SUR LA MATIÈRE DE L'ÉGLISE
Mademoiselle de Duras, ayant quelque doute sur sa religion, m’avait fait demander par diverses personnes de qualité si je voudrais bien conférer en sa présence avec M. Claude. Je répondis que je le ferais de bon cœur, si je voyais que cette conférence fdt nécessaire à son salut. Ensuite elle se servit de l'entremise de M. le duc de Richelieu, pour m'inviter à me rendre à Paris le mardi dernier février 1078, et à entrer en conférence le lendemain avec ce ministre, sur la matière dont elle me parlerait. Cétait pour me l'indiquer qu'elle souliaita de me voir avant la conférence. Comme je me fus rendu chez elle au jour marqué, elle me lit connaître que le point sur lequel elle désirait s’éclaircir avec son ministre était celui de l’autorité de l’Église, qui lui semblait renfermer toute la controverse. H me parut qu'elle n’était pas en état de se résoudre sans cette conférence ; si bien que je la jugeai absolument nécessaire.
Je lui dis que ce n'était pas sans raison qu’elle s'attachait principalement, et même uniquement , à ce |)oint, qui renfermait en effet la d^ûsion de tout le reste, comme elle l’avait remarqué ; et sur oela je tâchai de lui faire encore mieux entendre l’importance de cet article.
Cest une chose , lui dis-je, assez ordinaire à vos ministres de se glorifier que la créance des fondements de la foi ne leur peut être contestée. Ils disent que nous croyons tout ce qu’ils croient, mais qu’ils ne croient pas tout ce que nous croyons. Ils veulent dire par là qu'ils ont retenu tous les fondements de la foi, et qu'ils n’ont rejeté que ce que nous y avons ajouté. Iis tireut de là un grand avantage, et prétendent que leur doctrine est sûre et incontestable. Mademoiselle de Duras se souvient fort bien de leur avoir souvent oui tenir de tels discours. Je ne veux sur cela, poursuivis-je, leur faire qu’une remarque: c’est que, loin de leur accorder qu’ils croient tous les fondements de la foi , au contraire, nous leur faisons voir qu’il y a un article du Symbole qu’ils oe crojent pas, et c’est celui dëTÉgîise universelle. Il est vrai qu'ils disent de bouche : Jf crois f Église cathfÀique ou universelle , comme les ariens , les macédoniens et les
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socinlens disent de bouche : Je crois en Jésus^ Christ et au SainCEsprit. Mais comme on a raison d'accuser ceux-ci de ne croire pas ces artici s, parce qu'ils ne les croient pas comme il faut, ni selon leur véritable intelligence : si on montre aux prétendus réformés qu’ils ne croient pas comme il faut l’article de l'Église catholique, il sera vrai qu'ili rejetteront en effet un article si important du Symbole.
Mademoiselle de Duras avait lu mon traité de V Exposition t et me fit connaître qu’elle se souvenait d’y avoir vu quelque chose qui revenait à peu près à ce que je lui disais; mais J’ajoutai qu'en ce traité j’avais voulu dire les choses fort brièvement , et qu’il était à propos qu'elle les vit on peu plus au long.
Il faut donc savoir, lei dis-je , ce qu'oo entend par ce mot d'Église catholique ou universelle; et,
I sur cela , je posai pour fondement que dans le Symbole, où il s'agissait d’exposer la foi simplement, il fallait prendre ce terme de la manière la plus pn>pre , la plus naturelle et la plus usitée parmi les chrétiens. Or, co que tous les chrétiens entendent par le nom d’Église, c’est une société qui fait profession de croire la doctrine de Jésus-Christ, et de se gouverner par sa parole. Si cette société fuit celte profession , par conséquent elle est visible.
Que cette significutioii du nom d’Eglise fût la propre et la naturelle signification de ce nom, celle en un mot qui était connue de tout le nwnde, et usitée dans le discours ordinaire, je n'en demandais pas d'autres témoins que les prétendus réformés eux-mérnes.
