sera autant d'avancé sur la réponse générale qu’il lui faudra faire, et elle sera décliargée de cette matière. Voici donc comme il commence * : • Il faut rendre justice aux grands hommes « autant que la vérité le permet; mais il ne faut

• pas dissimuler leurs fautes. J'avoue donc que « Luther ne devait pas accorder au landgrave de « Hesse la permissiond'épouserune seconde femme,

«O lorsque la première était encore vivante: et M. de

1 0 Meaux a raison de le condamner sur cet article. • C’est quelque chose d’avouer le fait , et de condamner le crime sans chicaner; mais il en fallait davan-

, tage pour mériter la louange d’une véritaMe et ch^tienne sincérité : il fallait encore rayer Lutlter, Bucer et MelandUon, ces clK'fs des réformateurs, du rang de grands hommes. Car encore que les grands hommes en matière de religion etdepiété, qui est le genre où l’on veut placer ces trois personnages, puissent avoir des faiblesses, il y en a qu’ils n’ont jamais, comme celle de trahir la vérité et leur conscience , de flatter la corruption , d’autoriser l’erreur et le vice connus pour tels; de donner au crime le nom de la sainteté et de la vertu; d'abuser pour tout cela de l’Lcriture et du ministère sacré; de persévérer dans cette iniquité jusqu’à la fin, sans jamais s’en repentir ni s’en dédire , et d’en laisser un monument authentique et immortel à la postérité. Ce sont là manifestement des faiblesses incompatibles,je nedis pas avec la perfection des grands hommes, mais avec les premiers commencements de la piété. Or, tels ont été Luther, Bucer et Melanchlontils ont trahi la vériléetleur conscience : c'est de quoi M. Basnage demeure d’accord, et en pensant les excuser il met le comble à leur honte. • Je re-

• marquerai, dil-ii *, trois clioses : la première,

« qu’on arracha cette faute à Luther; il en eut « honte, et voulut quelle fdt secrète. » Bucer et Melanchton ont la même excuse; mais c’esi ce qui les condamne ; car ils n’ont donc pas péché par ignorance : ils ont donc train la vérité connue : leur conscience leur reprochait leur corruption; ils en ont étouffé les remonU, et ilstonil>ent dans ce juste reproclte de saint Paul : Leur c//)nV et leurconscience sont souillés 3. Voilà les l>éros de la réforme et les chefs des réformateurs. Si c’est une excuse de cacher les crimes qui ne peuvent pas même souffrir la lumière de ce monde , il faut effacer de l’Écriture ces redoutables sentences : Sous rejetons les crimes honteux qu'on est contraintde car/teH; et encore: Ce qui se fait parmi eux, et, qui pis est, ce qu’on y approuve, ce qu’on y autorise, est honteux même adiré * ; et enfin cette parole de Jésus-Christ même: Celuiqtii/aitmaihait la iumiére^. Ainsi, qui veut découvrir le faux de la réforme, et la faible idée |

* Bmh. I. t- II. pnrL ch. III. p. — * Jbiü. — * TU. \ S.IS. ~ « 11. Cor. IV, 2. » ^ Mph. V. 12. — * Juan, m, 20.

qu’on y a du vice et de la vertu, u’a qu'à entendra les vaines excuses dont elle lâche de diminuer ou de pallier les faiblesses tes plushonteuses de ses prétendus grands hommes.

Mais ils ne connaissaient peut-être pas toute l'horreur du crime qu’ils coiinnettaienl.’ C'est ce qu’on ne |ieut pas dire en cette rencontre. Car iis> savaient que leur crime était d’autoriser une erreur contre la foi , de pervertir le sens des Écritures » d’anéantir la réforme que le Fils de Dieu avait faite dans le mariage. Ils savaient la conséquemH* d'une tel le erreur, pu isqu’i Is reconnaissaient ex pressémeot que si leur déclaration venait aux oreilles du public, ils n’auraient rien de moins à craindre que d’être mis au rangées mahométans et des anabaptistee qui se jouent du mariage » . C'est en effet en ce rang qu'ils neeraignent pas de se mettre, pourvu que le cas soit secret. L’erreur qu’ils autorisent est quelque chose de pis qu’un adultère public, puis* qu’ils aiment mieux que la femme qu'ils donneol au landgrave passe pour une impudique et lui pour un adultère, quede découvrir l’infàme secret desoa second mariage. Par leur Consultation ils ne justifient pas ce prince. Car un aveugle qui $e laisse conduire par d'autres aveugles n'en est pas quitte pour cela, et il tombe avec eux dans l'abline. Ils damnent donc celui qui leur confiait sa conscience, et ils se damnent avec lui. Ils le damnent, dis-je, d’autant plus inévitablement , qu'il se flatte du consentement et de l’autorité de ses pasteurs, qui n'etâienl rien de moins dans le parti que les auteurs de la réforme. Je ne vois rien de plus clair ni ensemble de plus affreux que tous ces exeès.

