ÉTAT PRÉSENT DÉS CONTROVERSES
FT DE LA REMGIO?f PROTESTANTE, Taottiiu ET i-viiTie mr sii»ême avcxtismke:«t
OUMltE M. JLBtEll.
Mes ciiBRS frères,
Les égarements de votre ministre nous ont menés plus loin que Je ne pensais : il ne faut pas le quitter sans en examiner les causes ; puisque même cette recherche nous conduit naturellement à la troisième partie de ce dernier Avertissement, où nous avons promis de représenter l’état présent de nos controverses et de toute la religion protestante.
Je dis donc que ce qui produit les variations , les incertitudes , les égarements de ce ministre et tous les autres excès de sa licencieuse théologie , c'est b constitution de b réforme, qui n'a ni règle ni pririci|>e î et que , par b même raison que tout le corps n'a rien de certain, b doctrine des particuliers ne peut être qu’irrégulière et contradictoire.
Il ne but point se jeter ici dans une longue controverse, mais seulement se souvenir que b réforme a été bAtie sur ce fondement , qu'on pouvait retoucher toutes les décisions de l' l'élise et les rappeler à l'exameii de ['Lcrilure, parce que l’Lglisc se pouvait tromper dans sa doctrine, et n'avait aucune promesse lie l'assistance infaillible du Saint-Ksprit : de sorte que ses sentiments étaient des .sentiments humains , sans qu'il resUt sur la terre aucune autorité vivante et parlante, capable de déterminer le vrai sens de l'f.criture , ni de llxer les esprits sur les dogmes qui composent le diristianisine. Tel a été le ^ndement , tel a été le génie de b réforme ; et Calvin l'a parfaitement expliqué , lorsque s'objectant à lui-même que , par b doctrine qu'il enseignait , tous les Jugements de i'i^^glise , et ses conciles les plus anciens, les plus authentiques devenaient sujets à b révision , en sorte « que tout le monde indiffé- « remment pdt recevoir ou rejeter ce qu’ils auront « établi ; * il répond « que leur décision pouvait ser- « vir depréjugé; mais néanmoins dans le fond qu'elle « n’ernpêchail pas l’examen'. •*
Je n’ai pas besoin d'examiner si cette doctrine est bonne ou mauvaise : ce qu'il y a de bien certain , c'est
' Snstit. Up. «, c. 9.
qu'aussitôt que laithcr et Calvin b firenl paraître , on leur prédit qu’en renversant le fondement sur lequel se reposait la foi des peuples , les anciennes décisions de l'I-^iise ne tiendraient pas plus que les dernières ; puisque , si l'autorité en était divine , elle attirait un respect égal à tous les siècles ; et, si elle ne l'était pas, l'antiquité des premières ne les mettait pas à couvert des inconvénients où toutes les choses humaines étaient exposées.
Par ce moyen, il était visible que les articles de foi s’en iraient les uns après les autres ; que les esprits, une fois émus, etabandonnésa eux-mémes, ne pourraient plus se donner de bornes : ainsi , que l'indifférence des religionsserait le malheureux fruit des disputes qu'on excitait dans toute b chrétienté , et enfln, le terme fatal où aboutirait b réforme.
L’expérience fil bientôt voir la vérité de cette prédiction. Les innovationsde Lulher attirèrent celles de Zuingle et de Calvin : on avait beau dire de part et d’autre que l’Kcriture était claire ; on n'en disputait pas avec moins d'opiniâtreté, et personne ne cédait*. Quand les luthériens, qui étaient b tige de b réforme, (léses|>érant de ramener par b prétendue évidence des livres divins ceux qui la divisaient dans sa naissance, voulurent en venir à raiitoritéct faire des décisions contre les nouveaux sacramentiires , on leur demanda <le quel droit , et s'ils voulaient ramener l'autorité de l'^lglise dont ils avaient tous ensemble secoué le Joug *. Le bon sens favorisait cette réplique : Méianchton, qui sentait le faible de son Église prétendue , empêchait autant qu'il pouvaitqu'on ne fit ces décisions, queb propre constitution de la réforme rendrait toujoursniéprisables: il ne voyait cependant aucun moyen ni de terminer les disputes ni de les empêcher de s'accroître, si loin qu'il portât ses regards par sa prévoyance : il ne découvrait • que d'affreux combats de thénio- « giens , et des guerres plus impitoyables que celles
• des CentauresL «liCS disputes sociniennesavaient déjàcoimnencé de son temps : mais il connut bien, nu mouvement qu’il remarquait dans les esprits, qu'elles seraient unjour poussées beaucoup plus loin : •> Bon <• Dieu! disait-lH, quelle tragédie verra la posté-
• rite, si on vient unjour à remuer ces que^stions, « si le Verbe , si le Saint-Esprit est une personne î • H s'en est bien remué d'autres : presque tout le christianisme a été mis en question: les soeîniens inondent toute b réforme, qui n'a point de barrière à leur opposer; et l'indifférence des religions s'y établit invinciblement par ce moyen.
