‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 81 sur 192 · K 4SI · texte numérisé non relu

K 4SI

SUR LES LETTRES DE M. JURIEU

Diainc ; c'était là sa maxime : mais dans le fait, elle D*a pu ni s’établir ni se soutenir sans cette autorité qu'elle venaitdc détruire; eUautorité ecclésiastique ayant chez elle de trop débiles fondements, elle a senti qu'elle ne pouvait se fixer que par l'autorité des princes : en sorte que la religion, comme un ouvrage purement humain, n'ait plus de force que par eux , et qu'à dire vrai elle ne soit plus qu'une politique. Ainsi la réforme n'a point de principe, et , par sa propre constitution, elle est livrée aune éternelle instabilité.

Cest ce quipamii clairement dans tout le parti , de quelque côté qu'on le regarde : l’indifférence gagne partout ; et les Français réfugiés en Aile* magoe, dans les Étals de M. l'électeur de Brandebourg, y trouvent autant cet esprit quenous l'avons vu en Angleterre et en Hollande. Je ne l'aurais pas voulu assurer, quelque rapport qu'on m'enetU fait de divers endroits , si je n'avais vu moi-inéine ce qu'on enseigne hautement dans l'académie de Franc* fort-sur-l'Oder. Mais on y débite publiquement un petitécritque le docteur Samuel Striniésius, un des professeurs en théologie de cette académie, met à la tête des Thèses de Tiiéologie de Conrad Bergius, autrefois professeur en théologie de la même université, pour y servir de préface Ce docteur y propose sans façon la réunion, noD*seulement « en particulier de tous les proleslouts les uns avec

• les autre.s , mais encxire plus universellement ue •• TOUS CEUX QOisoNT BAPTISES, en souinettaot n à l'examcii de l'Écriture tous les symboles ‘ , » c'est-à-dire toutes les professions de foi, « tous les « décrets des conciles oecuméniques , quelque vc- " uérables qu’ils soient par leur antiquité, par le M consentement de la multitude, parune plus docte

• et plus exacte explication des dogmes, et par « leur zèlesingulier contre la fureurde.s liéréliqiies, » et en se tenant simplement aux paroiet de l'Ècri-

dont on sait bien que les chrétiens conviendront toujours, sans rien exiger de plus.

C’est cequ’il déduit clairement des principes de la réforme en cette sorte. Il pose d aliord pour fondement avec tous les protestants , •> la claitéet

• l’intelligibilité de l’fxriture, si parfaite, qu'a- « vec la grâce do Dieu commune à tous , et sans « aucune explication ajoutée au texte, soit publique, -< soit particulière, tout homme y peut trouver « tout ce qu'il faut croire et faire pour être sauvé^:

• d'où il conclut que l'Écriture est très-suflisante « et très-claire non-seulement en ce qui regarde ' le fond des dogmes, mais encore dans les fa- « çons de parler dont il le8fautexpUquer^;cequ'on " DC peut nier, continue-t-il, sans nier en même « temps la clarté, la perfection et la sufÜsancede

• l'Écriture , et sans introduire avec le papisme la « source de tous les maux et la torture des con- « sciences. >

Sur ce fondement , il conclut, selon le raisonnement de Jean Bergius , qu'il appelle un grand

• Çonradt B€rgii Thematn Thtalogica, K H , />. 13. - * g I, p. S — J Ibul. p.9. — * CoNTttdi , r<c. ^ 3 . P IS. — * Pag. 19. 10.

tJiéoiogien , et très-zélé pour la paix de l'Église * : « Que si les socinienset les ariens persistent sans « contention dans les expressions de l'Écriture, sans « les détourner ni les tronquer, et aussi sans y « ajouter leurs explications et leurs conséquences;

• on ne devrait pas les condamner, encore qu’ils ne « voulussent pas recevoir nos explications ou nos

• façons de parler humaines : • c’est-à-dire, selon le style de ces docteurs; celles qui ne sont pas tirées de l'Écriture, (^rils posent puurfondement, qu'on ne peut contraindre personne ■ à d'autres phrases « ou expressions qu’à celles de l'Écriture». O qu'il "faut, dit Striniésius^, principalement appliquer « aux sociME?(s modérés, et aux autres qui dou- ■ lent des dogmes fondamentaux , ou plutôt des ex-

