‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 79 sur 192 · SOS · texte numérisé non relu

SOS

\escaiéchismes elles préjugés delà secte, c’est-àdire, une autorité humaine qui les persuade.

Enfin, l’auteur des Jvis finit son raisonnement par ces paroles : « *Je croîs que l'on peut conclure > après cette réllexion, que les points fondamentaux « de la religion ne sont pas à beaucoup près en si « grand nombre que plusieurs se l’imaginent aujour-

• d'hui : autrement je croirais que la voie d'examen, « qui est le fondement de notre réformation , serait « un prïnci|)e impo.xsible au peuple, et par consé-

• quent injuste et faux. J’attends avec impatience « quelque éclaircissement là-dessus. »

Voilà ce qu’attendaient les tolérants. Ils supposaient que les peuples ne pouvaient pas voir assez clair pour prendre parti sur les articles qui partageaient le.s savants. Par là donc ils insinuaient qu’il fallait réduire les articles fondamentaux à ceux dont tout le monde et les sociuiens comme les autres sont d’accord; c’est-à-dire qu’ils les réduisaient à croire que Dieu est un, et que Jésus est son Christ : car c’est de quoi conviennent tous les chrétiens. Que si le ministre avait à leur donner une autre inar({ue d'évidence que ce consentement universel , c'était à luiii le prouver, et à ne pas ruiner sa cause en supposant comme prouvé ce qui était en question.

L’exemple des luthériens vient Ici fort à propos. On demande à M. Jurieu et aux calvinistes , si la certitude du salut, l’inamissibilité de la justice, la nécessité de la grâce pour commencer le salut, aussi bien que pour l'achever et les autres points décides dans le synode de Dordrect; si la nécessité des bonnes œuvres et celle de l'amour de Dieu; si cet article important de la réforme, que Jésus-Christ en tant qu’homme est uniquement renfermé dans le ciel, sont choses obscurément et douteusement ou clairement révélées? Si ces articles leur paraissent obscurément révélés, où en est le calvinisme? Où en sont les décisions du synode de Dordrçct ? Anra-til excommunié tant de ministres, bons protestants d'ailleurs, pour des articles obscurs et obscurément révélés? Que si tous les points qu’on vient de réciter paraissent aux calvinistes évideinmentrévéiés, pourquoi le doute des luthériens le.scbranle>t-il assez pour les obliger à la tolérance? oti pounjuoi comptent-ils pour rien les doute.': des autres, aussi malaisés à résoudre que ceux des luthériens ?

I.,e ministre croit avoir abattu les tolérants^ quand il leur dit : Est-il possible que Dieu ait voulu révéler la divinité de Jésus-Christ, sans obliger à la recounnître? ou qu'il ait satisfait pour nous, sans imposer aux hommes la nécessité d’accepter ce payement par la foi»? Comme si on ne pouvait pas dire de même : F.st-il possible que Dieu ait voulu que nous dussions tout notre salut, et autant le commencement que la fin, à la grâce de Jésus- Christ, et que ce soit là le principal fruit de sa mort, etque,néaumoins,il neveuiliepasquetout le monde reconnaisse celte vérité, et qu'il faille tolérer les luthériens qui la rejettent? Ne pourrait-on pas dire

•/». 31. IV, art s, n. 6,«.

SIXIÈME AVERTISSEMENT

aussi : Kst-il possible que Jésut'Christ ait voulu su rendre réellement présent selon son corps et se> Ion son sani; dans le pain et dans le vin de l'eucliaristie , et qu'il n'ait pas voulu nous obliger à reconnaître une présence si merveilleuse et à lui rendre grilces d’un témoignage si étonnant de son amour ? Cependant vous voulez persuader aux luthériens, qui reconnaissent cette présence , de vous supporter, vous qui , loin de la reconnaître, en faites le sujet de vos railleries, c'est-à-dire, selon eux, de vos blasphèmes, jusqu’à traiter ceux qui la croient de mangeurs de chair humaine.

Il ne faut point ici dissimuler une misérable chicane de M. Juricu , qui soutient que l'article de la présence réelle et de l’union corporelle des lidcles avec Jésus-Christ ne ï»eut pas être fondamental; parce que 4c*/w/AmV?Æseux-méincsm>rfw«//>asr/we cette union corporclk de JéMiS’Chriü avec ses membres soit absolument nécessaire. Il est donc r/air, conclut-il, que les ealcinistes ne nient rien de fondamental et de nécessaire selon les luthériens'.

Ce ministre ne veut jamais entendre en quoi consiste la difficulté qu'on lui propose. Il est vrai que les luthériens ne disent pas que celle union corporelle du fidèle avec Jésus-Christ soit absolument nécessaire, parce qu’ils ne disent pas non plus que la réception de reucharislie le soit; mais, si les luthériens ne croyaient pas que la foi de celte union corporelle fût necessaire à celui qui reçoit l’eucharistie, pourquoi exclueraieul-ils deleur communion les calvinistcsavec une inexorable sévérité? Ilfauldonc bien qu’ils croient absolument nécessaire à toutchrétien la foi do cette union et do la présence réelle ,et qu'ils tiennent ceux qui la nient pour coupables d'une erreur intolérable.

Ainsi, il se pourrait très-bien faire qu’on ne erdt pas la communion absolument nécessaire, comme, en effet, elle ne l’est pas de la dernière et inévitable nécessité ; et qu'on crût abs4dument ncces- Baire, quand on communie, de savoir ce qu’on y reçoit , et ne pas priver le fidèle de la foi de la pi^seiice réelle; n’y ayant rien do plus ridicule et de plus impie que de tenir pour indifférent , si cc qu’on retMill sous le pain et avec le pain , comme parle le luthérien, est ou n'est pas Jésus-Christ même selon la propre substance de son corps et de son. sang; puisque c’est faire tomber son indifVérence sur la présence ou sur l’absence de Jésus-Christ même et de son humanité sainte.

Ainsi, quoi que puisse dire votre ministre, j'eu reviens toujours à vous demander s’il n’est d’aucune importance de savoir que Jésus-Christ, en tant qu'homme , soit vraiment présent ou non sous les symboles sacrés. Mais ce serait en vérité être trop profane que de pousser sou indifférence jusque-là, et do croire si .îésiis-C.hrist homme a voulu être présent avec toute la réalité que croit le luthérien, que cela puisse devenir indifférent à scs fidèles. Que si vous êtes enfin forcé d'avouer que c'est là un point important et très-important, mais

'DeVViu fieVÊgl. T. 6,r. fi.p 6«ü.

non pas de cette importance qui rend un articls fondamental et absolument nécessaire {mur lesalut, puisque même la rcceptiun de l'eucliaristie n’est pas de cette nécessité ; vous ne nous échap|>crez pas par cette évasion : car toujours on ne cessera de vous demander ce que vous diriez d'un homme qui, sous prétexte que la cène ou la communion n'est pas absolument néces.saire, rejetterait cc sacreinent, en disant qu'il le faut oter des assemblées chrétiennes, et qu'il n'est pas nécessaire de le conserver dans l'Église. Vous u'oseriez souteuir qu'avec cette erreur il fdt digne du nom chrétien ni de la société du peuple de Dieu, dont il rejetterait le sceau sacré. Car , par la même raison , sous prétexte qu'nn peut absolument être sauvé sans le baptême lorsqu’on y supidée par la contrition ou par le martyre, et que même sans y suppléer {lar ces moyens on croit parmi vous que ce sacrement n'est pas nécessaire au salut des enfants des fideles , il faudrait aussi tolérer ceux qui ct>sseraient de le donner, ou qui ,a l'exemple de Fauste Socin, ne le croiraient plus nécessaireà l’Église de Jésus-Christ, en di.xant, avec ce téiDcraire hérésiarque , qu'il n'a été institué que pour les commencements du christianisme. Or, autant qu'il est nécessaire de conserver dans l’Église le sacrement de l'eucluiristie, autant est-il nécessaire d'y conserver la connaissance de la chose sainte quelle contient; puisque même saint Paul condamne expressément ceux qui la mangent sans la discerner'.

Vous dites que le socinicn détruit la gloire de Dieu , en le faisant impuissant , ignorant , changeant ' ; la détruit-on moins en le faisant, avec les réformateurs, auteur du pédié? et en niant, comme font encore les luthériens, qu'il soit auteur de tout le bien qui se fait en nous , ne l’étant pas du commencement de notre salut? Le socinicn, poursuivez-vous , ûte la sanctification en détruisant les motifs qui g portent , comme sont ta crainte des j)eines éternelles : et les luthériens ne vous reprochent-ils pas que vous ôtez aussi ces motifs par votre certitude du salut et votre inamissibiiité de la justice ? Quelle différence mettez-vous entre ôter les peines éternelles , et obliger le fidcleàcroire avec une entière certitude qu'elles ne sont pas pour lui , puisqu'en quelque excès qu'il tombe, il est assuré de ne mourir |»as dans son péché ? Le socinien ôte la consolation : demandez au luthérien s’il ne trouve point de ctjnsolation dans la foi de la présence réelle, et s’il ne vous accuse pas de ravir aux enfants de Dieu cet exercice de leur foi , et ce doux soutien de leurs ômes durant leur pèlerinage. Vous accusez le socinien de nier le mérite de Jésus-Christ et de sa mort : le socinien ne le nie pas absolunn nt. Vous argumentez , et vpus dites qu’il nie le mérite par voie de satisfaction; CO qui est, en quelque façon, le nier; et n’est-ce pas aussi le nier en quelque façon, et encore d’une façon très-criminelle, quede croire avec les luthériens le commencement du salut indépendant de la grâce que celte mort

» I Cor. 11. S9. - » Tab. Lctt.in , p. 127.

SUR LES LETTRES DE M. JURIEU

nous a niériti^? Et d'ailleurs que répondrezvous à vos frorcs les Anglais protestants, et à cette opinion (ju’on dit se glisser f>anni eux? Mais quelle est cette opinion que vous coulez si doucement? « C’est, dites-vous que Jésus-Clinst n'a pas « proprement satisfait pour nos |>ée!iés, et qu'il n e-st « pas mort afin que ses souffrances nous fussent > imputées. > Voilà cette opinion qui se glisse en Angleterre, selon le ministre. • Sur quoi, pour-

• suit-il , ils tournent en ridicule, à ce qu'on m'écrit,

« la justice imputée, avec autant de violence que « les papistes ignorants. <* Ces théologiens , dont on vous écrit , qui nient ouvertement que Jésus- ■ Ciirist ait proprement satisfait , et tournent en ridicule votre justice imputée avec autant de oiotence que pourrait faire un papiste , apparemment ne se cachent pas. /ousarez dites-vous, à distinguer cette thèologiede C impiété des sociniens, et vous souhaitez qu'on la Jlêtris.:e : mais cepen- j dont , on ne dit mot à des gen,s qui nient si ouvertement la satisfaction de Jésus-Christ : on laisse

celle opinion parmi tes docteurs, d'où elle passera hientùtau peuple; et l'Lglise anglicane ne SC croit pas obligée de régler ses censures par vos décisions. Criez Lmt que vous voudrez que ces articles sont révélés et clairement révélés ; vous en devez dire autant de tous les articles que vous soutenez contre les luthériens : et si, enfin, vous répondez que les articles que vous opposez au luthéranisme, a la vérité sont n-veU^ et elairement révélés, mais qu’ils ne sont pas pour cela fondamentaux ni de l'iiiil>ortance qu’il faut pour être nécessaires au salut, nous en voilà donc revenus a examiner l'iinportance des articles révélés. Par quelles règles et sur quels princi{>e$? Le ministre n’en a aucun à nous donner; et, dans sa cinquième Lettre, où il fait les derniers efforts pour éclaircir celte matière, après avoirépuisetoutesses subtilités, il n’y voit plus autre cliosc à faire que d’en revenir enfin à compter les voix, comme il l’availdija proposé dans sa troisième Lettre.

Mais plus il s’explique sur cette matière, plus son embarras est visible; car voici ce qu’il écrit dans cette cinquième Lettré : « 11 se peut donc

• faire, dit-il*, qu’il y ait en effet quelques per-

• sonnes qui soient aveuglées à ce point de pou-

• voir croire que la divinité de Jésus-Christ et

• sa satisfaction sont des vérités; mais que ce ne

• sont pas des vérités essentielles à la religion chré- « tienne. Mais nous ne croyons pas que cet entcic- « nient puisse aller loin ni .s’étendre a beaucoup de « personnes : » à cause , dit-il , (|ue c’est un état

• lropviolent«de croire que certaine personne soit

• Dieu , et de croire qu’on ne lui fait pas de tort en

• le regardant comme une créature. • Voilà votre dernier refuge : vous en appelez au grand nombre , et vous voulez que les tolérants demeutent toujours le plus petit. Mais si ce torrent vous inonde, si rex|>orlcnce réfute vos raisonnements et qu’en- Hn la tolérance l’emporte, où en serez-vous.’ Or,

• Tab. Utt. vni . p. 578. — * P. *M.

certainement au train qu’elle prend, il faudra bien qu'elle prévale, si vous n’avez à lui objecter que le petit nombre de ceux qui la suivent , c’est-à-dire , selon la réforme une autorité purement humaine, elle plus faible de tous les secours. Qu'ainsi ne soit: écoutons la suite*. • On doit savoir que nous portons " ce jugement (que le nombre des toléranU sera

• toujours le plus petit) des docteurs et des théo-

• logiens; car autrement Je suis bien persuadé qu'il

• y a MILLE BT MILLE BorcvES GENS dans lescom-

• munions de nos sectaires qui uni.ssent fort bien

• ces deux propo.sitions : Jésus-Christ est /■V/séler-

> nel de Dieu , mais il n’est pas nécessaire de le

• croire pour être sauvé. Car àe quoi ne sont pas ca- « pables LESPEUPLES et les gens qui ne so.nt pasdb

• PBOFESStON A S'APPLIQUEB , NI DE CAPACITE à

> PÉ.NÈTREB? Et même entre ceux qui sont appe- ■ lés A ENSEIGNEBLES AUTRES, COMBIEN PEU Y « EN A-T-iLquisoient capables de voirie fond d'un « sujet! I» Voilà donc, de votre aveu propre, milte etmiUe bonnes gens ^ et nûn-.seulemcnl parmi les peuples, mais encore parmi ceux qui sont appelés à enseigner les autres, qui ne voient pas l'importance que vous voulez qui saute aux yeux. Cest pour ces mitte et mille bonnes gens^ pour ces gens qui ne sont pas de profession à s'appliquer , ni deenpa^ cité à pénétrer, pour ces gens , dis-je, dont il est certain que touteslescommunionssontpielnes, c'est pour eux et pour le grand nombre même des docteursque vous jugez incapables devoir te fond d'un sujets c’est pour eux , encore un coup, que je vous demande une règle. Quelle sera-t-elle? L’Écriture? Mais ils ne sont [>as de profession à s'y appliquer, nide capacité a ta pénétre f. Les docteurs? Mais ce sont ceux-là qui les embarrassent par leurs divisions, et qui, aprè-S tout, ne sont que des hommes sujetsà faillir , et en particulier , et en corps; des hommes, enfin, dont le plus grand nombre n'est pas capable , selon vous , de voirie fond d'un sujet. Que pouvez-vous donc donner pour règleàce grand nombre d'ignorants? La multitude? qu’ils voient croître tous les jours et en train de se grossir beaucoup davantage. Le goût et le sentiment? C'est ce qui les perd :car ils ont tant de goût pour la liberté ; la tolérance leur paraltsi belle , si douce, si charitable, et par là si chrétienne! Quoi donc, enfin? Les synodes, les consistoires, les censures? Tous Ci'smoyenssont usés et trop faibles, trop décries dans la réforme. Il ne reste plus a opposer que les magistrats ; et c’est à quoi M. Jurieu travaille de toute sa force dans ses derniers ouvrages.

Cependant, dans l'embarras où il est sur les moyens d'établir les articles fondamentaux , il semble quelquefois se repentir d'avoir avoué si souvent qu’il ne les trouve pas marqués dans l’Écriture. Car il prétend, pai exemple, que l'absolue nécessite do croire la divinité de Jcsus-Clirist, à peine d'êtte damné, est clarrement marquée par ces paroles : Celui qui ne croit pas au Fils éternel de Dieu est condamné : où il suppose le mot de fils étei nel mt

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STXIKME AVERTISSEMENT

llwi de celui de Jfls unique • ; et donne oceasîon aux tolérants de lui reprocher qu'il n’a pu ircuiver la condamnation expresse des soriniens dans les passapes qu’il produit. sans les altérer. Il produit encore ce passape de .saint Jean : Ceiui qui nie que JêMis soi/ venu enchair. est /’./»^cr/i /•«/*. Mais que conclut ce passape pour les articles fondamentaux, puisque, de l’aveu du ministre , saint Léon et ses premiers successeurs ont été le vrai Antéchrist, sans préjudice de leur sainteté et de leur salut : par conséquent sans nier aucun article fondamental? 11 aura souvent sujet de se repentir d'avoiravancéune proposition si insensée; mais, après tout, la question demeure toujours ce que c'est que venir en chair ? Si c’est donner à Jé.sus , comme ont fait les rnarcionitcs et les manichéens, au lieu d'une chair humaine une chair fantastique, les soriniens sont à couvert de ce passage. On sait d'ailleurs ce que c’est, selon eux, que tenir en chair : et sans excuser leurs réponses , que je trouve aussi mauvaises que M. Jurieu, ü est question de sauver de leurs vaines subtilités ce nombre infini de gens, parmi les savants aussi bien que parmi le peuple, qu'on exclut de In discussion des passages de l'I'criture; parce qu’ils n'ont ni le loisir ni la capacité de la faire, ainsi que le ministre vient encore d'en convenir.