Pour en être persuadé il ne faut qu’entendre M. Jurieu, et écouter les misons qui l'obligent à entreprendre ce parti. C’est premièrement le nombre infini de ceux dont U est formé. Car H y range les tulerants, peuple immense dans la réforme, qu'il dp|)eile des indifTérenls; parce qu’ils vont à la tolérance universelle des religions sous la conduite d'Épiscopius et deSocin.
On sait assez sur ce point la pente de l’Angleteire
' UUt. He$ Far. liv. ii. — » Far. tiv. vui. — » Lih. i. Bp. 11. Far. tic. v, p. 60». — * Itfid.
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SIXifiMK AVERTISSEMKiNT
cl dtla Hollande. Maisnmis apprenonsdo M. Jurieii <jiie nos prétendus réformés n'étaient pas exempts ti'uii si prand mai. Ils n'osaient le faire paraître dans un royaume où les catholiuues les éelnimient lie trop prés pour leur permettre de donner un libre cs.Horâ leurs sentiments. Mais enfin, ditM. iurieii,
• le rideau a été tiré, Ton a vu le fond de riniquité ;
• et ces messieurs se sont presque entièrement dé* i« couverts, depuis (|ue la persécution les a dispersés ,
« en des Hcu\ où ils ont cru pouvoir s'ouvrir avec li*
• berté*. «Voilà un aveu sincère, qui fait bien voir à la b'rance ce qu'elle rnrhait dans son sein , pendant ; qu'elle y portait tant de ministres. Xousen soupçonnions quelque chose; et M. d'Iluissau , ministre de Saumur , célèbre dans b réforme pour en avoir recueilli ladisciplinc, publia, il va quinze ou vinst ans , une Héuniott du christianisme sur le pied de la tolérance universelle, sans en exclure aucuns hérétiques , pas même les socinieos. Ce ministre fut déposé ; et, encore qu'on fdt averti de bien des endroits , que ce feu couvait sous la cendre plutôt qu'il n'était éteint dans la réforme, nous avions peine à croire qu'il y fdt si grand. Mais aujourd'hui !M. Jurieu nous ouvre les yeux : il nous apprend que M. Pajon, ministre d’Orléaus , fameux dans son parti par sa réponse aux Préjugés légitimes deM. Nicole contreles calvinistes et ceux qui établissaient avec lui toute l'0|)ération de la gnke dans la seule pro|>osition de la parole de Dieu . en niant l'opération et l'inlluence du .Saint-Ksprit dans les cœurs, étaient de ces snci. iiiens cachés et de ces indifférents, qui , dit-il, •• for- •• niaient, dans les j^^ltscs réformées de France,
« depuis quelques années, ce malheureux parti où
• l'on conjurait contre le cliristianismeî. » Ce n'était donc plus seulement contrerKglise romaine; c'était contre le christianisme en général que la réforme s'armait secrètement. Le ministre voudrait bien nous faire accroire que la persécution qu'on faisait à la prétendue réforme , l’erapéchait de réprimer ces ennemis cachés de la religion chrétienne i mais, au contraire , c'était manifestement la crainte des catholiques qui les tenait dans lesüence; car n'y ayant que le calvinisme qui fdt toléré dans le ropume , les nouveaux pciagiens, les nouveaux paulianistes, et, en un mot , les sociniens et les indifférents avaient tout à craindre. Us n'avaient donc garde de paraître tant qu'ils étaient parmi nous; et aussi n'ont-ils éclaté qu'à leur dispersion , quand ils se sont trouvés dans des pays où , comme dit M. Jurieu, Us ont eu la liberté de parler ^ ; c'est-à-dire dans les payTs où la réforme dominait.
Voilà donc manifestement cette cabale toute socinienne, comme l’appelle M.JiirieuS7Mf ne tendait pas à moins qu'a ruiner te christianisme : la voilà, dis-je, fortifiée par le soutien qu’elle trouve dans les pays protestants, où les réfugiés de France ont été dispersés. « I^s jeunes gens, dit notre ministre^, « venus tout nouvellement de France, gros de (a
• tolérance universelle de toutes les hérésies et de
* T»b. I , p. 9. — * Exnmt n dei préjugés UgilnHe.%. — * Tah. (/il S,Kin. LeU. I,p. ^. - < Ibid. p. h. — 5 lUd. p. S, S. — • Tnh. Lett. vin, p. 479.
« leur esprit de llbertiiiage , ont cru que c’était ici » le vrai temps et le vrai lieu d'en accoucher. • C'est ainsi que la jeunessp était élevée parmi nos prétendus réformés. V.We était grosse de l'indifférence des religions; et ce monstre, que les lois du royaume ne lui permf’ttaient pas d’enfanter en France, a vu le jour, aussitôt qtje celte jeuness*:» libertine, comme l'appelle M. Jurieu' , a respiré en Ilolbiide un air plus libre.
