‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 9 sur 192 · Uv. 11. ^ Steid.lib. m, vili. — *It/id. l Tlll · texte numérisé non relu

Uv. 11. ^ Steid.lib. m, vili. — *It/id. l Tlll

— * Ci-rfm., /. II. — • Lib. IV. ep. lU. — ^ Sleid. t. Vin.

que par liiî-méme : car aussi, qui l’eiU o.si fairo sans son onlre? Cet écrit mil toute l'Allemagne en feu. Melanchton s'en plaignit en vain : ■ Pourquoi ,

« dit-il * , avoir répandu l’écrit par toute l’Allema-

• gne.* Et fallait-il ainsi sonner le tocsin, pour « exciter toutes les villes à faire des ligues? ■ fl avait peine à renoncer à cette belle idée de réformation que Luther lui avait donnée, et qu'il avait lui-mémo si bien soutenue, quand il écrivit au landgrave, • qu'il fallait plutôt tout souffrir, qu« « de prendre les armes pour la cause de l’Évaii- « gile *. » 11 en avait dit autant des ligues que traitaient les protestants ^ , et il les avait empêchées de tout son pouvoir au temps de la diète de Spire , où son prince l'clccteur de Saxe l avait mené. « C’csi « mon sentiment, dit-il 4, que tous les gens de bien

• doivent s’opposer à ces ligues ; » mais il n'y eut pas moyen de soutenir ces beaux sentiments dans un tel parti. Quand on vit que les prophéties n« marchaient pas assez vite, et que le souffle de Luther était trop faible pour abattre cette papauté tant baie, au lieu de rentrer en soi-même, on sa laissa entraîner à des conseils plus violents. A la fin Melanchton vacilla ; ce ne fut pas sans des peines extrêmes; et l'agitation où il parait, durant qu'on tramait ces ligues, fait pitié. II écrit à son ami Camerarius^ : « On ne nous ron.sulte « plus tant sur la question, s'il est permis de se « défendre en faisant la guerre : il peut y en avoir « de justes raisons. La malice de quelques-uns est

• si grande, qu'ils seraient capables de tout entre-

• prendre s'ils nous trouvaient sans défense. L’c- « gareinent des hommes est étrange, et leur Igno- « rance est extrême. Personne n’est plus touché do « cette parole : Ne vous inqiiiktez pas, pabce

• QUE VOTEE PÈBE CÉLKSTB SAIT CE QU'lI. VOUS « FAUT. On ne se croit point a.ssuré, si on n'a de

• bonnes et sûres défenses. Dans cette faiblesse « des esprits , nos maximes théologiques ne pour- « raient jamais se faire entendre. > Il fallait id ouvrir les yeux, et voir que la nouvelle réforme, incapable de soutenir les maximes de l'Évungile, n'etait pas ce qu'il en avait pensé jusqu'alors. Mais écoutons la suite de la lettre. « Je ne veux, dit-il,

• condamner personne, et Je ne crois pas qu'il faille

• blâmer les précautions de nos gens, pourvu qu'on

• ne fasse rien de criminel ; à quoi nous saurons « bien pourvoir, * Sans doute, ces docteurs sauront bien retenir les soldats armés, et donner des bornes à l'ambition des princes, quand ils les auront engagés dans uue guerre civile. Eh ! comment esi>émit-ii empêcher les crimes durant celle guerre , si cette guerre elle-même, selon les maximes qu'il avait toujours soutenues, était un crime? Mais il n'osait avouer qu’on avait tort; et après qu'il n'a pu empêciier les desseins de guerre, il sa voit encore forcé à les appuyer de raisons. C'est

• ce qui le fait soupirer. • Ah! dit-il, que J'avais « bien prévu tous ces mouvements à Augsbourg! «

* [Àb. IV. ep. III. — > Ltb. III. ep. l«. — * Lib. it. ep 8S, lll.~*/Wd.«rp.8».— IV, IIO.

Digitizeu uy

Si

Ciblait lorsqu'il y déplorait si amèremonl les emporlemenls des siens, qui poussaient tout à bout, et ne se meUaienl, disait-il, en peine de rien’. Cest pourquoi il pleurait sans fln ; et Lutlier, par toutes les lettres ”qu’il lui écrivait, ne pouvait le consoler. Ses douleurs s'accrurent quand il rit tant de projets de ligues autorisés par Luther même. Mais • enfin, mon cher Camerarius (c’est ■> ainsi qu'il finit sa lettre), cette chose est toute

• particulière, cl peut-être considérée de plusieurs

• edtés : cVsl |K)urqtioi il faut prier Dieu. »