On voit donc combien est faible la seule barrière qu'il met entre lui et les tolérants , qui est celle des points fondamentaux. Il nous renvoie à ce qu’il en a dit au traité vide son livre de l'Unité de rÉglise’; mais il n'y dit pas autre chose que ce qu'il répète dans ses Lettres ; et il nç fait que retendre , roniuie il en demeure d'accord. Parcourons néanmoins ce traité ; nous n’y trouverons que de nouveaux embarras sur cette maliére. Après avoir supposé que les articles fondamentaux sont les principes essentiels du chrislianisme, il met trois choses non fondamentales : ■ I® L’explication des mystères ; 2"

• les conséquences qui se tirent de ces mystères :

• 3* et les vérités théologiques qu'ou puise dans

• récriture ou dans la raison humaine, mais qui

• ne sont pas essentiellement liées avec les princi-

• pes L » Je ne veux rien lui disputer sur cette division : je remarquerai seulement quelques conséquences qu’il met parmi les choses non fondamentales: •• Le principe du christianisme, dit-iM , c'est

■ que riiomme étant tombé volontairement dans

• la misère par le péché, il lui fallait un rédemp-

• leur que Dieu lui a envoyé en Jésus-Christ. De ce

• princiiw' les uns tirent ces conséquences, que « l'homme par son iJéché avait enlièrenjent perdu

• toute sa force pour faire le bien et pour tendre à

■ sa fin surnaturelle: les autres les nient. ® Ce n'est donc pas un principe du christianisme çue/'Aomme ait perdu par le péché toute sa force ptntrle bien et pour tendre à sa Jin surnaturelle : ce n'est qu’une conséquence non fondamentale ^comme l’aupellc le

« Dt TVn.Tr. e,c.5,p. bbO. Jonn.lll. is. - > ÜtVVn. !Wd. Tab. Uti. IV, p. ISO. //. 7. - » Ibid. III,

/. lie. — * Ibid. ÜtVVn. Tr. C,*c. I, p. 406. — * ibid. p 607.

ministre», sur laquelle il convient aussi que tes chrétiens sont partagés; et il est permis de dire que la nature tomliée a des forces pour faire te bien jus(|u'à le pouvoir commencer, ainsi qu’on a vu » , par elle-même, et tendre à sa fin surnatur/tlr : ce qui rétablit eu honneur le semi-pëbgiaiiisme, comme ou l'a VII souvent.

Voici encore une des conséquences non fondamentales que le ministre donne pour exemple. De ce principe, qu’on avait besoin d’un rédempteur, « les uns concluent , dil-il, que la satisfaction était « d'une absolue nécessité, les autres n'en veulent « pas tomber d’accord - C'est donc une chose libre de croire qu'on ail liesoin de la salisfortioii de Jésus-Christ par une absolue nécessité, ou de croire qu’on pouvait s'en passer : ce qui seul renverse de fond en comble le système du ministre.

Cir quand ü viendra nous dire dans la suite que,

• pour croire un rédempteur comme fournissant à

• tous nos besoins, H faut croire qu'il a satisfait

• parfaitement à la justice de Dieu ; puisque c'est

• là un des liesoins que la nature et la loi lui fai- ■ snient sentir * ; » il sera aisé de lui réjvoiidrc que tout le bien que nous sentons e.st celui que Dieu nous pardonne nos pochés , en quelque manière que ce soit, ou par la s.ilisfaclion de Jésus-Chri.sl ou sans elle : ce qui fait ranger au ministre même p.armi les choses indifférentes l'opinion qui ne veut pas reconnaître que la sntisfaclum de Jésus-Clirist suit d'une ab.adue nécessité.

Mais dès-là tout son syslèmcot celui de M. Claude est à ba.s. Car voici leur raisonnement : I/homme sentait son péché ; par conséquent il seniait que Dieu était irrité contre lui, et que sa justice demandait sa mort; qu’il fallait donc que cetlr justice f(U parfaitement satisfaite ; donc par un mérite infini ; donc par une personne infinie ; doue par un Dieu-Homme :donc il fallait qu'il y ciit en Dieu plus d’une personne; donc l'homme sentait par .son besoin qu’il y avait une Trinité et une incarnation; que ces mystères étaient nécessaires à son salut, et par conséquent fondamentaux Voilà ce qu'on Sent dans la reforme. Encore que tout ce discours ne soit qu’un tissu de raisonnements et de conséquences, il se faut bien garder d'appeler cela raisonnement : car autrement il y faudrait de In discussion et de la plus fine : et c'est ce qu'on veut exclure : il faut dire qu’on sent tout cela comme on sent le froid et le chaud, le doux et l’amer, la lumière et les ténèbre.s; et si on ne le sentait de cette sorte, la réforme ne saurait plus où elle en serait, ni comment elle montrerait les articles fondamentaux.

En vérité.c’est tropse moquer du genre humain, que de vouloir lui faire accroire qu’on sente de cette sorte une Trinité et une incarnation. Car, supposé qu’on sentît qu'on a besoin d'un Dieu qui .satisfasse pour nos péchés, en tout cas on ne sent pas là le Saint-Esprit ni une troisième personne, et il suffit

* Tiib. IxU. m . p. 4tl7 — * Ci-drssu>. - * rt'rt, Tr. 6 , r. 1 , p. 497. ~ » Ibid, c, Z, p 637. — » ibid. Sytt. liv. tl, C. Vt. p. 439.

SUR LES LETTRES DE M. JÜRIEU

qu’il y en ail deux. Mais cette seconde personne dont on sent, dit-on, qu’on a besoin, sent-on encore qu'on ait besoin qu'elle soit en;;enürée?el ne peut-on satisfaire à Dieu si on n’est son fils, quoique d'ailleurs on lui soit Ci^al? Quoi donc! le Saint- È.sprit serait-il indi.sne de satisfaire pour nous, s'il avait plu à Dieu qu'il s'incarndt? Mais sent-on enrore, je vous prie, que pour faire une incarnation , il faille reconnaître en Dieu la pluralité des personnes? Et quand on u'en concevrait qu'une seule, ne concevrait-on pas qu'elle pourrait s’incarner? Mais, direz-vous, il faut deux personnes pour accomplir l'œuvre de la satisfaction : car une môme personne ne peut se satisfaire à elle-même. y\veu- ^Ics , qui ne sentez pas qu'il faut bien que le Fils de Dieu ait satisfait a lui-même aussi-bien qu'au Perc et au Saint- Esprit ; et si vous dites que comme homme il a satisfait à lui-même comme Dieu, qui empêche qu'on n'en dise autant quand il n'y aurait en Dieu qu'une personne?

Je ne parlerai point ici des autres difllcultés de cettcsatisfaetioii, qui fait diroà untres-grand nombre et peut-être à la plupart des théologiens : Que la satisfaction de Jésus-Christ est un mystère d'amour, où Dieu exerce plutôt sa miséricorde en acceptant volontairement la mort de son Fils, qu'il ne satisfait à sa justice selon les règles étroites; et comme parle l’école, m/ striclos jurix apieex. Je laisse toute.s ces choses et cent autres aussi difliciles, comme le savent les théologiens qu’on veut pourtant faire sentir aux plus ignorants du peuple. Il me suffit d’avoir fait voir qu’on n'a senti jusqu'ici dans le discours de M. Jurieu ni la personne du Saint-Esprit, ni même celle du Fils, ni la procession de l'un, ni rétemelle génération de l'autre; choses pourtant qui appartiennent aux fondements de l«i foi.

Mais en poussant encore les choses plus loin, pour sentir le besoin qu’on a d’un Dieu incarné, il fait sentir en même temps que Dieu ne nous peut sauver ni nous pardonner nos péchés que par cette voie : autrement si l'on sent qu’il y en a d'autres , on nesent pas le besoin qu'on a nécessairementdecellelà.Il faut donc pouvoir direà Dieu : Oui, je sens que vous ne pouvez me sauverqu’en faisant prendrecliair humaine à un Dieu qui satisfasse pour mes péchés ; et vous n'avrez que ce seul moyen de les pardonner. Cependant M. Jurieu lui-même n’a osé nous obliger à croire que cette voie de sauver les hommes par une satisfaction soit de nécessité absolue ‘ : et quand ce ministre ne nous aurait pas donné cette li^rté, qui ne voit que le iKm sens nous la donnerait ; puisqu'il n’y a point d'homme assez osé pour proposer aux chrétiens comme un article fondamental de la religion , qu'il n'était pas possible à Dieu de sauver l’humme par une pure condamnation et rémission de ses péchés, ni autrement qu’en exigeant de son Fils lu satisfaction qu’il lui a offerte?

Avouons donc de bonne foi , que nous ne sentons ni la Trinité ni l’Incarnation. Pious croyonsces ado-

V Cl-(le56Ui.

rabtes mystères, parce que Dieu nous l’a ainsi révé> lé et nous l'a dit : mais que nous les sentions par nos besoins, et encore que nous les sentions comme on sent le froid et le chaud , la lumière et les ténèbres, c'est la plus absurde de toutes les illusions. Et pour faire voir h M. Jdrieu, s'il en est capable, l'absiirditéde ses pensées, il ne faudrait que lui remettre devant les yeux la manière dont il croit sentir l'ascension du Fils de Dieu. « Cest , dit-il que, « si on le croit ressuscité; ne le trouvant plus sur « la terre, il faut nécessairement croire qu'il est « monté dans les cieux : > ajoutez , car c'est là l’article, ■ et qu’il est assis a la droite de son Père, > pour, de là, gouverner tout l'univers et exercer la toute-puissance qui lui est donnée dans le ciel et dans la terre. Vousseiitez tout cela , si nous voulons vous on croire, parce que , ne trouvant plus Jésus Christ sur la terre , il ne peut être que dans le ciel et à la droite du Père : il n’était pas possible à Dieu de le mettre en quelque autre part; si l'on veut avec Élie et avec haioc , ((u’on ne trouve point sur la terre , et que néanmoins on ne place pas à la droite du Père éternel dans lecîel. Dieu ne pouvait pas réserver au dernier jour à placer son Fils dans le ciel , lorsqu’il y viendrait accompagne de tousses élus et de tousses membres, après avoir jugé les vivants cl les morts. Mais encore où sentez-vous ce jugement que le Fils de Dieu rendra comme Fils de l’homme » ? Dieu ne pouvait-il pas juger le genre humain par lui-même ? et fnllait-il nécessairement que Jésus-Christdescendit du ciel une seconde fois? Sentez- vous encorecela dans vos besoins, et soutiendrez-vous à Dieu qu’il ne lui était pas possible de faire justice autrement? Quellecrreurparmi tant de mystères incompréhensibles, d’aimer mieux dire, /e/es sens, quededire tout simplement , Je tes crois f comme on nous l’avait appris dans le symbole!

Mais s’il faut dire ici ce que nous sentons , et donner notre sentiment pour notre règle, je dirai sans balancer à M. Jurieu, que s’il y a quelque chose au monde que je sente, c’est que je n’ai par moi-même aucune force pour m'élever à ma Un surnaturelle, et que j’ai besoin de la grâce pour faire la moindre action d’une sincère piété. Cependant M. Jurieu nous permet de ne pas sentir ce besoin ; il permet, dis-je, au luthérien de ne pas sentir qu’il ait besoin d'une grâce intérieure et surnaturelle pour commencer son salut ^ : mais moi je sens au contraire quesi j'en ai besoin pour l’accomplir, j’en ai besoin pourle commencer, et que ces deux choses me sont ou également possibles ou également impossibles. Je pourrais dire encore à M. Jurieu : Je sens que si j’ai besoin que Jésus-Christ soit ma victime, il faut, pour accomplir son sacrifice, qu’il me présente cette victime à manger, non-seulement en esprit, mais encore aussi réellement, aussi substantiellement qu’elle a été immolée; autrement je ne sentirais pas assez que c’est pour moi qu’elle l’a été, et qu’elle est tout à fait mienne :

» D« Vün. IV-, fl, c. *, p. 627. • • Joan.r. 27. — *0dcisuf.

SIO

SIXIÈME AVEBTISSEMENT

ainsi cette manducation était nécessaire; et quand I iesu|)|Kirterais celui qui riqnore, jene dois pas supiKirter celui quila nie Voilà, dirai-je, ce que je sens aussi vivement que M. Jurieu se vante de sentir tout le reste. Le lutliérien le sent comme moi ; le calviniste sent tout le contraire. Mais pourquoi son sentiment prévaudra-t-il au notre , puisque nous sommes deux contre lui seul ; et que constamment du moins nous l'emportons par le nombre, dont nous avons vu tout à l'Iieure que M. Jurieu fait tant de cas ?

Par tontes ces raisons et par cent autres qui peuvent aisément venir eh la pensée, I! est plus clair que le jour, lorsque le ministre noos dit : ■ On sent . bien que tuut cela est essentiel à la religion cliré- . tienne ■ » et encore : - Pour distinguer les arti- . des fondamentaux d'avec les autres, il ne faut » que la lumière du bon sens qui a été donne à • l'Iiamnie pour distinguer le grand du petit , le . pesant du léger, et l'important de ce qui ne 1 est . pas*; . qu'il faut prendre tous ces beaux discours pour un aveu de son impuissance à établir ces articles par une autre voie , et une excuse qti on fait aux réformés de ce qu'on ne peut les trouver dans l'Ecriture, comme le ministre est contraint de le reconnaître.

Au défaut de l'Ecriture, il leur propose encore

on antre moyen. Les articles fondamentaux sont

connus , dit-iM , - par le respect que les mystères . de la religion impriment iiatnrcllenient p.ar leur . majesté, par leur hauteur et par leur antiqui- . té . Salurellfment ; ce mut m'étonne : les mystères de la religion, selon saint Paul, étaient par leur hauteur, ou, si vous voulez, par leur apparente bassesse, scamialeaux Juifs, et folie aux Gentils iet n'étaient sagesse qu'à ceux qui avaient commencé par cnptieer leur intelligence sous tobéissance ne la foi L Mais, sans nous arrêter davantage a cet effet des mystères dont nous venons de parler, c est ici leur antiquité que le ministre noua donne pour règle. Il s'en explique en ces termes dans le tr.iité de l'Unité où il nous renvoie : • C'est , dit-il , . quetoiit ccqueles clirétiensontcruunanimcment . et croient encore, est fondamental. • Vous voilà donc, mes chers frères, réduits à l'autorité et à une autorité humaine : ou bien il faut avouer, avec les catholiques que l’autorité de tous les clirétiens et de l’Église universelle qui les rassemble est une autorité au-dessus de riiommc.

Qu’aiiisi ne soit : écoulez comme parle votre ministre : • M. Nicole, dit-il 7, suppo.se que jes so-

• ciuiens pourraient rendre le monde et 1 Eglise . socinienne ; et moi je suppose que la providence

• de Dieu ne peut pvs permettre cela. • Mais pourquoi ne le peut-elle pas permettre? pourquoi Dieu ne pourra-t-il plus comme autrefois laisser les nations aller dans leurs voies « ; si ce n’est qui s’est engagé à toute autre chose, par ralhancc qu il

' Del’ Vu- Tr.S. c. 3, (Mje SÏ6. - * P. 529, 630. - Toi.

199 ‘ Cor. I. 23. — * II- tor. I. s. — 5 JV.

,'p. Ml. Sÿit. lie. Il , e. I p. 237. - ’ />« h Va. Tr.

«I /iiit. P 567. - * dcl. XIV, 15.

Letl. V . p.

a contractée avec son l-iglise , cl par la promesse qu'il a faite de la mettre à couvert de l’erreur :ce qui est en termes formels l'infaillibilité que nous vous prêchons?

Vous voyez donc plus clair que le jour, qu’il faut emprunter d« nous tout ce qu’on dit pour vous affcrinirdans les fondements de la foi. Mais cependant ces vérités sont si étrangères à la réforme, qu’elle ne sait comment s’en servir.

