‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 93 sur 192 · SUR LA MATIERE DE I/KCLISE · texte numérisé non relu

SUR LA MATIERE DE I/KCLISE

le Symbole. Un? parle |K>iiU de l'iWlture. E-st-ee qu'il In méprise ? A Dieu ne plaise ! Vous la recevrez des mains de l'Église ; et parce que jamais vous n'a^ vez douté de rÉglise, jamais vous ne douterez Je l'Écriture , que l’Église a re<^ue de Dieu « de Jésus- Christ et des apôtres , qu’elle conserve toujours comme venant de cette source, qu’elle inet dans les mains de tou.s les fidèles.

Il me sembla que cette doctrine, vraiment sainte et apostolique, faisait l’effet qu’elle devait faire: mais U y a , dis-je , encore un mot. C’est ce que je disais à M.Ôaude, et je le réduis maintenant à ce raisonnement très-simple , que tout le monde peut égulement entendre, je veux dire le savant comme l'ignorant, et te particulier comme le pasteur. chrétien baptisé, avniitque de lire l’Écriture sainte, ou peut foire cet acte de fui, /e croU que celte part>le ejit inspirée de Dieu , comme je crois que Dieu r.t(,ou il lie le peut pas faire. S’il ne le peut {Mis faire , il en doute donc : il est réduit h examiner si l'Évangile n’est pas une fable : mais s’il le peut faire, par quel moyen le fera t-il ? Eo Saint-Esprit le lui mettra dans le cœur. Ce n’est pas répondre ; car on est d’accord que la foi en l’Écriture vient d;i Saint-Esprit. Il est question du moyen extérieur dontieSaint-K.spritse sert, et il ne peut y enaroir d’autre que l'autorité de l’Église. Ainsi chaque chrétien reçoit de l’Église , sans examiner, cette iF^riture , comme Écriture inspirée de Dieu.

Passons encore plus a\ant. L’Église nous donne-t-elle seulement l'Écriture en papier, l'écorce de la parole, le corps de la lettre ? f^on sans doute; elle nous donne l’esprit , c’cst-à-dire, le sens de l'Écriture : car nous donner l'Écriture sans le sens, c’est nous donnerun corps sans âme , et une lettre qui tue. L'tlcriture sans sa légitime interprétation , rÉriUire destituée de son sens naturel, c'est un couteau |>our nous égorger. L’arien s'est coupé la gorge par cette Écriture mal entendue; le nestorleii se l'est coupée; le pclagiense l’est coupé*?. A Dieu ne plaise donc que l'Église nous donne seulement l’Écriture, sans nous en donner le sens! Elle a reçu l'un et l'autre ensemble. Quand elle a reçu l’Évangile de saint .Matlliieu et l’ÉpItrc aux Romains, et les autres, elle les a entendus ; ce sens «qu'elle a reçu avec l'Écriture, s'est conservé .avec l'Écriture; et le même moyen extérieur dont le Saint-Esprit se sert pour nous faire recevoir l'Écriture sainte, il s'en sert pour nous en donner le sens véritable. Tout cela vient du même principe; tout cela est de la suite du même dessein. Comme donc il n'y a rien b examiner après l'Église , quand elle nous donne i'ÉcriUire sainte; il n'y a rien à examiner quand elle l'interprète, et qu’elle en prr.- |K>8c le sens véritable. Et c’est pourquoi vous avez vu qu'aprèslc concile de Jérusalem , Paul et Silas ne disent pas, Ejaminei ce décret ; mais ils enseignent aux ÉgMsesà observer ce qu’avaient jugé les apôtres.

Voil.à comme a toujours procédé l'Église. * Je « ne croirais pas l'Evangile, dit saint Augustin * ,

* Ep./Mudiim, MankS. n. 6; tom. viti , ivl, Ib).

« si jû n'étais touché de l'autorité de l'Église ca-

• Iholique. • Et un peu après : « Ceux à qui j'ai

• cru quand ils m'ont dit, Croyez à l'Evangile,

• je les crois encore quand ils me disent, Ne croyez

• pas à Maniehée. » Cette société de pasteurs établie par Jésus-Christ, et continuée jusqu'à nous, en me donnant rÉv.*uigile m'a dit aussi qu’il fallait détester les hérétiques et les mauvaises doctrines ; je crois l’an et l’autre ensemble , et par b même autorité.

C’est 1a manière dont les clirétiens ont été instruits dès les premiers temps , dans lesquels on a soutenu aux hérétiques qu’ils n'étaient pas vables à disputer de l’t^ture, « parce que sans

• Écriture on leur peut montrer que l'Écriture « n'est point à eux ' , » et qu'il n’y a rien de commun entre eux et l’Écriture.

Et remarquez, s'il vous plaît, que toutes les sociétés chrétiennes, excepté les Églises nouvellement réformées , ont conservé cette manière d'instruire. Nous disions , M. Claude et moi , que l’Église grecque, réthiopienne, rarméiiienne, et les autres, se trompaient à la vérité, en se croyant la vraie Église; mais toutes croient du moins qu'il n’y a rien à examiner après la vraie Église.

Il n’y a point d’autre manière d'enseigner les fidèles. Si on leur dit qu'ils peuvent mieux entendre l'Écriture sainte que tout le reste de l’Église ensemble, on nourrit l'orgueil , on ôto la docilité. Nul ne le dit , que les Églises qui se disent réformées. Partout ailleurs ou dit , comme nous faisons qu'il y a une vraie Église, q>i'il faut croire sans examiner après elle. Cela est cru , non-seulement dans la vrais Église , mais dans celles qui imitent la vraie Église

L’Église prétendue réformée est la seule qui ne le dit pas. Si la vraie Église, quelle qu'elle soit, le dit, l'Eglise prétendue réformée n'est donc pas la vraie Église , puisqu'elle ne le dit pas.

Qu’on ne nous dise pas: L’étiüopirnne le dit, la grecque le dit, rarménienne le dit, b romaine le dit; à qui croirai-je?

Si votre doute consistait à dioisir entre b romaine et la grecque, il faudrait entrer danseei esarnen. Mais maintenant on convient dans votre religion que l'É^tUse grecque, que l'Église éthiopienne, et les autres, ont tort contre la romaine; et si elles étaient vraies Églises, on quittant b romaine, qui, selon vous, ne l'était pas, vous eussiez d(l reciiercher leur communion.

Elles ne sont donc pas la vraie Élglise. Vous ne l'êtes pas non plus : cor la vraie Église croit qu’il faut croire sans examen ce qu’enseigne la vraie Église. Vous enseignez le contraire. Vous vous dites la vraie Église, et vous dites en même temps qu'il faut examiner après vous, c'est-à-dire qu’on peut se damner en vous croyant. Vous renoncez donc dès la à l’avantagede la vraie Église. Vous n'êtes pas la vraie Eglise : il vous fau t quitter : c’est par là qu'il faut commencer. Si quelqu'un est tenté en vous quittant de s’unir à l'Église grecque, on lui répondra.

' Tertttti. de Pruscrip. adv. Muret, n. ts, 37.

INSTRUCTION PASTORALE

ôCi

Mndpmoisclle de Duras ayant entendu ces choses , il me sembla qu'après cela rien ne la pouvait troubler que rhabitude contractée dès l’enfance, et la crainte d’aflliRer madame sa mère , pour qui je sa vais quVUe avait toute la tendresse et tout le respect qu'une mère de cette sorte mérite. Jca is même qu'elle était peinée des reproches qu'on lui faisait, d'avoir des desseins humains, et surtout d'avoir attendu à douter de sa religion, après une donation que madame sa mère lui avait faite. Vous savez bien , lui dis-je, en votre conscience, en <fucl étal vous étiez quand cette donation vous a été faite; si vous aviez quelque doute , et si vous l'avez supprimé dans la vue de vous procurer cet avantage. Je n'y songeais pas seulement, répondit-elle. Vous savez donc bieiiï lui dis-je , que ce .notif n'a aucune part à ce que vous faites. Ainsi demeurez en |>aix, |>ourvoyez à votre salut, et laissez dire les hommes : car celle appréhension, qu'on ne nous impute des vui’S humaines , est une s »rlc de vue humaine des plus délicates et des plus à craindre.

