ARTICLE VIII
Suite (1rs egaromenU du minUtrr, (|ui frjü tlaNlr nu coa-
cilc (roi* naikunccs du PiIh (te DU-u, au lieu di's d«>ux
qu'il cniifesfe; l'uoe du Filn oûmmv Dinj, et l'autre
rumine liomine.
Quand il n'y aurait que ces trois nnîssancc.s, qu’il faudrait faire attribuer à Jésus-Christ par le concile, c'en serait assez et trop pour confondre lu ministre : car II faudrait dire au pied de la lettre, que Jésus-Christ est né trois fois ; deux fois comme Dieu , et une fols comme homme. Mais où les Pères de Nicée auraient-ils pris ces trois naissances ? Ixirsqu'ils firent leur symbole, ils avalent devant les yeux le commencement de l’Evangile de saint .Tc.in, où ils rencontraient d’abord cette naissance éternelle que les ariens contestaient au Fils de Dieu: du commencement le f'erbe était, et te Verbe étail
■ Aies. Aitzandrim. F.p.aû AirzandT. CostinnlinoD. Ed. Utb. t. III. coi. W et s<^
SIXIKME AVEUTISSEMtOT
tnÜieUf elle f'erbeétaUDieu*. f>e voilà Dieu, Fils unique de Dieu, toujours efani le seindeion Père*, roinnie il est expliqué un peu au-dessous. Après relte première et eternelle naissance , ils ne trouvaient que celle où il s'est fait homme ; et U f^'erbe a été fait rhair^. Ils n'avaient donc garde de penser à une troisième naissance également réelle; et c'est pourquoi, en suivant le même ordre et le même progrès que saint Jean, ils disent du Fils de Dieu, à son exemple, qu’il esttié amnt tous les siècles, de la substance de son Père : d'où Us passent incontinent à la seconde naissance, ei Üa été fait homme, sans songer seulement à eette troisième qu’on voudrait aujourd’hui leur faire confirmer.
Un propliète avant l’évangéliste avait prédit ces deux nativiu^. Michée, dans cette admirable prophétie qui , étant rapportée dans saint Matthieu^, était continuellenirrH a la bouche et devant les yeux de tous les fidèles, avait dit : Et toi. Bethléem f le condutrleur Isra^ sortira de toi : mais de peur qu’on ne s'arrêtât à cette naissance humaine , sans vouloir croire que le Sauveur sortit de plus haut, il ajoute : et sa sortie est dès le commencement , dès les jours éteimels^. L’évangéliste et le propliète s'accordent à raconter comme d'une voix deux nativités du Sauveur; l’uno dans réteniité, et l’autre dans le temps; l’une comme Dieu , et l’autre comme homme : et la seule différence qu'il y a entre eux, c’est que l’un, comme historien, commence par la naissance éternelle, (Toù il descend à In tiMiqiorelle; et l'autre conduit d’abord par le Saint-Ksprit à la crèche de Bethléem , où il contemple Jésus-Christ nmivellcmcnt né du sein de sa mère, s'élève jusqu'au sein du Père éternel où il était engendré devant tous les temps. Mais dans ce progr4*s admirable , ni l'un ni l’autre ne trouve, pour ainsi parler, en son chemin cette troisième nativité qu'on veut être si parfaite; et le concile de Nicée,qiii les suit tous deux, n’en fait non plus nulle mention, mais passe seulement, comme eux , de la naissance éternelle à la temporelle. Car aussi n'y ayant en Jésus-Christ que deux natures , il pouvait bien naître deux fois, mais non pas davantage : et le faire uatlre deux fuis scion sa nature divine , comme si le Père éternel n’avait pas pu tout d'un coup l'engendrer parfait, c'est attribuer au Père et au Fils tant de changement, et tout ensemble tant d’intfierfection et tant de faiblesse, qu'une telle absurdité n’a pu entrer dans l’esprit d’aucun homme de bon sens, pour ne pas dire d'un si grand concile.
Il est vrai que nous trouvons dans la lettre d'Arius àsaiut Alexandre, son éveque, que quelquesuns , dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous furent assez insensés pour avoir dit en parlant du Fils de Dieu, qu'étant au/Mravant, il acait clé dans la suite engendré et créé pour être Eils ,• mais nous lisons dans le même endroit, qu'Alexandre
* Joan. I, I. ■— * Joan. I, 14 , 18. — * Ihiâ. H. - • * féattk.
les rejeta en pleine Église^* : et maintenant M. Jurieu prétend qu'une si ridicule imagination, que saint Alexandre avait rejetée en pleine Église, ait été confirmée en plein concile, le même Alexandre présent, étayant dans ce saint concile une autorité si éminente.
Le ministre est donc convaincu d'avoir calomnié, non plus des docteurs particuliers, mais tout un concile œcuménique : et encore quel concile! celui que les chrétiens ont toujours le plus révéré, et celui qu'on reçoit expressément dans la profession de foi des prétendus réformés; puisqu’on y lit ces paroles : Nons avouons les trois symboles, des afxîtrfls, de Micée et d'Atkanase, pour ce qu’ils sont conformes a la parole de Dieu*. Mais aujourd'hui un ministre de cette société, et celui à qui on remet d'un commun accord la defense de la cause, entreprend de convaincre le symbole de ISicée d'avoir pris le prétendu sens de Tertullien , pour induire l'inégalité des Personnes : et afin qu'il ne restât rien d’entier dans ce saint concile, il veut que ses anathèmes aient confirmé une seconde naissance du Fils de Dieu comme Dieu , pour suppléer au défaut et à rimperfccliun qu’il reconnaît dans la première. C’est ainsi qu’il reçoit la fol de Nicée comnic conforme à l’Ecriture.
11 ne faut donc pas s’étonner si la foi de Nicéc lui paraît informe, puisqu’on y trouve encore tant d'arianisme. Mais celle des autres conciles ne lui ponltra pas plus parfaite, puisqu’on les commence toujours par y confirmer lu foi de Nicée , et à la po serpour fondement. Ne lui (wlons pas davantage sur cette matière. Car enfin, après avoir fait nrianiser non-seulement les saints Pères et l'Église des trois premiers siècles > mais encore le concile de Nicée, entêté comme il est de sa seconde naissance, il la trouvera partout. 11 soutiendra à David que c'était de celte naissance qu'il voulait parler, lorsqu'il faisait dire au Père eternel : Je t'ai engendré derant l aurore^; car la première naissance n'était qu'une conception et un vain effort du Pèru qui n’avait pu tout à fait enfanter son Fils. Saint Jeanne s’en sauvera pas; et lorsqu'il a dit: Au commencement le l'erbe était, il faudra encore l'entendre de la seconde nativité ; puisque dans la première il n'était pas Verbe , et qu'il n'était qu'tine sapience qui attendait à devenir Verbe avec le temps. Et sans exagération, il faut bien qu’il trouve en son cœur ces interprétations soutenables, puisqu'il veut que ces prétendus arinnisants ne puissent pas être réfutés par l'Écriture : ou c'est qu'il ne pense pas à ce qu'il écrit, et qu'il ne faut plus prendre garde à ses vains discours.
ARTICLK IX.
Sur la di»Uactjan que (ait le mlnUlre mire U fol de l'tglise 4't U lliéulu|{ie ürj Pens.
Il est maintenant aisé de voir combien il impose au monde par sa belle distinction de théologie et de foi, dont il fait tout le dénodment de son sys-
' Ap. ,V/A. de Sv/t. et Uil. lib. iv dr Trin. - * .4rt. s * Pt. ux, a.
Sun LES LETTRES DE M. JURIEU.
tème. Il n'ose dire que l' Eglise ait varié dans sa foi , du moins sur des articles si fondamentaux; et il impute les erreurs des Pères, non pas à leur foi qui ne changeait pas , mais à leur théologie tou* jours variable, il voudrait me faire accroire que cette rare distinction de théologie et de foi m'est inconnue.* Ü faut , dit*ii ' , avoir le cœur fait « comme l'évéque de Meaux, pour se moquer « comme il faitde la distinction que j'ai dit qui est « entre la foi de l'Eglise et la théologie de ses doc*
• teurs. » Visiblement il donne le change. Où a*t* U pris que je me moquasse d'une distinction si reçue? Je la reçois comme tout le monde : je re* connais de la différence entre la foi qui propose aux fidèles des vérités révélées, et la théologie qui tdche de les expliquer, et je sais (car aussi qui ne le sait pas?) que ces explications no sont pas de foi. Ce que j'ai dit à M. Jurieu , ce que je lui dis encore, et ce qu'il fait semblant de ne pas en* tendre, c'est que cette distinction ne lui sert de rien. Car Je lui demande encore un coup, comme j'ai fait dans le premier Avertissement*, si ce qu'il appelle théologie des anciens, « était une explication qui laissât en son entier le fond des mys* « tères,ou bien une explication qui les détruisit « en termes formels? Ce n'était pas, poursuivais-je, « une explication qui laissât en son entier le fond
• des mystères ; puisqu’on lui a démontré que selon « lui c'étaient les clioses les plus essentielles, que « le& anciens ignoraient : * comme sont dans les lettres de Pannée passée la distincUun éternelle des trois Personnes divines, et encore dans celle-ci leur égalité parfaite et l'immutabilité de l’étre de Dieu. C'est donc le fond des mystères et des vérités catholiques que le ministre fait nier aux anciens : et il faut ne rien prouver, ou attribuer ces explications, c'est-à-dire , ces ignorances et des erreurs si grossières non point aux particuliers , mais à l'E^ise elle-même ; puisque c'étaient des variations, non pas des particuliers, mais de l'Eglise en corps, dont il s'agissait entre nous : »
Cest à quoi il faudrait répondre; et non pas soutenir toujours que la fol de l'Eglise était entière, pendant que la théologie du siècle y était directeiitent opposée. Encore s'il n'attribuait cette fausse tiicologie qu'à quelques Pères : « Mais , dit-
• il je n'en excepte aucun ; c'était la tliéologie « de tous les anciens avant le concile de ISicée : • et c'était la théologie même du concile de Nicée : puisque, loin de la condamner, ce grand concile la confirme par ses anathèmes.
ABTICLB X.
Iji mauvaise fol du ministre dans les patuaara qull produit des saioU dodeun des trois premim siédra.
Une si visible calomnie faite en matière si grave au plus saint concile qu'ait vu la dtrétienté depuis les apôtres, et à toute l'Eglise catholique, qu’il représentait , vous peut faire juger, mes frères , de celles qu'il aura faites aux saints docteurs
• Pag. IWk — > T' Jvert. — * Tab. Letl. vf, p. ii.
du troisième siècle. Il voudrait ici m'obliger à lui répondre passage a passage, et à reprendre Us textes des ^éres (fu'iî a produits conlre moi* : mn\s pourquoi ce long examen? Pour réfuter ce qu’il disait, qucles Personnes n’étaient pas distinctes de toute éternité ou que le Verbe n'était qu'un germe eVune semence qui devait s'avancer avec le temps à une existence actuelle? mais il le réfute luimême à présent , et il se dédit de ces absurdités. Que veut-il donc queje réfute? Son dévetoppement qui ne vaut pas mieux ; et dont il se dédira quand cet écrit lui en aura fait voir l’extravagance . s'il peut trouver quelque autre moyen de sauver les variations de ranciemie Église? Quand il saura bien ce qu’il veut dire, et que son système aura pris sa dernière forme , il sera temps de le réfuter si le cas le demande : mais après tout je lai soutiens que cette discussion n'est pas nécessaire entre nous. 11 impute mon silence à faiblesse; et il me reproclie qu'au lieu de répondre à ses pnssage.s et à toutes ses conséquences qu’il a réfutées luimême, je n'co sors que pur un hr/ns *! en vous disant d'un ton plaintif: • Mêlas! où en êtes-vous,
• si vousavex besoin qu'on vous prouve que les arti- « des les plus essentiels, même la Trinité et l’inm carnation , ont toujours été reconnus par l'Eglise «chrétienne!* Il est vrai, voilâmes paroles^; voilà oet Ae/as/ dont il se moque. Il ne veut pas qu'il me soit permis de déplorer les tristes effets de la réforme, qui ouvre tdiement son sein à toutes sortesd'erreurs, qu'elle a besoin qu'on lui prouve les premiers principes. Mais si Vhéias! hi'i déplaît, voyons comme il ré|)ondra au raisonnement.
En vérité, étais-je obligé à prouver à M. Jurieu et aux prétendus réformés ce qu'ils supposent avec moi comme indubitable? Le ministre ne le dira pas. Je ne suis pasobligé de prouver aux lutliériens la présence réelle , ni aux sociniens la venue et la mission de Jésus-Christ, ni aux calvinistes la Trinité et l'incamatioii : autrement ce serait vouloir disputer sans fin, contre le précepte de l'apôtre, et renverser les fondements qu'on a posés. Cela est clair ; passons outre. Le mystère delà Trinité étant, comme il est, le fondement de la foi , par conséquent il est un de ceux qu'on a toujours crus. Â1 Jurieu en convient. « C'est, dit-il une ca- « lotnnie que le ministre Jurieu ait nié que les mys-
• tères de la Triiiilé et de l'incamaiion fussent con-
• nus aux Pères. * Et il ajoute , « qu’il s’agit « uniquement de savoir comment les anciens ont « expliqué la manière de la génération du Fils. > Voilà donc sa résolution : que les Pères ont connu le fond du mystère, en sorte que leur erreur ne tombe que sur les manières de l'expliquer. Et si je montre au ministre que l’erreur qu'il leur attribue ne regarde pas les manières , mais le fond, il ne faudra pour le réfuter saus autre discussion que l'opposer à lui-même : mais la chose est déjà faite rt incontestable. Le mystère de la Trinité, c'est l’éternelle coexistence de trois Personnes distinctes,
* Tab. Leti vi, p. 394 , iS9. - * Ibid. p. 28.1. — * i** .tirrl. — * P. aoo.
474 SIXIEME AVËRTISSKMEVr
égales et consubstjiiliclle& jct (|iielquc partie qu’on rejette de ccttc définition, on nie le fond du mystère : or cst'il que le ministre Jurieu a fait nier clairement aux Pères des trois premiers siècles la distinction, la coexistence , et l'égaliui des trois Personnes divines, comme on a vu; par conséquent il leur fait nier le fond du mystère.
r)ites-moi, qu’y a-t-il de faible dans ce raisonnement? Est-ce qu'il faut toujours tout prouver à tout le monde , et même tout ce dont on convient ? C'est s'opposer directement à saint Paul , qui ne veut pas que les disputes soient intenninafjles , mal entendues, et sans réglé : mais qui ordonne en termes exprès, que nous persistions dans tes mêmes sentiments* , et que nous marcliioiis ensemble dams les mêmes choses où nous sommes déjà parvenus, demeurant fermes dans la même règle en attendant que Dieu révèle le reste * à ceux qui ne l’ont |)as encore connu. J’ai donc dd, mes très-chers frères , marcher avec vous dans la foi de la distinction, de l'égalité, de i cternellecoexistence des trois Personnes divines, comme dans In foi d’un mystère toujours confessé dans l'Eglise : et m’obliger à vous prouver la pcriætuiié de cette fui, c’est m'obliger à vous traiter comme si vous étiez socinieus; c'e.st contre le même saint Paul VK)us ramener au commencement de Jésus -Christ et jeter de nouveau le fondement que nous avions posé ensemble
C'est encore la même erreur à M. Jurieu de vouloir me faire prouver que Dieu soit spirituel , qu'il soit immuable, et que ces attributs divins aient toujours été crus comme essentiels la religion ; car par sa Confession de foi il doit lecroire autant que nous , comme on a vu*. T.a même Confession de foi reconnaît aussi réyo/i/é //es trois Personnes^ ; et c’est là encore un de ces fondements , dont le miiitstre suppose avec moi que l'Eglise n'a jamais douté. S'il le fait aiijourd'luii révoquer en doute, non par deux ou trois docteurs, mais par tous ceux des trois premiers siècles , et même par le concile de Nicée , et qu’il ébranle tous les fondements que nous avons posés jusqu'à présent ensemble, je suis endroit de le rappeler à nos principes communs. Qu'il prenne donc son parti; qu'il se déclare ouvertement contre la perpétuité de la foi dei'immutabilité, de la spiritualité, de laperfection toujours égale des trois Personnes divines : alors je le combattrai comme socinien; mais tant qu’il sera calviniste , je ne suis obligé à lui opposer que sa propre Confession de foi. Si j’en ai fait davantage, c'est par abondance de droit, et pour l'instruction de ceux qui clierchent 1a vérité de bonne foi.
