‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 68 sur 192 · SIXIÈME ET DERNIER AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

SIXIÈME ET DERNIER AVERTISSEMENT

Mes chers frères »

J'ai vu le tableau du socinianisme de M. Jurieu; et la sixième lettre , où ce ministre attaque nia {personne f est tombée depuis peu de jours entre mes mains. Par la divine miséricorde, je ne me sens aucun besoin de répondre à des calomnies qu'il ne peut croire lui-méme. Mais lembarrns où il est pour défendre ses propositions sur lemys* tère de la Trinité, la mauvaise humeur où il entre

' Rép. Je FAut. de i'Hiât. drs Ouvraçet dp$ SiwanU. A(f. det I, part, di d«fO.

parce qu'il ne sait par où te tirer de ce labyrintlie, et rétat où il a mis nos controverses , eu les tournant d'une manière si avantageuse aux so* ciniens dont il veut paraître le vainqueur, sont choses trop remarquables pour être dissimulées. Je ne lui dirxTÎ donc pas, comme on fait publique* ment dans son parti ■ , qu’il ne mérite plus qu’on lui rqionde, parce qu’il ne raisonne plus, et ne montre dans ses discours qu’une impuissante fu> reur. Sans songer à ce qu'il mérite, et ocoupé seulement de ce que méritent les mystères qu'il a profanés , je les vengerai de ses attentats; et pour l’amour des infirmes, que ses dangereuses nou' veautés pourraient séduire, je les mettrai pour In dernière fois devant les yeuv du public. On verra qu'en attaquant ITlistuire des Variations, ee ministre a fait triompher le socinianisme , pour ne point encore parler des antres erretirs ; et que dans la sixième lettre de son Tableau, où il fait les derniers efforts pour se purger de ce reproclie , il le mériteplus que jamais. Que je vais recevoir d'injures après ce dernier Avertissement! et que le nom de M. de Meaux va être flétri dans les écrits du ministre! Déjà on ne trouve dans sa sixième lettre que les ignorances de ce prélat, ses vaines déclamations, avec les comédies qu’il donne au publie; et quand le style s’élève, ses fourlieries , ses friponneries, son mauvais coeur, son esprit mat fait, baissé et alTaibli par son grand âge qui pas.se soixante-dix ans; ses violences qui lui font mener les gens à la messe à coups de barre, sa vie qu’il pas.se à la cour dans la mollesse et dans le crime * ; car on pousse la calomnie à tous ces excès : et tout cela est couronné par son hypocrisie, c’est-à-dire, comme on l’explique , par un faux semblant de révérerdes mystères qu’il necroit pas dans son cœur. Ori me donne tous ces éloges sans aucune preuve; car aussi où les prendroit-on? Et je les reçois, seulement pour avoir convaincu M. Jurieu de faire triompher l'erreur. Que n’aurai-je donc pas mérité aujourd'hui , qu'il faudra pousser la couriclion jusqu’à la dernière évidence, et effacer tout le faux ^lat de cq Tableau dont le ministre a cru éblouir tout l'univers? l.a chose sera facile, puisque le témoignage de M. Jurieu me suffira contre luimême.

Je ne puis ici m'empêcher de retracer, en aussi peu de paroles qu’il sera possible, le sujet de notre dispute. Dans la préface de l'Histoire des Variatioiis j'avais posé ce principe, comme le fondement de tout l’ouvrage, «que toute variation dans l'ex- « position de la foi est une marque de fausseté *■ dans la doctrine exposée; que les hérétiques ont • toujours varie dans leurs symboles , dans leurs B règles, dans leurs Confessions de foi, en ne « cessant d’en dresser de nouvelles , pendant que « ri^^iise catholique donnait toujours, dans cltaqiie « dispute sur la foi, une si pleine déclaration de la

• Af. de Btsuval, Hùt. des Ouvrages des Sa»., JviU. ise% art. 9, p. 6Ul.— • Jvr. X87.

SnCTÈME AVERT. SUR LES LETTRES DE M. JURIEU. 4SI

• yérité * , • qu*il n’y faDatt après cela jamais re> toucher : d'où suivait cette différence entre la rérité catholique et l’héréaie . que « la vérité catho<

• tique venue de Dieu a d*alH>rd sa perfection; et

• riiérétie au contraire, comme une faible pro- « duclion de l’esprit humain, ne se peut faire que

• par pièces mai assorties ■ , » et par de continuel* les innovations.

Farces principes, t’Histoire des Variations n’était plus une simple histoire ou un simple récit des faits; mais elle se tournait en preuve contre la réforme, puisqu'elle la convainquait d’avoir varié, « non pas seulement en particulier, mais en

• corpsd’Eglise, dans les livres qu’elle appelait sym- « bdliques, c'est-à-dire dans ceux qu’elle a faits , « pour exprimer le consentement de ses prétendues

• Eglises; en un mot, dans ses propres Confessions « de fut ^ • dans les décisions de ses synodes , et enfin dans ses actes les plus authentiques *.