Elle souhaita que je répétasse en présence de M. Coton ce quiavalt été dit, par un désir qu'elle avait qu’il s'instruisit avec elle. On lefit venir; on convint dre faits. M. Coton me lit , avec une extrême douceur, quelques objections sur la doctrine que j’avais expliquée. J'y répondis. Il me dit qu'il u’était pas exercé dans la dispute, ni versé dams ces matières. Il disait vrai , il se remettait à M. Gaude. Je priai Dieu de réclairer, et je partis pour revenir à mon devoir.

Apres une conversation que nous cilmes encore à Saint-Germain , mademoiselle de Duras et moi, dans rappartement de madame la duchesse de Richelieu , elle me dit qu’elle se croyait en état de prendre dans peu sa résolution, et qu'il ne lui restait qu'à prier Dieu de la bien conduire. Le succès fut tel que nous le souhaitions. Le 22 mars, je retournai à Paris pour recevoir son abjuration. Elle la litdans l’église des RU. PP. de la Doctrine chr^ tienne. L’exhortalion que je lui fis ne tendait qu’a lui représenter qu’elle rentrait dans l’Église que scs pères avaient quittée; qu’elle ne se croirait pas dorénavant plus capable que l'Église, plus éclairée que l’Église, plus pleine du Saint-Esprit quel'f^lise; qu’elle recevrait de l'Église, sans examiner, le vrai s(‘ns de l'Écriture, comme elle en recevait l'Écriture même; qu'elle allait dorénavant bAlir sur la pierre, et qu’il fallait que sa foi fructifiât en bonnes œuvres. Elle sentit la consolation du Saint-Esprit, et l'assistance fut édifiée de son bon exem. U'-

INSTRÜCTION PASTORALE

SCA

LES PROMESSES DE L’ÉGLISE

Pour mootrer aux r^nij, par IVxprfssr parole de Dieu, que te meme princî|)e qui nous fait clirvlicu» noua duU auui faire caliioliquca.

J.ACQUES-BÉMGNE, par la permission divine, évôqiie de Meaux : nu clergé et au peuple de notre diocèse , salut et réxéoiction.

Le saint travail de l'Église pour enfanter de nouveau en notre Seigneur ceux qu’elle a |>erdiis dans le schisme du dernier siècle, est l’effort commun de tout le corps mystique de Jésus-Christ ; tous les fideles y ont part selon leur état et leur vocation; et nous nous sentons obligés à vous exposer, mes chers frères, comment chacun de nous y doit contribuer.

Vous donc, avant toutes choses, vous qui êtes obligés ii les instruire, ne vous jetez point dans les contentions où se mêle l'esprit d’aigreur; avertissez-les avec saint Paul, de ne se point atiac/ter à des disputes de paroles qui ne sont bonnes qu’a pervertir ceiix qui écoutent * r eiposez-leur la sainteté de notre doctrine, si irréprochable en elle-même , qu'on n'a pu l’attaquer qu'en la déguisant, et faites-leur aimer l’Église, en leur proposant les Immortelles premtsses qui lui servent de fondement.

Il y a de deux sortes de promesses : les unes s'accomplissent visiblement sur la terre; les autres sont invisibles , et le parfait accomplissement en est réservé à la vie future. L'ICgtisc sera ÿ/orici/ze, sans tache et sans ride • : éternellement heureuse avec son époux, dans ses chastes embrassements où Dieu sera tout en tons c’est ce que nous ne verrons qu’au siècle futur; mais, en attendant, rf^lise sera .sur la terre établie sur te fondement des ajyôtres et des prophètes , et sur ta pierre angutnire, qui est Jésus^Christ 4. Les vents souffleronl, les tempêtes ne cesserontde s'élever l'enfer frémira par toutes sortes de tentations, de persécutions, d'impiétés, d’hérésies, sans qu'elle puisse être ébranlée, ni sa succession visible interrompue d'un moment : c'est ce qu'on verra toujours de ses yeux , et nii objets! merveilleux ne manquera jamais aux fidèles.

Saint Augustin a remarqué en plusieurs endroits que ces deux .sortes de prome.sses sont subordonnées : les premières servent d’assurance aux secondes; je veux dire que ce qu’on voit s’.nccomplir sensiblejnent sur la terre, rassure les plus incrédules sur ee qu'on ne doit voir que dans le ciel. Dieu accomplit dans son Église ce qui y doit paraître dans le temps : il n’accomplira pas moins ce qui ne nous doit être découvert qu’au ciel dans l’é-

' // Tim. il, It. — * Fiiti. V, 2?. — * /. Cor. xv, 2S. — * Fph. Il, 19, 2o. — V .VaUh. VII, 27. — • S<rm. CXXXXVIU,

3, rtc I. V, col. 907, rte.

SUR LES PROMESSES DE L ÊGLISE

ternité. La foi dircüenoc est établie sur renchatnement iminunttle de ces deux espèces de promesses; et révoquer en doute cette liaison, c'est vouloir Oter au iidèle un gage de sa foi , que Jésus-Cbrist a voalu lui donner.

Pour rendre cette vérité sensible aux plus incrédules, reprcspiitez-Ieur, mes chers frères, ce jour qui fut le dernier où Jésus-Christ parut sur la terre : lorsque, prêta monter aux deux à la vue de ses disciples, avantque de les quitter et d'aller prendre sa place à la droite de son Père, il lit le plan de son Eglise , et il en prédit, parlons mieux, il en régla la destinée sur la terre (qu'on me permette ce mot), en lui promettant une double universalité, l'une dans les lieux, et la seconde dans les temps.

Considérez, mes chers frères, cl faites considérer aux errants, non-seulement les promesses de Jésus-Christ, mais encore la clarté des paroles qu'il a clioisics pour les exprimer; en sorte qu'il ne peut rester aucun doute de sa pensée. 11 lui promettait premièrement quelle s'étendrait par toutes les nations, et, pour ne rien cacher, il a voulu exprimer que ce serait en cornmentani jxjr Jérusalem : incipientibus ab Jerosolyma '.

Saint Luc, de qui nous tenons ces paroles, leur donne leur vraie étendue, lorsqu’il fait dire à notre Seigneur : « Vous serez mes témoins • dans Jérusalem et dans toute la Jinh^ et la Sn- « marie, et jusqu’aux extrémités de la terre : et « usqtte ad ultimum terrx *. •

Ou voit ici, selon la remarque de saint Augustin, que rÉvangiie devait s'avancer, comme de proche cii proclw, depuis Jérusalem Jusqu’aux derniers conlins du monde. Il donne d'abord la paix à ceux qui sont près aux héiiliers des promesses, et à la terre chérie, c'est-à-dire à Jérusalem et à la Judée; et il rétend dans la suite à tous les Gentils, c'est-à-dire jusqu'aux nations les plus éloignées des promesses et de l'alliance : coOis, qui tonge fuistis.

