CS
exprc-ssiùns 8unl prises deTertullien qui a dit dans cou Apolopélique, que le Verbe « est un es- • prit né d'un esprit» un Dieu sorti d’un Dieu » et « une lumière allumée à une lumière •; » et tout cela veut (lire inégalité, pareeque cet auteur ajoute que • le Fils est le rayon, c'est à*dire une portion
■ tirée du tout : le Père est toute la substance» et
■ le Fils est la portion dérivée de tout * ; * ce qui emporte, dit le ministre^, inégalité nianiCesiê. Que de chemin il faut faire pour venir delà au concile de Nicée, et à cette inégalité que le ministre veut y trouver à quelque prix que ce soit! Il faut preinièrement , qu’il soit bien constant que le ministre ail bien entendu Terlulllen. Je n’en crois rien; je crois qu’il se trompe : je crois que Tertullien a passé d'une comparaison à une autre, de celle du rayon à celle du flaml)eau allumé; je crois, dis-je, que celle parole, lumière allumée à une lumière j tl]UE?« de lumine accensum^y ne convient pas au rayon qu'on ne va pas allumer au soleil, mais qui en sort comme de lui-méinepar une émanation naturelle, mais qu'elle s’entend d'un flambeau qu’on allume à un flambeau déjà allumé,ou d'un feu que l'on continueetque l'on étend en lui approchant de la matière. C’est le sens de Tertullien, je le maintiens : la suite le fait paraître, puisqu'il ajoute : Le fond de ta matière demeure le même; la flamme ne diminue pas,e/iforeqtteyo«.? l'attiriez sur plusieurs matières qui en empruntentles qualités. Voilà une matière allumée, d'où il s'en allume une autre ; voilà la comparaison de saint Justin, où le ministre avait reconnu une égalité si parfaite. Tertullien emploie cette double comparaison pour prendre de l'une et de l'autre ce qu’elles avaient de meilleur, et soulager par ce moyen le plus qu’il pouvait les païens qu’il tJehait d'élever àla pureté de nos mystères. Que s’il est ainsi , s'il est vrai que le concile en disant, lumière de lumière, ait eu Tertullien en vue, bien éloigné d'avoir établi l’inégalité, il aura plutét établi l’unité et l'égalité parfaite, ainsi que nous avons vu. Mais laissons là cette explication ; n'incidentons pas avec un homme qui ne cherche qu’à tout embrouiller, et à s'arrêter en beau chemin. Je vous accorde , si vous le voulez, monsieur Jiirieu , que Tertullien parle ici du rayon / vous êtes encore bien loin de votre compte; car, pour venir à votre prétendue inégalité, il faut que Tertullien soit Inexorablement obligé, à soutenir sa comparaison en toute rigueur, et qu’il s’engage à trouver dans la nature matérielle et dans le corps du soleil une image entière et parfaite de ce qui convient à Dieu. Il faut aussi le forcer à soutenir dans la signification la plus rigoureuse son terme de portion et de partie : encore qu’il ait dit ailleurs , comme on a vu ^ , que Dieu n’a point de parties et ne se divise pas. Et quand on aura fait voir, contre ce que nous avons démontré ailleurs, que Tertullien ait mis tous ces termes dans leur dernière et plus basse grossièreté, ii faudra encore que le concile de Nicée
* Apjhg. fl. 9{. — > Adv. Prax. «. 9. — » yj de 1680,
4S- — ♦ Apxt. n. 31. — » Cl'dmus.
ait pris ces expressions , lumière de lumière , non pas de saint Paul , comme nous verrons qu’il a fait, ni de la commune tradition qui les lui avait apportées, mais de Tertullien tout seul ; et encore qu’en les prenant de lui, ce saint concile n’y ait rien osé rectifier : en sorte que le Fils de Dieu , dans l’intention du concile, ne soit au pied de la lettre qu'une partie de la substance divine, pendant que le Père en est le tout. Mais si cela est, nous allons bien loin ; cartoutà l’heure', le ministre nonsaccordaitdii moins que cette inégalité , que les anciens et Tertullien admettaient entre le Père et leFils, n’emportait aucune diversitéde substance » : mais se.<5 Idées sont changées, et il faut qu’entre le Père et le Fils il y ait, en ce qui regarde la substance , la même diversité qui se trouve entre le tout et la partie; en sorte que le consubstantiel de Nicée, qui a fait tant de bruit dans le monde, ne soit plus qu'un consubstantiel en partie , et que le Fils de Dieu n'ait reçu qu'une partie de la substance de son Père. Nous voilà bien loin de notre route. Nous croyions sur celte matière n’avoir à soutenir do variations que dans les Pères qui ont précédé le concile de Nicée ; mais ce concile même n’en est pas exempt : et il a voulu expressément marquer qu'il ne voulait p.is condamner la prétendue erreur de Tertullien , qui aura fait le Fils illégal au Père Jusqu’à n’êlre qu’une portion de sa substance.