Quelquefois M. Jurieu semble vouloir dire, que pour connaître un article comme fondamental il nous siifllt de le voir reçu actuellement de notre temps par tous les chrétiens de l'univers ; et c est pourquoi il a dit , comme vous venez de l’entendre, que Dieu ne peut pas permettre aux sociniens d’occuper aujourd'hui toute l'Eglise. Remarquez qu’il ne le dit pas pour une fois et dans le seul traité de l'Unité; il avait déjà dit dans son Système • que

• Dieu NE s.xtmAiT peemetthe que de grandes . sociétés chrétiennes se trouvent engagées dans

• des erreurs mortelles, et qu'elles y persévèrent

■ longtemps. • Ce n'était donc pas seulement l'Eglise universelle, c'est-à-dire, selon ce ministre, l'am-as des grandes sociétés chrétiennes ; c'est encore chaque grande société qui est faillible à cet égard. Enfin le même ministre, dans ses Lettres pastorales de la troisième année » , a rangé encore - parmi les

■ suppositions impossibles celle où l'on dirait que

■ le socinianisme ait Pt) gagner tout le monde

• ou une partie , comme a fait le papisme. >

Remarquez bien, mes chers frères, encore un

coup : non-seulement Dieu ne peut pas avoir permis que l’hérésie qui rejette la divinité de Jésus-Christ ait occupé tous les siècles passés , mais encore il ne peut pas permettre aujourd’hui aux derniers défenseurs de cette hérésie , qui sont les sociniens , de tenir, je ne dis pas la première place, mais même une grande place dans la chrétienté, en sorte qu'il noussuflit de voireette hérésie actuellement rejetée par le gros des chrétiens d’aujourd'hui, et même par une grande société chrétienne , pour conclure sans avoir besoin de remonter plus haut, que cette hérésie est fondamentale.

Mais s'il est ainsi , mes chers frères , s’il n’est pas possible à Dieu ( après ses promesses ) de laisser tomber les grandes sociétés chrétiennes dans le socinianisme, comment peut-on imaginer qu’il lésait laissé tomber dans l'idolàlrie? ('.'est néanmoins ce qui serait arrivé, si c'était une idolâtrie d’invoquer les saints, et d’en honorer les reliques comme fait l'Église romaine, [luisqu'il est certain que cette pratique lui est commune avec les Grecs , les nestoriens, les eutycbiens , et eu un mot avec toutes les communions que M. Jurieu a rangées parmi les grandes communions des chrétiens.

EU il ne faut pas répondre que les luthériens et les calvinistes, qui sont aussi de grandes sociétés, s'opposent à cette doctrine : car il faut prendre les choses comme elles étaient avant votre séparation il y a environ deux cents ans. Or, en cet état, mes

I SÿSt. tiv. Il , e. t , p. 237. — ■ Artt. s, p.79.

:;y Coogit

SLR LES LETTRES DE M. JÜRIEU.

frères, cette invocation des saints éuit universelle parmi les chrétiens : le fait est constant : M. Jiirieii en convient : • Il y a deux cents ans, dit-il * , qu ou

• edt eu bien de la peine de trouver une cominu* « nion qui n'edt pas invoqué les saints. • Par conséquent, de deux choses l'une : ou Dieu avait laissé tomber non pas une comiiuinion, mais toutes les communions chrétiennes dans ridolâtrio, ou c’est une calomnie de donner ce nom à l'invocation des saints dont nous usons.

Et il ne sert de rien de ré|>ondre que ce ministre ne dit pas absolument qu’il n'y avait point de communion qui n'InvoquAt pas les saints, mais qu’on eût ru delà peine à rn troui'cr; car cette expression ne sert qu'à faire voir qu'il voudrait bien pouvoir déguiser un fait qui raecahip. En effet, il est bien constant que s’il y avait eu alors quelque grande sociétéqui n’edt pas invoqué les saints, on n'edt point eu de peine à la trouver : ces grandes sociétés éclatent aux yeux de tout le monde ; et leur culte, aussi public que la lumière du soleil, ne peut être ignoré : ainsi on n’a pas de peine à le trouver pour peu qu’on le cherche.

C’est donc en effet, mes frères, qji’avant votre séparation il n’y avait point de pareilles sociétés chrétiennes, où l’on n’invoqudt pas les saints : vous n’oseriez nous compter pour quelque chose les vaudois réduits à quelques vallées, et quelques hussites renfermés dans un coin de la Bohême; car il faudrait nous trouver de^row^^js sociélês, des soi'iéies étendues , et qui üssetit fgure dans le monde, comme parle votre ministre* : or celles-ci , loin d'élrc étendues, étaient réduites à de petits coins de très-petites provinces , et iie faisaient non plus de figure dans le monde que les socinieus, qui, selon le même ministre, n’en ont jamais fait, malgré les Lgiises qu’ils ont eues dans la Pologne, et qu’ils ont peut-être encore en Transylvanie.

C’est ici que le ministre accable ne veut plus que le consentement actuel des sociéléschréticnne.s soit un préjugé certain de la vérité : * Ce consentement « ne fait preuve, dit-iJ^, que quand le consente-

• ment des premiers siècles de l’Église y entre; » ce qui, selon lui, ne convient pas à la prière des saint.s, iuronnue dans son sentiment aux trois premiers siècles. Je If veux : mais, premièrement, vous perdez d’abord votre cause contre les sociniens sur rimmutaliîlité de Dieu et sur l'égalité des trois Personnes, puisque vous ôtez aux trois premiers siècles la connaissance de ces articles , comnie on a vu Secondement, vous perdez encore contre les mêmes hérénques un avantageprésent que vous aviez eu les faisant voir, par un fait certain et palpable , qu'ils sont hérétiques , et d’une hérésie capitale, puisque nulle Église chrétienne qui ait quelque nom n’est aujourd'hui de leur sentiment. En iroisiètne lieu, Je reviens encore contre vous, et je uc cesse de vous dire : SI vous trouvez iropos-

* De VVn, Tr. «,c. 0, n. M7. — Uv. Il.c. I , />.

aw. — * De VU». Tr. 6, c. 6, p. M7. — * f'of/cz te sixième Xvert. f. pari. art. I et tuip. Art S etsuip.

sibip que l'Église devienne socinlenne, comment trouvez-vous plus Impossible qu’elle devienne idolâtre? Par conséquent, tout ce que vous dites do notre idolâtrie n’est qu’illusion. En quatrième lieu, Je vous soutiens que, par la même raison que l’erreur n’a pu domûier dans les siècles précédents , elle ne peut non plus dominer dans le nâtre, ou dans quelque autre qu’on puisse assigner puisque, s’il ii’y a point de promesse de préserver l’Église d’erreur , tous les siècles y sont sujets ; et s’il y a une promesse, tous les siècles en sont exempts. En cinquième et dernier lieu, sans cela le ministre ne dit rien. Son dessein est d'en venir au discernement des articles fondamentaux par le sentiment unanime de l'Église chrétienne, comme par un moyen facile au peuple ; par conséquent sans discussion , selon ses principes. Or est-il que la discussion serait infinie , s’il fallait examiner par le menu la foi de tous les siècles précédents. Il faut donc trouver le moyen de faire, pour ainsi dire, toucher au doigt à chaque fidèle dans le siècle où il est , en lui disiint que par la promesse divine la foi d’aujourd’hui est la foi d’hier et celle de tous les siècles tant précédents que futurs ; ce qui e.st précisément la doctrine de l’Église catholique.

M. Jurieu voudrait bien dire, dans une de ses Lettres pastorales, que ce n’est ni au peuple, ni aux simples , mais seulement aux savants , qu’il propose ce moyen de discerner les articles fondamentaux : mais en cela il continue à montrer qu’il raisonne sans principes, etqu’il parle sans sincérité • puisqu’il vient encore d’écrire le contraire dans la cinquième lettre de son Tableau, où, après avoir établi,commeon a vu, que l'importance des mystères rejetés par les sociniens se connaît entre autres choses par leur antiquité , il ajoute que « les peuples > sachant que c'est la foi universelle deTÉglise de

* tous les temps, ne peuvent que très-malaisément « être induits à croire que ces mystères sont indif-

• férents : au lieu, poursuit-il, que si l’on permet « que le dogme de l'indifTérence devienne général ,

« le peuple, qui n’aura plus de digue à franchir, « se jettera sans difficulté dans le précipice*. « Ce sont donc , en terme.x formels , les peuples qui savent la foi unUersetle de r Église de tous les temps. Ils ne la savent point par la discussion de l’histoire de tous les siècles; ils ne peuvent donc la savoir que par l’uniformité que la promesse de Dieu y entretient, et parce que la foi de l’Église appuyée sur cette promesse est infaillible et invariable : sans eewe digue , poursuit le mmhire , les peuples se jetteraient dans le précipice ûe l'indilTérence des religions, fl n’y a donc que cette autorité qui puisse les retenir sur ce penchant : il n’y a que ce moyen de fixer les articles de la religion : il en faut donc nécessairement revenir à la voie de l’autorité, comme font les catholiques; et de l’aveu du ministre , la religion chrétienne n’a que cet appui.

Cependant comme ce principe est étranger à la réforme, quoiqu’elle soit réduite à s’eo servir,

* T Ann. Lett. xi, p. S3. Tab. Lett. v. p. IM.

SIXIÈMK AVERTÎSSKMENT

Rf. Jurieu y commet deux fautes essentielles. La première , c’est qu’il étend l’effet de la promesse de Dieu et de l'assistance de son Saint-Esprit sur toutes les sociétés considérables par leur nombre et qui font figure dans le monde « comme il parle*. Dieu ne peut pas, dit-il, abandonner une telle société jusqu’à y laisser manquer les fondements du salut. Or cela, c’est une erreur manifeste. Car il s’ensuivrait que les ariens , à qui même nos adversaires ne rougissent pas de donner en un certain temps tout l’univers, mais qui , sans exagérer, ont fait longtemps une société considérable, ayant occupé des nations entières, comme les Vandales, les llérules, les Visigotbs, les Ostrogotlis, les Bourguignons, auraient conservé le fondement de la foi en persistant à nier la divinité de Jésus-Christ.

L'erreur est d'associer les sectes séparées à des proine.sses qui originairement ont été données à la tige d’où elles se sont détachées. Par exemple cette proines.se , Je suis aoec vous jusqu'à la fin des siéc/és*, suppose une société qui ait toujours été avec Jésus-<]hrist , parce que Jésus-Christ aussi a toujours voulu être avec elle. Mais, les sectes séparées , par exemple la nestoricnne ou celle des (k)phtes et des Abyssins, que le ministre met au rang de cclle.s que Dieu ne peut pas abandonner, s’est desunie du tout à qui la promesse avait été faite. On la doit donc regarder comme déchue des promesses : ce n'est donc pas là qu'il faut cherclier l’effet des promc.sses et de l’assistatice divine; il faut remonter à la source et rechercher avant toutes clioses le principe de l'unité, comme l’enseignent les catholiques.

La seconde erreur du ministre, c'est de restreindre les vérités, que Jésus-Christ s'est obligé à conserver dans son Eglise, à trois ou quatre; comme si les autres étaient inutiles, et que Jésus-Christ, qtii a envoyé son Saint-Esprit pour les révéler toutes à son Eglise , ne s'en souciât plus. Lorsque l'Esprit coMolaleur sera w/im , Ü vous apprendra toute vérité t dit le Sauveur * : Je suis avec vous *, indcl’r^ niment et sans y apporter de restriction : Les portes d’enfer ne prévaudront pas ^ ; encore sans resiriction, pour montrer qu’elles ne pourront prévaloir en rien, ni jusqu’à éteindre quelque vérité , loin de pouvoir les éteindre toutes : d'oii vient aussi que i’figlise est appelée encore san.s restriction ta colonne et le soutien de la vérité^ \ ce qui enferme indéfiniment toute vérité révélée de Dieu et enseignée aux apôtres par le Saint-Esprit. Interpréter avec restriction et réiluire à de certaines vérités la promesse de Jésus-Christ, c'est établir gratuitement une exception qu’il n'a pas faite : c’est donner à sa fantaisie des bornes à sa parole : c’est accuser sa toute-puissance, comme s’il ne pouvait accomplir au pied de la lettre et dans toute son étendue ce qu'il a promis. Quand donc, conformément à cette promesse, on dit dans le Symbole des apôtres qu'em croit l'Église catholique y c’est-à-dire qu’on

‘ f'nyes ci-AeuiïS—* MaUh.xixn. Sa — ‘Joan, rv. 313. — *^aUh. xxvm.aa — XVI. ta — * I. Tint. lu. IS.

la croit en tout; et que si elle avait perdu quelque vérité de celles qui lui ont été révélées . elle ne serait plus la vraie Eglise ; qui est précisément notre doctrine, dont le ministre par conséquent ne peut s’éloigner qu'en détruisant les fondements qu’ü avait posés.

C’est en vain que le ministre nous objecte que l’Eglise romaine elle-même distingue les points fuiidamentaux d'avec les autres ' ; car il sait bien que le dessein de cette Eglise n'est pas de retenir dans son sein ceux qui, en recevant ces points principaux, nieraient les autres qu’elle a reconnus pour expressément révélés : au contraire, dés qu’ou rejette quelqu'un de ces articles, quel qu'il soit, elle croit qu’on renverse le fondement, et qu’on ébranle autant qu'il est en soi la pierre sur laquelle la fui du fidèle est appuyée. L’Eglise romaine avoue donc qu'il y a <|ueiques articles principaux qu'il n’v'Sl pas permis d'ignorer; et la même autorité de l’Eglise, qui lui en fait trouver la vérité dans la parole de Dieu, lui en apprend aussi la conséquence ; mais elle ne dit pas pour cela , qu’il soit permis de nier les autres points également révélés et unanimement reçus ; parce qu’il n'y en a aucun qui ne soit d'une extrême împorian^'e, nécessaire au eorpsde l'Eglise, et même aux particuliers, en certains cas, comme nous l’avons dit ailleurs.

On |>eut voir ce i|iii e.st écrit sur cÆlte matière dans le livre xv des Variations, et dans notre premier Avertissement. Maintenant il me suffit d’avoir f.iit voir, par fexemplc de M. Jurieu, d’un côté, que la réforme est contrainte de se servir contre ses propres principes de la voie d’autorité; et de l'autre, qu'elle ne sait pas comment il faut s'en servir, et qu’elle en doit apprendre l’usage de l’Eglise catholique dont elle l’a ompruntee.

Il est maintenant aisé de voir combien elle est éloignée de scs premières maximes. On n'y eiilend.tit autrefois fjtieces plausibles discours par lesquels on flattait le peuple : nous ne vous en imposons pas : li.sfZ vous-mêmes, examinez les Écritures : vous entendrez tout; et les secrets vous en sont ouverts, du moins pour les vérités nécessaires. Le même langage subsiste; mais la chose est bien changée. On veut, mes frères, que vous portiez, à la lecture des saints livres, votre foi toute formée par la voie d'autorité. On vous propose cotte autorité dans le consentement unanime de l’Eglise universelle : ce qu’on y a ajouté de ce goût, de cette adhesion, de ce sentiment qui vous rend toute vérité aussi manifeste que la lumière du soleil , n'est encore que l’autorité expliquée en d’autres termes. Tout cela ne signifie autre chose, à parler fronçais, si ce n’est que vos préjugés et vos Confessions de foi vous déterminent ou, comme disait tout à l’heure fauteur des que l’auto-

rité de vos catéchismes et de votre Eglise vous emporte. En effet, il est bien constant que les remontrants furent d'abord excommunies comme suivant une doctrine contraire aux Confessions de foi et

* D< l’I'n. Tr. a c. 3 , — * P. V>>

Ljiyiii<:cu ijy '

nui catéchismes reçus dans les ProvinceS'Unies. Ost ce qui est posé en fait comme constant, dans THistoire des Variations c’est ce que M. Basiiai^c n'a osé nier dans la réponse qu*ii y fait, on n'a qu’à lire les endroits où il traite cette matière*. Bien plus : comme les remontrants sc servaient dc5 maximes de la réforme pour prouver que les synodes qu’on tiendrait contre eux ne lieraient pas leur conscience, celui de Delphi leur répondit que

• Jésus-Christ, qui avait promisàses apôtres l’esprit « de vérité, avait aussi promis à son Église d’étre « toujours avec elle>; ■ d'où il concluait que « lorsqu’il s'assernhlerait de plusieurs pays, des « pasteurs pour décider, selon la parole de Dieu.ee « qu’il faudrait enseigner dans les É^tÜses, il f^al-

• lait, avec une ferme conûanee, se persuader que < Jésus-Christ serait avec eux selon sa pro- « messe. ■*

M. Basnage a vu ce passage dans l'Histoire des Variations, et sa réponse aboutit à trois points. I) soutient; promièreinent, qu'être avec l’Eglise, ce n'est pas • la conduire tellement qu'elle ne puisse « errer : » secondement, que « cette infaillibilité