On leur arracha celle fautm, dit M. Basnage. Quoi! leur fit -on violence, pour souscrire à cet acte infâme qui ternit la pureté du christianisme, où un adultère public est appelé du saint noiu de mariage? l>eur fit-on voir des épées tirées ? Lca enferma-t-on du moins? Les menaça-t-on de leur faire sentir quelque mal ou dans leurs personnes ou du moins dans leurs biens? C'est ce qu'on edt pu appeler en quelque façon leur arracher une faute, quoique dans le fond ou n’arrache rien de semblable à un parfait chrétien, et Usait bien mourirjilutôt que de céder à la violence. Mais il n'y eut riea de tout cela dans la souscription des réformateurs : on leur promit des monastères a piller > : que la réforme en rougisse : le landgrave, l'hoinme du monde qui avait le plus conversé avec cesréfonnaleurs, et qui les connaissait le mieux , les gagne par ces promesses : et voilà toute la violence qu'il leur fait. Il est vrai qu’il leur fait aussi entrevoir qu'il pourrait les abandonner, et s'adresser ou à l'empereur ou au pa|>e même. A ces mots, la réforme tremble : « No- • tre pauvre petite Église, misérable et abandonnée,

« a besoin, dit-elle de princes-régents vertueux : • de ces vertueux qui veulent avoir ensemble deux épouses : il faut tout accorder à leur iutempi-rance, de peur de les perdre : une Église qui s'appuie sur

• ConittJt. «. |0, II. /'«r. Uv. VI. — * far. Uv. VI. — 4 Coûtait. N. a. far. lie. TJ.

DE i;iIîSTOÏRE DES VARIATIONS.

rhomme, et sur lo brnsde In ehair, ne peut résister à de semblables violences. Ost ainsi que Luther, Buofret Mclancbton , ces colonnes de la réforme, sont violentés selon M. Basnage ; et ceia , qu’esl-ce autre chose qu’avouer en autres termes qu’ils sont violentés par la corruption de leur cœur?

Elle fut ai ffrande et leur assoupissement si prodigieux, qu'ils ne se réveillèrent jamais : ils sentaient qu'ils laissaient un acte de célébration de mariage, la première femme vivante, où il était énoncé qu’on le faisait : • en présence de Melanch- « ton , de Bucer et de Mélander le propre pasteur « et prcdi<*aleur du prince, • et de l'avis de plusieurs autres prédicateurs, dont la consultation était jointe au contrat de mariage, signé en effet de sept docteurs, à la télé desquels étaient Luthier ^ Melnnchtnn et Hncêfy et à la fin le même Denis Méhnder, le propre pasteur du landgrave *. Os deux actes furent déposés dans les registres publics, attestés autlien* liquenient par des notaires, • pour éviter le scan- > date et conserver la réputation de la fille que le « landgrave épousait , et de toute son lionorable pa- « renté • Ces actes étaient donc publics, et on supposait qu’ils devaient paraître un jour, comme regardant tout ensemble et l’honneur d’une Emilie considérable, et même l'intérêt d'une maison souveraine. Cependant, loin de les avoir jamais révoqués, Luther et ses compagnons y persistent. Ce secret lionteiix ne fut pas si bien gardé, qu’on en ait fait le reproche au landgrave et à Luther de leur vivant : iis s’en sauvent par des équivoques; et I^uther y ajoute fièrement, à son ordinaire, ^ue(elandgraf>e est assez paissant, eta des gensassez satants^ pour te défendre 4 : ce qui est joindre la menace au crime et insulter à la raison, a cause que le mépris en est soutenu par la puissance. Tout cela est démontré si clairement dans l’Histoire des Variations, qu'on n'a rien eu à y répliquer : telle a été la conduite de CCS grands hommes^ et il faut du moins avouer qu’il »’y en a de cette figure que dans la réforme.

Grâce à Dieu, ceux que nous reoonoaissoas parmi nous pour de grands hommes ne sont pas tombés dans des excès où l’on voie de la perfidie, de l’impiété , une corruption manifeste, et une lâche pnisiitution de la conscience. Mais , sans parler des grands hommes, je pose en fait, parmi tant de fautes dont les protestants ont cliargé quelques papes à tort ou à droit, qu'ils n'en nommeront jamais un seul , dans un si grand nombre, et dans la suite de tant de siècles , qui soit tombé dans un abus de cette nature. Qu'ainsi ne soit : M. Basnage, qui pousse en cette occasion la récrimination le plus loin qu'il peut, n'a eu à nous objecter que deux décrets des papes : l'un de Grégoire II, et l'autre de Jules II. Or, pour commencer avec lui par le dernier, il nous objecte la dispense que ce pape accorda à Henri pour

épouser la veuve de son frère Arthus; et comme s’il avait prouvé qu’il fût constant que celte dispense fût illégitime, il s'écrie en cette sorte : « Faut-il

• far, tiv. VI. — * Instrum., coput., à la fln du méttie livn% lom. xiv , p. aoo tt tuiv. — < Ibid. p. 39H, 399. — 4 fur. iir. VI. — •* Ba»n, iNd. 4<3.