Son ami Camerarius n'approuvait pas plus que lui , dans le fond de son cti-ur, ces préparatifs de guerre; et Melauehlon Ulchait toujours de le soutenir le mieuN qu'il pouvait : surtout il fallait bien excuser Luther. Quelques jours apres la lettre que nous avons vue , il mande au même Camerarius * , « que Luther a écrit tres-modérémenl, et qu'on « a eu bien de la |>eine à lui arracher sa consulta-

• lion. Je crois, poursuit-il , que vous voyez bien « que nous n'avoiis point de tort. Je ne pense pas

• que nous devions nous tourmenter davantage sur

• ces ligues; et pour dire la vérité, la conjoncture

• du temps fait que je ne crois pas les devoir blâ-

• nuT : ainsi revenons à prier Dieu. «

C'était bien fait. .Mais Dieu se rit des prières qu'on lui fait pour détourner h'S malheurs publics, quand on ne s'op(K}S(* pas à ce qui se f.iit pour les attirer. Que dis-je? quand on l'approuve et qu’on y souscrit, quoique ce soit avec répugnance. Melnm-hlon le sentait bien ; et troublé de ce qu'il faisait, autant que de ce que faisaient les autres, il prie son ami de le soutenir : « Écrivez-mol

• souvent, lui dit-il; je n’ai de repos que par vos « lettres. »

('.e fut donc un point résolu dans la nouvelle réforme, qu'on pouvait prendre les armes, et qu'il fallait se liguer. Dans cette conjoncture, Uucer entama ses négociations avec Luther; et soit qu'il le trouvât (Hvrte à la paix avec les zuingliens par le désir de former une bonne ligue, ou que par quelque autre moyen il ait su le prendre en bonne humeur, il en remporta de bonnes paroles. Il part aussitôt pour joindre Ziiingle : mais la négociation fut interrompue par la guerre qui s'émut entre les cantons catholi(;ues et les protestants. ].es derniers, quoique plus forts, furent v.'iincus. '/.uingle fut tué dans une bataille; et ce di.sputeur emporte sut montrer qu'il n'etait pas moins hardi combattant. Le parti eut peine à défendre cette valeur à contre-temps d'un pa.steur; et on disait pour excuse qu’il avait suivi l'armée protestante pour y faire son personnage de ministre, plutôt que r^^lui de soldat^ : mais enfin il étiit constant qu’il s'était jeté bien avant ilans la inélée, et qu’il y était mort l'cpéc à la main. Sa mort fut suivie de celle d'(4'>olampade. Luther dit qu'il fut accablé des coups du diable, dont il n'avait pu soutenir l'effort et les autres, qu'il était mort de douleur,

• * ri //‘r. III. — * /.»&. IV. Il I. — *

Ik3l.* tr.diutrvy. Mm. t. vil, 3Sü.

et n'avait pu ré.si$tcr à l’agitation que lui causaient tant de troubles. En Allemagne, la paix de Nuremberg tempéra les rigueurs du décret de la diète d’Augvhourg : mais les zuingliens furent exceptés de l'accord, non-sciilemcnt par les catholiques, mais encore parles luthériens; et réleclcur Jean- Frédéric persistait invinciblement à les exclure de la ligue , jusqu'à ce qu'ils fussent convenus avec Luther de l'article de la présence. Bucer poursuivait sa pointe sans sc rebuter, et par toute sorte de moyens il s'effori^ait de surmonter cet unique obstacle de la réunion du parti.

Se persuader les uns les autres était une chose jugée impossible, et déjà vainement tentée à Marbourg. La tolérance mutuelle, en demeurant chacun dans ses sentiments, y avait été rejetée avec mépris par Luther; et il persistait avec Melanchtoii à dire qu'elle faisait tort à la vérité qu'il défendait. Il n'y avait dune plus d'autre expédient pour niicer, que de se jeter dans des équivoques, et d'avauer la présence substantielle d'une manière qui lui laissât quelque éi'hap|>atoire.