Voici bien un autre prodige : c’est que, depuis le temps du concile jusqu'à M. Jurieu, personne n'en aura entendu le sens ; puisque tous les Pères, sans en excepter aucun , y ont cm voir toute sorte d’inégalité entre le Père et le Fils si parfaitement excluse, que depuis il n'en a jamais été parlé. Ainsi les Pères mêmes qui ont assisté nu concile de Nicée n’y auront rien compris : car distinctement Ils eichient celte portion de .substance et de lumière que le ministre veiitqu’ony ait prisede Tertullien. Saint Atlunnase a composé un traité exprès pour expliquer le symbole de Nicée; mais au lieu de ces portions de lumière ou de substance, il reconnaît dans le Fils la même impassibilité et im})artlalUé ou indlvisibilité, que dans le Père, ri xuipt; J ; ce qu’il explique ailleurs, en disant que /e f erbe n'est pas une jyortion de la substance du Père Il loue aussi Tliéognoste, tm ancien auteur, pour avoir dit que le Fils n'était pas une portion de la substance paternelle 5 : ce que cet auteur dit expressément pour expliquer la comparaison de la lumière. Et ce qui se dit de la lumière se dit aussi de (a substance, selon saint Athanase; puisqu’il assure que fa /alu/ére en cette occasion n'est autre chose que la substance même ^ : et loin d’admettre dans le Fils de Dieu cette prétendue portion de lumière de Tertullien, il pousse les ariens parla comparaison de lalumière, en cette sorte, s’ils veulent dire que le Fils de Dieu n'a pas toujours été , ou qu'il n'a pas toute la substance de son Père, qu'ils disent donc que
• Q'dcasus.— ' De Dtcr. /\ic. Syn. n. 3.1, lom. i, p.
338. — * Or. 3, HUNt*. Or. 1 Arian. lom. l, p. 412. — ‘ Or. 3, fiiijir. Or. 2 iH Ar. n. 31; p. MU. Ürer. Fie Sjfm.
SUR LES LETTRES DE M. JÜRIEU
k wleU n'a pas toujours eu sonéctaty ou sa splen* deur et soa rayon, ou que ret éclat n’esl pas de la propre substance de ta lumière ^ ou s'il en est y que ce n'en est qu'une portion et une dicision*. Doue, ou les Pères de ^'il:€e ne songeaient point à Terlullien, ou Tertullien ne prenait pas ce terme de portion à la rigueur, ou saint Athanase, qui a tant aidé à com|K)ser le symbole de Nicée, ne savait pas qu’on y avait mis cette pensée de Tertullien dans le dessein d’en faire un asile à l'erreur de l’inégalilc.
.Saint Hilaire, son contemporain et un si docte interprète du symbole de Mcée, rejette aussi en termes formels avec horreur ce que les ariens imputaient au concile de ISicée : que le Fils élait une portion détachée du tout ». C’est pourquoi, en expliquant dans la suite l’endroit du symbole de Mc«îe dont nous parlons, et cettecomparaison delà lumière, il en exclut positivement cette ;jor/ion de subs^ tance^ : d’oiï il conclut,* que l’Eglise ne connaît point cette portion dans le Fils; mais qu'elle sait - qu’un Dieu tout entier est sorti d’un Dieu tout « entier : • qu’au reste, « comme il n'y a rien en Dieu de corporel, qui dit Dieu, le dit dans sa to- « talilé; » en sorlequ'en mettre ttîie portion, c'est en mettre la plénilwle : et ainsi , qu'en disant de Jésus-Christ qu'l/ Dieu de Dieu, comme il est lumière de lumière, on fait voir que ficn ne se perd dans cette génération; c'est-à-dire que tout s'y donne sans diminution et sans partage : parce que le Fils n'est pas une extension de la substance du Père, mats une seule et même chose avec lui.