éift

• motnsde sainteté poiirétre vicaire de Jésus-Christ « et le chef de i’Kglise, que pour réformer quelque « abus? ou rinc.este est-il un crime moins énorme

• qu'un double mariage.^ » Il renouvelle ici le fameux procès du mariaaede Henri VIII avec Otlieriiie d'Aragon; mais visiblement il n’y a nulle bonne foi h comparer ces deux exemples. Afin qu'ils fussent égaux, il faudrait qu'il fiU aussi constant que le mariage contracté avec la veuve de son frère est réprouvé dans l'Evangile, qu'il est constant que le mariage contracté avec une seconde femme, la première encore vivante, y est rejeté. Mais M. Basnage sait bien le contraire; il sait bien, dis* je, qu'il est constant entre lui et nous que la polygamie est défendue dans l’Évangile, et qu'une femme surajoutée à celle qu'on a déjà ne peut être légitime. Oserait-il dire qu'il soit de même constant, entre nous, que l'Evangile ait défendu d’épouser la veuve de son frère, ou que le. précepte du Lévitique, qui défend de tels mariages, ait lieu i>arroi les chrétiens? Mais il sait, loin que cela soit constant parmi nous, qu'il ne l’est pas même parmi les protestants. Nous en avons rapporté , dans l'Histoire des Variations les témoignages favorables au mariage de Henri VIII et à la dispense de Jules II. Melanchtonet Bucer ont approuvécette dispense, et conséquemment oui improuvé le divorce de Henri VIII. Castelnau, dont nous avons vu l’autorité alléguée par M. Basnage, dit expressément que « ce roi en-

> voya en Allemagne et à Genève, offrant de se faire

• chef des protestants, mener dix mille Anglais à •> ia guerre, et contribuer cent mille livres sterling,

> qui valent un million de livres tournois; mais ils « ne voulurent jamais approuver la répudiation *. • Selon le témoignage de ce grave auteur, la répudiation fut improuvee non-seulement en Aliemagiiei mais encore à Genève même ; c'est-ü-dire dans les lieux partis de la nouvelle réforme. Si Calvin a introduit depuis ce temps un autre sentiment parmiles siens, il ne laisse pas demeurer pour constant que la dispense de Jules 11 était si favorable, qu'elle fut même approuvée de ceux qui cherchaient le plus à critiquer la conduite des papes.

M. Basnage reproche à Jules II d'avoir accordé cette dispense hautement et è la face du soleil ; au lieu que Luther a eu honte de celle qu'il a donnée , et tâclia de la cacher : ce qui est , selon ce ministre , bien moins criminel. Sans doute quand le crime est manifeste, l'audace de le publier en fait le comble. Mais ce n’est pas de quoi U s’agit. Jules U n’avait garde de rougir de sa dispense, ou de la cacher , à l’exemple des chefs de la réforme, puisqu'au contraire il la donnait hautement comme légitime ; qu’ellefut publiquement acceptée par toutleroyaume d'Angleterre, où elle demeura sans contradiction durant vingt ans ; et qu'en effet les fondements s'en trouvèrent si solides, que les plus passionnés ennemis des papes les crurent inébranlables. Voilà ce que l’on compare à la scandaleuse cuusultatioii de Luther.

> f'nr. tiv. Vil. — ’ Mém. d* Castetnnu, L t, eè. n, v 1» U Lab.

DÉFENSE

I,e niiiiislre nous objecte que • le concile de I

• Trente prononce anathème contre ceux qui lui |

• disputeront le pouvoir de dispenser dans les de- « grés d'aflînité défendus par la loi de Dieu •. • D’où il conclut que « l’ÉRlise romaine se donnei R Tautorité de foire des choses directement con- « traircs à la loi de Dieu. • Il dissimule qu’il s’agit ici de l'ancienne loi et de sa police » et que, «dans ce décret du concile, la question n’était pas, si rftglise pouvait dispenser de la loi de Dieu , ce que les Pères de Trente n’ont jamais pensé; ma» si Dieu lui-méme avait abrogé la loi ancienne à cet égard. Nous prétendons qu’une partie des em* péHieinents dumariage portés par le Lévitique sont de la loi positive et de la police de l’ancien peuple, dont Dieu nous a déchargés : en sorte que c« empêchements ne subsistent plus que par des coutumes et des lois ecclésiastiques. Ce n’est qu’en cette manière et dans cette vue que l’Eglise en dispense : et c’est par conséquent une calomnie de dire qu’elle s’élève au-dessus de la loi de Dieu, ou qu’elle en prétende dispenser.

M. Basnage nous oppose un second décret de pape , et il est bon d’entendre avec quel air de décision et de dédain il le fait. « M. de Meciux se « trompe, dit-il *, quand il assure si fortement (nu R sujet de la consultation de Luther) qno cefut la ■ première fois qu’on déclara que Jésus - Christ n’a

• point défendu de semblables mariages (où l’on a t deux femmes ensemble) : il faut le tirer d'erreur, « en lui apprenant ce que Ht Grégoire II ; lequel « étant consulté si l'Église romaine croyait qu’on

• pût prendre deux femmes, lorsque la première,

• détenue par une longue maladie, ne pouvait souf- « frir le commerce de son mari , décida , » selon la rigueur du Siège apostolique, que, lorsqu’on ne pouvait se contenir, il fallait prendre une autre femme, pourvu qu’on fournit les aliments à la première. On voit déjà, en passant , que ce n'est pas là prendre deux femmes, comme M. Basnage veut le faire entendre ; mais en quitter une pour ui»e autre : ce qui est bien éloigné de la bigamie dont il s’agit entre nous. Au reste, ce curieux décret, queM. Basnage daigne bien m’apprendre , n’est ignoré de personne : toutes nos écoles en retentissent , et nos novices en théologie le savent par cœur. Après deux autres passages aussi vulgaires que celui-là, M. Basnage, avec un ton fier et avec un air magistral, nous avertit qu’il ne les rapporte «que pour

