SUR LA MATIÈRE DE L’ÉGLISE
1m uns npotres, los autres évangélistes , les autres pasteurs et doiieiirs; cliose qui .doit durer jus(|u’à ce que IVcuvre de Dieu soit entièrement accomplie, que nous soyons tou.s lioimnes parfaits, et que tout le corps de rÉgii.se soit arrive à la plénitude et à la perfection de Jésus-Christ.
Ainsi l'ouvrage de Jésus-Christ est éternel sur la terre. L’Église fondée sur la confession de la foi sera toujours, et confessera toujours la foi : son ministère sera éternel : elle liera et déliera jusqu’à la lin du inonde, sans que l'enfer l’en puisse empêcher ; elle ne discontinuera jamais d'enseigner les nations : les sacrements, c'esl-ù*<lire les livrées extérieures dontclleestrevélue, dureront toujours. « Enseignez et baptisez les nations , et je serai « toujours avec vous *. Toutes les fois que vous •• mangerez de ce pain, et que vous boirez do « celle coupe, vous annoncerez la roortdu Seigneur, • jusqu'à ce qu’il vienne ». » Avec la cène durera et la confession de la foi , et le ministère ecclésiastique , et la communion extérieure et intérieure des fidèles avec Jésus-Christ, et des fidèles entre eux , et jusqu'à ce que ]('sus*(Jirist vienne. La durée de l'Église et du ministère ecclésiastique n'a point d’autres bornes.
Ce n’est donc pas seulement la société des prédestinés qui subsistera à jamai.s , c’est le corps visible où sont renfermés les prédestinés; qui les prêche, qui les enseigne, qui les régénère par le baptême, qui (es nourrit par l’eucharistie, qui leur administre les clefs, qui les gouverne et les tient unis sous In discipline, qui forme en eux Jésus- Christ : c’est ce corps visible qui suh.sistera éternellement.
Et c’est pourquoi dans le Symbole des apdtrcs, où l’on nous propose à croire les fondements de la foi, on nous dit en même temps de croire nu Père, et au Fils, et au Saint- Esprit , et de croire ta sainte Église catholique, et la communion des saints : communion intérieure par la chariU', et dans le Saint-Esprit qui nous anime, je. l'avoue; mais en même temps communion extérieure dans les sacrements, dans la confession de la foi, et dans tout le ministère extérieur de l’Église.
Et tout ce que nous venons de dire est renfermé dans cette parole ; Je crois l'Ètjlise universelle. Ou la croit dans tous les temps; elle est donc toujours : on la croit dans tous les temps; elle enseigne donc toujours la vérité.
Vos ministres veulent que nous croyions que c’est autre chose de croire l’Église, c'est-à-dire croire qu'elle soit ; autre chose decroire à l’Église, c'est-à-dire croire à toutes ses décisions. Mai.s cetie distinction est frivole. Qui croit que l'Église est toujours, croit qu’elle est toujours confessant et enseignant la vérité. C'est à l’Église qui confes.se la vérité, que Jésus-Christ a promis que l'enfer n’aurait point de force contre elle. Jamais donc la vérité ne cessera d'y être confessée ; et par consétjuenl en ;
• MitU. xxvni, Cvr. xi, 2*. 1
croyant qu'elle est, on assure qu’elle est toujours I croyable.
I En effet , il ne sufiit pas , pour conserver le nom d’f'glise, de retenir quelques points de la doctrine de Jésus-Christ : autrement les ariens, lespélagiens, le^ donatistes, les anabaptistes et les sociniens seraient de l’Église. Ils n’en sont pas toutefois : à j Dieu ne plaise que nous appellions du nom (TÉglisc cette confusion! Il ne faut donc pas seulement que l'Église conserve quelque vérité : il faut qu’elle con.serveet qu'elle enseigne toute vérité; autrement elle n’est pas l'Église.
Il ne sert de rien de distinguer les articles fondamentaux d'avec les autres. Car tout ce que Dieu a révélé doit être retenu. Tl ne nous a rien révélé qui ne soit très important pour notre salut. Je suis le Seigneur t qui t'enseigne des choses utiles Il faut donc trouver dans la fol que l'Église enseigne, la plénitude des vérités révélées de Dieu ; autrement, ce n'est plus l’Église que Jésus-Christ a fondée.
Que le.s particuliers puis.sonl ignorer quelques nrtieJes, je le confesse aisément : mais l'Église ne tait rien de ce que Jésus-Christ a révélé; et c’est pourquoi les fidcles qui ignorent certains articles en particulier, les confessent néanmoins tous en gméral , quand ils disent : Je crois l’Église unioerselie.
