RT1CLE T
Aalre blupli^ou du ministre ; rinéfaliK dent les Penonors divines : principes pour erplii|uer tes passages dont 11 abuse.
Il se di^barrasse encore plus mal du crime de rendre in^palesles trois Personnes divines, ()iii est le plus tnanifeste de tous les blasphèmes ; puisque les onc/ens, qu’il tolère, et qui n’ont pas renversé le fondement de la foi ( car il faut toujours se souvenir que c’est là son sentiment , et nièine qu’on ne peut les réfuter ), ces • anciens, dis-je, ont eu, «selon lui, jusqu'au quatrième siècle, une autre
■ fausse pensée sur le sujet des personnes de la
• Trinité : c’est qu’ils y ont mis de l’incRalilé . Voilà ce qu’il enseignait en Ifi89; et, loin de le révoquer, il encliérit au-dessus dans la sisième lettre de son Tableau, en soutenant non-seulement que ces saints docteurs ont mis cette inégulilé entre les Personnes divines, mais encore <\»Ustyont i/d mettre J’entends bien qu’il expliquera qu’ils l’y ont dd mettre selon leur théologie! et c’est le comble de l’impiété, puisqu’en mettant , comme il a fait, leur tliéologie au-dessus de toute attaque, il a rendu l’errenr invincible. Mais si les Personnes divines sont inégales dans leur perfection, le culte qu’on leur rend doit l’élrc aussi : on ne leur rend donc pas le même culte , puisqu’il n’y a point d’inégalité dans ce qui est un : quel autre que àl. Jurieu peut concilier ce sentiment avec le fondement de la religion ?
Mais voyons encore comment il le fait : • Celle
■ inégalité, dit-il», ne consiste point dans la di-
• versité de la substance : mais , premièrement ,
• dans l’ordre, parce que le Père est la première « personne et la source. • C'est ce que nous croyons autantqueles Pères; et ce n'est pas là une véritable inégalité : mais en voici de plus essentielles. • Kn « second lieu , poursuit-il , l’inégalité est dans les
• temps et les moments, parce que le Père était
• éternel absolument ; au lieu que le Fils n’était éter-
• nel qu’à l'égard de sa première génération , et non
• à l’égard de cette manière d’étre développé , qu’il
• acquitarant la création. . Il est ÿoncvérilablement et réellement inégal d’une inégalité proprement dite, et d’une iiiégalitéde perfection , puisqu’il n’est pas éternel en tout comme le Père. Il continue :
■ F.n troisième lieu, l’inégalité se trouvait à l’égard
• des opérations; car les anciens croyaient que Dien
• se servait de son Verbe et de son Fils comme de
■ ses ministres. • I,eur opération n’est donc p.is une, puisque celle du Père et celle du Fils sont inégales, et que lasecondeest ministérielle. • Enfin ,
• en quatrième lieu , ils ont mis cette différence
• entre le Père et lesautres deux Personnes , qu’elles
• ont été produites librement ; en sorte que le Fils
• et le Saint-Esprit sont des êtres nécessaires com-
• me Dieu à l’égard de leur substanee, et de l’être - eoétemeletcnveloppéqu’ils avaient en Dieu ; mais
• à l'égard de cette manière d’étre développé , Dieu
' é«n. VI (If laes, g. 45, /*» ^ * P, ses. — ■ nu.
• lésa produits librement, comme il a produit Ire
• créatures. « Selon cette supposition, il yaquelque chose en Dieu qui n’est pas digne de Dieu , puisque Dieu peut s’en passer, eomme il peut se passerdes créatures. Telle est la théologie que le ministre appelle 4/jorrc, mais en même temps invincible, puisqu’il n’y a pas moyen de la réfuter, eneore moins de la condamner et de lui refuser la tolérance.
Il ne veut pas que nous disions que c’est là parmi les chrétiens un prodige de doctrine, une impiété, un bl.xsphème , qui par l’inégalité de la perfection introduit l’inégalité dans l’aiforation des trois Personnes. Jel’appelle encore ici à sa propre Confession de foi , où il est expressément porté que toutes les trois Personnes tout d'itne meme essence, éternité puissance et égalité Cet article n’est-il pas un de ceux qu’on appelle fondamentaux , et qui ont toujours été crus ? Comment donc en a-t-il pu éter la foi aux trois premiers siècles de l’Église?
Il s’imagine sauver tout cela par les souplesses de son esprit; et il croit avoir résolu la difficulté, en disant que celte inégalité ne suppose pas la etirersilé de substance *. «lais en quoi donc sera l'inégalité? dans des accidents, des qualités, des manières d’être, et en un mot dans quelques choses survenues à l’être divin? En sommes-nous réduits à reconnaître en Dieu de telles choses, et à nier la parfaite simplicité de son être ? L’in^alité sera donc peut-être dans les propriétés personnelles et ce sera quelque chose de plus d’être Père que d’être Fils ou Saint-Esprit? Où est la foi de la Trinité si cela est ? Que le ministre nous dise si l'égalité reconnue dans sa propre Confession de foi , n’est pas une égal ité en tout et partout ; et si cette égalité n’est pas un des fondements de la religion et de ceux qui ont toujours été crus dans l’Église? Ce n est doiK pas secourir, mais achever d’abîmer TÉghse des trois premiers siècles, si, en lui faisant admettre une véritable inégalité entre lesPersonnes divines, eu ne trouved’autre excuse à son erreur que de lui faire penser que cette inégalité n’est pas dans la substance.
