SUR LA MATIÈRE DE L'ÉGLISE
Cflte Église snnctidée parla parole de vie, soit par cfllede la prédication, soit par celle qui est employée dans les sacrements , cette ^^lise est sans doute rÉglise visilile. La sainte société des prédestinésn'en est point exclue, à Dieu ne plaise ! ils en font la plus noble partie ; mais iUsont compris dans ce tout. Ils y sont instruits par la parole, ils y sont puriflés par le baptême; et souvent même des réprouvés sont employés à ces ministères. 11 les faut donc regarder dans ce passage, non comme faisant un corps à part, mais comme faisant la plus belle et la plus noble partie de cette société extérieure : c’est cette société que l’apêtre appelle Église. Jésus- Christ Paime sans doute; car il lui a donné le ba|K tême;il a répandu son sang pour l'assembler; il n’y a ni appelé, nijustiHé, ni baptisé dans cette 'Église, qui ne soit appelé, justifié et baptisé au nom et parles mérites de Jésus- Christ crucifié. Cette Église est glorieuse , parce qu'elle glorifie Dieu publiquement, parce qu'elle annonce à toute la terre la gloire de l'Évangile et de la croix de Jésus-Christ. Celte Église est sainte, parce qu’elle enseigne toujours constamment et sans varier la sainte doctrine, qui enfante continuellement des saints dans son unité. Celte Église n’a ni tache ni ride , parce qu’elle n’a ni erreur, ni aucune mauvaise maxime; et encore parce qu'elle instruitet contient en son sein les élus de Dieu, qui , quoique pécheurs sur la terre, trouvent dans sa communion des moyens extérieurs de BC purifier, en sorte qu’ils viendront un jour en uivétat très-parfait devant Jésus-Christ.
Voilà peut-être le seul passage où l’on puisse dire avec quelque sorte d’apparence que le mot d*^p/ise, pris simplement, signifie autre chose que la société extérieure du peuple de Dieu ; et vous voyez cependant combien il est clair qu’il se doit entendre comme tous lesautres.
Mais quand ainsi serait que ce passage et deux ou trois autres auraient une signification, ou douteuse, ou même éloignée de celle-ci, tous les autres passages y sont conformes. Car, qu’y a-t-il de plus fréquent que les passages où il est dit qu’il faut édifier l’Eglise, qu'on a persécuté l’Église, qu'on loue Dieu au milieu de l'Église, qu’on la salue, qu'on la visite, qu'on y établit de.s pasteurs et des évêques pour In régir, et autres semblables dont le nomure est infini?
Ainsionncpeutnierqiiecelte significationdu mot A'Êÿnse ne soit la signification ordinaire, et celle par conséquent qui devait être suivie dans une Confession de fui aussi simple qu’est Je Symbole des apôtres.
C’est dans ce sens que l’a prise tout un grand concile , le premier et le plus saint de tous les conciles universels, lorsque, condamnant Arius, U prononce ainsi : • Tous ceux qui disent que le Fils de
• Dieu a été tiré du néant, la sainte Eglise catho-
• lique et apostolique les anathématise <. »
C'est Jésus-Christ lui-même qui nous a appris à croire l'Église en ce sens. Car, pour fonder cette
■ CoMC. 5ym6. lAhb. tem. tl, ool. S7.
•OMITT. — TOUR IV.
Église, il est sorti du sein invisible de son Père, et s’est rendu visible aux hommes; il a assemblé autour de lui une société d't)oinmes qui le reconnaissait pour maître : voilà ce qu'il a appelé son Église. C’est à cette Église primitive que les fidèles qui ont cru depuis se sont agrégés, et c'est de là qu’est née l'Église que le Symbole appelle universelle.
Jésus-Christ a employé le mot d’Égtise pour signifier celte société visible, lorsqu’il a dit lui-méme qu’il fallait écouter l’f^lise : DUes^le à f Église* ; et encore lorsqu'il a dit : Tu es Pierre , et sur celle pierre je bâtirai mon Église» et les portes d’enfer n'auront point de force contre elle •.