C'est néanmoins sur ce fondement , et parce que je n'ai pas voulu faire un volume pour prouver par tous les anciens ce qui devait être constant entre nous , que le ministre me reproche mon ignorance^. Mais puisqu'il me force à entrer dans
• /. Tim. 1,4, 3. II. î3. — • Phil. ni. 16. Iil. - i JUbr. VI, I. — * Ct»»/ Art. !. - i Art. 6. — • Tab. Lctt. V», p.
cetlo carrière, sans m'engager à une trop longue discu.s5ioii,j'c$pcre trouver le moyen du faire toucher au doigt sa mauvaise foi. Qu’aiusi ne soit ; il nous vante saint Hippolyto; et non-seulement il n'est pas |H)ur lui , mais encore il lui fera perdre tous ceux qu'il croyait avoir, puisqu'il nous donne le denodment pour les expliquer. Il en produit ces paroles de niomélie qu’il a rainposée, de Deo uno ettrino:* Quand Dieu voulut, et de la manière
• qu'il voulut, il fit paraître , dans le temps qu'il « avait delini , son Verbe , par lequel il a fait toutes
• choses, a Cn entendant ces paroles suivant la nouvelle idée d'une seconde naissance, le ministre présuppose le Verl>e déjà né fmiirla première fois et actuellement existant de toute éternité : il ne faut donc pas lui prouver ce qu’il avoue avec nous; et il n’y a qu’à lui faire voir que cette seconde naissance n'est que la manifestation au ilehors du Verlw divin , et précisément la même chose que nous appelonsaujourd’hui l’opération audehors.par Inquelic Dieu manifesteaii dehors et lui et son Verlie. I41 preuve en est sensible par ces fKiroles : « Quand Dieu
• voulut , et de la manière qu’il voulut , il fit paraître « son Verbe ; ■ et s’il reste quelque éfpiivoque dans le mot de faire paraître , qui dans le grec quelquefois signifie produire , elle est dtée par toute la suite ; car le martyr continue r ■ Celui qui fait ce qu’il veut,
• quand il pense , il accomplit son dessein ; quand « il parle, il le montre; quand i) forme son ou-
• vrage, il met au jour sa sagesse; » et un peu après : • il engendrait donc le Verbe; et comme « i! l'avait en lui-même où il était invisible , il l’a « fait visible en créant le monde. ■ I/engcndrer en cet endr nt n’est donc autre chose que le faire paraître au dehors ; ce n’est là ni un nouvel être ni rien de nouveau dans le Verbe; c’csl de même qu’un architecte, qui, ayant en son t'spril son idée comme le plan intérieur de son bâtiment, que |>ersonne ne voyait que lui dans sa pensée, le rend visible 5 tout le monde , l’enfante , pour ainsi dire , et le met au jour quand il eommence à élever son édifice. Tel est cet enfantement et cette génération du Verbe. Tout y regarde la créature à qui il devient visible , de la même manière que les perfections inrnsme.i de Dieu sont rues dans ses auwres*. Le Verbe ne change non plus que son Père, même dans celte manifestation; et cette manifesCilion est attribuée spécialement au Verbe divin, parce qu’il est l'idée éternelle de cet architecte invisible: à quoi il faut ajouter, en suivant la comparaison, que comme rarchitecle parle et ordonne, et que tout se range à sa voix qui n'est que l’expression , et comme la production au dehors de sa pensée ; ainsi Dieu est représenté dans l’Ecriture comme proférant une parole, qui n’est autre chose que son Verbe manifeste et exprimé au dehors. CVsl aussi ce qui fait dire à saint Hippolyte, que Dieu en prononçant cette parole, qui fut la première qu'il ail proférée, (,)ue ta lumière soif , engendra de sa lumière, qui était le fond de son essence, ta lumière qui était
* Mom. I,
SUR LES LETTRES DE M. JURIEU
toQ Verbe , c’est-à-dire, comme on vient de voir , le produisit ou dehors ; et pour user de ses propres termes , prwluislt à la créature son Seigneur : car sans doute il n’en était le Seigneur qu’après qu’elle fut ; et , à parler proprement , le rien n’a pas de Seigneur. Par là, continue le saint, « Dieu
• rendit visible au monde celui qui n’était visible
• qu’à lui , et que le monde ne pouvait pas voir; -afin qu’en le voyant après qu'il est apparu, il « fût sauvé. » Voilà donc le dénomment que j’avais promis : toute cette production n’est que la manifestation du Verbe; c’est la manière dont on expliquait alors ce que nous appelons à présent Topération au dehors, sans altération et sans changement de ce qui était au dedans. Et lorsque le martyr ajoute apres, que Dieupar ce moyen eut un assesseur distingué de lui f \\ fait une allusion manifeste à cetiesagessedont avait parlé Salomon, qui futson inséparable assistante q uand il prépara U Us deux et qu'il arrangeait le monde qu’ede cornposait avec lud \ non que ce\etbe ou cette sagesse commençât alors : c’est ce qu’on ne voit nulle part; elle cornmenc.a seulement d’élre tassisfanfe du Père, c’est-à-dire, d’étre associée à. son opération extérieure, que le saint appelle toujours manifestation, en disant que ce Verbe qui est au dedans la pensée et le sens de Dieu , à la manière qu on a expliquée*, en se produisant au monde avait été montré le Fils de Dieu. C’est par où conclut le martyr, où il est infiniment éloigné de ce nouvel être qu'on veut lui faire donner au Verbe; puisque tout son discours aboutit non à le faire être ou à le faire changer en quelque sorte que ce soit, mais à montrer qu’il avait paru tel qu’il éuil, comme étant celle Sagesse qui renouvelle toutes choses en demeurant toujours la même’; et, afin de nous en tenir aux expressions de noire martyr, comme étant ce Verbe toujours parfait, dont avant comme après son incarnation ■ la di-
■ vinilé est infinie, incompréhensible, impassible, « maltérable , immuable, puissante par elle-même, « et le seul bien d’une perfection et d’une puissance
• infinie»; » 5 qui pour celle raison il adresse en un autre endroit cette parole : • Vous êtes celui
■ qui êtes toujours ; vous êtes comme votre Père
■ sans commencement et coéternel au Saint-Esprit^. • Faites-lui dire après cela que le Verbe cluinge, ou que comme un germe imparfait il alleod sa perfection dune seconde naissance!
Voilà donc déjà un passage, dont le ministre abusait , qui devient un dénoüinent de la question : en voici un autre dont il abuse encore davantage®, et dont néanmoins nous tirerons une nouvelle lumière. C’est celui d’Athenagore , philosophe atliénien , et l’auteur d’une des plus belles et des plus anciennes apologies de la religion chrétienne. Pour l’entendre , il faut supposer que ce
• Prov. «7. 30. - ’ Cl-dessoi. ~ > Sap. vn, *7. — « Hipp. cnnt. Ber. et. Hd. m nlM. JnatL Ed. fa^k. Hamb. 171«, p. '06. — ^ D* Antich. liibl. PP. Um. XII, JJ. SoS- —• Ldi. VI, iflftO, p. 43.
philosophe chrétien, ayant àrépondre nu'rcpith liede l’athéisme qu'on faisait alors aux fidèles, donne aux païens une idée du Dieu parfaitement u a que les chrétiens servaient en trois personnes; et leur expose sur le mystère de la Trinité ce qu'ils en pouvaient porter d’abord. Son discoursa trois partie.';.
Il commence à exposer, dans la première, qu'il n’y a point d’inconvénient que Dieu ait un Fils ; parce qu’il ne faut pas s’en imaginer la naissance à la manièrede celle des enfants des dieux dans les fables :
« Mais le Fils de Dieu, dit cet auteur*, est le Verbe ou « la raison du Père en idée, en opération , ou en
■ efficace; car par ce Verbe ont été créées toutes
■ dioses; le Père et le Fils n’étant qu’un, et le « Fils étant dans le Père comme le Père est dans le
■ Fils par l’unité et par la vertu de l’Esprit; c'est « ainsi que l’intelligence ou la pensée et la parole du
• PèreestleFils deDieu.» V'oilà une belle génération que ce docte Athénien nous représente dans la première partie de ce passage. l’on veut voir maintenant la traduction du ministre , dans sa lettre de 1689* , tout y paraîtra défiguré : on y verra Tunilc du Père et du Fils supprimée , et ce qui regarde le Saint-Esprit tellement déguisé qu'on ne l’y reconnaît plus. Mais comme il s'est réveillé et qu’il a réformé sa version dans son Tableau ’ , pardonnons-lui cette faute, qui demeure seulement en témoignage de la négligence extrême avec laquelle il avait d’abord jeté ce passage sur le papier. Voici la suite et la seconde partie du discours d'Atbcnagore, qui, après avoir parlé plus en général de la personne du Fils et de la manière dont le monde avait été créé par lui, achève d’en donner l'idée autant qu’il fallait en ce lieu par des paroles que le ministre traduit en cette sorte : « Que si, par la •pénétrationde votre esprit, vous croyez être capa-
■ bles de contempler ce que c'est que le Fils • je vous « le dirai en peu de paroles. La première génération «est au Père , qui n’est point engendré. Car dès lo « commencement Dieu étant entendement éternel ,
« a eu son Verbe en soi-méme ; parce qu’il était tou •
« jours raisonnable. Mais il étail( ce Verbe) comme « couché et courbé sur les choses matérielles des-
• tituées de forme : quand il a mêlé les choses spi- 1 « rituelles avec les plus grossières , s’avançant en
■ forme etenacle, c’est-à-dire, ajoute le traducteur ,
■ en venant à une existence actuelle.* Telle est la traduction du ministre. Il n’y a point de difficulté dans la première période ; mais le reste n’a ni sens ni construction ; jamais philosophe n’avait tenu de discours si peu suivi , et jamais pour un AUiéiiien rien n’avait été plus obscur. Car que veut dire ce ferùecoucAéef courbé surla matière, dont aussi il n’y a nulle mention dans l'auteur? Pourquoi , nu lieu des choses légèreSt mettre les choses spirituel Us dont il n'était pas question? El que signifie ce mélange des choses spirituelles avec les grossières? Que veut direaussi celte belle phrase \ Lapremière génération est au Père , qui n'est point engendré f Il est encore bien certain que l’original n'a point
— • Alhen. letf. pro Christ, n. in. ndeaJr. Op. S. Juê( p. ÎS6 et Hy. - * Lett. Vi, p. 43. - ^ Tub. Lett. vi, p. lao.
SIXIÈME AVERTISSEMENT
engendré f mais fait .ce que je ne prouve pas , parce que le ministre en convient, et qu’il a encore réformé cette fausseté dans son Tableau •. Mais le reste, ^ quoi il u’a pas touché, est inexcusable, comme on le va découvrir dans notre version que voici : « Si vous croyez pouvoir comprendre ce que
• c’est que le Fils , Je vous dirai qu’il est la première «production de son Père; non pas qu'il ait été « fait , puisque des le commencement , Dieu étant «une intelligence éternelle, et étant toujours rai- - sonnable, il avait toujours en lui-inéme sa raison «(nu son Verbe); mais à cause que ce Verbe ayant « sous lui , à la manière d'un chariot ( qu’il devait > conduire), toutes les choses matérielles , la na- ■ turc informe et la terre, les choses légères étant « mélées avec les épaisses ( et la nature étant encore
• en confusion) , il s’était avancé pour en être l’acte «et la forme.* Il n'y a rien làqucde .suivi : car après avoir observé que le Fils était la production de son Père , il était naturel d'ajouter qu’il en était la production non pas comme une chose faite ,
ceque le ministre avaitsupprimé ;mais commeétant toujours naturellement en qualitédc raison, en Dieu qui est tout intelligence. Le reste ne suit pas moins bien. La matière ou les premiers éléments , comme un chariot encore mal attelé et sans conducteur, étaient soumis au Verbe de Dieu qui en allait prendre les rênes : et toutes choses étant mêlées, le Verbe s’était avancé, non pour C existence ac-
tuelle, que le ministre à toute force voulait lui donner (car il ravail'éternelleet parfaite dans le scinde Dieu comme la raison et le Verbe de cette éternelle Intelligence); mais pour être /’ac/e et la forme ^ le moteur, le conducteur et i'âine, pour ainsi parler , de la nature confuse. Rien ne se dément làdedans : c’est une allusion manifeste au commencement de la Genèse, oh nous voyons pêle-mêle le ciel et la terre avec le souffle porté dessus; cequ’.Vthénagore exprimait par le mélange confus des choses légères et épaisses. Quand le Verbe s'avance ensuite pour débrouiller ce mélange , c’est encore une allusion à la parole que Dieu prononça pour faire naître lalumièrc, le firmament et le reste; car tous les anciens sont d'accord que cette parole est le Verbe même comme exprimé au dehors par son opération extérieure, ainsi qu’on a vu. De cette Boftetout était confus avant que le Verbe parût , et tout se range en son lieu à sa présence. Cest donc lui qui , étant déjà le Verbe de Dieu comme son idée et ion efficace, ainsi qu'Athénagorc le venait de dire , devient Vidée ou la forme cl l'acte de eelte matière confuse vers laquelle il s’avance pour l'arranger; ce qui est infiniment éloigné de cette existence actuelle qu'on veut lui donner à lui-même.
On voit dans ces cxpre.ssions ce qu'on a vu dans celles desaint Hippolyte, c’cst-à-dire, cette opération au dehors qui est spécialement attribuée au Verbe , pour montrer que Dien n’agit point par une aveugle puissance, mais toujours par intelligence et par sagesse; et c'est ce qui est encore exprimé dans les paroles suivantes, qui font la troisième partie du > P. IV».
passaged’Alhénagore. Aprèsavoir exposé commele Verbe s’avance par son opération vers la matière confuse, pour la former, il prouve son ex{K)siUon par l’Ecriture, en cette sorte : VA , dit-il, l'esprit propliétique s'accorde avec mon discours , lorsqu'il dit {ow lorsqu'il fait dire au Verbe dans les Proverbes de Salomon ), Seigneur m'a créé le commencement de ses voies •. Le ministre traduit cet endroit, dont il croit pouvoir se servir pour son dessein , à cause du terme de création qui semblait induire dans le Verbe une nouvelle existence au commencement de l’univers ainsi que le miiusirc le pensait alors; mais il supprime le reste du passage (J'Athénagore qui aurait fait voir le contraire. Cet auteur (Hiursuit donc ainsi: « L'espri t prophétique « s’accorde avec mon discours , lorsqu'il dit ; Dieu
« m’a créé Et quant à ce qui regarde ce même
« esprit propiiétique qui agit dans les hommes « in.spirés, nous disons qu'il est une émamation de ■ Dieu, et, qu'en dé^iroiilantdeiiii (sur les prophètes « qu'il inspire ) il retourne à lui par réflexion com- • me le rayon du soleil. » C’est en effet , le propre de l’iiispiralion de nous ramener à Dieu, qui en est la source comme de l'Esprit qui la donne ; par où l’on voit clairement que. sans parler de l’émanation éternelle du .Saint-Esprit, où les païens à qui il écrit n'auraient rien compris, Alhénagore fait connaître celte Personne divine par son émanation et son eftusioii temporelle sur les prophètes, c’està-dire , par l’ojiéraiion qu’elle y exerce ; comme il venait de faire connaître le Verbe par celle qu'il exerçait dans la création de l’univers : ce qu'il flnit en disant : ■ Qui ne sera donc étonné, qu’on nous « fasse passer pour athées, nous qui reconnai.ssons « Dieu le Père, Dieu le Fils et le .Saint-Esprit ? *
Le ministre n'a qu'à dire maintenant que le Saint- Esprit n'était pas, ou qu'il n’était pas parfait avant qu’il inspirât les proplièles; ou que, par cette inspiration, qui n’est qu’une effusion du Sainl Ksprît au dehors, il acquiert quelque nouvel être ou quelque nouvelle manière d'être: et s’il a honte de le penser, et de faire changer le Saint-Esprit à cause qu’il change en mieux les prophètes qu'il Inspire, il doit entendre de la même sorte celte création , c’est-à-dire celle production au dehors du Verbe qui était toujours, et qui, sans changer lui-même, a changé toute la nature en mieu.\.
On voit maintenant assez clalrciwnl tout le dessein d’Athénagore , qui, pour empêcher les païens de nous mettre au rang des athées , entreprend de leur donner quelque idée du Dieu que nous servons en trois Personnes, dont il ajoute qu’il fallait connaître Vuni/eet les di(/crences* : et comme ils ne pouvaient pas entrer dans le fond d’un si haut mystère, ni dans l’éternelle émanation du Fils et'du Saint-Esprit, il sc contente de faire connaître ces deux divines Personnes par les opérations que l’Écrilurc leur attribue au dehors, c’est-à-dire, le Fils par la création , et le Saint-Esprit par l’inspiiatloii prophétique.
Prvv. vui, 21. - * Jl/ftl.
SUR LKS LETTRKS DE M. JURIEÜ.
Cétâient làtlctix grands caractères du Fils et du Saiiit-Ksprit : l’uii, comme sagesse du Père, est reconnu pour i'auleurde la création, qui est un ouvrage de sagesse ; et l'autre , comme son esprit , est reconnu pour l'auteur de l'inspiration prophétique , qui est aussi le caractère qu'on lui donne partout. et même dans le symbole de Constantinople , où sadivinité est définie : Jecrois^ dit-on, au Saint- Esprit, qui a parlé par les prophètes : et c'est pourquoi Atiiénagore le caractérise, comme font aussi les autres Pères, parle titre d'Esprit prophétique. Il ne pouvait donc rien faire de plus convenable que de désigner ces deux Personnes par leurs opéralionsextérieures, niparmi cesopératinns en choisir deux plus marquées, que la création de l'universel l'inspiration des prophètes : ce qui fait voir, plus clair que le jour, que cette production du Verbe divin n'est en ce lieu, que l'opération par laquelle il se déclare au dehors ; et c’est encore ici un dénomment de la doctrine des Pères.
