KC M. CLAUDE
monde , que d'appeler Confession de foi commune \ celle qui eût fait paraître de si manifestes opposi- ' lions sur des poi nt.s si importants de la doci rine dire- ' tienne. A quoi j’ajoutai encore, qu’il était d'autant plus certain qu’il s'agissait en effet d'une Confession de foi , comme je dis, iis, que les hilhériens s'étant déjà expliques plusieurs fois eontre la toléranee, il — n'y avait rien à espérer d’eux , que par le moyen dont Je parlais. La clmse en demeura là; et Je dis seulesneat , qti’apré-S cela ehacun n’ava't (ju’à penser ce qu’il devait croire en sa conscience, d'une Confession de foi que tout unsynode national avait consenti de charjger.
Lorsque M. CJauJe avait dit que le serment de se .soumettre au synode natioii.il enfermait une condition, j’avais interrompu p.ir un petit mot. Oui, disais-je-, ils espéraient bien du synode , sans certitude toutefois; et en attendant l'événement, ils ne laissaient pas de jurer de se soumettre. M. Claude m’ay.int ici averti que je l’avais interrompu, et me priant de lui permellre de dire tout , je me tus. Mais après avoir discuté l’affaire de Sainte-Foi, je lui dis qu’il me semblait nécessaire, avant que de p.isser outre, queje lui disse en peu de mots ceqnej'avais conçu de sa doctrine , afin que nous ne f arlassions point en l’air. Je lui dis donc : Vous dites, monsieur, que ces mots : • Persuadés que nous sommes
• que Dieu y présidera, et vou.s conduira, par son
• Saiut-F..sprlt,cn toute vérité et équité par la règle « desa parole, »■ sont unemanîère Imnnêtedeproposer une condition. Il en convint. Réduisons donc . reprisje , la proposition en conditionnelle , et nous verrons quel en ser;i le sens. Je jure de me soumettre à tout ce que vous déciderez , supposé ou à condition que ce que vous déciderez sera conforme à la parole de Dieu. Un tel serment n’est autre diose qu’une illusion manifeste, puisqu’en soi il nedit rien, et queje le pourrais faireàM. Claude, comme lui à moi. Mais en cela il n’y aurait rien de sérieux ; et marque qu’on veut quelque chose de plus particulier, c’est qu'on ne fait ce serment qu'au synode , où l'on prononce en dernier ressort , quoîqu’au sens de M. Claude , il y eût autant de raison de le faire dès le consistoire , à quion doit se soumettre aussi bien qu’au synode, supposé qu’il ait la parole de Dieu pour guide.
Kn cel endroit, je me tus un peu de temps; et vovant qu’on ne disait mot, je repris ainsi : Mais eufîn donc, monsieur, si j'ai bieu compris votre doctrine, vous croyez qu'un particulier peut douter du jugement de l’Église , lors même qu’elle prononce en dernier ressort? Non , monsieur, reparti! M. Claude : il ne faut pas dire qu’on puisse douter; il y a toutes les apparences du monde que rÉ.glise jugera bien. Qui dit apparence, monsieur, repris-je aussitôt, dit un doute manifeste. Mais, dit M. Claude, il y a plus : car Jésus-Ciirist ayant promis
quetousceuxquirhercheraient, trouveraient; comme
on doit présumer qu'on cherchera bien, on doit croire qu'on Jugera bien; et il y a dans cette assurance quelque chose d'indubitable. Mais quand on verra dans les conciles des cabales, des factions, des in-
su U LA MATIÈRE DE L’ÉÜUSE.
léréls ijilfcrenls, on peut douter avec raison si dansuue telle tissemlilée il ne se mêlera point quelque chose d'humain et île douteux. Je vous prie, monsieur, repartis-je, laissons à part tout ce qui n’est lion qu'a jeter delà poudre ans yeux. l’out ce ,|ue vous venez de dire de eahalcs, de factions, d’intérêts, est ahsi luinent inutile, et ne sert par conséquent qu’à emharrasser. Il n’y a rien, dit M. Claude, de moins inutile. Et moi je soutiens, lui dis-je, que vous allez convenir qu'il n’y a rien de plus inutile. Car je vous demande, monsieur, supposé qu’il ne partit dans le concile ni factions ni cahales; supposé i\fme qu'on filt assure qu’il n'v en eût point , et que tout se passât dans l’ordre , faudrait-il recevoir la décision sans examiner? Il fallut dire que non. D'où je conclus aussitôt ; J'avais donc raison de dire que tout ce que vous avez dit comme fort considérable, de factions et de cabales, n’est au fond qu’un amusement ; et enfin qu'un particulier, une femme, un ignorant, quel qu’il soit , peut croire , et doit croire qu’il lui peut arriver d’entendre mieux la parole de Dieu que tout un concile, fût-il assemhlc des quatre parties du monde et du milieu , et que tout le reste de l’Eglise. Oui , dit-il , il est ainsi. Je répélai deux ou trois fois la proposition accordée, ajoutant toujours quelque circonstance plus forte, mais évidemment contenue dans ce qui était accordé. Quoi! mieux, disais-je, que tout le reste de l’Eglise ensemble, et que toutes ses assemblées , fussent-elles composées de ce qu’il y a de plus saint et de plus éclairé dans l’univers ? Car tout cela , après tout , ce n'est que des hommes , apres lesquels , selon vous , chacun doit encore examiner. Un particulier croira qu'il pourra avoir plus de raison, plus de grûce, plus de lumière, plus enfin le Saint-Esprit que tout le reste de l’Église I Il fallut que tout cela passât; et je pouvais ajouUr plus que tous les Pères, plus que tous les siècles passés, à reprendre immédiatement depuis les apôtres. Mais, poursuivis-je, s’il est ainsi, comment évitez-vous les inconvénients des indépendants ; et quel moyen reste à l'Église d’empécher qu’il n’y ait autant de religions, je ne dis pas qu’il y a de paroisses , mais qu’il y a de têtes ? Nous avons, dit-il, des synodes, qui sont des moyens d’emp^lier de si grands maux ; moyens non pas infaillibles, mais néanmoins utiles, ainsi que j’ai dit. Car encore qu’un pasteur qui prêche ne soit pas infaillible, son ministère ne laisse pas d’être utile, parce qu’il indique la vérité. Or, une grande assemblée , composée de plus de personnes et plus doctes, fera encore mieux cette indication. Il me semble, monsieur, repartis-je, que vous rapportez tout à l’instruction; or, ce n’est pas précisément l'intention ni f institution des synodes; car souvent un particulier savant donnera plus d’instruction que tout un synode ensemble. Ce qu’il faut donc attendre d'un synode n'est pas tant f instruction , qu’une décision par autorité, à laquelle il faille céder; car c’est de quoi ont besoin et les ignorants qui doutent, et les superbes qui contredisent. Un particulier ignorant, si vous le remettez à lui- même, vous
Sâ3
avouera qu’il ne sait à quoi se résoudre ; et loin d'abattre l'orgueil dans un synode, vous le portez à son plus haut point , puisque vous obligez un [>artictilicrà croire qu’il |>eut mieux entendre f Écriture que tout le synode et tout le reste de l’Église; et le synode lui-uicme, fût-il assemblé de toute rEgll*-e. interrogé par celui dont il examine la foi, s’il n’est pas encore obligé .âexaniiner aprè.s le-viiode, et s’il ne pi-iil p.is arriver que lui particulier entende niieux l’Ecriture que tons les pasteursasscinblés, le synode, inéine universel, selon vous, lui doit déclarer qu’il le peut sans doute. La présomption, monsieur, ne peut pas aller plus loin. Et remarquez, s’il vous plait, que ces assemblées, que vous proposez comme moyens utiles, ne sont plus moyens utiles dès que chacun peut croire qu’il en aura un meilleur, et le seul qui puisse être sûr, c’està-dire celui d’examiner par soi-même, et n’en croire que son jugement. Voilà, monsieur, l’indépendantisme tout entier : car enfin les indé(vendants ne refusent, ni de tenir des synodes pour s’éclaircir mutuellement par la conférence , ni de recevoir ces synodes, quand ils trouveront que ces synodes auront bien dit. Us en ont tenu, vous le savez. Il avoua qu’ils en avaient tenu un pour dresser leur Confession de foi. Un ou plusieurs , il ne m’importe, repartis-je; ils ne les rejettent donc pas absolument, et ils n’y rejettent précisément que ce que vous y rejetez, qui est l’obligation de s’y soumettre sans examiner.