Pourquoi, disais-je, mademoiselle, pourquoi ceux de votre religion ne veulent-ils pas entendre ici, parle mot d' Église , la société de ceux qui font profession de croire en Jésus-Christ et en l’Évangile; pu’isqu’ii est certain que cette société est en e^et la vraie Église , contre laquelle l’enfer n'a jamais eu de force : ni lorsqu’il a employé les tyrans pour la persécuter, ni lorsqu’il a employé les faux docteurs pour la corrompre ?
L'enfer ne prévaudra pas contre les prédestinés; il estcertaiii ; cars’il n’a point deforce contre celte société e.xtéricure, a plus forte raison n’en aura-til pas contre les élus de Dieu , qui sont la partie la plus pure et la plu.s spirituelle de cette Église. Mais par la même raison qu'il ne peut pas prévaloir contre les élus, il ne («eut pas prévaloir contre l'Église qui les enseigne, où ils confessent l’ Évangile , et où ils reçoivent les sacrements.
Cétait cette société extérieure où les élus servent Dieu , qu'il fallait entendre par le mot d’Église, et admirer en même temps la force invincible des promesses de Jésus-Christ, qui a tellement affermi la société de son peuple, quoique faibleen comparaison des infidèles qui l’environnaient au dehors, quoique déchirée par les hérétiques qui l.i divisaient au dedans , qu'il n'y a pas eu un seul moment où cette Église n’ait été vue par toute la terre.
Mais les prétendus réformés n’ont pas osé soutenir ce sens naturel de l'Évangile. Car ils ont été forcés, pour s’établir, de dire dans leur propre Confession de foi , article xxxi : *■ Que l’élal de « l'Église a été interrompu , et qu'il l'a fallu dresser « de nouveau, parce qu'elle était en ruine et désola- « lion. •
Et en effet , leur Église , quand elle s’est établie , n'est entrée en communion avec aucune autre flglise qui fût alors sur la terre; mais s’est formée en rompant avec toutes les Églises chrétiennes qui étaient au monde.
Ils n'ont donc pas la consolation qu'ont les catholiques , de voir la promesse de Jésus-Christ s’accomplir visiblement, et se soutenir durant tant do siècles. Ils ne peuvent montrer une É.g!ise qui ait toujours été depuis que Jésus-Christ est venu pour la bâtir sur la pierre ; et pour sauver s.a parole, ils sont obligés d’avoir recours à une Église des pré-
t .MoUh. XVII, 17. - ' Ibid. XVI, 18.
iir. CQISFEnENCE AVEC M. CLAUDE
>!potinés, que ni eux ni personne ne peuvent mon* Irer.
Or Jésus*Christ a voulu montrer queli]ue elmse d'illustre et de clair, quami il a dit que son Eglise, malgré les enfers, serait toujours invinciMe : H a, dis-je, voulu montrer quelque chose de elairel d'eclütant, qui piU servir dans tous les siècles d'as* surance sensible et palpable de la certitude immua* blo de ses promesses.
Et en effet, regardons quand il a dit eetu» parole : Tu es Pierre , et sur cette pierre je bâtirai mon Église J et les jyortes d'enfer ne précaudront fioiat contre eUe\ C’est lorsqu'ayant demandé à scs apôtres : (Jul dites-cous que je suis? Pierre répondit au nom de l«ms: rous Hes te Christ ^ le Fils du Dieu vivant.
, C'est sur celte illustre Confession de foi , que l.t chair et le sang n’avaient point dictée, mais que le Pere céleste avait révélé* à Pierre ; c’est, dis-je, sur cetlc illustre Confession de foi , qu’est fondée , et la dignité de saint Pierre, et la fermeté inébranlable de l'Église. Cette Église, qui confesse que Jésus-Christ est le vrai Fils de Dieu, est celle contre qui l’enfer n’aura jamais de force, qui subsistera sans interruption , malgré les efforts et les artifices du diable.
II paraît donc clairement que l'Église dont parle ici Jésus-Christ est une Église confessante, une Église qui publie la foi , une Église par conséquent extérieure et visible. Et voyez aussi ce qu’il ajoute :
• Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux;
• et tout ce que tu auras lié en la terre sera lié
• dans le ciel; et ce que lu auras délié eo terre
• sera délié aux cieux *. *
Quelque chose qu’il faille entendre par ces mots, soit la prédication, soit les censures ecclésiastiques, ou le ministère des prêtres dans le sacrement de pénitence, comme Penlendent les catholiques, toujours esl-il assuré que voilà un ministère extérieur donné à eetlc Église : c’est donc celle ÿlglise qui confesse la fui, et la confesse princifKilement par la bouche de saint Pierre; c’est celte Église qui use du ministère des clefs, c'est elle qui sera toujours sur la terre, sans que l'enfer puisse jamais prévaloir contre elle.