• apprendre à M. de Meaux qu’il ne doit pas se faire « honneur de l’antiqiiité , qu’il n’a pas examinée 4. « le lui laisse faire le savant tant qu’il lui plaira; et il aura bon marché de moi , tant qu’il ne me reprochera que de l'ignorance : je ne trouve rien de plus bas ni de plus vain parmi les hommes , que de se {ûquer desdence; maisatissi ncfaiit-il pasen avoir beaucoup pour répondre à M. Basnage. Otte decision de Grégoire 11 se trouve parmi ses lettres * , et encore dans le décret de Gratien , avec cet te note

' Du$n. ibid. P- 44S. r oue. Trid. Stt$. XXIV, Can. 3. —

» P, MS. — » Ammv ttiW.p.444. — • Grepor. 11. Ep. n. t i. Timr. GuH.

dU bas: llItulCreQorii saeris canonibui, imoeüOM* geiicæ et apostoUcæ doctrins peititiu rfperttmr adversum ' : c’est-à-dire : « Cette réponse de Grégoire est contraire aux saints canons , et même à la • doctrine évangélique et apostolique. » Les papes ne sont donc pas si jaloux qu'on pense de maintenir comme inviolables toutes les réponses de leurs prédécesseurs; puisqu’on trouve cHle-ci avec cette note dans le décret imprimé par l'ordre de Grégoire Xlll, et que les réviseurs qu'il avait nommés n'y trouvent rien à redire. Ainsi, sans nous arrêter à ce que d’autres ont dit sur ce passage , contentons-nous de demander à M. Basnage ce qu’il en prétend conclure. Quoi ? que ce pape a approuvé, comme Luther, qu'on eût deux femmes ensemble pour en user indifféremment ? Cest tout le contraire : c’est autre chose de dire, avec ce pape, que le mariage soit dissous en ce cas; autre chose de dire, avec Luther, que sans le dissoudre on en puisse faire un second : l'un a plus de difficulté, l'autre n’en eut jamais la moindre parmi les dirétiens; et luitiwrest le premier et le seul à qui la corruption a fait naître un doute sur un sujets! éclairci. Que si , parmi les protestants , d’autres ou devant ou après lui ont soutenu en spéculation la polygamie , il est le seul qui ait osé pousser la chose jusqu'à la pratique.

Mais enfin, dira-t-on, quoi qu'il en soit, un pape se sera trompé : est-ce là de quoi il s’agit ? M. Basnage connaît- il quelqu’un parmi nous qui entreprenne de soutenir que les papes ne se soient jamais trompés , pas même comme docteurs particuliers? Et quand il voudrait conclure que celuici se serait trompé même comme pape, à cause qu'il parle, comme il dit lui-même, Sedis

aposioticæ, avec ta force et la vigueur du Siège apost(Mque : sans examiner s’il estainsi ,et si c’est là tout cequ’oD exige pour prononcer, oomroeon dit, ex cathedra : enfin tout cela n'eit pat notre question. Ce n’est pas une ignorance, ou une surprise de Luther, que nous objectons à la réforme; il n’y aurait rien là que d'humain : c’est une séduction foitededessein , dans un dogme essentiel du christianisme, pnr une corruption manifeste, contre la vérité et sa conscience. Il n’en est pas ainsi de Grégoire il; cen’est point pour flatter un prince qu'il a écrit de cette sorte : c’est dansune difficulté assez grande une résolution générale : on ne lui a fait espérer, pour le corrompre, ni le pillage d’un monastère , ni de secourir son parti ; il ne se croit pas obligé de cacher sa réponse : s'il s’est trompé , aussi ne le suit-on pas , et on le reprend sans scrupule ; mais enfin il a dit naturellement ce qu’il pensait : M. Basnage n’a pu le convaincre , ni lui ni les autres papes , d'avoirdtoidé contre leur conscience , comme Luther et ses compagnons sont convaincus de l'avoir fait, et parles reprodics de la leur, et de l'aveu de M. Basnage; et ainsi , les nVformateurs de la papauté n’y ont pu trouver aucun abus qui égalât ceux qu'ils ont commis.

* Dfc. IT. pnrt. eay$. 02, qutett. Tii, cap. ts : Quoé pn^ potahli.

DE L'HISTOÏRE DES VARIATIONS

Le ministre n*n point (miivé de pope; ilaoru Irouser un empereur. • Valentinien, dit-il s (U

