‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 71 sur 192 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

EiTfurda mlni»lrr, qui neveotvotrU pürfatte ImmatabL UltV de OU*u ni <Uoi les Père» ni dsns Tfkrlture mtaie.

C’est bien là en vérité le discours d’un homme qui ne sait plus ce qu'il dit, et qui, en faisant le savant, n'a rien lu de l’antiquité qu'eu courant, et dans un esprit de dispute. Car s’il avait lu posément le seof libre de Tertullien contre Praxéas, il y aurait trouvé ces paroles surla personne du Fils de Dieu : « Etant Dieu, il faut le croire immuable, et incapa- « ble de recevoirune nouvelle forme, parce qu'il

• est étemel ». » Mais qu’est-ce encore, selon ccl auteur, que d'élre immuable et éternel? " Cest ne

• jKiuvuir cire Iransfigiiré ou changé en une autre

• forme, parce que toute transfiguration est la mort > de ce qui était auparavant. Car, |>oursuit-il, tout « ce qui est transformé cesse d’élre ce qu'il était, et « commence d'étre ce qu’il n'était pas : mais Dieu « ne cesse point d'être, ni ne peut être autre chose

• que ce qu'il était. » Je voudrais bien demander à M. Jtirietisises métaphrsincnsffrrtr;o«rtrAMi,donl il veut tenir cette belle idée de la parfaite immutabilité de Dieu, plutôt que de l'Ecriture et de l'anciemme et constante tradition de l'Eglise, lui en ont parlé plus prédsément que ne vient de faire cet ancien auteur. Et si ce n'est pas assez, il ajoute encore que « la parole qui est Dieu , et la parole de

• Dieu, demeure éternellement, et persévère tou* « jours dans sa propre forme. • Voilà celui qui , selon M. Jurieu, introduit un Verbequi achève de se fonner avec le temps : voilà comme il ignorait IJmimitalhlitè de Dieu, et en particulier celle de son Fils. Il conclut l'iminutabiiité de ce qu'il est, par rimnuilabilité de ce qu'il dit. L'auteur du livre de la Trinité, qu’on croit être Novatien, suit les idées de Tertullien, et déclare, comme lui, que/ou^cc qui change est mortel par cet endroiNà *. Il faudrait donc ôter aux anciens, avec l'idée de l'immutabilité, celle de i'éteniitéde Dieu, dont la racine, pour ainsi parler, est son être toujours immuable. De là vient qu'en disputant contre ceux qui mettaient la ma-

I tière éternelle, ces graves Üréolugiens leur dénwo-

• Jdt\ Prux. n. S7. - * Dv Trln. c. L

SUR LES LimKES DE M. JUBIEU.

traient qu'elk ne pouvait Titre, parce qu'elle était sujette aux changements. Trrtullien soutient contre Hermogène ■ , que • si la matière est éternelle,

• elle est immuable et inconvertible, incapable de ■ tout changement; parce que ce qui est éternel « perdrait son éternité, s'il devenait autre chose que

• ce qu'il était. Ce qui fait Dieu, poursuit-il, c'estqu'il

• est toujours ce qu'il est ; de sorte que si la matière

• reçoit quelquecliangement, la forme qu'elle avait

• est morte ; ainsi elle aurait perdu son éternité :

• mais l'éternité ne peut se perdre. > Remarquez qu'il ne s'agit pas de changer quant à la substance et à Tétre, mais quant aux manières d'étre; puisque c'est en présupposant que la matière n'était point muable dans le fond de son être , qu'on procède i faire voir qu'elle ne peut Tétre en rien , et qu'on ne peut rien lui ajouter. Téophile d'Antioche procède de même ’ : • Parce que Dieu est ingéné-

• rable, c'est-à-dire éternel, il est aussi inaltéra-

• ble. Si donc la matière était éternelle, comme le

• disent les platoniciens, elle ne pourrait recevoir

• aucune altération , et serait égale à Dieu ; car ce

• qui se fait et ce qui commettce est cu|iable de

• changement et d'altération : mais ce qui estéter-

• nel est incapable de Tun et de l'autre. • Athénagore dit aussi que • la Divinité est iinniortelle , in-