Et sut cela, pour me réduire en peu de paroles, voici quel fut mon raisonnement. Les indépendants veulent bien les assemblées ecclésiastiques pour l’instruction ; tout ce qu’ils no v eulent pas , c’est la décision par autorité, que vous ne voulez non plus qu’eux : vous êtes donc en tout point conformes, et vous n’avez pas dû les condamner. Vous ne voyez donc pas, monsieur, reprit M. Claude, que nous ne nions pas qu’il n’y ait une autorité dans les synodes, telle que fautorité paternelle, telle que l’autorité des magistrats, telle que l’autorité qu’a un maître sur ses disciples, et un pasteur sur son troupeau ; toutes ces autorités ont leur usage , et ne doivent pas être rejetées, sous prétexte que les pères, et les magistrats , et les maîtres peuvent se tromper: il en sera donc de même de l’autorité de f Église. Mais , monsieur, répondis-je , les indépendants ne nient pas l’autorité paternelle, ni l'autorité des magistrats, ni l’autorité des maîtres sur leurs disciples, ou celle des pasteurs sur les troupeaux.- Us ont des pasteurs , monsieur, pour qui ils veulent , aussi bien que vous , qu’on ait quelque défé- \ rence; et à plus forte raison no nieront-ils pas qu’il n’en faille avoir pour tout un synode. Si donc vous les accusez de nier fautorité des synodes , il . fout .ajouter quelque chose à ce qu’ils en croient ; / et il n’y a rien h y ajouter que ce que nous croyons, qui est qu’il s’y faut soumettre sans examiner.
Après cela on fut peu de temps à ne répéter de port et d’autre que les mêmes choses. Ce qu’ayant fait observer à M. Claude, je lui dis : Enfin , monsieur, on disputerait sans fin; cliacuii n’a plus qu’à examiner en sa conscience, et devant Dieu, s il
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CONFF'REN’CE AVEC M. CLAUDE
SC sent capable de mieux entendre rÉeritiiro que tous les conciles et que tout le reste de l'Ealise, et comment un tel sentiment peut s'aceorder avec la docilité et avec l'humilité des enfants de Dieu. J'inculquais en peu de mots quel orRUeil c'éfiit de croire qu’on pût mieux entendre la parole de Dii'ii que tout le reste de l'Lglise, et que rien n'enipücliail après cela qu’il n’y eût autant de religions que de tètes.
M. Claude me dit ici qu’il s’étonnait que celte proposition me parût si étrange , qu'un particulier pût croire qu’il lui pouvait arriver de mieux entendre l’Ecriture sainte que toute l'Église assemblée; que le cas était arrivé , et qu’il pouvait m’en donner beaucoup d'exemples : le premier dans le concile de Rimini, où le mot de consubslanlirl fut rejeté, et l’arianisme établi. J’interrompis, pour lui dire: Où nous jetez-vous, monsieur? Du concile de Rimini, vous nous mènerez au faux concile d’Épbèse, au concile de Constance, .i celui dellûle. à celui de Trente ; quand aurons-nous achevé, .s’il f.mt faire ici pas-ser tous les conciles? Je vous déclare que je. ne veux |H)int me jeter dans cette di.scussion, puisque même notre question peut cire vidée parqiielquechose de plus précis. Mais, piti.s<iue vous avez parlé du concile de Rimini, dites-moi, je vous prie, monsieur, si les Pères de ce concile demeurèrent longtemps dans leur decision erronée *? lié! je crois, dit-il, monsieur, qu’ils en revinrent bientôt. Dites, dites, lui reparti.s-je.qii’aussitôlaprès que l’empereur tlonstanee, protecteur déi-laré des ariens, et persécuteur des lldéles, leur eut permis I de se retirer, ces évêques réclamèrent liantementj contre la violence et la surprise qui leur avait été faite. Ne m’obligez pas, monsieur, à raconter celle histoire, que vous savez aussi bien que moi, et avouez qu’il est injuste de comparer un concile, qui était un brigandage manifeste, aux assemblces tenues canoniquement et selon l’ordre. Hé! monsieur, ne disons-nous p.ns, reprit M. Claude, que le concile de Trente n’a été ni libre ni canonique? Vous le dites, monsieur, et nous le nions; et il n’est |)as question ici de cette dispute. Il est question de savoir si vous pouvez éviter l’indéjiendantisme, (tour me servir de votre terme, que je trouve fort bon ; et s’il y a dans votre doctrine quelque remède contre celte insupportable pré.soinption d’un particulier qui doit croire, selon vos principes, qu’il peut mieux entendre l’Écriture que les conciles universels les mieux asseinblé.s et les mieux tenus, et que tout le reste de l’Église ensemble. Laissons donc, si vous le voulez, reprit M. Claude, le concile de Rimini; voici un autre exemple inconlesUblc: c'est le jugemènt de la Synagogue, lorsqu’elle condamna Jésus-Christ, et déclara par conséquent qu’il n’était point le Messie promis par les prophètes. Dites-moi , monsieur, un particulier, qui eût cru alors que notre Seigneur était le vrai Christ, n’cût-il p.as mieux jugé que tout le reste de la Synagogue ensemble ? Voilà donc un cas indubitable , où
ronpent, sans présomption, faire ce que vous trou vez si présomptueux. Kn effet, |ioursuivit-il, ce n’est pas une [irc.somplion de ne pas donner à l’Église ce qui n’appartient qu’à Dieu seul. On ne lui peut rien donner de plus grand , que de le croire à i’aieugle, comme vous voulez qu'on croie l'Église. Mais vous savez que saint Paul , pour le moins autant inspiré que l'Église, ne laisse pas de déclarer aux Corinthiens qu'il ne veut point dominer sur leur foi’. L'Église le doit encore moins faire que lui. Il ne faut donc ]>as croire sintplenient sur sa parole ; il faut examiner après elle, et sc servir de sa raison , comme firent ceux de Déroé, qui examinaient les Éicritures’, pour voir si les choses y étaient comme saint Paul les avait préchées.
Qu.and M. Claude se fut tu : Voilà, dis-je, bien des choses; mais il faut premièrement reprendre cet exemple inconlcstahlc que vous nous avez promis. .Sur cela je lui remontrai que l’Église, chrétienne avait de grands privilèges au-dessus de la .Synagogue, même à considérer la .Synagogue dons le temps de sa plus grande gloire : mais , sans parler deccla. que e’i lait une étrange chose de comparer la Synagogue tombante, au point où .son endurcissement et sa réprobationétaient marqués clairement par les prophètes, avec l’flglisc chrétienne, <pii ne doit jamais tomber. Mais enfin , monsieur, reprit-il, on eût pu faire alors à ce particulier le même argument que vous nous faites, .alléguer les prophéties, ce n’était rien ; car c’était de l'application de ces prophéties à Jésus-Christ que la .Synagogue doutait. Ain-si, un particulier no pouvait plus croire en Jesus-tJirist, .sans croire en même temps -ou’il enlcnd.ait mieux l’Écriture que toute la .Synal^guc; cl voilà l’argument que vous nous faites.
Il y avait peu de monde dans la conférence, et tons étaient huguenots, excepté madame la maréchale de Lorges. Je vis deux de ces messieurs sc regarder en cèl endroit l’un l’autre avec complaisance. Je fus touché qu’un raisonnement si visihlement mauvais fit une telle impression sur ces esprits; et je priai Dieu de me faire la grâce de détruire , par quelque chose de net, la comparaison odieuse qu’on faisait de son Église toujours bien-aimée avec la Synagogue infidèle , dans le moment qu’il avait marqué pour la répudier.
Vous dites donc, monsieur, dis-je à M. Claude, querargiiment que je fais peut autoriser l’erreurdes particuliers qui condamnaient Jésus-Christ sur la foi de la Synagogue ; et au contraire condamner de présomption ceux qui crurent Jésus-Christ seul , plutôt que la Synagogue tout entière. Oui , monsieur, la chose est ainsi ; et il ré|>éla de nouveau son raisonnement. V oyons, dis-je, si mon argument a celle malheureuse conséquence. Il consiste à dire , monsieur, qu'en niant l'autorité de l'Église , il n’y a plus de moyen extérieur dotu Dieu se puisse servir pourdissi|ier les doutes des ignorants, et inspirer aux fidèles l'humilité nécessaire. Afin qu'on pût faire un tel argument du temps que Jésus-Christ
• Je devais dircfgwivogMrrt iwi/wr/.iùr, pluldl qu’crnvavr-
• JJ. Cor. I, 24. — » MJ. IVII, 11.