• publier dans toutes les villes de Tempire une loi

• en faveur de la bigamie; et, en effet, il eut deux

• femmes , sans encourir reieommunicntion de

• son clergé. » Q(rappelle«t>il son clergé? Ce sont les évéques du quatriÀne siècle. PTest-ce pas aussi le clergé de M. Basnoge; et veut-U, à l'exemple de M. Jurieu , livrer à l'Antéchrist ce clergé auguste, qui comprend les colonnes du christianisme ? Veutil dire que tant de saints, et un siècle si plein de lumière, ait approuvé une loi si étrange et si inouïe, je ne dis juis seulement dans l'Eglise catholique, mais dans l'empire romain ; ou qu'on ait pu douter un seul moment que la polygamie fût défendue? Il n'oserait l'avoir dit. et il sait bien qu'on l’accabiemit de passages qui lui prouveraient le contraire. Mais enfin ü y a une loi? Je n'en crois rien, non plus que Baronius et M. Valois, et tous nos habiles critiques. Socrate, qui le dit svul * , ne mérite pas assez de croyance pour établir on fait si étrange; M. Uasnagesait bien qu'il en hasarde bien d'autres, dont il est dédit partout le.n savants. Sozomène, qui le suit presque partout, se tait ici; Théodoret de nn^ne : en un mot, tous les auteurs du temps ou des temps voisins gardent un pareil silence , et on ne trouve ce fait que dans ceux qui ontcopié Socrate quatre à cinq cents ans après. Il ne faut pas oublier deux auteurs païens qui ont écrit vers les temps de Valentinien. C'est Ammian Marcellin et Zozime : le premier est constamment peu favorable à ce prince, qu'il semble même vouloir déprimer, en haine du mépris qu'il témoignait poui Julien r A postât , le héros de cet historien ^ : et néanmoins parmi toutes ses fautes, qu'il marque avec un soin extrême, non seulement il ne marque pas celle-ci, nais il semble même qu'il ait dessein de l'exclure, puisqu'il rend ce témoignage à Valeotinien : quece prince, « toujours attaché aux règles d'une vie pu- « dique , a été chaste au dedans et au ddiors de sa

• maison, sans avoir jamais souillé sa conscience m par aucune action mallionnête et tmpttre;ce qui « même k rendait sévère à réprimer la licence de

• la cour^. • Aurait-on rendu oe témoignage à un prince qui eût entrepris de faire une loi , et de donner un exemple pour autoriser la, polygamie que les Homaina, même païens, ne jugeaient digne que des Barbares; queValérien, que Dioctétien et lesautn» priuces avaient réprimée par des lois expresses qu'on trouve encore dans le Code ?

Si Valentinien en avait fait une contraire, Zozime n'aimait pos assez cet empereur pour nous le cacher. En parlant de Valentinien et du dessein qu’il avait de composer un corps de lois , il en remarque une qu'il fut contraint d'abolir^ ; c'était le cas de parler de ce)le-ct , si elle avait jamais été. A ussi ne se trouvet-elle ni dans le Code ni nulle part : ni on no voit qu’elle ait Jamais été reçue, ni on n’écrit quelle ait éU abolie : il u'en est resté ni aucun usage (Uni

* Biun. ibIJ. p. 441. — * Socr. Ub. nr, eap. ai. — ^ jémm. Mmrc. lib. ixri, tub Jln. XXTII. — * Ibid. Xil. — ^ lÀb.

rv, init.

l'empire , bien qu'on prétende qu'elle ait été pubiléa dans toutes les villes, ni aucune marque parmi les jurisconsultes, ni enfin aucune mémoire parmi les hommes. Jamais les Pères ne l'ont reprochée, ni durant la vie ni après la mort, ni à Valentinien ni à Justine, cette prétendue seconde femme, quoique, devenue arienne et persécutricedes catholiques, elle n'avait pas mérité d'être flattée. Quand nous n'aurions aucune autre preuve contre cette fable, le nom même d'un empereur si grave , si sérieux , si chrétien, y résIsUrait ; il n'aurait pas déshonoré son empire , si glorieux d'ailleurs , par une loi nonseulement si criminelle même dans l'opinion des païens, mais encore si impertinente. Qui en voudra voir davanUge sur ce sujet peut consulter Baronius, qui même convainc de faux cette historiette de 5iocrate en plusieun de ses circonstances , comme par exemple lorsqu'il nous donne cette Justine pour fille dans le temps que Valentinien l'épousa , elle qu'on sait avoir été veuve du tyran Mognence. C’est Zozime qui le rapporte au quatrième livre de son histoire : « Le jeune fils de Valentinien , que ce • prince avait eu de la veuve de Magnencc , fïit , dit- « il', fait empereur à l'Age de cinq ans. » Kt encore vers la fin du même livre : « I.e jeune Valentinien « se relira auprès de Tbéodoseavecsa mère Justine, « qui, comme nous avons dit, avait été femme de « Magnence , et épousée après sa mort par Vakn- « tinif n pour sa beauté. • Trouver deux fols dans un historien , plutôt ennemi que favorable h Valentinien , ce mariage avec Justine , sans qu'il en marque cette honteuse circonstance, ce serait, quand nous n'aurions autre cliose , une preuve plus que suffisante de sa fausseté. Etait-il permis à M. Batnage de dissimuler toutes ces dK>ses ; de nous donner comme un fait constant ce qu'il sait avoir été rejeté par tant d'habiles gens, et par des raisons si solides : et encore de me reprocher i'ignoraoee de l'antiquité, parce que, lorsque j'en marquais ka sentiments sur la pluralité des femmes, je n'avait daigné tenir compte, ni d'un fait ai mal fondé, ni de cette prétendue loi de Valeotiokn? Et, après tout, que peut-il conclure de tout ce fait, quand il serait aussi véritable qu'il est manifestement convaincu de faux? Le public u’en verrait pas moins de quelle absurdité il était à trois prétendus réformateurs de remettre eu usage, après tant de skeles, une loi entièrement oubliée d'un eniperetr.