Samarie était entre deux, la plus proche du testament après la Judée, puisqu’elle connaissait Dieu, et qu'elle attendait le Christ : tout s'accomplissait aux yeux des fidèles dans l’ordre que Jésus-Clirist avait promis : on vit dans Jérusalem les heureux commenceineols de l'flglise : 1rs lidèles dispersés en Judée et en Samarie * , dans la persécution où saint Etienne fut lapidé, y annoncèrent l’Evangile; et ce fut le second progrès de l'Eglise, ainsi que Jésus-Christ l'avait mar()uc. Le reste des peuples n'étaient pas des peuples, et la connaissance de Dieu leur était entièrement étrangère : et toutefois l'Evangile y devoit être porté, afin que ceux qui étaient les plus éloignés se vissent rapprocher par le sang de Jésus- Christ K

Alors donc furent accomplis aux yeux de tous les

‘ Lur. >MV. 47. - ’ Jet. 1 , 8. — s Eph. II, 17. — * Jet. Tlll. i. i Eph. Il, IJ.

fidèles les anciens oracles sur la conversion des Gentils, dont les Psaumes et les prophètes étaient pleins, et en même temps fut révélé ce grand secret, dont le parfait dénoùment était réserve à la prédication de saint Paul : « que te Christ devait « souffrir, et que c'était lui qui , le premier de tous > les hommes, devait annoncer la lumière, non- « seulement au peuple, nuis encore aux Gentils, « après être ressuscité des morts '. >»

Une conversion si universelle des peuples les plus éloignés et les plus barbares, après un si long oubli de Dieu, au nom et par la vertu do Jésus-Christ crucifié et ressuscité, faisait dire aux spectateurs d'un si grand ouvrage, que vraiment Jésus-Christ était tout-puissant pour accomplir ce qu'il promettait ; et (pie si , par un miracle si visible, il réunissait si rapidement tous les peuples de l'univers pour croire en son nom, il pouvait bien les réunT un jour pour être éternellement heureux dans la vision de sa fai'e.

Mais la sei^unde partie de la promesse de Jésus- Christ est encore plus remarquable. Revenons à ce dernier Jour, où , en formant son Eglise par la cuminission qu'il donnait à ses apétres avec les paroles qu'on a entendues, il continua ainsi son discours : • Toute puissance m'est donnée dans le « ciel et sur la terre : niiez donc : enseignez les na-

• lions , les baplisnnt nu nom du Père et du Fils et « du Saint-Ksprit : leur apprenant à garder toutes « les choses que je vous ai commandées. F.t voilà , « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la con-

• sommation des siècles *. » Ces |>aroles n'ont pas besoin de commentaire. Ce qu’il dit est grand et incroyable; qu’une société l'hommes doive avoir une immuable durée, et qu'il y ait sous le soleil quel(]ue chose qui ne change pas : mais il donne aussi à sa parole cet immuable fondement : Toute puis.mnce m'est donnée dans leclet et sur la (erre : allez donc , sur celle assurance , où jo vous envoie aujourd'hui, et portez-y, par raulorité que je vous eu donne, le témoignage de mes vérités : vous ne demeurerez |kis sans fruit : vous enseignerez, vous baptiserez, vous établirez dt^ Eglises par tout l'univers. Il ne faut pus deuLinder si le nouveau corps, la nouvelle congrégation , c'està-dire la nouvelle Église que je vous ordonne de former de toutes 1rs nations, sera visible, étant , comme elle doit l'être, visiblement cuinposce de ceux qui donneront les enst'ignements, et de ceux qui les recevront; de ceux qui baptiseront , et da ceux qui seront baptisés; et qui, ainsi distingués de tous les peuples (lu monde par la prédication de mes préceptes et par la profession de les écouter, le seront encore plus sensiblement par le sceau sacré d'un baptême particulier, au aoiii du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Cette Église, clairement rangée sous le même gouvernement, c'est-à-dire .sous l'autorité des mêmes pasteurs, sous ta prédication et sons la profession de la mcLue foi, et sous l'administraliuo des mêmes sacrements, re(;oit par ces trois moycof

' JcL XXVI, la. — * .VaUh. XXVIII, IH, is,to.

l>STRUCTI0N PASTORALE

Ict caraetères les plu» seiisibU‘s dont on la pdt re* ^ vêtir. Qu*elle est l^lle, cette Lglise, avec les trois marques de sa visibilité! étais, pour en concevoir \>î dernier trait, voyons oomiiient Jésus-Christ en marquera la durée, et s'il ne l’explique pas aussi clairement qu’il a fait tout le reste. Il s’a»it de l'avenir : mais cette phrase, fJ voila ^ le rend présent par la certitude de l'elTet , 7e avec cous; c'est une autre façon de parler consacrée en cent endroits de l'Écriture , pour marquer une protection assurée et invincible de Dieu.

• Le Seigneur est avec vous, ù le plus courageux « de tous les hommes! Si le Seigneur est avec « nous, reprit Gédéon, d’où vient que nous nous « voyons accablés de tant de maux? Allez avec ce

• courage, vous délivrerez Israël de la main des « Madianites. Comment le délivrerai je, puisque

• ma famille est la dernière de In tribu de Manas- •• sès, et que moi-même je suis le dernier de la « tnaison de mon père? Je serai avec vous , lui dît

• le Seigneur; et vous détruirez Madi«nn, comme

• si ce n’était qu'un seul homme *. • O mot. Je tuis avec vous , tient lieu de tout , et il n’y a secours ni puissance qu’il ne contienne. « Quand «je marcherais, disait David ’« au milieu de « l'ombre de la mort, je ne craindrai aucun m.d,

•• parce que vous êtes avec moi. » Cent pa^ges de cette sorte, dans toutes les pages de l'Écriture, IK)U8 marquent celte expression comme la plus claire pour exclure tout sujet de crainte. « Qurmd

• vous passerez par les eaux, je serai avec

• vous, et les fleuves ne vous couvriront ps; vous

• marcherez au milieu des feux ardents, sans que ■ leur ardeur vous blesse ^ : » nul complot, nul accablement, nulle persécution ne pourra vous nuire : défiez hardiment tous vos ennemis, ditesleur avec le prophète : « Tenez conseil , et il sera « dissipé; parlez ensemble ()our conspirer notre > perte, il ne s'en fera rien, parce que le Seigneur « est avec nous^. • Mais qu’est ee encore, arec vouMt dans la promesse de Jésus-Christ? avec vous, enseignants et baptisants. Ceux qui veulent être enseignés de Dieu ^ n’auront qu’à vous croire, comme ceux qui voudront être baptisés n’auront qu'à s'adresser à vous.

Mais peut-être que celle promesse, Je suis ai7cc vous , souffrira de l'interruption? non : Jésus-Christ n'oublie rien : Je suis arec vous fous tes jours. Quelle disoontmualion y a-t-il à craindre avec des paroles si claires? Enfin, de peur qu'on ne croie qu'un secours si présent et si eflicncenesuit promis que pour un temps : Je sulSy dit-il , avec vous tous les jours jusqvià tajin des siècles : ce n'estpas seulement avec ceux à qui je parlais alors, que je dois être, c'esl-à-dire avec mes apùtres. Le cours de leur vie est borné ; mais aussi ma promesse va plus loin, et je les vois dans leurs successeurs. C'est dans leurs successeurs que je leur ai dit. Je suis avec vous : des enfants naîtront au lieu de-s pères, pro pa/ri6ia nati sunt fiUl Ils laisseront après

» ywffiV.vl, II, 13, I», 15. 16. • */»l. X\H, ♦. — */<. XLUI, î.— ' iiùd. Tlll, 10. — • » Joun. Vi, 4V — « Pt. XUT, 17.

^ eux des héritière : ils ne cesseront de se substitutr des successeurs les uns aux autres , et cette race ne finira jamais.

