‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 80 sur 192 · SS · texte numérisé non relu

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veaux apôtres, du moin.s comme des lioniines extraordinairement envoyés pour ce grand ouvrage : les tolérants se riront de ces vains discours; et quelque violence que vous leur fa.ssiez, ils sentiront bien dans leur cœur que vos vrais réformateurs sont les magistrats ignorants au gré de qui la réforme a été construite.

Cependant les voilà pressés d'une ctr.inge sorte , ou plutôt tous les protestants se (Nirtrnt mutuellement des coups mortels. 1/iin dit que la religion universeliemeiit introduite par raulorité et la contrainte n’est pas une religion, mais une hypocrisie; et que forcer en cette sorte les consciences, c'e.st le pur et véritable antichristianîsme. I.’aulre dit; Sortez donc de la réforme, qui coiistamrneut n'a |K)iiit eu un autre établissement : Vous êtes <le bonnes gens, de vmUoir bien demeurer dans une. religion ahui faite.*,

M. .Turieu nedvmeure pas en si beau rliemin : dans le besoin qu'il n d'une autorité pour fixer la religion , il prétend qu'il appartient nu magistat de di^ider de la fui; et , en cela , il faut avouer qu'il ne fait rien de nouveau. Malgré les anciennes maximes de la réforme , U avait déjà enseigné ailleurs. comme nous l’avons démontré *, queles synodes ne peuvent point prononcer de jugement en ces malicres; que les pasteurs nesonlpoiiitdes juges, et qu'on les écoute seulement comme des experts. Il avait encore enseigné que les confédérations, qui forment les f^lises particulières, sont des établissements arbitraires que les princes font et défont, augmentent et diminuent à leur gré ; en sorte que tout dépend de leur autorité dans les f^lises. C'est ce qu'il avait appris de Grotius : mais ce qu'ildisait alors confusément cl en général, il le confirme maintenant pardesexemph-s^; et non coulent d'étaler avec soin les maximes outrées de son auteur, sans prcs<|ue y rien clumgcr, il .iccable les tolérants par un décret des étals , où ils prononcent tout court sur la foi, sur la vocation , sur la prédestination : le fait est incontestable , les paroles du décret sont précises , et le ministre l’avoue <

1) est vrai qu'avant que de prononcer, les état.s ont écouté les ministres: mais il ne faut pas s'y tromper, ils les ont écoutes seulement comme conseillers: dis4*nt-ils, leur ont donné

LEURS CONSEILS por écrU. Voilà donc le partage des pasteurs, qui est de donner leurs conseils: mais à l'égard de rnutorité , l'Etat se l'attribue tout entière : « Sur quoi , disent-ils, usant de l'autorité

• qui nous appartient en qualité de souverains « magistrats, SELON lasainte parole de Dieu, « et ensuivant les exemples des rois, princes et villes

• qui ont embrassé la réformation delà religion

]i$ n'hésitent donc point à se rendre les arbitres de la religion , iis posent pour indubitable que tous les princes réformés ont cette puissance par ta paroie, de Dieu et de droit divin.

Les tolérants s'y opposent, et ils ne peuvent

» Tuft. Lell. VHI, p. MK), W)l et suiv. — * /'«tr. tiv. xv , •- *J>W. VIII. — • Ihiil. p.iCi, 4HI,*S3,4M. Dec. Ortl tif. Crut i. m, p. III.

Digitizou uy vjijvjÿle

SIXIÈME AYERTISSEME^

■ouffrir que les princes soient reconnus pour chefs de la reÜRioD. Cette prétention des princes de la réforme est détruite par des raisons invin* cibles*. Ce n'est point aux potentats, mais aux apôtres et à leurs disciples , que le Saint*Esprit a conOéle dépôtde lafoi* : siquelqu’un en doit juger, ce sont ceux à qui la prédication en est commise ; en rendre les princes maîtres, c’est faire de nou* veaux papes plus absolus que celui dont on voulait secouer le joug, et sacrifier la foi à la politique. Si ces raisons ne suffisent pas, les tolérants ont en main lesécrits de Calvin et des autres réforma* leurs, qui ont attaqué cette autorité que les princes s’attribuaient : ils ont ta üécioion expresse du sy* tiode national de la Rochelle, de 1071, qui con* damne en termes {ortx\t\%C€ux qui soutiennent que le magistrat est chef de l’ LgVtse t avec toutes les suites de cette doctrine que le ministre Jurieu en* treprend de faire revivre dans le calvinisme. Il y a même encore aujourd’hui parmi les protestants un parti assez courageux pour soutenir en ce point les anciennes maximes du calvinisme et la liberté de rÉglise : « Il y a, dit notre ministre^, les puri* « tains et les rigides presbytériens, qui en arrachant

• la juridiction au pape et aux évêques, ont voulu

• la transférer au presbytère et aux synodes; mais « avec tant de rigueur, qu’ils ont prétendu que les « magistrats n’avaient aucun droit de se mêler des