Je ne m'arrêterai point au défaut de la version des Septante, qui font dire à la Sagesse divine dans cet endroit des Proverbes de Salomon ; Dieu m’a créée. On sait qu’il ne s'agissait, comme Eusèbe de Cesarée l'a bien remarqué, que d'une lettre pour une autre , d'un iota pour un éta , i pourn ; et d'un Utict, qui signifie , m’a créée , pour un qui signifie , m'a possédée. L'Ikébreu porte, comme saint Jérdme l’a rétabli dans notre Vulgate, le Seigneur m’a possédée, c’est-à-dire, selon la phrase de la langue sainte, m'a engendrée : ce qui con* venait |)arfaiteinent h la sagesse engendrée, qui était le Fils de Dieu; qui dit aussi dans la suite : /jesabtmes n'étaient pas encore quand j'ai été convtie dans le sein de Dieu ; et fai été enfantée derani les eoUines, devant que la terre eût été formée, et que Dieu feût posée sur ses fondements *. La génération du Fils de Dieuse présentait clairement dans ces paroles , et redressait les idées que le terme de création aurait pu donner : et c'est pourquoi les anciens n'hésitaient pas à appeler constamment le Fils de Dieu , non pas un ouvrage , mais un Fils, non pas une créature, mais une personne engendrée avant tous les siècles. Mais VUrvu, le créé, de l’ancienne version , en engagea quelquesuns, non à mettre le Fils de Dieu au rang des créatures* mais à dire que la sagesse, éternellement conçuedans le sein de Dieu , avait été créée en quelque façon, lorsqu'elle s'était imprimée, et , pour ainsi dire, figuré elle-même dans son ouvrage, à la manière qu'un architecte forme dans son édifice une image de la sagesse et de Part qui le fait agir : car c'est eu cette manière qu’en contemplant attentivement une architecture bien entendue, nous disons que cct ouvrage est sage , qu'il y a là de la sagesse, c'est-à-dire, delà justesse, de la proportion, et, dans la parfaite convenance des parties, une belle et sage simplicité. En cette sorte, outre la sagesse créatrice, on reconnaît dans l'univers une sagesse créée et une expression si vive du Verbe de
» Prov. TîU, 15.
Dieu , qu’on dirait qu’il s’est transmis lui-même tout entier dans son ouvrage, ou que cet ouvrage n'est autre chose que le Verbe produit au dehors.
On voit donc en toutes manières que la doctrine des anciens docteurs n’est nu fond , que la même chose que la nôtre; puis<|ue ce qu'on appelle parmi nous l’opération extérieure de Dieu agissant par son Verbe, c’est ce qu’ils appelaient dans leur langage la sortie du Verbe, son progrès, son avancement vers la créature; sa création au dehors à la manière qu'on vient de voir; et en ce sens une espèce de génération et de production , qui n'est , en effet, que sa manifestation, et précisément la même chose que saint Athaiiase a depuis si divinement expliquée dans sa cinquièmeoroison contre les ariens*.
Si je n'avais autre chose à faire, je montrerais au raiüistre sa témérité; lorsqu'il accuse Athenanagore et les autres Pères ti'élre sortis de la simplicité de CÈcriturey en tentant d'expliquer U mystère *. Car on peut voir aisément qu’ils n'ont fuit que suivre les Proverbes de Salomon, et les livres Sapientiaux, comme on les appelle, dont saint Jean avait ramassé toute la tliéologie en ua seul mot, lorsqu’il avait dit : du commencement la Parole était. Je pourrais aussi remarquer, contre ceux qui les font tant platoniser, qu'en ce qui regarde le Verbe, ils en trouvent plus dans un chapitre de ces livres divins, qu’on en pourrait recueillir de tous les endroits dispersés dans les Dialogues de Platon : ce que je dis , non pas pour nier qu il ne convint à ces saints docteurs de présenter aux païens des idées qui paraissaient assez convenables à une philosophie qui tenait lo premier rang parmi eux; mais pour montrer au miuistro qu'ils avaient de meilleurs originaux devant let yeux.
Au reste, pour en revenir aux passages qu'il a cités des saints docteurs, on peut juger par les deux qu'on a vus, avec quelle témérité il a produit tous les autres. Une autre marque de son imprudence , pour ne rien dire de pis, est qu’en nommant les défenseurs de sa double nativité , il déclare qu't/ n’en excepte aucun des Pères jusqu’à citer, pour cette doctrine, saint Irénée, où il ne s’en trouve pas le moindre vestige, et saint Justin, qui n’en dit non plus un seul mot^. Ce n’est pas que je veuille dire qu’il soit sans difficulté. Il y a des diÛlcultés aisées à résoudre par les principes qu'on a posés, ou par d'autres qui ne sont pas de ce lieu; des difQcultés , en tout cas, qui regardent M. Jurieu et les prétendus réformés aussi bien que nous : en sorte qu'ils n'ont pas droit d’exiger de nous que nous ayons à les leur résoudre. Mais pour cette difficulté de M. Jurieu « qui regarde les deux naissances, lui-même il ne produit aucun passage de ce saint. Il est vrai qu’il cite pour cette doctrine, quoique à tort, Tatien, disciple de ce martyr, et H dit qu'il tavait apprise de son
* Athan. Orat. 5. in ArtM. Dunc Orat. 4, n. IS. I. i. p. aSS. - » LeU. VI ée l«8g. p. 43. - » F. S51 . - * Tab. UiL VI, p. 3S3.
SIXIÈME AVERTISSEMENT
mailre*. Mais s'il avait tout appris ü'un si etcel> lent docteur, il en aurait donc appris b dMesta* ble hérésie des eiicralites, dont ce malheureux disciple a été le chef depuis le martyre de son maître *.
Il ni'iusultc néanmoins par ces grands noms; et lorsque je lui reproche qu'il a corrompu la foi de la Trinité, « M. de Meaux doit savoir, dit-il
• que ces élo^es ne tombent pas sur moi , mats « sur ses saints et sur scs martyrs. » 11 les ap|>cile mes martyrs, comme il a couiiime de me dire, avec le même dédain , son Père Pétau ; mais en quelque sorte qu'il nte les donne , en cotero ou au* trement, je les reçois. Il nomme ensuite , parmi mes saints et mes martyrs, saint Justin , saint Irénéc, saint Hippolyte, dont on a vu que les deux premiers ne disent rien de ce qu'il prétend ; et le troisième en dit ce qu'on vient d'entendre, c'està-dire ce qui doit confondre le ministre.
Venons à saint Cyprien. Le ministre le comprendra-t-il parmi les auteurs de cette double nativité? Oui. et non. Il l'v comprendra; car il dit :* et moi, Je rC en excepte aucun. Il ne l'y comprendra pas : cor il e.st forcé d'avouer qu'j/ y a d'aif très auteurs, couime, par exemple, saud Cyprien où cette théologie ne se trouve pas; mais il ne les exempte pas , pour cela, de cette double génération : puisque cela vient t dit-il , de ce qu'ils n’ont pas eu l’occasion d'en parler. Mais saint Cyprien a eu la même occasion d’en parler que les autres ; puisque, comme les autres, il a expliqué, de Jésus-Clirist, cette parole des Proverbes : Dieu m'a créé, qu'il traduisait de même manière qu'on le faisait en son temps Il n'en a pourtant pas conclu cette double génération de Jésus-Christ comme Dieu ; et s'il te fait naître deux fois , c'est à cause qu'ayant été dès le commenr.emenl le Fils de Dieu , il devait naître encore une fois selon la chair par où il s’arrête manifestement à le faire naître deux fuis : une fois comme Fils de Dieu , et une autre fuis comme Fils de l'homme : et s'il n'a jamais parlé de celte troisième naissance, que le ministre tout seul veut imaginer comme véritable dans le sens littéral, ce n'est pas manque d'occasion ; mais c'est que ni lui, ni les autres, ne songeaient seulement pas à cette chimère.
Il nous allègue une autre raison du silence de quelques Pères sur cette double génération ; ou c’est peut-être, dit-il, qu'ils étaient plus modérés que les aulrcs. Mais si, à titre de modération, ou autrement , il n'o.se pas se promettre de trouver dans tous les anciens sa seconde nativité, il ne fallait donc pas trancher si net; c/ »ioi. Je n'en excepte aucun : car c'est la trop visiblement assurer qu'on avoue ce qu'on ne sait pas, et , contre sa propre conscience, vouloir trouver des erreurs qu'on puisse imputera l'f^glise.
Cest ce qui lui fait ajouter, qu'il ne faut pas faire deux classes des anciens auteurs : parce qu'on
■ Jur. LeU. VI <f«r lOio. — * Jip4ph. A«r. 4S. — * P. Ss5. — * /’. T- * if S. 1, U$t, ad Quir. c. t,p. ÎSt. —
• Ibid. cap. S, p. 288.
ne lit rien chez ceux qut te taisent, de cette double génération, çui condamne directanent ou indicée^ tement ce queles autres ont écrit là-dessus*. Quelle erreur I Tous ceux qui font Dieu spirituel et immuable , et qui, en particulier, font le Fils de Dieu incapable de changement, s'opposent directement à celte double génération , qui le fait une portion inégale de la substance du Père; un fils engendré à deux fois, formellement imparfait, et venant avec le temps à sa perfection, a la manière d'un fruit qui a l^oin de mûrir. Mais où ne trouve-tou )>as celte immutabilité et indivisibilité, puisque nous l'avons ntontrée partout; et même dans les auteurs, à qui on veut attribuer cette naissance imparfaite? C'est donc qu'eux-inémes ne la croyaient pas; personne ne lacroyait parmi les Pères : cette seconde nativité n'est qu'une similitude qu’on prend trop grossièrement au pied de la lettre. Il ne faut donc pas demander qu'on montre dans les trois premiers siècles une réfutation expresse d'une dilmère qui ii y fut jamais : on ne Ta non plus réfutée dans les siècles suivants, car on n'y songeait seulement pas; parce qu'on ne trouvait tout au plus une erreur si insensée que dans quelques extravagants qu'on ne connaît point, et que jamais on n'a crus dignes d'être réfutés. Si le raisonnement du ministre avait lieu , il n'y aurait donc qu'à imaginer dans la suite toutes sorteè d'extravagances, et à leur donner du crédit , sous prétexte qu'on ne pourrait démontrer qu'elle eût été réfutée. C'est donc une erreur grossière de parier ici de réfutation ; et c'est assez que nous montrions à notre ministre, que ses idées ridicules répugnent directement à celles des Pères, des l'origine du christianisme.
Il revient à &hnt Cyprien : « Et il n’est pas ap- « parent, dit-il *, que saint Cyprien, par exemple, « qui vénérait si fort TertuUien, et qui l'appelait « son maître , le regardât comnoe un ennemi de «la divinité de Jésus • Christ. Mais trouve-t-il bien plus apparent que saint Cyprien regardât son maître comme un ennemi déclaré de b perfection et de rimmutabilité du Fils de Dieu , ou qu’il trouvât bon qu'on l'appelât Dieu, en le faisant imparfait, et en lui faisant attendre du temps sa dernière perfection ? Il faut donc dire que saint Cyprien n’y aura pas vu ces erreurs, non plus que les autres, et qu'il n’aura pas fait à TertuUien un crime d'une métaphore ou d'une similitude. Ainsi, nous pouvons conclure sans crainte : que le ministre n'entend pas les Pères qu’il a cités ; et que c'est par un aveugle entêtement de trouver des variations, qu'il les implique dans l'erreur.
Il met au rang de ses partisans , sur la double génération, scùnt Clémetù d’Alexandrie^, où il n’y en a pas un seul trait. Il cite le Père Petau 4 , qui trouve bien dans co Père des locutions incommodes, mais non pas sur le sujet que nous traitons. Mais, je demande à M. Jurieu : osera-t-il mettre cet auteur parmi ceux qui ne combattent ni direc-
' P ÎM - * /ftirf. - ï P. 251. « L,b. I. de Trin. e. 4 N. 1. Ibid. f. 8, N. 7.
SUR LES LErmES DE M. JURlEü.
lein«nt , ni indirectement , la prétendue erreur des anciens? Quoi donc! ne conibat-il pas Tinégaiité et l'imperfection du Kils , lui qui l'appelle en un en* droit rraimenf Dieu et égal au Seigneur de toutes choses ' ; et en d'autres « toujours parfait , et parfaitement un avec son Père? Mais poussons à bout eet article de Clément Alexandrin. Après tout, que blâmera-t'On dans cet auteur ? Ce qu’on y blâme le plus en cette matière, c’est d'avoir appelé le Fils une nature très-proche du seul Tout- Puissant. Mais pesons toutes ces paroles; une nature; une chose née : d'où vient le mot de nature en grec comme en latin, «uaïc, une chose naturelle à nieu.*Q^i’y a-t-il là de mauvais? Le Fils de Dieu n’csl'it pas de ce caractère; c'est-à-dire Fils par nature, et non par adoption? Ce qui fait dire à saint Athanase que le i’ere n'engeodre pas son Verbe par volonté et par libre arbitre, mais par nature * ; et que la fécondité est naturelle dans Dieu ’ , quoiqu’elle soit, dans une autre vue, propre et personnelle dans le Père. On a donc pu , cl on a dO regarder dans le Fils de Dieu sa naissance, comme lui étant naturelle. Le mal serait, si l’on voulait dire qu’il est d’une autre nature, c’est-àdire, d’une autre essence, ou d’une autre substance que son Père; mais ce saint prclrc d’Alexandrie a exclu formellement cette idée, et surtout dans les endroits où H a dit, comme on a vu, que le Père et le Fils sont un , et un de l’unité la plus parfaite. Pendant qu’il pense comme nous, est-ce un crime de ne pas toujours parler de même? Mais il a dit que le Verbe est une nature, ou , comme nous l'entendons , une chose naturelle en Dieu , et très-proche du seul Tout-Puissant , ■K^^tstyicirr,. Où est le mal de cette expression? Cest qu’au lieu de dire très-proche t il fallait dire un avec lui. Il l’a dit aussi, comme on a vu : regardez-le selon la substance, il est un : regardcz-le comme distingué, il est très-proche; et remarquez que ce très-proche doit être traduit, très-uni à Dieu, et une chose qui lui convient très- parfaitement : car tout cela est renfermé dans le terme, Ce n’est rien
dVtrangcrauPèrc, puisqu’il est son Fils, et son Fils qui ne sort jamais du sein paternel, qui est toujours dans le Père, comme le Père est toujours dans le Fils. Qu’y a-t-il là que de vrai? Et pouvait-on mieux exprimer ccl apud Deum de saint Jean, qui signifie tout ensemble, et en grec comme en latin, être en Dieu, être avec Dieu, être auprès de Dieu ou chez Dieu ;c'est-à-dire, être quelque ciioscqui lui soit Irès-proelie et très inséparablement uni. Et pour ce qui est d'avoir appelé le Vhreleseul Tout-Tuhsant , lés moindres théologiens savent que ce n'est rien; puisque Jésus-Christ a dit lui-même : Or c’est la vie éternelle de vous connaître , ô mon Pèret vous qui êtes le seul vrai Dieu , et Jésus-Christ que vous avez envoyé < ; où il ne craint point d’appeler son Père le seul vrai Dieu, avec autant d’énergie que ec savant prêtre l’appelle le seul Tout-Puissant. Je
■ Ctem. <11 Protrrpl. Vl»Je Mipra. — * Orat. 4in Ar. ntinc Orpl. 3, H. 01, et ieq. t. I, p. ooa et $eq. - » Onil. 3, tltlj. — i Jonn. XVII , 3.
n'ai pas besoin ici de rappeler cette doctrine eoininune , qu'en parlant du Père ou du Kils ou du Saint-Esprit le seul n’est pas exclusif des personnes inséparables de Dieu, mais de celles qui lui sont étrangères : c'est pourquoi saint Clément d' A lexandric , qui ap|>elle ici le Père le seul Tout-Puissant , reconnaît ailleurs , comme on a vu ■, la toutepuissance du Fils, et l'appelle même formellement /e seuf Dieu, comme le ministre l'avoue*. « lloiii- « mes, dit -Il , croyez en celui qui est Dieu et
• homme; mortels, croyez en celui qui est mort. . qui est le seul Dieu de tous le, hommes. . Le Père n'en est pas moins Dieu , comme le Fils n’en est pas moins tout-puissant.
Après que ces diflicultés sont dissipées, la divinité de Jésus-Qirist va luire comme le soleil 'dans saint Clément d'Alexandrie t : . La très-parfaite , . très-souveraine, très-dominante et très-bienfai-
• santé nature du Verbe est très-proche, très-con- . venante, très- intimement unie au seul Tout- . Puissant. C'est la souveraine Excellence qui dis- . pose tout selon la volonté de son Père; en sorte que
• l'uuivers est parfaitement gouverné, parce que celui . qui le gouverne agissant par une indomptableet iné-
• puisable puissance, regarde toujours les raisons « cachées, • et les secrets desseins deDien.«CarleFils
• de Dieunequittejainais la hauteurd'où il contemple
• toutes choses; il ne se divise, nine separtage,ni ne
• passe d'un lieu  un autre; ilest partout toutentier - sans que rien puisse le contenir, tout pensée, tout
• œil, tout plein de la lumière paternelle, et tout lu- « mière lui-méme; voyant tout, écoutant tout, sachant « tout, - c'est-à-dire, sans difUculté, le sachant toujours, • et pénétrant par puissance toutes les puis-
• sances; à qui tous les anges et tous les dieux . sont soumis. . Si le ministre avait vu cinq cents endroits qu'on trouve dans cet excellent auteur, do cette élévation et de cette force , il n'en mépriserait pas comme il fait la théologie^. Elle renverse son système par les fondements. Si le F'ils de Dieu est une chose naturellement très-parfaite et toujours immuable, il n’a donc pas eu l^soin de naître deux fois pour arriver à sa perfection. Si son immutabilité exclut jusqu’au moindre changement quant aux lieux et quant aux pensées, c’est en vain qu’on veut lui faire aequérirdc nouvelles manlèresd'étre. L’inégalité n’est pas moins excluse; puisque spint Clément Alexandrin vient de le faire si pénétrant, si puissant, et, s’il est permis de parler en cette sorte, si immense, quele Père nepeutl’étre davantage. le ministre a donc cité témérairement cet auteur comme tant d’autres; et il ne veut qu’éblouir le monde par de grands noms.