Le chemin par où il vint à un aveu si considérable, est merveilleux. C’était un discours commun des sacramentuires, qu'il se fallait bien garder de mettre dans les sacrements de simples signes. /uingle même n'avait point fait de difficulté d’y reconnaître quelque chose de plus; et |K)iir vérifier son discours, il suffisait qu'il y eilt quelque promesse de grâce <annexée aux sacrements. L'exemple du baptême le prouvait assez. Mais comme l’eucharistie n'était pas seulement instituée comme un signe de la grâce, et qu’elle était appelée le corps et le sang; pour n'en être pas un simple signe, constamment le corps et le sang y doivent être reçus. On dit donc qu’ils y étaient reçus par la foi : c’était le vrai corps qui était reçu; car Jésus-Christ n'en avait pas deux. Quand on en fut venu à dire qu’ou recevait par la foi le vrai corps de Jésus-Christ, on dit qu'un en recevait la propre substance. Le recevoir sans qu'il fdt présent, n’était pas chose imaginable. Voilà donc, disai t Durer, Jcsiis-Christ substantiellement présent. Il n’était plus besoin de |>arler de la foi, et il suffisait de la sous-entendre. Ainsi Durer avoua dans l’eucharistie, absolument et sans restriction, la présefico réelle et substantielle du corps et du sang de notre Seigneur, encore qu'ils demeurassent uniquement dans le ciel : ce qu'il adoucit néanmoins dans la suite. De cette sorte, sans rien admettre de nouveau, il changea tout son langage : et à force de parler comme Luther, il se mit à dire qu'on pe s'était jamais entendu , et que cette longue dispute, dans laquelle on s'élail si fort échauffe, n’était qu'une dispute de mots.

Il eôt parle plus Juste, en disant qu’on no s’accordait que dans les mots ; puisqu'enfîn cette substance qu'on disait présente était aussi éloignée de l'eucharistie que le ciel l'était de la terre , et n’était non plus riH^ue par les fidèles que la substance du soleil est reçue dans l'eril. Cest ce que disaient Luther et .Mubucbton. Le premier appelait loi

DES VARIATIONS. LIV. IV

sacramcnwircs une faction à deux langues a cause de leurs é<iuivoqucs , cl disait qu’ils faisaient un Jeu diabolique des paroles de notre Seigneur. La présence que Rucer admet, disait le dernier», n’est « qu’une présence en pvirole, et une présence

• de vertu. Or c’est la présence du corps et du « sang, et non celle de leur vertu, que nous de*

• mandons. Si ce corps de Jcsus-Chri.st n’est que € dans le ciel , et nVst point avec le pain ni dans le « pain; si enfin elle ne se trouve dans l'eucharistie « que par la contemplation de la foi, ce n’est « qu’une présence imaginaire. »

Bucer et les siens se fâchaient ici de ce qu'on appelait imaginaire ce qui se faisait par la foi, comme si la foi n'edt été qu’une pure imagination.

• N*est*ce pas assez, disait Bucer que Jésus* « Christ soit présent au pur esprit et à l'âme élevée ■ en haut? «

II y avait dans ce discours bien de l’équivoque. Les luthériens convenaient que la présence du corps et du sang dans l'cucharistic était au-dessus des sens, et de nature h n étre aperçue que par l’esprit et par la foi. Mais ils n’en voulaient pas moins que Jésus-Christ fiU présent en sa propre substance dans le snereinenl * au lieu que Bucer voulait qu'il ne fût présent en effet que dans le ciel, où l’esprit l’allait chercher par la foi, ce qui n'avait rien de réel , rien qui répondit à l’idée que donnaient ces mots sacrés : Ceci est mon corps , ceci est mon sang.

Mais quoi donc, ce qui est spirituel n’est-il pas réel? et n’y a-t-il rien de réel dans le baptême, à cause qu’il n’y a rien de corporel? Autre éfjuivoque. I.es clioses spirituelles, comme la grâce et le Saint-Esprit, sont autant présentes qu'elles peuvent l’étre quand elles le sont spirituellement. Mais qu’est-ce qu’un corps présent en esprit seulement, si ce n’est un corps absent en effet , et présent seulement par la pensée? Présence qui ne peut, sans illusion , être appelée réelle et substantielle.

Mais voulez-vous donc, disait Bucer, que Ji^us- Christ soit présent corporellement ? et vous-mêmes n’avouez- vous pas que la présence de son corps dans reuchari.Mie est spirituelle?

Luther et les siens ne niaient non plus que les catholiques que la présence de Jésus-Christ dans nHJcharistie ne fdt spirituelle quant à la manière, pourvu qu’on leur avouât qu'elle était corporelle quant à la substance; c’est-à-dire, en termes plus simples que le corps de Jésus-Christ était présent, mais d'une manière divine, surnaturelle, incompréhensible, où les sens ne pouvaient atteindre: spirituelle en cela, que le seul esprit soumis à la foi la pouvait connaître, et quelle avait une fin toute céleste. Saint Paul avait bien appelé le corps humain ressuscité «n corps spirituel à cause des qualités divines, .surnaturelles, et supérieures aux sens dont il était revêtu : à plus forte raison le corps du Sauveur mis dans J’eucha-

• t.Htk. ep. ad &r«. Franco/. Hotp. ad IS33. 128. - • £/)«/. Jdfl.ap. Ilotp. IWil. IIO. — p. IM. — M. Cor. XV. 44,

rislie d’une manière si fort incompréhensible pouvail-il cire appelé de ce nom.