M. Basnage nous cite pour dernier passage celui des Constitutions apostoliques , où U est ordoomé , dit-il * , de reeewir palsthlement à ta commtmUm ta concubine d’un infidèle ^ qui n‘a commetxe qu'avec lui. Il croit donc que les Eglises de Jésus- Christ ont approuvé de tels commerees hors du mariage, et ne craint point de souiller la sainteté des meeurs ehrétiemies, et dons les temps les plut purs, par ces indignes soupçons. Faut-il apprendre à ce faux savant la distinction triviale des femmes épousées soleoMlleroeot , et d'autres femmesqu'on appelait ronrnù/ner, parce qu’elles étaient épousées

• Lib. IV, oirrrf nud. — • Ibid. Cm$f Jp. VlU, UU

Ü1ÙFENSE

ovec moins il*'iolennité , quoicju’enes fussent vraies fe^nme^Ssbcis iin nom moins lionorable ? Toutes les !ois,^a^nt pleines, tous iesjurisconsultes encon* v^nent . on en voit mémo des restes en Alleoiogne ; la trouve jusque dans l’Ecriture; et ce grand Pdocleur l’ignore, ou, ce qui est pis, il fait semblant de l'ignorer. C'est qu’il cherchait une occas^n de nous objecter « que le droit canon, dont In lois

• sont St sacrées à Rome, autorise le concubinage , « puisqu'il pernietdecoucberavecuneQlle, lorsqu'on - ii'a point de femme *. » S’il voulait dire des faus* setes , il devait tücher du moins de les expliquer en termes plus modestes. Mais où est cet endroit du droit canoti? M. Basnage demeure court, et n'en a cité aucun endroit. C’est qu’en effet il n’y en a point : il n’a même osé citer ce fameux canon du concile de Tolede, où l'on permet une concubine, au sens qu'on vient de rapporter, parce qu’il sait que celte grossière équivoque est maintenant reconnue de tout le monde; et cependant , sur un fondement si léger , il remue sans nécessité toutes ces ordures , et il ose calomnier la doctrine de l’Kglise ca. tliolique.

Voilà toutes les excuses qu'il a pu trouver pour la réforme, dans ce honteux mariage du landgrave. Il se donne encore la peine d'excuser ce prince, uon de son incontinence, qui est avéri^e; mais d’avoir eu de ces maladies qu’on ne nomme pas, et qu’il avait lui-niéme tâché de cacher. 11 est vrai , je l'avais remarquéen passantdans l'Histoire des Variations*, cémine une circonstance qui n’était pas indifférente au fait que je rapportais, et je l'avais fait, avec tout le méuageinent qui est dù en ces occasions aux oreilles d'i^ lecteur. Mais puisque M. Basnage m'entreprend ici cumme un calomniateur qui ai corrompu un passage de Melancliton, que je produis, il me contraint à la preuve. Ce ministre veut nous faire accroire qu’on cachait, non point la nature de la maladie du landgrave , mais sa ma- Lidie eUe-méme , « de peur d'alarmer le parti , dans

• un temps où sa présence était absolument néces- ■ saire,et où le délai de son voyage , pour se trou- « ver avec les autres princes , donnait déjà quelque « alarme^. > M. Basnage ne s’aperçoit pas, tant ses lumières sont courtes, qu’il est pris par son aveu. Dès qu’une personne publique, principalement un souverain, et un souverain d'une si grande action, cesse tout à fait de paraître , quoiqu'il soit au milieu de ses Etats ; dès qu’on n'admet dans le cabinet que le domestique on les gens plus affidés et plus familiers, et que l'antichambre est muette, on ne demande pas s’il est malade. Plus ce souverain est attendu dans une assemblée solennelle, et plus sa présence y est nécessaire , plus on sent qu'il est malade lorsqu’il y manque; et loin d'en faire llnesse, c’est alors qu’il le faut plutôt découvrir, de peur qu’on n’attribue son absence à une autre cause. EnGn, si ce n’était pas la qualité du mal que l’on cachait , que veulent direces paroles de Melanchton, puisqu’enfin

on me contraint à les traduire : • On cacheta nia- « ladie , et les médecins disent que l'espèce n’en est « pas des plus fâcheuses' ? » Cependant j'ai corrompu Melanchton, dit notre ministre , à cause que la bienséance m'avait empéclié de le traduire grossièrement, et de mot à root. Mais, après tout, que nous importe? quand on aura défendu un prince si réformé d’iin mal honteux , l'aura-t-on défendu par là d’une intempérance encore plus honteuse? Il la confesse lui-méme; il avoue, dans l’Instnictiou qu'il envoie à I^ither par Hucer, que, « quelques •> semaines après son mariage, U n’a cessé de se pion- ■ ger dans l'adultère , et qu'il ne voulait ni ne pou- B vait se corriger d’une telle vie, à moins qu'on ne « lui permit d’avoir deux femmes ensemble* : • et remarquons que la lettre qu’on vient de voir de Melanchton, cette lettre où Best parlé de la maladie qu'on ne nommait pas , est datée du commencement de 1539 : l'Instruction est de la fin de la même année, et il y dit que cette belle résolution , de demander la |>ermission d’avoir deux femmes, est la suite des réflexions qu'il n faites dans sa dernière maladie^. il dit encore, et il a voulu qu'on l’écrivît, en l’an 1540, dans l'acte de son second mariage, que ce mariage lui était nécessaire pour la santé de son àme etdesoncorps 4. Qu'on ramasse ces circonstances,et qu’on juge si c'est moiqui fais une calomnie au landgrave, comme le dit M. Basnage^ , ou si c'est M. Basnage qui me fait une honteuse chicane. Il dit encore que M. de 'fliou justifie ce prince ; parce qu’on disant qu’f/avaî/ une concubine avecsa/emme^parleconscUde sespasteurs, il ajoute qu’a ce/o prés U était fort tempérant. Mais assurément le témoignage de M. de Thou ne prévaudra pas sur l'aveu du landgrave, qu’on vient d'entendre. C’est une honte à ce prince et à la réforme d'avouer oe commerce comme approuvé par ses pasteurs. Et néanmoins ce que l’on cachait était encore plus infâme , puisque c’était la débauche sous le nom de la sainteté , et un adultère public sous le voile du mariage.