• capable de mouvement et d'altération ^; • ce qui emporte non-seulement l'immutabilité dans le fond de l'être, mais encore dans les qualités, et nnivcrsellcment en tout : d'où il conclut que le monde ne peut être Dieu, parce qu'il n'a rien de tout cela. Il ne faut pas oublier que ces passages sont tirés des mêmes endroits, d'où le ministre conclut ces prétendus changements dans Dieu et dans son Verbe. Pour se former une idée parfaite de Timinutabilité de Dieu, il ne faut que ce petit mot de saint Justin < : Çu'etlce que Dieu ? et il répond : • Cest celui qui est tou-

• jours le même , et toujours de même façon , et

• qui est la cause de tout ; • ce qui exclut tout changement , et dans le fond et dans les manières : et cela est Iclleinent l'essence de Dieu , qu'on en compose sa dcGnition. Les autres anciens ne parlent pas moins clairement; et si , occupé de toute autre chose que de Tamour de la vérité, le ministre ne veut pas se donner la peine de la clierclier où elle est à toutes les pages, Bulluset son Scultetliii auraient montré dans tous les auteurs qu'il allègue , dans saint Hippolyte, dans saint Justin, dans Atlié’nagore, dans saint Théophile d'Antioche, et dans saint Clément d Alexandrie, que non-seulement le Père , mais encore nommément le Fils , est Inallérable, inmuable, impassible, incapable de tutuveaulé, sans commencement s : et quand ils disent sans commencement ils ne disent pas seulement que lui-même ne commence pas , mais encore que rien ne commence en lui , comme ils viennent de nous l'expliquer; et c'est pourquoi ils joignent or-

' Crar. Herm. c. IS, — • Ui. ii, ni — » Ugm. prx>

Ckritl. td nie. Op. S. Jml. p SM. - 4 Dial, cum Tn/p p. Itis. — * Seuil. Medul. PP. l. part. p. 7, «7, 114, im. ete. JUMt. Apat. I, n. s, p. 45. Oial. eum Trpph. supra, .dthrn apud Jutl. rleui. Alex. Stram. t, T, p. lia. U,p. Calleet.

dinairement à cette idée celte de tout parlait, <«>- Ttxé;, pour montrer qu'on ne peut rien ajouter ni diminuer en Dieu : ce qui renferme la très-parfaite immutabilité de son être. La voilà dans les plus anciens auteurs, celte parfaite immutabilité qoe le ministre ne veut savoir que d'aujourd'hui; et la voilà dans tous ceux où il croit trouver le contraire, sans même qu'on puisse réfuter par l'Écriture leur bizarre théologie , comme il l'appelle.

Il ne veut donc pas que Tertuilicn , lorsqu'il a dit, avec tant de force, que • Dieu ne cliange ja-

• mais, ni ne peut être autre chose que ce qu'il

• était, à cause qu'il est étemel , > ait puisé celle belle idée de l'endroit où Dieu se nomme lui-même Celui qui est ■ : c'est-à-dire non-seulement celui qui est de lui-même, et celui qui est étemelicment ; mais encore celui qui est éternellement tout ce qu'il est; qui n'est point aujourd'hui une chose et demain une autre, mais qui est toujours parfaitement le même. Il ne veut pas que les anciens aient entendu la belle interprétation que le prophète Malachie a donnée à cette parole, Celui qui est, lorsqu’il fait encore dire à Dieu ; Je suis h Seigneur, le Jéhovah, et celui qui est, et je ne change point c'est-à-dire manifestement , je ne change en rien ' parce que je suis celui qui est ; ce que je ne serais plus si je cessais un seul moment d'être ce que j'ai toujours été, ou, ce qui est la même diose, si je commençais à être ce que je n’étais pas.