El parce que Jé-sus-Christ voulait qu’elle fiU toujours visiblement subsistante , il l’a revêtue de marques sensibles qui doivent toujours durer. Car voici comme il envoie ses apôtres, et ce qu’il leur dit en montant aux cieux : • Allez, et en-
- seignez toutes les nations, les baptisant au nom
- du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur ap-
- prenant à garder tout ee que je vous ai com-
• inniidé. Et voici, je suis toujours avec vous ,jus-
• qu’a la fin du monde ^ : » avec vous enseignant, avec vous baptisant, avec vous apprenant à mes fidèles à garder tout ce que je vous ai commandé , avec voua par conséquent exerçant dons mon Eîîlise un ministère extérieur : c’est avec vous, c'est avec ceux qui vous succéderont, c’est avec la
' téiitlh. XVI. lu. — * /î>id. Ifl - * Van*. XXVIII, »». 30.
société assemblée sous leur conduite, que je .serai dès maintenant, jusqu’à ce que le inonde finisse; toujours , sans interruption , car il n’y aura pas un seul moment où je vôu.h délaissé; et quoique absent de eorps, je .serai toujours présent par mon Sainl- Esprit.
En ronséquence de eelle parole, saint Paul nous dit aussi que le ministère ecclésiastique durera, sans discontinuer, jusqu’à la résurrection générale. « Celui qui est descendu, c’est le même « qui est monté au-dessus de tons les cieux , afin « qu'il lempltt toutes choses. Lui-même donc a « établi les uns pour être apôtres, les autres pour « être prophètes, les autres pour être évangélisai tes, les autres pour être pasteurs et docteurs ,
• pour rasseinhlage des saints, pour l'œuvre du « ministère, pour l'édification du corps de Christ, « Jusqu’à ce que nous nous rencontrions tous dans « l'iinité de la foi et de la cnmiaissance du Fils do « Dieu, en homme parfait à la mesure de la par- « faite stature de Jésus-Christ * ; » c’est-à-dire jusqu'à ee que nous ayons atteint la perfection de Jésus-Christ, glorifiés en corps et en ôme ; voilà le terme que Dieu a donné au ministère ecclcsi.istique.
Les prétendus réformés ne veulent pas que l’Église visible soit celle qui s’appelle le corps de Jésus-Christ : quel est donc ce corps, « où Dieu
• a établi les uns apôtres, les autres prophètes, « les autres pasteurs et ilocleurs? • Quel est ce corps où Dieu a établi plusieurs membres et diverses grâces , « 1.1 grâce du minisière, la grâce f de la doctrine, la grâce de l’exhortation et de « la consolation, la grâce du gouternement » ? • Quel est, dis-je, ce corps, si ce n’est l'Église visible?
!\lais ee qui fait que les prétendus réformés ne veulent pas avouer que ce corps de Jésus-Christ, tant recommandé dans l'Écriture, puisse être l'Église visible, c'est qu’ils sont contraints do dire ijue l’Église visible cesse quelquefois d’être sur la terre; et ils ont horreur de dire que le eorps de Jésus-Christ ne soit pas toujours , de peur de faire mourir Jésus-Christ encore une fois.
C’est donc sans difticulté cette assemblée de pasteurs et de peuples, c'est cette Église composée de tant de membres divers, par lesquels s’exercent extérieurement tant de saints ministères; c’e.st celle-là qui est appelée le corps de Jésus-Christ; c’est à ce corps, assemblé sous le minisière des pasteurs , qu'il a dit en montant aux cieux iToici: je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles. Celui donc qui est descendu, c’est le même qui est monté, afin qu'il remplît toutes choses, le ciel par sa personne et par sa présence visible, et la terre par son esprit et par son assistance invisible, l’un et l’autre par sa véritéelpar sa parole. El c’est pour continuer, en montant aux cieux, celle assistance promise 5 son Église, qu’il y a mis
• IV. 10, II, ff'? — * iiow. xn. 4 , fie