Voilà celte ï:glisc, disais-je, que vo.s ministres ne connaissent pas. Ils vous en.seignent que cette Église visible et extérieure peut cesser d’être sur la terre; ils vous enseignent que celle Églèse peut errer dans ses décisions; ils vous enseignent que croire à celle Église, c’est croire à des lion>mes : mais ce n'est pas ainsi que l'Église nous est proposée dans le S) ml>ole. On nous y propose de la croire , comme nous croyons au Père, nu Fil.s, et au Saint-Esprit ; etc'est pourquoi la foi de l’Église est jointe à la foi des trois pcrsoooesdivine.s,
Ces choses ayant été dites à diverses reprises, mais à peu près dans cette .suite, j'ajoutai que notre doctrine était si véritable sur ce point, que les prétendu.s reformés, qui la niaient, n’ont pu la nier tout à fait ; c'est-à-dire que leurs synodes agissent d’une manière à faire entendre qu’ils exigent, aussi bien que nous , une soumission absolue à l’autorité cl aux décrets de l’Église.
Là, je fis voir à inadctnoi.sellc de Duras les quatre actes de messieurs de la religion prétendue réformée, que j’ai marqués dans V Exposition, article xx. Elle les y avait vus; mai.s je les lui fis lire dans le livre même de la Discinline.
Le premier est tiré du chapitre v , titre des Consistoires, article xxxi , où ii e^t porté, r Que les «débats pour la doctrine seraient terminés par la " parole de Dieu, s’il se peut, dans le coiKsistoire; « sinon , que l’affaire serait portée au colloque , de « là nu synovie provincial, et enfin au national, uu « l’entière et finale résolution se ferait par la parole « de Dieu, à laquelle, si on refusait d’acquiescer
• h. Xl.viii, 47.
448 CONFÉRENCE AVEC M. CLAUDE
« de point en point, cl avec exprès désaveu de ses de voir des particuliers se soumettre à toute l*ft- .. erreurs, on serait relrancliéde l'Église. ■ glise: l’autre, que TÉglise prétendue réformée est
Ce nVst donc pas, disais-je. à la seule parole de encore peu assurée de sa Confession de foi, puis- Dieu précis<’menl comme telle, qu’appartient l’en- qu’elle consent qu’on la change, et cela dans des lière et (limle résolution, puisqu’après qu elle est points aussi importants que sont ceux qui font la proposée l’appel est permis; mais à la parole de dispute avec les luthériens, dont l'un est la réalité. Dieu en tant qu’expliquée et interprétée par le der- Si les prétendus réformés espéraient que les luthénier jugement de l’Eglise. riens revinssent à eux, il n’y avait nul besoin d'une
I.e second a« ie est tiré du synode de Vitré , rap- nouvelle Confession de foi. Ainsi ce qu’on prétenporlc dans le livre de la Discipline. 11 contient la dait, c'est que, les uns et les autres demeurant dans \ lettre d’envoi que font toutes les Églises quand elles leur sentiment , on fil une Confession de foi dont députent au synode national ; en voici les termes : les deux partis pussent convenir; ce qui ne se pouvait
• ^ous promettons devant Dieu de nous smimettre faire san.s ajouter ou sans supprimer quelque chose
• à tout ce qui sera résolu en votre sainte assem- d’essentiel dans une Confession de foi qu'on nous
• blee, persuades que nous sommes que Dieu y donne comme D’enseignant que la pure parole de - présidera , et vous conduira par son Saint-Esprit Dieu.
« en toute vérité et équité par la règle de sa pa- Mademoisellede Duras m’avoua qu’ayant tu dans ■ rôle. * Celte |)ersuasion, disais-je, si elle est seule- mQu traité ces actes et mes réflexions , qui sont les ment fondée sur une présomption humaine, ne peut niémes que celles que je venais de lui faire, elle ne pas être la matière d’un serment si solennel, par savait qu’y répondre; et que pour cela elle souhailequel on jure de se soumellre aune résolution tait d’entendre ce que répondrait M. Claude, tant qu’on ne sait pas encore : elle ne i>eut donc être gurcesactesquesurlesautresdifncultésquiregar* fondée quesurunepromesseexpresse que le Saint- dent l’aulorité de l’Église.