SUU LA MATIÈRE DE LKOÜSE. 556
fut condamné « il faudrait dire qu'il n'y avait alors aucun moyen extérieur, aucune autorité certaine. à la(iuelle on dût némsaireinent céder. Or, inoiv sieur, qui le peut dire, puisque Jésus Christ él.iit sur la terre, c’est-à-dire la vérité même, qui paraissait visiblement au milieu des hommes; le Fils étemel de Dieu, à qui une voix d'en haut rendit témoietnage devant tout le peuple : id mon
l-'ils bien aimé, écoutez-(e * ; qui , pour confirmer sa mission, ressuscitait les morts, gucrissnit tes aveugles nés, et faisait tant de miracles, que les Juifs confessaient eux-mêmes que jamais homme n'en avait tant fait? 11 y avait donc , monsieur, un moyen extérieur, une autorité visible. Mais elle était contestée, il est vrji ; mais elle était infaillible. Je ne prétends pas, monsieur, <(ue rniitorité de l’Èglise ne soit jamais contestée ;je vous écoute, vous, monsieur, qui la contestez ; mais je dis qu'elle ne doit pas l'ctre parles ebréliens. Je dis qu’elle est infaillible; je dis qu’il n’y eut jamais aucun temps ou il n'y ait eu sur la terre une autorité visible et parlante, à qui il faille céder. Avant Jésus-Christ nous avions la Syna202uc;au point que la Synagogue devait défaillir, Jcsus-Chrisl parut lui-méme; quand Jésus-Christ s’est retiré, il a laissé son Église, à qui il a envoyé son Saint Esprit. Faites revenir Jésus-t^hrisl enseignant, prêchant, faisant des miracles, je n'ai plus besoin de rCglise: mais aussi ôtez-moi l'Eglise, il me faut Jésus-Christ en personne, parlant, prêchant, dccidaul avec des miracles, et une autorité infaillible. Mais vous ave/ sa parole. Oui, sans doute, nous avons une parole sainte et adorable; mais qui se laisse expliquer et manier comme on veut, et qui ne réplique nen à ceux qui l'entendent mal. Je dis qu'il faut un moyeu extérieur de sc résoudre sur les doutes, et que ce moyen soit certain. Et sans recommencer les raisons déjà alléguées , maintenant qu'il ne s'agit que de répondre ü votre objection sur l'erreur de la Synagogue qui condamnait Jésus-Christ, je disque tant sVn faut que vous puissiez dire qu'il n'y eût point alors de moyen extérieur assuré, ni d’autorité parlante à laquelle il fallût soumettre son jugement; il y en avait une, la plus haute et la plus infaillible qui fut jamais, qui est celle de Jé.xus- Christ; et ainsi qu'il n'y eut jamais de temps où l'on pût moins faire rargument dont je me servais contre les protestants, qui est qu'ils manquent d'un moyen extérieur infaillible pour terminer les doutes sur les Ecritures.
Après que j'eus dit ces choses, je sentis qu'il n’y avait rien à me répli<)ucr. En effet, on ne me dit mot sur tout cela , quoique je me tusse pour écouter ce qu'on aurait à réjiondre.
Je ne veux pas dire par la que M. Claude soit demeuré muet. C'est un effet qu’il ne faut gui're alleodredans les conférences de cette nature, llrépéia quelque chose de ce qu'il avait déjà dit, et insista de nouveau sur ce que l’apotre lui-mcine avait déclaré qu’il ne dominait pas sur les consciences.
• Mattk. III, 17.
Je fus ravi qu'il revînt a cc passage, que j'avais eu dessein d'expliquer d’abord ; mai.s il fallut aller au plus pressé, qui était l’exeinple de la Svnr.s»ogue. Ola étant fuit, je demandai .seulement à M. Claude si, quand l'apotre avait dit aux Corinthiens : Aoinv ne duminunx pas sur votre foi, il voulait dire qu’il fallait examiner après lui. Il vit bien que non, et l’avoua. Je conclus : L'Eglise, monsieur, ne prétend non plus dominer à la foi, qu;md elle veut qu’on l'en croie dans ses décisions, parce qu'elle ne se donne pns cette autorité par elle-même, non plus que .saint Pau), mais au Saint-Esprit qui l'inspire. Vous égalez donc, dit M. Claude, à saint Paul, auteur de révélation , l’Eglise, qui n'en est que simple interprète? Non, monsieur, repartiS'je , je n'égale pas l’Eglise à saint Paul ; mais je dis que prétendre qu'on en doive être cru sans examiner, quand oti croit agir seulement comme un in.nrument dont le Sainl-Ksprit se sert, ce n'est pas dominer sur la conscience, cotnnie l'exemple de saint Paul le démontre. .\u reste, je ne prétends pas ég.nler raiitorité de l’Eglise à Fautorilé apostolique. Les a|M»tres étaif>nt auteurs de révélation, comme vous l'avez fort bien dit , c’est-à-dire «ju ils avaient reçu les premiers les vérités qu'il plaisait à Dieu de révéler de nouveau : l’Eglise n'est qu’inlcrprètcctiicposilaire. Mais en sauv ant celte différence essentielle entre le.s apôtres et l'EglLsc, je dis que l'Eglise est autant inspirée pour interpréter, que les apôtres pour établir; et que, lenanl la grâce d’interpréter du même Isspril qui a donné la première révélation aux apôtres, elle ne domine non plus sur h's conscieuce.s en interprétant, que les apôtres en établi.ss,'tnt ; mais c|ue les uns et les autres y fontdominer le Saint-Esprit, sidon la mesure qui est donnée .à cliacun. Il faudrait prouver, dit M. Claude, que l’Eglise a re^u unepareille grâce. Il ne faut point prouver, repris-je aussitôt; il faut seulement montrer que le {massage que vous alléguez ne conclut pas.
A cela il ne fut rien dit. Mais, si je m'en souviens bien, M. Claude exagéra un peu combien il était étrange que nous voulussions obliger les hommes à croire l’Eglise, comme Dieu njême, sur sa simple p.irolc, sans se servir, pour interpréter l’Ecriture sainte, de la raison que Dieu même nous avait donnée ; ejue ce n'étüit pas ainsi qu'avaient fait ceux de Béro<‘; et que rapùire, selon nous, aurait eu grand tort de leur laisser examiner scs prédications.
Je répondis qu'il y avait une extrême’différence entre les lideles déjà enfants de l'Eglise , et soumis à son autorité, cl ceux qui doutaient encore s'ils eulrer.iientdaiis son soin : que ceux de Béroé étaient dans ce dernier état, et que l'upûlre n’aurait eu garde de leur proposer l'autorité de l'Eglise , dont iis doutaient : mais que ce n'était pas de la même sortequ'onavait instruit lesfidèh‘saprèsleconcilcdc Jérusalem. Là, lesapôtresdéddeiitparruutorité du Saint-Esprit : Il a semblé bon , discut-ils , au Saint t'spritet a nous', (^ue font après cela Paul etSilas,
• .ti l. M , -iî*.
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CONFKUtNCE AVilO M. CLAUDE,
porteurs delniotlrc(lucüncile?/^/;«rco«rai>«< /r« |
ï\{jlîses , oomme ii est éeril dans les Arles* : Quoi, | pour y faire examiner lo décret du concile de Jériisa'lriii?C>iUêlé examiner après leSaint-Esprit même. Quoi donc? parcouraient hx t'jjViscs ^ leur enseUjnanlilf garder ce gui arait été jugé fmr les apôfrea et ira and nu dans Jêrn'iainn. Voilà Tordre : IVxatnen dans le coneüe; l'olu i<snnce sans examiner après la d<*cision; rexaiiien à ceux de Béroé, c’esl-à-dire à ceux qui, nVlanl point dans T^:t;lise, iTmU point encore d’autorité qui les , rè;/lc; sounussion sans cïaininer à ceux qui , ^ étant déjà dans l’Culise, nont qu’à écouter ses ' décrets. Cest là leur iMmheur, d’être dans un ■ corps qui , conduit parle Sainl-Kspril, ne se puisse jamais tromper, et d’èlre délivrés par là du péril d’un examen dont la fin serait peut-être Terreur. , Il V avait déjà près de quatre heures que la cou- ' férence durait. J’avais déjà, de Taveu de M. Claude , une des propositions «pie je voulais lui faire confesser , c’esl-à-dire, quechaque particulier doit croire qu’il peut mieuxenlendre TÊcrItiire .sainte que les conciles universels, et que tout le reste de l’Église.
Il fallait encore qu’il avouât Taulre proposition non moins importante, et voici comme Dieu Ty conduisit.
Comme il avait beaucoup parlé «le celle domination de l’Église sur les consciences , répétant trois ou quatre fois que nous lui rendions le res- . pecl qui n’etait dil qu’à Dieu seul, quand nous la croyions sans examiner, je dis qu’il ne fallait ’ point trouver si étrange une chose qu’ils faisaient aussi bien que nous ; et sur cela je demandai si : un fidèle , qui recevait la première fois des mains i dcTf^lise TÉcrilure sainte, était obligé à douter, et ensuite à examiner si le livre quelle lui mettait en main était véritablement inspiré de Dieu, ou non. Si ce fidèle examine et doute, il , renonce à la foi , et il commence la lecture de TÉ- , vangüepar un acte d'infidélité; et s'il ne doute pas. il reçoit donc sans examiner l’autorité de TÉglisc qui lui présente l’Évangile.
A cela , voici la réponse de M. Claude. fidèle que vous supposez qui n'a pas lu l'Écriture sainte, et à qui on la met en main, à proprement parler, ne doute pas ; U ignore : il ne sait ce que c'est que cette Écriture qu'on lui dit être inspirée de Dieu. Il a OUI dire à sou père , et à ceux qui l’ont instruit , qu’elle était divinement inspirée : il ne connaît encore d'autre autorité que celle-là ; et pour ce qui est de l’Écriture, il ne sait ce que c'est. Ainsi on ne peut pas dire qu'il soit infidèle ni incrédule. Et je vous prie , monsieur, dit-il , que je vous fasse sur Tf^lise le même argument que vous me faites sur l’Écriture. Le fidéleàqui on proposeTautoritéde l’Église, ou il la croit sans examiner, ou il en doute. S’il doute, il est infidèle : s'il ne doute pas, par quelle autre îuitorilé est-il assure? L’autorité de Tflglise, vst-ce une chose évidente par elle-même , et ne fautil pas la trouver par quelque examen? Voilà votre
* Jet. XVI, 4.
difficulté que vous avez a résoudre, aussi hi«>î) que moi : ou quitton.s-la tous deux , uu la résolvons tous deux enseinhie. Je vous déclare, pour moi, que je répondrai p'uir l’Écriture ce «fue vous me répondn*/ pourTLglise.