Sans entrer dans tout ce détail, qui ne m’élnit pas nécessaire, dès mon premier Avertissement je lui étais en un mot tous les anciens en le renvoyant à Bullus, de qui il pouvait apprendre le véritable dénodment de tous leurs passages. Mais sa mauvaise foi paraît ici comme partout ailleurs. D’abord il n’a pas osé avouer que Bullus me favorisât, ni qu’un
' a-(l«ras. - ’Jur.p.SXt — ^CU-m In Prolnpl. —
• Stntm. VM, mi<. — ^ 333,
SIXIÈME AVERTISSEMENT
si savent proU’stDiit lui rnlo^M tout (riin coup tous scs nuU’urs sans lui en laisser un seul : et c'est pourquoi U dit d'abord dans son Avis à M. de Reauval * : a Un œuf n'est pas plus semblable à un œuf, que « les observations dcKullus le sont aux miennes. • On ne peut pas porter plus loin le inensonf;e; et pour le voir en un mot, il ne fout que ronsidêrerque cette seconde nativité de quelques anciens sc doit entendre selon Bullus*, non d'unonatiinté téritable et proprement rfife, mais (Fum naticUéJigurée et méta^riquej qui ne sqtnifiait autre chose queso manifestation et ta sortie au dehors /wr son opération : ce que Bullus met en thèse positivement, et ce qu'il répète h toutes les pages comme le parfait dénoüment de la théologie de ces siècles. Or comme cette solution renverse tout le système du ministre, il s*y oppose de toute sa force; en sorte que Bullus disantque tout cela s'entend en ligure, le ministre Jurieu dit au contraire et entreprend de prouver que cela s'entend à la lettre 4 : et voilà comme ces deux auteurs se ressemblent.
Parla même raison on pourrait dire que le catholique et le calviniste ont le même sentiment sur la présence de Jésus-Oirist dans l'eucharistie ; parce que si l’un la met en vérité, l'autre la met en figure. Les sodoiens seront aussi de même doctrine que nous ; parce que Jésus-Christ est figurément selon eux ce qu'il est proprement selon nous , Dieu béni aux siéctes des siècles^ : l'aflirmation et la négation, les lumières et les ténèbres ne seront plus qu'un ; et le ministre trouvera tout en toutes choses.
Il a bien fallu se dédire d'une si visible absurdité; mais c'est toujours de mauvaise foi : car au lieu que dans l'Avis àM. de Beauval, Bullus et Jurieu étaient deux œu/« si semblables qu'il n'y avait nulle différence;dans la sixième lettre du Tableau M. Jurieu se contente qu 'il n 'y ait pas dans te fond grande différence. Mais quelle plus grande différence veutil trouver , que celle du sens figuré au sens propre ? que celle qui met en Dieu de l'imperfection et du changement, et celle qui n'y en met pas? que celle qui introduit des variations dans les sentiments , etcelle qui n'en reconnaît que dans les expressions? que celle qui donne au christianisme une suite toujours uniforme, et celle qui commet les pères avec les enfants, les premiers siècles avec la postérité; qui donne enfin une face hideuse au commencement de la religion et à toute l 'Église chrétienne ?
AATICLB XI.
Que lelOQ propm priocipe» le ministre devait recevoir
le défioûment de Bullus, et qu'il lombe maalfesUuDeot
dans l'cxlrava^nce.
Mais pourquoi vouloir obliger le ministre Jurieu, unsi grand original en matière de théologie, à suivre lessentimentsde Bullus? Je le dirai en un mot: c'est qu'il devaits'y obliger lui-même, pour n'avoir point à dire cent absurdités qu'on vient d'entendre, avec
* Z*, a. — ’ DfJ. fid. Aïf. *fc/. a, c. ft. g 3, p. 337. — I Sfrt. a. c. s, g I. 7. e. s. g 5. eft*. — • Tab. Utt. VI. p. îiS, aos. — * Bwm. IX, 3. — * P. 2«|, 36S.
oent autres qu'on découvrira dans la suite; et si l'on veut parler plus h fond, c'est que le sentiment de Bullus portait, surtout dans un homme qui comme M. Jurieu fait profession de reconnaître la divinité de Jësus-Clirist, un caractère manifeste de vérité qu’on ne pouvait rejeter sans extravagance. Car d'abord tous les endroits dont le ministre abuse, étaient constamment des comparaisons , des similitudes ou, si vous voulez, des métaphores; puisque les métaphores ne sont autre chose que des similitudes abrégées, et encore des similitudes tirées des choses sensibles pour les transporter aux divines. De là venaient ces extensions, ces portions de lumière, et les autres choses semblables que nous avons observées : c’était si peu des expressions précises et littérales, qu'on en cherebait d’autres pour redresser ee qu'elles pouvaient avoir de défectueux ; et le caractère de similitude y était si marqué , qu’il n’y a rien , comme on a vu , de si ridicule à notre ministre , que d'avoir voulu pousser à bout ces comparaisons.
Celles qu'on tire de l'âme, qui est un esprit que Dieu a fait à son image , sont plus pures, mais toujours infiniment dispro{K)rtionnées à la nature divine. L'architecte, avons-nous dit, répand son idée et tout son art sur son ouvrage : ce qu’il a mis au dehors est en quelque façon ce qu’il avait conçu au dedans : tout cela peut s'appliquer à Dieu lorsqu'il produit le monde par son Verbe; mais il faut y apporter les distinctions nécess.'iires : car tout cela dans le fond n'est que similitude et métaphore même à l'égard de l'architecte mortel , qui a la rigueur garde toujours sa pensée, et ne la met pas hors de lui quand il bâtit : à plu forte raison tout cela n'est que bégaiement et imperfection à l'égard de Dieu.
Mais la comparaison que les Pères pressent le plus est celle de notre pensée et de notre parole ; ou, comme parle la théologie, de nos deux paroles : l'intérieure par laquelle nous nous entretenons en nousmêmes, et l'extérieure par laquelle nous nous exprimons au dehors. Tous les Pères ont entendu , après l'Écriture, que le Fiisde Dieu était son Verbe, sa parole intérieure, son éternelle pensée, et sa raison subsistante, parce que verbe, parole et raison, c’est la même chose : et pour la parole extérieure, ils la trouvaientaUribuée à Dieu au commencement de la Genèse; lorsqu’il dit : Que la lumière soff, et la lumière fut ; qu'il se fasse une étendue^ ou un Jirmamenty et il se fit uaeétenduCf ou un Jirmamenf; et ainsi du reste. Il est bien clair que cette expression de la Genèse, qui fait prononcer à Dieu une parole extérieure , e.st une similitude qui nous représente en Dieu la plus parfaite, la plus efficace; et pour ainsi dire la plus royale, et eu même temps la plus vive et la plus intellcotuelle manière de faire les choses , lorsqu'il n'en coûte que de commander , et qu’h la voix du souverain, qui demeure tranquille dans son trône, tout un grand empire se remue. Ainsi Dieu commande par son Verbe; et non-seulement toute la nature, et autant l'insensible que la raisonnable, mais encore le néant même obéit. Une
* Ccn. 1, 3 et te^.
SUR LES LETTRES DE M. JÜRIEU. 481
•i belle similitude méritait bien d’étrc continuée; mais en la continuant il fallait toujours se souvenir de son origine. On a suivi la comparaison en disant que celte parole, la lumière soit , cl les autres de même nature, étaient en Dieu comme en nous rimage de la pensée ; qu’en disant (Jue la lu‘ tniéresoil, Dieu avait produit au dehors ce qu'il avait au dedans, son idée, son intelligence, son Verbe, en un mot, qui est son Fils : qu il l'avait j)To/érê t prononcé, ma7ii/cstéau dehors^ à la manière que nous l'avons vu’;qu’alors il l’avait créé, engendre, enfanté en quelque fîujon : comme un discours que nous pronomjons après l'avoir médité, est en quelque sorte la production et renfantement de notre esprit. On sent bien naturellement que tout cela est la suite d'une comparaison; mais le ministre veut tout prendre rigoureusenient. En poussant l.i comparaison, Terlullien dit que cette prononciation extérieure où Dieu profère ce qu ii;pensait, en disant, Que la lumière soit faite, et le reste, est la parfaite nativité du Verbe* : le ministre conclut de là que le Verbe en toute rigueur est vraiment enfanté. Mais comme Tertullien attribue la perfection à celte seconde nativité, à cause qu’en un certain sens, et à notre manière d’entendre, une chose est regardée comme plus parfaite, lorsqu'elle se manifeste par son action; le ministre s’obstine encore à dire au pied de la leltreque le Verbe change , et acquiert sa perfection par cette seconde naissance. Et parce que le inémeauteurajoule après, que le Verbe parce moyen est sorti du sein de son Père; ou pour mettre ses propres paroles (car il ne faut point obscurcir les clioses par trop de dàicatesse ) qu’Üest sorti de la matrice de son cccur^ : le ministre conclut encore, qu’avantque Dieu eût parlé, le Verbe était dansson sein, inaisseulemeittcommeconc^u; aulieuque parsa parole il a été vraiment engendré et mis au Jour. Voilà dans Tertullieiitoutle fondement de ces enveloppements et développements tant vantés, et de cette double naissance qu'on veut prendre au pied de la lettre. Et parce que cet auteur a entasse comparaison sur comparaison, et métapliore sur métaphore pour trouver parmi les anciens des variations plus que dans les termes, il faudra leur faire tout dire à la lettre, et embrouiller toute leur théologie. Ne voila-t-il pas une rare imagination et une chose bien diHldle à entendre, que le dénoûment de Bullus qui rejette ces idées?
Mais enfin je vais vous forcer à le recevoir; car cette parfaite nativité de Tertullien n'arrive qu’à ces paroles , Que la lumière soit faite; ce fut alors et a cette voix, que, dit Tertullien le Verbe reçut son ornement et sa parfaite nativité ; ce sont les mots de cet auteur. Mais cette parole, Que la lumière soit, ne se fait entendre qu’après qu’il a été dit : /4u commencement Dieu créa le ciel et la terre*, ciel et ia terre ctaientdonc, que le Verbe n’était pas encore ; ou en tout cas il n’avait pas son être distinct, comme vous le vouliez en 1689, ou son être développé , comme vous l’avez mieux aimé
‘ U-deMQf. — » j4dv. Pmx. n. 6, <i, 7. — > Ibid. * Ibid m. 1. Gen.tt.
BQMCET. — Tom IV.
en 1090? Le Verl>e était donc alors aussi infenue que le monde? Mais par qui donc avaient été l'nits le ciel et la terre ? N’csl-ee pas eneore par le Verbe ? et .«aint Jean en a-t-i! irop dit lor.squ’il a prononcé , Toutes choses ont clé faites jtar /«i,el poiir appuyer davantage, sans lui rien na été fait de ce<iu\a été fait * ? Mais si vous êtes forcé, par celte {larole de saint Jean , à dire que dès re premier eoimneneemeiit le fiel et la terre ont eu par le Verbe tout CP qu’ils avaient d'exi.'-lenee; le Verbe les a-t-il faits avant que d’étre lui-même , ou avant que d’étre parfait ou formé et dévelop|)é, comme vous parlez? Est-ce qu'il s’élevait à sa perlection, à mesure qu’il perfectionnait son ouvrage? Ou bien est-ce qu'il est venu à trois fois et non plus à deux : une foi.s dans l’éternité ; faible embryon qui avait besoin du sein de son Père, d'où par un premier elTort il commença à le produire lorsqu'il créa en confusion le ciel et la terre, pour l'enfanter tout à fait lorsqu'il produisit ia lumière ?Quoi! vous n’ouvrez pas encore les yeux, et vous n'apercevez pas qn’en toutes ce.s choses II n’v a point d’autre dénodmenlqiiedessignifieatious mystiques, c'est-à dire, des similitudes ? en vérité vous être outré , et on ne peut plus raisonner avec vous.
Mais pourquoi, me dira-l-on, ne voulez-vous pas que Tertullien ail pu penser des extravagances? Si c'était Tertiillini tout seul , quoiqu'il n’y ait aucune apparenre qu'il en ait pensé de si énormes , ce ne serait pas la peine de disputer pour ce .seul auteur. Mais , puisque vous ne voulez excepter de ces folles imaginations aucun auteur des trois premiers siècles , vous mettez en vérité trop d’insensés à la leio de l’Eglise chrétienne, et vousdonnez a ia religion un trop hiible commencement.
Au surplus, il ne faut pas s’imaginer que le dénodment qu’on vient de voir ne sene que pour Tertullien ; au contraire, je n'al choisi cet auteiirqu'à cause que c'est lui qui , par soti .style ou ferme ou dur, comme on voudra l-'appeler, enfonce le plus ses traits , et appuie le plus fortement sur ces deux naissances, étant mémefc seul qui nous a nommé cette iwrfüile nativité qu’on vient d’entendre : de sorte qu’on ne peut douter que le deiioihnent qu'on emploie pour Tertullien, à plus forte raison ne serve aux autres , au nombre de cinq ou six qui ont eu à peu près la même pensée; et en voici une raison qui ne laissera aucune réplique au ministre.
I.c nicme TiTtullien, lorsque Dieu proféra ces mois, Que la lumière soit faite, dit qu’/7 /îro/t rr» une parole sonore comme le traduit M, Jurieu’, rrtxetsonusoris; aer o/fensus intcUigltAtls andiUt, I.C ministre croit trouver la meme chose dans Lactance, dans saint Hippolv te et dans Théophile d’Anlloche, qui, selon lui, ont admis celte parole sonore , c’est-à-dire, sans difficulté, comme il en convient, une parole externe et proférée à rextérieur. ^lais a-t-il pris au pied de la lettre les expressions de ces Pères? Point du tout : il a bien su dire qu'on volt bien que cela ne se doit pas prendre à (a rigueur ,
' Joan. I, 3. — » Ade. Prax. 7. - * Tab. ri, L*U. p. MO.
SIMKMK AVKRTISSKME^T
Citrumc a fait k Pàfc Pvhtui oii le voil bien par i'ahsiirdiR' exci‘ssivc (le ce senlimenlf qüi ne peut jainaii (*tre tombé dans une tète sensée. Pourqtjoi donc n*oiivrirpaâ les yeux à de semblables absiir* dites qu'il attribue lui-mi'ineà ers IVres.^ Pütirpioi M.‘ pas recourir à une ligure (prii a déjà reconnue en lelte mèmeoerasion da:;s ees auteurs? Kt pouripini s'obstiner toujours à leur faire dire, au sens littéral, que le Verbe naisse imparfait dans le sein de Dieu ; que son Père ou n'ait pas pu ou u’aitpas voulu lui donner sa perfeclioa d'aburl ?
l.a suite mèinedi^s choses excluait ce dernier sens. T,es mt'ines qui ont cinplo\c dans leurs interprétations celte parole rcMmnanle, t’onl considérée comme un curp.setun rcvLtissementqiie Dieu donnait à son Verbe ; de même que nos [•aroles sont um* espece de cor|)S et de revèlis.scinenl que nous domu)i|s à no.s pensives. Kii suivant la comparaison, K pour donner plus de substance ou , si Ton vêtit , plus de corps à cette parole résonnante par latpielle on veut que Dieu ait créé la lumière, quelques-uns deet^ auteurs lui ont attribué une subsistance durable, semblable ù celle que nous donnons à nos pnn^'cs et à nos paroles, lorsque noms les inetloiis par écrit. Tout cela est il vrai a la ri;;ueur? Dieu al-il écrit ce qu'il disait? Mais a-t-il elïeetiveinent parle? à qui , et en quelle lanstie? à la maticre qid était muette ct.sourdu? ou aux hommes qui n'ctaii ni pas? ou aux nn^es à qui il ait donné pour cela des oreillescomino a nous? Forcé par l'absurditc d’une telle imacination, le ministre reconnaît ici une figure dont l'esprit est eu deux moU : que Dieu aiiit au «lehors par son Verbe qui i%t sou Fils, qu'da^it en commandant, c*e.st-a-dire, avec uii pouvoir absolu ; «|ue le Verbe par qui il commande, et qui est lui-mcineson coinmandemeiit ainsi qu'il est sa parole, est une personne* ; et que la mémo vertu par laquelle il a une fois créé le monde, subsiste clernellement pour lo conserver.
Pour pousser à bout le ministre par ses propres principes, voici en ItiUO eoutine il prouve que ie.s anciens ont reconnu le Fils d«* Dieu éternel ; non plus en germe et en seinenre , comme il disait en 1G8Î) , car il ne l a plus osé dire depuis ; mais eu existence et en personne : « Ce serait , dit-il • , une er- « reur folle de croire, comme ils ont cru , qu'il est « en^eudré tle la substance du Père sans croire qu'il « soit éternel. • Il a raison; car, pour en venir à cette folie, il faudrait croire que la substance de Dieu ne serait pas éternellü, ou qu'on en pourrait séjmrer son éternité. P,issons outre : cela est trop «•lair pour nous arrêter davantage. Le ministreajonte ailleurs, en parlant des mêmes Pères * : • qu'il « faut croire que ceux qui errent ne sont pas fous ; « et que ce serait l'être, et .se contredire d'une ma-
• nière folle, que de dire absolument d'une part, « (pie le Pils est une même substance , et qu'il est
• CdétcrnH au Père , et dire cependant qu'il aur.i « eominenk é. » A la bonne heure : il ne veut donc pas que les anciens soient fous , ni qu’ils sc contre-
• Li-d(.'&5U5. — * — tiij — î Itid
di.sent d'une manière folle : mais si c'est une absurdité de croire qu’on soit de même substance sans être coélernel ; ou cpi'on soit eocternel , et que cependant on ait commencé , ce n’en est pas une moindre ni moins sensible, que de croire qu’on soit de même substanc**, sans croire qu'on soit aussi en tout et partout de même perfection ; que de croire qu'on soit éternel , sans croire qu’on le soit aussi en tout ce cju’on est ; que. de croire avec tou.s les Pères qu’un soit immuable, et qu'on rbange cependant ; que la substance soit indivisible, et qu'on n en tire au pied de la lettre qu’une portion ; ou qu’on s'envelopj»e et se développe l’ui» de l’autre, sans être des corps et sans changer ; que de croire , eaün qu'on soit Dieu sans être parfait et qu'on soit parfait ou heureux lorsi]u'on manque de quelque chose; 011 qu'ii n’arrlve point de changement dans la substance du Pere, lorsqu'il survient quelque cliose à soA Fils ()ui est dans son sein; ou que le l*èrenc soit pas d'abord parfaitement Père , et qu’il laisse mûrir sou fruit dans Ses entrailles, comme une mère impuissante; et toutes les extravagances aussi brutale.s qu’impies que nous avons vues.