Eusebe de Césarée , qui était présent au concile , dans la lettre qu'il écrivit à son f^lise sur le mot de consubstantiel, raconte qu'eu proposant les difficultés qu'il trouvait dans celte expression et dons celle de substance ^ on lui avait répondu, que « sortir de la substance du Père ne signifiait autre
• chose que sortirde lui en telle sortequ’onn’en soit « pas une portion; » si bien qu'en tout et partout ce fondement d'inégalité qu'on tire de Tertullien était banni du symbole.
Mais, sans nous arrêter davantage au passage de Tertullien, à qui U ne paraît pas que le concile ait songé plutôt qu’à saint Hippolyte où l'on trouve la même expression S uu aux autres anciens docteurs, et à la commune tradition , il fallait aller à la source d'où le concile et tons les auteurs avaient puisé cette belle comparaison de la lumière, et c'est l'npôtre saint Paul, qui dit dans la divineépitreaux Hébreux, que le VWsest la splendeur et l'éclat de la gloire de son Pére^ : car c'est en effet à ce passage que saint Athanase et les autres ont perpétuellement recours pour expliquer cette comparaison. Vouloir doneque cette expression , lumière de lumière , emporte inégalité, c'est s’en prendre , non point aux Pères et à Tertullien , mais à l’apôtre même d’où ello est venue. Ainsi rien n'empêche plus que toute inégalité entre le Père et le Fils ne soit condamnée dans le symbole
' Or. 3, nvne 3 èn Ar. n.ia,p- DUI. • » Lib. |V de Tri», n. 10, cnl. — » Lib. Tt de Trin. n. 10, co/. lyu. —
• Siter. I , c. &. — * Hom. de Deo una et Trin. pn^titn
• l/ebr. I, 3.
de Nieéo. Car aussi pourquoi hésiter à condamner une erreur que saint Paul avait proscrite, en faisant le Fils chose égale à Dieu, non par usurpation • ou par attentat , mais en vérité et par son droit? Et quelle honte au ministre de n’employer son esprit qu’à embrouiller les matières les plus claires et à s’aveugler lui-même ?
ARTICLE Tll.
Autre du minUlre sur le concile de îXIcAj, oü 11
veut Irouver ses deux prélendues nativités du Vert^.
Mais ses erreurs vont croissant à mesure qu'il avance, car, après avoir assuré que le décret du concile laisse en son entier celtecriminelleinégnlité, U p.asse outre , et il soutient que celle seconde génération, qui rend le Verbe parfait d’imparfait qu'il était auparavant , loin d’avoir été condamnée par cette sainte assemblée, est coj\/irmce j>ar ses anathèmes ».
C'est encore ici un nouveau prodige,- et dons le concile de Nicée une découverte que personne jusqu’au ministre n'avait jamais faite. Mais pour voir ; jusqu’où peut aller le travers d'une tête qui ne sait pas modérer son feu, il faut encore considérer sur quoi il se fonde. C'est sur cet anathème du coiieiic :
* Si quelqu'un dit qu’il fut un temps que le Fils de
* Dieu n'était pas, ou qu’il n'était pas avant que de « naître, et qu'il a été fait du néant , l’Eglise entho- « liqiic et apostolique le déclare anathème ^ » Voici donc comme le ministre raisonne ^ : La seconde proposition arienne était celle-ci : Le Fils de Dieu n'était pas arant que de naître. L’opposite très-catholique était donc qu’il était avant que de naître : or, cela ne pouvait s'entendre de sa première génération, puisque celle-là étant cterneile, il n'y avait rien devant; U en faut doue reconnaître une autre postérieure et dans le temps, qui est celle que le ministre attribue aux Pères , et à raison de laquelle le Fils de Dieu qui est éternel était avant que de naître.
C'est bien ici s'égarer dans le grand chemin , et, à force de raffiner , laisser échapjier les vérités les plus palpables. Ces trois propositions des ariens , H fut un temps que le Fils de Dieu nélait pas ; et , il n'étaitpas avant quede naître ; et , // a été tiré du néan/, visiblement ne signifiaient que la même chose en termes un peu différents. Saint Athanase en p.ar. lant aux ariens : Lors , dit-il ^ , que vous avez dit , a /jc Fils n'était pas arani que de naître , cela «Isigniflelainémechoséque ce que vous avez dit aus- « si. Il fui un temps que le Fils n'éfait pas : et fune et « l'autre de ces expressions signifie qu'il y a eu un a temps devant que le Verbe fût. ■ La raison en est bien claire. l>c but des ariens était de dire que tout ce qui naissait avait un commencement ; et par conséquent que si le Fils de Dieu naissait, comme on en était d’accord , sa naissance était précédée par quelque temps. Et le but des catholiques était au
’ • Phil. il, #.—*/». 273. — 3 AVr. Anath. im Ep.