Je vous entends , répondis-je : mois avant que je vous explique cninmml le chrétien croit à TÉglisc , il faut bien établir le fait dont il s'agit. rVest-il pa.s constant, monsieur, parmi vous, aussi bien que parmi nous, que lorsqu’on montre l’Écriture sainte aux enfants qu'on élève dans l'Église, on la leur montre oomme un livre inspiré de Dieu? et je demande s'ils ne peuvent p.is, quand ou leuren faitllro quelque chose, avant que de commencer, faire cet acte de foi : Je crois certainement gne ce que je wVn tais tire est I t parole de Dieu. M. Claude répondit ici , que ceux dont je lui parlais n’avaient point encore de foi divine sur Tautorité de l’Écriture; tnnis une simple persuasion liumaine, fondée surla deférenee qu’ils avalent pour leurs parents, et qu’ils n’étaient que catécimim-nes. Caléi'liu mènes , monsieur? il ne faut pas, s’il vmisplaît, parler ainsi. U i sont chrétiens, ils sont baptisés; et ils ont en eux le Saint-Esprit et la foi infuse; il.s sont dans l’alliance, selon vous; ils ont reçu le baptême, comme un sceau de Talliance à laquelle ils sont admis; et comme Talliance est scellée en eux par ce sceau extérietir du baptême, le SainDEsprit la scelle intérieurement dans leurs coeurs. Reconnaissez votre doctrine. .Sur cela , dit M. Claude , vous savez qu’on pourrait'contestcr; mais j'avoue ce que vousdites. Hé bien! donc, s’il est ainsi, repartis-je, ils sont, par la grâce du .Saint-Esprit et la foi infuse, en état de faire un acte de fui , quand la foi leur sera préchée ; et je demande si quand on leur montre T Ecriture, reconnue par toute TÉglise pour la parole inspirée de Dieu , ils ne sont pas en état de faire , avec toute l'Église, cet acte de foi : Je crois que celte Écriture est ta parole de Dieu , comme je crois que Dieu est. M. Claude ne voulut jamais avouer cela , et il répondit toujours qu’ils n’avaient encore , sur l'Écriture , qu’une persuasion humaine , et que la foi divine ne leur en viendrait que lorsqu'ils l'auraient lue. S'ils n’ont, dis-je , qu'une persuasion humaine, ils n'ont qu’une persuasion douteuse; et par conséquent ils doutent de ce qui est , selon vous , tout le fondement de la foi : en un mot , ils sont infidèles. ?lon , ditil , ils sont simplement ignorants ; et il faut bien que vous en disiez autant de la fui qu'on n en TÉglise :
I car ce u’est pas une affaire de petite discussion , de ! discernerquelleest la vraie Église; et avant qu'un ' soit en état de le savoir par soi-méme, on l'ignore, ou Ton n’en a tout au plus qu’une simple peisuasion bumaiDc,sur la foi de ses parents. Ainsi, encore une fois, ce que vous direz sur TÉglise, je vousle dirai sur l’Écriture. Voyons, monsieur, repris-je, si vousle direz, ou si vousnurez raison de le dire. Vous m’avouez donc qu’un chrétien baptisé, qui n’a pas lu ni entendu lire TÉcriturcsainte, n’i'St pas en état de faire cet acte de fui ; Je crois que cette Écriture est la parole de Dieu y comme je crois que Dieu est. Voilà un terrible inconvénient, qu’un iidrieue
SUR IJi MATIERE DE L’ÉGLISE.
puisse pas faire un acte de foi si essentiel. Cela n'est point parmi nous : car le fidèle qui reçoit l'Écriture saintedes mains de l'Église, fait avec touterÉglise cet acte de foi : Je croîs, comme je crois que t)ieucst, que cette îlcriture esUa parole de celui en qui je crois. Et je dis qu’il ne peut faire cet acte de foi, que par la foi qu'il a déjà à l’autorité de l'Église qui lui présente l'Ecriture. Il faut ici, poursuivis-je, expliquer à fond, maissimplemrnt toutefois, dans quel ordre sont instruits les cliréliens de la vérité de l'Écriture. Je ne parle pas des infidèles, je parledes chrétiens baptisés ; et je tous prie qu’on remarque bien cette distinction. Il y a deux choses ici à considérer. L'une est : qui nous in.spire l'acte de foi par leifuel nous croyons l’Ecriture sainte comme parole do Dieu ; et nous convenons que c'est le Saint- Esprit : sur cela nous sommes d’accord. L'autre cliose à etmsidérer, c’est de quel moyen extérieur le Saint Flsprit se sert pour nous faire croire l'Écriture sainte: et je disque c'est l'Église. Qu'ainsinc soit, il n'y a qu’à voir le Symbole des apdtres , c’està-dire la première instruction que le Qdèle reçoit : n n’a pas lu l'Écriture sainte, et déjà il croit en Dieu, et en Jésus Christ, et au Saint-Esprit, et l'Égli.se universelle. Ointe )uipar]epointderÉcriture;rnais on lui propose de croire l’Église universelle, aussitôt qu'on lui propose de croire au Saint-Esprit. Ces deux articles entrent ensemble dans son cœur, le Saint-Esprit et l’Église; parce que qui croit au Saint-Esprit croit aussi nécessairement l'Église universelle, que le Saint-Esprit dirige. Je dis donc que le premier acte de fol que le Saint-Esprit met dans le cœur des chrétiens baptisés, c'est de croire avec le Pere, le Fils , et le Saint- Esprit , l'Église universelle; et que c’e.>t là le moyen extérieur p.ir lequel le Saint-Esprit insinue dans les cœurs la fui de l'Écriture sainte. Si ce moyen n’est pas certain , la foi en l’Écriture sera par conséquent douteuse. Mais comme le catlmiique a toujours trouvé ce moyen certain , fi n'y a aucun moment où il n'ait pu dire : Je crois , comme je crois que Dieu est, que Pieu a parlé au.t hommes, et que cette Lcrilure est sa parole, YX la raisun pour laquelle il peut faire d’abord cet acte de foi, c’est qu’il n'a jamais doute de l'autorité de l'Église, et que c’est la première chuse que le Saint-Esprit lui a mise dans le cœur, avec la foi en Dieu et en Jésus-Christ.
Quant à ce que vous me demandez cornmeni il croit à l’Église, ce n'est pas la précisément notre question : il suffit que nous voyions qu'il y croit toujours; puisque c’est la première chose que le Saint-Esprit lui met dans le cœur, et que c'est le moyen extérieur par lequel il lui fait croire l'Écriture sainte, Elcriturc dont j| n'a garde de douter Jamais, puisqu'il n'a jamai.s douté de l'Égli.se qui la lui présente. Voilà, monsieur, notre doctrine; et parce que celte doctrine n'est pas la vôtre, vous tombez nécessairement dans i’inconvénient que j'ai marqué : parce que vous ne croyez pas l'autorité de l'Éplise comme une chose qui ue |)cut manquer, on vous marque un point où vous ne pouvez faire un
acte de foi sur l'Écriture, cl où , par consé(|ueRt, vous cessez d'ôlre fnléle.
M. Claude me dit ici que renfunt qui récitait le Symbole parlait comme un perroquet , sans entendre ce qu'il^disait; et qu'ainsi il ne fallait pas insister beaucoup sur cela : et qu'au reste, j’avançais gratuitement que croire l'Église universelle fdt le premier a<‘te de foi que le Saint-Esprit mettait dans le coeur duchrétien baptisé, pour lui insinuer parce moyen la fui en rÉx;ritijre sainte: enfin, que Je ne répondais pas à ce qu'il me demandait sur l'Église, ni comment nous commencions à y croire; car, dit-il, le Saint- E.spril est le principe de croire , et non le motif de croire : qu’il fallait donc que j’expliquasse comment nous croyions à l’Église, et par quel motif;etquede la manière dont J’en parlais, il semblait qu’on y crût par enthousiasme , et sans aucune raison qui nous induisit à le faire.