• quand elle serait promise par ces paroles, iieserait

• pas pour cela coinnmniquce à une certaine assem*

• btée de prélats : « troisièmement, • que les réfor*

• mes espèrent biendelagrâce de Dieu , que l’f^lise « n’errera pas dans ses Jugements; qu'ils le pré* « sument par un jugement de charité ; qu’ils ont « même quelque conlbncc que Dieu conduira rÉ> « glise par son esprit, afin que ses décisions soient « conformes à la vérité : mais ils ne disent pas que « leurs .synodes ne peuvent errer^. » C'est ce que j’admire, que n'osant le dire en ces mêmes mots, ils le disent cquivalemmcnt. Car le synode provincial de Delphi, lu et approuvé dans le national el cowMie œcuménique de Dordrect, ainsi qu’on l’appelle dans la réforme, ne parle pas de présomption el di espérance f mais de cor\fiance; et ce n’est pas quelque confiance qu'il veut qu'on ait en cette occasion, comme le tourne M. Basnage, mais une ferme confiance fondée sur la promesse de Jésus-Christ : el ce n’éuit pas en général à toute l’Église qu'il attachait cette /Tfomesre , mais à une certaine assemblée de pasteuj'S qui s assembleraient defUcers pays : et ce qu'il veut qu’on en croie avec une si ferme confiance, c'est que Jésus-Cliristfcra// ac<ec eux selon sa promesse; ce qui sans doute ne serait pas vrai , s'il tes livrait à l'erreur , et s'il les abandonnait à eux-mômes. Voilà de quoi on Battait les peuples de In réforme, dans le scandale qu’y excitiit la querelle des arminiens. Leurs docteurs leur proposaient, à l'exemple des catholiques, l'assistance du Saint-Esprit, infailliblement altacliée aux synodes : les remontrants avaient beau crier aux ministres, que contre les maximes de leur religion, ils rétablissaient le papisme, aved'infaillibilité de l'Église et des conciles : la nécessité les y forçait; et on n'avait plus d'autre frein pour rete-

* S'ar liv. xiv. — » T. II./iV. ni, r. 2, p. 3. - * Syn. J'vlph. Art, Dvrd. Sjrn.p. 10. f'ar. lW<J. T. il, liv. Itl , r. 3,p 01.

oossrrr. — tome it.

ry\t

nir les esprits. On passa pour étourdir le vulgaire par les plus grands moU, à établir, dans le synode de Dordrect, l'autorité d’un concile comme ccrumènique et yénéral* , par eonsi^qiient, en quelque sorte, au-dessus du concile national; et la prétendue f^iisc reformée n'oubliait rien pour imiter ou pour contrefaire l'Église romaine catholique. 11 s'élevait de toutes parts, jusque dans son sein, des cris continuels: baissez, disait-on, ces moyens a Rome : ce sont ses principes naturels, qu'elle suit par conséquent de bonne foi; mais nous, qui l’avons quittée pour cela môme, pouvons-nous ainsi nous démentir? On n'entendait retentir dans la bouche des remontrants, que cabales, mauvaise foi, politique, pour ne pas dire tyrannie et oppression; et plus la réforme voulait se donner d'autorité contre ses règles, moins elle en avait dans le fond.

Cest la conduite qu’on lient encore aujourd’hui avec les tolérants : ils sentent bien qu'on ne veut plus les mener que par autorité ; l’auteur des Aois sur le Tableau le reproche en se moquant à M. Jurieu, et le prie de ne le pas traiter comme le peuple : Sous ne sommes pas })euplt , dît-il * , nous sommes de bons reformés , qui voulons être menés selon les règles de notre réforme par l’évidence de la raison, ou par celle de la révélation expresse.

Mais on sent l'niitorilé si nccps.saire, que Bullus, protestant anglais, oppose mix socinieiis l'autorité infaillible du concile de Mcée. « (’ar, «dit-il^, si dans un article principal on s’tma-

• giiie que tous lc.s pasteurs de l'Église auront

> pu tomber dans l’erreur et tromper tous les

• Bdcles, comment pourra-t-on défendre la pa- » rôle de Jésus-Christ qui a promis à ses apôtres , « et en leurs personnes à leurs successeurs, d'clre « toujours aveceux? Promesse, poursuilce docteur, ■ qui ne .serait pas véritable , puisipie les apôtres ne

• devaient pas vivre si longtemps, n’était que leurs

> successeurs sont ici compris en la personne des

• apôtres mômes. ■ Voilà donc manifestement l’Église infaillible, et son infaillibilité étalilie sur la promesse de Jesus-Christ , par un si habile protestant : il ne reste qu'à lui demander si ces divines proinessesii'avaient de force que jusqu'au (pinlriètm* siècle, et si la succession des apôtres s’est éteinte alors.

.Mais voici encore sur l'autorité une rare imagination de M- Juricir : « On voit, dit-iM, une provi- « dencé admirable en ce que Dieu, dans les quan trièmeet cinquième siècles, qui sont les derniers « de la pureté de l'Église a pris soin de mettre à cou- « vert et la Trinité et l’incarnation sous l’autorité « deplusieursconcilesassemblés de toutes les parties

• de l’Église. «» Remarquez en passant, mes frères, que les quatrième et cinquième sont les derniers de la pui'eté de C Eglise J où néanmoins le môme ministre, qui leur donne cette louange, prétend vous faire trouver le règne de l'idolâtrie antichrétienne.

’ Pmf. ad Ecf. ante Syn. fïonir. Var. liv. XlT — * Ibid — *#«//. />/. Jltl. yic.proiTtn. ».\, p. 3. t’ar. liv. IT. —

' * Tab. Ltll. V, p. IW, 11».

Diyiii^ou uy V

SIXIÈME AVEUriSSKMENT

comme ooui l'avons observé ailleurs. Poursuivons : J)iru savait, oontinue l-ii, que l'esprit de fÀnteehrist allait entrer dans CiUjlise : le ministre oublie ses principes : il y était déjà entré; et c’est parl'Antedirist même, par saint Léon, que fut tenu le concile de Chalcéduine, un de ceux où la foi de l’incarnation fut si puissamment afferniie : le ministre poursuit : « Dieu savait donc que rAiitechrist al- " lait entrer dans ]'l*lglise, qu’il ruinerailln foi, qu’il

• entreprendrait d'attaquer les parties les plus au- « gustes du christianisme, qu'il anéantirait et la con- - naissance et presque l'autorité des livres sacrés, qu'il

• établirait pour fondement de la foi, des traditions

• humaines, des JuKcments d'hommes, des conciles

• sujets à erreur. «Laissons-lui étaler ces calomnies •ontre l'Église catholique : comme il les sup|)ose sans preuve, laissons-les passer sans réplique, et voyons la conséiiuence qu’il en tire : « Avant que

• eet esprit entrât dans l'Église, Dieu, par une sa-

• gesse profonde, mit les articles fondamentaux à « l’abri de la seule autorité qui devait être respectée

• dans ce christianisme antichrétien; et sans cela,

• poursuit-il, tout le inonde serait aujourd'hui arien " et socinien, parce qu’il n’y a pmint d'esprit qui na-

• turellcment n'aime àsecouer le joug. • Grâces à la divine miséricorde, c'est donc ce joug salutaire de l'autorité des conciles qui a tenu dans le respect les esprits naturellement indociles; c’est à l'abri de cette autorité sacrée que les fondements de In foi sont demeurés en leur entier. Kn effet, il n’y a qu'à voir aussitôt que la réforme s'est opposée à cette autorité des conciles, quelle licence a régné dans 1rs esprits , avec quelle audace et quel concours la Trinité et l'incarnation ont été attaquées : sans le respect qu'on avait pour ces conciles, tout le monde, dit le ministre, et les réformés comme les autres, serait aujourd'hui arien et socinien. Alais |K>urquoi donc n’attribuer un secours si nécessaire au diristianisme, qu'à un christianisme antichréüenetnepas vouloir qu'un tel secours si grand, si nécessaire, si essentiel, soit donnédèsson origine à l’Église chrétienne.’ Mais si ce secours était si nécessaire nu christianisme, selon M. Jurieu, pourquoi le même ministre foule-t-il aux pieds les dd'isions de ces saints conciles et celle du ronciled'Éphèse, qui e.st relui où la foi de l’ incarnation a été le plus puissamment affermie.’ Ce saint concile décida que la sainte Vierge était mère de Dieu, et ne trouva point de terme plus propre que celui-là pour fermer le bouche à Nestorius; comme le concile de NicéenVn avait point trouvé de plus énergique contre les rbicanet des ariens, que celui de consubstantiel. Mais M. Jurieu ne craint pas de dire que « ce fut aux « docteurs du cinquième siècle une témérité mal- « heureuse d'avoir appelé la sainte Vierge mère de « Dieu*. • Voilà comme il s'oppose au desscinde Dieu, qui voulait ,coinmeit l’avoue, se servirde l'autorité de ce concile pour affermir la foi de l'incarnation : et afin que rien ne manque au mépris qu'il

• Ann. Lett. xvi.p. 130, 131 /*' AiftH. p. 186.

inspire pour cette assemblée, il ajoute qu’aussl

• Dieu n’a pas versé sa bénédiction sur In fausse ■ sagesse de ces docteurs : au contraire, continue- « l*il, il a permis que la plus criminelle et la plus

• outr^ de toutes les idolâtries ( 11 veut dire la dévo-

• tionà bsainteViergejait pris son origine de là. ■ Voilà donc ce saint concile, un des appuis, selon lui, des fondements de la foi, livré hVidolâ/rie, et encore à l’idolâtrie ta plus outrée, en punition de sa décision ; la corruption du monde et l’anlidm.slianisme en fut le fruit. M.iis si le concile d’Éphèse est si hautement méprisé, on n’j pas plus épargné celui de Nicée. M, Jurieu a entrepris d'y trouver l’inégalité des Personnes, l'imperfection de la naissance du Fils de Dieu , et un diangement manifeste dans le sein de la Divinité*. La porta à l'apostasie est ouverte, et ce ministre ébranle avec la révérence des premiers conciles, les fondements de la foi des peuples , que l’Antéchrist avait respectés. Car quel respect veut-il qu’il nous re.ste pour le concile de Cbalc^oine, qu'il faittenirà l’Antéchrist même, et en général pour le quatrième et le cinquième siècles où, selon lui , l 'idolâtrie antichré tienne et les doctrines des démons ont régné impunément ? Les trois premîerssiècles sont pleins d'ignorance, ariens ou pis qu'ariens; les deux suivants plus éclairés, et les derniers de la pureté , sont idolâtres et autichrétiens, et iln’yariendesain dans le christianisme. Vous recommencez, dira-t-il, trop souvent le même reprodic: qu’ily réponde une fois et nous nous tairons.

Autant donc qu'il est évident , par toutes ces choses, que la réforme ne se peut passer de la voie d’autorité, autant est-il véritable qu’il ne lui est pas possible de la soutenir : elle lui est trop étrangère, trop incompatible avec ses maximes. Tout y respire la liberté de dogmatiser : on ne songe qu’à se mettre au large sur les articles de foi ; ce qui est le chemin manifeste au socinianisme, ou plutôt, ci à ne rien déguiser , le socinianisme lui-méme.

Que ce soit là l'esprit du parti , M. Jurieu nous en est un grand exemple; puisque nous venons de voir que déjà il fait régner dans les trois premiers siècles de l’Église des erreurs manifestement sociniennes. M. Basnage le seconde dans ce dessein : lorsque je lui nie que les anciens aientenseigné les dogmes pernicieux que son collègue M. Jurieu leur attribue, il me reproclie que je nie les choses les phut claires ; et il se réduit comnie son confrère à soutenir que malgré ces erreurs des prélats, la foi de l'ÈgHse n' fiait pas perte • .

Il n’y a qu'à prendre un ton de confiance pour éblouir nos réformés : mais qu'on pénètre ce qui est caché sous ces grands mots de M. Basnage; on y trouvera qu’il adopte les sentiments de son confrère, c’est-à dire, qu'il fait nier aux anciens docteurs l'égalité et la coéternité des trois Personnes divines.

M. Burnet n’est pas plus favorable à l’antiquité. Il prétend que « les Pères et les docteurs de l'école • ontdenieuré long-temps à faire un système complet

• yi* Avert. J. part- p. 4â« et suiv. — * Dd de la RéJ. cont. les t'ar. T i, liv. il. f 5, p. 478. 47v.

SUR LES LETTRES DE M. JURIEÜ

• de leurs notions ù i'égnrd de la Divinité* : • c'est- A-diru, à ne rien dissimuler, et à dter les ombarrns offrctés de cette expression , qu'on a passé plusieurs siècles sans avoir une notion complète de Dieu ; et à dire vrai , sons le bien connaître. Non-seulement il veut • que j’apprenne duPèrcPétau combien les « idées des Pères des trois premiers siècles étaient « obs4’ures sur la Trinité, * mais encore il ne craint point d’assurer que « même après le concile <ie Niai cée on a été long-temps avant que de mettre l’I- « déedel’unitéde l’essence divine dans l'état où elle

• est depuis plusieurs siècles. » Nous entendons ce langage : nous n’ignorons pas qui sont les protestants d’Angleterre, qui prétendent que l’unité qu’on reconnaissait dans la nature divine était semblable à celle des autres natures, c’est-à-dire, qu’il n’y avait qu’iineuoitéd’espëce ou degenre; si bien qu’à proprement parler il y avait plusieurs dieux , comme il y a idusieurs hommes. Voilà les erreurs que !V[. Burnet attribue aux premiers siècles, en sorte qu’il n’y avait nulle connaissance certaine et nulle confession claire de l'unité ni de la perfection de Dieu non plus que de la Trinité de ses personnes. C’est à peu près dans la foi la même imperfection que reconnaît .M. Jurieu :c’est ce qu'il avait appelé la Trinité informe.

La réforme a aujourd’hui trois principaux défenseurs: M. Jurieu, M. Burnetet M.Rasnage : tous trois ont donné les premiers siècles pour fauteurs aux hérésies des sociniens ; nous avons vu les conséquences de cet aveu, d'où l’on induit nécessairement la tolérance universelle. M. Burnet l'n ouvertement favorisée dans sa préface sur un traité qu'il a traduit de Lactance, et nous produirons hientdt d’autres preuves ineontestablesde son sentiment. Pour ce qui est de M. Basnage, nous avons vu comme il s’est déjà déclaré pour la tolérance civile, qui, selon M. Jurieu, a une liaison si nécessaire avec l'indifférence des religions. Il a loué les magistrats sous qui riicrétique n’a rien à craindre*. Nous avons ouï de sa bouche que la punition de Servet, quoique impie et blasphémateur, était un reste de papisme^. Par là il met à couvert du dernier supplice les blasphémateurs les plus impies : ce qui favorise une des maximes de la tolérance, où l’on ne tient pour blasphémateurs que ceux qui s’attaquent à ce qu’ils reconnaissent pour divin; directement contre saint Paul , qui se nomme btasphémateur : quoique ce fdt, comme il le dit, danshon ignorance^ ^ et même contre l’Rvatigile, qui range aussi au nombre des bUuphéntaUurs ceux dont les langues impudentes chargeaient d’injures lo Sauveur^, quoiqu'^ le fiseerU par ignorance* , sans connaître U Seigneur de gloire; et que le Sauvenr lui-méino les ait excusés envers son Père, en disant qu’t/x ne savaient pas ce qu’ils faUaienlT.

Le grand principe des sociniens, et l'un de ceux que M. Jurieu attaque le plus*, c’est qu’on ne peut nous obliger à croire ce que nous ne conoais-

• Crit. de VIHtt. dr$ l'ar. — * Da$n. t. i, e. O, p. Q-deuoi. — ^ Dèf. de Vfluf. des Var. — * /. Tim. 1. 13. - S Muth. xxvil. 3«. » • Àet. un. 7. — ' Luc. xxiii. 34. •• * TQb. Lett. III. p. 31.

sons pas clairement. C'était aussi le principe des maiiirhceiis ; et saint Augustin, qui s'est atlaclic

le détruire en plusieurs de ses ouvrages, a persuadé tout le monde, evrepté lessorlnimset M. Basnage. Je remarquerai ici en passant un endroit où, en rapportant les vaincs promesses des manichéens, ■ qui s engageaient à conduire les hommes .à ta

• connaissance nette et dislinele de la vérité , et

• qui avaient pour principe qu'on ne doit croire vé- " ritables que les choses dont on a des idées claires

• et distinctes; « tout d'un coup, sans qu'il en fdt question , ou que son discours i'y menât par aucun endroit, il s'avise de dire que • saint Augustin ré-

• fute ce principe de la manière du monde la plus « pitoyable'. » C'était peu de dire la plus faible, ou s'il voulait la plus fausse ; pour insulter plus hautement â saint Augustin, il fallait dire la plus pitoyable, et cela sans alléguer la moindre preuve, sans se mettre du moins en peine de dire mieux que saint Augustin, ni détruire un principe dont il sait que les sociniens aussi bien que les manichéens font leur appui. Il leur a voulu faire le plaisir de leur donner gain de cause contre saint Augustin, et persuader à tout le monde qu’un doeleur si éclairé est demeuré court en attaquant le principe qui fait tout le fondement de leur hérésie.