niais poussons encore plus loin le ministre , et demandons-lui si cette erreur de l’ancienne Église n «t pas du nombre de relies qu’on ne peut pas réfuter, selon lui, par l’Écriture? Sans doute ^e est de ce nombre ; car nous avons vu que cette inégalité est fondée sur cette double naissance et sur ce que le Fils, quoique éternel , ne l’est pas’ en tout comme sonPère: d’où il s’ensuit qu’à cet égard Il lui rade en perfection; et c’est pourquoi le ministre avoue non-seulement que l'Église des trois premiers siècles a dit que les Personnes étaient inégales, mais eneore qu'elle l'a dû dire selon ces prinei^ invincible et irréfutable qu’il reconnaît. Mais si cela est , il faut donc encore affaiblir conn me tous les autre passage, relui où saint Paul a dit que le Fils de Dieu n’a point réputé rapine détre égal a Dieu et il faudra expliquer, égal à Dieu en son essence, mais non pas danssa personw;
• .ért. s. - • P. SSI. - I Philip. Il, s.
m SIXIEME AVERTISSEMENT
égal è Dieu dans le fond de Tétre divin , mais non pas dans toutes ses suites. Il sera donc permis de dire encore > sans crainte d'étre réfuté, que le Fils est inégal en opération et en perfection à son Père ; et teliement permis, que le ministre, qui ne peut donner de bornes à ses erreurs, nous dira bientôt que cette inégalité a été plutôt approuvée que condamnée dans le concile de Nicée. En vérité, c>n est trop; et on ne sait plus que penser d'un homme que ni la raison, ni l'autorité, ni sa propre Confession de foi ne peuvent retenir.
Il serait donc temps d'ouvrir les yeux à de si étranges égarements de votre ministre ; et au lieu de lui periuettre de |>oiisser h bout les principes pleins d'ignorance et d'impiété qu'il attribue à l'aticienne f^lise, il faudrait entendre au contraire que l'inégalité improprement dite et dans la façon de parler, est la seule qu'on puisse souffrir en Dieu : encore est-il bien certain que les Pères ne se servaient pas de ce terme , que Texpresse condamnation de saint Paul aurait reudu odieux et insoutenable. Que s'ils parlent d'une manière qui semble quelquefois viser là , le déoodment y est naturel. Qui met la bonté de Dieu en un certain sens et à notre manière d'entendré au-dessus de ses autres attributs, oonuiie David a mis ses miséricordês atniessus de ions ses Ouvrages '«parle bien en quelque façon par rapport à nous, mais non pas en toute rigueur. Ainsi l'inégalité que quelques Pères auront semblé mettre, dans la façon de parler, entre les Personnes divines,àcausede leur origine et de leur ordre, qui est la première raison que le ministre nous a alléguée, est supportable en ce sens; puisque le Père est et sera toujours le premier, le Fils toujours le second, et le Saint-Esprit toujours le troisième. Mais parce que cet ordre, quoique immuable, n'emporte point d'inégalité de perfection ni de culte, saint Clément d'Alexandrie le change dans cette belle hymne qu'il adresse au Fils de Dieu , puisqu'il dit. Louange et action de grâces au Père et auFUs , au Fils et au Père * : ce qu'il fait exprès pour nous marquer que si cet ordre est toujours fixe entre les Personnes à raison de leur origine, il est indifférent , à le regarder par rapport à leur perfection et à leur culte : et c'est pourquoi il avait dit, un peu au-dessus ; Père, qui êtes le conducteur d' Israël: Fils et Père, qui sCétes tous deux qu'une même chose : Seigneur,ei non pas , Seigneurs ; pour nous faireentendrcdansles Personnes divines une même perfection, un môme empire et un môme culte. Au reste, ces sortes d'inégalités que l'on trouveen Dieu, dans notre faible et imparfaite manière de nous exprimer, soit entre ses attributs, ou môme entre les Personnes divines , sont tellement compensées p.ir d'autres endroits, qu'à la fin tout se trouve égal. Qu'il y ait , si vous voulez , dans le nom de Père quelque diose de plus majestueux que dans celui de Fils; ce qui a fait que saint Athanaseet les autres n'ont pas craint d'entendre du Verbe même, selon la génération étemelle, ces paroles :
* Pt. ciuv, 9. ~ * piÊilag. ut, cup. ntt. In fine.
Mon Père est plus grand que mot * : mais il y i d'autres côtés, c'est-à-dire d'autres manières d entendre ou d'envisager la môme vérité, où l'égalité se répare. L’autorité de princi|>e, comme l'appelle saint Augustin *, semble attribuer au Pèrequelque chose de principal et en quelque sorte plus grand : mais si on regarde le Fils comme la sagesse du Père, le Père sera-t-il plus grand que sa sagesse, que sa raison , que son Verbe et sou éternelle pensée? Et tout ce qui est en Dieu n'est-il pas égal , puisque tout ce qui est en Dieu est Dieu ; et que s'il y avait quelque cliosc en Dieu qui fiH moindre que Dieu même, il corromprait la perfection et la pureté de son être?