• affaires de ri'.glise qu’ils n'y fussent appelés , et » que comme la Juridiction civile appartient au seul « magistrat , la juridiction ecclésiastique appartient « uniquement aux pasteurs, aux consistoires et ■ aux synodes. • Le même ministre nous apprend que le clergé réformé des Provinces*Unies dans le fond est de cetavis : il remarque • lesdémêlésqui ont

• été de tout temps dans ce pays*ci entre le magis *

• trat et le clergé là*dessus < ; et il ne veut pasqu'on « oublie combien la politique de Grotius a causé de « bruit et de murmures de la part du clergé^ ; • jus* qu’à faire regarder cet auteur, en eRet plus juris* consulte que théologien , comme Voppresseur de

Ainsi, à parler de bonne foi, c’est une question encore indécise , même dans la réforme, si les princes ont ce droit ou s’ils l’usurpent : tout le clergé protestant des Pays-Bas le leur dénie; et ce parti est si fort, que le ministre déclare, par deux fois, qu’l/ ne veut pas entrer dans ce déméié^. Mais visiblement il se moque, et, tout en disant qu’// n’y entre pas, il déclare , « qu’il est certain , selon « son sens, que pour le fond, la théologie de Gro* « tius est fondée en raison et en pratique?. » 11 donne aussi pour tout avéré , « que les princes sont

• cliefs*nés de l'Église chrétienne aussi bien que de m la société civile, également maîtres de la religion « comme de l'État > Il semble oublier ce qu'il avait dit , que les empereurs h la vérité proscrivaient les hérétiques ; niais ceux-là seulement que les conciles avaient condamnéso. Grotius Va converti ; et il approuve, à son exemple, « que les empe-

* Tract, de TuUr. — * Jl. Tim. il, 2, ttt. — * Tab. Leli. Vlll, p. <01. — • P. 4M. — * P. ils. P. STS, 404. — * P. 47h — • P. 4G3. — • P. 4SI.

• reiirs,pour ne pas subir le joug tyrannique du

• clergé, aientfaitqiielquefoiseux-mêmes des formu-

« laires de foi pour la décision des controverses *, • indépendamment de l'Église : autrement on ne prouverait rien ; et l’Église serait la maîtresse de la religion , contre la prétentionde ces auteurs.

11 faut ici remarquer queces exemples de formulaires de foi des empereurs , produits par Grotius , et approuvés , comme on voit, par son disciple Jurieu , sont les hénotiques, les types , les ecthèses, et les autres semblables décrets faits par les princes hérétiques , et détestés unanimement par les orttiodoxes. Voilà les exemples que nous produit le ministre , après son maître Grotius : voilà l'excès où s’emporte ce flatteur des princes, quand U a besoin de leur autorité contre ses adversaires.

Tl ne tient rien toutefois: la cause est en son entier ; et si on laisse la liberté des sentiments , par les principes de la réforme celui des tolérants l’emportera. 11 leur sera du moins permis de suivre en cette matière les sentiments du clergé protestant des Provinces-Unies : il leur sera , dis-je , permis de le .suivre,puisque M. Jurieu,depeurdele condamner, fait semblant , comme on vient de voir, de ne pas entrerdans cette question. Il passe encore plus avant en un autre endroit, où il déclare « qu’sN donne « JUSTICE l’Église devrait être maîtresse de ses

• censures etde la tolérance ecclésiastique , et l'État « aussi maître de ses peinesetde la tolérance civile*. Voilà donc par son sentiment les deux puissances établies maîtresses chacune dans son détroit , selon que nous avons vu qu'il avait été décidé par les synodes; elles décisions des magistrats, en matière de foi, n’ont point de lieu.

Mais eufln le ministre en a besoin : toutes qu'il dit au contraire n’est que feinte ; et il sent bien dans le fond qu'il ne peut se passer d'autorité. Au reste , il n’y a point de raisonnement à lui opposer. Les étatsontdécidéquec'està eux à juger les points do foi. Nous en avons vu le décret exprès rapporté, par ce ministre. Nous avons vu que ce décret reconnaît le même droit dansions les États protestants ; et si un seul décret ne suHit pas , le ministre en a une inûnitéà nous produire. En un mot, • tous « les décrets d'union entre les provinces , comme « est celui d’Utreclit , portent expressément que « chaque province demeurera màitbesse de la « BELiGioN,pour la régler et l’établir selon qu'el- « LE JUGEBA A PBOPOS • Pouvaît-OH assujettir en termes plus forts la religion à l'État : et quelle réplique reste-t-il aux tolérants.^

C'est ainsi que les deux partis ne se laissent mutuellement aucune défense. Les tolérants se soutiennent parles maximes constantes de Ja réforme : les intolérants s'autorisent par des faits qui ne sont pas moins incontestables : chaque parti l’emporte tour à tour. La réforme a fait tout le contraire de co qu’elle s’était proposé : elle se vantait de persuader les hommes par l’évidence de la vérité et de la parole de Dieu, sans aucun mélange d'autorité hu-

• Pag. 488. Crot. piel. Ord. dr Jur. patcft. in 9orr. t. m.

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