Cest, en un mot, je l’ai dit souvent et je le répète sans crainte; c’est, dis-je, que la rèfonne n’a point de principe universel contre les hérésies, et ne produit aujourd’hui aucun auteur où l'on ne trouve quelque chose de socinien : mais celui qui en a le plus, très- certainement c'est M. Jurieu. Avant lui on n’avait oui parler d’une Trinité informe. Personne n'avait encore dit que la doctrine de la grâce fdt informe et mêlée d’erreurs , devant saint Augustin, ou qu'il fallût encore aujourd'hui prêcher â l,i pêlagienne*. Voilà ce qu'enseigne ce grand adversaire des sociniens. Il enseigne qn’on ne peut condamner ceux qui font l,i Trinité nouvelle, et deux de ses Personnes nouvellement produites; qui font dans l’éternité la nature divine imparfaite, divisible, changeante, et les Personnes inégales dans leur opération et leur perfection ; ceux qui disent que le concile de Nicée , loin de réprouver ces erreurs, y a consenti et les a aiitori.sées par ses décrets; que la doctrine de l’immutabilité de Dieu est une idée d’aujourd'hui, et qu'on ne peut réfuter par l'Écriture ni accuser d'hérésie ceux qui la rejettent >.

Il est vrai qu'il a pri.s la peine de répondre â ce dernier reproche, et il soutient qu'il n'a voulu dire autrechose sinon que « les lumières naturelles achc- « vent ce que l'Éicriture sainte avait commencé l.i-

• dessus^. • Unautre aurait dit que l'Écriture rnnllrme et achève ce que la lumière naturelle avait commencé : notre ministre aime mieux attribuer le cominencenieijt à l’Écriture et la perfection à la raison : comme si les écrivains sacrés n'avalent pas eu la raison; et par-dessus la raison, la lumière du Saiut-Ksprit quien perfectionnait les connaissances.

' Batn. t. I, I. part, e 4. Art. a, p. 127. — ' Voy. /■'!• Avert. l. part. art. I. 3, «, s. —> liiA. art ts rl laiv. —

• Tob. Lett. VIII, p. 560.

sie SIXIÈME AVERT1SSEME>T

MAiN, aprèi tout, ce nVst postù ce qu'avait dit le corps, qui de sa nature estdiusibic et mobile, ne ministre : il avait dit, en termes formels , que )ee > le peut pas être. Que la reforme, qui ne sait rien de anciens, en donnant au Verbe une seconde gêné- tout cela, et qui l'apprend d'aujourd'iiui, est éclai* ration, lui donnaient non un nou\el être, tuais rée! L'aveu;;lefnent de ses docteurs ne la fera-t-il une nouvelle manière (F^lre*; (\ue celle nouvelle i jainai.s ruuffir? Mais ne comprendra-t-elle Jamais manière d’être ajoutait la perfection au Verl>e et combien IV.sprit du socinianisme domine en elle, accomplissait sa naissance, imparfaite jusque-là ; puisque M. Jurieti y est entraîné comme )>ar force qu'on devait pourtant • bien rfmabqi kr que l'on en le combattant?

• ne saurait réfuter par l’Rcriti'rf. celle bizarre Pour ce qui repartie la tolérance, il n'y a qu'à sc

• tbéologicdesnnciens: et c'est, disait-il, une rai- souvenir avec quelle évidence nous venons, de de-

• son pourquoi on ne leur en saurait faire une hé- nionlrer que ce mfnistrt* l'a autorisée meme en \on-

■ résie; il n'y a que la seule idée que noms avons AU- lant la combattre. Kl, pour ne point répéter ce

• joubd'hui delà parfaite immulabilllé de Dieu qui : qu'on en a dit », on ajoutera seulemcjit que M. Ju-

• nous fasse voir la fausseté de ces hypollicses*. • ; rien est lui-méme le plus grand exemplequ'on puisse I.’Kcrituren’étaitdoncpas suOi.sanlepournousfaire jamais proposer de la tolérance du parti. On iuitovoir un Dieu immual»lc. (jii'i! ne chicane point sur i 1ère toutes les erreurs qu’on vient de voir, quoiremotde /aire voir, comme si rÉcrituremmsfaisait ! qu’ellesnVmpûrlentriei» moins qu’un renversement croire seulement rimmntihililé de Dieu, et que la total des fondements du diristianisme , et meme raison nous la fit voir. Car il avait dit clairenunt des princi|»esde la reforme.

que ces hypothèses de.s Pères ne saurait nf être ré- On lui tolère de dire qu’on sc peut sauver dans futées par ri-^crilurc : i'ŸAirïlure ne pouvait dune , une communion socinienne : c’est une accusation ni faire voir , ni faire croire, que Dieu fdl imrmia- que je lui ai faite dans l’Histoire des Variations et hie: l'idée de Vimmiitahilité est une idée d'aujour- dans le premier Avertissement *. Il n’esl pas néresd hui, qui n'ètuit ni dans les saints livres, ni dans la ! saire d’en répéter ici la preuve; puisque après avoir doctrine de ceux qui nous avaient précédés. On a vu > beaucoup chicané, le minislrea enfin passé euiidamquelle e.st l’ignorance et l'impiété d’une telle pro- • nation. • Il conclut (l’évéque de Meaux) son préposition. Mais le ministre qui la désavoue ne sait 1 * mier Avertissement par de.s preuves, que .selon encerequ’en croire : puisqii'aii lieu de dire à pleine • moi on peut être sauve dans une communion soci- Imuche que nous voyons dans l'Itcriture l'immuta- • nienne. Il n'y a pas plus de bonne foi là-dedans que hililé de Dieu il sc contente de dire, qu’il n’a * dans le reste. Si l’on pouvait conclure quelque

• jamais dit que l’I^criturc ne servît de rien à en « chose de mes ivrils, ceserait qn’un homme qui,

• former l’idée, (^r, poursuit-il, puisque l’f^riture « sans être socinien et en détestant les hérésies so- - sert inilniment à nous donner l'idée do l’étre in- « cinienncs,vivrait dans la communion externe des

■ finime ni parfait , elle sert aus.si sans doute à nous « sociniens n en pouvant sortir, serait sauvé : c'est

• fairccomprendrelaparfaiteimmutabilitéde Dieu. • " ce que je ne nie pas • Il avoue donc en termes Vous diriez que l'Écriture ne nous dise pas en ter- formels le erime dont on l’aecusc , qui cnI qu’on se mes assez formels que Dieu est iininuahle, jusqu’à peut sauver dans une communion socinienne. exclure de ce premierélre , même l'ombredu chan- Kar être à l'evlerieur dans celle eominnnion , gement^ \ mais qu’elle serve seulement à nous le c'est y recevoir les s;icrements , c'est y assister an faire comprendre, et que ce soit là une conséquence service, aux prcclies, aux catéchismes, aux prières, qu'il faille comme arracher de ses autres exprès- comme font les autres, avec les marques extérieusions. Jene melomiedonc plus si l’auteur des . /c« res de consentement : il n’y a point d'autre.'» liens prend à témoin M. Jurieu des belles lumières que extérieurs de communion que ceux-là ; or, si cela nousrecevonsdelapliilosophiemodeme.* M. Jurieu est permis, on ne sait plus ce que veulent dire ces « sait, dil-iM, qu’avant la philosophie de l'incom- paroles : Hrtirez-rous des tentes des impies ni

• parable Descartes, on n’avait aucune juste itk’e de celles-ci de &iint Paul : Je ne veux ftoinl que vous

• la nature d’un esprit : • sans doute, avant ce phi- soyez en société arec les démons : vous ne pouvez

losoplie, nous ne savions pas que Dieu fiU esprit, boire le calice du Seigneur elle calice des démons : ni de nature à n’élre aperçu que par la pure inlelli- vous ne pouvez parlicifter âla table du Seigneur et yence , ni que notre àmc fdt faite a son image, ni à la table de s r/emon-s^; ni enlin celles-ci, du mémo qu*ll y edi des esprits adminUlraleiirs : sans Des- ^^^^-^fi-f/uclterommunionija t-ilentrelajusticen cartes, ccsexpressionsderÉcrilureélaienl pour nous CiniquUé? ou quelle convention entre Jésus-Christ des énigmes; on ne trouvait pas dans saint Augus- Bélialè on quel accord peut-il y avoir entre le iin, pour ne point parler de.s autres Pères, la dis- O/cuc/Ze* fr/o/cf S’il e.st permis d’étro

linctionde l'ànie et du corps : on ne la trouvait pas uni parles liens extérieurs de la religion avec l’asinéme dans Platon. M. Jurieu le sait bien : car , si semblée des impie.s:, tous ces préceptes de l’apélre, unus n'entendons que d'aujourd'hui l'immiitabilité toutes ces fortes expressions du Saint- Ksprit, ne de Dieu , pourquoi entendrions-nous mieux sa spi- sont plus qu'un son inutile , et le ministre maiiifesritualité, qui seule le rend immuable, puisqu’un tement les réduit à rien. Ainsi la limitation qu'il

* Ttib. Lftl.yit,p.2n6 et suiv. —* f'f Jrrrt. I.pari. nrt. * TI* .Jt'ert. It. part. — » Fur.Uv.xw P' .

I. Tab. Lett. VI , p. 2A». — * Jüc I, 17. — * Aiùt $ur U Tab. > Tah. 4r//. vi. p. SW. — ‘ \m, «6. — » l. Cor. x'io

mrt 3 - • //. < Vr. Tl, 14.

SUB fi;s LmRES DE M. JDRIEU.

fippi'fte à S3 pro|NJsiliüii : en supposant que celui qu'il met dans une communion socinienne , ii'y sera qn'extérieuremenl, Qiditextcra dans son co*ur les hvrcsies de celte secte, ne sert qu'à les condamner daxanlnge. Car un tel homme sera n»rcssaircment un hypocrite, qui sans etre socinien fera semhlant de l’ctre : or c'est encore pis , s'il se peut , de saii* ver un tel liyjiocrite que de sauver un socinien ; puis* peut tHre socinien par ignorance et avec une espèce de bonne foi; au lieu qu’on ne peut être byporrileque par une expresse perlldic et une malice déterminée.

f.a condition qu’il appose, qu’on demeure innornmnent à l'extérieur dans cetie communion, n'en pournnt sortir ^ met le coinhie à l’impicté. (^ar elle suppose qu’on est excusé de .se lier de cotinmihion avec les impies lors^inon ne peut en sortir^ c’esl-à-din* manifestement, lors(|u'on ne le peut sans mettre sa vie ou ses biens ou son honneur en péril : or, si on reçoit celte excuse, tous les exemples des mnrtvrs sont des excw; tous les pré<*eples de l’Évangile, qui obligent à mourir plutôt que de trahir lu vérité et sa conscience, sont des précepte*i outrés, qui ne .sont propres qu'à envoyer les gens de bit 11 a la boucherie.

Que si enfin le ministre se sent forcé à répondre que cet homme, qui communie à l'extérieur avi>c les sociniens, n’en dctesle pas seulement les erreurs d.ins sa conscience, mais déclare publiquement l'horreur qu’il en a; il renverse la supposition. Car cet homme très-constamment n’est plus dans la communion extérieure des sociniens , piii.sr|u'il y renonce expressément par la profession qu’il fait d’une foi contraire. Un tel homme se gardera bien défaire la cène avec eux , ni de prendre le pain .vacré de la main de leurs pasteurs, qu’il reg.arde mminedes impies : et s’il assiste à leurs prêches, ce sera comme un étranger qui irait voir ce qui se passedans leurs assemblées, ou qui entrerait, .si l'on X eut, dans une mosquée par simple curiosité.

Que St l’on assiste .sérieusement au service des .vociuiens avec le iiH?mc exterieur que les autres membres de leurs assemblées, cl en un mol. qu’on fil fasse .son culte ordinaire, on pourra assister de même nu culte des mahométaus ou des idolâtres : les catholiques, les luthériens, les caix ini.stes pourront se tromper ainsi le.s uns les autre.s, .sans préjudicede leur salut; et tout l’univers sera rempli de profanes et d’iiypocritcs qu’on ne laissera pas de compter parmi les élus. Voilà ou aboutit la doctrine du plus rude en apparence des intü!rr,ints; cl il s'engage dans tous ces blasphèmes pendant qu’il téclie le plus de s'en justifier, tant il est secrètement doiiiiiié par cet e.sprit d’irréligion et d'indifférence.

On peut voir sur rc sujei-!à ce qui est écrit dans le livre xv*dcs Variaiions.cldans le premier A verlisscmenl * : mais on y peut voir em ore de plus grands excès du ministre; puisqu’on y trouve que ■ damner « tous ces chrétiens innombrables qui vivaient dans

• la communion externe de l’arianisme, dooties uns

• t'ar liv XV i" Jttri.

Air

I * en délestaient les dogmes, les autres les igno-

• raient, les autres les tolfrxieixt ex esi'mt ■ iiE PAIX, les autres étaient retenus dans le si- « lenre par ta crainte et par l'autorité : damner, « dis-je, tous ces gens-là, c’est une opinion de bmir-

• reau, et quie.st digne delaeruaulé du papisme*, • Le dogme des ariens est donc de ces dogmes (fu'ott peut tolérer en esprit de ftaix. On a objecté ce passage à M. Jurieu de tous cotés. Il n’y rejiond pas uii .seul inol;et voilà, de son aveu, les ariens, c’està-dire les ennemis de la divinité de Jesus Lhrist et de celle du Saint-Kspril, parmi ceux qu'il faut comprendre dans la tolemnce.

Il nous donne pour marque de sor/ii/an/«;nc, de dire que celle secte élait moins maueaise que le papisme* ; et neanmoins il dit lui-mêii>e qu’il est plus difficile de se sauver parmi les calholiqt>es quo parmi les ariens qui soutenaient les principaux dogmes des sociniens.

Si les arien.s sont compris d.nis la tolérance, les nestoriens et eutychiens ne pouvaient pas en être exclus. Le ministre les y reçoit entérines formels, et met les société.s où Incmifusion des deux natures et la distinction des Personnes sont soutenues en Jésus-(Jirist , pu nombre des conuminions où Dieu se o^nserve des élu.s

Si cela est, cette merveilleuse sagesse de Dieu , que le ministre reconnaît dans les quatre premiers conciles, qui, dit-il , ont mis a l'abri les fondemenls delafoifWe sera plus rien: puisque les erreurs condamnées par ces grands conciles n’empêchent pas le salut de ceux qui en seraient infectés, et ue les excluent pas de la toléraiic'e.

Voilà donc, par la doctrine de votre ministre, la tolérance établie en faveur de ceux qui renversent les fondements de la foi, même ceux qu’oa a reconnus dans les quatre premiers conciles, qui, da l'uveti du ministre, et par les Confessions de foi (le tous les protestants, sont les plus esscntiela au christianisme.

Outre ces intolérables erreurs qu’on ne tolère qu’à lui, il y en a d'autres qu'il faut tolérer par les principes de la secte. Les tuicrnnts s'étonnent qu’o« lui laisse dire qu'o/i croit parce qu'on veut croire, par goût, par adhésion, par senfimentt et non pas par discussion ni par examen des pa.ssages de l'Écriture. Mais que pourrait reprendre dans cette doctrine un synode de protestants. puis(|u'ns n’ont de dihiuûment contre nous (|ue celui-là.^ M. Jurioii leur dira : Voulez-vous obligera la discussion ceux à (|ui leur expérience fait connaître qu'ils n’out ni la capacité ni le loisir de la faire? Ils se moqueront de vous. Les renverrez-vous àl'nutorite de l'Église? vous renverserez votre reforme. ISc voyez-vous donc pas plus clair que le jour, que le goût et le sentiment que M. Claude et moi avons introduit, est le seul refuge qui nous reste , et que si vous U condainuez, tout est perdu pour la reforme ?

' Prrj. tfgii, M. f'ar. Uv. W. — * Ttth. t.eit. I, /».7 Prfj. Irgii. î. pttri. f. I. — ^ Sÿtt. p. 23S. /'ar. lie. XT.I7S. —

‘ PrrJ. r. I, p. ifl. Syil. p. liC , ISO, IM. /'ar. /ji-. xv. Tnà. un. V, p. VM.