Je sais qu'il ne faut pas croire que le Père tire sa sagesse du Fils, ou qu'il n'y ait de sagesse en Dieu que celle qui prend naissance éternellement dans son sein : au contraire, celle sagesse engendrée, comme l'appellent les Pères, ne naîtrait pas dans le sein de Dieu, s'il n'y avait primitivement dans la nature divine une sagesse infinie, d’où vient par surabondance la sagesse qui est le Fils de Dieu ; car nousmômes nous ne formons dans notre esprit nos raisonnements et nos pensées, ou ces paroles cachées et intérieures par lesquelles nous nous parlons à nousmêmes, de nous-mêmes et de toutes clK>ses,qu'à cause qu'il y a en nous une raison primitive et un principe d'intelligence, d'où naissent contimicliemeot et inépuisablement toutes nos pensées. A plus forte raison faut-il croire en Dieu une intelligence primitive et essentielle, qui, résidant dans le Père comme dans la source , fait continuellement et inépuisablement naître dans son sein son Verbe qui est son Fils, sa pensée éternellement subsistante, qui pour la même raison est aussi très-bien appelée son intelligence et sa sagesse. Cest là du moins l'idée la moins imparfaite que nous pouvons nous former, après les saints Pères et après l'Écriture même, de la génération du Fils de Dieu. Mais en même temps cette pensée et cette parole iotérieure conçue dans l'esprit de Dieu , qui fait son perpétuel et inséparalile entretien, ne peut lui être inégale, puisqu'elle le comprend tout entier, et embrasse en ellennémc toute la vérité qui est en lui : par conséquent est autant immense , autant infinie et autant parfaite, comme elle est autant éternelle que le principe d'où elle sort, et ne dégénère point de sa plénitude.
Il en faut dire autant du Saint-Elsprit; et on voit par cet endroit-là une égalité tout entière , à regarder même le Fils et le Saint-Esprit du côté de leur origine, qui es^ celui qui peut donner le plus de lieu à l'infériorité. Si on sait épurer ses vues , on co'miattra qu'en Dieu il n'y a pas plus de perfection à être le premier, qu'à être le second et le troisième ; car il est d'une même dignité d'étre comme le Saint-Esprit le terme dernier et le parfait accomplissement des émanations divines, que d'en être le commencement et le principe ; puisque c’est faire
' Jmh. XIV, 38. — > Tnict. xxxi i» Joau. e. i et Mf. $* 01, part. II, cot.iUjêtteq.
Stin LKS LETTRES T)E M. JÜUÎEÎJ.
d^g^érer cm divines émanations, que de faire qu'elles se terminent à quelque dmsede moins que le principe d'où elles dérivent. Ainsi le Père et le Saint-Esprit, le premier princi|>e et le terme, la première et la troisième Personne, c'est-à-dire celle qui produit, et celle qui ne produit pas à cause qu'elle conclut et qu'elle termine , étant d’une parfaite égalité , le Fils qui est au milieu , à cause qu'il tire de l'un et qu'il donne de l'autre, ne peut pas leur être inégal; et en quelque endroit qu’on porte sa vue , soit au Père , qui est le principe, soit au Fils, qui tient le milieu, soit au Saint-Esprit, qui est le terme , on trouve tout également parfait , comme par la communication de la même essenc-e on trouve tout également un. Que si, dans une autre vue, saint Allianase et les autres saints ont reconnu dans le Père, même après le concile de Nicée , une espèce de prééminence, dira-t-on qu’ils aient alTaibli laTrinité ? On sait bien que ncn. Venons aux expressions formelles de l'Écriture. Le Fils est envoyé |Kir le Père, le Saint- Esprit par l’un et par l'autre; et il n'y a que le Père seul qui ne soit jamais envoyé. Dans notre fa<^n de parler il y a là quelque dignité et quelque autorité particulière , mais si vous y en admettez une autre que celle d'auteur et de prindpe , vous errez. Prenez de la même sorte tout le reste qui se dit du Pèreetdu Fils;vos sentiments serontjustes.
F.n parlant même des créatures, encore que notre langage soil^pltis proportionné à leur état, nous ne savons pas toujours adjuger bien juste la perfection. La racine par sa vertu vaut mieux que les branches ; dans la beauté, les branches l'emportent ; dans une certaine vue l'arbre est plus noble que le fruit qu'il porte; dans une autre vue le fruit prévaut, puisqu’il fait riionneurde l'arbre. Pour nous servir de la compamison la plus ordinaire des saints Pères, et de celle dont le ministre abuse le plus, comme on verra , le soleil nous paraîtra d'un coté plus parfait que son rayon ; mais d'un autre côté, sans le rayon qui connaîtrait le soleil? qui porterait dans tout l’univers sa lumière et sa vertu? Une même chose à divers regards est plus parfaite ou moins parfaite qu'elle-méme. On est contraint de parler ainsi tant qu'on n'entend pas la vérité parfaitement et par son fond, c'est-à-dire dans tout le cours de cette vie. Jusqu'à tant que nous voyions Dieu tel qu'il est , en voyant par une seule pensée , si l'on peut parler de la sorte, celui dont l'essence est Funlté, et jusqu'à tant que nous voyions les trois Personnes divines dans le centre de cette unité incompréhensible; contraints, pour ainsi dire, de la partager en conceptions difTcrenle.s tirées des choses humaines, nous ne parviendrons jamais à comprendre cette égalité du tout. Nommer seulement l’égalité, nommer la grandeur qui en est le fondement , c’est déjà dégénérer de la sublimité de ce premier être; et le seul moyen qui nous reste de re<^ifler nos pensées, quand nous croyons apercevoir du plus et du moins en Dieu et dans les Personnes divines, c'est de faire toujours retomber ce plus et ce moins sur nos pensées, et jamais sur l'objet.