Au reste, tout ce qu’on disait, que l’esprit s'élevait en haut pour aller chercher Jésus-Christ à la droite de son l’ère, n’était encore qu’une métaphore peu capable de représenter une réception suhstautielle du corps et du sanq; puisque ce corps et ce sang demeuraient uniquement dans le ciel, cumine l’esprit demeurait uniquement uni à son corps dans la terre , et qu’il n’y avait non plus d’union véritable et substantielle entre le fldele et le corps de notre" Seigneur , que s’il n’y eiU jamais eu d’eucharistie, et que Jésus-Christ n’eût Jamais dit : Ceci est mon corps.

Feignons en effet que ces paroles ne soient jamais sorties de sa bouche , la présence par l’esprit et par la foi subsistait toujours également j et jamais on ne se serait avisé de l'appeler substantielle. Que si Ica paroles de Jésus-0irist obligent à des expressions plus fortes , c’est à cause qu’elles nous donnent ce qui ne nous serait point donné sans elles, c’est-.'i-dirc le propre rorps et le propre sang, dont rinimolation et l’effusion nous ont sauvés sur la croix.

II restait encore à Bucer deux fwuiides .sources de chicane et d'équivoque ; l’une dans le mot de local, cl l’autre dans le mot de sacrement ou de mystère.

I.uthcr et les défenseurs de la présence réelle n’avaient jamais prétendu que le corps de notre Seigneur fût enfermé dans l’eucharistie, comme dans un lieu par lequel il fût mesuré et compris à la manière ordinaire des corps ; au contraire ils ne croyaient dans la chair de notre Seigneur, qui leur était distribuée à la sainte table, que la sim. pie et pure substance avec la grûre et la vie dont elle était pleine; mais au surplus dépouillée de toutes qualités sensibles , et des manières d’étre que nous connaissons. Ainsi Luther accordait facilement à Bucer que la présence dont il s’agissait n’était pas locale, pourvu qu’il lui accord.1t qu’elle était substantielle; et Bucer appuyait beaucoup sur l’exclusion de la présence locale, croyant affaiblir autant ce qu’il clail forcé d’avouer de la présence substantielle. Il se servait même de cet artifice pour exclure la manducation du corps de notre Seigneur, qui se faisait par la bouche. Il la trouvait non-seulemeut inutile, mais encore grossière, diarnclle , et peu digne de l’esprit du christianisme : comme si ce gage sacré de la chair et du sang olfcrt sur la croix, que le .Sauveur nous donnait encore dans l’eucharistie pour nous certifier que la victime et son immolation était toute nôtre, eût été une chose indigne d'un chrétien ; ou que cette pré.'.cnce cessât d’étre véritable , sous prétexte que dans un mystère de foi Dieu u’avait pas voulu la rendre sensible ; ou enfin que le chrétien ne fdt pas touché de ce gage inestimable de l’amour divin , parcequ’il ne lui était connu que par la seule parole de Jésus-Christ : choses tellement éloignét's de l’esprit du christianisme, qu’on ne peut aasex s’étonner de la grossièreté de ceux qui ne pouvant

ts

pas les goOtcr traitent eneore de grossiers ceux qui les goûtent.

L’autre source des équivoques était dans le mot de sacrement et dans celui de mystère. Sacrement , dans notre usage ordinaire, veut dire un signe sacré; mais dans la langue latine, d'où ce mot nous est venu, sacrement veut dire souvent chose haute, chose secrète et impénélrable. Cest aussi ce que signifie le mot de mptère. Les Grecs n’ont point d’autre mot pour signifier sacrement que celui de mystère; et les Pères latins ap|>ellenl sourent le mystère de l lncarnation, sacrement de rincarnation , et ainsi des autres.

Ilucer et ses compagnons croyaient tout gagner, quand ils disaient que l’eucharistie était un mystère, ou quelle était un sacrement du corps et du sang; ou que la présence qu’on y reconnaissait, et l'union qu’on y avait avec Jésus-Chri.st, était une présence et une union sacramentelle : et au contraire, les défenseurs de la présence réelle , catholiques et luthériens , entendaient une présence et une union réelle, substantielle, et proprementdite; mais cachée, secrète, mystérieuse, surnaturelle dans sa manière, et spirituelle dans sa fin, propre enfin à ce sacrement : et c’cUiit [lour toutes ces raisons qu’ils l’appelaient sacramentelle.

Ils n’avaient donc garde de mer que l’eiieha ristie ne fût un mystère au même sens que la Trinité et l'Incarnation, c’est-àHlire une chose hante autant que secrète, et tout-à-fait incompréhensible à l’esprit humain.