• plications orthodoxes de ces dogmes; lesquels,

• poursuit cet autour, on doit recevoib comme " des innrmes dans la foi , quoiqu'ils révoquent en n doute les propositions des ortliodoxcs qui ne se «trouvent pas expressément dans l’Écriture, et « qu'ils se croient obligés à s'en abstenir par respect :

• pourvu qu’ils se renferinentdanscellesqui s'y trou- « vent, et qu’ils ne s'emportent pas, comme font « les plus rigides d'entre eux , jusqu’à nier les choses « que l'Écriture ne nie pas. •

Ainsi, selon ce docteur et selon les autres docteurs de sa religion, qu'il cite en grand nombre pour ce sentiment, les sociniens qu’ils appellent modérés , qui n'avouent non plus que les autres la divinité de Jésus-Christ ni celle duSaint-Esprit, iil l’incaraation, ni le péclié originel, ni la nécessité de In grâce, ni l'éternité des peines, ni tant d'autres articles de foi qui sont connus , ne diiïcrent pas tant d'avcc nous dans les dogmes fondamentaux, que dans l'explication de ces dogmes ; ce qui oblige nécessairement à les recevoir au nombre des vrais ûdélçs : et quand il faudrait reconnaître (ce qui en effet ne devrait pas être mis en contestation ) qu'ils rejettent les articles fondamentaux, on n'a pas droit d'exiger d'eux , non plus que des ariens et des autres hérétiques, qu'ilscoiifessent, avec les Pères de Mcée et de Constantinople, « que le Fils de Dieu soit de même « substance que son Père, ou qu'il soit engendré « de sa substance , ou qu’il ne soit pas tire du

• néant; ou que le Saint-Esprit soit ce Seigneur « égal au Père et au Fils, qu'il faille pour cette « raison adorer et glorifier avec eux ; » car tout cela constamment ne se lisant point expressément dans l’Écriture, on tombe par tous ces discours, disent ces auteurs, dans le cas de vouhir jiarler mieux que Dieu m^me*. En un mot, il faut effacer par un seul trait tout ce que les premiers conciles même oecuméniques ont inséré dans leurs symboles ou dans leurs anatliématismes, s'il ne se trouve dans l'Écriture entérines formels. Car c’est là ce que ces docteurs appellent « parier le lan*

• gage de Babylone, établir une autorité humaine, « et un autre nom que celui de Dieu ^ * n’y ayant rien de plus absurde, diseut-ils que défaire accroire

* 8 s, p. 37. - » Ibid, g i. p. 24. - » Pag. n. - * Con~ f«*. etc., g 4 , p. 2». — 4 Ibid. p. 31 , 32. — • Ibid. p.

SIS SlXlfcMK AVI

• ?i celui i|ui sûit tout , (|tril n'n p.is eu la science des

• mots lorsqu'il a inspire les auteurs sacres , ou que

• la force n'en était pas prêsenteàson esprit, ou qu*il « n*y a pas pris pnrJe, ou qu'il n'a pu faire entrer

• son lecteur dans sa pensée : en sorte qu'il lui « faille ]kardonuer d'avoir parlé ignurnnmient et « iuconsidérément; et que les honiines aient droit

• de soutenir qu'il fallait choisir d'autres termes « que les siens pour bien faire entendre sa pensée,

« ou du moins pour évitera convaincre les héré- •I sies; et que les leurs enfin sont plus propres à « ronscrverct à défendre ses vérités, que ceux dont « il s’est seni lui-méme : • ce qui, disent>ils',

n'est autre chose que de vouloir enseigner Dieu,

•> et lui apprendre à parler de ses vérités , au lieu

■ que nous le devrions apprendre de lui. •

Telle est la doctrine qu'on enseignait en Allemagne dans les académies de l'Ktnt de Urandebourq ; celle de Strimésius, professeur eu théologie de l'universilé de Francfort-sur-l’Oder; celle de Conrad Bergius, ci-devant professeur en théologie de la même université, dont il publiait les écrits et recommandait la doctrine ; celle de Jean Bergius, de Grégoire Franc, une des lumières de la même académie, comme il l'appelle; celle de Martin Huudius; celle de Thomas Cartvright, Anglais : celle de toute l’academie de Duisbourg dans le duché de Clèves,et de plusieurs autres docteurs célèbres dans la réforme, et qu'il cite aussi avec honneur. I.'nbrégéet le résultat de leur sentiment est « qu'il