Vous paraissez étonné de ce que saint Justin
a dit , que le Fils de Dieu est engendré par le conseil et la volonté de son Père * : ne parlez (miiit de Dieu ; ou avant que de lui appliquer les termes vul* gaires, dé|KMiillez-les auparavant de toute imperfection. Vous dites que Dieu se repent , qu'il est en colère; vous lui donnez des bras et des mains : si vous n'ôtezdeces expressions tout ce qui se ressent de l’humanité , en sorte qu'il ne vous reste dans les bras et dans les mains que l'action et la force ; dans la colère, qu'une puissante et elïicace volonté de punir les crimes, et ainsi du reste, vous errez. A cet exemple, si vous ôtez du mot de conseil l'incertitude et rindéterminalioii , que vous y restera-t-il , * si ce n'est la raison et l'intelligense? Vous dires donc que le Fils de Dieu ne proche pas de son Père par une effusion aveugle , comme le rayon procède du soleil , et le fleuve de sa source, mais par in^ telligence : et si vous appelez ici la volonté <hi Père pour exclure la nécessité ; cette nécessité, que vous voulez exclure, est une nécessité aveugle et fatale qui ne convient point à Dieu. Il ne faut point souffrir en Dieu une nécessité qui soit hors de lui , qui lui soit supérieure, qui ledotnine tune telle nécessité n’est point en Dieu : il est lui-même sa nécessité : il veut sa nécessité comme il veut son être propre : il n'y a rien en Dieu que Dieu ne veuille : ainsi II veut produire son Fils en la même manière qu'il veut être : c'est ainsi qu'il le produit volontairemeut , éest ainsi qu'il le produit par conseil. Si vous entendez par ces expressions qu'il produise quelque chose en lui-même qu'il puisse ne pas produire , comme il peut ne pas produire les créatures , vous renversez le fondement; si vous le faites dire aux anciens, vous le leur fliites renverser; et si vous dites encore, avec M. Jiirieu*, qu'on ne peut réfuter celle erreur , vous y participez visiblement.
Il en est dé même du terme do ministre. On l'attribue sans difficulté au Fils de Dieu comme incarné; mais avant que de s'incarner, les anciens ont cru qu'il s'incarnait par avance en quelque façon , et s'accoutumait, pour ainsi dire, à être homme , lorsqu'il apparaissait aux patriarches sous une figure humaine. Accoutumés peut-être à lui donner ce titre de ministre à raison delà nature humaine qu’il avait priseou qu'il devait prendre, et dont il prenait si souvent 1a forme extérieure «ils l’ont étendu jusi|u'à l'origine du monde, lorscfue Dieu a tout fait par son Verbe. C'est demémaque lorsqu'ils ontditque le Fila de Dieuétaitdans la création de l’univers le conseiller de son Père, ou, comme ils parlent , son conseil et sa sagesse. Os expressions sont visiblement fondées en partie sur les paroles de Salomon et des autres auteurs sacrés, qui donnent à Dieu, à son exemple, une sagesse assistante et enfantée de son sein, avec laquelle il résout et il fait tout ^ : et en partie aussi sur Moïse, lorsqu'il fait dire à Dieu , Faùons Chomme^ : car c'est aussi ce qui a fait direà tous les saints, que Dieu tient conseil , mais avec ses égaux, puisqu’il faisons; par où il montre qu1l entend parler non à ce qui est fait , mais à ce qui fait avec
' Jht. Tah. un. VI , p. S29. — » Jur. iUil. ~ > Pn>r \ iij. Sitp. VII. Etclé. U — ‘ Cea. i, sa,
:nj L»y
SIXIEME AVERTISSEMENT
lui. Sur ces paroles de Salomon et de Moïse, les Pères ont dit que Dieu tenait conseil avec son Fils, que son Fils était son conseiller; qu'il déterminait et arrangeait toutes choses avec lui. A la rigueur, ces expressions tournent plutôt contre le Père que contre le Fils; car celui dont on demande les conseils . à cet égard est supérieurà celui qui les demande. Mais en Dieu il faut entendre autrement les choses. Le Verbe est le conseil du Père, mais un conseil qu'il tire de son sein : il tientconseil avec lui, (larce qu'il fait tout avec sa sagesse , qui est son Verbe , sa {larole et sa pensée. C'est en ce sens qu'on l'appelle le con* seiiler deson Père. On voit bien qu'on l'appelle aussi dans le même sens son ministre; c'est pourquoi on fait marcher ces expressions d'un pas égal. Tertul* lien, pareiemple, sur ces paroles, FnisoiurAomnic, dit que « Dieu par l'unité de la Trinité pariait avec « le Fils et le Saint-Esprit comme avec ses ministres • et ses conseillers, quasi cum mitils/rit etarbi^ « iris*. • Prenez ce terme à la rigueur, jedis même celui de ministre , vous nuisez autant au Père qu'au Fils ; car 11 aura donc besoin de ministres comme les hommes, et il faudra qu’il emprunte une force étrangère. Reconnaissez donc qu'il faut adoucir ce mot , et en ôter quelque chose même à l'égard du Père éternel. Otez^n donc le besoin, ôtez-en l'emprunt : vous trouverez que le Père se sert de son Fils , non pas comme il se sert de ses anges , peuple naturellement sujet et créé; mais il se sert de son Fils comme on se sert de sa raison et de sa sagesse. Voilà un beau ministère qu’il trouve toujours en lui-même et dans son sein , où Ü n’y a rien d’étranger ni d'emprunté , et qu’il emploie aussi non point par besoin , mais parce qu'il lui est toujours inséparablement uni.