Mais , dira-t-on , pourquoi vous restreignez-vous à dire que les erreurs seront toujours ex terminées dans l’Église? et que n'assurez-vous aussi qu'il n'y aura jait>ais de vices? Jcsus-Clirist est égalemenl puissant pour opérer l'un et l'autre. 11 est vrai : mais il faut savoir ce qu'il n promis. I.oin de promettre qu’il n'v aurait que de.H saints dans son Église, il a prédit au eontraire « qu'il y aurait des

• scandales dans son royaume et de l'ivraie dans

• son champ, et même qu'elle y croîtrait mêlée « avec le bon grain jusqu’à la moisson *. > On sait les autres ;>aral>o)es, et les poissons de toutes tes sortrs pris dans les fdrts usée une telle nuillitude, que la naccl)eoùilpêchaitené/ai/;7rejr7t«exM6mer/7ée* ; mais sans empêcher néanmoins qu’elle n'arrivàl heureusement au rivage. C'est là une des meneilles de la durée de l'Église, que le grand nombre de ceux qui la cfiargent n'empêchera pas qu'elle ne subsiste toujours. Ainsi on verra toujours des scandales dans le sein même de l'Église, et le soin de les réprimer fera éternellement une partie de son travail : mais pour ce qui est des erreurs et des hérésies, clics en seront exlermhiécs. Jésus-dirist ne parle que de la durée de la prédication et des sacrements : Allez, enseignez, baptisez; et je suis toujours avec vous, enseignants et baptisants, comme on a vu : cependant In prédication produira son fruit; l'I-lglise aura toujours des saints, et la charité n'y mourra jamais.

Au reste, le Fils de Dieu ne borne pas au siècle présent l'union qu'il veut avoir avec ses apôtres et leurs successeurs : il leur veut être beaucoup plus uni au siècle futur. Mais s’il s'était contenté de dire, Je suis avec vous éternellement, on aurait pu croire qu’il leur promettait salement l'éternité bienheureuse qui suivra le siècle présent; au lieu que conduisant l'effet de cette promesse ta

consommation du monde, sans y parler d’autre chose en cet endroit, on voit qu'il ne donne point d'autre terme à son Église visible ni à la sainte société du peuple de Dieu en ce monde , sous le rcgline de ses pasteurs , que celui de l’univers. Cependant la félicité de la vie future ne nous en est pas moins assurée, et cette promesse nous en est un gage certain , puisque si celui qui est tout-puissant pour accomplir tout ce qu'il promet peut conserver son Église en ce lieu d'instabilité et de tentation malgré les flots et les teni|)êtes, à plus forte rai.son saura-t-il la rendre immuablement heureuse avec ses enfants quand elle sera arrivée au port.

De là suivent ces deux vérités, qui sont d(Hix dogmes certains de notre foi : l'une, qu'il ne faut pas craindre que la succession des apôtres, tant que Jésus-Clirist sera avec elle (et il y sera toujours sans la moindre interruption, comme on a vu), enseigne jamais l'erreur, ou perde les sacrements. Car il faut juger des autres par le baptême, qui en est

• Mauh. XIU, 2s, .30, 41. - * Ibid, iiu, *7 Luc. v,3, 7.

sua LKS PUüMESShS DK L’EGLISE.

Teotrëe et le fondement. seconde, qu'il n*est permis en nucun instant de sc retirer d'avec cette succession apostolique; puisque ce serait se séparer de Jésus-ChrLst, qui nous assure qu'il est toujours avec elle. Voilà deux doi;mcs et deux fondements très*cerLiins do notre foi, et qu'aussi le Fils de Dieu nous a proposés en termes exprès , et par des paroles qui ne pouvaient être plus claires. Il est le seul qui a construit sur la terre un édifico imninrtd , contre lequel il promet aussi ailleurs que l’en* fer ne prévaudra pas ' : et en assurant à ses apôtres d'étre tous les jours avec leurs successeurs comme avec eux-mémes jusqu’à la du monde, il ne laisse à ceux qui seront tentés de sortir de celte suite sa> crée , aucun endroit où ils puissent trouver un léf^itimc commencement de leur secte, ni placer une interruption , quand elle ne serait que d'un jour ou d'un moment.

De là est venu aux hérétiques et aux scliismatiques, jusqu'à la Qn du monde , ce mauvais et malheureux caractère marqué par saint Jude : ce sont ceux qui se séparent eux-mêmes; et afin de réciter | le passage entier: « Souvenez-vous, dit il*, mes j > hien-aiinés , de ce qui a été prédit par les apôtres ^

• de notre Seigneur Jésus-Christ, qui vous disaient « qu'aux derniers temps (dans le temps de la loi « évangélique) il y aurait des imposteurs qui sui- « vraient leurs passions pleines d'impiétés : ce sont

• ceux qui se séparent eu.x-mémes; gens livrés aux « sens, et destitués de l'esprit de Dieu. * Uemarquez ici que saint Jude, un des apôtres, cite à la fois tous les apôtres ses collègues et les compagnons de son ministère, comme établissant tous d'un commun accord le caractère de tous les trompeurs qui devaient paraître jusqu'à la fin des siècles. Ce caractère est de les montrer comme ceux qui sc séparent eux-mémes. Mais de qui se séparerontiis, sinon du corps déjà établi, et dont l’unité est inviolable, puisqu’on donne pour marque sensible de leur imposture la hardiesse de s’en séparer ? Us seront cternellemeot connus par leur désertion; et il est clair, dit saint Jude , que c'est par ce raractère que tous les apôtres les ont voulu désigner. Comme ils ont ouï tous ensemble Jésus-Cbrist, qui leur promettait en commun d'étre tous tes jours avec eux jusqu'à ta consommation des siècles. Us ont aussi jugé tous ensemble, que sc séparer de cette chaine, c'était se séparer d’avec Jésus- Christ , pendant qu’il leur promettait, de son côté, de ne les quitter jamais, ui eux , ni la suite de leurs successeurs.

De là suit avec la même évidence un autre caractère marqué par saint Paul, de Yhomme hérétique:

• c'est qu'il se condamne lui-même par son propre Ju- « ^,tmew\ypropriojudic'io suocondemna(us\'< puisque dès lors qu'il parait en tête, comme le premier de sa secte, sans pouvoir nommer son prédécesseur dans le temps qu’il commence à s'élever, lise condamne en effet lui-même , comme novateur manifeste, et il porte sa condamoation sur son front.

* Matlh..i\i,l9. 17, 18, 19. — » TiMu, JU, II.

Or cela arrive en deux façons , qui ont paru l'une et l'autre dans le dernier schisme : premièrement lorsque les évêques, qui succédaient aux apôtres « sans quitter leurs sièges, renoncent à la foi de ceux qui les y ont établis , et qui les ont consacrés : socundement, et d'une manière encore plus sensible, lorsque les peuples se font un nouvel ordre de pasteurs qui viennent d’eux-mêmes , et qu'en s'ingérant dans le ministère sacré sans pouvoir noinnier leurs prédécesseurs, ils sc voient contraints, pour sauver leur entreprise, de se dire • suscités de Dieu « d'une façon extraonlinaire pour dresser de nou- « veau l'Eglise, qui était en ruine et désolation •

Que veulent-ils dire par cette désolation et celte Quoi? qu'il y avaiteii général de la corruption et du dérèglement dans les mœurs de ceux qui conduisaient le troupeau? Ce n'est pas de quoi il s'agit, puisque celle désolation et cette ruine, qui obligeait à dresser de nouteaunCqlise, regardait la foi. On suppos.ait donc que la foi n'était plus avec ceux qui étaient en place^, ni dans le peuple qui leur demeurait attaché, puisqu'il se fallait séparer de tout ce corps : ou qn'étnnl encore avec eux, selon sa promesse, on pouvait m^mmuins s'en détacher, et se faire de nouveaux pasteurs , qui dans l'ordre de la succession ne tinssent rien des apôtres ni des successeurs des apôtres : ou qu'eniin on pilt être avec Jésus-Christ, sans être avec ceux avec qui il a promis d'être toujours.