Si on vrat dire qiM Tantiquité n’ait pas vu un sens si clair dans les deux passages qu’on vient de citer, il faut donc encore Ica effacer du livre de Novatien J , qui en conclut que Dieu conserve toujours son état, sa qualité, et en un mot tout ce qu’il est; il faudra dire encore que le-ssainls docteurs n’auront pas vu dans saint Jacques, que le Père des lumières ne reçoit ni de mulallon, ni if ombre de changement * : où il faudra que saint Jacques , à cause qu’il n’avait pas ouï ces philosophes d'aùjourd'hid, qui ont appris à M. Jurieii de si belles choses sur la perfection de Dieu , n’ait pu nous donner eomme eux une exacte idée de la parfaite exemption de tout changement , pemlant que par ses paroles il en exclut jusqu'à l'ombre, et qu’il ne peut souffrir dans l’immutabilité de Dieu la moindre tache de nouveauté qui en ternisse l'éclat. Voilà ce qu'il faut penser pour écrire ce qu'a écrit votre ministre. Peut-on dans un docteur, |>our ne pas dire dans un prophèu , un plus profond étourdissement }

Dira-t-il qu’on démontre bien dans les Écritures la parfaite immutabilité de Dieu , mais non pas celle de son Fils? Le Fils n'est donc pas Dieu, ou il est un autre Dieu que le Père; et il faudra reconnaître un Dieu qui sera parfaitement immuable, et un Dieu qui ne le sera qu’imparfaitement. Mais que veut doue dire ce verset du Psaume , que saint Paul , assurément très-bon interprète , applique directement à la jiersonne du Fils de Dieu : Pour

■ Sxad. III, 14. - ' Sfal. ui, t. ~ i De Tria, eau S. -

• Jsic. L 17.

4iê SIXIEME AVERTISSEMENT

nnit, Seigneur, vous étet (oujottrt le même >, et toujours ce que vous êtes ? Par où il nous foit entendre ce qu'il avait dit au commencement de l'Éptlre , qu'tV était féclat de la gloire^ et l'empreinte de la substance de son Père * : par conséquent également grand, également éternel, également immuable en tout ce qu'il est.

Le ministre veut-il renoncer à convaincre les sociniens par tous ces passages de l'i*>riture; mais veut-il renoncer encore à prouver par l'Ecriture ses propres articles de foi : lisons la Confession des prétendus réformés; nous y trouverons h la tête, que Dieu est une seule et simple essence , spirituelle, étemelle , immuable^. Il n'en faut pas davantage : fermons le livre. Le ministre veut-il se dédire de la maxime constante de sa religion , que tous les articles de foi , principalement les articles aussi essentiels que celui-ci, sont prouvés , et claireinéot prouvés, par l'Ecriture : il doit donc, selon lui-même, être bien prouvé par l’Ecriture que Dieu est parfaitement immuable; et si cette vérité y est claire contre M. Jurieu , les Pères à qui il la fait nier sont bien réfutés.

Il lui reste pourtant encore une échappatoire : car il est vrai qu'il ne s'est pas engagé à nier qu'on puisse prouver par l’Ecriture riiiimutabilité en général , mais la parfaite immutabilité *. Basse et pitoyable chicane s'il en fut jamais; puisque ce nom d’immuable, exclusif de tout changement, consiste dans l'indivisible, comme celui d’éternel ; et ainsi, de tous les noms divins , il n'y en a point qui porte en lui-même plus sensiblement le caractère de perfection que celui-ci, où l'on voudrait mettre du plus ou du moins. On pourrait dire de même , et à plus forte raison, qu'on prouvera bien par l'Ecriture que Dieu est bon, mais non pas parfaitement bon; sage, mais non pas parfaitement sage; heureux, mais non pas parfaitement heureux; et, pour ne rien oublier, parfait, mais non pas parfaitement parfait : et au lieu que nous concevons qu'il faut étendre naturellement tout ce qui se dit de Dieu , et toujours l'clever au sens le plus haut, parce que, quoi qu'on puisse dire ou penser de sa perfection, l'on demeure toujours infiniment au-de.ssus de ce qu'il est; ce nouveau docteur nous apprend, à l’exemple des sociniens, d tout raviliretà tout restreindre :en sorte que, par les idées que Dieu nous donne de lui-même dans son Ecriture, nous ne puissions pas mêpie comprendre sa parfaite immutabilité, c'est* p-dire c^ul de ses attributs dont on peut moins le déjKiuiller, et sans lequel on ne sait plus ce que Dieu serait , puisque même il tie serait pas vcriiablement éternel.