Après avoir ôté du côté du Père ce qui blesse* raît sa divinité dans le terme de ministre, faitesen autant du côté du Fils. Otez du nom de ministre l'infériorité et la sujétion; U ne restera dans le Fils qu'une personne subsistante , une personne distinguée, une personne envoyée, qui reçoit tout de son Père, dans lequel réside la source de l'autorité , parce qu*il est en effet l'auteur et le principe de son Verbe, d'où vient aussi le mot d'autorité : en un mot, il restera une personne parqui le Pèrefait touta même titre qu'il fait tout par sa raison. Tout cela est une suite naturelle de la foi qui nous apprend qu’il y a en Dieu une raison et une sagesse engendrée, en laquelle nous découvrous la fécondité et la plénitude iiiÜnie de l’étre divin. Voilà enfin ce qui restera dans le titre de ministre, à en ôter tout le reste comme le marc et la lie ; et après cet épurement il n'y aura rien en ce terme que de véritable , et qui ne convienne parfaitement à la dignité du Père et du Fils.
Cest donc ainsi que les anciens ont quelquefois donné au Fils de Dieu et au Saint* F.sprit le nom de ministre du Père ; et non pas pour leur attribuer, comme fait M. Jurieu*, une opération inégale; car cela est de la crasse du langage humain , et de cette
» Jdv. Prax. n. 11. — ’ P. Ml , MS.
rouille dont il faut purifier ses lèvres lorsqu'on veut parler de Dieu. Et c'est pourquoi ces saints docteurs , qu'on veut faire passer pour si ignorants , ont bien à la vérité employé quelquefois le mot de ministre en l'épurant à la manière qu'on>ient de voir; mais si d'autres fois Us l'ont regardé avec cette imperfection naturelle au langage humain , Us l'ont aussi pour cette raison exclu des discours où ils pariaient du Fils de Dieu , puisqu'ils ont dit
• que Dieu nous a envoyé pour nous sauver, non
• pas, comme on pourrait croire, un de ses niinis* < très, ou quelque ange, ou quelque puissance
• du ciel qui soit préposée au gouvernement de la
«i terre , mais le Créateur lui • même et l'Ouvrier « de toutes choses : comme un roi qui envoie
• son fils roi comme lui, et comme un dieu qui «envoie un dieu*. •
Au reste, on ne se sert plus maintenant de ce terme de ministre, parce que les ariens en ont abusé; mais il a eu son usage en son temps. Les noétieni et les sabelliens voulaient croire que Dieu agissait par son Verbe, comme un arcliitecte agit par son art : mais comme l'art dans un architecte n'est pas une personne subsistante, et n'est qu'un mode , ou un accident, ou une annexe deTâme, comme on voudra l'appeler, ces hérétiques croyaient que le Verbe était la sagesse, ou l'idée et l'art de Dieu, de la même sorte , sans être une personne distinguée. Les orthodoxes les rejetaient, en faisant de cette sagesse divine un ministre , qui était par conséquent une personne distinguée du Père. Mais telle est la hauteur et, pour ainsi dire, la délicatesse de la vérité de Dieu , que le langage humain n'y peut toucher sans la blesser par quelque endroit. C'est ainsi qu'en expliquant la distinction et l'origine du Fils, il est à craindre que vous n'y mettiez quelque chose qui se ressente de l'inf*^ rieur. Mais , après tout , si vous attendez à parier de Dieu que vous ayez trouvé des paroles dignes de lui , vous n'en parlerez jamais. Parlez-en donc , en attendant , comme vous pourrez , et résolvezvous à dire toujours quelque chose qui ne porte pas où vous tef^ez , c'est-à-dire au plus parfait. Dans cette faiblesse de, votre discours , vous vous sauvez, en songeant que vous aurez toujours à vous élever au-dessus des termes où vous ressentirez de l’imperfection; puisque, dans l'extréine pauvreté de notre langage , il faudra même s'élever au-dessus de ceux que vous trouverez les plus parfaits.
Il faut dans le même esprit épurer encore le terme de commandement. Le Fils a tout fait , et il s'est fait homme par le commandement de son Père ; le Père a commandé à sa parole, qui est son Fils. Quoi ! par uns autre parole ? Illusion. Le Fils est lui- même le commandement du Père, ou, pour parier avec saint Clément d'Alexandrie, sa voiotUi toute puUs<uUe >; il est, dis-je, son commandement à même titre qu'il est sa parole : quand il agit par commandement, c'est qu'il agit en même
' Jtut. Æp. cd Dioq. n.1 , p. tï7, — ’ Strsm. x.
uiyiu.'uu i.’
SUR LBS LETTRES PE M. JURIEÜ.
temps par la volonté de son Père et par la sienoe; car si Dieu agit par son Verbe ou par sa parole, cette parole ou ce Verbe agit aussi , parce qu’il est une personne ; autrement le Fils de Dieu ne dirait pas : Mon Père agit, et moi j’agis aussi * ; et si , en recevant la vie du Père, il n'avait pas la vie en lui*niéme, il ne dirait pas '.Comme mon Pèrea ta vkeniuPmèmef ainsi U a donné à son fUs d'avoir la rie en lui-méme *. Le Père lui commande donc, non par une autre parole, autrement ilfaudrait aller à l'iDÛni; mais par la parole qui est le Fils iui-méine : et il reçoit Je commandement, comme il re* roit de son Père d’étre sa parole. Ténèbres impénétrables pour les incrédules ; mais h nous , qui sommes ravis de croire sans voir ce que nous espérons de voir UQ jour, tout cela est esprit et vie.