Les ministres ne pouvaient donc s'élever assez contre des principes si ruineux à la réforme; et le ministre Jurieu, qui s'est mis en possession de défendre seul la cause commune, après avoir fait longtemps le dédaigneux, selon sa coutume, et sur le livre des Variations et sur les Avertissements qui le soutenaient, comme sur des livres qui ne méritaient ni réporfàe ni même d’étre lus , est en0n bénignement demeuré d’accord, dans son Tableau * : « qu’il était ici tout à fait de l'iiitérét « de la vérité , de faire voir des variations considé-

• râbles dans l’exposition de la doctrine des an- € ciens; afin de ruiner ce faux principe de M. de « Meaux , que la véritable religion ne peut jamais « Tuier dans l’exposition de sa foi. • Enfin donc il confessera qu’il était important de répondre, et que c'était par faiblesse qu’il faisait auparavant le dédaigneux.

On pourrait ici lui demander à qui donc il importait tant de détruire ce faux principe. Est-ce à une Église qui prétend ne varier pas? Point du tout Qu’on ^rive tant qu'on voudra que la foi ne souffre point de variation , nous ne nous en offenserons jamais; parce que nous ne prétendons point avoir varié ni varier h Pavenir dans la doctrine : au contraire, nous applaudirons à cette maxime, et PÉglise déclarera que sa règle est de croire ce qui a toujours été cru. Par une raison contraire , si la réforme ne peut souffrir qu'on lui propose la même règle et qu’on lui demande une doctrine stable et invariable , c’est qu'elle a varié , et ne veut pas se priver de la liberté de varier encore quand elle voudra. Elle ne peut donc pas trouver mauvais qu’on ait fait l'Histoire des Variations; et cet ouvrage n’est plus si méprisable que le ministre disait.

Enefîet, si on ne lui avait montré aucune variation dans la foi de son Église, ou si celles qu’on lui a montrées étalent seulement dans les paroles, ou en tout eas peu essentielles, il n’avait qu’à convenir du principe, sans troubler les siècles passés

• Pti/. dt tHiiL dm Far. - * Ihid. - < IM, - « IMf. — * 7Hb. LâU. VI, p. W.

et sans y ébranler jusqu’aux fondements. Mais dés qti’ila ou? parler des variations, il a cm tout perdu pour la réforme. U a appelé tous les Pères à garant, sans épai^iier ceux des trois premiers siècles, encore qu’il les préférât à tous les autres sur la pureté de la doctrine; et il a cherché de tous côtés, dans ces saints hommes qui ont fondé le diristianisme après les apôtres , ou des défenseurs ou des complices.

Et remarquez, mes chers frères, car ccd est tout à fuit nécessaire pour établir l'état de notre question : remarquez, dis-je, qu’il ne s’agit pas d’accuser d’erreur quelques Pères en particulier; puisque mon principe, qu'on voulait combattre, était que l’Église ne varie jamais. Il fallait donc, pour le réfuter, montrer des erreurs, non daas les particuliers, mais dans le corps : et c’est pourquoi le ministre, dès ses lettres de 1G89, marquait les erreurs des Pères comme étant non d'un ni de deux, mais de tous ; ce qui l’oblige à parler toujours de leur théologie , comme étant celle de f Église et de leur siècle ^ Et pour ne laisser aucun doute de sou sentiment. Il vient encore d'écrire (ce qu'il ne faut pas oublier , et ce qu’on ne peut assez remarquer pour entendre notre dispute ) que l'erreur qu'il attribue aux trois premiers siècles était la théologie de tous les anciens avant te concile de Sicée^ sans en excepter aucun * : sans quoi en effet il ne ferait rien contre ma proposition, et il ne prouverait pas les variations de l'Eglise, comme il l'avait entrepris.

Au surplus, il fait paraître tant de joie d'avoir trouvé celle grande et notable tariation dans la doctrine des Pères du deuxième , du troisième et même du quatrième siècle qu'il ne croit plus dorénavant avoir rien à craindre du coup que je lui portais, et il s’en vante en ces termes : • Cet argu- « ment est un coup de foudre qui réduit à néant

• l'argument tiré contre nous de nos variations : > c'est un argument si puissant, qu'il vaut tout

• seul tout ce qu'on peut dire pour anéantir ce « grand principe de M. de .Meaux , que la vérita- « ble Église ne saurait jamais varier dans l'exposi- « tion de sa foi. •