Pour purger les chastes oreilles des idées d'un mariage scandaleux , et tout ensemble effseer les soupçonsqu’on a voulu donner de l’ancienne Église, comme si elle était capabled'en approuver de semblables ou d’aussi mauvais : disons avec saint Augustin et les autres Pères , à la gloire de la sagesse divine, que les lois éternelles qu’elle a établies pour la multiplication de la race humaine ont été dispensées dans l'exécution avec divers changements ; que pour réparer les ruines de notre nature , presque tout ensevelie dans les eaux du déluge, il a été convenable, au commencement, de permettre d’avoir plusieurs femmes ; et que cette coutume venue de cette origine s'est conservée et se conserve encore en plusieurs contrées, et dans plusieurs nations : qu’elle s’est conservée en particulier dans le peuple saint , à cause qu’il devait se multiplier par les mêmes voies que le genre hu-

» IMd . Con*t. Ap. VIII, 32. — * P'ar. Uv. VI. — î Busn.

ttiM.

• Lih. IV, tfi. 214. rar. liv. VI. — » Var. Ibid- înst. Land. ti. 1,3. - * t'ar. Ub. vt. — * IbM. — • Ibid.

‘'y CoOglc

DE rHTSTOIBE DES VARlATIOîSS.

An1fi« cest-à'dire pnr le sans : que imites les raisons qu'on vient dd dire , sont la cause des ma* riales de nos pères les patriarclies > à commencer depuis Abraham, qui devait être le père de tant de nations : que Jacob , en qui devait commencer la multiplication du peuple saint par la uaissancedes douse patriarches pères des douze tribus, usa de cette loi , et fut suivi par tous ses descendants et tout le peuple de Dieu : que le désir de revivre dans une longue et nombreuse postérité fut fortilié par celui de voir enfin sortir de sa race ce Christ tant promis: qu'après raéine qu'il fut déclaré qu'il sortirait de Juda et de David , chacun pouvait espérer d'avoir part à sa naissance par les filles de sa race, qu'on pourrait marier dans ces familles bénites; et qu'ainsi le même désir de multiplier sa race subsistait toujours dans l'ancien peuple, nonseulement par l'espérance de revivre dans ses enfants, mais encore par celle d'avoir en leur nombre le Désiré des nations. Les saintes femmes étaient touchées du même désir, tant de celui de revivre dans leur postérité, que de celui d'être comptées parmi les aïeules du Clirist, ce qui, comme on sait, a illustré Thamar, Ruth et Belhsabée. Par «s raisons, et parla constitution de rancien peuple, la stérilité éuit un opprobre, et la virginité était sans gloire : c'éuit la cause du désir qu'on voit dans lessaintes femmes qui avaient ensemble un seul époux, de devenir mères; et comme ce désir des femmes pieuses était cliaste et nécessaire en ce temps , les saints pat riarches leurs époux avaient raison d'y condescendre. Cest aussi par là qu'on doit conclure que la jalousie ne régnait point en elles, non plus que la sensualité qui en est U source, mais le seul désir d'être mères, naturel dans son fond cl raisonnable en ses manières, selon la disposition de ces temps-là : on voit paraître ce même espritdans les saints patriarches leurs époux ; et ainsi , comme le remarquent saint Clirysostômeet saint Augustin», et comme l'apercevront aisément ceux qui regarderont de près toute leur conduite, ce n’était pas le désir de satisfaire tes sens, mais l’amour de la fécondité, qui présidait à ces chastes mariages , lesquels aussi étaient b figure de îa sainte union de Jésus-Christ avec les Ômes fidèles, qui s'unissant avec lai portent des fruitséternels.Par une raison contraire, depuis que > b Synagogue eut enfanté Jésus-Christ, que les anciennes figures furent accomplies, et qu'on vit paraître le peuple qui ne devait plus se multi- ^ier par la trace du sang , mais par l’effiision du Saint-Esprit, les choses devaient changer: rien n'empêchait plus que le mariage ne fât rétabli, comme il Pa été en effet par Jésus-Christ, en sa première forme, et tel qu’il était en Adam et en Eve, où deux seulement, et non davanUge, devenaient une seule chair. Par une suite infaillible de cette institution , U stérilité n'éUit plus une honte, et b virginité était comblée de gloire,

» Ckfy». kom. XXXTIU, ui, f* CttuMim, etc. tom. rt, p.