Mais que dirons-nous de ces portions et de ces parties de substance que quelques Peres attribuent au Fils de Dieu’ Car c'est là que M. Jurieu met son fort pour conclure l’inégalité Que ce ministre est injuste ! Il abien osé se permettre de dire que le Fils de Dieu n'était pas toute la Divinité; et il veut que nous excusions par une bénigne interprétation une expression si étrange, pendant qu’// tient à la gorge ses conserviteurs , pour ne pas dire ses maîtres et les saints docteurs de l’Église ; ei, jusqu’à tes étrangler il les presse en leur disant : Tu as dit portion , tu as dit partie, lu as mis l'inégalité. Mais, encore un coup, qu'il est injuste par un autre endroit, puisqu'il avoue que ces mots de portion et de partie ne sont employés que dans des comparaisons, telles que sont celles du soleil et de ses rayons , de la source et de ses ruisseaux! Mais, quoil vous oubliez donc que c’était une comparaison, et non pas une identité, qu’on voulait vous proposer ? Vous ne songez même pas que toute comparaison, surtout lorsqu'il s'agit de Dieu, est d'une nature imparfaite et dégénérante? Mais laissons là le ministre qui se permet tout , et qui est inexorable envers tout le monde. Répondons aux gens équitables qui nous demandent de bonne foi si ces termes de portion et de partie peuvent s'épurer comme les autres. Aisément, en les rapportant à l'origine des Personnes divines : car le Père communique tout à son Fils excepte d’étre Père, qui est quelque chose de substantiel, puisque c'est quelque chose de subsistant. C'est comme dans une source , dont le ruisseau u'a rien de moins qu'elle; puisque toutes les eaux de la source passent continuellement et inépuisablement au ruisseau, qui, à vrai dire , n'est autre chose que la source continuée dans toute sa plénitude : mais la source, en répandant tout, se réserve d'étre la source , et s'il est permis en tremblant d'èn faire l'application, le Père, en communiquant tout à son Fils et se versant tout entier, pour ainsi dire, dans son sein , se réserve d'étre lo Père. En ce sens donc et avec ces restrictions, on dira, dans la pauvreté de notre langage, qu'il n'y aura dans le Fils qu'une partie de l'étre du Père, puisque
‘ Joan. T, 17. — » Ibid. M. — » Lelt. vi, 1680. »S. Léb. Ttti. Tl. p.36b. — * li/aUh. xvilf.
OOftSCL'T- — TOSE IV.
l'étre Père n’y sera pas. Mais nous pouvons encore on invoquant Dieu , et |)ar lo souffle de son Saint-Esprit, nous laisser élever plus liaut; et dans une plus sublime contemplation , nous dirons que , comme princii>e et source de la Trinité, le Père contient en lui-méme le Fils et le Saint- Esprit d'une manière bien plus parfaite que l'arbre ne contient son fruit, et le soleil tous ses rayons r qu'en ce sens le Père est le tout, et que le Fils et le Saint-Esprit étant aussi le tout en un autre sens et dans le fond, parce que rien ne se partage dans un être parfaitement simple et indivisible, le Père demeure le tout en cette façon particulière et en qualité de principe, qui , à notre façon de parler, est en lui la seule chose incommunicable.
Par là se voit la puissance et la force de l'unité à laquelle tout se réduit naturellement; puisque, selon la remarque de saint Athanase * , non-seulement Dieu est un par Tuoité de son essence;
I mais encore que la distinction qui sc trouve en- I tre les Personnes se rapporte a un seul principe qui est le Père, et même de ce côté-là se résout finalement à Puiiité pure. De là vient que ce sublime tliéologiencondut l'unité parfaite de Dieu, nonseulement de l’essence qui est une, mais encore des Personnes qui se rapportent naturelicment à un seul principe; car s'il y avait en Dieu deux premiers principes, au lieu qu'il n'y en a qu'un qui est le Père, l’unité n'y régnerait pas dans toute sa perfection possible ; puisque tout se rapporterait à deux , et non pas à un. .Mais comme la fécondité de la nature divine, en multipliant les Personnes, rapporte enfin au Père seul le Fils et le Saint-Esprit qui en procèdent, tout se trouve primitivement renfermé dans le Père comme dans le tout, à' la manière qui a été dite, et la force de l’unité inséparable de la perfection se fait voir iiifinimenL
Je ne me jette pas sans nécessité dans cette haute théologie; puisque c’est elle qui nous fait entendre d'où vient que dans l'Écriture, et ensuite dans les saints docteurs qui ont formé leur langage sur ce modèle, le nom de Dieu est donné ordinairement au Père seul avec une attribution particulière : ce qui se fait sans exclusion du Fils et du Saint-Esprit; puisqu'au contraire cela se fait en les regardant comme originairement contenus dans leur principe. De là vient, pour pousser plus loin cette diviue contemplation , que la prière et l’adoration s'est atJressée de tout temps, selon la coutume de l'Église, ordinairement au Père seul par le Fils dans l’unité du Saint-F.sprit : non qu'on ne les puisse invoquer directement, puisque Jésus- Christ lui-méme nous a appris à le faire dans l’invocation la plus autlientique qui se fasse parmi , nous, qui est celle du baptême et de la consécra- ' tion du nouvel homme; mais parce qü’il a plu au I Saint-Esprit, qui dicte les prières de l'Église , qu’en : étemelle recommandation de Punilé du principe on adressât ordinairement l'invocation au Père,
I ' Ont. T, nunew iu Jrian.un.ti tom. t.paH. I. p. «17.