Oigiiizcnj uy

SIXIEME AVERTISSEMKXT

Je ne nrétoniie pas non plus qu'on laisse avan* <rr à M. Jurieu tint dVtraiiges propositions sur le mariage : c*est qu'en effet la réforme les soutient. Ce n'a pas été assez aux |)n-tendus réformateurs d'abandonner la sainte doctrine de toute l'Église d'Occideiit sur l'enticre indissolubilité dn mariage, même dans le cas d'adullere. Pour adoucir les ditlicullésdu mariage, si grandes qu elles faisaient dire aux apôtres : MnUre , s'il est ainsi, U vaut mieux ne point se marier * ; on y permet tous les jours , pour beaucoup d’uutres sujets, *• de rompre des " mariages faits et ronsoniinés dans tontes les for- " mes, et de permettre à un mari et à une femme « de prendre un autre époux et une autre é{KHJse « l'autre étant vivante*, • et très-constamment c*vante. Le ministre rapporte un fameux arrôt de la cour de Hollande, en I030^ où, du consentement lies parties présentes, on résolut un mariage contracté dans toutes les formes : un mari eut la liberté d'épouser une autre femme que la sienne, et sa femme de demeurer avec celui qu'elle avait épousé, sur la fausse présomption de la mort de son >eritable mari. La désertion est une autre cause de rompre le mariage. C'est la « pratique constante de « l'Eglise de Geneve, qui , dit-il *, est la source de

• notre droit canon. On en a, poursuit-il, un exem-

• pie tout récent dont je crois que tout le monde a « ouï parler : on ne nommera pas les personnes , à « cause du scandale; •mais cependant, quelque grand qu'il soit , on passe par-dessus dans les jugements. « On nommera, continue-t-il S lademoi- •> selle Sève, qui, en 1077 , é)K>iisa un nommé M.

• Misson, fils d'un ministre de Normandie, lequel,

• après avoir demeuré quehpie temps avec elle, i'a-

• bandonna. Elle a obtenu permission de se rema- •• rier; ce qu'elle lit. • Je ne vois pasaprès cela qu'on puisse s’empêcher de rompre les mariages pour des maladies incurables ou des incompatibilités aussi sans remèdes. Pour justilier ce libertinage, il suffit a M. Jurieu de dire que les maximescoiitraires» sont

• prises de la théologie romaine, selon laquelle le

• mariage est un sacrement > On voit donc bien la raison qui a inspiré à la reforme de crier avec tant de force contre le sacrement de mariage : elle voulait anéantir cette salutaire contrainte que Jésus-Christ avait établie dans les mariages chrétiens, et s'ouvrir une large porte à les casser. C'est donc inutilement que Jésus-Christ a prononcé, que l'homme ne sépare pas ce que Dieu a uni7. On prétend, à b vérité, qu'il y a iui-méme apporté une seule exception; et c'est celle du cas d'adullere : mais la reforme licencieuse ne s'en est pas contentée, et n'a pas craint d'ajouter à cette unique exception, qui peut avoir quelque couleur dans l'Évangile, une si grande multitude d'autres exceptions dont on n'y en trouve pas le moindre vestige; c'cst-à-dire qu’on a excepté non-seulement, h ce qu'on prétend, selon l’Évangile, mais encore très-expressément contre l’Évangile : et M. Jurieu

• .Vflrt. XIX , m. — * Tab. Jjfit. VI , p. 303. — > tbid. 30S. — *Ibid. Jbid. 3U3, 304. — » Paÿ. 301. — ' .VaMA. lu, «.

ne craint point de dire ', « que la bonne foi et les

• lois du prince sont les interprètes des Kxcep- « TI0N8 qu'on peut apporter à la loi évangélique « qui défend ie divorce, et qu'elles suffisent |>our ■ mettre la conscience en repos. ■ Les conscienocs sont si endormies et les cccurs si appesantis dans la réforme, qu'on y demeure en repos ^ malgré les décisions de l’Évangile sur les exceptions qu'y apportent des lois et une autorité humaine. Ce n'est pas ici le sentiment d'un ministre particulier ; c'est celui de Geneve , d’où est né le droit canon de la réforme; c'est celui de l'Église anglicane, qui en est ia princi|>ale partie, comme l'apiielle notre ministre : et M. Le Grand vient de faire voir à M. Burnet, que, selon les lois de cette Église, • on fait « divorce pour avoir abandonné le mariage, pour

• une trop longue absence, pour des inimitiés capi-

• taies, pour les mauvais traitements ; et qu'on |>cui « s(‘ remarier dans tous ces cas*. • Voilà quatre exceptions à l'Évangile , tirées du code des lois ecclesiastiques d'Angleterre ^ , résolues et passées en loi dans une assemblée où prêchait Thomas C’rawmer, archex'êque de Canlorbénj, le grand réformateur de ce royaume. Quel mariage demeure en sûreté contre CP8 exceptions, puisqu'on reçoit jusqu'à celle qui se tire des aversions invincibles; ce qui enferme manifestement l'incompatibilité des humeurs.^ Je ne m'étonne donc plus si ce grand réformateur a rompu tant de mariages, et je m'étonne seulement qu'il ne l’a (las fait avec encore moins de façon. Sans recourir au I.évitique, qui , de l'aveu des plus grands auteurs de la réforme, ne faisait loi que pour les Juifs ; et sans aciieter à prix d'argent tant de consultations contre le mariage de Henri et de Catherine, il n'y avait qu'à alléguer l'avemon implacable de ce roi. Mais peut-être qu'on n'osait encore, et que la réforme n'avait pas acquis toute la force dont elle avait besoin contre l'ENangile. On trouverait néanmoins si l'on voulait ces exceptions dans les autres réformateurs , dans un Luther, dans un Calvin, dans un Bucer, dans un Bèze. Voilà à quoi aboutit cette prétendue délicatesse de la réforme. Klle se vante d'une observation étroite de l'Évangile; elle, s’élève avec fureur contre les papes, sous pretexte qu’ils ont dispensé de la loi de Dieu , à quoi néanmoins il est certain qu'ils n'ont seulement jamais songé : et cette fausse régularité se termine eiidn à trouver eux-mêmes des exceptions de la loi évangélique. Un ministre le dit Ivautement^; et aucun synode, aucun consistoire, aucun ministre ne l’en reprend.il ne se trouve à relever celle erreur qu'un jeune avocat , qu’il traite impunément avec le dernier mépris : pourquoi? parce que les ministres, et les synodes, et les consistoires savent bien que ce ministre ne fait qu'établir la théologie commune de toutes les Églises protestantes, et , en particulier, de celle de Genève, qui est /a source du droit canon, c'cstà-dire , de la licence effrénée du calvinisme.

• Tah. Lett. vi. p. 3o«. — > J>«. dt M. Le C.nnd à Si. Byrnei, p 37. — * jUy. Lar. Amf. e. B, 9, lu, 1 1, J>. 60, tdiS, Land. ISMi. — * Jur. Avis cvnU St. de Btauv.

SUR LES LI-HTRES DE M, JüRIEU.

C'fst doncfn v,iin qu’on s'élève contre lui dans le parti , et qu'on le déféré aux synodes. Après tout, il Di' soutient rien qui ne soit, ou de l'esprit de la réforme, ou nécessaire à sa défense. Mais, quoi! ces dogmes affreux contre l'immutabilité de Dieu et l'égalité des Personnes divines ne répiigneot-ils pas clairement aux Confessions de foi des protestants? Ils y répugnent, je l'avoue , et j'en ai inoi-méme rapporté les témoignages ; mais après tout , s'il edt supprimé ces endroits de sa doctrine , où vouliez-vous qu'il trouvât des variations? Et pour en montrer dans l'ancienne f^lise, ne fallait-il pas tout ensemble en accuser et en excuser les docteurs ? I.es accuser, |>our montrer qu'on variait; et à la fuis les excuser, pour n'étendre pas l’intolérance jusqu'à eux. Soutenir une telle cause sans se contredire soi-méme , est-ce une chose possible? Mais lessynodes auront encore de bien plus fortes raisons pour épargner M. Jurieu, le seul défenseur de la religion protestante. Pouvait-on se passer de lui dans un parti où l'on voulait soulever les peuples contre leur roi, et les enfants, si l'on edt pu, contre les pères? Il fallait bien assurer que Dieu s'en mêlait : qui était plus affirmatif que notre ministre ? «C'est Âre pélagien, dit-il', de ne pas vouloir • apercevoir des miracles de la Providence dans les « révolutions d'Angleterre, dans celle de Savoie et « dans les délivrances de nos frères des Vallées. « Dieu se déclarait visiblement pour la réforme; la France allait succomber sous ces coups du ciel ; et le nier, c'était alors une hérésie. Mais maintenant que sera-ce donc , et faudra-t-il croire encore tous ces miracles après ce que nous voyons? Il fallait un Jurieu pour pousser l'assurance jusque-là. Mais quel autre était plus capable d'émouvoir les peuples, que celui qui leur faisait voir jusque dans leur rage le soutien de leur foi*? Ktait-ü aisé de trouver un homme qui attaquât aussi hardiment et avec moins de mesure la majesté des souverains ? qui sût mieux allumer le feu dune guerre civile ? qui sût, pour tromper les peuples , si bien soutenir de faux miracles, ou débiter avec un plus grand air de confiance des pro|ihélies qu'il avait prises dans son cccur? Pour ceb , ne fallait-il pas avoir le courage de Imsarder des prédictions, et de s'immoler pour le parti à b risée inévitable de tout Tuniveri ? Mais quel autre l'eût voulu faire ? quel autre eût voulu donner à ses prédictions cet air mystérieux dont notre prophète a paré les siennes, en feignant que par ses désirs, par i'ardeur et la |>ersévérance de ses vœux , il s'était enGn ouvert l'entrée dans le secret des prophéties ; et que s'il ne disait pas tout, c'est qu’il ne voulait pas tout dire? Il s’est vanté d'avoir prédit à un prince qu'avant que l'année fût révolue il se verrait la couronne sur la tête. Sans doute il avait trouvé l'Angleterre bien désignée dans l’Apocalypse, et l'année 1689 y était clairement marquée. >'a-til pas été U U grand propliète, d'avoir promis un heureux succès à un prince qui remuait de si grands ressorts ? Car, apr^ tout , qu'avait-U à craindre en

• Lrii. m. p. IX». - * .éecomp. it» Pmph. A vu à iou9 lr« Chrttkm.

hasardant cette prédiction? ou quel ma) lui arrivi». t-il pour avoir si mal deviné dans toutes les autres.* Le prince qu'il voulait flatter avait bien parmi ses papiers de meilleures prophéties que celles d’un ministre. Mais qui ne connaît l'usage que les hommes de ce caractère savent faire des prédictions; et combien cependant Us méprisent dans leur cœur, et les dupes qui les croient, et les fanatiques qui les révent, ou les séducteurs qui les inventent? M. Julieu s’est mis au-dessus de tout cela ; il a sacrifié sa réputation à la politique du parti : ébloui du grand nom de prophète , qu'on lui a donné jusque dans des médailles, il ne peut encore s'en défaire; et après tant d'illusions, dont tout )e monde se moque dans son parti même , il ose encore prophétiser que • les rois de France, d'Espagne , l'empereur et « tous les princes papistes doivent sans doute en- « trer quelque Jour dans l’esprit où entrèrent les « rois d’Angleterre, d’Écosse, de Suède, de Danc- « marck, dans le si^le passé'. • 11 ne faut plus que vingt ou trente ans pour accomplir cette merveille , et tout s'y dispose, comme on voit. Si toutefois les succès ne répondent pas à son attente, et que les conquêtes de son héros n'avancent pas, autant qu'il pense, le règne de mille ans après lequel il soupire, ii s’est préparé une réponse contre les événements qui lie voudront pas cadrer assez juste. On sera toujours re<Mi à dire que Di^H n'y prend pas garde de si prés • ; et lors même que tout sera manifestement contraire aux prédictions, M. Jurieu en tout cas sera toujours aussi grand prophète qu'un Cotterus et tant d'autres semblables trompeurs convaincus de faux , selon lui-même, dont néanmoins il nt bisse pas d'égaler les visions à celles d'Ezéchiel et d'Isaîe. Que diront donc les synodes à un homme dont b réforme n tant de besoin ? Luther n’y fut jamais plus nécessaire. Elle commençait à languir; et la grâce de la nouveauté lui étant êtée, il ne faut pas s'étonner si, loin de faire de nouveaux progrès, elle reculait en arrière : le fait du moins est constant par M. Jurieu, qui vient de faire publiquement ce triste aveu : « La réformation dans ce siècle n'est « point avancée, elle était plutêt diminuée qu’aug- « mentée > : • de peur qu’elle ne tombât tout à fait, il en fallait revenir aux impétuosités, aux emportements, aux inspirations, aux prophéties de Luther.

complexioD d'un Calvin pouvait bien, avec son aigreur, avec son chagrin amer et dédaigneux, produire des emportements, des déclialnemeots, d'autres excès de cette nature : mais elle ne pouvait fournir ces ardeurs d'imagination qui font les prophètes des fausses religions. Il fallait quelqu’un qui sût émouvoir l'esprit des peuples, tromper leur crédulité, les pousser jusqu'au transportet à la fureur. Si le succès n’a pas répondu à la volonté ; si par la puissante protection de Dieu il s'est trouvé dans le ntonde une main plus forte que toutes celles qu'on a lâel^ vainement d'armer contre elle, ce n'est pas la faute de M. Jurieu; et les synodes, qui n'oni

* Tab. LfU. Tiii, p. fi05,b0S.— ’ Àcfomp. de» Pmpk. i tàx'it U iotu U$ Chrtt, — ) Tnb. UH. Vtli, p.

SIXIÈME AVERTISSEMENT

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rioo à lui imputer, ne peuvent aussi rien faire de moins que de se taire comme ils font en sa faveur.

Si cependant on méprise ces faibles synodes , et qtrnne si timide polliiqnc ardiève de leur faire perdre le peu de crédit qu’ils avaient dans la reforme, ce n'est pas là aussi que M. Jurieii met sa confiance ; c'est aux princes et aux magistrats qu'il a recours; et il leur rend le droit de persécuter, qu'il leur avait ravi. J'avais autrefois demandé, dans une lettre particulière, qu'il a imprimée, quelle raison on avait d’excepter les hérétiques du nombre de ces malfaiteurs contre lesquels saint Paul a mis aux princes l’épée en main. Le ministre m'avait répondu : « Ce n'est pas à nous à vous montrer que les

• hérétiques ne sont pas de ce nombre ; c'est à vous ,

• messieurs les persécuteurs, à nous prouver qu'ils

• y sont compris'; car, poursuivait-ih, les mal

■ sentants et les malfaiteurs ne sont pas la même

• chose.» Alors donc le magistrat était sans pouvoir contre les mai sentants, et ce n'était pas pour cela qu’il était lieutenant de Dieu. .Mais maintenant cela est changé : les princes et les magistrats sont, dit-iD, » les images et les oints de Dieu, et seslieu-

■ tenants en terre. » Sans doute , Ils ont ces beaux titres dans les Ecritures; et pour nous arrêter au dernier , saint Paul nous les représente comme w dunnés de Dieu pour lui faire rendre obéissance comme ses ministres et ses lieutenants, qui ne portent pas sans cause l'cpée qu’il leura miseen main.

' Mais ce sont d'étrangeslicutenantsde Dieu , pour-

• .suitic ministre, s’ils nesont obligés à aucundevoir

■ par rapport à Dieu en tant que magistrats : com-

• ment donc pent-on s’imaginer qu’un magistrat

• chrétien ,qui est le lieutenant de Dieu, remplisse

• tous ses devoirs en conservant pour le temporel » la société à la tête de laquelle il se trouve , et

• qu’il ne soit pas oblige d’empêcher la révolte con-

• tre ce Dieu dont il est le lieutenant, afin que le

• peuple ne choisisse unautre Dieu, ou ne serve le " vrai Dieu autrement qu’il ne veut être servi ? » Le voilà doue redevenu lieutenant de Dieu contre ceux qui ne veulent pas le reconnaître, ou reconnaître son vrai culte, et, en un mut, contre les mat sentants aussi bien que contre les niof/ali'eurs. Que si, par l’EpItre aux Romains, il est le ministre et le lieutenant de Dieu contre les hérétiques aussi bien que contre les outres coupables , c’est donc contre eux aussi nu' il a Fépée en main ; et l’évéque de Meaux n’avait pas tort lorsqu'il l’interprétait de celte sorte.

I.e ministre a trouvé ici une, belle distinction : c’est que le prince a l’épée en main contre les hérétiques ; mais [wur tes q^ner seulement , pour tes bannir, et lion pas pour leur donner la mort. Mais les tolérants lui demandentoùil a trouvéces bornes qu'il donne à sa fantaisie an pouvoir des princes.

Il n'était pas ici question de faire le doux , et de vouloir, en apparence .épargner le sang. Il ne fallait point, disent-ils, pn.ser des principes d'où l’on tombe pas à pas dans les dernières rigueurs.

' Jur. Lett. pa»t. de In \'*ann. p.7, «. — * U* Leii. p.

il. Ibid. — ^ Letl. vm, p. 4t'>, ti(l.