Ils ne niaient pas même qu’elle ne fdt un signe sacré du corps et du sang de notre Seigneur; car ils savaient que le signe n’exclut pas toujours la présence ; au contraire, il y a des signes de telle nature qu’ils marquent la chose présente. Quand on dit qu’un malade a donné des signes de vie, on veut dire qu’on voit par ces signes que l’âme est encore présente en sa propre et véritable substance : les acMS extérieurs de religion sont faits pour martiuer qu’on a en effet la religion au fond du cœur : et lorsque les anges ont paru en forme humaine , ils étaient présents en personne sous cette apparence qui nous les représentait. Ainsi les défenseurs du sens littéral ne disaient rien d’incroyable, qnaud ils enseignaient que les symboles sacrés de rcucharislie, accompagnés de ces paroles. Ceci e$t mon corps , ceci est mon sang , nous marquent Jésus-Christ présent, et que le signe était très-étroitement et inséparablement uni a la chose.

Uicn plus, il faut reconnaître que tout ce qui est le plus vérité, pour ainsi parler, dans la religion cliretienne, est tout ensemble mystère et signe sacré. L’incarnation de Jésus-Christ nous figure l’union parfaite que nous devons avoir avec la Divinité dans la grâce et dans la gloire. .Sa naissance et sa mort sont la figure de notre naissance et de notre mort spirituelle. .Si dans le mystère de l’eucharistie il daigne s’approcher de nos corps en sa propre chair et en son propre sang , par-lâ il

nous invite à l'union des esprits, et nous la figure. Enfin, jusqu’à ce que nous soyons venus à la pleine et manifeste vérité qui nous rendra éternellement heureux, toute vérité nous sera la figure d’une vérité [ilus intime : nous ne goûterons Jésus-Clirist tout pur en sa propre forme , et dégagé de toute figure, que lorsque nous le verronsdausia plénitude de sa gloire a la droite de son Père : c’est pourquoi s’il nous est donné dans l’eucharistie en substance et en vérité , c’est sous une espèce étrangère. C’est ici un graitd sacrement et un grand mystère, où sous la forme du pain on nous cache un corps véritahle ; où dans le corps d’un liomme on nous cacha la majesté et la puissance d’un Dieu ; où on exécute de si grandes choses d’une manière impénétrable au sens humain.

Quel jeu aux équivoques de Bucer dans ces diverses significations des mots de sacrement et do mystère? Et combien d’échappatoires se pouvait-il préparer dans des termes que chacun tirait a son avantage? S’il mettait une présence et une union réelle et substantielle, eneore qu’il n’exprimât pas toujours qu’il l’entendait par la foi, il croyait avoir tout sauvé en cousant à ses expressions le mot de sacramentel : après quoi il s’écriait de toute sa force, qu’on ne disputait que des mots, et qu’il était étrange de troubler l’Eglise, et d empêcher le cours de la réformation pour une dispute si vaine.

Personne ne l’cn voulait croire. Ce n’était pas seulement Luther et les luthériens qui se moquaient quand il voulait faire uncdi.sputedc mots de toute la disputcdel’eucharistie : ceuxdcson parti luidisaient eux-mêmes qu’il trompait le monde [lar sa présence substantielle . qui n’était au fond qu’une présence par la foi. OEcolampade av.ait remarqué combien il embrouillait la matière par sa présence substantielle du corps et du sang, et lui avait écrit , un peu avant que de mourir, qu’il y avait seulement dans l’eucharistie, pour ceux • qui croyaient, une pro-

• messe efficace de la remission des pichés par lo

• corps livré et par le sang répandu : que nos âmes

• en étaient nourries , et nos corps associés â la ré- . surrection par le Saint-Esprit; qu’ainsi nous « recevions le vrai corps, et non pas seulement du . pain , ni un simple signe : • (il se gardait bien de dire qu’on lo rec;iU substantiellement.) < Qu’a la vé- . rite les impies ne recevaient qu’une ligure; mais « que Jésus-Christ était présent aux siens comme

• Dieu , qui nous fortifie , et qui nous gouverne ' . • C’était toute la présence que voulait 01-Â;olam|)ade : et il finissait par ces tnots ; • Voilà, mon cher Bii-

• cor, tout ce que nous pouvons donner aux luthé- . riens. L’obscurité est dangereuse à nos Eglises. . Agissez de sorte, mon frère, que vous ne trom- . piex pas nos espérances. »

Ceux de ’éurieh lui témoignaient encore plus franchement que c’était une illusion de dire, comme il faisait, que cette dispute n’était que de mots, et l’avertissaient que ces expressions le menaient a la

' Efiitt, CCcvt. ap. Uosp. an IMO. IH.