Esprit présidera dans le dernier jugement de l h- jg dis qu’encore que ceux de sa religion agisglisc, et les rnloliques n en disent pas davantage. comme tenant l’autorité de l’Église infaillible
Le troisième acte , qui se trouve encore dans le inronleslable , il était vrai qu’ils niaient celte inméim* livre de la Discipline, est la coiidnmnation /faii|jbiliié;etj’.iJoulaique c'était une maxime consdes indépendants, sur ce qu’ils disaient que cha- < tante dans sa religion, que tous les particuliers, que Églisese devait gouverner elle-même sanv fltt- 1 pojir i^morants qu'ils fussent , étaient obliges de ruue (lêpendanre de lyeesonne en matières cre/é- v^roire qu’ils pouvaient mieux entendre l’Écriture si(t\/iques. Celte pruposilioii fut déclarée, au sy- sainte que tous les conciles , cl que tout le reste de riüde de Cliarenlon , * autant préjudiciable à l’ctnt pKglise ensemble. Elle parut étonnée de celle pm-
• qu’à l’Eglise. » On y jugea • qu elle ouvrait la position : mais j’ajoutai qu'on croyait encore dans
• porte à toute sorte d’irrégularités et d’extrava- religion qneli|tie diose de bien plus étrange, qui « gaoccs, eu ôtait tous les remèdes, et donnait était qu’il y aun point où un cbrélien eslobiigéde « lieu à former autant de religions que de parois- douter si l’Écriture est inspirée de Dieu; si l'É- *< scs. > Mais, disais-je, quelques synodes qu’on vangile est une vérité, ou une fable; si Jésus-Christ
’ tienne , si on ne se croit pas obligé à y soumettre est un trompeur, ou le docteur de la vérité. Comme ^ son jugement, on n'evite pas les ineonvcnienls des ^lle parut encore plus étonnée de celle proposition, indépendants , et on laisse la porte ouverte à éta- je rassurai que lanlcclle.ln queraulre,queje venais blir autant de religions , je ne dis pas qu’il y a de de lui dire , étaient dos suites nécessaires de la docparoisses, mais qu’il y a de tètes. On envient irine re<^ue dans leur religion sur l’autorité de l’Édoiic par nécessité à cette obligation de soumettre glisp pt que je ne doutais point que je ne puisse son jugement à ce que l’Église catholique enseigne. M. Claude à les avouer.
Ces trois actes sont tirés du livre de la Diwû- jp lui expliquai les raisons de ce que j’avais pline, imprimé à Charenton, l’ao 1CC7. avancé, et lui fis voir en même temps que la inar-
Lc quatrième se trouve dans un livre de M. Rlon- que de fausseté c’était, parmi eux, de voir que del, intitulé imprimé à Amster- d’un côté ils niassent qu'il fallût croire, sans exa-
dam par Biaeu, l’an IcriS. miner, ce que l’Église décidait; et que de l’autre
C’est une résolution du synode national de Sainte- ils fussent forcés, pour établir l’ordre, d’attribuer Foi, 1578, qui nomme quatre ministres pour se à l’Église rauloritèqu’iD lui auraient déniée, trouver à une assemblée où se devait traiter la réii- Elle me fit connaître qu'elle entendait ce raisonnion avec les luthériens . en dressant un Fonnu^ nement, et qu'elle se souvenait de l’avoir lu dans taire de profession de foi commune. On donne mon livre; mais qu'encorc qu’elle ne vit rien à y répouvoir a ces ministres « de décider tout point do pondre, elle avait peine à croire qu'on n’y répondît « doctrine et autres qui seront misen dcliluTation, pas dans sa religion.
• et de consentir à cette Confession de foi, sans Madame la comtesse de Royc vint dire que M. ■ même en communiquer davantage aux Églises, ('lande, qui avait promis de sc trouver avec mol « si le temi>s ne permet pas de le faire. ■ De cet le lendemain , avait reçu défense de le faire, ci ne aetc, je concluais deux ciioses : Tune, que tout le le pouvait plus. Mademoiselle de Duras témoigna svnode compromet sa foi entre les mains dc'quri- être fort mécontente de ce proct*dé. Je voulus me tre particuliers, chose bien plus extraordinaire que retirer, et la laisser avec madame sa sorur: mais
SUU LA MATIÊRK DK L ÉGLISE. r,4*
elle me pria de lui dire re que je venais de lui représenter. Je le fis en peu de mots , et répondis à quelques objections qui me furefjt faites.