■ ne faut ni tenir ni appeler personne hérétique,

P lorsque dans les matières de la foi il souscrit à P toutes les expressions et manières de parler de « rf;criture, et qu'il n’ose rien afOnner ou nier P au delà ; mais qu'il se croit obligé à s'abstenir de « tout autre terme par une crainte religieuse, et de P peur de parler mai à propos des choses saintes :

P et au contraire, on doit tenir pour schismatiques P tous ceux qui séparent un tel homme, comme « hérétique, de leurs assemblées et de leur culte V p

On voit par là où tous ces docteurs, la Heur du parti protestant, réduisent le christianisme contre les sociniens. Il n’est pas permis d'exiger d'eux la souscription des conciles de I^icée et de Constantinople, pour ne point ici parler des autres, ni de leur faire avouer, en termes formels, que le Saint-Kspril soit une personne et quelque chose de subsistant, ni qu'il soit égal au Père et au Fils, ni que le Fils lui-même soit proprement Dieu sans figure et dans le sens littéral , ni , en un mot , d'opposer aux fausses interprétations qu'ils donnent à l'Kcriture, d'autres paroles que celles dont ils abusent pour trum|>er les simples. Ils n'ont qu'à répondre que s'ils refusent ces expressions , nécessaires pour découvrir leurs équivoques, et qu'ils ne veuillent pas dire, par exemple, que le Pere, le Fils et le .Saint- Esprit soient vraiment et proprement un seul Dieu éternel , c’est par respect pourl Fcriture et pour ses dogmes; c'est pour ne point enseigner Dieu, et entreprendre de parler mieux que lui de ses mys-

* Cunrudi , etc., p. 2a, M. — * Ibitl. g 4 , 0, p 31.

■HTISSEMENT

tères : il f.iudra les recevoir d.ms les assemblées chrétiennes sans aucune note ; ce seront ceux qui les refuseront qu’il faudra noter comme schismatiques,, et mettre p.ar consé<jucnt dans ce rang les conciles de Micée et de Constantinople , et tous les autres qui uni obligé de souscrire à leurs formules de fui sous peine d'analbèine.

Il ne sert de rien de répondre qu’on les reçoit, à la vérité, mais comme des infirmes dans la foi; car ce serait être trop novice en cette matière, que d’ignorer que ces hérétiques n'en demandent pas davantage. Os sociniens, qu'onappelle modères^ c'està-dire, dans la vérité, les pins déliés et les plus zélés de celte secte, ne vous iront p.ts dire à découvert que le Fils ou le Saint-Esprit, à proprement parler, nu sont pas Dieu. Ils vous diront simplement qu'ils n'osent assurer qu'ils le soient, ni mieux parler que le Saint-Esprit, ou se servir de termes qui ne soient pas dans l'Ecriture. Ils tiennent le même langage sur tous les autres mystères. Au reste, vous diront-ils avec un air de modestie qui vous surprendra , ils ne veulent pas faire la loi , ni imposera personne la nécessité de les en croire : trop heureux qu’on veuille bien les supporter, du moins à titre d'inOnnes. Car, après tout, que leur importe sous quel nom ils s’insinuent dans les Eglises.’ Dès qu'on leur permet de douter, on lève toute l'horreur qu'on doit avoir de leurs dogmes : l'autorité de la foi est anéantie, et il o'y a plus qu'à tendre le bras à toutes les sectes.