Je répondis sur cela que je ne prétendais pas qu’on crOt à l'Église par enthousiasme; qu’il y avait pour la reconnaître divers motifs de crédibilité que le Saint-Esprit suggérait à ses fidèles comme il lui plaisait; qu’il ne les ignorait pas; mais qu'il n'était pas question d'en parler ici. Il s'agit de savoir, disaisje, si le moyen extérieur, dont le Saint-Esprit sc sert pour nous faire croire l'Écriture sainte, n’est pas l'autorité de l'f^lise. Je ne parle pas gratuitement , quand je dis que c’est la première chose que le Saint-Esprit met dans le cœur des chrétiens baptisés; car, dès le Symbole, on leur parle de l’Eglise universelle, et on la leur pro|>ose à croire, sans leur parler de l‘ï!criturc. Il ne sert de rien de dire que les enfants ré(ætcnt d'abord comme des perroquets, et le Symbole, et le nom de l’Église nniverselle. Laissons, di-iats-je, le perroquet, qui ne parle que par mémoire : venons au point où le chrétien a l’usage de h raison , et où il peut faire un acte de foi. Par où commencera-t-il, si ce n'est par où on a commencé de l'instruire? Il croit donc rÉirlîs(Miiiiversclle, avant que dccroirefÉcrilur.’. Eneffel. faites lire, je ne dis pas à un enfant , mais â quelque homme que ce soit, le Cautique des cantiques, où il n’est parlé de Dieu ni en bien ni on mal : de bonne foi , il ne croit ce livre inspiré de Dieu qu'a cau.se de la tradition , premièrement de la Synagogue, et secondement de l’Egiisc chrétienne, e’est-.Vdire, en un mot, par l'autorité de l’Église universelle. Mais tenons-nous a noire point. Ucgarüons le chrétien nu moment qu’on lui propose l'Écriture s;iinte comme parole de Dieu. C’est le Saint- Esprit qui le lui fait croire; nous .sommes d'accord de ce point : mais nous disputons du moyen extérieur dont le Sainl-E<prit sc sert. .le dis que c’est l'ÉaHse, puisque c’est elle, en efTct, qui lui propose l'Écriture sainte; puisqu’il a cru l'Elglise devant que d'ouïr l'Écriture; puisqu'eii ouvrant l’Écriture, il est en état de dire : Je crois cette Écriture, comme je crois que Dieu est. Vous dites qu'il ne peut pas faire cet acte de fol : il n'est donc pas fidèle, et son b.ipu’nie ne lui sert de rien. Il faut l’instruire conune un iundeic,en lui disant : « Voilà rÉcriturc que je crois inspirée de Dieu;
co>Ff:ni:NCK avkc m. ci.aîîde,
• lis, iHon enduit, ex^tmiiic, vois si c’est la vé-
• rilé même, ou une fable. L’Kglise la croit inspi-
• fée de Dieu; mais l’Kglisese peut tromper, et tu
• n'es pas on êlat de faire avec elle ct l acte de foi : « Je crois, comme je crois que Dieu est, que c’est
• lui-même qui a inspiré cette Ecriture. • Si cette manière d'instruire fait horreur aux chrétiens, et mène mniiifest émeut à l’impiété, il faut que le chrétien puisse faire d'ahord un acte de foi sur l'Eeriture que l'Eglisi* lui profwse ; il faut par conséquent qn’ll ernieque l'Église ne se Irompepasen lui donnant cette Écriture. Comme il reçoit d'elle rCcriture, il en reçoit dVllf-même l'interprétation: cl elle ne domino non plus sur les consoirneos , en obligeant ses enfants à croire scs interprétations sans examiner, qu elle y domine en les obligeant à croire sans examiner l’Écriture même.
Par cet argument, monsieur, leprit \1. Claude, vous feriez conclure chacun enfayeurde son Église. I.es Grecs, les Arméniens, les Éthiopiens, nousmêmes, que vous croyez dans l’oiTeur, nous sommes néanmoins baptisés; iiousnivods par le baptême, et le Saint-R.sprit, et cette foi infuse dont vous venez de parler. Chacun de nous a reçu I‘Écriuirc sainte de TÉglispoii Üa été baptisé : cltaciin la croit la vraie Église énoncée dans le .Symbole; et dans 1« commencements on n’en connaît pas même d'autre. Que si , comme nous avons reru sans examiner rÉcritures.iiiite delà main de celte Égliî^e où nous sommes, il nous en faut aussi, comme vous dites, recevoir a l’aveutîlo toutes les interprétations ; c'est un .irgument pour conclure que chacun doit demeurer comme il est , et que toute religion est lionne.
C’étidt en vérité ce qui se potivait objecter de plus fort; et quoique la solution <le ce doute me partît claire, j’étais en peine comment je pourrais la rendre claire à ceux qui m'écoutaient. Je ne p.trlais qu’en tremblant, voyant qu’il s’agissait du salut d'une .ime; et Je priais Dieu , qui me faisait voirsi clairement la vérité,, qu'il me donnât des paroles pour la mettre dans son jour : car j’avais affaire à un homme qui éi'outait patiemment, qui parlait avec netteté et avec force, et qui ciiliii poussait les difficultésaux dernières précisions.
Je lui dis que, premièrement , il fallait distinguer leur cause d’avec celle des Grecs, des Arméniens, et des autres qu’il avait nommés, qui errent à la vérité en ce qu’ils prennent une f.iusse Église pour la vraie Église; mais qui croient du moins comme indubitable qu’il faut croire à la vr.nie Église, quelle qu’elle soit, et qu’elle ne trompe jamais ses enfants. Vous êtes, lui disaisje, bien pIusàTccart; car je vous puis reprocher, non-seulement que, comme les Grecs et les Éthiopiens , vous prenez une fausse F.glise pour la vraie; mais, ce qui est incontestable, et ce que vous nous avouez, que vous ne voulez pas même qu'on on croie la vraie. Après cette distinction, qui m’a semblé nécessaire, venons à votre difficulté. Distinguons dans la créance des Grecs , et des auües fausses Églises , cc qu’il y
,1 de vrai , ce qu'flb'S ont de commun avec b vraie i' glise universelle, en un mot , ce qui vient de Dieu d'avec ce qui vieut de la prévention humaine. Dieu met, par son .S.iint-Ksprit, dans le cœur de ceux qui sont )>aptisé.s dans C(>s Églises, qu’il y a un Dieu,clim Jésus-ClirUl, et un Saint-Esprit. Jusque» ici l’erreur n’y est pas; tout cela est de Dieu . n't«t-il pas vrai ? il en convint. Ils croient qu’il s a aus»i une Église universelle : n’oot-ils pas raison en eeln , cl n’esl-ce pas une vérité révélée de Dieu qu’il y en a une en effet.=* J’attendis l’aveu ; et après qu’il eut été donné, j’ajoutai que h*s Grecs et les Éthiopiens étaient disposés à croire, sans examiner, tout ce que la vniie Église leur proposait. Cest ce que vous n’approuvez pas, monsieur : en cela vous vous éloignez de tous les autres chrétiens, qui croient unanimementqu’il V a une vraie flglisi'qui ne trompe jamais ses enfants. Moi , qui crois cela avec eux, je compte celte créance parmi les choses qui viennent de I)ien : mais voici où commencent les préventions humaines. C’est que ce baptisé, séduit par ses pamU.sel par ses pasteurs, cniit qucl’Égliso où il est, est l.i véritable; et il attribue en particulier à celte fausse Église tout ce que Dieu lui fait croire en général de la vraie. O u’est pas Je Saint- Kspritqui lui met cela dans le cœur: n'est-il pas vrai? Il est vrai , sans doute, bin cet endroit il contineiieeà croire mal. Ici donc commence rmeurici la foi divine, infuse par le baptême, coinmekce à périr. Heureux ceux en qui les préjugés humain.s sont joints à la vraie eréance que le Saint-Esprii met dans le cœur! ils sont exempts d'une grande tentation, etdcla [leiire terrible qu’il y a à distjrguer ce qui est de Dieu dans la foi de leur Église, d’avec ce qui est des hommes. Mais quelque peine qu’aientleshommesàdistinguercesclioses. Dieu les connaît et les distingue; et il y aura une éternelle différence entre ce que son Saint-Esprit met dans le cœur de.s baptisés, quand il les dispose intérieurement à croire la vraie Église, et ce que les préventions humaines y ont ajouté en attachant leur esprit à une faus.se Église. Comment ce.s baptisés pourront démêler ces choses dans la suite, et par quels moyens ils peuvent sortir de la prévention qui leur a fait confondre l’idée de la fausse Église où ils sont , avec la foi de la vraie Église que le Saint- Esprit leur a mise dans le cœur avec le Symbole; ce n’est pas de quoi il s’agit; et il suffit que nous ayons vu dans tous les baptisés une créance de l’Église qui leur vient de Dieu , distinguée de la pensée qui leur vient des hommes. Cela étant, je soutiens qu’à cette créance de l’Église , que le Saint-Esprit nous met dans le cœur avec le Symbole, est attachée une ferme foi ; qu’il faut croire cette Eglise aussi certainement que le Saint-Esprit, à qui le Symbole même la joint immédiatement; et que c’est à cause de celle foi à l’Église que le fidèle ne doute jamais de l’Écriture.