Le ministre en revient toujours à l'enfant, gui, sortant parfait du sein de sa mère, n'aeguiert pas par sa naissance un noucelétre; mais une uouveliemaniére (Télre\ clil croit satisfaire atout, çn disant que la seconde naissance du fils de

* P». Cl, Ufh. I, in, 1 1. * Ibnt. 1,3. — * ton/’, it foi,

«r/. I. - * Jüb. Utt. VI, p. M8.

Dieu lui donne aussi , comme à cet enfant , non un nourel être, mais une nouvelle manià'e d'être*. Aveugle, qui ne voit pas que nous-mêmes, quand nous changeonsde pensées et de sentiments, nous ne changeons pas autrement que dans des manières d'être. N'est-ce donc pas une erreur d'attribuer à Dieu de tels changements ?Ou bien sera-ce une erreur légèreque l'Ecriture ne rejette pas ? Et nous faudra-t-il endurer cette tache et cette ombre en Dieu, malgré la parole de saint Jacques ? Il faudra donc encore , de ce cêtf-là , donner gain de cause aux soiriniens, puisque lors<]u'ils font changer Dieu de situation, ou de sentiment et de pensée , ce que M. Jurieu trouve si mauvais avec raison*, ils répondront qu'après tout ils ne font |K>int changer Dieu, en lui donnant ni un nouvel être, ni une nouvelle substance ; mais en lui donnant seulement de nouvelles manières d’être, c'est-à-dire des mouvements, des sentiments et des pensées; ce qui ne dérogerait pas, selon le ministre Jurieu , à rimmutahilitéque l’Ecriture nous a révélée. Mais tout cela est pitoyable; puisqu’enfîn ces manières d'être qu'on supposerait de nouveau en Dieu , ou seraient peu dignes de sa nature (et en ce ras, pourquoi les y mettre), ou si elles en sont dignes, elles sont par conséquent infinies, immenses, et, on un mot, vraiment divines, dignes de toute adoration et de tout honneur : .auquel cas Dieu n'est plus Dieu, si elles lui manquent un seul inonient; comme il le faudrait supposerdans la doctrine que le ministre attribue aux saints. Car le Fils de Dieu serait-il, comme dit saint Paul , au-dessus de tout. Dieu éternellemeni béni^, et par conséquent très-parfait, s'il attendait du temps sa dernière perfection, et quelque chose au-dessus de ce qu'il est dans l'éternité.^ Mais serait-il heureux, s'il avait encore à attendre et à désirer quelque chose? Sou Père le serait-il, s'il était lui-même sujet au ch.ingement ; ou si son Fils, en qui il a mis ses complaisances, devait changer dans son sein, et qu'en attendaut il manquât de la dernière perfection et de son bonheur accompli? Et l'un et l'autre seraient-ils le Dieu tout-puissant et créateur, s'ils ne pouvaient rien créer, ni clumger le non-élre en être, sans se clianger et s'altérer eux-mêmes ? Et si ces absurdités ne peuvent être réfutées par les Ecritun-s , comme l’assure M. Juricti, quels secours laisscrnt-il donc à notre ignorance? Les catholiques auraient encore la tradition ; et il est vrai que, |>our expliquer et déterminer-le sens de l’Ecriture même, les savants protestants se servent souvent de la manière dont elle a toujours été entendue dans rf)glise chrétienne : mais ce refuge leur est ôté comme tous les autres, puisqu'on ravit aujourd'hui aux trois premiers siales la connaissance d’un Dieu {larfailcment immuable. Si doue on ne connaît Dieu et la perfection de ses principaux pUri' buts, ni parles termes de l’Ecriture, ni par la foi de l'Église et de ses docteurs, où est celle perfection du christianisme , que le ministre veut porter

' P. 2^. — ’ Titb. du Sutiit. LtU- I, Il , v/t*. ■ * Aum. n, \

sm LES LETTRES RE M. JURlEÜ.

ni hiat? et que deTieot le reproche qu'il fait aux •ocinlens d'en anéantir les grandeurs * ? Mais que ■ert II ce ministre de leur reprocher qu'ils nous font un Dieu dont Platon et les pliilosophes ne s'accommoderaient pas , et qu'ils trouveraient audessous de leurs idées , s'il en vient à la fin lui-méme à la même erreur ; et si , pour connaître Dieu , il est contraint de nous renvoyer d nos lumiirtt natwtllei, qu'tme mauralie phllotophie peu! obleurclr’? Cest donc enfin la philosophie qui doit redresser nos idées, et la foi ne nous suffit pas pour savoir ce qu'il faut croire de la perfection de la nature divine.