Le lendemain malin » mademoiselle de Duras vint en mon logis, avec un honnête homme de sa religion, que je ooiinaissais, nom»ié M. (’oton. EHesViail servie de lui pour engau'er M. Claude à la conférence, et il luiavail rapporte que M. Claude l’avait acceptée. Elle me pria de redire ce que j’avais dit la veille. Je le fis , et M. Coton avoua qu’il ne savait que répondre, et qu’il avait grande passion d’entendre M. Claude sur cela. Lui et mademoiselle de Duras me firent qut lqties objections sur les révoltes fréquentes du peuple d'Israél, qui avait si souvent abandonné Dieu, tes rois et fout te comina parle la sainte Écriture; pendant quoi le culte public était tellement éteint, qu’Élie croyait être le seul serviteur de Dieu, et qu‘il n’apprit que de Dieu même qu*// s^ftait rêsrrré sq/t viiiie hommes qui naraivnt point jléchi te genou devant Itaat*.
A cela je répondis que pour ce qui regardait É.lie, il n’y avait aucune diflKulté, puisqu'il paraît par les termes mémei qu’il ne s\iglssait que d’Israël, où Élie prophétisait; et que le culte divin, loin d’être éteint en Jiida dans ce temps-îà, y était , sous le règne de Josaphal, dans le plus graml lustre où il eût été depuis Salomon. La chose passa pour constante, et je remarijuai seulement combien peu de bonne foi il y avait aux ministres de produire toujours ce passage, après que le canlin.il du Perron y avait donné une réponse si décisive.
Quant à ce qui était arrivé dans Juda meme, je dis que je voulais faire l'objection encore plus forte qu'on ne me la faisait , en considérant Piitat du peuple de Dieu sous Achaz * , qui ferma le (entple , fit sacrifier aux idoles par Urie, prêtre du Seigneur, et remplit Jérusalem d'abominations; et ensuite sous Manassès ^ , qui enchérit sur les impiétés d' A • chaz. Mais pour montrer que tout cela ne faisait rien à la question , je priai seulement qu’on remarquât qu’lsaïe , qui avait vécu durant tout le règne d’Achaz , pour toutes ces almminations du roi, du prêtre Urie, et presque de tout le peuple, ne s'etnit jamais séparé de la communion de Juda , non plus quelesautres propliètes qui avaient vécu en ce lenips et dans tous les autres : ce qui montre qu’il y a toujours un |>euple de Dieu, delà communion duquel il n’est jamais permis de se séparer.
Il est écrit aussi que, du temps de Manassès, Dieu parla par la bouche de tous ses prophètes 4, et menaçait ce roi impieettout le peuple. Mais ces prophètes, qui reprenaient et détestaient les impiétés de ce peuple, ne se séparaient pas de la communion.
Et pour voir la chose à fond, il faut , disais-je, considérer la constitution de l’ancien peuple. Il avait cela de propre, qu'il se multipliait par la génération charnelle, et que c’etait par là que s’en
• W. Jlrq. XIX, iH. — » //'. Bfg. XVI. //. Paraiip. xxvm. - * //'. Hcg. XV. U. Pamlip. xxxin. - • * If', ftey. xxi , 10.
faisait ta succession , aussi bien que celle du sacetdoce;que ce peuple portail en sa chair la marque de l’alliance, c’est-à-dire la circoncision, que nous ne lisons point avoir jamais été discontimice: et qu’ainsi qu.iml les pontifes, et presque tout le peuple aurait prévnriqué, l’étal du peuple de Dieu subsistait toujours dans sa forme extérieure, bon gré mal gré qu’ils en eussent. Il ne pouvait non plus arriver aucune interruption dans le sacerdoce que Dieu avait attaché à la famille d’Aaron. Mais il n’en est pas de même dans te nouveau peuple, dont la forme extérieure ne consistait en autre eho.se qu’en la profession de la doctrine de Jésus-Christ : de sorte que, si la confe.s.sion de la vraie foi était éteinte un seul moment, l'Église, qui n’avait de succession que p.ar la continuation de cette profession, serait tout à fait éteinte, sans pouvoir jamais ressusciter dans son peuple ou dans ses pa.steurs que par une nouvelle mission.