Rti%eb. Ctetar. n. 4, iH fine Op. S. Alhanas. de üetr. Kic. SfjH. font. i,p. 340. — * P. 377. — * Or. iadf. ar. nuoc. Or. *,H. Il , t , p. IIS
SIXIÈME AVERTiSSËMKXT
runtrairê üe dire quiî It* Fils de Dieu naissait « à la vérité , mais de toute éternité , d’un Père qui n’était jamais sans Fils; et par conséquent, que le temps n’avait point précédé cette naissance. C'est la per* pétuelle application que donne saint Alhanasc à cette proposition des ariens. Saint Hilaire dit aussi qu'il SC 5er>aicntdeslroisexpressions‘ : •» Il fut un temps « qu’il n’éuil pas; il u’élait pas avant que de naître; « et il a clé fait du néant : parce que la nativité
• semblant apporter avec elle cette condition, que > celui qui n’ était pas commençât à être, et qu’il
• naquît n’étant pas auparavant; ces hérétiques se
• servaient de cela pour assujettir au temps le Fils
• unique de Dieu. » Ainsi vouloir trouver un autre sens dans ses anaihématismes du concile , c’est y vouloir trouver un sens que les Pères de ce temps-là «t cens mêmes qui y ont été présents, pour ne pas ici parler de la (mstérlté, n’onl pas connu. F.t pour comble de conviction, quoique je n’en aie peut-être que trop dit sur une si visible absurdité, jeveux bien ajouter encore que les analhcm.itismes du concile n’y ont été prononcés après le symbole, que pour proscrire les erreurs contraires à la do<’trine que le concile venait d’y établir. Le concile venait d’établir dans le symbole, que le Fils de Dieu était né devant i€fus ies siècles. On convient qu’il voulait dire par là que sa naissance était éternelle ; puisque, dès que \ ous sortez de la mesure du temps , vous ne voyez plus devant vous que l’éternité. Que restait-il donc au concile, après avoir établi rélernité ch; la naissance du Fils , que de frapper d’anathème ceux qui disaient que sa naissancîc fut précédée par le temps , ou,cequiest la même chose, qu’</n’cVai/ pas avant que denaitreJ Et si, comme le ministre leprétend, rintention du concile eOt été de dire que le Fils de Dieu élait effectivement avant que denaitre; puisqu’il a mis , comme on vient de voir, sa naissance dans l’éternité, il faudrait qu’il edt voulu dire qu’il était devant l’éternité, et que son être précédât l’éternité même, puisqu’il précédait sa naissance qu’on supposait éternelle.
Voilà des absurdités dont je puis dire, sans exagérer, que ce ministre est seul capable. Mais encore que ce qu’il pensesoitsi insensé, qu'il ne mériterait pas de réponse; comme j'ai affaire à un homme qui croit pouvoir soutenir et persuader au monde tout ce qui lui plaît , il faut une fois lui fermer la bouche , et faire voir au public jusqu'oii il est capable de s’égarer. Si le concile de Xicée a connu et confirmé t comme il le prétend , ces doux prétendues naissances du Fils de Dieu , il faut faire dire à ce concile deux choses également absurdes et également opposées à ses déci.cions ; la première , que le Fils de Dieu est néimiable;la seconde, qu'il est né trois fois au lieu de ces deux nativités connues de tous les fidèles, l'une éternelle comme Dieu, l’autre temporelle comme homme.
Que le Fils de Dieu soit muabic dans la supposition de cette seconde nativité de M. Jurieu , on l'a vu', et la chose parle d’elle-même; puisque
* tib- It di‘ Trin. n. Il , fi nhb. Ci-des&ui.