Il se dit maître en Israël , et il ignore ces choses ' et pendant qu'il marche à t.Vons , se heurtant à chaque pas, et contre tous les principes de la religion , il triomphe , et il ose dire •. Je ne me pique de rien , que d'apolr det principet bien concertée Qu'il est modeste ! Il ne se pique de rien , que de raisonner toujours parfaitement Juste. Si vous en doutez, il est prêt h coucher en jeu quelque choee qui vaille la peine. Dans les affaires du monde, lescrment fait la décision ; en matière de théologie, dorénavant , ce sera la gageure. Et enfin, qui que vous soyez qui accusez M. Jurieu de contradiction, catholiques et M. de Meaux, ou protestants (car on s'en mêle aussi parmi vous; et, ditM. Jurieu, cela devient fort à la niorfe); mais enfin , qui que vous soyez , auteur de la Lettre de fan paesé, auteur del'.JvIe renu de Snlese, auteur det. 4 vie aux néfugiie; 51. deBeauval, qui vous déclarez , et cent autres qui n'osez vous nommer; U e’enqage à roue confondre au jugement de elx témoine. Peut-être s'il les choisit : si ce n'est qu'il se confonde lui-même , comme il fait i chaque page de ses Écrits. Où rêve-t-on ces manières de défendre ses contradictions? Est-ce là comme on traite la théologie?

ABTIC1.X lit.

Que le mlnblrc détruit non-seulement l'Immul-vliiUlé, meU eràcore la spiritualil^üa Dieu.

lA«mmistren*estpas moins clairement convaincu dans la seconde accusation dont il a voulu se défendre; c'est d'avoir fait dire aux anciens, non> seulement que Dieu était muable , mais encorequ'il était divisible , et qu’i/ pouvait s'étendre et te retserrer 4. Car qui peut douter de son sentiment, après ee qu'on vient d’entendre des divisions et des portions de substance qu'il fait admettre aux anciens , dont il déclare néanmoins ladoctrinepure de toutes erreurs contre les fondements de la fol ? C’est ce qu’il disait en 1689; et s’il voulait s'en dédire, il fallait donc, sans faire le fier, avouer son aveuglement : mais au contraire il y persiste ; puisqu'il nousditeneorc aujourd’hui, dans cette sixième lettre du Tableau , où il prétend s’expliquer à fond , et lever toutes les difficultés de son Système, que cette naissonce temporelle, qu’il fait attribuer au

• Tab. III - * UtI. aw. - î r«t6. LtU.

Vt,p. no». - • P. 2(3».

Verbe par les anciens, selon eux $o fait ■ par vole d’expulsion , Dieu ayant poussé au dehors oe qui était auparavant enveloppé dans son sein* ; « qu'elle « se fait par un simple développement et une ex- « tension de la substance divine, laquelle s'est

• étendue comme les rayons du soleil s’étendent

• quand lise lève, après avoir été caché *.» J'avoue qu'en quelques endroits , par une secrète honte, il tempère la dureté de ses expressions, en y ajoutant des pour ainsi dire , dont nous parlerons ailleurs; mais s'il voulait dire par là que ces expressions , et les autres de même nature, si ou les trouvait dans quelques Pères , se devaient prendre figurément,et comme un faible bégaiement du langage humain, Une fallait pas rejeter le dénodment de fiullus , et les figures qu'il reconnaît dans ces discours. Que s'il persiste toujours, et à quelque prix que ce soit, à vouloir trouver dans les premiers siècles des variations effectives, et que pour cela il s’attache opiniàtrément éprendre ces expressions sans figure et sans métaphore; M demeurera convaincu par son propre aveu , au lieu de se corriger de ses premières idées , qui lui faisaient dire , en 1689 , que les Pères faisaient Dieu corporel ; de les avoir confirmées , en leur faisant reconnaître encore aujourd’hui , non-seulement un Dieu muable et changeant, mais encore un Dieu divisible, un Dieu qui s’étend et se resserre , en un mot , un Dieu qui est un corps.