aaS rl êeq. S. Aup. <wil. ftnuL Uh. ixu, cap. 4S <1 uq.

tvm. Tiii, cot. htn H »eq.

aOe3i‘ZT. — TOUS IV.

d'autant plus qu'en la personne de la sainte Vierge elle avait fait une mère, et une mère de Dieu. Il devait aussi paraître alors, d’une manière éclatante , que toutes le.$ âmes que le Saint-Rsprit rendrait fondes, seraient unies en Jésus-Christ, etcom. poseraient toutes ensemble une seule Eglise, figurée dans le mariage chrétien , par b seule et fidèle épouse d'un seul et fidèle époux. On a vu depuis ce temps , et selon ces chastes lois du mariage réformé par Jésus-Clirist, que partout où son Evangile fut reçu, les anciennes mœurs furent changées : les Perses qui l’ont embrassé , dit un dirétien des premiers siècles , n'épousent plus leurs sœurs; lesParthes ont renoncé à la coutume d'avoir plusieurs femmes; comme iex Egtjptie'it , à celte d’adorer Apis etdesaniniëur. Ainsi parlait Bardesane , ce savant astronome , dans l'admirable dist'ours qu'Eusèbe rap|>orte ' : ainsi parlent les autres auteurs eedésiastiques , d'un commun consentement; et le mariage, réduit à la parfaite société de deux cœurs unis , a été un des caractères du christianisme : ce qui a fait dire à saint Augustin », que ce n 'était pas un crime d'acoir plusieurs femmes lorsque c'étaH la coutume. La disposition des temps y convenait : la loi ne te défendait pas; mais maintenant cest un crime, f/arce que cette coutume est abolie. Les temps sont changés : les mœurs sont autres; et on ne peut plus se plaire dans la mulUlwle des femmes, que par un excès delaconvoitise.

On peut voir maintenant, non-seulement par l'autorité , mais encore par l'évidence de la doctrine céleste, combien est digne d'être détestée la Consultation de Luther, qui , non contente de nous ramener à l’imperfeclion des anciens temps, nous met encore beaucoup au-dessous ; puistfue même dans ces temps-là, où le mariage plus libre unissait plusieurs épouses ù un seul é]>oux par un même lien conjugal , on a vu que ce n'était pas la licence , mais la seule fécondité, qui dominait : au fieu que, dans ce nouveau mariage, autorisé par Luther et les autres réformateurs , le landgrave , content de ta lignée des princes que lui avait donnés sa première femme, ne recherchait, dans la seconde qu'on lui accordait, qu’un moyen d'assouvir l'ardeur que l’Evangile lui ordonnait de modérer.

La réforme, peu ré^gulière, et, on le peut dire sansiicsiter, peu délicate sur cette matière, a introduit dans la chrétienté un tel abus. On l’a pousse plus loin qu'on ne pense. M. Jurieu, qui a établi ces honteuses nécessités , que je ne veux pas répéter, pour apprendre aux chrétiens à multiplier leurs femmes, les a soutenues par la discipline de tous les États réfonnésL M. de Beauval et les autres s'y opposent en vain; M. Jurieu lui déclare , « qu'il « ne changera pas de sentiment pour ses muantes « plaisantexies; qu'au reste, ce n'est pas à lui a dé- «cider avec cet air de maître » que lui et tous

' Eut. Prmp. £v. t. VI, dtp. 10. — * Cont. Fautt. Ub. xxn, cap. 4. — * LeU. pstior. — * Avis 4* CAut. det Uit. put- Ur. 0 .V. df Bfuuvul, p. 7.

AJ J y

DÉFENSE DE L'HlSTOmE DES VARIATIONS.

gt-s amiidontilYanleles l•onseils «oui dea tiéanls; et qu’etifin il n’apparticiit pas à un Jeune acoeat qui ne snit ce qu'ildU, et qui parlede ce qu'il M d’opposer son sentiment ice/ul ri'unltieiitoqien aussi grave que M. Jurieii. Puis, lui parlant au nom de la rél’nrine , ou de tout l’ordre des ministres ; " Qu’il ne fasse point, dit-il, si fort le • maître : nous n’en voulons point [mur avoeat : . nous défendrons bien la pureté de nos mariages ■ sans lui. • En cet endroit M. de Beauval a raison de se souvenir de l’incomparable chapitre de r.-fccompiissement des Prophéties * ^ où, dans la plus grande ferveur de ses dévotions , et même au milieu de ses lumières prophétiques , l'âme pénétrée de la plus rire douleur qn'on puisse imaginer sur les malheurs de la réforme , M. Jiirieu avoue qu’il ressent le plaisir de la vengeance , et parait nager dans la joie en maltraitant un auteur qui l’avait piqué dans quelque endroit délicat. Mais M. de Beauval a beau relever le ridicule de son adversaire dans ses prophéties, dans les miracles qu’il conte, et dans tous les autres excès de ses sentiments outrés , l’autorité de M. Jurieu prévaut : les synodes et les consistoires se taisent sur la doctrine que ce ministre leur attribue. C'est qu’il est vrai dans le fond que les flglises protestantes se donnent des libertés excessives sur les mariages ; et ceux qui se vantent de réformer l’Église catholique ont besoin d’apprendre d’elle en cette matière, comme dans les autres également importantes, la régularité et la pureté de la morale chrétienne.

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