DES VARIATIONS, LIV. IV

doctrine de Luther, où il anrira en effet, mais paj si tdt<. Cependant ils se plaignaient hautement de Luther, qui ne voulait pas les|raitcrde frères; ils ne laissaient pas de le reconnaître pour ua exceüent seroiteitrdeDleu * : mais on remarqua dans le parti, que cette douceur ne fit que le rendre p/us tnAu* main et plus insolent '

Ceux de Bâle se montraient fort éloignés et des sentiments de Luther et deséquivoques de Bucer. Dans la Confession de foi qui est mise dans le recueil dé Genève en l’an 1&33, et dans Thistoire d'Hospinien en l'an 1534 , peut-être parce qu’elle fut publiée la première fois en l'une de ces années, et renouvelée en l'autre, iis disent que « comme l’eau de- « meure dans le baptême , où la rémission des péchés

• nous est offerte; ainsi le pain et le vin demeurent « dans la cène, où avec le pain et le vin, le vrai " corps et le vrai sang de Jésus-Christ nous est fi-

• gurê et offert par le ministre *. » Pour s'expliquer plus nettement, ils ajoutent • que nos âmes sont « nourries du corps et du sang de Jésus-Christ par « une foi véritable, • et mettent en marge, par forme d'éclaircissement, que * Jésus*Chri$t est pré-

• sent dans 1a cène, mais sacrainentellement ,et par « le souvenir de la foi qui élève l'hoimne au ciel, « et n’en Ote point Jésus-Clmst : • Enfin ils concluent , en disant « qu’ils n'enferment point le rorps

• naturel, véritable et substantiel de Jésus-Christ

• dans le pain et dans le breuvage, et n'adorent « point Jé^us-Christ dans les signes du pain et du « vin , qu’on appelle ordinairement le sacrement du « corps et du sang de Jésus-Christ; mais dans le « ciel , à la droite de Dieu son Père , d’où il viendra « juger les vivants et les morts. •

Voilà ce que Rueer ne voulait point dire ni expliquer clairement, que Jésus-Christ n’était qu'au ciel en qualité d'homme , quoique autant qu’on en peut juger il fut alors de ce sentiment; mais il se jetait de plus en plus dans des pensées si métaphysiques, que ni Scot, ni les plus lins des scotisles, n'en approchaient pas : et c'est sur ces abstractions qu’il faisait rouler ses équivoques.

En ce temps Luther publia ce livre contre la messe privée, où se trouve le fameux entretien qu'il avait eu autrefois avec l’ange de ténèbres, et où, forcé par ses raisons, il abolit, comme impie, la messe qu'il avait dite durant tant d’années avec tant de dévotion , s'il l'on faut croire C'est une chose merveilleuse de voir combien sérieusement et vivement il décrit son réveil, comme en sursaut, au milieu do la nuit; l’apparition manifeste du diable pour disputer contre lui ; « la frayeur dont il fut saisi , sa

• sueur, son tremblement, et son horrible batte- > ment de cœur dans cette dispute; les pressants m arguments du démon , qui ne laisse aucun repos à

■ l'esprit; le son de sa puissante voix ;ses manières

• de disputer accablantes, où la question et la ré- « ponse se font sentir à la fois. Je sentis alors , dit-il,

■ comment il arrive si souvent qu'on meure subite-

' fiiMp. 127. — * Fp. ad .Vcjrr. Brand. ibid. — * llmp. ibid. — * Ouï/. Ba*. I&3Q. art, il, Synt. i. part. Ti.^^De abroy. Miu priv. t vu, 3ie.

« ment vers le matin : c’est que le diable peut tuer et

• étrangler les hommes; et sans tout cela , les met- « tre si fort à l’étroit par ses disputes, qu’il y a de ■ quoi en mourir, comme je l’ai plusieurs fois expéri- « mente. » Il nous apprend en passant que le diable l'attaquait souvent de la même sorte ; età juger dee autresaltaquespar celle-ci, on doit croire qu’il avait appris de lui beaucoup d’autres choses que la condamnation de la messe. C’est ici qu’il attribue au malin esprit la mort subite d'OEcolampade, aussi bien que celle d'Emser autrefois si opposé au luthéranisme naissant. Jene veux pas m’étendre sur une matière tant rebattue : il me suffit d’avoir remarqué que Dieu, pour la confession , ou plutêt pour la conversion des ennemis de l’Église, ait permis que Luther tombât dans un assez grand aveuglement pour avouer, non pas qu’il ait été souvent tourmenté par le démon , ce qui pouvait lui être commun avec plusieurs saints; mais, ce qui lui est particulier, qu’il ait été converti par ses soins, et que l’esprit do mensonge ait été son maître dans un des principaux points de sa réforme.