Il ne devait pas espérerde résoudre ces difficultés , en répondant que ce ne sont que det ehiranes , et ensuite nous renvoyant « .à la révélation et à la ■ foi, comme à laseule borrière qu’on peut opposer « au raisonnement humain • Car la foi ne nous apprend pas à dire qu'une substance qui s'étend, qui se divise, qui se resserre et se dév^ loppe, proprement et dans le sens littéral ne soit pas un corps, ou que tout ce qui reçoit tous ces ch.angements ne soit pas muable. I>a (oi épure nos idées ; la foi nous apprend à éloigner de la génération du Verbe tout ce qu’il y a de bas et de cor* pore! dans les générations vulgaires ; la foi nous apprend à dire que si , par la faiblesse du langage humain , on est contraint quelquefois de se servir d'expressions peu proportionnées à la grandeur du sujet, c'est une erreur de les prendre au pied do la lettre. Puisque M. Jurieu ne veut pas suivre ces belles lumierès, son sang est sur lui, elsoncrimeesti inexcusable.

Il ne fallait non plus nous objecter que nous. harcelons la théologie fies Pères , cl que totiieSs ces difficultés que nous faisons n'en sont que des conséquences qu'ils n'ont fxu vues , et quUs. atn-airnt niées 4. Car il s'agit de savoir, non pas si nous tirons bien les conséquences de la doctrine des Pères , mais si les Pères ont pu dire au. sens littéral , comme veut M. Jurieu, que Dieu se dévoloppdt et s'étendit, sans en faire formelleinent un corps , et qu’il devint au dedans ce qu'un.

• P. 267. - ‘ P. 2M, 2W. — * P. 3»». — * Tab. leU. VV. |j. 2*30, 2JCi.

4C0 SIXIEME AVERTISSEMENT

p^u auparaTanI tl nVtait pas, sans k faire formel- i kinent changeant et muable. ministre, qui sem- ’

ble ici vouloir le nier, nous a déclaré tant de fois que les anciens faisaient Dieu muable et divisible , qu’il ne peut plus s’excuser que par un exprès désaveii de ses sentiments. Ce ne sont donc pas Ici des conséquences , et ce n’est pas moi qui harcelle la théologie des anciens; c’est lui qui la fait absurde et impie.

Au reste, à entendre le ministre, on pourrait penser que ces eiiveloppcmcats et ces développements, cette conception, ce sein paternel où le Verbe est renfermé pendant une éternité comme un enfant, et les autres expressions semblables, se trouvent à toutes les |»ages dans les écrits des anciens. Mais, mes frères, il ne faut pas vous laisser plus long-temps dans cette erreur. Je réponds à votre ministre selon ses pensées : niais dans le fond il faut vous dire que ces enveloppements et ces développements , qui font tant de bruit dans son .Système , sont termes qu’ü prête aux Pères; et vous verrez bientôt que leurs expressions, prises dans leur sens naturel, ne portent pas dans Tespritks basses idées que le ministre veut y trouver. Pour ce qui est de la conceplion, et de ces entrailles d’où le Verbe se doit éclore, on les tire d’un seul petit mot de Tertullien, à qui vous verrez aussi qu’on en fait beaucoup accroire : et vous serez étonnés qu'on attribue aux trois premiers siècles, non par conséquence , mais directement, des absurdités si étranges sur un fondement si léger.

AITICLE lY.

SuUe des bUiphèoves du ntolstre, et qu'il fait la Trioilé vértUbleiDvnt lo/orme ea toutes façons.