Ceux-là donc manifestement font une plaie à l'Église etune rupture dans runilé. C’est ce qu'on a vu arriver en Allemagne et en France, au commencement du sièi'le passé , dans le schisme de Luther et de Calvin. Mais ceux qui, environ dans le même temps, ont rompu dans d’autres royaumes en demeurant dans les sièges où ils sc trouvaient établis évêques, ne sont pas plus demeures unis avec la succession apostolique; puisque tout d'un coup ils ont renoncé à la doctrine de ceux qui les avoient consaert'S, et qu'ils out appris a leurs ;>euplos a désavouer pareillement la foi de ceux qui leur avaient donné le baptême. Car il faut ici remarquer que la dis.sension dont il s'agissait ne regardait pa.s des choses indifférentes. Les réformaleurs prétendus ne reprochaient rien moins à l’Église et à leurs consccrateurs qu’un culte idolâtre, un sacriflee profane et sacrilège, un oubli de la grâce et de la justification chrétienne, et cent autres choses qui regardent visiblement les fondeinenls de la foi et la substance du nom chrétien. Que leur servait donc de garder leurs sièges, si publiquement et par expresse déclaration ils ee.ssaient de persister dans la foi qu’on y professait immédiatement avant eux, et qu'ils professaient si bien eux-mêmes lorsqu'on les a installés et consacrés, que leur changement, aux yeux du soleil, etj^ar un fait positif, est demeuré pour constant? Il n’est pas besoin de remonter plus haut : dès ce moment la chaine est rompue, le caractère de séparation est ineffaçable : il n’y a qu’à se souvenir en quelle foi on était lorsqu'ils sont

‘ tww/. de fui de* prtU

scs

INSTRUCTION PASTORALE

mtrés dnns leurs sièges, et dans quelle foi Us étaient eux-irènifs.

C est un remède étemel , préparé par Jéstis^Christ à son Église contre tous les schismes et contre toutes 1rs sei'les qui y devaient naître en si grand nombre des sa naissance et dans toute la suite des temps; cVjît là, dis-jc, le vrai remède contre ce terrible It faut, de saint Paul , qu’on ne lit point sans un profond étonnement ; Il faut, dit-il qu'il y ait Hon-sf'ulement des schinmes, mais vt^mc (ù's hérésies : Oportet et hxreses (eliam) hareses esse : sans les sdiismes * sans les hérésies , il manquerait quelque chose à l’épreuve où Jésus- Christ veut mettre les âmes qui lui sont soumises, pour les rendre dignes de lui. Jesus^Christ paraissait à peine dans le monde; et dès sa première entrée dans son saint temple , tant marquée dans ses prophètes, il y voulut trouver le saint vieillard qui, expliquant à sa bienheureuse mère, et en sa personne à son Église la vraie mère de ses enfants , les desseins de Dieu sur ce cher Fils, lui prédit qu'il sérail en butte aux contradktions » : ce qui paraît non-seulement dans sa vie et dans sa mort, mais encore éternellement dans la prédication de son Évangile; en sorte que c’était là une |jartie nécestairedes mystères de Jésus-Christ, d’exciter par leur simplicité, par leur majesté, par leur hauteur, la contradiction des sens et de la faible raison humaine.

Qu’on ne s’étonne donc pas de voir sortir du sein de l'Église des e.sprits contentieux, qui sauraient lui faire des procès sur rien; ou des curieux qui , pour paraître plus sages qu’il ne convient à des Immmes, voudront tout entendre, tout mesurer à |i!urs sens, hardis scrutateurs des mystères dont la hauteur les accablera ou des hypocrites qui avec l’extérieur de la piété séduiront les simples , et sous la peau de brebis couvriront des cœurs de loups ravissants 4; ou de ces murmuratcurs chagrins et plaintifs ou queriUeux, murmuratores quxru' losi, comme les appelle saint J’ude ^ , qui en criant sans mesure contre les abus, pour s’ériger en réformateurs du genre humain, se rendront, dit saint Augustin, plus insupportables que ceux qu’ils ne voudront pas supporter; ou en(]n des hommes vains, qui inventeront des doctrines étrangères pour SC faire un notn dans l'Église et emmener des disciples après eux^. C’est de lefs esprits que se forment les schismes et les hérésies, et il faut qu'il y en ait pour éprouver les vrais fidèles. Mais Jésus- Christ, qui les a prévus et prédits, nous a préparé un moyen universel pour les coitnaUre ; c’est qu'ils seront tous du nombre de ceux qui se scfmrent euxmêmes, qui sc condamnent eux-mémes; de ceux enfin qui ne croiront pas aux promesses de Jésus- Christ à l'Église, ni à la parole qu'il lui a donnée d’étre toujours sans interruption et sans fin avec ses pasteurs.

Souvent ils sembleront imiter l’Église en se mul-

* 1. Cor. XI, is, lî>. — • /.«r. il, 31. — • Prm-. xxT,37. — • Matth. vu, IIV. — » jHilit. 16. — • XX, 30.

tipliant comme elle, et occupant des peuples entiers , ainsi que les ariens pervertirent les Coths, les Vandales, les liérules , les Bourguignons. Car ii faut encore que les fidèles éprouvent In tentation de celle vaine ressemblance : bien plus, en durant longtemps, ils paraîtront imiter aussHa stabilité de l’Église, et, comme elle, pouvoir se promettre I une éternelle durée. Mais l'Illusion est toujours aisée à reironnaître et à dissiper. Il n'y a qu'a ramener toutes les sectes séparées à leur origine ; on trouvera toujours aisément et sans aucun doute le temps précis de riiiterruplion : le point de la rupture demeurera, pour ainsi dire, toujours sanglant; et ce caractère de nouveauté, que toutes les sectes séparées porteront éternellement sur le front, san.s que celle empreinte .se puisse effacer, les rendra toujours reconnaissables. Qupl(|iies progrès que fasse l’arianisme , on ne cessera de le ramener au temps du prêtre Arius, où l'on comptait par leurs noms le petit nombre de ses sectateurs , c'est-à-dire, huit ou neuf diacre.s, trois ou quatre ; évêques; en tout, treize ou quatorze personnes, à qui leur évêque et avec lui cent évêques do Libye denonoaientun anathème éternel, qu’ils adressaient à tous les évêques du monde, et de qui il était reçu. Cest àce temps précis et marque que l’on ramenait les ariens* : on les ramenait au temps où l’on reprochait à Eusebede Nicomédie qu'il croyait avoir toute l'I.glise en sa personne et en celle des quatre évêijups de sa faction, ou temps où on lui disait : • Noue ne connaissons qu’une seule Église calholi- « que et apostolique, qui ne peut être abattue par « nul effort de l’univers conjuré contre « Ile, et de- ■ vanl qui doivent tomber toutes les hérésies ». * Ce que disait Alexandre, évêque d’Alexandrie dans ces premiers siècles du christianisme, se dira éternellement, et tant que l’Église sera Église, à toutes les sectes qui se sépareront elles-mêmes. Que Neslorius, patriarche de Constantinople, se fas.se un nom dans l’Orient, et qu'une longue étendue de pays se fosse honneur encore aujourd’hui de le porter, on le ramènera toujours au point de la division, où il était seul de son parti; avec un autre qu'il faisait prêcher dans Constantinople; où personne ne le I>oiiv.»ii souffrir, ni l’entendre dans sa propre ville; oii un seul évéqiie était opposé à six mille évêques ^ \ où la parcelle disputait contre le tout, où une branche rompue combattait contre l’arbre , et contre le tronc d'où elles’ctait arrachée. Ainsi le schisme de Dioscore, qu’on voit encore subsister, sera toujours ramené au conciledeCbalcédoine, et nu temps où on lui disait, avec une vérité manifeste et incontestable, que tout l'Orient et tout l'Occident était uni contre lui. C’est ainsi que l’on démontrait , quelque durée <jue le srhi.smc pût avoir, qu’il commence toujours par un si petit nombre, qu'il ne mérite pas même d'être regardé à comparaison de celui des orthodoxes. Que l’on consiilère toute.fi les autres sectes qui scsoiit jamais séparées de l’Église;