SIMKMB AVERTISSEMENT
(Ijiis leqiii'i on a«)ore ensemble el le Fils el te Saint- Esprit eumme dans leur source; afin que par re moyen l'adoration suivit Tordre des ctnaualions divines, et prit, pour ainsi parier, le nu^me cours : ce qui faisait dire à saint Paul : Je Jïécfiis mes genoux derant ie T'erre de notre Seigneur Jésus- Christ * , sans exclure de celte adoration ni Jésus- Christ, Dieu béni au-dessus de tout * , ni le Saint- Esprit inséparable des deux, mais regardant et le Fils et le Saint-Esprit dans le Père, qui est leur principe ; d'où vient aussi primitivement la grâce de l’adoption, et toute paternité, toute consanguinité, toute alliance , dans le ciel >t dans ta terre * .
Toutes les fois donc qu'on voit dans les anciens le Fils et le Saint-Esprit comme ranges après Dieu, il faut toujours se souvenir que c'est, selon Tordre de leur procession, les regarder dans le princii>e de leur être d'où ils sortent saus diminution , puisque c'est sans dégénérer d'une si liautc origine : et ceux qui enten lronl bien ce divin langage surmonteront aiscinenl les diflicuUés que la profondeur d'un si haut mystère nous fait trouver quelquefois dans les explications des saints docteurs.
Pour ce qui regarde les similitudes tirées «les choses humaines : si on s’étonne de les trouver si fréquemment usitées en ccUc matière , puisqu'on avoue qu'elles sont si défectueuses; il faut entendre que la faiblesse de notre discours ne peut soutenir longtemps la simplicité si abstraite des choses spirituelles. Le langage humain commence par les sens. Lorsque Tliomnie s’élève à Tesprit comme à la seconde région, il y transporte quelque chose de son premier langage. Ainsi l’attention de Tespril est tirée d’un arc tendu : ainsi la compréhension est tirée d'unejnain qui serre et qui embrasse ce qu'elle tient. Quand de cette seconde région nous passons à lasuprême, qui est celle des clioses divines, d'autant plus qu’elle est épurée, et que notre esprit est embarrassé à y trouver prise, d’autant plus cst-il contraint d’y porter le faible langage des sens pour se soutenir; el c’est pourquoi les expressions tirées des choses sensibles y sont plus fréquentes.
L'intelligence en sera aisée à ceux qui sauront comprendre ce que le ministre a tâché cent fois de dérober à notre vue; c'est, comme nous l'avons dit, que toutes ks comp.iraisons tirées des choses humaines sont les effets eomme nécessaires de Teffort que fait notre e.sprit , lorsque , prenant son vol vers le ciel, et retombant par son propre poids dans b matière d'où il veut sortir, il se prend comme à des branches à ce qu’elle a de plus élevé et de moins impur pour s’empêcher d’y être tout à fait replongé. Tvorsque, poussés par la foi, nous osons porter nos yeux jusqu'à la naissance éternelle du Verbe , de peur que, nou.s replongeant dans les images des sens qui nous environnent, et , pour ainsi dire, nous obsèdent, nous n'allions nous représenter dans les Personnes divines et ladifférencc des âges et Timperfection d'un enfant venant au monde , el toutes
• Bph. m, 14. — • R»m. ix,b. •^*Eph. iii, 15,
les autres Iwisesses des générations vulgaires; le Saint-Esprit nous présente ce que la nature a de plus beau et de plus pur, la lumière dans le .«olcll comme dans sa source, et la lumière dans le rayon comme dans son fruit. La on entend aussitôt une naissance sans im(>crfection , et le soleil aussitôt fécond qu'il commence d’être, comme Timage la plus parfaite de celui qui , étant toujours , est aussi toujours fwond. Arrêtés dans notre chute sur ce bel objet, nous recommençons de là un vol plus heureux, en nous disant à nous-niême.s , que si Ton voit dans les corps et dans la matière une si belle naissance, à plus forte raison devons-nous croire que le Fils do Dieu sort de son Père comme l’éclat rejaillissant de son éternelle lumière , comme une douce exhalaison el émanation de sa clarté infinie f comme le miroir sans tache de sa mqjesfé et l'imnye de sa bonté parfaite. C'est ce que nous dit le livre cle la .Sagesse '. Et si nos prétendus réformés ne veulent pas recevoir de là ces belles expre.ssioiH , saint Paul les leur ramasse en un seul mot, lorsqu’il appelle le Fils de Dieu t'éctal de la gloire et Cempreinte de la substance de son tére*. Il n'r a rien qui démontre mieux dans le F’èrc et dans le Fils la inJtne nature , la même éternité, la même puissance, que cette belle comp.araison du soleil cl de ses rayons, qtii , portés à des espaces immenses, font toujours un même corps avec le soleil, cl en contiennent toute la vertu. Mais qui ne sent toutefois que cotte comparaison , quoique la plus belle de toutes , dégénère nécessairement comme les autres? et si Ton voulait chicaner, ne dirait-on pas que le rayon, sans se détacher ducor|>sdusoleil,S(>urfrcdiverses dégradations, ou, comme parlent les peintres, que les telnle.s delà lumière ne .sont pas également vives? Pour ne point laisser prendre aux hommes une idée 5emblal)le du Fils de Dieu , saint Justin , le premier de tou.s, présente à Tesprltiinaiitre soutien : c’est dans la nature du feu, si vive et si agissante, la prompte naissance de la flamme d’un flambeau soudainement allumé à un autre L I.à se répare parfaitement l’inégalité que le rayon semblait laisser entre le Père et le Fils; car on voit dans les deux flaml)eaux une flamme égale, et Tun allumé sans diminution de l'autre; ces portions et ces divisions qui nous offensaient dans la comparaison du rayon , ne paraissent plus. Saint Justin observe expressément qu’il n’y a ici ni dégradation ou diminution, ni }xxrtage; et M. Jurieii remarque lui-même* , que ce martyr satisfait p.arfaitement à ce que demandait Tégalité. Il est donc à cet égard content de lui , et peu content de Tertullien avec scs imrtions et ses parties. Mais s’il n’était point entêté des erreurs qu’il clierchedans les Pères, il n’y aurait qu'à lui dire que tout tond à la même fln; qu'il faut prendre des comparaisons , non, comme il fait, le gro.ssier et le bas; autrement ie flambeau allumé de saint Justin ne serait pas moins fatal à
• Sap. vu. *5, 46. — ■ /hhr. f, S. — » IJh. odv. Tr'/pk- * • 61, P 168. — « T(tb. Lrtt. VI , P 4i«l.