C’est en vain qu'on prétend ici que le démon ne disputa contre lAither que pour le jeter dans le desespoir, en le convaincant de son crime; cor la dispute n’est pas tournée de ce côté-là. Lorsque Luther parait convaincu, et n’avoir plus rien à répondre, le démon ne presse pas davantage, et Luther croit avoir appris une vérité qu'il ne savait pas. Si la chose est véritable, quelle horreur d’avoir un tel maître! Si Luther se l’est imaginée, de quelles illusions et de quelles noires pensées avait-il l’esprit rempli! Et s'il Ta inventée, de quelle triste aventure se fait-il honneur!

Les Suisses furent scandalisés de la conférence de Luther, non tant à cause que le diable y paraissait comme docteur; ils étaient assez em|:^ché8 de .se défendre d'une semblable vision , dont nous avons vu que Zuingio s’était vanté* : mais ils ne purent souffrir la manière dont il y traitait OEcolampade. 11 se fit sur ce sujet des écrits très-aigres : mais Bucer ne laissait pas de continuer sa négociation; et on tint par son entremise une conférence à Constance, pour la réunion des deux partis*. l.à.ceux de Zurich déclarèrent qu’ils s’accommoderaient avec Luther, h condition que de son côté il leur accorderait trois points ; l’un , que la chair de Jésus-Christ ne SC mangeait que par 1a fui ; l’autre, que Jésus- Christ, comme homme, était seulement dans un certain endroit du ciel; le troisième, qu'il était pecsent dans l’eucharistie par la foi, d'une inanière propre aux sacrements. O discours était clair, et sans équivoque. Les autres Suisses, et en paiticMlier ceux de Bôle, approuvèrent une déclaration si nette de leur sentiment commun. Aussi était-elle conforme en tout ù la Confession de Bâle : mais encore que cette Confession dqnnât une idée parfaite de la doctrine du sens figuré, ceux de BÂle, qui l'avaient dressée, ne laissèrent pas d'en dresser une autre , deux ans après , à l'occasion que nous allons dire.

• ad «H, I5S3, 131. — * Hosp. ISS.

iS

En 1 536, Buc^r et Capiton vinrent de Strasbourg. Ces deux fameux architectes des équivoques les (dus raflinées, s étant serv is de IWcasion des Coufessions de foi que It^ Eglises séparét'S de Home .se préparaient d'envoyer au roncile que le Fa|)e ^e(lait d indiquer, prièrent les Suisses dVn dre.sser une qui fût tournée de sorte (fu'elle put servir a l'accord dqnt on avait beaucoup d'e^jiérance ' ; cVsl-â-dire, qu'il était bon de choisir des termes que les luthériens, ardents défenseurs de la présence nielle, pussent prendre en bonne part. On dresse dans relie vue une nou> elle Confession de foi, qui est la seconde de Bîllc : on y retranche de la première, que nous avonsrapportcc,lesexpres.sinnsqui manpiaient trop précisément que Jésus-f^hrist n'etait pré>ent que dans le ciel , et qu'on ne reconnaissait dans le sacrement qu'une présence Mcramenlclle, et par le seul .souvenir. A la vérité, les Suisses parurent fort nttachrs à dire toujours, comme ils avaient fait dans la pn'niière ('.onfession de ,qne le corps de Jé‘ sus-Chrht n’est pas enfermé dans le pain. Si on eiU usé de ces termes sans quelque adouci.«%scment, h'S luthériens auraient bien vu qu'on en voulait nettement à la présence réelle; mais Durer avait des expédients pour toutes choses. Par ces insinuations ceux de Kâle se résolurent â dire, • que le corps et « le sang ne sont pas naturellement unis au pain et •• au vin; mais que le pain et le vin sont des symboles « par lesquels Jésus-Clirist lui-mémc nous donne

• une véritable communication de son corps et do " son sang, non (X)ur servir au ventre d'une uour- ■ riture périssable, mais pour être un aliment de vie « cternelle*. ■ Le reste n'est autre chose qu'une assez longue explication des fruits de l’eucharistie, dont tout le monde convient.

Il n'y avait là aucun terme dont les luthériens ne pussent demeurer d'accord; car ils ne prétendent pas que le corps de Jésus-Christ soit un aliment pour notre estomac, et ils en.^eignent que Jésus- (^hristest uni au pain et au vin d'une maniéré incompréhensible, céleste et surnaturplle : de sorte qu'on peut dire sans les offenser qu'il n'y est pas naturellement uni. Les Suisses ne pénétrèrent pas plus avant. Tellement qo'â la faveur de celte expression l’article passa en des termes dont un luthérien peut s'accommoder, et où l’on ne pouvait en tout cas désirer que des expressions plus (iréciscs et moins générales.