Qn’ainsi ne soit , n'avez-vous pas dit r que ces aver-

■ sions, que produit la diversité des religions, pro-

■ duisent anssi la guerre et la division, A qu'elles cit « sont unesemence'? » Quand vous le nieriez, le fait esttropcriantponrêtre révoqué en doute. Si le parti herétiquedevient inquiet, mutin et séditieux ; s'il est à charge à l’Etat, et toujours prêt à enfanter let guerres civiles, dont il porte la semence dans sor sein, le prince ne pourra-t-il jamais en venir an> derniers remèdes , et portera-t-il l'épie sans cause’. Vous vous aveuglez vous-même, si vouscroyez pou voir donner aux puissances légitimes des borne: que vous ne trouvez point dans les pass.ages qui vous produisez. Vous nous alléguez ce passage : Otczd'entrerous te méehanD. Vous vous trom|iez, d'adresser aux princes ce précepte de l'apêtre, qui, visiblement, nes'entend que des censures ecclésiastiques : mais si vous voulez l'étendre aux magistrats, et que ce soit à eux à ôter le méchant, laissez donc à leur prudence les voies de l’ôter. Qui vous a donné le pouvoir de l»s réduire à des peines légères, à des gênes à des prisons; peut-être au bannissement, tout au plus ? Il faut, disent toujours les tolérants *, ou, comme nous, leur ôter tout pouvoir de contraindre les hérétiques; ou, comme les catlioliqnes, leur permettre d'en user selon l’exigence des cas. Car s'ils jugent par leur prudence que ce ne soit pas assez ôter le méchant que de le bannir, pour faire pnihiler ailleurs ses impiétés, comme celles de Ncstnrius se sont répandues en Orient par son exil et celui de ses adhérents , qui êtes-vous , pour donner des bornes à leur puissance.’ El espérez-vous de réduire à des règles invariables ce qui dépend des cas et des circonstances ? Au.ssi ne savez-vous où vous renfermer; et vous le faites clairement paraître par ces paroles : » Dieu veut user de clémence avec les

• idolâtres et les liérétiques, et qu’on épargne leur

■ vie autant qu’il se peut’. » C'est éluder manifestement la difficulté. Car quelqu'un a-t-il jamais dit que la clémence fût interdite aux souverains, ou qu’ils ne soient pas obliges ;'i épargner autant qu'il s« peut la vie humaine? .Si la seule règle qu'on peut leur donner, selon vous, est de l’épargner autant qu'il se peut; il ne faut donc pas , comme vous faites, diminuer leur pouvoir, mais leur laisser examiner ce qu’ils peuvent faire avec raison.

Mais, direa-vous, la douceur chrétienne doit prévaloir. Sansdoute , vous répliqueront les tolérants , dans tous les cas où vous-même vous ne lajngez pas préjudiciable. Mais vous permettez qu’on procède « jusqu'.! la peine de mort, lorsqu’il y a des

■ preuves suflisantes de malignité, de mauvaise foi,

• de de.ssein de troubler l'Église et l’État, et enfin

• d'impiété et de blasphème conjoint avec audace,

« impudence et mépris des lois*’.» Vous ajoutezqus « la plupart des hérésiarques sont impies, et ne se

■ révoltent contre la foi que par un motif d’ara-

• bition , d'orgueil, de domination ; quand dans « ces dispositions ils passent jusqu'à l'outrage et

• lettre vni. p. SI9. — ■ Aom. vin, 1. — J Dltr* vtn.p. 15T. — * Lettre ivaue de Suiiee. — ’ Lett. vin, p. IM. -

.zxzgle

SÜK LES LETTnES DE M. JÜRIEÜ.

CHU blasphème, l'Eglise doit les abandonner an ? ■ magistrat pour en user selon sa prudence. » C’est ce cfue dit le ministre : ceux qui abandonnent les liérésiarquesàla prudence du magistrat, jusqu’aux dernières rigueurs, n’ont pas d'autres motifs que ceuxdà : il ne reste qu’à tirer de là le traitement qu’on peut faire aux partisans de ces hérésiarques, et, eiifln, aux imitateurs de leur séditieuse et indocile Pierlé. Pourquoi donc disputer plus long* temps contre un homme qui détruit lui-méine ses principes? Il avoue qu'il j a des provinces des « PayS'Ibs qui n’ont pas même de connivence pour

• les papistes. Quand on les découvre, dit-il', on « ne les protège pas contre la violence des peuples. * On entend bien ce langage mais vaut-il mieux abandonner à la violence ceux qu'on prétend Itérétiques, et les laisser déchirer à une aveugle fureur, ()ue de les soumettre aux jugements réguliers du magistrat ? On voit donc que cê ministre ne sait ce qu’il dit. Il n’y a qu'à l'écouler sur le sujet de Servet. Tantôt il n’approuve pas que Genève l’ait condamne au feu, à la poursuite de Calvin : il en dédit ses docteurs ,el ildécidcque c'élaitlà un reste de papisme*. Mais quelquefois il revient de cclto extrême mollesse ; et, dit-il*, • ceux qui condamnent « si hautement le supplice de Servet ne savent pas m toutes les circonstances de son crime. » Laissons donc peser ces circonstances au magistrats. UEiat «/mal/re f/c .w peines, dit-il en un outre endroitt, et c’osl aux princes à les régler selon leur prudence.

Mais tous les grands arguments de la réforme doivent toujours être lires de l’Apocalypse. Pour bannir éternellement la |>einc de mort dons le cas de religion, voici comme parle le ministre* : ™ N’aura- € i-on jamais honte de cette barbarie antichrélicnne,

« et ne rceonnaîtra t-on jamais que c'est le carac-

• 1ère de la bêle de l’Apocalypse, qui s’enivre du « sang des saints, quidévorc leur clnir, qui leur fait « la guerre, qui les surmonte, et qui, à cause de

• cela, est appelée bête, lion, ours, léopard? Car

• il faut avoir renoncé à la raison, à l’humanité, et

• être devenu une bêle, pour en user envers les . cliréiiens comme l’Eglise romaine en use envers

• nous. • Voilà donc , en apparence , tous les chrétiens à couvert du dernier supplice. Cela irait bien pour les tolérants , si la suite de son passage et de son interprétation n’en ruinait pas le cominenccment. Car, selon lui ^ , les dix rois qui détruiront la prostituée : seront des rois réformés : et que feront-ils pour ■ réformer la religion dans leurs

• Etats? Ils haïront la prostituée, ils la désoleront,

• ils la dépouilleront, ils en mangeront les chairs, « et ils la con.sumeront par le feu. Et les oiseaux

• du ciel seront appelés pour manger les chairs des « rois et les chairs des capitaines, et les cliairs des « braves soldats, et celles des chevaux et des enva-

• liers , et des petits et des grands, et des esclaves et

• des hommes libres * ! » Voilà, ce me semble, assez de

' un. vm, p. 432, 43:J. — * I** Ann. UU. ii, p. H. —

• un. vm, p. m. — * p. 42JH. — * !'• Ann. Un. i,p. 12. —

• Tait. un. MH, p. Sus, ItdO. — ’ Apoc. ÏVII, 0. — • Apoc. XIX, 17, is.

carnage, n.ssoz de sang répandu , assez de chairs dévorées, assez de feux allumés : mais, selon M. Jurieu , tout cela sera l’ouvrage des rois réformés : c'est par là ques’accomplira la réfurmation, jusqu’ici trop faiblement commencée; la réforme fera souffrir tous ces maux à des chrétiens, sans doute, puisque ce sera à des papistes : ce ne sera pa.s seulement sur des particuliers, mais sur toute l’Eglise romaine, qu’on exercera ces cruautés. Il ne reste plus qu’à dire qu'il n'appartient qu’aux rois de la réforme d’user de l’épée contre les seetw qu’ils croient mauvaises, et que tout leur est permis contre la prostituée. Mais s'il ne tient qu’à trouver des noms odieux pour les sociétés hérétiques et rebelles , l’Écriture en fournirait d’assez forts pour animer contre elles le zèle des princes cathuliqiii’S.

Au reste, afln que M. Jurieu n’aille p.as ici se Jeter à l'écart, et renouveler toutes les plaintes dei protestants contre la France; ce n'est pas là de quoi il s’agit, mais en général de la question de la tolérance civile, c’esl-à-dire quel droit peut avoir le magistrat d’établir des peines contre les hérétiques. C’est sur cette grande question que les protestants sont partagés : et je ne craindrai point d'assurer qu’ils se poussent à bout tes uns les autres. I^s tolérants poussent à bout M. Jurieu, en lui démontrant qu'il se contredit lui-même, et qu'il faut ou abandonner la doctrine de l’intolérance, ou permettre au magistrat autant les derniers supplices qu'il lui défend, que les moindres peines qu'il lui pennet '. Car aussi, lui dit-on, où a-t-il pris et où ont pris les intolérants mitigés ces bornes arbitraires qu’ils veulent donner à un pouvoir qu’ils reconnaissent établi de Dieu en termes mdéflnis ? Ou il faut prendre les preuves dans toute leur force, ou il faut les abandonner tout à fait. Vous croyez fermer la bouche à M. de Meaux, en lui disant* : j a Si l’Eglise a droit d’implorer le bras séculier pour « la punition des hérétiques , pourquoi saint Paul « dit-il simplement : lùnte C hnume ^ritique^ ? que ■ ne dit-il : Livre-le au bras séculier, afin qu’il soit

• brillé? Saint Paul ne savait-il pas que dans peu « les princes seraient chrétiens, et qu'ils auraient « le glaive en main? n’a-t-il donc donné des précep-

• tes que pour le temps et pour l’état présent? ■ On vous rend vos propres paroles. Saint Paul ne savaitil pas que le magistrat allait devenir chrétien? pourquoi donc n’ajoute-t-il pas à l'obligation é'évUer l'homme hérétique celle de le gêner, de le contraindre dans l'exercice de sa religion, et enlln de le bannir s'il refuse de se taire ^ ?I1 vous plaît maintenant de nous objecter les exemples des rois d'Israël qui brUalent les idoles, chas.'iaient et punissaietUlet Idolâtres^. Mais ne tes punissaient-ils pas jusqu’à employer contre eux le dernier supplice? Qui a liorné sur cela le pouvoir des souverains ?C est, diton, qu’en ce temps-là, et sous l'ancien Testament, l'idohUrie était la vraie félonie contre Dieu, qui était alors le vrai Roi de son peuple : et le ministre

' Comm. philo$. Utl. r<n. de Stiiuie. Afiot. tien rmh Tfflf'r. I - • l'* .dan. Un. I. — * TU. lit, H>. — ' .^pot. des T**fer. Un. rcn. de Suisse. * Tab. Letl. vm , p. 431, 4S2, 4SV et suiv.

Bit SIXIÈME AVERTISSEMENT

répond : « Est-c^ qiraiijoiml'lmi Dieu n’est pas le

• Roi des nations chrétien tirs, tout autrement qu’il « ne l'est des peuples (laïens et inlidèlesP Retourner

• à l'infidélité et au paganisme ou à l'idolâtrie, « n'est*ce pas aujourd'hui félonie et rébellion contre

• Dieu? • Pourquoi donc n'einploiera-t'on pas le même supplice contre le même crime ? et en est-on quitte pour dire, sans preuve , comme fait M. Ju* rieu ',que Dieu, maintenant, a reiàehidesa sévérité et de lesrfroi/ji? Où est donc écrit ce relâdiement? et en quel rndroit voyons-nous que la puissance publique ait été affaiblie par l'Evangile?

Lorsqu'il s'agissait de blâmer les persécutions du papisme, le ministre nous alléguait la tolérance qu'on avait eue autrefois pour les saddiicéens dans le judaïsme, et il disait que le Fils de Dieu ne s'y était jamais opposé >.Si cet argument pnmve quelque chose, il prouve non-seulement qu'on doit épargner les derniers supplices, mais encore jusqu'aux moindres |>eines, puisqu'on n’en imposait aucune aux s;idducéens. II prouve même beaucoup davantage ; puis(|ue , de l'aveu du ministre , on vivait avec les sadüucéens dans le même temple et dans ta même communion^. Ainsi il est manifeste que cet argument prouve trop, et parconséquent ne prouve rien. (Àda est certain, cela est clair, mais le ministre ne veut jamais avoir failli. Pour soutenir son argument des saddinéens, il attaque jusqu'à la maxime : Ç«i prouve trop ne prouve rien ; c'est-àdire que vous arrêtez où il vous plaît la force de vos raisonnements, et que vous ne donnez à cette monnaie que le prix que vous voulez.

En pa.ssant, nous remarquerons, sur cet argument des sadducéens , cette étrange expression de notre ministre, que pour certaines raisoiui notre Seigneur Jésus-Christ s’est beaucoup moins déchainé contre les sadducéens que contre/espharisiensi. Je vous demandes! un homme sage a jamais parlé de la sorte? N'est-ce pas faire de notre Sauveur comme un lion furieux qui rompt ses liens, et se déchaîne lui-même contre ceux dont il reprend les excès ? On voit donc que cet auteur emporté ne songe pas même à -ce qu’il doit à J(*siis ('Jirist , et s'abandonne à l'ardeur de son imagination. Mais revenons à la tolérance.

Les tolérants démontrent à M. Jurieu, non-seulement qu'il se contredit lui-même, mais encore qu’il contredit les principaux docteurs delà reforme, puisque M. Claude ne craint pas d'assurer que

• saint Augustin Hétrit sa mémoire lorsiju'il sou- « tint qu'il fallait persécuter les hérétiques, et les

• contraindre a la fui orthodoxe, ou bien lesexter- « miner; qui est, poursuit ce ministre, un senti- « ment fort terrible et fort inhumain » Saint Augustin ne proposait pas les derniers supplices; et s'il voulait qu'on exterminât les donatistes, ce n’était que par les moyens que M. Jurieu approuve à présent. Si donc c'est le sentimentdos principaux docteurs de la réforme, que saint Augustin a flé-

• P. 45S. — * ftiil. dm PapUm^^ II. part. <*. 9. Letl. Tlll,

p. ils, iOU f! «Niv. — * Lrlt VIII, ibid. — * Pa^. 410. » .V.

Ci. de tu LerL des PP. Lett. de Suisse^ p 2U.

tri sa mémoire par colle doctrine, les tolérants concluent de même que M. Jurieii se déshonore en conseillant des rigueurs qu'il avait autrefois tant condamnées.

C’est en vain qu'il semble quelquefois vouloir épargner les sociétés déjà établies : car les tolérants prouvent au contraire, ■ que, s’il est vrai qu'on « soit en droitde poursuivre un hérétique qui vient « semer ses sentiments dans un lieu où il n'a aucun

• exercice, à plus forte raison doit-on travailler à

• l'extirpation des sociétés entières ; parce que plus « une société est nombreuse, plus elle ade docteurs,

• et plus aussi elle est en état de tout gâter et de « tout penire par le venin de ses hérésies >. »

Par tels et semblables raisonnements les tolérants démontrent à M. Jurieu que la persécution qu'il veut établir n’a point de bornes , et qu'avec tout le beau semblant de son intolérance mitigée il en viendrait bientôt au sang, pour peu qu’on lui résistât ou qu'il fiU le maître. Avec une telle doctrine, si les protestants l’embrassent, il leur faudra bientôt changer leur ton plaintif, et les aigres lamentations par lesquelles dès leur naissance ils ont tâché d'émouvoir toute la terre. Ils ne se vanteront plus d'être cette Eglise |K>sée sous la croix, que Jésus-C.lirist préfère à toutes les autres ; lt*s sm’iétésdes héretiquesjouiront du même privilège: la réforme persécutée deviendra persécutrice, et la souffrance ne sera plus qu’un signe équivoque du véritable christianisme.

M. Jurieu, d'autre côté, ne poussera pas moins loin les tolérants; car, quelque mine qu'ils fassent, il les forcera à approuver tout le Commentaire philosophique, c’est-à-dire, à confesser, premièrement, que le magistrat doit In liberté de conscience à toutes les sectes, et non-seulement à la socinienne , comme ils en conviennent aisément , mais encore à la mabométane : car ou la règle est générale , que le magistrat ne peut contraindre les consciences; ou s’il y a des exceptions , on ne sait plus à quoi s’en tenir ni où s’arrêter.

Les tolérants se moquent de M. Jurieu , quand il dit que la tolérance n'est due qu'à ceux qui reçoivent les trois symboles * : car ils le poussent à bout en lui demandant où sont écrites ces bornes. Mais s’ils réduisent la tolérance à ceux qui font profession de reconnaître Jésns-('hrist (<i>ur le Messie , il leur demandera à son tour nîi est écrite cette exception. Si le magistrat est persuadé qu’il n’a point d'autorité sur la religion, ou, comme parlent les tolérants, que la conscience n'est pas de son ressort, et qu'il s'élève sous son empire quelques dévots de l'Alcoran , pourra-t-il leur refuser une mosquée > ? Voilà déjà une conséquence du Commentaire philosophique qu'il faut recevoir : mais on n'en demeurera pas là ; car le subtil commentateurrevient à la charge ; et si, dit-il, ce socinien , ce mahométan se croit oblige en conscience de prêcher sa doctrine et de se faire convertisseur, il faudra bien le laisser faire, pourvu qu’il se comporte modestement et

* LfH. defimiMse, p. US. — > 1** .4nn. Letl. U, p. U. Ds rVn. Tr. C, e. 6. — * Com. phitvt. eh. 7 et tmiv.

qo*il ne soit point séditieux ; autrement on le gène* fait dans sa conscience, ce qui parla supposition n'est pas permis. Voilà donc tous les États obligés à tolérer les prédicants de toutes les sectes , c'est* à'dire, à supporter la séduction, sous prétexte qu'elle fera la modeste jusqu'à ce qu'elle ait pris racine , et qu’elle ait acquis assez de force pour attaquer ou pour opprimer tout ce qui pourra s'opposer à ses desseins. Ou s'il est permis de prévoir et de prévenir ce mal, il est donc permis de l'é* touffer dès sa naissance, aussi bien que de le réprimer dans son progrès^ et la tolérance n'est plus qu'un nom en l'air.