par cette seconde nativité, qui est la parfatt4,à comparaison de laquelle la première est une parfaite conception t le Fils de Dieu est devenu Ferbeet Personne parfaitement née : ce qu’il n’était pas auparavant. Voilà donc ce qu’il faut trouver, nonseulement dans les anciens docteurs, mais encore dans le concile de Nicée, puisque, loin de condamner celte doctrine , on soutient qu’// la confirme par ses anathèmes. Mais c'est dans ces anathèmes que je trouve tout le contraire, puisqu’il y est expressément porté : « Si quelqu’un dit que le Fils de « Dieu soit capable de changement ou de mutation ,
• la sainte l-'.glise catholique et a|)ostolique lui dé-
• nonce qu’il est anathème' : • car il faut savoir que les ariens , en tirant le Fils de Dieu du néant , concluaient de là que, n'étant pas immuable dans sa substance, non plus que nous, il pouvait aussi, comme nous, recevoir quelque changement dans ses qualités , et en un mot , qu’il était d'une nature changeante. Par une raison contraire, les Pères de Nicée concluaient que n’étant pas tiré du néant t mais de la subatance de son Père , il était en tout et partout, immuable et inaltérable comme lui *; ce qui condamne directement la prétention du miiiistre.
Et ce serait en vérité pousser trop loin l’ignorance et la témérité, que de dire qu’on ne connut pas même alors la parfaite immulahilité de Dieu, qu'on trouve à toutes les pages dans saint Athanase. Car il la fait consister en ce qu’on ne peut rien ajouter à la substance de Dieu : Si ton pouvait , dit-il 3, (fouler À Dieu <f être Père , Ü serait mu/t’ bie , c’est-à-dire , il ne serait pas Dieu ; car , poursuit-il , si c'étaii un bien d'être Père , et qu'il ne fût pas toujours en Dieu, donc le bien n'y serait pas tot^ours. Concluez de même, si c’est un bien au Fils d'être Verbe, d'être Personne parfaitement née et développée, d’aoquérircette nouvelle manière d’être, qui fait la perfection de sa naissance , et que ce bien ne soit pas toujours en lui , le bien n'y est donc pas toujours : d’où saint Athanase conclura qu'il n'est |H)int l’image du Père, s’il ne lui est pas semblable et égale , en ce qu'iV e.st immuable et invariable ; car, poursuit-il comment celui qui est changeant sera-t'il semblable à celui qui ne test pas ? Il n’avait donc garde de s'imaginer que son Père l’eüt engendré à deux fois, ou que le Fils pdt acquérir quelque perfection ; puisqu’il assure au contraire qu’il est sorti d'abord parfait du parfait , immuable de l'immuable , et qu’en naissant il tire de lui son invariabilité tout eniiére^. Et la racine de tout cela, c'est qu’il ne vient pas du ncant;car, dit-il^, f ce qui fait que les créatures sont d'une nature < miiableet capables d'altération, c’est qu'elles sont « tirées du néant, et passent du non-étreà l’être : • ce qui fait qu'ayant changé dans leur fond, elles peuvent aussi changer dans tout le reste. « Mais au con- « traire, poursuit-il , le Fils de Dieu étant né de la
' Sfjmb. ubi sup. — ' Epist. Atex. ad omaeM. Rp.
ap. Socr. I, 4. — > Orai. 3 eont. Ar. nuDC. Or. i, n. 3S. p. 45:1. — 4 Lac. mnj cit. — ' Ath. Bxp. fid. rt de Dee. S'tc, ubl M>p. — ^ Or. 3 adv. Ar. «l. 29, p. 433 etteq.
sim LES LE1TUES DE M. JUIUEU.
» ÿuh.sl.'mt'c <ie soa PciO : t'uinim: on no petit pas « dire sans impiété , que d'une subsl.mce imiiiiialile « il se tire un Verbe changeant, il faut que le Fils « do Dieu soit autant inaltérable que son Péro « mémo, » à cause visiblement qu'il ne pouvait rien naître que de |>arfait d'une substance aussi parfaite que celte de Dieu, et que s'il y naissait qiielquccbose d'imparfait ou de inuable, comme on sup{)Ose que serait son Fils, il porterait son imperfection et sa mutabilité daus la substance de Dieu où il serait reçu,
Qu’un homme qui raisonne ainsi, et qui pose de tels princi|)es, ait pu, étant ù Nicée y avoir appris comme le veut M. Jiirieu , qu'il faillu faire naître deux fois le Fils de Dieu comme Dieu, ntin qu'à sa seconde naissance il acquit ce qui manquerait à la première, ce serait un prodige de le penser. Au contraire, si ce grand homme était eiu'ore au monde, il dirait à notre ministre : Si le verbe venait du néant, les ariens auraient raison de le faire changeant H flrxible comme nous le sommes' ; et de c.onclure scs changements accidentels , de celui qui lui ser.iit arrivé dans sa substance : si donc vous lui attribuez un changement quel qu'il soit, vous le faites, comme eux , sortir du néant. Que si vous dites qu'il a pu changer une seule fois à la création du monde, et que sa nature ne résiste pa.s uiiivcrsidlement atoutc alteration, pour petite qu'on l’iinaKine, s.iint Atlianase vous demandera, comme il demandait aux ariens, queUes bornes i^ous voûtez donner à ces changements ; s'il a changé une fois, quelle raison troiivcz-vmis de ne le |ki$ faire niuable jusqu’à l'infini? C'est donc, continue ce Père, une impiété et un blasphème d'admettre dans le Fils de Dieu la moindre mutation; puisque la moindre, qui serait déjà en elle-méinc un grand mal , aurait encore celui de lui en attirer d'infinies.