J’ajoutai , au reste, que Je ne voulais pas dira que la vraie fol et le vrai culte de Dieu piU être tout à fait aboli dans le peuple d'Israël, en sorte que Dieu n’eth plusde vrais serviteurs sur la terre. Mai.sje trouvais au contraire, preinicroment , qu'il était clair que, m.i)gré la corruption. Dieu se réservait toujours un assez grand nombre de serviteurs qui ne participaient pas à l'idolâtrie. Car si cela était en Israël schismatique et séparé du peuple de Dieu, comme Dieu même le déclare à Élie, à plus forte raison en Juda, que Dieu s'était réservé pour perjiétuerson peuple et son royaumejiisqu'aii temps du Messie. Lors iloncqu'ilelaitécritqueleroiettoutle IK'uple avaient abandonné la loi de Dieu, il fallait entendre non tout le peuple sans exception, mais uno grande partie, et , si l’on veut, la plus grande partie du peuple; ceque les ministres neniaient pas. T Qu'il ne fallait pass'imaginerque les serviteurs de Dieu et la vraiefoiseconservassent seulement en secret; mais que, dans toute la succession de l'ancirn peuple, la vraie doctrine avait toujours éclaté. Caril y a eu une continuelle succession de prophètes, qui, loin d’adhérer aux erreurs du peuple ou de les dissimuler, s'élevait contre avec force; eteette succession étaitsi continuelle , que le Saint-I'^prit ne craint point de dire que Dieu se relevait de nuit et dés le matins et acertissait tous les jours son peuple par ta bouche de ses prophètes ’ : expression la plus puissante qui so puisse imaginer pour faire voir que la vraie foi n'a jamais été un seul moment sans publication, ni le peuplesans avertissement. Qu’ainsi ne soit, nous venons de voirque, dans tout le règne d'Achaz, Isaïe n'avait cessé de prophétiser; et sous .Manassès, où il semble que l'alioininalioii fdt montée au comble, puisijue ni la pénitence de ce roi, ni la sainteté de Josias, son petit-fils, ne purentfaire rétracter la sentence donnée contre ce peuple, Dieu se souvenant toujours des abominations de Manassès : dans ce temps, dis-je, nous avons vu que Dieu faisait parler ses propliètes ; et qu’une grande partie du peuple les ait suivis publiquement, il parait en ce que ce prince
' IJ. Parahp. xxxvi, IS. xi, 1 xxt, 3,4.
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CONFERENCE AVEC M. CLAUDE
liiipicyî/ rvijorycr Jérusalem de sang innocent ' ; marque certaine qu'il trouva une grande résiitancc à ses idol.'^tries. Ou tient in^ine qu'il fit mourir !saîe comme ses prédécesseurs avaient fait mourir les autrès propiièlcs qui les reprenaient; et cette histoire s’est conserveedans rniH-ieunetradition, confurmeâ la parole de noire Seigneur « qui reproche aux Juifs iïavoir fait mourir Us projihèfei • ; et au discours de saint Etienne, qui dit.^u'i/ liija aucun prophcle qu’ils n’aient persécuté *.
Ces prophètes faisaient partie du peuple de Dieu ; ces prophètes retenaient dans le devoir une partie cunsidérahie et des prêtres et du peuple même ; res prophèU*s, (pii connimaieiit leur mission par des miracles visibles, einpêrliaienl que la corruption ne gagnât tout; et pendant qu'une cflVoyahle multitude et peut-être le gros de la Synagogue était entramc dans ridolâlrie, iis i*oiiservaient la tradition de la vérité dans le jieuple d'israél.
Ezéchiel, qui parut un peu après, nous le fait voir, lorsqu’il parle « des prêtres et des lévites en- « fants de Sadoe, qui, dans le temps de l'égarement ■ des enfants d'Israël . ont toujours observé k*s ce- > rémonics du sanctuaire h Ceux-là, poursuit-il, me
• serviront, et paraîtront devant moi pour m’otlrir
• des victimes, dit le Seigneur. • La succession, non-seulement celle de la chair, mais encore celle de la foi et du ministère, s’était conservée dans ces prêtres et dans ces lévites, que la grAce de Dieu et la prédication des prophètes avaient retenus dans le service.
F.t il faut remarquer que Dieu n*a jamais fait plu.s éclater ce ininistere des prophètes , (jue lorsque rimpiété semblait avoir pris iedessus : en sorte que, dans le temps où le moyen ordinaire d'instruire le peuple était non pas détruit , mais obscurci , Dit^u préparait les moyens extraordinaires et miraculeux.
A cela on peut ajouter que ce moyen exlraoidinaire, c'est-à-dire le ministère prophétique, avant la captivité, était comme ordinaire au peuple de Dieu, où les prophètes faisaient conjme un ordre toujours subsistant, d’où Dieu tirait coiitiinieilement des hommes divins, par la bouche descpiels il parlait lui-même hautement et publiquement à tout son peuple.
Depuis le retour de la captivité jusqu’à Jésu.s- Christ, ü n'y eut plus d'idolàlrie publique et durable. On sait ce qui arriva sous .^ntioclms l'Illus- Ire; mais on sait aus.si le zèle de Mathatias-, et le grand nombre de vrais fidèles qui se joignit à sa maison, cl les victoires éclatantes de Judas le Macliabée , et de ses frères : sous eux et leurs stu ecsscurs, la profession de la vraie foi dura Jusqu’à Jésus-Christ. A la fin , les pharisiens introduisaient dans la religion cl dans le culte beaucoup de superstitions. Comme la corruption allait prévaloir, Jétus-Christ parut au inonde.