Je maintiens que les ariens et les sociniens n'ont rien de si insensé que celte doctrine; car on peut bien avoir cru, oti, avec les orthodoxes, que le Fils de Dieu ftU né de toute éternité par une seule et meme naissance, ou qu'il fiU né tout à fait et tout entier dan.'* le temps, et vraiment tiré du né.inl : voilà deux extr(‘mités innniment opposées, mais «pi'on peut tenir séparément l'une et l’autre, sinon avec vérité, du moins avec des primapes en quelque sorte suivis : mais(|u'eu suppos^ini le Fils de Dieu éternel et de même substance que Dieu, on le supposât en même temps si imparfait qu'il nepiU venir d'abord tout entier, et qu'il lui fallût du temps pour le mettre à terme, ou que son Pere le eltarigr.it lui-même volontairement dans son sein etl'avaii^ràt à sa perft clioii nvi*c le temps, c’est attribuer au Père cl au Fils tant d'impuissance, tant d'imperfection, (*t un si pitoyable changement , qu'on ne peut l’avoir pense de celle sorte, comme le ministre le fait penser non à Iroi.sou à quatre inconnus, inai.s à tous les Pères des trois premiers siècles, sans une folie consommée.
Kt sans tant de raisonnement, qui ohügeait à prendre toujours à la lettre Tertuliien*, le plus iigur(‘, pour ne pas dire le plus outré de tous les auteurs? Cor peut-on expliquer seulement six lignes dans les endroits dont il s'agit, sans avoir cent fois recours à lo figure? (^ette parole sonore que nous avons vue, n’est-ee pas une inévitable ligure, de l'aveu du ministre .lurieu? /J/eu s'agiUiUentui-mfme^ comme Terlullieit le répète par deux fois*, et U trnoaiUail en pen*ant à faire le momie : le peut-il dire à lu lettre , lui qui dit dans les mêmes lieux ^ , que rien n'est difficUe a Dicm, et qu’à lui vouloir et pouvoir, c'e^t la même choâe? /4vimt rpte Oien etit parlé, dit encore Tertuliien , il médita ce qu'il
• Aâv. Prar. M. 7. — » Cont. Hirrmag. fi. ig. Jbid. 4S. — • ^ .4iiv. I‘r\ix. n. 10.
SUR LFS LETTRES Î)E M. JVRIEU.
niifii faire. !'*'¥ pensall-il pas auparavant et üe iMte étprnîlè? ./NssUôtque Dieu roulut mettre au Jour eequ UnraUdixjme, ilproféra son t erbe. Nepensa- \ -itdoiic, encore nn coup, h son ouvrage, que lorsqu'il donna ses ordres pour rexécuter? Qui ne voit manifeslemenl les munies façons de parler, qui foui dire, que Pieu se re|>enl ou qu’il se fiirhe? Mais si, pour conserver dans res expressions la majesté inCmie du Père céleste, il faut nécessairement sortir du sens littéral et rigoureux, quelle peine peuton avoir h les adoucir pour l’amoiir du Fils de Pieu? Mais en les adoucissant, tout vous écliappe ; vos deux nativités s’en vont; puisque rerUiMien est le seul où vous trouvez la parfaite nativité clin conception du Verbe, cl qu’eiifin vous «avez |K)int de plus ferme appui de votre cause.
Mais U objecte que Tertullien à dit des choses encore plus dures, puisqu’il va ries passages où il dit que /« Père seul était étent fl, et que le Fils a eu un commencement'.
Sons entrer dans la discussion de ces passades, on volt bien que le ministre les allègue a tort, puisque cVst évidemment contre lui-nuhue;car constamment ce qu’ils contiennent est si excessif, qu’on ne peut le soutenir au pied de la lettre, rpie dans le sens des ariens, qui nient l'éternité du Fds de Pieu. Il faut donc ou les abandonner à ces hérétiques, ce que le ministre ne veut pas, ou bien les tempérer par quelque figure , qui est pourtant précisément ce qui! nous conteste.
Kt pour montrer qu’il ne veut qu'amuser le monde, il ne faut qu’entendre ce qu’il dit lui-méme sur ces passages de Tertullien : « C’était, dit-il*, « un esprit de feu qui ne savait ganler de mesure en
• rien, et qui outrait tout. Kn disputant avec sa
• chaleur ordinaire contre Hermogène, qui fai-
• sait la matière éternelle, il a poussé sans bornes « la théologie de son siècle sur la seconde génération
• du Fils , pour montrer que rien n'était , à parler
• proprement, éternel que le Père. Mais il ne faut « pas s’imaginer qu'il ait eu dessein de nier cette « existence étemelle qu’il donnait au Verbe dans le
• sein et dans le cœur de Pieu. » Tout ce discours aboutit h vouloir trouver de la justesse dans les mouvements d’une imagination , qu'on suppose si échauffée. Mais après tout, pour faire sentir au ministre la bizarrerie de ses pensées, demandonsiui ce qu’il prétend faire de Tertullien? Un •irien, qui ne veuille pas que le Fils soit de même substance que son Père? Ccl auteur a dit cent fois le contraire : et le ministre en convient. Quoi donc? un fou qui ne crilt pas que réternité fiU de la substance de Pieu, ou qui rnlt qii'oii prit être Pieu sans être éternel? Il a dit tout le contraire dans le propre livre d'où est tiré le passage dont nous di.sputons. • Par où, dit-il^, eonnaft-on Dieu et le
• met-on dans son rang que par son éternité ? » Et ailleurs : « La substance de la divinité c'est réternité ,
• P. 240. — » Tab. Lett. n, p. ÎW3. — » Cont. fterm.
« qui est sans commencement et sans fin » Ponc le Fils de Pieu étant Pieu, de même substance que Pieu, il faut qu'il soit éternel. F.nlin, que voulez-vous donc que Tertullien ait pensé, lorsqu’il a dit que le Fils de pieu n'clait pas sans commencement? C'e.si, dites-vous, qu'il n’était pas sans coniinenreinenl selon une manière d élre et en qualité de Vcrlic, quoiqu’il fdt sans coinmenrement dans le fond de sa personne et en qualité de Sagesse. Ü’abord cela est absurde, et, à le preniire au pied de la lettre, contre toutes 1rs idées des chrétiens. Mais passons tout nu ministre. Supposé que Tertullien , contre ses propres principes, et contre tout ce qu’il a dit dans les endroits qu'on a vus, ail voulu faire le Fils de Dieu muable et né deux fois à la rigueur, aura-t-il «lu moins raisonné juste? Point du tout, dit M. Jurieu» ; il aura toujours /Jowssé sans bornes la théologie (le son siècle; et il demeurera pour certain qu’il n’a pas dû dire que le fils de Dieu eût coiiimencé d'étre : |Mils(|u'il a, selon lui-méme, une subsistance éternelle. IMnis poussons encore plus avant. Cet auteur n’a-l-îl pas dit clairement en plusieurs endroits, et meme contre lleniiogcne,' qui est le livre dont il s’agit, que ce qui est éternel ne change en rien, ni en substance, ni en qualité, ni en accident, ni enfin en quoi que ce soit? Nous en avons vu I«îs passages qui ne souffrent point de réplique’. Mettez qu’ave«î ces principes un homme entreprenne de dire, que celui qui est éternel naisse «leux fois au pied de 1n lettre, et qu'une seconde naissance lui ote ce qu'il avait, ou lui ajoute ce qu’il n'avail pas; cela ne se peut, et riimnanité y résisté. On ne peut pas si ouvertement se contredire soi-méinc, ni oubliera l’instant ce qu'on vient d écrire. En tous cas Tcrtiillien seseradonccüiilredit, il se sera donc oublié : il faudrait donc pour celle fois laisser là ce dur Africain, sans faire un crime à toute l’Eglise des obscurités de son style et des irrégularités de scs pensées.
Je ne parle pas en cette sorte de Tertullien dans l’opinion deceux qui s'imaginent avoir droit de le mépriser, à cause que son style est forcé, et qu'il s’abandonne souvent à sa vive et trop ardente imagination : car il faut avoir perdu tout le goût de la vérité, pour ne pas sentir dans la plus grande partie de ses ouvrages, au milieu de tous ses défauts, une force de raisonnement qui nous enlève : et sans sa triste séviirité, qui à la fin lui fit préférer les rêveries du faux prophète Montan à l'Église catholique, le christianisme n’aurait guère eu de lumière plus éclatante. Je ne l’abandonne donc pas en cet endroit ; et je croirais au contraire pouvoir faire voir, s’il en était question , que tout ce qu’il a de dur dans son livre contre Hermogène, il ne le dit pas selon sa croyance , mais en poussant son adversaire selon scs propres principes. Maintenant il me suffit de démontrer l'injustice de notre ministre, qui ne 'cite de bonne foi aucun des Pères qu’il produit, et qui renverse lui-méme le téinoi-
' Âd fiat, lib II , c. 9. * Tah. Led. Tl , p. 263. — * $upra.
SIXIEME AVERTISSEMENT
gnage (ju’il tire de Tcrlulllf-n, en voulant le prendre à la lettre, dans un endroit où il avoue qu'il est outré au delà de toute mesure.
On a honte des piloyahles raisons qu’il oppose à llulUis, qui lui montrait le grand rhemiii : les voiri. La première , on ne prouve f>ax it » mr/«p/iorcSf comme les nnclens ont prouvé celte seconde naissance et ce développement du Verbe; var ies vtètopfwres sont des faussetés y prises et prouvées dans te sms Uf/érat’. ^'oi^à de ces faux principes qu'on jette en l’air, quand on ne sait cequ’ondit, et qu'on ne veut qu'étourdir un locleur; car le contraire dcccqu'ilavance est incontestable. On prouve les similitudes et les comparaisons, soit qu’elles soient étendues, soit qu’elles soient nbrégéeset réduîtesen métaphores, qtnmioji les explique et qu’on en montre les convenances. On prouve tous les jours aux Juifs que Jésus-Christ est celte étoile de Jacob que vit Balaam» , celte fleur de In tige de Jessé que vit Isaîe^, celte pierre rejetée d'abord, cl puis mise à l'aiigle, que chanta Oavid^. Nous prouvons très-bien aux protestants que l’Église est ta maison bâtie sur la pierre c’est-à;dire, qu’elle est inébranlable, et la cUé élevée sur une montatjne^y c’est-à-dire, qu’elle est toujours visible. î.rs protestants eiix-inémes prouvent tous les jours que les sacrements sont des sceaux de l.i grâce et «le l’alliance, contre ceux qui n'y reconnaissent que «le simples signes de conl'ixléralion entre les fidèles. On prouve donc une métaphore et une figure,, lorsqu'on prouve qu'une figure explique parfaitement bien une vérité, et qu elle épuisé tout le sens d’un discours. Ainsi les Pères ont très-bien proiné, non pas que le Verbe, qui est né de toute éternité, naisse de nouveau au commeucement des temps, car cela porte son absurdité dans scs propres termes ; mais que te Verbe qui était eoebé dans le sein de son Père a opéré au dehors, et qu'il a été manifesté, lorsque Dieu a commandé à l'univers de parnilre;eequi était en un certain sens produire son Verbe et mettre au jour se pensée, comme il a été expliqué souvent.
ImO seconde raison n'est pas meilleure : «« En ••disputant contre les hérétiques, ou contre les «païens ennemis du mystère de la Trinité, parler •• métaphoriquement ce serait la dernière impru- •• dence , et une inexactitude qui ne pourrait se sup- • porter?. Au contraire, c’est précisément les espritsgrossiersdos païens qu’il fallait tâcher d'élever aux vérités intellectuelles pardes expressions tirées des sens. Aussi tout est-il rempli de ces expressions dans les livres qu’on a faits pour les instruire ; et i! faut n'avoir rien lu , ou n’avoir rien digéré , pour le nier. J'en dis autant des hérétiques. On a si peu évité les similitudes, ou, si l’on veut, les métaphores , dans les écrits qu’on a faits pour les confondre , qu’on en a même inséré dans les symboles
Tub. Lett. VI, p. SiH. — » /V«m. xxiv, 17. — * 1$. j. — * Pt. exTM, î2. - * }tauh. vif, tt as. — • Mallh. v H « ibH.
où on les eondnnine; puisqu’on a dit dans relui de Nirée : Dieu de Dieu, lumière de lumière. Les hérétiques sont grossiers à leurmanière, quoiqu'ils soieot encore plus opini.^tres. Comme opini.Vrcs, on les abat par la parole de Dieu ; comme grossiers, on se sert de tous les moyens , par où on lùrlio d'élever lesesprils iiilirines à la sublimité des myslères. Il n'y a donc rien de plus pitoyable que de raisonner en cette sorte Terlullien disputait . contre Pravéas et contre des hérétiques qui
• niaient la Trinité; Tliéopbile disputait contre des
• païens ' :• donc ils ne devaient point user de métaphores. Mais, au contraire, tout en est plein dans ces ouvraRCS ; et entre autres on y voit en termes précis celle dont nous disputons. C’est dans le livre contre Praséas , que Tcrtullien attribue la seconde naissance du P'ils à cette parole sonore et extérieure dont nous venons de parler. Le ministre en produit lui-méme le passaRC, et le traduit en CCS termes. ■ .Mors, dit Tertullieii *, la parole reçut
• sa beauté et son ornement , savoir la voix et le
■ son, quand Dieu dit. Que la lumière soit; et «c’est là la parfaite nai.ssance de la parole.» Or c’est précisément de cette expression de Terlullien que le ministre a prononcé, comme onaxTi, qu'il ne la faut pas entendre à la riRueur’. Il trouve la meme expression dans le livre de Tbéoplùle contre les païens t. Ainsi, dans ces deux auteurs, celle seconde naissance est visiblement exprimée par une similitude : et le ministre songe si peu à ce qu'il dit, qu’il exclut celte ligure non-seulement des mêmes ouvrages , mais encore des mêmes passages où il l'admet.
La troisième et la dernière raison a déjà été. lnucbée;c esl,dit le ministre', que - sur une simple
• métaphore, les anciens ne se seraient pas emportés «à dire des choses si dures, en disputant contre
■ l'éternilédc la iiialiere. ■ Ces anciens, qui ont dit ces duretés au sujet de l'éterultédc la matière, se réduisent à rerlullien, qui semble dire que le Fils de Dieu a eu un commencement , et qu'/f n'ij a que le Père qui soit éternel ; et le ministre prétend que pour sauver cet esprit outré, coinine il l’ap|)ellc,et couvrir les absurdités vraies ou apparentes de son discours, il faut lui en faire dire de plus excessives; n’y en ayant point de pareilles à celles de ces deux naissances, ni qui soient pleines d’ignorances, de contradictions et d'erreurs plus insensées.
On voit donc qu’il ii’y avait rien de plus naturel que le sentiment de Bullus, et que le ministre y était entré eu quelque façon. J’ai même remarqué qu’en attribuant à l’ancienne f jitise les absurdités de ces deux naissances, il n’o pu s'empêcher d’en faire paraître une secrcle peine ; c'est pounpiol bien qu’il eût dit et redit qu'il voulait prendre à la lettre et sans ligures ces portions et ces extensions de la nature divine, il a fallu y ajouter des pour ainsi dire, qui .adoucissaient la rigueur d’un dogme af-
' Jur. 24r». — > Jdv. Prax. rap. 6 , 7. — « ^ Mo —
« - » P. 218. - » Ü-ltMSU*.
fwuj. Cette seconde naissance s'est faite par rnie W expulsion, /mur ainsi dire' ; Dieu, pour ainsi dire, dérelnppant ce qui liait renfermé dans ses entrailles'. Kt encore qu'il se propose dans tout son ouvrage de faire voir des changements véritables , etde nouvelles inanièresd'étre réellenientattribuces à Dieu par les saints Pères (autrement ses variations prétendues de l'ancienne Église s'en iraient à rien), il a fallu dire que ces manières d'clre sont en quelque sorte nouvelles^ : c'est-à-dire qu'il a senti que son lecteur serait offensé des imperfections et des nouveautra qu'il fallait attribuer à Dieu par les anciens Pères. A la bonne heure ; qu'il achève donc de se corriger , et qu'il laisse en repos les premiers siècles qui font i'honneurdu christianisme. On voit bien qu'il le faudrait faire, et donjier gloire à Dieu en se rétractant ; mais il faudrait donc se résoudre à ne plus parler des variations de l'ancienne Église; et ce dangereux principe de ^1. de Sleaux , que la religion ne varie jamais , demeurerait inébranlable.