De la présence substantielle dont il s'agissait en ce tcinps-là, ils n'en voulurent dire ni bien ni mai; et ce fut tout ce que Bucer en put obtenir. Ils ne se tinrent dans la suite ni à la première ni à la seconde Confession de foi qu'ils avaient publiée d'un commun accord; et nous en verrons dans son temps paraître ui]« troisième, avec des expressions toutes nouvelles.

Ceux de Zurich notirris par Zuingle , et pleins de son esprit, n'entrerent avec Bucer dans aucune composition ; et au lieu de donner, comme ceux de Bi'Ue, une nouvelle Confession de foi , pour montrer qu'ils

' Synt. Conf. C.en. rf<» Heh'. Cv^f. ftosp. part. î. 141. —

* Cvu/. Bu*. I&ae, arf. ’Xi. Synt. p. i p. 70.

persistaient dans la doctrine de leur maître , iis publièrent celle qu’il avait adressée à François et qui a déjà été rapportée, où il ne veut d'autre présence dans l'eucharistie que celle qui s'y fait par la contenijdation de la fui, en excluant nettement la présence substantielle.

C’est ainsi qu'ils continuaient à parler naturellement. Ils étaient les seuls qui le lissent parmi les de* fenseurs du sens liguré ; et on (>eul voir en ce lem|js que dans la nouvelle reforme chaque Eglise agissait scion l'impression qu elle avait reijue de sou maître. Luther et Zuingle, ardents et extrêmes, mirent les luthériens et ceux de Zurich dans de semblables dispositions, et eJoignêrent les lempcramenls. Si Otxolanipade fut plus floux, on volt aussi ceux de Bàie plus nccommodauts; et ceux de Strasbourg enlicrent dans tous les adoucissements, ou, pour mieux parler, dans toutes les équivoques et dans toutes les illusions de Bucer.

Il poussa ta cliose si avant, qu'oprès avoir accordé tout ce qu'on pouvait souhaiter sur la pré.senco réelle, essentielle , substantielle, naturelle même, c'est-à-dire sur la présence de Jésus-Christ scion sa nature, il trouva encore des expédients (lour le faire réi lleinenl recevoir aux lldcies qui communiaient indignement. Il demandait seulement qu'on ne parKIt (K>int des impies et des inlîdcles, pour lesquels ce saint mystère n’a point été institué ; et disait néanmoins que sur ce sujet il ne voulait avoir de démélé avec personne'.

Avec toutes ces explications, il ne faut pas s’étonners'il sut adoucir Lutherjusqu’alors implacable. Luther crut qu’en effet les sacramenlaires revenaient à la doctrine de la Confession d’Augsbourg et de l'apologie. .Melanchloii, avec lequel Bucer népoêlait, lui manda qu’il trouvait Luther plus traitable, et qu'il commençait à parler plus amiablcment

de lui et de ses collègues*. Enfin on tint rassemblée de Vitemberg en Saxe, où se trouvèrent les députés des Eglises d'Allemagne des deux partis. Luther le prit d'abord d’un ton bien haut. Il voulait que Bure déclarât que lui et les siens se rétractaient, et rejeta bien loin ce qu'ils lui disaient ; que la dispute n'était pas tant dans la cliose que dans la manière. Mais enfin, après beaucoup de discours où Bucer montra toute sa souplesse, Luther prit pour rétractation ces articles, que lui accordèrent ce ministre et ses cünipagnons :

« I. Que, suivant les paroles de saint îrénée, l'eu- « cbaristie consiste en deux choses, l'une terrestre,

» et l'autre céleste; et par conséquent que le corps

• et le sang de Jésus-Christ sont vraiment et suh.s- « tanlicllemcnt présents, donnés et reçus avec le « pain et le vin.

• II. Qu'oncore qu’ils re|plassent la tmnssiihstan- « tlalion , et ne crussent pas que le corps de Jésus- « Christ fiU enfermé localement dans le pain, nu

• qu'il eût avec le pain aucune union de longue <lu-

• réehors l’usage du sacrement, il ne fallait p.îs <» laisser d’avouer que le pain était le corps de Je.sus- « Clirisl par une union sacramentelle, c'est-à Ji.#

* //«</». p. 3 , /t»/. I3S. — an. li-ls, is3f.

DES VARIATIOiNS, LIV. IV.

que le pain étant présenté, le corps de Jésus-Uirist > était tout ensemble présent et vraiment donné.

in. Ils ajoutaient néanmoins : « Que hors de Tu-

• sage du sacrement, pendant qu'il est gardé dans « le ciboire, ou montré dans les processions, ils

• croient que ce n'est pas le corps de Jésus-Christ. •

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