Pendant qu'il me foudroie de cette sorte, et que , cherchant des variations dans les points les plus essentiels , il a poussé l'erreur des anciens jusqu’à leur faire nier Pégalité des trois personnes divines, pour ne point encore parler des autres impiétés aussi capitales; on a vu dans son parti mé* me les inconvénients de sa doctrine. On a vu qu’il faisait errer les trois premiers siècles £ur les fondements de la foi , contre ses propres maximes, qui en rendaieut la croyance invariable dans tous les siècles : et ce qui est plus fÂctieux pour lui, on a vu qu’il ne pouvait plus refuser la tolérance aux sodniens, ni les exclure du salut; puisqu'il ctaK forcé d'avouer, en termes exprès , que ces étranges variations, qu’il attribuait aux anciens, n'étaient

■ a* Ânii. Leti. VI, p. 44, 45, tU. — * Tab. Ltti. M,p. toi.

Ibid. no.

SIXIÈME AVEUTISSEMENT

p«s essentielles fontlamenfaln *. T>es non-lolérants se sont élevés contre lui d’une terrible ma* oière On a senti ses excêsjusque son parti. On sait (pra écrit M. do Beaiival . en abrégeant ces Avertissements dans son Histoire des Ouvrages des Savants *. On a vu scs vigotireiises réponses contre les durs avis de M. Jurieu : et s'il se tait à présent» pour n'avoir plus à combattre contre un homme qui ne se défend qu'à coupi de caillou, c’est en lui remettant encore devant les yeux tou* tes ses erreurs On sait aussi qu'un ministre en a représenté la liste à tout un synode» et qu'il n'a rien moins reproché à M. Jurieu» çue l'arianisme tout pur dans celte inégalité des trois Personnes *. Mais» pour montrer qu'il ne cè<lc pas» M. Jurieu ajoute encore aujourd’hui » dans la sixième lettre de son Tableau, que l’erreur des Pères» quoiqu’elle emporte en termes formels cette détestable inégalui, ne ruine pas le fondemenl, et non-seulement n'est condamnée par aucun concile, pas même par celui de yicêe ; mais encore qu'elle ne }*eut être réfutée par VÈcrUure, et qu' on m peut en faire une hérésie

On peut maintenant apercevoir pourquoi 11 pre* liait tant son air de mépris» et déclarait si haute* ment qu’il ne daignerait me réjiondre^. Malgré ses fiertés affectées» il sentait bien l’embarras où il s'était mis , et que pris dans ses propres lacets» plus il ferait d’efforts pour se dégager» plus il re* doublerait les nœuds qui le serrent. 11 n’entre donc que forcé dans cette dispute; et il est comme obll* gé de l’avouer, lorsqu’il dit, dans son Avis à M. de Beauval : À cet endroit, lorsqu'on en sera aux avantages que les socinieus et les tolérants ti* rent continuellement de ce qu'il a opposé à mes Variations, t7 n'y aura pas moyen d'éviter M. de Meaux Vous l’entendez, mes chers frères, la rencontre de cet ennemi» qu'il n'y a plus moyen d’éviter, lui paraît importune. Ce n'est pas moi qu’il redoute, c'est la vérité qui le presse par ma bouche : c'est qu’il fallait se dédire» comme on verra qu'il a fait, de ce qu’il avait assuré en 1689» et bâ* tir un nouveau système » qui ne se soutiendrait pas mieux que le premier. Comme il ne peut plus reculer» et que malgré lui il faut commencer un combat où son désordre ne peut manquer d’étre fusible» il ne se possède plus. De là ces exclnmations, de là ces fureurs. L'ignorance, la fourberie, la friponnerie lui paraissent encore trop faibles pour exprimer sa colère; et il o'y a calomnie ni outrage où il ne s'emporte.

I^aissons là ses emportements » et eximinons ses réponses, maintenant que le lecteur est au fait» et qu'il a devant les yeux , avec la suite de notre dispute» l’état de la question dont il doit juger. Elle se partage en deux poiiKs. Le premier, si le ministre |K)urra soutenir les variations qu’il impute à l’an-

* .r Ann. Lttl. VI, p. 4t. — ’ àetOttvng.de$ Savants,

Mai lewo, art. 13, p. SD6. — * Ibid. Juil.eU I60U, art. 9, p. 1W>I. — * kff. de .V. de La ionseitl. p. Q. Fact. de M. de La CamseUt. p. 37. - * Tab. Letl. VI. art. i, y, 9M, 271. 27». — *Jar. lett. sar M. Papin, p.ld.—' P. L

cienne Église , sans renverser en même temps ses propres principes et le fondement de la foi. Le se> rond » s’il pourra se défendre des coiuétpiences que les tolérants tireront de son aveu pour la tolérance universelle. Nous verrons après si cette querelle est seulement de M. Jurieu, ou celle de tout le par> ti. Je ne crois pas qu'il y eut jamais une dispute plus essentielle à nos controverses.

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