Ce n’est pas non plus une conséquence, mais un dogme exp^ de M. Jurieu, de dire qu’au iroUiàme tücle t et bien avant dans le quatrième , la TYinifé était encore informe , et que les Personnes divines passaient véritablement pour inégales. C'est sur cela qu’il me reproche de m’étre emporté à des inuectives , des exclamations et des pauvretés gui font honte à ta raison humaine'. ^lais ici , comme dans le reste , vous allez voir que plus il s’échauffe, plus visiblement il a tort. « L'évéque de Meaux se récrie,

• continue-t-il, sur ce que j’ai dit que ce mystère de- « menra ioformejusqu’au premier concile de Nicée,

• et même jusqu'à celui de Constantinople. Mais ,

« ajoute-t-ll, un enfant aurait entendu cela; et

• tout le monde comprend que tout cela signilie que « rexpileation du mystère de la Trinité et de l'In- « carnation demeura imparfaite et informejusqu'au « concile de Constantinople. « Cest aussi ce que j'entendais , et je suis content de cet aveu. Il poursuit :

« Car pour le mystère en soi -même, ou tel qu'il est

• dans rfkrriture sainte , il a toujours été tel qu'il

• doit être et dans sa perfection. • Vous le voyez, mes diers frères, ce docteur fait semblant de croire qu'on lui objecteque la Trinité ne fut formée

qu’au concile de Constantinople , et que ce concile y a mis la dernière main. Mais , pour me servir de ses paroles, un mjant verrait que c’est de la foi de la Trinité que je lui parle: c’est cette foi quejelui reproche de laisser informe jusqu’au concilede Constantinople; et il demeure d’accord qu’elle l’était : I.’eTpticatJon de la 7V/nf/éé/oi7, dit-il, imparfaite el informe jusqu’à ce temps On n'y connaissait rien , on n’y voyait rien ; car c’est ce que veut dire informe : imparfait ne vaut pas mieux ; car la foi est toujours parfaite dans l’^^glisc. C.e n’est pas assez de dire avec le ministre , que le mystère p.irfait dans i’flcriture; car il faut que cette f>riliire soit entendue. Par qui , sinon par l’Eglise? I/Eglise a donc toujours très-bien entendu ce qu’il faut croire de ce mystère. Si lapreuve en est plus claire après les disputes, Ja déclaration plus solennelle, l'explication pluse.\presse, il ne s’ensuit pas qu’anparavant la foi des clircticns nesoit pas fonnée sur un mystère qui en fait le fondement, ou, ce qui est encore pis, qu’elle soit informe. Elle est formée dans son fond, dira-t-il ; el je lui réponds ; Que lui manquait-il donc ? Des accidents? Est-ce assez pour dire qu’elle était informe; ou, comme il parle du mystère de la grâce , entièrement itforme ? Il n’y a que lui qui parle ainsi, pareequ'il espère toujours sortir par subtilité de toutes les absurdités où il s’engage, et faire croire au monde tout ce qu’il vou- ^ dra.Mais il sc trompe. Tout le inonde voit que la foi delà Trinité n'était pas même formée, selon lui, dans son fond , lors(|u'on reconnaissait de l'imperfection, de la divisibilité, du changement, une véritable inégalité dans les Personnes divines. Car le ministre ne peut pas nier que le contraire n'appartienneau fond de la foi :or lecontraire, selon lui, n’était pas connu dans les trois premiers siècles : donc la foi de la Trinité n'était pas même alors formée dans son fond. Elle ne l’était même pas dans rf^riture, puisque, selon le ministre, encore à présent on ne peut pas réfuter par rÉcriture Terreur qu’il attribue aux Pères. Il ne sait donc ce qu’il dit , et il contredit en tout point sa propredoctrine.

Maislorsqu'itscgIoriÛe d’nvoirdu moins reconnu que le mystère de la Trinité a toujours eu en luimême la perfection qu'il devait avoir, il s’embrouille plus que jamais ; puisque , selon la doctrine qu’il tolère dans les saints Pères, et qu’il ne croit pas pouvoir réfuter , il devait avec le temps sun enir au Fils une seconde naissance plus parfaite que la première, et un dernier développement qui fit la perfection de son être. Ce n'est donc pas seulement l'explication; c’est le mystère en lui-niéme qui est imparfait durant toute Téternitc, et jusqu'au commencement de la création , et qui est tel , scion des principes qu’on ne {leut réfuter. C'est ce que dit le ministre , et il demeure plus que jamais dans le blasipheme qu’il avait cru éviter.

* Tab. Ltu. VI . p.

4ni

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