Ju-qu'a lui la religion s'était conservée. Les doc-
* IP'. VXt, Kî.
s3. — * Etcch. XLi\,
> XMII, 31 ,37. — ^ .dfc/. VI!,
leurs de la loi avaient bt^auconp de maximes et de pratiques pernicieuses, qui gagnaient et s'établis^ saient peu à peu : elles devenaient communes, maii elles n'étaient pas passées en dogmes de la .Synagogue. C’est pourquoi Jésus-CJirist disait encore : l es sa’ibes et tes pharisiens sont assis sur fa chaire de .'Uoisc; faites doiK’ fout ce qn'Vs vous disent, mais ne fuites pas selon leurs œuvres • . ij ne cessa d'honorer 1« ministère des prêtres : il leur renvoya h's lépreux , selon les termes de la loi : il tréqiieiita le temple; et, en reprenant les abus, ii demeura toujours attaché à la communion du peuple de Dieu et àl'urdrc du minUlèrc public.
On en vint enfin au point de la chute et de la réprobation de l’ancien peuple, marquée par lej» Ecritures et jwr les prophètes, lorsque la .Synagogue condamna Jé.sns-Chrisl et sa doctrine. Mais alors Jésus-Christ avait paru : il avait commencé dans le sein de la Synagogue à assembler son i'iiglise, qui devait subsister éternellement.
Il est donc constant, preiuièrement , qu'il y a toujours eu un corps visible du peiijdc de Dieu, continué par une suiut^ssion non interrompue, de la communion duquel il n'a j.imais été permis de .se si'qiarer. 2" Toujours une succession de pontifes et de prêtres descendus d’Aarun, et de lévites sortis de I.évi, sans que jamais on ait eu besoin que Dieu siisciuU des gens d'une fa^on extraordinaire. 3“ H n'est pas moins constant que la vraie foi a toujours été publiquement déchirée, sans qu’on puis.se alléguer un seul moment où la profession n'en ait été aussi claire que la lumière du soleil ; chose qui fait voircomhien on se trompe ,quand on croit que, pour maintenir l'étnt extérieur de l'h^lise, il sufiit de pouvoir nommer de temps en temps de prétendus docteurs de la vérité, ('.ar s’il y a quelque temps où la profession de la foi ait cessé dans l’Eglise, son état est pire que celui de la .Synagogue, d'autant plus que dès là elle perd la succession, ainsi que je viens de dire.
Après que j’eus dit ces choses, on employa quelque temps à les repasser ; et cependant madame la nuntessi' de Roye vint dire que M. Claude consentait à la conférence, qui serait, si je l’agréais, chez elle, sur les trois heure.s.
Je fus au rcudez-vous, où je rencontrai M. Claude. On commença par des honnêtetés réciproques, et il témoigna de sa part un grand respect. Après cela j’entrai on matière, en demandant 1 explication des quatre actes transcrits dans mon livre, et mentionnés ci-dessus.
I Aprè.s que j'eus expliqué la difficulté en peu de mots, telle qu'elle est proposée dans l7.>;/os77/«/», I et que je l'avais répétée à inadcmo(.>el!e de Duras, I j'ajoutai que M. Claude devait être d’autant plus prêt I à y répondre, que je ne lui di.sais rien de nouveau, î puisqu'apparemment le traité de ïflæposition était tombé entre ses mains; et que c'était une grande satisfaction, que, d.ins un entretien de ta nature, de celui-ci, un ptU s’assurer qu'il n'y aurait point de surprise.
' Mailh. XXIII, 1,3,3.
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SUR LA MATifcRK DK L'EGLISE.