Il s'élève ici contre moi une accus.ation , dont voici le litre à la tète de l'article iv: fourberies de l'écéque de Meauxi. Mais quelque rude que soit ce reproche, le ministre n'est pas encore content de lui-même; et, examinant la conduite que j'ai tenue avec lui dans mon premier Avertissement:
• On a px'ine, dit-il à nommer une lellecomluite; - mais il faut s'y résoudre : on ne saurait donc “ I ap|H'Ier autrement ipi'une fri[)onnerie insigne. • Vous le voyez; il a peine à lâcher ec mot, tant les injures lui eoiilent à |irononcer : mais , après qu'il a surmonté cette répugnance, il répète plus aisément la seconde fois, /« friponnerie de léréque de .Meaux ; et on voit qu'il a de la eomplaisanee pour cette noble expression. Ijs fondement de son discours est d'aliord que je le renvoie au père l’étau et à Thillustout ensemble, pour apprendre les vrais sentiments des Peres des trois premiers siècles :
• Pour achever son portrait , dit-il «, M. de Meaux
• ne (lonvait mieux faire que de joindre , comme il
• a fait, llullus à Petau, comme travaillant à la > même chose; puisque Biillus s'est occiqic pres-
• que uniquement à réfuter Pétau pied à pied- Ceux
• qui ont lu ces deux auteurs sont épouvantés d'une
• telle hardiesse? , » de faire aller ensemble deux auteurs sidirectemetit opirosés.
Il di.ssimule que ce que j'allègue du père Pclan n’est pas son second tome, que Bulliis réfute, mais une préface postérieure dont Bullus neparle qu'une seule fois et en p.assant : et si j'avais à me plaindrede la candeur de Bullus, ce serait pour avoir poussé le père Pétau sans presque faire mention de cette préface où il s'explique, où il s'adoucit, où il se rétracte, si Ton veut ; en un mot, où il enseigne la vérité à pleine bouche.
Quelle réplique à un fait si important ? C'est une friponnerie ,e\., dit M. Jurieu*, on ne peut rien imaginer de plus infâme que d'épargner le père
' P. 257. — ■ P. BS. — • P. 2S6. - • Tili. Ixll. VI —
• JM. p. 2e*i. — s P. -293. — 1 d* . SSil. — • /*. 292.
SUR LES I.ErillES DE M. JURIEU.
Pétau , et d'accuser ce ministre qui dit beaucoup moins. Mais pourquoi alléguer toujours le père Pétau, qui a dit la vérité tout entière dans un écrit postérieur ? Que M. Jurieu l'imite ; qu'il s'explique d'une manière dont la foi de la Trinité ne soit point blessée , nous oublierons ses erreurs : mais pni.squ'au lieu de se corriger, plus il s'excuse, plus il s'embarrasse, et qu'il s'obstine à soutenirdans la Trinité de la mutabilité, de la corporalité et de l'imperfection , et , ce qui est en cette matière le plus manifeste de tous les blasphèmes, une réelle et véritable mégalité-, ou qu'il craigne la main de Dieu avec ses faux dogmes, ou qu'il cesse de les soutenir, et de favoriser les impies.
Le ministre répond ici : . Que nous importe
• apres tout , ce qu'a dit le père Pétau dans sa
• préface ■ ? . Mais c'est le comble de l'injusticecar c'est de même que s'il disait : Que nous importe, quand il s'agit de condamner un auteur de hre ses dernier.s écrits, et de voir à quoi à la fin il s'en est tenu.’ étais enlin , pour en venir à cette préface, . le père Pétau , dit le mini.stre ■ ,y prouve.
■ la tradition constante de la foi de la Trinité dans
• les trois premiers siècles, comme un socinien ou
• du moins un arien la pourrait prouver. . Il faut avoir oublié jusqu’au nom de la bonne foi et de la pudeur pour écrire ces paroles. Bullus , le grand ennemi du père Pétau, lui fait voir dans le seul endroit qu’il cite de cette préface ’ , que le père Pétau y a reconnu dans saint Justin . une profession de
• la foi de la Trinité, à laquelle il ne se peut rien « ajouter , aussi pleine .aussi entière , aussi efficace " qu’on l'aurait pu faire dans le concile de Mcée ■
• d’où s’ensuit dans le Fils de Dieu la communion et
• l’identité de substance avec son Père, sans au-
• cun partage, et, en un mot, la consubstantia-
• htédu Père et du Fils. • Le ministre ne rougit-il pas après cela d'avoir osé dire que le père Pétau défend le mystère de la Trinité , comme aurait pu faire un arien et un socinien? Mais sans nous arrêter à ce passage , il ne faut qu'ouvrir la préface du |ière Petau , pour voir qu'il entreprend d’y prouver que les anciens • conviennent avec nous dans le
• fond dans la substance, dans lochose niêinedu mys-
■ tèredela Trinité, quoique non toujours dans la
• manière de parler ; . qu’ils sont, sur ce sujet, sans aucune tache < : qu'ils ont enseigné de Jésus- Christ, . qu’il était tout ensemble un Dieu inflni ,
• et un homme qui a ses bornes ; et que sa divinité
• demeurait toujours ce qu'elle était avant tous « les siècles, infinie, incompréhensible, impassible,
« inaltérable, immuable, puissante par elle-iiicinei « subsistante , substantielle , et un bien d'une vertu
■ infinie’ : ce qui était, ajoute le père Pétau , une
■ si pleine confession de foi de la Trinité, qu’au-
■ jourd’hui même , et ajircs le concile de Mcce , on
• ne pouvait la faire plus claire . Voilà, .selon M. Jurieu, établir la foi delà Trinitéco/n/nc pou-
' P. î9:î. — » Ihtti. — > D'f. Jiii. Nie. sert. 2 , f. * , 59 , b, 108. Pmif. in /. tl 7'Arnf. Dagm r. 3, if. I. — * Ptée/. e |
». 10, |2;r. 2, c.a, fto. - » /6i(/. f. 2. — «/Mf/.
SIXIÈME AVERTISSEMENT
waU faire un arien. Enfin le père PéUu remarque même dans Origène, ta fÜvinitéde ta Trinité adora* hle* ; dans saint Denis d’Alexandrie, la coétemité et la coMubstaHfiatUé du Fds ; dans saint Grégoire Thaumaturge, un Père parfait if un FiU parfait , vn Saint* Esprit }mrfaUimagectun Fih parfait; pour coorlusion , la parfaite Trinité en un mot, dans ces auteurs la droite et pure confession delà Trinité * : en sorte que lorsqu'ils semblent s'éloigner de nous , c'est , selon ce Père ^ , ou bien avant la dispute, comme disait saint Jérôme uwinsdeprécautiondans leurs discours, le substaniieldelafoi demeurant te même jusque^anx Tertul* lien, dans Moratien , dans .tmobe, dam tMctance môme et dans le auteurs les plus durs^; ou , en tout ras, des ménaçteineiits, des condescendances, et, comme parlent les Grecs, des économies qui empé- I baient de découvrir toujours aux païens, encore trop infirmes, rintime et le secret du mystère arec ta dernière précision et subtilité Par consêtjuenl il est constant, selon le père Pélau, que toutes les différences entre les anciens et nous dépendent du style et de la méthode, jamais de la substance de la foi.
Voilà d'abord une réponse qui ferme la bourbe : maîsd'aiileurs, quand re savant jésuite nese serait pas expliqué lui-méme d'une m.inière aussi pure etaiissi orthodoxe qu'on vient de i'entemlre,à Dieu ne plaise qu'il soit rien sorti de sa bouche qui approclie des euarementsde M.Jurieii. Cx ministre croit me mettre aux mains avec ie*s savants auteurs de ma coiniimnion, en proposant à cha.pie pa^e le grand savoir du père Pétau et de \t. Huet 7 , et me repro- «•liant en inémetemps » <|tie si j'avais traversé comme
• eux le pays de l antiquité, je n’aurais pas fait des « avances si téméraires; mais qu'aussi je ne savais - rien d'original dans riiisloire d<* rÈglise , et que « ni je n’avais vu par moi-même les vari.itions des
• anciens, ni bien examiné les modernes qui ont
• traité de cette matière. "(Test ainsi qu’il m'oppose ces deux savants hommes. Mais quelle preuve nous donne-t-il de leur grand .savoir dans les ouvrages des Pères? J'en roucis pour lui i c'est gu ils tes ont faits ce qu'ils ne sont pas, de son aveu propre; c'està-dire le père Pétau formeUetund arien ^ et M. Huet guère moins *. C'est ainsi qu'il met le.vavoirde ces deux fameux auteurs, en ce qu'ils ont imputé aux Pères des erreurs dont lui-méme il ie.s excuse. Pour moi, je ne veux disputer du savoir ni avec les vivants ni avec les morts ; mais aussi c’est trop se moquer de ne les faire savants , que par les fautes dont on lesaecuse, et de ne prouver leurs voyage.s danscesvaslesp,iysderaritiqiiilé. que parce qu'ils s'y sont souvent déroutés. Je lui ai montré le contraire du père Pétau par sa savante préface. Pour ce qui regarde M.Huet, avec lequel il veut nie commettre, i) se trompe ; je i'ai vu dès sa première jeunesse
• Jhid. fl. 3 — * Ibid. fl. I, t. — * Jbid, c. 3-11. 6. — ' Hier. j4pol. I, nune Mpol. Il ad Hufin. Uan. nr , part. //, rot. «OO tt $>:q. — V Prtr). c.h.n. 1 , 3, 4. — « Ibui. f. 3, m. ft. i. AVi.rf. p. 191 — » P- 378. -• * Tab. Lrlt. VI,/>. 391.
prendre rang parmi les savants honunes de son tlè> de ; et depuis j’ai eu les moyens de me confirmer dans l’opinion que j’avais de son savoir, durant douze ans que nous avons vécu ensemble. Je suis instruit de ses sentiments; et je sais qu’il ne prétend pas avoir fait ariaiiiser ces saints docteurs , comme le ministre l’en accuse. A peine a-t-il prononcéquelque censure, qu’il l’adoudt un peu après. Il entreprend de faire voir dans les locutions les plus dures de son Origène même * , comme sont celles de créature , et dans les autres , • qu’on le peut
• aisément justifier ; que la dispute est plus dans les « mots que dans les choses : que si on les condamne « en expliquant ses paroles précisément et à la ri- « gueur, on prendra des sentiments plus équitables
• en pénétrant sa pensée. « Il est même très-assuré qu'il ne traitait pas exprès celte question ; et qu'il n'a parlé des autres Hères que par rapport à Origène , ou pour l’éclaircir ou pour l'excuser. Enfin il est si peu clair que ce prélat fasse Origène ennemi de la cuiisiibstantialité du Fils de Dieu, que, pour justifier co Hère sur cette matière , le protestant anglais qui nous adonné son Traité de l'OraLson , nous renvoie égale* ment à }Ï.Huetetà ttutlHss.Sen'eix dirai pas davantage : un si savant homme n’a pas besoin d'une main étrangère pour le défendre ; et si quelque jour il lui prend envie de réfuter les louanges que le ministre lui donne , il lui fera bien sentir que ce n'est pas à lui qu'il faut s'attaquer. Mais, après tout , quand il serait véritable que le père Petau autrefois, et M. Huet aujourd'hui, auraient aussi maltraité les anciens que le prétend M. Jurieu , leur ont-ils fait dire , comme lui , que la nature divine est cliatigeante , divisible et corporelle^’ Ont-ils dit que la perfection de rf.tre divin, sa spiritualité et son iinmutabilitc n'étaient pas connues alors? que Vttpinion constante et régnontc é\3i\i opposée à la foi de la Providence? et les autres impiétés par où le ministre fait voir, qu'on ôtait à Dieu dans les premiers siècles , non-seulement ses personnes, mais , ce qui est pis , son essence propre, et les attributs les plus essentiel.s à la nature divine , que les païens même connaissaient? Quand donc le ministre assure que j’é|>argne les savants de mon parti , et que je le poursuis en toute rigueur, lui qui en a dit infiniment moins il jette en l'<air ses paroles sans eu connaître la force ; puisqu'il n'y a rien eu jusqu’ici qui ait égale ses égarements sur ce .sujet. 11 se vante > d'avoir dit en pro-
• près terme.s dans ses Ijittrcs de ICH9 , que les an-
• eieiis faisaient ta Trinité éternelle , tant à l'égard
• de la sulistanee que des Personnes -t. » .Mais il y a dit précisément le rx>ntraire;puisipriiy adit,coinine on a vu^, que le Fils de Dieu u’étaitdans le sein (lu Pere que • comme un germe , et une semonce qui « s'était changée en personne un peu devant la crea- > tiun. *• lorsqu'il blâme lu père Pétau d'avoir dit que « le Fils de Dieu n'étiil pas une |>ersoDne dis-
• Origrn. <*. X. 9 J, N. ti), !7, 24 , 2H. — • Quod Oriftm* de Fil$i 4|AO‘.fi7i(e rcete tensU, nmeulatHr Cl. tlHelius m Ori^rM. et HhUhb n<>*trr. Wola ad p. &>» lot. InlrrprH. — »y«r. LeU. VI, p 3i>|. t P. 393. — (k*MU>.
SUR LES LETTRES I)E M. JURIEU
« tinctp du Pèrp dès rètemité ‘ , » il le blâme dp sa propre erreur; et lui-ntème l'assurait ainsi il n'y a pas eneore deux ans, comme on a vu>. Si le |ière Pétau est blâmable, selon lui, d’avoir fait arianiser quelques Pères, nonnuUi ^ ou fie tes avoir tous comptés , trés-iKU exceptés , entre ces prétendus ariens^ ; que dira t-on du ministre , qui , méprisant tout tempérament et tout correctif, ose dire à pleine bouche : et moi, je n’en excepte aucun? Il ii'cn excepte ni u’en exempte aucun d'avoir dit que le Fils de Dieu, comme Verbe, avait deux nativités actuelles et véritables , l’une imparfaite dans l 'éternité, et l'autre par/ai/e dans le temps * ; ainsi qu'il avait acquis dans le temps un être décetoppé et parfait , et que de Sagesse de Dieu il était devenu son f'prftp*; qu’il était donc imparfait aussi bien que le S.aint-Esprit , de toute éternité ; et que sur ce fondemcntles anciens non-seulement avaient dit, mais araient fin dire^ qu’il y avait entre les Personnes divines une véritable et réelle inéualité; en sorte que l’une fdt inférieure à l’autre , non-seulement à raison de son origine , mais encore à raison de sa perfection. Où était donc la vérité de la foi , quand tous les Pères enseignaient unanimement cette doctrine , sans en excepter un seul t Ceux qiiicn ont dit, i ce qu’il prétend infiniment moins que lui, se son^ils emportés à cet excès?
Mais voici enfin le comble de l'aveuglement et l’endroit fatal au ministre. Ceux qui ont fait selon lui arianiser les Pères , en ont-ils conclu comme lui , que la doctrine arienne fiU tolérable, ou qu’elle n’eât jamais été condamnée dans les imnciles ; ou enfin qu’elle ne piU être réfutée par l’Écriture? tout au contraire , ils ont regardé ces sentiments comme condamnables et condamnés effectivement dans le concile de Nicée. M. Jurieu est l’uniipic et l'incomparable, qui, non content de faire enseigner en termes formels à tous les Pères des trois i>remiers siècles , sans en excepter aucun , la divisibilité et la mutabilité de la nature divine avec l’impcrfeclinn et l’inégalité de Personnes , ose dire encore dans la sixième lettre de ICSn, que ce n’est pas l.à unerariation essentielle .- et en 1030 , " que l’erreur des
• anciens est une méchante |dtilosopliie, qui ne
• ruine pas les fondements 7 ; que celte théologie,
. pour être lin peu trop platonicienne , ne passera
• jamais pour être hérétique, ni même pour dan-
• gereu.se dans un esprit sage*; ■ qu’elle n’a jamais élérondamnéedansaucunconcilc; que le concile de Mcée avait expressément marqué dans son symbole, qu'il ne coulait pas condamner 1‘ inégalité que tes anciens docteurs araient mi.se entre le Père et le Fils a, et que, loin de eondamnerla sectmde nativité qu’ils attribuaient au \erbe , Ils ta con firment par leur anathème ■“ : enfin non-seulement que cette doctrine n’avait point été condamnée , mais encore qu’elle n’était pas condamnable, puisqu’elle ne pouvait même être réfutée par les Écritures. Voilà ce qu’a dit celui qui prétend en avoir dit infiniment
■ r. !19. Cl-dv»tus. — • P. 2SI. — ‘P. e s. 257. 161, 262. — > P 28a. — • P.2BI, 2H1. — ’ TaU. Lell. VI. art. i, p. 220. - ’ P 207. - > P. 271. — ” P- 272.
moins que les autres, pendant qu’il s’élève .vu-dessus d'eux tous par des singularités qui lui sont si propres , qu’on n'en a jamais approché parmi ceux qui font profession de la foi de la Trinité. Je ne lui fais donc point d’injustice de le distinguer , je ne dirai pas du père Pétau, qui s’est réduit en termes formels à des sentiments si orthodoxes , mais encore de son .Sctiltet et des autres protestants qui ont le plus maltraité ces Pères; puisqu’aiiciin d’eux n’a jamais pensé à exempter de la censure des conciles , et de toute condamnation , la doctrine qu’ils leur attribuent. On voit maintenant ce que c’est qiiecc.t insignes Jriponneries que le ministre ne rougit pas de m’imiiuter ; et on voit sur qui je jiourrais faire retomlier ce reproche, si je n’avais honte de répéter des expressions si brutales, qu’au défaut de l'équité et de la raison une bonne éducation aurait supprimées.
SI-'.COMDL !>.\RiIK.
Quf le miniaire ne peut w*<](*ftn>dre d'approu^-er la tolérance uiilvi-ntelle.