Combien est puissante ente seele d.ins le pays où écrit M. Jttrieu, ou peulle juger |>ar la préface de son livre /Vx/feM.r.s'o«e.’mf«.x. • Auioiird'hui, dit-il *, le « monde est plein de ces indifférents et particulicre- « ment dxnscbs rnovixcKS : li*s sociniens et le» « remimtrints le.sout de profession: MlLLRAUTHES le sont d'inclination. « H ne faut donc point s'étonner si les réfugiés français sont enfin orcovcAés de ce nouveau dogme dans un pays si favorable à sa naissance; et on peut croirequele ministre ne parlerait pas de cette manière d'un pays qui iuia donné une retraite si avantageuse, si la force de la vérité ne l’y obligeait.
(^est en vain qu'il s’efforce ailleurs de diminuer celte cabale de la jeunesse française, en supprimant le grand nombre de ministres qui la composent. «
• Le nombre, dil-iP, n'en est pas grand, et le soup- « cou ne doit pas tomber sur tmt de bous pas-
• teurs qui sont sortis de France. • Mtis le mai écbtcnialgrélüi;cequiiui faitdirea lui-môme«i|u*on
• fait publi'piein *nt lits éloges de ces livres qui éta- > blissent la charité datis b tolérance du paganisme, « de l'idolôtrie etdu socinianisme : • ctencore : « .Notre
• langue n'était pas encore souillée de ces abmnina- « lions; mais depuis notrp. DispRBSiox,b terre est » couverte de livres français qui établissent ces hère-
• sies *. » Ainsi les inditïérents nVsaientsc déclarer étant en France . et ou voit toujours que b dispersion a fait éclore le mal qu'ils tenaient cacbc. Depuis ce temps, poursuit-il^, •> ou voit passer dans
• les mains de tout le monde les pièces qui établis- « sent celte tolérance universelle, laquelle euferiiM « b tolérance du socinianisme : et on voit sensihle-
• meut les tristes progrès que ces méchantes inaxi-
• mes font sur les esprits. * Le mal gagne déjà les parties nobles : « quand, dit-il^, le poison com- « mence a passer aux parties nobles , il est temps « d'aller aux remèdes : outre que le nombre de ces ■ indifférents se multiplie plus qu'on nb l’osb « DIRE : «pareil on voit tout ensemble non-seulement la grandeur du mal, mais encore qu’on n'ose te dire; de peur de faire paraître la faiblesse de la réforme, que sa propre constitution entraîne dans l'indifferenee des religions. Cependant, quoiqu'on dissimule et qu'on n'ose pas avouer combien ces indifférents s’accroissent au milieu de b réforme, on est forcé d’avouer (|ue ce n’est rien de moins qu’un torrent dont il faut arrêter le cours. • Ce qui est « très-certain, poursuit le ministre?, c’est qu’il est
I « temps de s’opposer â ce torrent impur , et de « découvrir les pernicieux desseins des disciples
' Tuh. LetU VIII, p.479. — * Des droUt des deux SoHVfntims. Avlî au leelt’ur. — * Tut. (eeti. vi, p. 0. — ' /6id. p. 4ft. — » Ihxd. - • Ihid. P 9. - > i»«d. p li.
SUR UES UETTRES DE M. JURIEU
• iri;riis,opius et dcSocin ; il serait à craindre que « nos jeunes gens ne se laissassent corrompre : et
■ il se trouverait (pie notre dispersion aurait servi
• à nous faire ramasser la chasse et la lie des
• autres religions. •
Il est bien aisé d’entendre ce qui l'a jeté dans rette crainte. En un mot, c’est qu'il appréhende que la dis|iersion déjà prêle à enfanter, eo.nme il disait, rindifférence des reliuions, n’aeliève de se Bâter dans les pays où la liberté (le dojjmaliser n’a point de bornes, et par la ne vienne en effet à ramasser en Aneleterre et en Ilullande la crasse des fausses religions, dont ou sait que ces pays abondent. Car d’abord , pour ce qui regarde l’AiiBletcrre , • ces
• dispersés l’ont trouvée, dit-il', sous des princes
• papistes ou sans religion, qui étaient bien aises de « voir l’indifférence des rcligionset l’hérésie s’introe duire parmi les protestants, alin de les ramener plus « aisément à l’Église romaine. » C’est bien fait de chargerdc tout les princes /)n/)«fej; car l’indifférence des religions était sans doute le meilleur moyen pour induTC les esprits à la religion catholique, c’est-àdire. à la plus sévère et la moins tolérante (le toutes les religions. Mais laissons M. Jurien raisonner comme il lui plaira; laissous-lui caractériser à sa mode les deuxdcrniers rnisd’Angleterre; qu’il fasse, s’il peut, oublier à tout l’univers ce que llorncbec et llornius .auteurs prote.stants . ont (-crit des indépendants et dcsprincipcsd’indifférenrequ’ils ont laissts dans cette île; et qu’il impute encore à l'Éalise romaine celle effroyable multiplicité de religions (|ui nais.saicnt tous les jours, non pas sous ces deux rois que le ministre veut accuser de tout le dé.sordre, mais durant lalyranniede Cromwel, lorsque le puritanisme et le calvinisme y ont été le plus dominants. .Sans combattre les raisonnements de notre ministre, je me contente du fait qu’il avoue. Quoi qu’il en soit, l’indifférence des religions avait la vogue en Angleterre quand les di.spersés y sont .arrivés, et si nous pressons le ministre de nous en dire la cause, il nous avouera franchement que c’est qu’on y estime Épiscopius. • C’est, dit-il >, ce qui a donné
• lieu aux hétérodoxes de dc(;ù la mer de calomnier « l’Église anglicane. Ils ont dit qu’on y expliquait « publiquement Épiscopius dans leurs universités
• etqu’on n’y faisait pas de fatjon de tirer les soci-
- niens du nombre des hérétiques. C’est, poursuit
■ .M. Jurieu, ce qui m’a été dit à moi-même par
• une infinité de gens. Cette fausse accusation est le
- fruit du commerce trop étroit que quelques théo-
• logiens anglais ont eu avec les oeuvres d’Épisco-
• plus. • A la fin donc il avouera que c’est par principes, à l’exemple d’Épiscopius , que l’Angleterre devient indifférente. Ce n’est pourtantqueque/quex théologiens anglais. Car il faut toujours exténuer le mal, et couvrir autant qu’on pourra la honte de la réforme chancelante, qui ne sait plus ce qu’elle veut croire, ni presque même si elle veut être dirétienne; puisqu’elle embrasse une indifférence qui, selon M . Jurieu, ne tend à rien moins qu’à renverser,
* r</b. L£tt. VI. P 8. — I /ÿ/r#. p. 10.