M. Claude prit la parule, et après avoir réitère toutes les honnêtetés qu’il avait faites, en termes encore plus civils, il déclara d'abord que tout ce qucj’avais objecté de leur discipline et deleiirs synodes dans mon Traité, et encore à présent, était rapporté de très-bonne foi, sans rien altérer dans les paroles ; mais que pour le sens il me priait de trouver bon qu'il me dît qu'encore qu'il y eût , ainsi que je l'avais remarqué, comme divers de^ré^s de juridiction établis dans leur discipline , la force de la décision devait être rapportée partout ü la seule parole de Dieu. Quant h ce que j'objectais, que la parolede Dieu avait été proposée dans le consistoire, dont on pouvait appeler; d'où il s'ensuivait, avaisje inféré, que la decision dernière, dont il n'y a plus d'appel , appartenait à la parole Dieu , non prise en elle-inêiiie, mais en tant que dédaree par le dernier jugement de rEglise : ce n'élait pas là leur pensée; car ils tenaient que la décision était aliadu^ luutenlièreà lapure parolede Dieu, dont l'Kglise dans ses assemblées premières et dernières ne faisait que l'indication : mais que ces divers degrés avaient été établis pour donner le loisir à ceux qui erraient, de se reconnaître. C'est pourquoi on ne procédait pas d'abord par cxcommunicatioii , le consistoire espérant qu'une plus grande assemblée, telle que serait le colloque, et ensuite le synode provincial, compose d'un plus grand nombre de })crsonnes , peut-être plus respectées, et en tout cas moins sus{>ectes au contredisant, le disposeraient à entendre la vérité. Que le colloque et le synode provincial usaient de pareille modération, par la même raison de charité : mais qu'après que le synode national avait parlé, comme c'était le dernier remède humain, il n'y avait plus rien à es|>ércr, et qu'on procédait aussi à la dernière sentence, en usant de l'excommunication comme du dernier effort de la puissance ecclésiastique. Que (le là il ne fallait pas conclure que le synode national se tint infaillible, non plus (pie les précédentes assemblées; mais seulement qu'après avoir tout tenté, on venait nu dernii^r remède.
Pour la promesse qu'on faisait avant le synode national, qu'elle n'était fondée que sur l'espérance qu'on avait que l'assemblée suivrait Inpnroleck^ Dûui, et que le Saint-Esprit y présiderait, ce qui ne marquait pas qu'on en eût une entière certitude ; et au reste que le terme, /xprsttoefés çwc , c'était une manière honnête d'exprimer une condition , sans blesser la révérence d’une si grande assemidée, ni la présomption favorable qu'on devait avoir pour son procédé.
Quant à la condamnation des indépendants, il me priad'observerqîîTTïtir l’autorité de rÉgilseet de ses assemblées , il y avait quelque chose dont ceux de sa religion convenaient avec nous, et quelque chose dont ils convenaient avec les indépendants : avec nous, que les assemblées ecclési astiques étaient nécessaires et utiles, et qu'il fallait établir quelque subordination : avec les indépendants , que ces assemblées, pour nombreuses qu'elles fussent, n’étaient pas pour cela infaillibles. Cela étant , qu'ils
avaient dû condamner les indépendants , qui, nonseulement niaient l’infaiUihilité, mais encore l'utilité. et la nécessité de ces assemblées et de cette subordination. C’(«t en cela , disait-il , que consiste l'indépendantisme, si on peut user de ce mot. Il ajouta que le soutenir, c'était en effet renverser l'ordre, et donner lieu à autant de religions qu'il y avait de paroisses, parce qu’on était par-là tous les moyens de convenir. D’où il concluait qu’encore qu'on fût d'accord que les assemblées ecclésiastiques n’étaient pas moyens infaillibles, c’élnit assez pour les maintenir et cundainner les indépendants, quo ce fussent moyens utiles.
Pour le synode de Sainte-Foi , qu'il s'agissait , ou I de rendre les luthériens plus dociles , en les faisant , disait-il, rapprocher de nous, ou, en tout cas, d'établir une tolérance mutuelle; cc qui n’obligeait pas de rien supprimer ou ajouter dans (a Confession de foi, qui f«Jt toujours tenue pour inébranlable. Et qu au reste, quoiqu'on eût donné plein pouvoir à (pjalre ministres, je savais bien que telsactes étaient toujours sujets à ratincation, en cas que les procureurs russent-outrepassé leurs instructions : témoin les ratilicatiousnccessain^s dans les traités accoitlés par lt‘s plénipotentiaires des princes, et autres exemples semblables, où il y a toujours une condition d’obtenir du prince la ralidcnlion ; condition qui, sans être exprimée, est alUachée nalurdiemeiil à de telles procurations.
Après avoir dit ces choses par un discours assez long , fort net et fort composé , il ajmita qu'il croyait, équitable comme j'étais, que je voudrais bien lui avouerque de même que dans les choses où j'aurais à lui expliquer nos sentiinpnts et nos conciles , par exemple, celui de Trente, il était juste qu’il s'en rapportât à cccpieje lui en dirais; aussi était-il juste que je m'en rapportas.se à lui dans l’application qu’il nous donnait des articles de leur discipline et des sentiments de ItMir religion, étant certain qji'il n’y en avait |ioinl d'autres parmi eux que ceux qu’il me venait d'exposer.