Et c'est aussi en cela, |>oupsuit c-e grand homme, <|u'il est égal à Dieu, comme dit saint Paul, et en tout semblahle à son Pere. Car ce que dit le même apdtre dans le même lieu, que le Fils de Dieu sera cjcatté'^ ne peut pas lui convenir en tint qu’il est Fils de Dieu, puisqu'à ect égard rien ne lui tminque. « Il est parfait, dit saint Athanase, il n'a bc- - soin de rien; il est si haut et si semblable à son • Père , qtj’on ne peut rien lui ajouter. » C’est donc selon la nature humaine seulement qu'il peut être élevé plus haut , et dire qu'il puisse être élevé comme Fils de Dieu , c'ciî' une diminution de la substance du ferbe. Voilà les idées des Pères qui ont assiste ou concile de Nicée, et celles de saint Athanase qui en était l'âme. Mais s'ils se représentaient le Fils de Dieu comme attendant avec le temps, et dans une seconde nativité, sa dernière perfection, il ne serait pas parsa nature incapable d'cîremis plus haut, même comme Dieu, ni sans besoin et sans défaut de toute éternité, puisqu'il aurait eu encore à devenir Verbe, de sagesse qu'il était auparavant; c’est-à-dire, sans difficulté, à devenir quelque chose de plus parlait et de plus formé
• jiéj. — * Phii. it, 6.
qu’il n'avatt été jusi|u'alor$. Que dira M. Jurieu? Il faudra dire que c'était là le scnlimciit de saint Athanase, niais non pas celui du concile de Nicée; et que ce Père n'a pas entendu les defini lions qu’on y faisait avec lui et par ses luinière.s.
Mais voici encore un autre Père de ce saint concile rc'est saint Alexandre d'Alexandrie, l'évéque de saintAthana.se, celui qui excommunia Arius et scs sectateurs. Comme le Père est parfait^ dit-il, sans que rien puisse manquer a sa perfection, il ne faut pas dégrader ou diminuer le ferbe , ni dire que rien lui manque, ou que rien lui puisse manqiieren quelque état qu'on le considère; (car le mot grec signifie tout cela); puisque étant d'une nature immuable^ il est parfait en toutes façons sans défaut et sans besoin*. C’est ce que dît ce grand iMTsonnage ; et, comme saint Athanase, il fonde son raisonnement sur c« que le Fils de Dieu ii'OvSt point tiré du néant, tuais de la substance de son Père ; d'où ce grand cvêi|ue conclut , (ju’on ne peut lui rien ojouter, et finit son raisonnement pr celle demande ; Que peut-ond*incajouieràsa^filiation, et que peut-on ajouter à sa sagesse?
Jurieu lui répondrait, selon la doctrine que ce ministre veut attribuer au concile de Nicée, qu'on peut ajouter à sa sagesse de le faire devenir Verbe, qui est quelque chose de plus formé; et qu’on peut ajouter à sa^/«//o« ce dernier trait , qui le fait une Personne parfaitement née, et parvenue à son être parfait.
Telle est la doctrine que ces grands personnages, saint Alexandre d’Alexandrie , et saint Athana.sc, alors son diacre , et depuis son suci^esseiir , portèrent au concile de Nicée. Saint Hilaire n'en dit pas moins qu'eux; puisque p.irtoiit il coiudul pour rimmutabiiité du Verbe . égale à celle du Père : et on veut, après cela, que nous croyion.x qu’on a confirnic à Nicée ces deux nativités qui inettciil un changement dans sa personne, et que les Pères do ce saint concile n'aient pas eu, non plus que les autres, cette idée parfaite de l'immutabilité, que nous avons aujourd'hui.