Quand ils parlent de leurs prières ecclésiastiqiiet, de la discipline de l'Église, de la foi de l’Église, des pasteurs et des diacres de l’F^lise, ils n’entendent point que ce soient les prières des prédestinée, ni leur discipline, ni leur foi; mais les prières, la foi et la discipline de tous les fidèles assemblés dans la société extérieure du peuple de Dieu.
Quand ils disent qu’un homme édifie l’Église, ou qu’il scandalise l'Église, ou qu’ils reçoivent quelqu'un dans l’Église, ou qu'ils excluent quelqu'un de l'Église, tout cela s’entend sans doute de la société extérieure du peuple de Dieu.
Ils l’expliquent ainsi dans la forme du baptême, lorsqu’ils disent qu’ils vont recevoir l'enfant en la compagnie de C Église chrétienne; et pour cela qu’ils obligent * les parrains et marraines de l’ins- « truire en la doctrine, laquelle est reçue du peu-
• pie do Dieu comme elle est, disent-ils , sommat- « rement comprise en la Confession de foi que im>us
• avons tous; - et encore lorsqu’ils demandent à Dieu , dans leurs prières ecclésiastiques , de délivrer toutes ses Églises de la gueule des loups ravissants : et encore plus expressément dans la Confession de foi, article xxv, quand ils disent « que l’ordre de l'Église, qui a été établie « de l'autorité de Jésus-Christ, doit être sacré, « et pourtant que l'Église ne peut consister, « sinon qu’il y ait des pasteurs qui aient la charge « d’enseigner; » et dans l'article xxvi , • que nul
CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
« ne 8C doit retirer à part, mais que tous ensenv
• ble doivent (tarder et entretenir l'uiiifeé de TÉ- « glise, se soumettant à l'itistruetion commune; » et enfin, dans l’article xxvii, « qu’il faut dis*
• cerner sniKneusement quelle est ta vraie hj^lise,
« et que cVsl la compagnie des Qdèles qui s'accor*
• dent à suivre la parole de Dieu et la pure reli-
« gion qui en dépend. * D'où ils concluent, article | xxviii, « qu’où la parole de Dieu n’e.sl pas reçue,
I. el qu'on ne fait nulle profession de s’assujettir à « icelle, et où il n’y a nul usage des sacrements,
« à parler proprement, on ne peut juger qu’il y
• ait aucune Église. •
On voit, par tous ces passages, et par l’usage commun des prétendus réformés, que lasigiiiûca* tion du motd'Égiise, propre, naturelle et usitée de tout le monde , est de la prendre pour la société extérieure du peuple de Dieu, parmi lequel , quoiqu'il se trouve des hypocrites et riproucésy leur wia/4ce,discnt»ils, nepewf effacer U titre d’ Eglise^ article xwii. C'est-à-dire que les hypocrites, mêlés 6 la société extérieure du peuple de Dieu', ne lui peuvent ôter le titre de vraie Église, pourvu qu'elle soit toujours revêtue de ces marques extérieures, de faire profession de la proie de Dieu, et de l'usage des sacrements « comme porte l’art.
Voila comme on prend l'flglisc iors(|u'on en parle simptemeat, naturellement , proprement, sans contention ni dispute; et si c'est la manière ordinaire de prendre ce mot, nous avons raison de dire que c'est celle que les apôtres ont employée dans leur Symbole, où il fallait parler de la manière la plus ordinaire et (a plus simple, parce qu'il s'agissait de renfermer en (leu de paroles la confession des fondements de la foi.