* Efiist. I r/ 2 JUx. fpuc. AUx. anU Conr. Sic. —

3 , ud omn. fft. ibid. — * ,4p<d. Daim. <xd Thfoé, imptw» E/ihn. part. //. inter oeja cath.

jÿlt

Sun LES PROMESSES DE L’EGLISE. «C9

nous mettons en fait quVn n'en nommera aucune qui, ramenée à son commencement, n'y rencontre ce point fixe et marqué, où une parcelle combattait contre le tout , se séparait Hc ta tige , changeait la doctrine quelle trouvait établie par une possession constante et paisible, et dont elle-même faisait profession lejour précédent.

Dès là il n'est pas besoin d'aller plus loin : comme le sceau delà vraie Église est qu’on ne peut lui marquer son commencement par aucun fait positif, qu'en revenant aux apôtres, à saint Pierre et à Jésus-Christ, ni faire sur ce sujet autre chose que des discours en l’air ; ainsi le caractère infaillible et ineffaçable de toutes les sectes . sans en excepter wie seule , depuis que l’Église est Église, c’est qu’on leur marquera toujours leur coitiinencement et le point d’interruption par une date si précisé, qu'elles ne pourront elles-mêmes le désavouer. Aiii.si, elles se flallcronl en vaind’unedurée clernclle : nulle si*clo, quelle qu’elle soit, n’aura celte perpétuelle continuité, ni ne pourra remonter s.ins inlerruplion jusqu’à Jésus (ihrisl. M.iis ce qui nceommeuce point par cet endroit ne se peut rien promettre de durable. Les hérésies ne seront jamais de ces fleuves continus, dont l’origine fecoiuU» et inépuisable leur fournira toujours des eaux : elles ne sont , dit saint Augustin, que des torrents qui passent, qui viennent comme d'euxmêmes, et se desscchenl comme ils sont venus. seule Eglise calholi<;ue, dont rélot remonte jusqu’à Jésus-Chist, recevra le caractère d’immortalité que lui seul [>cut donner.

Ce dogme de la succession et de la perpétuité de l’Église, si visiblement attesté par les promesses expresses de Jésus-Clirisl, avec les paroles les plus nettes et les plus prccisi*s , a rtc jugé si important , (|u'on l’a inséré parmi les doti/c articles du Symbole des ap(Un*s, en ct's termes : Je vtttis l'/ùjlise raUtoUque ou universt-Ut : universclledans tous les lieux et dans tous les temps, selon les propres paroles de Jcsus-Clirisl : jHeZy dit-il, enseignez toutes les nations ^ et roila jesulsaeec cous tous les fours (sans discontinualion] lajin des

sUrles. Ainsi , en quelque lieu cl en quelque temps que le Symbole soit lu et récité, l’existence de l’Éplice de tous les lieux et de tous les temps y est attestée : celle foi ne souffre |>oint d’interruption, puisqu'à tous moments le lidéledoit toujours dire : Je crois rLgfhe catholique. Quand les novateurs, (}uels (|u’ils soient , ont commencé leurs assemblées schisinatique.s, l’Église était; il le fallait croire, puis4|u’ou disait, Je crois CtlgUse : il fallait être avec elle, à peine d'être séparé de Jésus-Christ, qui a dit , Je suis arec cous : en quelque temps que, hors de sa communion, qui est toujours celle des saints, on ose former des congrégations iilégitimcs, on est manifestement du nombre de ceux qui se séparent eux-mémesy qui se condamnent euxmêmes f par leur propre et manifcrle séparation.

Quand on dit que ce sont là des formalités, et qu’il eu faut venir au fond, on abuse trop visibieuient de la crédulité des simples : comme si U foi

des promesses si clairement expliquée par Jésus- Christ même, cl renfermée dans le Symbole, n’etait qu’une formalité; ou que ce fût une chose peu essentielle au chri.slianisme, de croire que les novateurs, qui se séparèrent eux-mêmes, portent dè.i là leur condamnation et leur nouveauté sur le front.

Ce défaut ne peut se couvrir par quelque suite de temps que ce puisse être. Le schisme de Samarie était .si ancien , que l'origine en remontait jusqu’à iloboam, fils de Salomon; jusqu’à la .véparation des dix tribus, ainsi que les plus anciens docteurs l’ont remarqué devant nous'. Le salut des Samaritains, séparés depuis si longtemps du peuple de Dieu, en était-il plus assuré par une origine si reculée? Point du tout; le peuple de Dieu les a toujours mis au rang des nations les plus odieuses. L'Ecclésiastiquc a nommé avec les enfants d’Esaü cl de Chnnaan : le peuple insensé qui fait sa demeure dans Sichem * ; c’est-à-djre les Samaritains : Jésus-Christ a confirmé cette sentence , et les traite en effet comme insensés, en leur disant : t ous adorez ce que cous ne connaissez pas; pour nous, nous adorons ce que nous connaissons Vous ignorez l’origine de rnilinnee : vous avez renoncé a la suite du peuple saint : vous réclame/, en vain le nom de Dieu : il n’y a point de salut pour vous : le salut rient des Juifs, et les Samaritains mêmes ne le doivent tirer que de là. El remarquez ces paroles, vous et nous : dans cette opposition, Jésus-Christ ne dédaigne pas de se mettre du edté des Juifs par ce mot de nous; parce que c’était la tige sacrée où sc conservaient et se peiqiétuaient les promesses, le culte, le sacerdoce, jusqu'à ce que porüt celui qui par sa mort et par sa résurrection devait être t'attente des peuples *. Quand les dix lépreux, dont l’un était .Samaritain, .se présentèrent à Jésus- Christ pour être purifiés le Sauveur les renvoya tous égnleii>ent, et non moins le S.imaritcin que les autres, aux prêtres successeurs d’Aaron, comme à la source de la relUjion et des sacrements : matricem retigionis ef fontem salutis, comme parlait Tertullien^. I) ne servait donc de rien à ces schismatiques que leurschismefüt invétéré, et qu’il eût duré près de mille ans sous diverses formes : on ne l’en condamnait pas moins par le seul titre de son origine : on se souvint éternellement de l'auteur de ladivision, c’est-à-dire, de Jéroboam, qui avait fait pécher Israël! , cl qui s’était retiré par un attentat manifeste de la ville choisie de Dieu , c'était à dire, del'Église etdu sacerdoce établi depuis Aaron et depuis Moïse.

Le plus niieien schisme parmi les chrétiens est celui de iNcslorius. On en vient de voir le défaut marqué dans son commencement, et dans le )>ropre nom de son auteur que la secte porte encore : rien ne le peut effacer. !.e point de rinterruption n'est pas moins m-irqué dans les autres schismes

' Efrli. Ub. «V, ro«/. M>urion. cap. 35. — > Etvli. l, 27. — ijoan. IV, Ci. — ' CtH. xLix, 10 — * Luc. xvii, 12, U,

lo. — ^ t’&i — * tu Rcg. iv, 90, Zi.