On voit donc en toutes manières que la pente de la réforme c’est l’indifference. Car, à ne point SC llatter, elle doit sentir que la doctrine qu'oa vient de voir est tirée de ses principes les plus essentiels et les plus intimes. En effet , que pourraitelle répondre à ces docteurs, lorsqu'il.» objectent que d'imposer aux consciences la nécessité de souscrire à des expressions qui ne sont pas de rEcriturc , c'est leur imposer un Joug humain ; c'est déroger à la plénitude cl à la perfection des saints livres, et les déclarer insuffisants a expliquer la doctrine de la foi ; c'est attribuer à d'autres paroles qu'à celles de Dieu la force de soutenir les consciences chancelantes ‘ ? Mais si l'on admet ces raisonnements tirés du fond et , pour ainsi dire , des entrailles du protestantisme, les fraudes des hérétiques n'ont point de remède, et l'Église leur est livrée en proie. Il faut donc avoir recours à d’autres maximes; :l faut croire et confesser avec nous l’assistance perpétuelle de l'esprit donné à l'Eglise, non-seulement pour conserver dans son trésor , mais encore pour interpréter les Ecritures. C'.ar si l’on n'est assuré de cette assistance, l'Eglise pourra se tromper dans ses inter))rétations : on ne saura si le consubstantiel e!>l bien ou m.d ajouté au Symbole : on ne pourra y souscrire avec une entière (lersuasiou, ou, comme parle saint Paul , avec la jdénUudc de la foi » : on sera contraint d'en demeurer aux termes dont les hérétiques obusent , et on n’aura rien à dire à ceux qui offriront de souscrire à l'Écriture; ce que nulle secte dirétiennc ne refusera.

' Conradi, rtc. . S /'• W- -“ * iv, 2o. Ihhr. xi, tj.

AJ Ljy V

SUR LES LETTRES DR M. JURIEü.

H ne sert de rien de répliquer que ces auteurs uu <]uelques*uiisd>ux semblent reconnaître « qu'on

• a pu très-rarement et avec le consentement una- « nime de toute l'Église ajoutera récriture qucl-

• ques locutions ou quelque phrase « à condition « que réquipollence de ces locutions avec celles de

• l’Écriture seraitmanifesle, elpresquesnnscontro-

• verse'.* Car cela visiblement ce n’est rien dire; puisqiiesices expressions n'ajoutaiÉnt rien du tout a l’Écriture, et ne servaient pas à serrer de plus près les hérétiques , on les introduirait en vain : et toujours, quoi qu’il en soit, pour obliger les rhrétiens à les recevoir, il faudrait présupposer une entière et indubitable infaillibilité « dans le consen- « tement unanime de l’Église, et même dans un

■ consentement qui serait presque sans contro- « verse, » et de la plus grande partie; ce qui ne peut convenir avec l’esprit de la réforme. C'est pourquoi dès son origine elle a répudié à toutes ces additions et interprétations de l'Église. Il n’y en eut jamais de plus nécessaire à fermer la bouche aux enneirrfs de la divinité de Jésus-Christ, que celle du consubstantiel. Voici néanmoins ce qu'en dit Luther * : • Si monIlinG a en aversion le terme de « consubstantiel, il ne s'ensuit pas que Je sois héré- « tique. .. Ne me dites pas que ce terme a été reçu « contre les ariens : plusieurs et des plus célèbres « ne l’ont pas reçu, et saint Jérdme souhaitait « qu’on i'abollt. » C'est imposera saint Jérôme, c'est mentir à la face du soleil que de parler de cette sorte, à moins de vouloir compter parmi tes plus excellenlshoinmesde l'Église les ariens et les demi' ariens, qui seuls se sont opposés au consubstantiel de Kiccp. Luther continue : ■ Il faut conserver la

• pureté de l'Ecriture : que l’homme ne présume « pas de prononcer de sa bouche quelque chose de « plus clair et de plus pur que Dieu n’a fait de la

• sienne. Qui n’entend pas la parole de Dieu, lors- « qu'il s'explique par lui-roémedes choses de Dieu,

« ne doit pas croire qu'il entende mieux riiomme, '

• lor.squ'il parlera des choses qui lui sont étran-

• gères. • C’est précisément ce que nous dis:)ient les auteurs qu'on vient de citer ; et on voit , plus clair que le Jour, qu'ils n’ont fait que prendre le sens et répéter les paroles du ehef de la réforme. I) poursuit ;« Personnelle parle mieux

• que celui qui entend le mieux le sujet dont il i

• parle. Mais qui pourrait entendre les choses de

• Dieu mieux que Dieu même? Qu'est-ce que les

« hommes sont capables d'entendre dans les choses ! « divines? Que le misérable mortel donne donc '

• plutôt gloire à Dieu , en confessant qu't! n'entend ; « passes paroles; et qu'il cesse de les profai*(EB ^

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