Je repris, sur ce dernier mot, que cc qu’il disait serait véritable, s'il s'.igissait simplement d’expliquer leurs rites, si on pouvait user de ce mot, et la manièrcd’ndministrer in parole ou les sacrements, ou de tenir les synodes ; (|u'cii cela je le croirais , comme mieux instruit : mais qu'id je prétendais qu'il leur étaitarrivé comme à tous ceux qui sont dansl’erreur: c'est de tomber en' contradiction , et d'être forcés à établir ce qu'ils avaient nié. Que je savais qu'ils niaient qu’il fallût se soumettre, sans examiner, au jugement de l'Eglise ; mais qu'on même temps je prétendais cette infaillibilité si nécessaire, que ceux mêmes qui la niaient en spéculation ne pouvaient s'empêcher de l'établir dans la pratique, s’ils voulaient conserver quelque ordre parmi eux. Au reste, que s'il s'agissait ici de montrer quelque contradiction dans les sentiments de l'Eglise catholique, je ne prétendrais pas l'obliger à recevoir l’explication que je lui donnerais de ses sentiments et de ses conciles , et qu'alors il lui serait libre de tirer de loun
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p.nrotcs U'Iteinduclion qiril lui plairait; qu'aus<:i no pensais-jp pas qu'il m'en refusât autant : de quoi il convint sans diHiculté,
Je n'avais pas dessein do m’arrêter beaucoup sur le synode de Sainte-Fol , qui inViU, ce me semblait, jeté trop loin des deux propositions dont je voulais tirer l’aveu. Je répondis donc seulement , que je me rcndaisàla raison qu'il alléguait surlanécpssi lé d’une rali(icatiün,quoiqirennialièrcde foi tels pouvoirs et tels compromis fussent un peu extraordinaires ; et qu’au reste ,je voulais bien croire que le dessein du synode n'avait pas été que les dépuU'S renversassent tout. Mais que ce qui me toiicliait, cl à quoi il ne semblait pas qu’il eût ré|>ondu, c’est que le synode avait douté de sa Confession de foi , puisqu’il pcrmclUiil d’en faire une autre; et que je ne voyais pas comment cela s'accordait avwce qu’on nous dit encore, que cette Confession de foi ne contenait autre chose que la pure parole de Dieu , à laquelle tout le monde sait qu’il n'y a rien à changer. Quant à ce qu’il avait dit, qu’il s'agissait, ou de ramener les luthériens à des sentiments plus équitables , ou * en tout cas, d’établir une tolcraiiee iiiiituelle; deux choses y ré-sislaient : F* Qti'il était parlé d’un pouvoir de décider tout point de doctrine : ce qui regardait manifestement la réalité, dont les liitliériens n’avaient jamais voulu sc relâcher. 2'* Que, |>our établir une tolérance mutuelle, il ne fallait pasdresserunc Confession de foi commune; mais seulement établir celle tolérance par un decret synodal , coiume on avait fait à (’.liarenton.
M. Claude répondit que le point de doctrine à décider était, si on pouvait établir une tolérance mutuelle , et que la Confession de foi commune n'eiU fait autre chose qu'énoncer celle tolérance : ce qu’il »e niait pas pouvoirétrefaitdansun synode, comme il fallaitque jeconvmssequ’il pouvait se faire aussi par uneConf^on de foi , où il y en aurait unarticle •iprès.
Je lui répondis que cela ne s’appellerait jamais une Confession de foi commune , et lui demandai a’il croyait que les luthériens, ou eux , dussent retrancher quelque chose de ce que disaient les uns pour la réalité, et les autres contre. 11 dit que non; et delà, disais-je, chacun demeurerait dans les termes de sa Confession de foi , sans qu’il y eût rien de commun que l'article de la tolérance. Il y avait, dit-il , beaucoup d’autres points dont nous convenions. D’accord, repondis-je; mais ce n’était plus sur ces points qu'il y avait à s'accorder : il s'agissait du point de la réalité et de quelques autres, sur quoi on ne pouvait faire de Confession de foi commune sans que l’un des partis changeât, ou que tous les deux convinssent d’expressions ambiguës, que eliacun tirerait à ses sentiments ; chose tentée plusieurs fois, comme M. Claude lui-même en conviendrait de bonne foi. 11 en demeura d’accord, et rapporta même l’assemblée de Marpourg , et quelques autres tenues pour ce sujet. Je conclus donc que j’avais raison de croire que le synode de Sainte-Foi avait un pareil dessein, et que c’eût été se moquer du