Je m'arrêtai un moment pour demander si on m'entendait. M. Claude ré[>ondit qu’il m’euteudalt parfaitement. Et si cela est, lui dis-je , vousdevei
Sun L.\ MATIKRE DK I/KOMSE.
voir rînronMmu’nt oi'i vous jeUc voire creance, fl vous devez voir aussi que je n’y suis pas dans la mienne. Vous dites que non-seuleni<^nt il ne faut pas croire la fausse Eglise , mais qu’il ne faut pas même croire la vraie» sans examiner ce qu’elle «lit ; et vous parlez en cela contre tout le resie de.s ehretiens. Mademoiselle de Duras inh'rroinpit en ce lieu ; Voilà, dit-elle, à quoi il faudrait n-pondn' par oui et par non. .le le dis en eff«*l, reprit M. Claude, et je n’ai point hésité à le dire d'ubnrd. Tant mieu.v, repartis-je : on va bientôt voir qui a raison de nous i l en IVlat de clarté où les choses ont été mises , par nos disi'ours réciproques, le faible pantlra bientôt <!e part ou d'autre. Dès que vous posez pour certain que l’Eglise, même la vraie, nous peut tromper, le fidèle ne peut pas croire, sur la seule foi de rEglise, que rKcrilurc est la parole de Dieu. 1! le peut croire d'une fol humaine, reprit !M. Claude, mais non pas d’une foi divine. Or, la foi humaine, repris-je, est toujours fautive et douteuse : il doute donc si celle Ecriture est inspirée de Dieu ou non. M. Claude me pria iei de me souvenir de ce qu'il m'avait déjà dit, qu'il n’était pas dans le doute, mais dans l’ignorance. Comme un homme, dit-il, qui ne se connaît pas en diamants, qu’on lui demande, en hiien montrant quelqu'un, s’il croit ce diamant bon ou mauvais; il n'en sait rien, et ce qu’il a n'ret pas un doute, mais une ignorance. De même, quand un maître enseigne quelque opinion de philosophie , le disciple, qui ne sait p:is ciieoreec qu'il veut dire, n'a pas de doute formel; il est dans une simple ignorance. AiiiM en est-il de ceux à qui on donne la première fols l'Ecriture sainte. Kt moi, dis-je, je soutiens qu’il doute, et que celui qui ne se connaît pas en diamants doute, .si celui qu’on lui présente est bon ou mauvais , et que Je disciple doute, avec raison , de tout rc que lui dit son maître de philosophie, jusqu'à ce qu’il y voie clair, parce qu'il ne croit pas son maître infaillible; et que. par la même r.iison, (vliii qui ne croit pas l'EgItse'mfaillible doute de la vérité de la parole de Dieu qu’elle lui propose. Cela s'appelle iguormiee, (t non p.is doute, disait toujours M. Claude; et moi je fis cet argument : Douter, c’est ne savoir pas si une chose est ou non : le chrétien dont nous parlons ne sait si l’Ecriture est véritable ou non, il en doute donc. Dites-moi , qn’est-ce que douter, siceu’estne savoir pas si une chose est ou non.* A cela nulle réponse, sinon ce chrétien ne doutait en aucune sorte de l Ecritui'e, mais qu'il l'ignorait seulement. Mais, disais-je, il n’est pas comme un infidèle , qui n'en a peut-être jamais oui parler. Il sait que l’Evangile de saint Matthieu et les Épîtresde saint Paul sont Uip.s dans l'Eglise comme parole de Dieu , et que tous les fidèles n'en doutent pas. Peul-il croire avec eux, aussi certainement qu’il croit que Dieu est, que cette parole est inspirée de Dieu? Vous avez dit qu’il ne f>eut pas faire cel acte de foi : qui ne peut faire un acte de foi , sur un article qu’on lui propose , fait du moins, pour ainsi parler, un acte de doute. M. Claude répon-
dait toujour.s qu’il était d.ms une pure ignurauce. Kh bien! laissons là le.s mois ; il n'en doute pas, si vous voulez: mais il m* sait si celte fx’rilurc est une vérité ou une fable; il ne sait si l'Evangile est une histoire inspirée de Dieu , ou un conte invente pnr les hommes. Il ne peut donc pas, sur ce point, faire un wte de foi divine, ni dire : Je crois, romme Dienext, (/ue l'Ernmjitc eut de Dieu m.'me. IS’.îvouez-vous pas qu’il ne peut faire ccl aelc, et qu’il n’a autre chose qu’une foi humaine? Il avoua encore franchement (|u’il n'y connai.ssait autre chose. lié bien! monsieur, c’est assez. Enfin donc il y a un point où tout chrélien baptisé ne sait pas si l’Evangile n'esl pas une falde : on lui donne cela à examiner : voil.à où il en faut venir quand on donne à examiner après l’Eglise. Ou peut discourir sans fin : nous avons tout dit de p.irt et d’autre, et on ne ferait plus que recommencer. C’est à chacun à examiner en sa conscience comment il peut soutenir qu’un chrétien banlisé doive avoir été un moment sans. savoir si l’Evangile est une vérité ou une fable , et qti’ü f.»illc , entre les autres questions qu’on i>eut faire dans la vie, lui donner encore celle-là à examiner. Il me parut, à la contenance de mademoi<elle de Duras, qu'elle m’avait entendu : j'attendis |>ourtant un peu; et M. Claude se leva.
Mademoîselledc Durasse leva avec nous, et nous dit en s’apprm’hant : Mais je voudrais bien, avant qu'on se retirât, qu’on dit quelque chose sur la séparation. La chose est faite, lui repartis-je. Du niomiul qu'il est certain qu’on ne peut examiner après l'Eglise sans tomber dans un orgueil insupportable, et -sans douter de l’Evangile, il n’y a plus rien a dire. CJiaeun ti’a plus qu'à considérer s'il veut qu’on doute un seul momentde l'Evangile, et encore s’il se. sent eap.ih!e de mieux entendre l’Ecriture que tous les synodes du monde, et que tout le reste de l'Eglise universelle. Mais, puisque mademoiselle souliaile quelque particulier éclaircissement sur la séparation , je vous prie, dis-je à M. Claude, donnez-moi encore un moment. Je vous vais pro|K)ser des faits essentiels, dont U faudra, si je ne me trompe, que vous conveniez bientôt. Je vous demande, monsieur, si les ariens SC sont séparés de l'E^'lise, et si leur secte, quand elle parut , n'était pexs nouvelle? Ils ne se sont pas, dit-il . séparés de l'Eglise; ils l'ont corrompue. Il se mit à représenter, avec beaucoup d’exagération, comme ils avaient entraîné toute l’Eglise. Cela n’est pas ainsi, monsieur : vous savez que saint Alhanase, saint Kasile. saint Grégoire de Nazianze, tant d'aulre.s saints évêques, tenaient pour la vérité, et qu'un grand peuple les suivait. Vous savez que tout rOccidcnt,el Rome même, malgré la chute de Lil>érius, était orthodoxe. Mais laissons tout cela, lui dis-je : en quelque nombre qu'ils se soient séparés, il y avait une Eglise devant eux, avec qui ils ont rompu , et contre qui ils ont fait une autre Eglise, ^on, dit-il, ils l’ont corrompue, lié! monsieur, quelle difficulté est-ce là? Tous les hérétiques ne se sont jamais séparés qu'en corrompant
400 CONFEÏIENCE AVEC M. CLAUDE,
quelquM'Uns des enfants de l'Eglise, et se séparant avec eux de l’Eglise où ils avaient tous été baptisés. Mais enün , dites-moi , monsieur, la secte des ariens, et cette Église qu'on nomme arienne, n'élait-t'Iie pas nouvelle ? Si vous voulez dire , monsieur, me repartit-il, qu'Arius ait parlé le premier contre la divinité du Fils de Dieu, il n'est pas vrai. Origène devant lui, et Justin, martyr, avaient dit la même chose. Ah! monsieur, qu’un martyr ait nié la divinité du Fils de Dieu, je n’en croirai jamais rien. Pour Origène, vous savez qu’on l’a allégué I>our et contre; c’est un auteur ambigu et suspect. Mais, monsieur, laissons les faits incertains; tâchons de trouver un fait dont vous et moi convenions. Cette secte, qui, après la condamnation prononcée contre Arius, se joignit à ce prêtre excommunié, et forma une Eglise contre l'Eglise, n’était-elle pas nouvelle? Il fallut bien l'avouer. Pour lui prouver sa nouveauté, fallait-il remonter jusqu'aux apôtres, et ne pouvait-on pas lui dire : > Eglise séparée de celte autre Eglise où Arius est
• né, et où il a reçu le baptême, vous n'étiez pas «liierni avant-hier?* Oui, dit M. Claude. ?i’en peut-on pas dire autant de l'Église macédonienne, qui niait la divinité du Saint-Esprit; des nestoriens, qui séparaient la personne de Jésus-Christ; des eutychiens, qui confondaient ses deux natures; et des pélagiens, qui niaient le péché originel et la grâce de Jésus-àirisl? Ne pouvait-on pas leur dire, sans remonter aux apôtres : • Quand vous êtes ve-
• nus au inonde , vous avez trouvé l'Eglise baptisant "les petits enfants en rémission des péchés, et « demandant la conversion des pécheurs et des in-
• lidèles? * Donc ce qu’ont comhatlu tous «es hérétiques, étions les autres que vous et nous connaissons, était cru, non-.seulemcnt du temps des apôtres, mais hier cl avant-hier, et dans les temps où les hérésianjucs sont venus; et iis tronvaient l'Eglise dans cette créance. Mais, répondit M. Claude, il y a deux manières dVlahlir l’erreur; l’une découverte, et l'autre caeliée et inseiiMble. Arrêtons là, monsieur, lui dis-je : nous devons proposer des faits constants dont les deux partis Cfmviennent ; je ne conviens point de cette maniéré insensible d'établir l’erreur. Hé! dit-il, la prière des saintsetle purgatoire, voulez vmis dire, monsieur, que vous les trouverez du temps des apôtres? Non, monsieur, repris-je ; je ne veux rien dire là-de«sus, car vous n’en eonvieiiJriez pas; et je veux dire des choses dont vous conveniez. Usezen de même avec moi. Oliii qui tirera plus d'avantage solide d»« faits avoués par S'Ui advrrsaire aura un grand argument que la vérité est pour lui : carie propre de la vérité eslde se soutenir partout, et de condamner l'erreur par les faits mêmes que l’erreur avoue. Kl puisque vous me p.arlez de la prière des sainU : vous êtes de bonne foi; n'est-il pas vrai que M. Daillé nous accorde treize cents mis d'antiijuilé? Treize cents ans, monsieur, répondit-il, ce n'est {>os tous les temps de l’Eglise. J’en conviens, lui dis-je; niais enlin, l’adversaire me donne déjà treize cents ans; il me donne saint