, le chritianisme. En effet , quoi qu’il puisse dire de ‘ ce petit nombre delhéologiensdcfenscurs d’Épiscopius, le nombre en est assez grand pour faire penser a une infinité degens,qw\ en ont .assuré M. Jurieu, que l’Angleterre ne faisait point de façon de déclarer son indifférence, c< de tirer les sociniens du nombre îles hérétiques.
Voilà pour ce (|ui regarde l’Angleterre, où l’on
voitquelesdispcrsésindifférentsonttrouvélcchamp
osseziibre : voyons cequ’ils auront trouvéen Hollande. « Ils ont abusé , dit noîn; ministre ' , de la tolé- « rance politique qu’on avait ailleurs pour les dif-
• férentes sectes ; . nous entendons ce lang,age et la liberté de ces p.iTs-là, qui a fait dire, comme oti vient de voir, à M. Jurieu que tant est plein d’in-
I différents dans ces provinces M. Basnage n’en I a pas moins dit, puisqu’il nous assure que l'héréliqiie n'a rien à craindre dans ces bienheureuses c()ulrées i : et sans besoin d édits pour s 'y maintenir, tout y est tranquille pour lui. Mais cette fo/crance politique, dont on prétend que les dispersés ont abuse t, va bien plus loin qu’oii ne pense, puisque, selon Jl. Jurieu 5, ceux qui l’établissent « ne
• vont pas à moins qu’à ruiner les principes du vé-
■ ritable christianisme à mettre tout dans l’in-
• dillercnce, et a ouvrir la porte aux opinions les
■ plus libertines;»cc que le même ministre confirme en ajoutant, un peu après», . que par là on outre - la porte au libertinage , et qu’on veut se frayer le
• chemin à l’indifférence des religions. .
Ainsi la tolérance civile, c’est-à-dire, l’impunité accordée par le magistrat à toutes les sectes, dans l’esprit de ceux qui la soutiennent est liée nécessairement avec la tolérance ecclésiastique; et il ne faut pas regarder ces deux sortes de tolérances comme opposées l’une à l’autre, mais la dernière comme le prétexté dont l’autre se couvre. Si on se déclarait ouvertement pour la tolérance ecclésiastique, c’està-dire, sju’on reconnût tous leshérétiques pourvrais membres et vrais enfants de l’Église, on marquerait tropévideinment l’indifférence des religions. On fait doncsemblant de se renfermerdans la tolérancecivile. Qu'iinporteen effet, à ceux qui tiennent toute religion pour indifférente, que l’Église les condamne? Cette censure n’est à craindre qu'à ceux qui ont des É-glises, des chaires, ou des pensionsecclésiastiquesà perdre' quant aux autres indifférents, pourvu que le magistrat les laisse en repos , ils jouiront tranquillement de la liberté qu’ils se donnent à eux-mêmes de penser tout ce qu’il leur plaît,qui est le charme par où les esprits sont jetés dans ces opinions libertines. C'est pourquoi ils font tant de bruit, lorsqu’on excite contre eux le magistrat : mais leur dessein véritable est de cacher l’indiflérence des religions sous l’apparence mi.séricordieuse de la tolérance civile.
C’est ce qui fait dire à JI. Jurieu , que . de tous « les voiles derrière lesquels se cachent les indif- . ferents, le dernier et le plus spécieux c’est celui
.J. *• g- S- — * Droits des deux Souvrr. Préf.
cl-iloisus. • Base. 1. i, e. e,p. «05. • Tuà. Lrll. vue. P aiio. - • Ibid. p. «0».
SIXIÈME AVERTISSEMENT
«delatolérancecmle^» Elle ne fait donc pas» encore un coup, dans la réforme un parti opposé à celui de rindifférence des relisions» mais ^ ro/M sous lequel se cac/ieni les indifférents » et le masque dont ils se déguisent.