SUR LES LETTRES DE M. JÜRIEU
Tunion iiuéparable du Père et du Fils, que le rayon de Tertullien semblait l'ètre à leur égalité : car ces deux flambeaux se séparent; on en voit Tuo brdlcr quand l'autre s’eteint ; et nous som> mes bien loin du rayon qui demeure toujours at« taché au corps du soleil. C'est donc à dire, en un mot, que de chaque comparaison il ne fallait prendre que le beau et le parfait : et ainsi on trouverait le Fils de Dieu plus inséparablement uni è son Père, que tous les rayons ne le sont au soleil , et plus égal avec lut que tous les flambeaux ne le sont avec celui où on les allume; puisqu'il n’est pas seulement un Dieu sorti d'un Dieu, mais, ce qui n'a aucun exemple dans les créatures , un seul Dieu avec celui d'où il est sorti
Et ce qui rend cette doctrine sans difflculté, c'est que tous les Pères font Dieu immuable; comme ou a vu dans une évidence à ne laisser aucun doute. Us ne lefontpns moins spirituel et indivisible dans son être, « sans grandeur, sans division , sans « couleur, sans tout ce qui touche les sens ; et ina- « percevable à toute autre cliose qu'à l’esprit *. « Car aussi est-il immuable s’il est divisible , s'il se diminue, s'il se partage ? Qui est donc Dieu, est Dieu tout entier, ou il ne l'est pointdu tout ; et qui est Dieu tout entier ne dégénère de Dieu par aucun endroit. Tous les Pères sont uniformes sur la parfaite simplicité de l'étre divin; et Tertullien lui-mémc,qui, h parler francliement, corporalise trop les choses divines parce qu'aussi dans son langage inculquant, le mot décor;», peut-être, signilie substance, ne laisse pas, en écrivant contre Ifennogène , de convenir d'abord avec lui, comme d'un principe commun, que Dieu u‘a poUU de parties, et quit est indivisible ^ : de sorte qu'en élevant leurs idées par les principes qu'ils nous ont donnés eux - mêmes, il ne nous demeurera plus dans ces rayons, dans ces extensions , dans ces portions de lumière et de substance, que l'origine commune du Fils et du Saint-Esprit , d'un principe inrmiment communicatif ; et , à vrai dire , ce qu'a dit le Fils en parlant du Saint-Esprit, il prendra du mien, ou de ce que fai, de meo ^ , comme je prends de mon Père avec qui tout m'est commun.
Il ne fallait donc pas imaginer dans la doctrine des Pères ce monstre d'inégalité, sous prétexte de ces expressions qu'ils ont bien su épurer, et bien su dire avec tout cela, que le Fils de Dieu é/ai7 sorti parfait du parfait, éternel de l'étemel i Dieu de Dieu. Cesl ce que disait saint Grégoire, appelé par excellence le faiseur de miracles ^ : et saint Clément d’Alexandrie disait aussi qu’i7 était le l’erbe, né parfait d'un Père parfait^ : il ne lui fait pas attendre sa perfection d'une seconde naissance, et son Père le produit parfait comme lui-méme. C'est pourquoi non-seulement le Père, mais encore en | particulier le Fils est toul bon et tout beauf» par conséquent tout parfait : « il n'est pas parole corn-
' Tertult. adv. Prax. ». II. — * Jiut. adv. Tryph. etû. KOp. Athenag. Ltg. pro Christ, aop. ep. — > Cap. t. rte. —
* Joam, xvjj 15. — * j4p. Gseg. figts. dt> Fit. €reg. ^eoe. Bd. len , p. M4. — * Pstdag. 1,6,0-—’ Jbid. Ht , cap. m/4
• me la parole qu'on profère de la bouclie; m.ai* il I > est la .sagesse et la bonté très* manifeste de Dieu,
• saforce toute-puissante et véritablement divine* :
■ - en lui 6n possède tout, parce qu’il est tout-puis-
« saut, et lui-même la possession à laquelle rien ne « manque •. ■ 11 est donc plus clair que lejour que l'idée d'inégalité n'entra Jamais dans l’esprit des Pères : au contraire nous venons de voir que pour l’éviter, après avoir nommé selon l'ordre le Père et le Fils, ils disaient exprès, contre l’ordre, le Fils et le Père , dans le dessein d(* montrer que si le Fils est le second, ce n'est pas en perfee.iiou, en dignité ni en honneur. Loin de le faire inégal, ils le faisaient en tout et partout un arec lui aussi bien que le Saint-Esprit * : et afin qu'on prît l'unité dans sa perfection, comme on doit prendre tout ce qui est attribué à Dieu , ils déclaraient que « Dieu était une seule et même chose ; une chose « parfaitement une, au delà de tout ce qui est un, ■ et au-de$8u.s de l’unité même *. •