Mais quand on sera venu à cet aveu, et qu'on aura accordé au commentateur qu'il faut laisser croire et prêcher tout ce qu'un voudra , alors il demandera sans plus de façon l'indifférence des religions, c'està-dire, qu'on n'exclue personne du salut, et que chacun règle sa foi par sa comseience. Les tolérants mitigés ou dissimulés se récrieront contre cette dernière conséquence, qu'ils protestent de ne Jamais vouloir admettre. Mais en ce point M. Jurieu les pousse à bout, en leur disant ' : « Quand un « homme est bien persuadé qu'un malade a la peste,

• qu'il peut perdre tout un pays et causer la mort « à une infinité de gens, il ne conseillera jamais « qu'on mette un tel liomineau milieu de la foule,

■ et qu'on permette à tout le monde del’approdier:

• et s'il permet a tous de le voir, ce sera une mar- « que qu'il croira la maladie légère et nullement « contagieuse. > La suite n’est pas moins pressante. « Us veulent que nous les croyions, quand ils di- •> sont qu’ils n'estiment pas qu'on peut être sauvé

• en toutes religions, et qu'il y ades liérésiesqui don- « nent la mort. S'ils pensent cela, oit est la charité

■ de vouloir permettre à toutes sortes d'hérétiques

■ de prêcher, pour infecter les âmes et pour les « damner? •

Le ministre passe plus loin , et il démontre aux tolérants, par une autre voie, que, selon les principes qu'ils supposent avec le commentateur, il n'est pas possible qu'ils s'en tiennent à la tolérance civile, où ils semblent vouloir se réduire. Car, ditil * , ce qu'ils promettent de plus spécieux dans leur tolérance civile, c'est la concorde entre les citoyens qui se supportent les uns les autres, et la paix dans les États. Mais pour en venir à cette paix, il faut encore établir « qu’on est sauvé en toutes religions. « J'avoue, poursuit-il, qu'avec une telle théologie « on pourrait fort bien nourrir la paix entre les di- •> verses religions. Mais tandis que le papiste me « regardera comme un damné, et que je regarde- « rai le mahométan comme un réprouvé, et le so-

■ dnien comme hors du christianisme, il sera iin- « possible de nourrir la paix entre nous. Car nous « ue saurions aimer, souffrir, ni tolérer ceux qui

• nous damnent. Nos messieurs sentent bien cela ; « c'est pourquoi très-assurément leur but est de

• nous porter à rindifférence des religions , sans

■ laquelle leur tolérance civile ne servirait de rien

• du tout à la paix de la société. •

* Tab. Letu Tlll,p. 401. — * UU. Vlll, p. 110.

Ainsi, l’état où se trouve le parti protestant est que les intolérants et les tolérants se poussent également aux dernières absurdités , diacun selon ses principes. Les tolérants veulent conserver la liberté de leurs sentiments, et demeurer affranchis de toute sorte d'autorité capable de les contraindre; ce qui en effet e.vt le vrai esprit de la réforme et le charme qui y a jeté tant de inonde : M. Jurieu les pousse jusqu'à rindifférence des religions. D'autre côté, malgré les maximes de la réforme, ce ministre sent qu'il a besoin sur la terre d’une autorité contraignante ; et ne pouvant la trouver dans l'intérieur de son Église ni de ses synodes , il est contraint de recourir à celle des princes : et voilàeti même temps que les tolérants le poussent malgré qu'il en ait, et de principe en principe , jusqu'aux excès les plus odieux et les plus décriés dans la réfunne.

En effet , que répondra-t-il à ce dernier raisonnement, tout tiré de ses prlncijies et de faits constants? Si le magistrat réformé emploie l’épée qu'il a en main pour gêner les consciences , ou il le fera à l'aveugle, et sans connnissance du fond, sur la foi des décisions de son Église ; ou il examinera par iuî-mêino le fond des doctrines qu’il entreprendra d'abolir. Le premier est absolument contraire aux principes de la réforme, qui ne connaît point cette soumission aux décisions de l'Église : le magistrat de la prétendue réforme serait plus soumis à l'autorité humaine, telle qu’estselon ses principes celle de l'Église, que le reste du peuple; et on tomberait dans l'inconvénient tant détesté par M. Jurieu , que les synodes seraient les juges, et les princes les exécuteurs et les bourreaux *. L’autre parti n’est pas moins absurde, parce que si le magistrat n’est point de ceux dont parle M. Jurieu , qui n’ont pas b capacité d'examiner les dogmes , il est du moins de ceux qui n’en ont pas le loisir, et à qui pour cette raison la discussion ne convient pas.

L'exemple des empereurs chrétiens que le ministre propose aux magistrats de la réforme est inutile. Il est vrai que ces empereurs, comme dit M. Jurieu , « ont proscrit et relégué aux extrémités de «l'empire les hérétiques dont b doctrine avait été « condamnée par les conciles : • mais c'est qu'après que les conciles avaient prononcé, ces princes religieux en recevaient la sentence comme, sortie de la bouche de Dieu même, ainsi que l'empereur Constantin recul le décret de Nicée» : mais c’est qu’ils ne croyaient pas qu’il fiU permis de douter ou de disputer lorsque l'Église s'était expliquée dans sesconciles; et Ils disaient qutdiercher encore après leurs décisions t c'était vouloir trouver le menson^ pe; comme Marcien le déclarait du concile de Chalcédoine En un mot, ils vivaient dans une Église où, comme nous l'avons dit souvent dans ce discours, comme nous l'avons démontré ailleurs et sans que personne nous ait contredit on prenait pour règle de la foi': qu’il fallait tenir aujourd'hui celle qu'oD tenait hier; où b souveraine raison

* l*' .4nn. un. Il, p. II. — * K»f. Hàl. Bcet. IH. x, o. ^

4 JTdirf. yal. et Mare. Cvnc. Ckuletd. p, 3, n. 3; Bd. Lsk* U IV,co/.SW.— * ï" JttrU

SIXIEME AVERTISSEMENT

était de dire : i\ous baptisons dans la m^mcfoi dans laquelle nous avons été baptisés , et nous croyons ilisnes d'nnathème tous ceux qui en conrlanuinnt leurs prédécesseurs croient avoir trouvé l'erreur en règne dans TÉKlise de Jésus-Christ. En ces temps et selon ces principes , il est ai.sé de régler In foi; puisque tout dépend du fait de l’innovation dont tout le monde est témoin. Mais comme la réforme a quitté <*e principe salutaire et cet in* viulahie fondement de la foi des (veuples, il faut que son riKigi.strat , comme les autres, et plus que les autres , examine toutes les questions naissantes; autrement il sc mettrait au hasard de tourmenter des innocents, et de prêter son ministère à Tiiijusticc. Ne lui parlons pas de luthéranisme, d'arminianisme. ni du socinianisme vulgaire : encore qu'il y ait pour lui dans toutes ces sectes des labyrinthes inexplicables, puis(|u'il ne lui est jamais permis de supposer que la réforme n'ait pu se tromper dans tous ses synodes et dans toutes ses Confessions de foi. Tantôt on lui prouvera, par une fine critique, qu'un passage et puis un autre ont été fourni dans l’Evangile. Il nesaura où cela va, et il est clair que cela va h tout. Tantôt on lui fera voir que ni les prophètes, ni les évangélistes, ni les apôtres n'ont été véritablement inspirés; qu’il ne faut point d'iiKSpiration pour raisonner comme fait un saint Paul; et qu'il en faut encore moins pour raconter ce qu'on a vu, comme, a fait un saint Matthieu; en un mot, (|u’U n'y a rien de certainement inspiré que ce qui est sorti de la propre bouche du Sauveur : encore s'est-ilaccommodéatixopinionsdu vulgaire en citant les prophètes etlcsautn*s écrivains sacrés comme vraiment inspirée de Dieu , quoiqu'ils ne le fitSwSent pas. Tout cela c’est impiété , dira-t-on ; c'est uéanlUüinsde quoi il s'agit aujourd'hui avec les snciniens ; mais laissnns-les là. Le magistrat n'aura pas meilleur marché des autres docteurs. J.es ennemis déclarés de la grâce intérieure, c'est-à-dire lespélagiens, très-bons protestants d'ailleurs, lui demanderont ta même tolérance qu'on accorde aux demi-pélagiens en la personne de ceux de la Confession d’Augsbourg : M. Jurieu l'assure déjà qu'il faut prêcher à la |>elagienne ; le même lui dira qu’on ne |>eut prouver par l’Ecriture l’iinniutabilité de Dieu, ni par conséquent condamner ceux qui la nient, et qui assurenlsurccfondeinenirinégalitédi's trois Personnes divines. Si on vient à s'opiniâtrer, et que cette doctrine fasse secte, voilà le magistrat à chercher. Nous avons vu ce ministre trouver des exceptions à l’Évangile : s'il y en a pour les mariages, pourquoi non en d'autres points aussi importants? Voilà des questions que nous voyons nées; mais il y en a d'inlinios que nous nepouvons pas prévoir: car qui pourrait deviner toutes les rêveries des anabaptistes, des trembleurs et des fanatiques, ou tout ce que peuvent inventer les sectes présentes ou futures ? Il n’y a qu’à voir dans llornebeck et dans Uomiiis les nouvelles religions dont rAngleterre, : la llollandeet rAllemagnesont inondées : la ineragitéi'u'a pas plus de vagues, laterre ne produit pas plus d'epim-set plus de cl»ardons. !/Kglisc, (lira-t-on,

décidera; mais le magistrat n'en sera p.(s moins obligé à recevoir les points résolus. 1) lui faudra perp(>tiiellemeiit rouler dans son esprit des dogmes de religion d.ms mu* tlgUse qui ne cesse d’en produire continurllement de nouvc^aiix, et il passera sa vie dans Iesdisputes;ou, pour avoirplustôt fait, il laissera tout le monde à sa iKuiite foi , au gré et selon les vœux des tolérants.

A cela , il faut l’avouer , il n’y aura jamais de repartie, selon les maximes de la réforme; mais il n’y en a non phis à ce (ju'objecte IM. Jurieu. Voii.s voulez dire que les prinees en matière de religion ne peuvent user deeoiilraliile:etsurqiioisubsisledonc notre réforme? En mêtne temps il leur fait voir plus clair que le jour, et par les actes les plus authentiques de leur religion, - qu'en effet Getievc, les Sui5st>s ,

• les républiques et villes libres, les électeurs etles «princes de 1 Empire, l’Angleterre et l’ Écosse ,

- la Suède et le Dancmarck, • (voilà , ce me semble , un dénombrement assez exact de tous les pays qui se viintent d’être réformés ) « ont employé « l’autorilé du souverain magistrat pour abolir le

• papisme , et pour établir la réformation »

Il n'vD point à s’étonner après cela si les prinees ont fait la lui dans la réforme. Nous avons vuqueEalvin s’est élevé inutilement contre cet abus* , le plus grand à son avis qu’on püt introduire dans la religion, san.s y voi» aticuti remède. On s’en plaignait de tous côtés, et les plus zélés ministres s’écriaient : « Les laïques s’attribuent

■ tout, et lemagistrat s'est fait pape. •

Mais pour(|uoi tant serécrier? Le magistrat avait raison de vouloir être le maître dans une religion que son autorité avait établie. Voilà cet ancien (^ristianisme; voilà cette Église réformée sur le modèle de l'Église primitive : cette Église qui se vantait d’être sous la croix et dans riiumiliation , pendant qu’elle ne songeait qu’à mettre l’autorité et la force de son (!Ôlé. Pour achever letableau, il ne faudrait plusqu’ajouter les motifs particuliers de ces changements que nous avons démontrés ailleurs par le témoignage des chefs de la réforme, c'est-à-dire, la licence, le libertinage , In mutinerio des ville.s, qui de sujettes avaient entrepris de se rendre libres; les l^enéfices devtmus la proie des princes, et le reste qu'on (leul irvoir, pour peu qu’on en doute, dans l'Histoire des Variations^: malsuousn'en a^ons pas besoin pour l'afTaire que nous traitons. Sans .s’arrêter à tousces motifs, les tolérants trouvent très-mauvais (‘t très-lionleux à la réforme , qu'elledoive son étaliiis.sement à l'niitoritéoupliitôtà la violence, et qu'on ait engagé les princes àla nouvelle religion en les rendantmattres de tout, et même de la doctrine : • Nous croyons,

• dit M. Jurieu <, mettre la réforme à couvert quand

• nous prouvons que partout elle s'est faite par

- rautohté des souverains. Mais voici des gens (les

• tolérants) qui nous enlèvent celte retraite, et

• (jui disent que c’est là l'opprobre de la réforma-

■ tion, de c.e qu'elle s’est faite par l'autorité des

' Tab. Utt vui.p. iwi. — » t ar. Uv. v.— * Ibid. — ’ vni.p. ’M2.

Sun LES LETTRES DE M. JI3RIEÜ.

• magistrats ,• parrr quVn effet cVst ce qui fait voir que c*est un ouvrn^'e Itmnain ^ qtiiiloit sa naissance àTautorilcel aux intén^ts temporels.

Mais le minislre oppose à des raisons si évidentes des faits qtii ne le sont pas moins : « car « il est vrai, poursiiit-üs que la réforme sVst faite « par l'autorité des souverains : ainsi s'esl-elle faite « a Genève par le sénat ; en Suisse, par leçon- « seil souverain de chaque canton ; en Allemagne,

• parles princes de l'Kinpire-, dans les l’rovin- « ces-Unies , par les étals; en Danemarck, en « Stiède, en Angleterre, en f.cosse , par Tauto-

• rité des rois et des ]»arlements : et cette auto- « rîlé ne s’esl pas resserrée à donner pleine liberté

• aux réformés : elle a passé jtiSQu’A ôtfr lks

• ÉGLISES AUX PAPISTES et h hriser leurs ima- « ges , à défendre rexercice public de leur culte,

« BT CELA CKNÉRALEJIKNT PARTOtîT *, pt mémo »

• en plusieurs lieux, reh est allé jusqu'à défendre

■ par autorité rexercice parllcnlier du papisme.

• Que peuvent dire les tolérants ? Le fait est cer-

• tain. Voilà , leur dit leininistre, selon leurs prin-

• ripes, non une partie, mais toute la réformalion « établie dans le monde par la violence, par la eon- « trainte, par des voies injustes et criniinelles. Mais

• la cousétjucnce en est terrible : ces messieurs, n poursuit ce ministre, sont de bonnes gens, de 1 vouloir bien demeurer dans une religion ainsi " faite..... Voilà notre réformalion qu’on livre pieds

• et (miugs liés à tonte la malignité de nos ennemis,

• et à toute l'ignominie dnitt on la veut couvrir. •• Il y a bien apparence, conclut-il, que Dieu ait « permis qu’un ouvrage dans lequel enx-méines rc- « connaissent le doigt de Dieu fdt fait universel- « lement par des voies antichrétiennes.»

Il paraissait ici une échappatoire ■ pour la ré-

• formation do la France, qui s'est faite sans Pau- « toritc des souverains : « mais le ministre y sait bien répondre : car , dit-il*, ■ premièrement , c'est

• si peu de chose , qu'elle ne doit pas être com- « parée à tout le reste. Secondement, quoique la

• réformalion ait commencé en France san.s Tau- « torité de.s souverains , cependant elle ne s’esl « point établie sans l'autorité d<« grands ; et. pour-

■ siiit il, si les rois de Navarre , les princes du sang « et les grands du royaume ne s'en fussent mêlés » (en SC révoltant contre leurs rois, et en faisant nager leur patrie dnas le sang des guerres civiles ) ,

• la véritable religionaurail entièrement succombé,

■ comme elle a fait aujounl’hui. • Ne voiIà*t-ll pas une religion bien justifiée? I.a force et l'autorité sont si nreessain^s à la réforme, qu'au défaut de la puissance légitime il a fallu emprunter celle que les armes et la sédition donnent aux rebelles : mais enlinles faits .sont constants, et les tolérants n'oiit rien à y répliquer.

Vantez-vous , après cela, que, pour attirer ce grand nombre qui a suivi la réforme , il n'a fallu que montrer 1a lumière de l’tvangile, claire par ellemême, et écouter les réformateurscommede nou-

* LtU. liu,p. So-i, soa, sol. — * Tab. Lelt. vm, P- U>G.

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