Grégoire de Nazianze, saint Basile, saint Am broise, saint Jérôme, saint Utrysoatôme , saint Augustin. Tout cela , dit M. Üaude , des hommes. Des hommes tant qu’il vous plaira ; mais enfin nous avons treize cents ans , de l'aveu de notre adversaire, pour la prière des saints et pour l'honneur des reliques; car ces deux choses ont été jointes ensemble, selon M. Daillé, vous le savez. Kt finur la prière des morts , combien nous a donne M. Blondel? Il est vrai, dit M. Cbiude, que c'est la plus ancienne erreur de l'Eglise. Quatorze cents ans d’antiquité, monsieur, c'est, lui dis-je, ce que nous accorde M. Blondel. Je ne dis pas ceci pour faire préjuger la vérité de notre doctrine ; ce n’est pas de quoi il s’agit ; mais je le dis pour montrcT que nous ne sommes pas sans défense sur cei exemples d’erreurs insensiblement répandues, puisque déjà nous avons, de votre consentement, treize et quatorze cents ans. Venons donc à des faits constants dont je puisse convenir. Car pour vous, vous convenezque les ariens, les nestoriens, les pélagiens, et en un mot tous les hérétiques, se sont établis comme j'ai dit. Ils n’ont point trouvé d’Eglise à laquelle ils se soient unis. Ils en ont érigé une autre, qui s’est séparée de toutes les autres Eglises qui étaient alors. Uela est certain : n'est-il pa.s constant? J'attendis. M. (Claude ne contredit pas; je ne crus pas le devoir presser davantage sur une chose constante et déjà avouée. Maintenant, lui dis-je, comment se sont établies les Eglises orlhodoxc.s? Quand les particuliers et les peuples, par exemple Ij's Indiens, se sont convertis, n‘ont-il.s pas trouvé une Eglise déjà établie, à laquelle ils sc sont unis? Il l'avoua. En avez-vous trouvé une dans toute la terre à laquelle vous vous soye7. unis? F«sl-ce l'Eglise grecque, ou nrméuienne, ou étliiopique, que vous avez cmbrassty eu quittant l’Eglise romaine? Ne peut-on pas vous marquer la date preci.se de vos l.glises, et dire à toute cette Eglise, à toute celte sorîété extérieure dans laquelle vous ête.s ministre, f ou$ H étiez pas hier?y\ ih , dit Ici M. Claude, n'étlonsnoiis pas de cette Eglise? Nous n'en sommes pas sortis, on nous .a chas-és. On nous a excommuniés dans le concile de Trente. Ainsi nous sommes sortis : m.iis nous avons emporté l'Eglise avec nous. Quel discours, monsieur, lui dis je! Si ou ne vous en eiU pas chassés, y fussiez-vous demeures? A quoi sert donc ce commandement tant réjuHé parmi vous : Sortez de /A/Ay/o/»e, mon peuple? De bonne fui, dites-moi , fussiez-vmis demeurés dans l’Eglise, si elle ne vous eiU pas chassés? Non tnousiciir, as.surrmeiit, dit M. (daude. Que sert donc, repris-je , de dire ici qu’on vous a chassés? C’est, dit-il , que cVst un fait véritable. Hé bien, monsieur, poursuivis-je, il est véritable : cela vous est tummun ( ne vous fâchez pas du nu»l que je vais dire), cela, dis-je, vous estcomnum avec tous les hérétiques. L'Eglise, où ils av,iient reçu le hapteme, 1rs a (ha.ssés, les a excommuniés. Ils eussent peut-être bien voulu y demeurer pour corrompre et pour séduire; mais
■ uy ViOOgle
Sun LA MATIRRE DE L’ÉGLISE.
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l'Église lee » rotrnnilirs. Ht quant à ce que vous dites, que vous étiez dons cette Eglise qui vous a chassés, et que votis avez emporté l’Kglise avec vous, quel hérétique n'en peut pas dire autant? Ce n'csl pas des païens que les anciens iiéretiqucs ont composé leur Lpl ise ; c'est des clircticns nourris «lans l' É- «lise. Aussi n'avez- vous pas formé la votre en amassant des mnhoinétans; j'en conviens : mais en cela v<»us ne sortez pas des exemples des anciens hérétiques : et ils ont tous pu dire, aussi bien que vous, qu'ils ont été condamnés par leurs parties. Car on ne les a pas fait asseoir au nombre des jiige-s, quand on a condamné leur nouveauté. Mais, monsieur, reprit M. Claude, nous ne convenons pas de cette nouveauté. Ce qui est dans i'Kcriture n'est pas nouveau. Patient'e, monsieur, Je vous prie, lui répondis-je : aucun des anciens hérétiques n'est convenu de la nouveauté de sa doctrine ; ils ont tous allégué peureux l'élcriture sainte : tuais il y avait une nouveauté qu'ils ne |K>uvaient contester; c'est que le corps de leur Eglise n'était pas hier, et vous en êtes demeuré d accord, lié hieni dit enlin M. Claude, si tes nricus , si les nestoriens, si les pëlogiens avaient eu raison dans te fond, ils n'eusseiit point eu tort dans la procédure. Tort ou non, lui dis-je, monsieur, c'est le fond de la question : mais toujours deineure t-il pour consUmt que vous avez le même procédé qu'eux, la même conduite, les méincs defenses; en un mol, qu’en formant votre Eglise vous avez fait comme ont fait tous les hérétiques, et que nous faisons ce qu'ont fait tous les ortlrodoxes. Chacun peut juger en sa conscience à qui il aime mieux re.ssembler, et je n'ai plus rien à dire.
M. Claude ne .se tut pas en cette occasion , et 11 me dit que cet argument était excellent en faveur des Juifs et des païens, et qu'ils pouvaient soutenir leur cause par la raison dont je me servais. Voyons, lui dis-je, monsieur, et souvcncz-vous que vous nous promettez le même argument. l.e im-ine, reprit il, sans doute. l/cs Juifset les païens ont reproché aux chrétiens leur nouveauté; vous le savez : les écrits de Celse en font foi , et tant d'autres. J'en conviens, lui dis-je; mais est-ce là U)ul? Et il était vrai, poursuivit-ü, que le christianisme était nouveau, à le reganJer dans l'état immédiatement précédent. Quoi! lui dis-je, quand lé-sus-Christ commciira sa prédication, on lui pouvait dire, comme je vous dis, que, dans l'Eglise où il était né, on ne parlait pas hier de lui ni de sa venue? Et qu'élait-ce donc que saint Jean- Ibiplistc ,et Anne In prophetesse, et Siméon, et les ina:;es, et les {toutifes con.sulté.s par liérode, lorsqu'ils répondirent que le lieu de sa naissance était nethlécm? Fallait-il remonter jusqu'à Abraham pour prouver l'antiquité des promesses? Y a-t-il eu un seul moment où le CItrist n'ait pas été attendu dans l'Eglise où il est né; si bien attendu que les Juifs l'attendent encore? llc.st bien vrai, iuoD.sieur, qu'il fallait voir arriver une fois cette nouveauté , et ce changement du Christ attendu au Clirist venu. Mais Jcsus-Clirlst pour cela n'est pas
nouveau. Hélait A/er, U est WfjoHrdhuij et sera aux sièctes des siècles*, 11 est vrai, repartit M. Claude; mais la Synagogue no convenait pas que ce Jésus fdt le Christ. Mois, rtpris-jc, la Synagogue n'a point condamné saint Jean-Baptïste; mais la Synagogue a ouï, sans rien dire, et les mages, et Siméon, et Anne. Jésus-Christ a recueilli dans la .Synagogue, vraie h:glise alors, les enfants de Dieu qu'elle contenait. I.a Sniagogue à la fin l’a condamné. Mais Jésus-Christ ax'ait déjà fondé son Eglise. Il lui donne sa dernière forme aiissitdt après sa mort , et le nouveau peuple a suivi l'ancien sans interruption : voilà des vérités incontestables. Et pour ce qui est du paganisme, il est vrai que les païens ont reproché aux clirétiens leur nouveauté. Mais qu'ont répondu les chrétiens? K’ont-ils pas fait voir clairement que les Juifs avaient toujours cru le même Dieu que les chrétiens adoraient, et attendu le même Christ? que les Juifs croyaient tout cela hier, et avant-hier, et toujours, sans interruption? Mais, monsieur, encore une fois, dit M. Claude, les Gentils ne convenaient pas de tout cela. Quoi! repris-je, y avait-il parmi eux quelqu'un assez dérni.sonnable pour dire qu’il n'y edt Jamais eu de Juifs, ou que re peuple n’cüt pas attendu im (’hrist, et n’eût pas adoré un seul Dieu, créateur du ciel et de la terre? Ne faisait-on pas voir aux païens le commencenieiit manifeste de leurs opinions , et la date , je ne dis pas des auteurs de leurs sentiments, mais de leurs dieux mêmes; et cela, par leurs propres histoires, p.ir leurs propres auteurs, par leur propre chronologie? Croyez-vous qu’un païen eût pu faire avouer à un chrétien que la religion d'un chrétien était nouvelle , et qu'il n'y avait jamais eu de société qui eût eu la même créance que les chrétiens avaient alors; comme Je vous fais avouer que tous les hérétiques , que vous et moi reconnaissons pour tels, sont venus de celte sorte , et que vous avez fait comme eux ? Voilà, monsieur, comme vous prouvez que les Juifs et les païens pouvaient soutenir leur cause par le même argument dont je me sers : personne ne le pourra jamais, et personne ne pourra Jamais nier le fait constant que j’avance, qui est que nous faisons comme tous les orthodoxes; et vous , comme tous les hérétiques.