En effet , il a passé dans le discours commun de tous les chrétiens, de prendre le mot d’Église pour celle société extérieure du (leuple de Dieu ; quand on veut entendre, pr le mot d’Kglise, la société des prédestinés , on l'exprime, et on dit l’Église des prédestines. Quand on veut entendre par ce mot l assenüAéeet l'Eglise des premiers-nés qui sont écrits dans te ciel, on rexprime nommément comme fait saint Paul •. Il prend ici le mot d’Éplise dans une signification moins usitée, jmir la cité du Dieu vivant , ta Jerusntem céleste, o« sont plusieurs m illiers d'anges et les esprits des justes sonctijiés, c’est-à-dire pour le ciel , où sont recueillies les iimes saintes. C’est pourquoi il ajoute un mot pour désigner celle Église; c'e.st C Église des premiers-nés, qui ont précctlé leurs frères dans l.i gloire. Mais quand on emploie simplement le mot d'ftgUse sans rien ajouter, l'usage commun de tous les chrétiens, sans en excepter les prétendus réformés, est de le prendre pour signifier l’assemblée , la société , la communion de ceux qui confessent la vraie doctrine de Jésus Christ. Et d’où vient cet usage de tous les chrétiens, sinon de l’Écriture sainte, où nous voyons en effet le mot d’Églisc pris com-
* Uth Ml, S4.
mimément on ce sens , en sorte qu’on ne put nier que ce ne soit la signification ordinaire et naturelle de ce mol ?
Le mot d' Église, dans son origine, signifie assemblée, et s'attribuait principalement aux assemblées que tenaient autrefois les puples pour entendre parler des affaires publiques. Et ce mot est employé en ce sens aux Actes, xix, lorsque le peuple d'Èphèse s'assembla en fureur contre saint Paul : L'assemblée ei l' [église était confuse. Et encore : Si rowi demandez, quelque chose , cela se pourra conclure dans une assentblée ou Êg/lse dûment conooquée. Et enfin : Quand it eut dit ces choses, il renvoya l'Eglise ou l'assemblée* .
Voilà l’usage du mot d’Églisc parmi les Grecs et dans la gentilité. Les Juifs et les chrétiens se sont depuis servis de ce mot pour signifier rassemblée , la société, la communauté du peuple de Dieu, qui fait profession de le servir. Il n'y a prsonne qui ne connaisse cette fameuse version des Septante , qui ont traduit en grec l’ancien Testament quelques sièch's avant Jésus-Christ : de plus de cinquante p.'issages où ce terme se trouve employé dans leur version, il n’y ena pas un seul où il ne se prenne pour quelque assemblée visible ; el il n’y en a que très-pu où il ne se prenne pur la société extérieure du pupie de Dieu. C'est aussi le sons où l'emploie saint Étienne, lorsqu’il dit que Moïse fut en C Église ou dans C assemblée au désert, avec l'ange qui parlait à lui', npplant du mot d’élglise, selon l’usage reçu par les Juifs, la société visible du peuple de Dieu.
Les chrétiens ont pris ce mot des Juifs, et ils lui ont conservé la même signification , l’employant à signifier l'assemblée de ceux qui confessaient Jésu*- Christ , et faisaient profession de sa doctrine.
Voilà ce qui s’appelle simplement Église, ou l'Église de Dieu et de Jésus-Christ : et de plus de cent pssages où ce mot estemployé dans le nouveau Testament , à pine y en a-t-il deux ou trois où cotte signification lui soit contestée par les ministres; et même dans les endroits où ils la contestent, il est clair que c’est sans raison.
Par exemple , ils ne veulent pas que ce passage de saint Paul, où il est dit que Jésus-Christ s’est fait une Église glorieuse qui n'a ni tache, ni ride, ni riett de semblable, triais quelle est sainte et sans tache^\ ils ne veulent, dis-jn, pas que ce passage puisse être entendu de l’Église visible, ni même de l'Église sur la terre, parce que l'Église ainsi regardée, loin d'être sans tache, a besoin de dire tous les jours ; Pardonnez-nous nos péchés. Et moi je dis , au cx»ntrnire , que c'est parler manifestement contre l'.ipôtre, qUe de dire que cette Église glorieuse et sans tache ne soit pas l'Église visible. Car voyez de qui lle Église parle saint Paul : c’est ùçcellequp Jésus-Christ a aimée, pour laguelfe il s'est donné, afinde la sanctifier, 1a purifiant dans tenu OH elle est lavée par la parole de vie Cette É.glise lavée dans l'eau, et purifiée par le baptême,
' //<•/, XII, 32, 32, 10. - '.tct. vil, M. - > Ephrt. f,S7. - • ibid.