INSTnUCTION PASTORALE

d*Orient. Il n'cst pas ici question de parler des Grec-s : ce n’est point a l'Eglise de Gon^taniinople , ni aux autres siégea schismatiques d'Onenl^que nos réformés ont iwngé à s'unir en se divisant de l’Eglise romaine avec tant d'éclat et de scandale. Avouez* nos chers frères, une vérité qui est trop constante pour être niée. Rien ne vous accommodait dans tout l'univers : tout le monde sait que ce sont les Pères de l’Eglise grecque qui ont mis les premiers de tous au rang des hérétii}ues un Aerhi.s^ pour avoir cru inutiles les prières et les oblations |X)iir l'expiation dos prcliès des morts, et pour d’autres points qui vous sont communs avec eux. C’est un fait constant, que nulle adresse des protestants n'a pu pallier. Je ne crois pas à présent que des gens sensés et de bonne foi puissent nous objecter sérieusement que nous sommes des idolâtres, après qu'on a montré en tant de manières que l'honneur des saints, des reliques et des images, laisse à Üieu tout le culte qui est dü à la nature incréée; et que loin de l’affaiblir, die l'ougmenle» Mais quoi qu'il en soit , l'Eglise d'Orient l'avait comme nous; et te concile vu*’, re(,'u dans les deux Églises, en est un irréprochable témoin. Je ne parle pas des autres dogmes du même concile, ni de ce qu’il dit si expressément sur la présence réelle, et que l’on ne peut éluder que par des chicanes ; il nous sufîTit à présent que l'Eulist* grecque se trouve aussi éloignée des protestants que la latine; il demeure pour constant qu’ils ont construit leur Iflglise pretenJue par une formelle et inévitable d^union d’avec tout ce qu'il y avait de chrétiens dans l'univers.

Aussi se sont-ils vus dès leur origine irrémédiablement désunis entre eux-mémes : luthériens, calvinistes .sociniens, ontété des nninsinalheureux, qui ont formé autant de sectes. Les catholiques savent se soumettre et se ranger sons l'étendard . on en a dans tous le.s siècles d'illustres exemples. Il n'en est pas de In même sorte de ceux qui ont rompu avec l'Eglise. Le principe d'union une fois perdu , en se séparant d’avec celle où tout était un auparavant , atout mis en division; les schismes se sont multipliés , et n'ont pas eu de remède; caria maxime qu'on avait posée, d’examiner chacun par soi-même les articles de In foi, mettait tout en dispute, et rien en paix. Ainsi s'élaient divisées toutes les sectes : l’arianisme, le |>élagianisme, l'eutychianisme avaient enfanté des demiariens, des denii-|>élagiens , des demi-eulychiensde plus d'une sorte , et ainsi des autres. On n'a plus rien de certain, quand on a une fuis rejeté le joug salutairede l'autorité de l'Eglise. donalistes, dit saint Augustin^ , nvuieiit pris en main le couteau de division, pour se séparer de l'Eglise : le couteau de division est demeuré parmi eux; et voyez , dit le même Père, « en combien de mor- « ceaiix se sont divisés ceux qui avaient rompu « avec l'Eglise : qui se ab unitatc prxciderwtf ,

• Kpiph. llirr. (ts , et tn iud. lib. m, /. I. — * Sfrni. tv, n* 33, 3l; (. V,cor35r/3|.

« in quoi frusia dlvhi suni • N’en pcni-on pas dire aulantà nos prétendus réformateurs? c'est en vain qu’ils ont voulu reprendre l'autorité attaclice au nom de l'Eglise, et obliger les particuliers à se soumettre aux décisions de leurs synodes. Quand on a une fois détruit l'autorité, on n'y peut plus revenir : on aura éternellement contre eux le même droit qu'ils ont usurpé contre l'Eglise, lorsqu'il l’ont quittée. Aussi nulle dispute ne finit : IJordr<M*l ne peut rien contre les amuiiiens; en sc soulevant contre l’Eglise , et réduisant à rien ce nom sacré avec les promesses de Jesus-Christ pour son éternellfi durée, le.s protestants se sont oté toute autorité, tout ordre, toute soumission : et aujourd'hui,s’ils se font justice, ils reconnaîtront qu’ils n'ont aucun moyen de réprimer ou de condamner les erreurs ; en sorte qu’il ne leur reste .luctin remède pour s’unlrcnlre eux , que oeluide trouver tout bon, et d Introduire parmi eux la confusion de Babel et l'indifférence des religions sous le nom de tolérance.

Il n'en faut pas davantage aux cœurs simples et de bonne foi. Les promesses dont il s'agit sont Conçues, comme on a vu, en termes simples et Irés-clairs. On doit donc sc déterminer en trèspeu de temps à y croire; et cette croyance enferme une claire décision de toutes les controverses. Car si une fuis il est constant que la vérité domine toujours dans l'Eglise, tous les doutes sont résolus : il n’y a qu'à croire, et toutes! certain. Mais si après cela on veut écouter les anciens docteurs de l'Eglise, et savoir s'ils entendent comme nousies promesse.s de Jésus-CJjrisl dont nous parlons , je veux bien entrer encore dans cette matière, et necraindrai point de donner à un sujets! essentiel toute l'ètemiue qu'il mérite.

Vous doutez du sentiment des anciens douteurs: il n'y a qu'à les eiUcmirc parler à ceux qui, se sépirant visiblement de l'Église, de celle Eglise qui était visiblement répandue par tout l’univers , di.saienl qu*c//e était perdue sur la terre. C'est ainsi que parlaient les donatistes : mais cette parole n'était écoutée qu'avec horreur, comme on écoule les plus grands blasphèmes. • L’Église a péri, " dites-vous; elle n’est plus sur la terre. Saint .Au- « gustin leur répond* : Voilà ce que disent ceux qui « n'y sont point : parole impudente. Elle n'cst pas , « parce que vous n'êtespasen elle ? Cest, poursuit- « il , une parole abominable, détesUble , pleine de K présomption et de fausseté, destituée de toute « raison, de toute sagesse, vaine, téméraire, inso- " lente, iwrnicieuse ; abominabUem,detes(abUeèn^ « roiiam, temerariam, prxcipUem, pernklosam, • etc. Pourquoi tous ces titres à celle erreur? C'est qu’elle dément Jésus-Christ, qui a promis à l’Eglise, non-seulement des Jours éternels au siècle futur, mais encore dans cette vie; des jours qui seront courts, à la vérité, puisque tout ce qui n’est pas éternel est court, mais qui dureront néanmoins Jusqu'à la fin du monde

Le même saint Augustin fait ainsi parler l’Eglise

• ,4u*j in P», a, sent, ii, «*h; t. fV. rof. Hi*. — * /M4 n* B, cul, nus.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE. . t7i

n>cc le même Pulmiste: Anmncei-moi tabriérelè de met jours ; voyons il quels termi'S vous .Tvez voulu les réduire : Paucitalem dierum meorum aniiunlitt mihi. • .Mais, continue t-clle, pourquoi

• ceux qui se séporeut de mon unilé murmurent- |

• ilscoiitremoi? pourquoi ces liomiues perdus disent. !