I.à Guit la conversation. Elle avait duré cinq heures , avec une grande attention de toute l'assemblée. On s'était écouté l'un l'autre paisiblement : on parlait de part et d'autre assez serré ; et à la réserve du commencement, où M. Claude «tendait un peu son discours, dans tout le reste il allait au fait, et se présenLait à la difllctUté sans reculer. Il est vrai qu'il tendait plutôt à m’envelopper dans les inconvénients où je l'engageais, qu'à montrer comme il en pouvait sortir lui-même : mais cnlln tout cela était delà cause; et il a dit assurément tout ce que la sienne pouvait fournir dans le point où nous nous étions renfermés.
Four moi, je n'avais garde d’en sortir, puisque
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Ca^FERE^CE AVEC M. CLAUDE
refait rdui surliHju. l^nad^n()is€lltdeDu^^sdeInaD• da^t éclaircissement. Elle me parut touclice ; je me retirai toutefois en tremblant, et rrni^'mmt toujours que ma faiblesse nVdt mis son Ame en péril, et l.i j vérité en doute. |
Je la vis le lendemain. Je fus console de voir qu'elle avait |>arfailemeiil entendu tout ce que j’avais dit. CVsl ce que je lui avais promis. Je lui avais représenté que parmi les difiieuilés immenses que faisait naître parmi les hommes l’esprit de clikanet et la profondeur de la doctrine cbréiienne. Dieu voubii que ses enfants eussent un moyen aisé de se résoudre en ce qui regardait leur salut ;queee moyen était l'autorité derÉglise;quece moyen était aisé à établir, aisé à entendre, aisé à suivre; si aisé, disais-je, cl si clair, que quand vous n’entendrez pas ce que je dirai sur cela , je consens que vous croyiez que j'ai tort. Cela, en elfet, doit être ainsi, | quand la matirre est bien traitée : mais je n’osais ! )»as me promellre de l’avoir dignement traitée. Je reconnus avccjoip,elaveeaclion3deKT.k’es, (pie Dieu avait tout tourné a bien. Les endroits qui devaient frapper, frap|)èrent, Madenwiselle de Duras iic pouvait comprendre qu’un particulier ignorant pdt croire, sans un orgueil insupportable , qu'il lui pouvait arriver (le miens entendre rÉerilure que tous les conciles universels , et que tout le reste de l'Église. Elle avait vu, aussi bien que moi, combien était foible l'exemple de li Synagogue quand elle condamna Jésus-Christ, et combien il y avait peu d raison de dire que les particuliers qui croyaient bien manquassent pour sc résoudre , d'une niilorité extérieure, lors<|u’iI avait en la personne de Jésus- Christ la plus grandi; et la plus visible autorité qu'il soit possible d’imaginer. Je repassai sur le doute où il fallait être louchant rÉcTitiire, si on doutait de l'Église. Elle dit qu'elle n'avait jamais seulement songé qu'un chrétien piU douter un inomeuldertxrilurc: et au reste, elle entendit parfaitement que, rejetant le nomde doute, IM. Claude avait reconnu la chose en d’autres termes ; ee ijui ne servait qu’à faire paraître combien cette chose était dure, etàpenseretàdire. puisque, forcé de l'avouer, il n’avait pas cru le devoir 'lire en ternies simples. Carenltn , ne savoir pas si unechoseest ou non , si ce n\st doiiler, ce n'est rien. Il parut donc cMiremcnl que les deux propositions dont il s'agissait étaient etablks : et je Ils voir en peu de mots , à mademoiselle d.' Duras, que son Église, en croyant deux choses aussi étranges, avait changé tout l’ordre d'initmire les enfants de Dieu, pratiqué de tout temps dans l'Église chrétienne.
Il ne fallait, pour cela, que lui répéter en peu de mots ce qu'elle m'avait ouï dire, et cequ’elle avait ouï accorder à M. Claude. Dieu me mit pourtant dans le creur quelque chose de plus expliqué; et voici ce que je lui dis.
L’ordre d'instruire les enfants de Dieu est de leur apprendre, avant toutes choses, le Symbole (les apdtres : Jecrois en Pieu fe Pere , et en Jénusi'hristt et au Saint-Esprit y la sainte l-igtise uniterseffe, la communion des saints , la rémission
despérhés,e\. le reste. Autant que le fldèlecroiten Dieu le Fèrc, et en son Fils Jésus-Christ, et au Saint-F.5prit, autant eroit-iH’F.glise universelle, où le Père, où le Fils, où le Saint-Esprit est adoré. Autant , dis-je, qu’il croit le Fcre, autant croit-il l'Église, qui fait profession de croire que Dieu, pere de Jesus-Chnst , a adopté des enfants qu’il a unis à son Fils. Autant qu'il croit au Fils, autant croit-il l'Église qu'tl a assemblée par son sang, qu'il a établie par sa doctrine, qu’il a fondée sur la pierre, et contre quiilapromisque les portes d'enfer ne pn vaudraient point. Autant qu’il croit au Saint* Esprit, autant croit-il cette Église à qui le Saint- Esprit a été donné pour docteur. Etc(dui qui dit : Je crotsen Dieu, en Jéxus-Christ yet au Saint-Esprit , quand il dit : Je crois, il professe : il croit de cœitr pour la justice , et il confesse de bouche pour te sa tnt, comme dit saint Faul ' ,et il sait que la foi qu’il n n’t-st pas un sentiment parti(*nlier. Ily a une Église , une société d'Iiommes, qui croit comme lui : c'est l'Église universelle qui n'est pas ici, ni là, ni en temps, ni en un autre. Elle n’est pas renfermée dan.s une seule contrite, comme l'ancienne Église judaïque: elle ne doit point finir comme elle ; et son rotjaume ne doit point ftasser à un autre fyeuple , comme il est écrit dans Daniel *. Elle est de tous les temps et de tous les lieux, el tellement répandue, que quiconque veut venir à elle, le peut. Elle n’a point d'interruption dans sa suite ; car il n'y a point de teinp.s où on n’ait pu dire : Je crois l'Église imiterselle, comme il n'y en a point où on n'ait pu dire : /e crois en Dieu le Père, ci en son Eih, ctauSaini-Esprit. Celte Églist* est sainte, parce que tout ce qu'elle enseigne est saint, parce qtn Ile enseigne toute la doctrine qui fait les saints, c’est-à-dire toute la doelrinede Jésus-Christ ;parct qu'elle enferme tous les saints dans son unité. Etres saints ne doivent pas être seulement unis en e.sprit : Ils sont unis extérieurement dans la communion de celte Église ; el c'esllà cequevcutdirelarommunion de.s saints. Dans cette Eglise universelle, dans cette communion des saints, est la rémission des (léchés, l.à est le baptême , par lc(}uel les péchés sont remis ; là est le ministère des clefs, |)ar lesquelles ce gui est remis ou retenu sur ta ferre , est remis ou retenu dans le ciel Voilà donc dans cette Église un ministère extérieur, et qui dure autant que l'Église, c'est-à-dire toujours, puisqu'on croit celte Église en tous les temps, non comme une chose qui ait été , ou qui doive être , mai.s comme une chose qui est actuellement. Voyez donc à quoi celte Église est attachée, et ce qui est attaché à eette Eglise. Elle est altaebéc immédiatement au Saint-Esprit quilagoiiverne : Jecrois auSaint-Esprlt , h sainte Eglise universelle. A celte Église est attacliée la communion des .saints, la rémission des péclu^ , la résurrection de la chair, la vie éternelle. Hors do cette Eglise il n'y a ni communion des saints, ni rémission dos péchés, ni résurrection pour la \i« «lernolle. Voilà la foi de l'Eglise ét.iblie dans
' nom. O, U>. - ’ Dan. u, 41. VU, 11. — ^ V.r//'n \ti. 19. Jo.ui. \\, 23.