Waissi cela est» comme il est certain» et que le ministre le prouve par desargumeiitsdéinonstratifs, on peut juger combien est intiuense le nombre des indifférents dans la réforme ; puisqu’on y voit les défenseurs de la tolérance civile se vanter publiquement qu'ils sont mille contre un Et que ce ne soit pas à tort qu'ils s’en glorifient , l'embarras de M. Jurieu me le fait croire : car écoutons ce qu’il letir répond : « Ils sc font» dit-il*, un plaisir de « voir je ne sais combien de gens qui paraissent les «I natter; et cela leur fait dire qu'ils sont mille con-
• tre un : mais depuis quel temps et en quel pays?
« Je leur soutiens qu’avant les sociniens et les nna- « baptistes» il n'y a pas eu un seul docteur de marque ■ qui ail appuyé leur sentiment. • Une s’agit pas de savûirce qu’on pensait sur la tolérance avant les sociniens et les anabaptistes; c’est-à-dire, si je ne me trompe » avant que le nombre en fdl grossi au point qu’il est : il s'agit de répondre, s’il est vrai que les tolérants soient aujourd'hui mtUecontreun^ comme ils s’en vantent : le ministre n’osc le nier,
« et ne s’en tire qu'en biaisant. Nous sommes» di- « senl'ils, mille contre un : c’est , répond-il^ , une
• fausseté ; et je ne connais pas de gens fort distin*
« gués qui soient dans ce sentiment. • Quelque beausembhnt qu’il fasse» et malgré le démenti qu'il leur donne , il biaise encore : les indifférents qu'il attaque se vantent » à ce qu'il dit » de la multitude , et il leur répond sur les gens de martfue y sur la distinction des personnes. Mais si on lui demandait comment il définirait cea gensdistingués» il biaiserait encore beaucoup davantage ; et on ne voit que trop, quoi qu’il en soit » que l'indifférence prend une force invincible dans la réforme » et que c'est là ce torrent impur auquel M. Jurieu s’oppose en vain.
Mais les actes du synode Vallon » tenu à Amsterdam le23auiU et lesjours suivants de l'an 1000» achèvent de démontrer combien ce torrent est enflé et impétueux. Trente-quatre ministres de France réfugiés en Angleterre se plaignent à ce synode du « scandale que leur causent ces ministres réfugies»
• qui» étant infectés de diverses erreurs, travaillent, « disent-ils*', à les semer parmi le peuple. Ces er- « reurs, poursuivent-ils , ne vont à rien moins qu’a « renverser le christianisme, puisque ce sont celles m des pélagiens et des ariens, que les sociniens ont « jointes à leurs systèmes dans ces derniers siecics.> On voit qu’ils parlent en mêmes termes que le ministre Jurieu, et qu'ils reconnaissent comme lui la ruine du chrisüauisme dans ces erreurs. Mais le reste s'explique encore beaucoup mieux. «Ilyena, « continuent-ils , qui soutiennent ouvertement ces
* 7ab. Ltü. TIII, or/. I.p.ane. — » Ibid, etsuiv. — * Ibid. 47&. 4BS. — * Ibid. ^ * P, 6M. — * Letim teritet au Syn. d‘ 4m»t. par ptu». 3iin ri/ug. à Lundrts, Tab. Lett. vill, p. bl8.
• erreurs: il yenad'autresqui se cachent sons le voile
0 d’une tolérance sans bornes. Ceux-ci ne sont guère
• moins dangereux que les antres ; et l'expérience « a fait voir jusqn’ici que ceux qui ont affecté une
• si grande charité pour les sociniens, ont été soei*
« niens eux-mêmes, ou n’ont point eu de religion. •
« Enfin le p«'*ril est si grand , • et la licence est vc- « nue à un tel point, qu'il n'est plus permis aux
• compagnies ecclésiastiques de dissimuler, et que
• ce serait rendre le mal incurable que de n'y apporter
• que des remèdes palliatifs.*
Il ne faut donc plus cacher l’état triomphant où l'indifférence, qui est une branche du socinianisme, se trouve aujourd’hui dans la réforme sous le nom et sous la couleur de la tolérance, puisque les ministres qui sont à Londres crient à ceux qui sont en Hollande, qu’il est temps d'en venir aux derniers remèdes : et ce qu’il y a de plus remarquable dans leur plainte, c’est que nous ne voyons point, dans cette lettre de Londres» la souscription de plusieurs ministres des plus fameux que nous connaissons : on saitd'ailleurs que ces trente-quatre qui ont signé la lettre ne fonlqn’une très-petite partie des ministres réfugiés en Angleterre. Le silence des autres fait bien voir quel est le nombre qui prévaut, et co que la France nourrissait, sans y|>cns«r, de sociniens ou d'indifférents cachés pendant qu’elletolérait la reforme.