Ce qu‘il y a de plus rare dans Icsentimcntde Jurieu, c’est que celle bizarre théologie, qu’on ne peut ni refuter, ni condamner, ni proscrire, elqu’au* curi homme de bon sens ne peut juger ni hércliqiio ni même dangereuse, tout d'un coup (Je ne sais comment) devient entièrement intolérable : • A « Dieu ne plaise, dit-il', que je voulusse porter • ma complaisance pour celte théologie des an- *c cienSfjusqirù l'adopter, ni même à la tolérer au- « joubd’hui! » Il veut donc direqu'aiitrefois on aurait pu adoplcr^ ou tout au moins iotérer cette théologie des anciens; mais aujounChuiy à Dieu ue ;>/rtî«?/c’esl*5-dirc qu’il la repoussejiisqu'à l’iiorrcur. Qui comprendra ce mystère? Comment celte tliéulogic est -elle si tolérable et si intolérable tout à la fois, si dangereuse et si peu dangereuse? Et pour trancher en un mot, pourquoi ne pas tolérer encore aujourd'hui , une doctrine qui n'est condamnée par aucun concile; qui est nj>prouvée , au contraire, par celui de Nicéc, qui ne peut être réfutée par l’Ecriture; qui nn contre elle ni les Pères, ni la tradition ou la foi de tous les siècles, puisqu’on lui donne d'abord les trois premiers siècles à rem ■ plir? Voici la conséquence que le ministre a tant redoutée : c'est ici qu’il se rend le chef des toléranU , ses capitaux ennemis; et ils se vantent cuxom'mes que jaiiiaishommene lésa plus favorisés que ce ministre; qui s’échauffe tantcontreleur dactrine. C est en effet ce qu'on va voir plus clair que le jour.
Le ministre propose la diniciilté dans la sepllèmo lettredeson Tableau ; et pour y répondre dans les formes,ildit trois chost'S. T.a première, qu’l! ne s’ensuit pas, pour avoir toléré de erreurs en un temps, et avant que les matières soient bien éclaircies, qu’on les doive tolérer «lans un autre , et après l’éclaircissement. La seconde, que les anciens doc-
' Tab. Lett. W, p. SO».
SIXIÈME AVERTISSEMEXT
Uursn'ont élé ni ariens, ni snciniens; et ainsi que la tolérance qu’on a eue pour eux, ne donnera auniu avantage à ces hérétiques. La troisième, qu’ils n’ont erré que par ignorance et par surprise , et pluuH, comme philosophes qu’autreinent'.
Mais, dans toutes ses réponses, il s'oublie luimême. Dans U première, son principe est vrai; on toléré, avant rfelaircisscment , ce qu’on ne peut plus tolérer après : je l’avoue ; c’est notre doctrine, (^uand nous l'avancions autrefois, les protestants nous objectaient que nous faisions de nouveaux articles de foi. Mous répon lions : Cela est faux : nous Uis éclaircissons, nous les dL*clarons; mais nous ne les faisions pas, à Dieu ne plaise! Aprè> s’étre longtemps moqué d'une si solide réponse, il y faut venir à la lin : comme à tant d’autres doctrines, que la réforme avait d'abord rejetées si loin. Avouons donc à Jurieu, que son princi|>e est certain ; et prions-le de s'en souvenir en d'autre.s occasions : mais en celle-ci, visiblement il a oublié ce quil vient de dire. Uneerreur est bien éclaircie^ lorsqu'elle est bien réfutée par les Ecritures, que la foi do tous les siècles y paraît manifestement opposée, et qu'à la lin elle est condamnée par l'autorité de l'Eglise et de si^ conciles. Or M. Jurieu vient de nous dire, qu’encore à présent, l’erreur qu'il attribue aux trois premiers siècles ne peut être ni réfutée par l’Ecriture, ni convaincue, du moins, par la tradition et par le consentement de tous les siècles; et que , loin d'élre cond,vmnée par aucun concile, elle ne l'est pas même d.ins celui de Nicée, où la matière a clé traitée, délibérée, décidée expressément; qu’au contraire, elle y a étéconfirmée. Il n’est donc encore arrivé, àcet te matière, aucun nouvel éclaircissement, par où l’erreur des trois premiers siècles soit moins tolérable qu’ators. Bien plus, ce n'est pas même une erreur contre la fui; puisque M. Jurieu nous apprend qu’elle ne peut être détruite que par h»s idées philosophiques que nous avons aujourd'hui. Or la foi n’est pas aujourd'hui ; elle est de tou.s les temps : la foi n’attend pas à se former, ni à se régler par les idées philosophiques; et il est autant tolérable d'étre mauvais philosophe, pourvu qu’on soit vrai iidcle, maintenant, que dans les siècles précédents, et la raison est que la fui tient lieu üc philosopliie aux chrétiens. Ainsi, M. Jurieu ne sait ce qu’il dit; et on ne sait sur quoi appuyer son întoléranee : par conséquent voila, en un mot, sa première raison par terre; la seconde ne tiendra pas plus longtemps.
Les Pères n’étaient, dil-il, ni sociniens, ni ariens; donc pour les a voir tolérés, on ne doit pas pour cela avoir la même condescendance pour ces hérétiques. Il est aisé de lui répondre, selon scs premières lettres. Les aneiens , à la vérité, n'etaient ni ariens , ni sociniens à la rigueur; mais ils disaient , toutefois, que les trois Personnes divines n'étaient pas égalés ; qu'elles n'étaient pas distinctes les unes des autres de toute éternité; que le Fils de Dieu n’était qu'un germe et une semence devenue Personne
dans la suite; et enfln , que la Trinité ne comment d'être qu'un peu avant la création de l'univers : ce qui emportait une partie trè.s-essentielle de l'arianisme et du socinianisme. II les eût pourtant tolérés avec scs erreurs, comme on a vu : il eût donc toléré une partie essentielle de l’erreur arienne et socinienne.
Maison dira qu'il s'est mieux expliqué dans les lettres de celte année. Point du tout ; car il persiste dans la même erreur .sur rinégalité des Personnes ; puisqu'il y soutient encore que les anciens , dont il reconnaît que la doctrine e.st irréprochable, font le Fils et le Saint-Esprit inférieurs au Père, en opération et en perfection; de vrais ministres audessous de lui, produits dans le temps, et si lihrement selon quelque dio.se qui est en eux , qu'ils pouvaient n'être pas produits à cet égard; imparfaits dans l'éternité, et acquérant avec le temps leur entière perfection; le Fils de Dieu en particulier devenu Verbe dans le temps, de sagesse qu'il était auparavant. Voilà ce que dit encore le minis* tre, dans ce.s lettres où il prétend redresser son Système. Il est vrai qu'il s’est redressé, en quelque façon, sur la distinction des Personnes : parlons . franchement, il s’est dédit : et au lieu que la Trinité n'était pas distincte d'abord , et selon ses prenàères lettres; par les secondes, elle est seulement développée. Mais il ne se tire pas mieux d'affaire par celle solution ; pui.sque de son propre aveu l.i Divinité y demeure divisible , corporelle, et , sans contestation, muable ; ce qui est une partie des plus essentielles de l'erreur socinienne, ou quelque chose de pis.
Il est iciarrivéà M. Jurieu ce qui lui arrive toujours, comme à tous ceux qui se trompent et qui s'cntêlenl de leur erreur. Occupé et embarrassé de la diflicultc où il est, U oublie les mitres. K songe à parer le coup de l’arianisme des Pères; et comme si la saine doctrine consistait toute en ce point, dans les autres il la laisse sans défense , et également exposée à des coups mortels. Parlons net : la spiritualité et l'immutabilité de l’Etre divin ne sont pas moins essentielles à la perfection de Dieu, que la divinité de son Verbe. Si donc vous souffrez l’erreur qui attaque ces deux attributs divins , de I’ud à l'autre on vous poussera sur tons les points; et dussiez-vous en périr, il vous faudra avaler tout le poison delà tolérance. Votre seconde raison n'est donc pas meiileure que la première. Il ne vous reste que la troisième, qui est, sans comparaison, la pire de toutes.
• Quand il serait vrai, dites-vous', ce qui est « très-faux, que ers anciens, parignorance(i) ajoute « après, ou par surprise), seraient tombés dans « une erreur approchante de rariatiismc, il tie se- « rait point vrai que ce fût la loi de l’Eglise d’alors; n ce serait la théologie des philosophes chrétiens. • Songez-vous bien , monsieur Jurieu , à ce que vous dites.’ Les tolérants vont vous accabler. Dans une hérésie aussi dangereuse que l’arianisme, ou daul
« Tab. Lrtf. VM, P y>t.
' LcU. VIT, p. 3SS.
les erreurs approchantes, vous tolérez les Pères à cause de leur ignorance : c'est pour la même raison, cl en plus forts termes, que les tolérants vous demandent tjue vous tolériez les peuples. Si , dans la grande lumière du christianisme , les docteurs de l'Eglise ont pu ignorer, dans la nature divine, sa parfaite immutabilité, et dans les Personnes divines leur égalité entière, pourquoi ne voulez-vous pas qu'un peuple grossier puisse ignorer innocemment les mêmes choses ou d'autres aussi sublimw ? Mais si riininutabililé de Dieu , qui est si claire à la raison humaine, a été cachée aux maîtres de l'Eglise, pourquoi les disciples seront-ils tenus à en savoir davantage? cl avec quelle justice les obligezvous à concevoir des mystères plus imj^nétrables ? Que faire dans cette occasion, puisqu'il faut changer de principes, ou donner gain de cause aux tolérants? Mais voici encore pour vous un autre embarras. Dites-inoi : que prétendiez-vous, quand vous avezélalé ces grossières erreurs des anciens ? Assurément vous vouliez combattre cette dangereuse et ignorante maxime de l’évêque de Meaux, « que
• r Église ne varie jamais dans l'exposition de la foi :
• et que la vérité catholique, venue de Dieu , a d'a- « boni sa perfection . ■ Pour détruire cette maxime, il fallait trouver quelque chose qu’on piU appeler la foi de l’Eglise et la vérité catholique, où : vous puissiez montrer quelque changement; et. pour cela vous accusez d'erreurs capitales tous les anciens, ian$ r« rxcepfcr aucun. Il faut maintenant clianger de langage : cela était bon contre l'évêque de Meaux; mais contre les tolérants , ce n’est plus de n>éme : et quand toute rantlquitc serait tombée dans uneerreur approchante de l’arianisme,
• ce ne serait pas, selon vous, b foi de l’Eglise » d'alors, mais seulement la théologie des pliiloso- « plies chrétiens *. •
l.e ministre se sera sans doute ébloui lui-méme, conmie il t.lche de faire les autres , par cette nmivi'lle expression, la thvoUujie des philosophes. Mais que lui sert d'exténuer, parce faible titre, b qualité des saints Pères ? Les tolérants, qu'il veut contenter par ce grossier artinre, sauront bien lui reproclierqueces philosophes chrétiens, c'étaient les prêtres, c’étaient les évêques, les docteurs et les martyrs de l'Eglise: enfin c'étaient ces savants £fe M. Jurieu, qui, dans ces siècles d'ignorance, « où lesavoirétailsi rare entre les chrétiens, entraî- « liaient la foule dans leur opinion « Kn un mot , ou c'était ici par b bouche de ces saints docteurs une exposition de b foi de toute l’Église, elle ministre ne peut s'empêcher, du moins, de b tolérer; ou c' était l’exposition de (pielques particuliers; et il n'a point prouvccontre moi les variations de l'Eglise.
Mais voici b dernière ressource. Au milieu de CCS pitoyables erreurs de tous les docteurs de l’Eglise, sans eo excepter aucun, il veut que b
* Hisi. Far. Tab. Lell. ti, art. 4, /i. ÎT7. — * Tab. Letu VII, p. 3 Lett. VII d€ I6S0. p. W.
foi demeure pure; et. dit-il « ces spéculationf « vaines et guindées des docteurs de ce temps-là ■ n’empêchaient pas b pureté de la foi de rEglise,
» c’est-à-dire du peuple : cela oe passait pas jus- « qu’à lui. • Jamais il ne voudra voir la difficulté : car, premièrement, quelle faiblesse de mettre l’Eglise et la pureté deb foi dans le peuple seul ! « Cela, «dit-il*, n’empêchait pas b pureté de la foi del'E- « glise , c'est-à-dire du peuple : * comme si les pasteurs et les docteurs, et encore des docteurs martyrs, n'étaient pas du moins une partie de l'Église, si ce n’était pas la principale. tWn. dit-il, ne passait jxts jusqu'au peuple. Mais, quoi! no lisait-il pas les livres de ces docteurs ? Et qui a dit à M. Jurieu que ces docteurs n’enseignaient pas de vive voix ce qu’ils mettaient par écrit? Je veux bien croire que les docteurs ne pr^liaient pas au peuple leurs spéculations vaines et pufm/ées. comme les appelle le ministre, mais venons au fait. Par où passaitdanxie peupleb perfection et rimmuUibilité de Dieu avec l'égalité de ses Personnes, pendant que ses docteurs ne les croyaient pas et n’en avaient qu’une idée confuse et fausse? Est-ce peut-être que durant ces temps, et dans ces siècles que le ministre veut appeler les plus purs, le peuple se sauvait déjà, comme il l’imagine dans les siècles les plus corrompus, en croyant bien, pendant qu’on le prêchait mal, et en discernant le bon grain d'avec l’ivraie? S'il est ainsi, ces siècles , dont on nous vante d'ailleurs b pureté, sont les plus impurs de tous ; puisque les erreurs qu'on y enseignait étaient plus mortelles ; puisque c'était l’essence de Dieu et l’égalité des Personnes qu’on y attaquait ; puisqu'endn on y renversait tous les fondements. Ces siècles avaient donc besoin d’un réformateur, elle ministre en convient par ces paroles : « Car, dit- • iP, il n'cdt fallu qu’un seul homme pour faire reavenir les anciens Pères, et pour les avertir seulc- « ment de l'incompatibilité de leur théologie avec la «souveraine immutabilité de Dieu.» Mais enfin, cet homme manquant, que pouvaient-ils faire? i’Ecriture neleiir montrait pas ce divin attribut :ils ne furent pas assez philosophes pour lebien entendre; le peuple, moins philosophe encore, n'y voyait pas plus clair :quercsullait-il delà, sinon que Dieu passât pour changeant, et b Trinitépour imparfaite?
Le ministre croit m'étonner en me demandant si je prêche à mon peuple les notions , les relations . les propriétés des trois divines Personnes; et il est assez ignorant pour se moquer en divers endroits de ces expressions de l'école 4. Mats que veut-il dire? Veut-il nier qu'au lieu qu'il est commun au Père et au Fils par exemple, d'être Dieu et d'être éternel, ü ne soit |)as propre au Père d'être Père, comme au Fils d'être Fils, et que cela ne s'appelle pas des propriétés; ou qu'être Père , être Fils, et être rp.sprit du Père et du Fils . ne soient pas des termes relatifs; ou que les Personnes divines n'aient pas des caractères pour se distinguer, ou que ce ne soient pas car.ictèrcs qu'on appelle notions? S'il lisbit les
» r. Me. - * Ibid. - » UH. VII, p. 350. - » T’, b. UU* Vf.p. 20S, 270, MC.
SIXIÈME AVERTISSEMENT
snciens docteurs linns un :)utre esprit que celui «le contention et de dispute, il nurnit vu dans saint Athanase , dans saint Augustin, dans tous les Pères, et (lès le commen(^ment de rarianisnie dans saint Alexandre d’Alexandrie, ces relations, ces propriétés, ces notions et ces earacicres particuliers des Personnes. Il s’imagine qne nous croyons avoir compris le mystère, quand nous avons expliqué ces termes; au lieu que dans Ttisagc de l'école, ce ne sont pas là des idées qui rendent Icscd^oses ednires, re qui est réservé à la vie future; mais des termes pour en parler correctement et éviter les erreurs. C’est pourquoi , lorsqu’il me demande si je pnVhe tout cela au peuple dans mes calécliismcs ; sans doute Je préclie au peuple et aux plus petits de TÈglise, selon le degré de capacité où ils sont parvenus, que le Père n’a point de principe, c’està-dire, en autres termes, qu’il est le premier, et qu’il ne faut point remonter Jusqu’à l'innni : c’est cela et les autres choses aussi assurées qu'on ap|K*lle les notions, sans en faire un si grand mystère; et le ministre ,qui s’en moque sans songera ce qu’il dit , le,s doit prédier comme nous : en d’autres termes peut-être, mais toujours dans le même sens. Sans donc s’arrêter à ees chicanes, il faudrait une fois répondre à notredeinande : qui est-ee qui prê«‘h.iil au peuple l’égalité des personnes et l’immnahle perfection del’Ètre divin, pendant quêtons les (îoeteurs croyaient le contraire? Ee ministre dit à pleine bouche ; •« Nous trouvons dans les premiers « siècles une beaucoup plus grande pureté que dans ■ les Ages suivants , et nous nous faisons lionneur • de notre conformité avec eux*. » Cela est bon pour s’en faire honneur, et pour faire croire au peuple qu’on a réformé l'Cglise sur le plan de ces premiers siècles. Mais cependant s’il faut trouver des variations dans la foi de l’oncienne Église, c'e.sl là qu’on les eheridie ; s’il faut donner des exemples des pins* pauvres lliéolngiens rjui furent JamaLs , c'est là qn’nn les prend. Ils ont si peu profité du bonheur d'élrc si voisins des temps apostoliques, qu'aussitdt après que les apôtres ont eu les yeux fermés, Us ont obscureNes prlncupaiix articles de la religion chrétienne par une fausse et impure phil()sophie. Pour comble d'aveuglement , ils ne lisaient que IMaton, et ne lisaient point rÉerilure, ou ils la lisaient .sans appIFcation , et sans y apereevoiree qu’elle avait d<‘ plus clair, c’est-à-dire, les fondements de la religion.
Pour ne rien omettre de considérable , il reste a examiner si en bonne théologie, et sans hlesNcr (a foi, le ministre a pu approuver ce qu'il attribut^ à Terlullicn , que Dieu afailsonirntiyf^ et son Verbe * ,qui est son Fils. Il y alàdeiixqui'stions : rune, si Tertullien l'a dit; l'autre quand il l'aurait dit, s'il était permis de le suivre. Le dernier n'a pas de difficulté par les principes communs des protestants comme des catholiques; puisque nous recevons les uns et les autres le symbole de Nicée , où il est dit
• Tiib. Lrtl. V(. P 20S, ï*»?. — * LtU, VI df IC88. 44.