Telle est la plainte que les trente-quatre réfugiés d'Angleterre portent au synode d'Amsterdam contre les indifférents: mais la réponse que fait le synode montre encore mieux combien est grand ce parti; puisqu’on en parle comme d’un torrent dont il faut arrêter le cours'. On voit même qu'en Angleterre ces réfugiés dont on se plaint poussent leur hardiesse jusqu' a détUer leurs impiétés enpu~ büc. les prêchant ouvertement; ce qu\ montre combien ils se sentent soutenus : et en effet on n’entend point dire qu’ils soient déposés.
Il ne faut pas s'imaginer que cernai ne soit qu’en Angleterre. Les réfugies de ce pays-là écrivent au synode Vallon, qu’il y en a en Hollande de ce carartére* ; et le synode lui-même parle ainsi dans sa décision : « Nous apprenons parles mémoires et O lesinstruciion.s de plusieurs Eglises, que quelques c esprits iiKpiicts et téméraires sèment dans « le public et dans le particulier des erreurs capita- « les, et d’autant plus dangereuses que sous le nom « affecté de la charité et de la tolérance , elles ten- « dent à faire glisser dans l’dine des simples le poi- « sondu socinianisme et l'indifférence des religions. «Les avis ne viennent donc pas d'Angleterre seulement, mais encore de fdusieurs Églises des Pays- Bas protestants : le mal se répand partout en de<^à
1 et au delà de b mer ; et on exhorte les fidèles a résister courageusement à ce torrent^. C’est donc toujours untorrent dont le coursmenace la réforme r le synode aussi n’épargne rien de ce qui dépend de sa lumière et de son autorité : il suspend, ileicommunie ; il suscltede tous côtés des observateurs pour veiller sur cc qui se dit , non-seulement dans
« Tub. UU. vt , p. &M. — * P. 560. — • P. M7.
SLIl LES LETTRES DE M. JURIEU.
îes chaires , mais encore dans les conversations ; il ■ autorise autant qu'il se peut les dénonciateurs; il < fait en un mot ce que la reforme a tant hldmé dans ■ la conduite de Rome , et ce qu’elle a tant appelé . une tyrannie, une gêne des consciences. Encore : n'est-ecpns assee; et voici à quoi les exhorte .M. Jurieu. • Il est juste, leur dit-iP , afin que peu de . gens soient suspects , que vous employiez des . voies sûres et non équivoques pour distinguer les • innocents des coupables. Les mesures que vous . avez prises dans votre dernière assemblée (c’est . celle dont on vient devoir la sévérité), quelque . bien concertées qu’elles paraissent , ne se trouvent . pas encore suffisantes pour découvrir les enne- . rois de nos vérités, et pour soumettre ces esprits . qui méprisent vos derniers règlements avec tant . de hauteur. C’est pourquoi j’espere , poursmt-d ,
. que dans votre prochaine assemblée vous preu- . drez des résolutions encore plus fortes et plus . efOcaces [wur arrêter le mal : ■ par où nous voyons tout ensemble et le peu d’effet du synode d’Amsterdam , et les nouvelles rigueurs qu’on prépare, non plus pour punir les tulér.ints déclarés, mais' pour les discerner et les découvrir comme ■'Cns qui se cachent. La réforme change de méthode : tout s’y échauffe : ceux qu’on ne pourra convaincre d’être hérétiques, seront recherchés, seront punis comme sus|>ects, rien ne sera à couvert de l’inquisition que M. Jurieu veut établir.
On demandera peut-être ici quel rapport il y a ou de l’indifférence au sociiiiaiiisme , ou du socinianisme à l’indifférence: c’est ce que M. Jurieu explique très-nettement , lorsipi’il dit que la méthode des sociniens , qu’il entreprend de combattre, est d’insinuer, d’abord . qu’il ne s’agit de rien d’im-
• portant entre eux et les autres protestants qui ont . abandonné le papisme : que ce sont des disputes « très-1 égères , et qu’on peut croire làalessiis tout
> CO que l’on veut ’. Quand celacsi fait, continue-t- | . il", et qu’ils ont persuadé que le socinianisme est . une religion où l’on peut se sauver, il no leur est . pas difficile d’achever et de pousser les esprits
• dans la religion socinienne : parce que le socinia- . nisme est une religion de plnin-pieJ,qui levetoutes les difficultés et aplanit toutes les bouteurs : • ce oui fait, conclut-il , « qu’on est bien aise de trou- . ver un lieu où l’on puisse se sauver , sans être . obligé de croire tant de choses qui ineommo- . dent l’esprit et le cœur. • On été tous les mystères, on éteint les feux éternels, et on ne cherche qu’à se mettre au large. C’est ainsi que 1 indifférence et le socinianisme sont hés, ct il est aisé de comprendre que ce torrent débordé de sociniens ou d’indifférents dont la réforme se plaint elle-même et qu’elle ne peut retenir . entraîne naturellement les espriU à ce«c religton iie plainpied giU aplanit toutes les hauteurs du christia-
"’pSur exténuer un mal à qui la réforme prépare déjà d'extrêmes remèdes, le ministre voudrait nous faire accroire qu’il nous est commun avec elle. • La
' UtL Tin , P- ZV7. — * /». is . >3.
©oiM-rr. — To» it.
« communion de Rome a senti « dit-il* , ce torrent
• d’impiptequi 3 presque inomiéloutpl’fa«)isc: ce qui
• a obligé ses {iiileurs à écrire plusieurs ouvrages « pour prouver la vérité de la religion clirctîenue. » Sur ce fondement il nous donne « des déistes à la ■ cour et des sociniens dansl hglise en assez grand « nombre : • en sorte (]ue nous n\ivons rien à reproelicr à la reforme de ce cùlè-lâ. Pour rendre les choses égales, il faudrait encore nous nommer les royaumes catholiques où l’on prtVhe publiquement le socinianisme et i'indifféreuce ; les conciles qu'on y tient contre ces erreurs, et les moyens estraordinnires dont on croit y avoir besoin pour en exterminer tes sectateurs. Du moins peut*on assurer que les sociniens font peu de bruit dans le inonde; et pour moi, qui pourrais peut-être en rencontrer quelques-uns, s'il y en avait d,ins rRglise autant que dit le ministre, je n'en puis pas nommer un seul. Mais après tout , et pour le prendre de plus haut , la question n'est pas desavoir si le nombre des indiftérenls , c'est-à-dire, celui des impies s'augmente dans 1.1 chrétienté, et s'il peut y en avoir de cachée parmi nous : ce qu'il fout examiner, c'est d’où celte race est venue, de quel principe elle est née, et pourquoi elle se déclare hautement parmi les protestants. D’abord on avouera, pour peu qu'on ait de bonne foi , que l'f:glise romaine y est opposée par sa propre consliliilion. Une Kglise qui pose pour fondement qu'il n’y a de vie ni de salut que dans sa eomimmion, sans doute est opposée par sa nature à l'indifCcrencedes religions. Une f:glise qui a pour règlede la foi , qu'elle doit avoir aujourd’hui celle quelle avait hier , qui croit que celle d’iiier e-st celle de tous les siècles passés et futurs , en sorte que la vérité régnera éternellement dans sa communion ,et qu'il yaune promesse divine qui l'eii assure ♦ est incompatible par son propre fond avec toutes les nouveautés; et d’autant plus opposée â celle des sociniens et des tolér.ints ou indifférents que leurs imiov.iiions sont plus hardies. Qu on vienne dire à une telle élgUse quelle ne doit pas adorer le Filsde Dieu autant que le Père, ou que Jésus- Christ n’e-st pas proprement un rédempteur qui ait vraiment satisfait pour elle et p.iyéun prix inflni; ou que l'enfer n’esl pas éternel coimne la béatitude qui nous est promise ; ou qu’on puisse trouv^er son salut autre part qu'avec Jésus-Christ et son bglise : elle Ivouchera ses oreilles pour ne point ouïr de teU I)l.is()hèmes , et repoussera de toute sa force c^ novateurs avec un concours universel : il faut qu’ils sortent ou qu'ils se cachent si bien , qu il ne leur reste d’asile que celui de l’hypocrisie, qui se con-
damnecUe-mémeàdestcnèbreséternelies Voila on
en sont réduits tous les novateurs dans l'Eglise catholique. Qu’on laisse reposer les peuples sur cette foi et sur la promesse divine, jamais les nouveautés ne seront seulement écoutées. Mais que l'on commence à dire avec la reforme , qu’il y a sept ou huit ' cents ans , plus ou moins , que l’erreur et 1 idolâtrie [ régnent dans l’Église, c'en est fait; la chaîne est
« r«6. uti. I. p. Il, is- ^
49H SIXIÈME AVERTISSEMEM
rompue ; la promesse est Anéantie ; on ne lient plus à lai^uecession. I/Aulcchrist. qui ne rominençait qu'au septième ou huitième siècle, si Ion veut, prendra naissance nu cinquième et en la personne de saint T>oii :si l'on veut , la corruption aura commencé au concile de Mcée : ce sera plus idt . si l'on veut , Pt des leltMups qu'on a condamné Paul de Samosale, qui niait la préexistence du Fils de Dieu : il n'y a plus de digues à opposera celte pente secrète qui porte l’esprit flel homme à cette religion de ptainjnedf qui supprime tout l'exercice de la foi ; et tout devient ÎJidiffcrenl.
Qii'ninsi ne soit: mettons aux mains un de ces protestants indift'ôrenls , sociniens, pajoiiisles. arminiens, si l'on veut, cartons CPS noms symbplisent forts , avec quelque bon réformé, avec M. Jurieu lui-méme; et voyons s'il pourra le vaincre par les princii^es communs de la réforme, ('.et indifférent a troisrègles : la première: // ne faut connaitre nutJe autorité r/«" ceti'» de l'Écriture ; celle l*à seule est divine : ne me parlezni d’Èglise, ni d'antiquité, ni de synode : ce sont tous moyens papi>liques; et J.i réforme m'apprend que tout cela nVst pas ma règle. La seconde règle »lc notre indifférent : r.riture /w«r o6/<ÿcr doit être claire; ce qui ne parle qu'obscurémenl ne décide rien et ne fait qu'ouvrir le champ à la dispute : telle est la seconde règle de l'indifférent. 1.3 troisième et la dernière : - Où
• rK^riiurc paraît enseigner des dioses ininlelligi-
• Ides et où la raison ne peut atteindre, comme
• une Trinité, une incarnation, et le reUe ; il faut M la tournerau sens dont la raison peut s'accommo* « der , quoi(jii'on semble faire violence au texte. » Tout roule sur ces trois maximes : mais voyons tm peu plus dans le détail comment les indifférents les emploient, et si les vieux reformés pourrojU les nier ou en éviter les conséquences.