/•* 4i'crt. p. nu.
expressément du FiI.sde nieii,fnf/enrfré, ci Hon/aif. Dire donc qu'il a été fait , c'est aller contre In foi de Nieéc, qui nous sert de fondement aux uns et aux autres. J’en pourrais «lerneiirer là, si le ministre en m'insultant à cet endroit sur mon exprit déclamatofre^ dont il vent qn’on trouve ici tm si grand n’avait mérité qu'on d«*couvrît son inj u.ste fierté. Disons-lui donc qu’il n’y avait rien de plus manifeste que ce qu’il a voulu embrouiller ici. Dès le permier mot de saint Jean , le Verl)C est celui par quiaété fuit tout ce qui a été fait *. Il est donc visiblement exclus par là du nombre des choses faites. Comn»e remarque saint Athanase, on nous dit bien qu'ilaété fait Ckcisl f {[w'it a été fait Seigneur qu'il a été fait homme ou faitckatr^\ mais jamais qu’il a été fait Verbe, ni qu’il a clé fait Fils ; au contraire, iYcAti? f'erbej eUla été fait homme ; par une visible opposition entre ce que le A’erbe était naturellement, et ce qu’il a été fait par la volonté de Dieu. Mais il faut ici réj>;Her ce qti’un proposant de quatre Jours n’ignore pas, et que le ministre sait bien en sa conscietme; puis ]u’ila même bien su que quarante ans, comme il le compte, après les npoties, Atlïcnagore avait nié que le FiUfiU sorti (ta sein de son Père comme une chose faite assurant , an contraire, qu'U a été engen/tré^y comme l’Écriture le dit perpi iuelleinent. Il cite aussi de saint irenée ce passage inéMiiorahle où il oppose 7«'x hommes qui ont été faits, au Verl>e dont la coe.ristence est éternelle 7. .\iiisi il voit bien qu'il a tort, et que le langage contraire à celui qu'il tient est établi dans l'Église des l’origine du chrislianisme. Pour<}uoi donc a-t-il approuvé, après tant de témoignages et apres la foi de Nicée, ce qu’il fait dire à Tertullien, que Dieu a f.iit son Fils et son Verbe? Cest parce qu'il ne songe pas à ce qu’il dit , et qu’en matière de foi il n'a nulle exactitude. Et pnnr(|uoi le soutient-il? C’est parce qu’il mi veut jamais avouer sa faute. Il nous allègue pour toute raison que souvent faire, .signifie engendrer eu notre langue*; ce qu’il prouve par cette noble fa- (^(in «le parler: que /<?s àommex font des enfants , et les animaux des pttiU. Ainsi malgré l’Écriture , malgré la tradition , malgré la foi de Nicée, il dira quand il lui plaira (j’ai iionte de le répéter ), que Dù‘u a fait un Fils, et portera jusque dans le ciel l.i plus basse fn<^on de parler de notre langue; an lieu qu’il fallait songer qu'il s'agit ici non d’une phrase vulgaire, mai.s du langage ceclésiastiqii'* , qui, formé sur rKcrîture et l’usage de tous I* s siècles, doit êlresa«’ré aux chrétiens, surtout de. puisqu’il est ennsieré par un aussi grand concile que celui de Nic(^ (>p«’ndantjesuis un dcclamaleur» p.irce que je veux obliger un [irof«‘sseur en théologie ;i parler correctement ; et il fait semblant de croire que c'e.st sur cette seule témérité que je me plains qu'on lui souffre tout dans son parti, comme si tout ce qu'il écrit depuis d«mx ans. principalement sur cette matière, n’était pas plein d’erreurs si
* P. 2R6. — » Jnan. I, .1. — î .4ef. Il, 3«. * — Jona. I, 14. — ^ T(th. Ixll. VI , p. as, — • Ibid. Î32. — ’ Iren. tib. Il , C. 43, «il S5. *1. 3, P 1S3. — • ibiiJ. iW.
SÜR LES LETTRES DE M. JDRIEÜ.
innipportaMea qu'il n'jr a qu'à s’étonner de ce qu’on les souffre.
Pour ce qui regarde TerUdlien, quand il lui serait échappé d’employer une fois ou deux le mot de /aire, au lieu de celui d'engendrer, il faudrait mettre cette négligence parmi celles que saint Athanase a remarquées dans les écrits de quelques anciens ■ , où une bonne intention supplée à une expression trop simple et trop peu précautionnée. Car, au reste, Tertullien dans le livre le plus suspect, qui est celui contre Hermogène, a bien montré qu'a l’exemple des autres Pères il exceptait le Fils de Dieu du nombre des choses faites, comme celui par qui tout était fait ■ ; et il ne dit pas absolument dans son livre contre Praxéas ce que le ministre lui a fait dire, que Dieu a fait son Fils et son Verbe. On peut bien dire, commeje l’ai remarqué’, que Dieu est fait non absolument, mais, commedit le Psalmiste, qu’// est fait notre recours et notre refuge*. Il est clair par toute la suite, que le faire de Tertullien ’ se dit en ce sens. Ce que le ministre ajoute, qa'iei faire signilie/ormer, n’est pas meilleur, et ne sert qu’à faire voir de plus en plus qu'on se jette d’un embarras dans un autre, quand on veut toujours avoir raison ; car on ne dira non plus dons le langage correct que Dieu ait formé son Fils ni son Saint-Esprit, parce que cela ressent quelque chose qui était informe auparavant : et il n’y a que M. Jurieu qu’une telle idée accommode.Oiidit, avecl'Ecriture, que le Fils est engendré; qu’il est né; et par un terme plus général qui convient aussi au Fils, on dit que le Saint-Esprit procède. Dieu, qui dispense comme il lui plaît selon les règles de sa sagesse la révélation do ses mystères , n’a pas voulu que nous en sussions davantage sur la procession du Saint-Esprit. On ne dit pas qu'il est né, car il serait Fils; et le Fils de Dieu ne serait pas unique comme il l'est selon l'Écriture : et c’est pourquoi le ministre ne devait pas dire en parlant du Fils ou du Saint-Esprit, que 1rs anciens les faisaient produits librement à r égard de leur seconde naissance <> ; car jamais ni dans l’Écriture , ni dans les auteurs ecclésiastiques, il n’entendra parler de la nativité du Saint-Esprit, ni de la première, ni de la seconde; puisqu’il en veut donner jusqu’à deux à celui qui n’en a pas mémo une seule. Un homme qui tranche si fort du théologien , et qui s’érige en arbitre de la Ihéoloaie de son parti, où il dit tout ce qu’il lui plait sans cire repris , ne devait pas ignorer ces exactitudes du langage théologique forme sur l’Écriture et sut l'usage de tous les siècles.
Ainsi manifestement il ne lui reste aucune réplique contre les tolérants. Il n’y a plus de proposition si hardie et si téméraire contre la personne du Fils de Dieu , qui ne doive passer; s’il est permis non de tolérer, mais d’approuver expressément celle qui le met au rang des choses faites. Si le symbole de Nicée n’est pas une règle, on dira et on peu-
* Oral. 4. — * Cap. t9el teq. —3 ,4vert.p. |SI. — • Vs. IX, 10 • - * .iilv. Prax. H. 9 - • Tab. LtU. Tl, p.
sera im(mnémeot toutr«qui viendra dans Tesprit;
00 sera contraint de se payer des plus vaines sabtilitéa;et ce qu'on aura souffert au ministre iu* rieu , le grand défenseur de la cause, sera la loi du parti.
Enfin, ma pr^ve est complète. U est plus dair que le jour que le ministre n'a pu établir les varia* lions qu'il chercluit dans l’ancienne f^lise, sans renverser tous les fondements de sa propre communion. Son argument foudroyant s'en va en fumée : il ne faut plus qu’il cherche de variations dans la véritable Église, puisque celle-ci qu'il croyait la plus certaine lui échappe; et tous ses efforts n’ont abouti qu'à donner gain de cause aux tolérants : ainsi il tombe à leurs pieds défait par lui-méme, et percé de tous les coups qu'il a voulu me porter.
(^pendant, pour étourdir le lecteur, il met les emportements et les vanteriesà la placedcs raisons. Car, à l'entendre, je suis accablé sous e.e terrible argument : « M. de Meaux n’y répond , dit-il ' , que par « des puérilités et par des injures. Il a faitprécisé- « iiienlcommcunebéte déchargé, qui, tombant écra-
• sée sous son fardeau , crève , et en mourant jette « des ruades pour crever ce qu'elle atteint. » Je n’ai rien à lui répliquer, sinon qu'il a toujours de nobles idées. Vous pouvez juger par vou8-n>èmes, meschers frère.H, si je me donne une seule fois la liberté de m'épancher en des faits particuliers , ou de sortir des bornes d'une légitime réfutation. Mais, pour lui, qui le peut portera raconter tant de faits visiblement calomnieux qui ne font rien à notre dispute, si ce n'est qu'il veut la rhangeren une querelle d'injures? •> Son zèle, dit le minis- « tre (c'est de moi qu’il parle), parait grand pour « la divinité de Jésus-Christ : qui nVn serait édi- « lié ? Il y a pourtant des gens qui croient que tout •r Cela n'est qu’une comédie; car des personnesde la « eommunion de f'évéque de Meaux lui ont rendu « méchant témoignage de sa foi. •» Mais par quelle règle de l'Êvangile lui est-il permis d'inventer de tels mensonges? Est-ce qu’il croit que dès qu'on n'esl pas de meme religion, ou qu'on écrit contre quelqu'un sur cette matière, il n’y a plus, je no dirai pas de mesures, d'honnételé et de bienséati-
1 ce, mais de vérité à garder; en sorte qu'on puisse mentir impunément, et imputer tout ce qu’on veut à son adversaire? ou bien, quand on n'en peut plus, qu'on soit en droit pour se délasser, de lui dire qu'il ne croit pas la divinité de Jésus-Christ, et qu'il fait de la rcligmn une comédie? ■ Des gens « de ma communion me rendent mauvais témoi-
• gnage sur ma foi. • Qui sont-ils, oçs gens de ma communion? Depuis vingt ans que je suis évéque, quoique indigne, et depuis trente ou trente- cinq ans que je prêche l’Evangile, ma foi n’a jamais souffert aucun reproche : je suis dans la communion et la charité du pape, de tous les évéques.des prêtres, des religieux, desdocteurs, et enfin de toutlemondu sans exception; et jamais on n'a oui de ma bouche
> Tab. Lcit. VI, p. sao
SIXIÈME AVEBTISSEMENT
tii remarqué dans mes écrits une parole ambiguë, ni un seul trait qui blessât la révérence des mystères. Si le ministre en sait quelqu'un, qu'il le relève : s'il n'en sait point, lui est-il permisd'inventercequ'il lui plnit? Kt qu'il nes'imoginepasen être quitte pour avoir ici ajouté : » Je ne me rends pas garant de « ces ouï-dire : seulement puis-je dire que le zèle « qu'il fait paraître pour les mystères ne me per- « suade pas qu'il en soit persuadé*. • Voilà son style. Un peu après , sur le sujet du landgrave , il ose m’accuser des choses que l'honnéleté et la pudeur ne me permettent pas de répéter. Comme il sait bien que ce sont là des discours en l'air et des calomnies sans fondements , il apaise sa conscience et so prépare une échappatoire, en disant :
• Je n'en sais rien : je veux croire qu'on lui fait
« tort *. • II me semble que j'entends celui gui en frapiHini de sa ianee, et en jetant les traits de ses calomnies t s'il est surpris dans le ad me de nuire frauduleusement a son prochain , dit : Je l’ai fait eti riant Celui-ci , après avoir lancé ses
traits avec toute la violence et toute la malignité dont il est capable , et après les avoir trempés dans le venin de la plus noire calomnie, dit à peu près dans le même esprit ; Je n en sais rien, Je ne le garantis pas : mais s’il n’en savait rien , il fallait se taire, et n’alléguer pas, comme il fait, pour toute preuve des onl-dire^ ou quand il lui plaît , la réputation <, à qui il fait raconter ce qu’il veut , et qu’on n'appelle pas en jugement.
Mais puisqu'il ne veut pas nommer ses auteurs ni ces gens de ma communion, qui lui ont rendu de si mauvais témoignages de ma foi, je veux apprendre ce secret au public. Un religieux, curé dans mon diocèse dont je l’ai chassé , non pas , comme il s'en est vanté, à cause qu'il penchait à la réforme prétendue, car je ne lui ai jamais remorqué ce sentiment, mais parce que, souvent convaincu d'élre incapablede son emploi, il m’a supplié lui-inémc de l’cn décharger : ce curé , ne pouvant souffrir la régularité de son cloître où je le renvoyais, s’est réfugie entre les bras de M. Jurieu, rpii s'en vante dans sa lettre pa.storale contre M. Papin. « Plus d'ecclésiastiques , dit-il ^ , se sont venus je- « ter entre nos bras depuis la persécution, qu'il
• n'y en a eu en quatre-vingts ans de paix. * Nous en connaissons quelques-uns, de ces malheureux ecclésiastiques, qui nous avouent tous les jours avec larmes et gémissements , qu'en effet ils ont été chercher dans le sein de la réforme de quoi contenter leur libertinage. Parmi les ecclésiastiques que M. Jurieu se gloriHe d'avoir reçus entre ses bras, celui-ci, tout misérable qu’il est, a été l’un des plus importants ; et c'est lui qui, sous la main de ce ministre, a publié un libelle contre moi, où il avance, entre autres choses dignes de remarque, que je ne crois pas Us transsubstantiation, à cause, dit-il, qu'il m'a vu à la campagne, et, dans ma cliapeilu domestique, entendre
* Tuù. LtU. VI, p. aoo. — * Ibid. — » Prnv. xivt. |9, —
• P. 281 , 3UI - * pust. eonl. Pap. p i.
la messe quelquefois avec un habillement un peu plus aisé que c.eux qu’on porte en public , quoique toujours long et régulier, et que ma robe <car il descend jusqu’à ces bas.sesses ) n’était pas assez boutonnée à son gré : d’où il conclut et répète trois ou quatre fois, qu'il n'est pas possible que je croie aux mystères ni à la transsubstantiation. Voilà cet homme de ma communion, qui, à sou grand malheur, n'en est plus : le voilà , dis-je , celui qui rend nn si mauvais témoignage de ma foi : c'est le même qui a raconté à M. Jurieu tout ce qu'il rapporte de ma conduite; c'est le même qui lui a dit encore que Je menais les gens à la messe a coups de barre * : car il rapporte <lans son libelle qu’il m’a vu en pleine rue men.acer et charger d'injures les prétendus reformés qui ne voulaient pas m'en croire , avec un emportement qui tenait delà fureur. M. Basnage a relevé celte historiette, fausse on toutes ses p.arties, et l’a jugée digne d'étre placée dans sa préface à la tête de sa réponse aux Variations. Il est vrai qu'il se dédit dans cette préface de la circonstance d’un garde-fou, sur lequel, dans le corps de l'ouvrage, il me faisait monter comme sur un théâtre pour y crier des injures aux passants qui refusaient de se convertir *. Mais enfin, au garde- fou près, il soutient tout le reste comme vrai. « On m’a vu forcer un malade à pro- « faner les mystères les plus augustes, et à rece- * voir les sacrements contre sa conscience; » moi qui n’ai donné les mystères qu'avec les épreuves et les précautions que Dieu sait et que tout le monde a vues. X.e8 ministres prennent plaisir à exagérer mes violences et ma feinte douceur avec aussi peu de vérité que le reste qu'on vientd’entendre; pour éloigner, s'ils pouvaient, ceuxàquije tâche dans l'occasion , et lorsque Dieu me les adresse, d'enseigner la voie du salut en toute simplicité et tout cela sur la fui d'un apostat qui peut-être, leur a déjà édiap|>é, et dont, en tout cas, je puis leur répondre qu'ils seront bientôt plus las que moi , qui l'ai supporté avec une si longue paiience. Nous ne laisserons pas cependant de purger l'aire du Seigneur : et puisque ces messieurs se glorifient d’en ramasser la paille, ils pourront recueillir encore d'uii si grand nombre de bons et de Qdèles pasteurs trois ou quatre loups dont J'ai délivré le troupeau de Jcsus-Clirist; et il ne tiendra qu’à M. Jurieu d’enrichir de leurs faux rapports le récit qu'il a commencé de ma conduite.
Je ne dirai rien davantage sur ces calomnies: tout le monde s'en plaint dans son parti, où il se rend redoutable par ce moyen : venons à des matières plus importantes. lime reste encore à traiter la partie la plus essentielle de cet Avertissement , qui est l’état de no.s controverses et de la religion protestante. Mais , pour donner du repos à l'attention du lecteur, je réserve celte matière à un discours séparé. Il est digne, par son sujet, d'être examiné et travaillé avec soin. Il paraîtra pourtant bientdt, s'il plaît à Dieu ; et ceux qui ont de la peine à me voir
' Tab. LeU. vi. — * Dasn. /. l, /. part. e. l, p. I. 4.
SUR LES LETTRES DE M, JÜRIEU
fei longtemps aux mains avec im homme aussi décrié, même parmi les honnêtes gens de son (Kirti , que le ministre à qui j'ai affaire, peuvent s'assurer qu'après avoir ajouté ce dernier éclaircissement aux matières très-essentielles qu’il ma donné lieu de traiter, je ne reprendrai plus la plume contre un tel adversaire, et Je lui laisserai multiiAier sf» ^KU'oteSf et répandre à son aise ses confusions.