Par la première maxime. Salle autorité que ctUe de l'Écriture, ils excluent d abord toutes les Confessions de foi de la réforme, parce qu’elles sont faites, reçues , autorisées par des hommes sujelsà errer comme les autres. Quand donc les Irenle-cpialre réfugiés d'Angleterre pressent le synode d'Amsterdacn de réJuire les proposants et les ministres à la Con/cssion Urtfjlque ; premièrement, ils ne disent rien ; car ils ne veulent les y soumettre que aamt tes arilcles cajntanx , sans expliquer quels ils sont ‘. Sc- '' condement , ils demandent qu’on impose à ces pro^ posants et à ces m 'uüstres un joug humain, et qu'on letir 6le la liberté que l'Kvangilc réformé leur a donnée de tout examiner , et même les résolutions et les décisions les plus authentiques de l'Kglise.
Cctlc raison met à couvert nos imliffércnts de la dérision du synode mémo , lorsqu'il leur défend •< de rien support.T de ce qui |>otirra contrevenir à
• la doctrine enseignée dans la parole de Dieu , dans
• In Confe.ssion de foi, cl dans le synode national « do Dordrect* : » car d'abord la parole de Dieu visiblement n'est mise là que pour la forme : mitreinent de deux choses l une, ou le synode leur dé-
* V, fcSI. - > P. 507.
• fendrait de supporter les luthériens contre le décret de Charenton et le sentiment unanime de la réforme calvimenue, ou elle les forcerait à confesser que la présence réelle, l'ubiquité et le reste, qu'il faut passer aux lutliériens, n'est pas contraire à la parole de Dieu ; puisque s'il y était contraire , selon les termes de ce synode, on ne pourrait plus le supporter.
Il en faudra donc venir à dire que la parole de Dieu n'est mise là qu’à condition de l'entendi'e selon les interpréLilior>sdesConfessionsdefoieldu synode de Dordrect : ce qui est manifestement la doctrine que la réforme a improuvée dans les catholiques, et une restriction de la liberté qu'elle a donnée d'interpréter l'Ècrilure chacun selon son esprit particulier.
Que si M. Jurieu répond , selon les principes de son Système que ces Confe.ssions de foi n'ohligent pas en coRScience , mais à titre de con fédération volontaire et arbitraire, comme il parle* , où l'on a pu recevoir et d'où aussi l'on peut exclure qui l’on veut; il demeurera jwiir certain qu'on en peut croire en conscience tout ce qu'on voudra , et que le refus qu'on ferait d’y souscrire ne pourrait avoir que des effets politiques qui n'auraient aucune liaison avec le salut.
Qu'ainsi ne soit : selon ce mini.stre, on pouvait régler de telle manière ces confrilérations des Eglises , par exemple, de Genève et de Suis.se, que les pciagiens et semî-péla tiens n’en miraient pas été exclus : «et ce qui est bien certain, dit-il, c'est qu'on « n’a pas eu dessein de damner ceux qui embras- « seraient le semi-péhgianisme» : «en les excommuniant on ne les exclut que de cette confédération particulière, de celle Eglise et de ce troupeau particulier , et non pas en général de la société de l’Èglise et encore moins du salut. On est donc encore libre en conscience de croire ce qu’on voudra de ces ('onfessioms de fol : quoiqu'elles se soient déclarées nmlrc les seini-pélagiens, on peut encore être ou ii'etre pas de celte secte. Ainsi il en faut toujours revenir au fond; et les censures lancées sur le fondement de ces confédérations arbitraires ne regardent qu’une police extérieure de l’Eglise, qui ne gêne en aucune sorte la liberté intérieure de la conscience.
Il en faut dire autant de tous les synodes, et même de celui de Dordrect , le plus authentique de tous. A quelque autorité qu'on s'efforce de l’elever dans la réforme, le plus rigide des intolérants, c’est-à-dire, M. Jurieu , «• contente qu'on lui accorde que ce synode • n pu obliger, non TOirs lrs membres dr « 1.4 SOCIETE , mais ou moins tous ces docteurs , • prédicateurs et autres gens qui se mêlent d'ensei- « gner, sans pourtant obliger à la même chose les « autres Kgliscs cl les autres communions • Ses décrets ne sont donc pas une règle de vérité proposée à tout le monde; mais une police extérieure
' Frfj. Ifg. p. 6. Sy»t. p. ei imv. 25» et siiiv. ffitl. det far. liv. xv — * HUt. de» far. tiv. XIV. — *J ir. tttrln itéthodes, uct. IS, p. t&9, lOU.
-Dt-
SUR LFS LETTRES DK M. JURIEU.