• ils que je suis perdue? Ils osent dire que j'ai été,

• et que je ne suis plus. Parlez-moi donc, ô Sei- ■ gneiir! de la brièveté des jours que vous m’avez

• destim^ sur la terre. Je ne vous interroge point

• ici sur CCS jours perpétuels de l’autre vie ; ils se-

• ront sans lin dans le séjour eternel où je serai ; > ce n'est point de cette durée dont je veux parler:

• je parle des jours temporels que j'ai à passer sur la

• terre; annonccz-Ies-moi encore un coup : par-

• lez-moi , < non point de reternité dont je jouirai dans le ciel , mais des jours iiatsagers cl brefs \ que je dois avoir dans ce monde. « Parlez-en jiour | . l'amour de ceux qui disent : Elle a été , et elle

• n'est plus; elle a apostasié, et l'Eglise est périe . dans toutes les nations. Mais «lu'cst-ce que Jesus- . Christ m'annonce sur cela ? que me promet-il?

• Je suis avec vous jusqu'à la consonnnation des « siècles. <*

Voilà donc deux vies bien distinctement promises à l'Église : l'une dans le ciel, éternelle et vraiment longue, puisqu’il n'y a rien de long que cequi n'a point de lin ; l'autre temporelle et courte en effet, puisqu’elle aura une fm, mais à qui Jéstis-Clirist n’en donne point d'antre que celle des

siecies. ,

Ailleurs le même Pere applique a I Eglise cette parole du même Psalmiste ; > II a appuyé la terre sur . sa fermeté, elle ne branlera point aux siècles de.s

• siècles ; l■^undarltterramsuper firmilalemsuam,

• inclinabitur in sxculum sæculi' . Par la terre, dit « saint Augustin , j’entends l'Eglise ; » et dans la suite : • Où sont ceux qui disent que l'Eglise est

• périe dans le monde, elle qui, loin de tomber,

• nepeut pas même pencher pour jieu que ce soit ,

• ni jamais être ébranlée'? > Pourquoi? A cause qu’étant appuyée sur le ferme fondement de la promesse de Jésus-Christ, « elle est prédestinée « pourétre la colonne et le soutien de la vérité ;

• detlinala est columna et firmaiiienluin verila-

• Us • qui est, comme on sait, une parole de saint Paul*, où l’apétre donne ce nom à l'Eglise.

C’est d’une Église visible , où il faut coitcerser arec les hommes , et édifier le peuple de llieu , que saint Paul a voulu parler : c'est d’une Eglise visible que saint Augustin entend celte parole, et la cliimèrede l'Église invisible n'était pas connue de ce

temps. . ,

De là vient quele même Père en.seigne aussi qti on ne se trompe jamais en suivant l'Eglise. • C'est là ,

• dit-il * , qu’on écoute et qu’on voit ; celui gui est . hors de l'Église , n'entend ni ne voit; celui qui

• est dans l’Église, n’est ni .sourd ni aveugle ; £x-

« lit. P*, ail, s, trrm. 1 , B. 17, co/. lUl. — ’ Srrm. il, ». 5, eo4. 1145- — ’'Srrm. I . B- 17. - * I- Tim. III, 15. — i l». Pi. 4».

H tra iUam qui eU, ncque vuUt neque audit i in i/~

• ta qui est, fiec surdus neccu:cust‘st. « Muisdepeur qu'on ne s'imagine que l'instruclion que donn« l'Kglise ne dum qu'un temps, il ajuuti; avec le Psalmiste : Dieu l’a fondée éternellement , d'où il conclut : ■> Si Dieu Ta fondée éteroelleroent, crai* « cnez-vou8 que le firmament ne tombe , ou que la

• fermeté même ne soit ébranlée 7 »

Aussi donue-t'il toujours le sentiment de l’^àglise pour une entière conviction de la vérité. C’est ce qui paraît dans un sermon admirable, prononcé à Carthaqe lejour delà Nativité du saint Jean- Baptiste. Il s’agissait d'établir, contre la nouvelle hérésie, des pélagiens , la vérité du pédié originel |iar lu fait constant, positif et universel du baptême des petits enfants; il posepourfondement : que par la coutume de l'Église très-ancienne , trèscanonique , très-bien fondée ’ ; comme ils ont péché par autrui, c'est aussi par autrui qu'ils croient : sur cc fümlcinent il suppose que les enfants qu’on baptise sont ranges nu nombre des fidèles: fiJe demande, dit il aut novateurs*, si Jésus-

• Christ sert de quelque chose à ces nouveaux

• baptisés , ou s’il ne leur sert de rien. Il faut qu’ils

• répondent qu'il leur sert beaucoup: ils sont ac- « câblés par le poids de l'autorité de réalise. II4 ià voudraient peut-être bien ne pas avouer l'utilité « du baptême des petits enfants, et leurs raison*

• neinents les conduiraient là ; mais l'autorité de

• l’Église les retient, de peur que les peuples ebré^

• tiens ne leur crachent ou visage. ■ Uemarquez ici le pro<ligieux effet de l'autorité de l’Église , nonseulement dans les catholiques, qui ne pouvaient souffrir qu'on en doutât , mais encore dans les novateurs, qui n’osaient la contredire : • Selon celle «autorité, poursuivait-il, un petit enfant qu'on « baptise est rangé au nombre des Odèles. L’au- > torité de l'Église notre mère eiiqiurte cela : la « règle très-bien fondée de la vérité fait qu’on n’ose « le nier. Qui voudrait s’opposer a celle force,

• Pt employer des machines pour abattre celle iné-

• branlable muraille, ne l'abattrait pus, mais se « mettraitsoi-même en pièces. • Telle est l’autorité de l'Éelise; c'est ainsi qu’elle est invincible et inébranlable.

Alors les nouveaux hérétiques n’étaient pas encore condamnés ; et ce sermon solennel, prononce par l’ordre des évêques dans la métropolitaine do toute l’Afrique, fut l'avant-coureur de cette juste condamnation. Pendant que l'Église les attendait avec une patience vraiment maternelle, saint Angu.stin les pressait en celle sorte: * C’est ici, dil- « il, une chose fondée et établie sur un fondcinênt n immuable. On sup|>orteceux qui disputent, lors-

• qu’ils errent dans les autres questions qui ne « sont (ms bien examinées, qui ne sont pas encore

• établies par la pleine autorité de l’Église. C'est « alors qu'il faut supporter l’erreur : mais elle ne « doit pas s'emporter jusqu'à vouloir ébranler le « foudemenl de l'Église , » c’est-à-dire , comme on

• cr.xciv, 1» 17 ; tom. v, cot. liet. * * llid.

571 INSTftLCTION

voit, (a füi (les promesses sur lesquelles elle est uppuyée.

Puisque nous sommes sur les pëhçiens« il est bon de considérer en b personne (ie ces hérétiques avec quel dédain ces sortes d'esprits parlaient de rKgiisü, et ce que leur répondaient les orlliodoxes.

« Osttout dire, disait Julien le pélagien', la fo- « lie et rinfaniie ont prévalu même dans Pl-^glisede

• Jésus-Christ. • On n’en vient à cet excès d'iin* piété contre Tl'^glise, qu’après avoir méprisé les promesses de son éternelle durée. Ailleurs : ■ La

• confusion sc met partout, le nombre de.s fous

• devient le plus çrand ; et on ôte a l’I^glise le gou- « vemaii de la raison, aliii d’introduire un dogme « vulgaire*. • Il appelait ainsi par mépris le dogme commun de l’élglise; et, à la manière des grands esprits faux , il affectait de se distinguer par ses .superbes singularités. Il dit ailleurs, dans le même esprit : « SI la vérité trouve encore i)ue!que place « parmi les hommes , et que le monde ne soit pas « encore étourdi par le bruit de l'iniquité » C’est le langage ordinaire des novateurs. A les entendre , la vérité n’est plus sur la terre ; l’Église y est perdue : Ils ne songent plus aux promesses qu’elle a reçues; et parce que le dogme contraire à celui des hérétiques y prévaut toujours, ces superbes , méprisant le peuple , dont le gros demeure attache à ses pasteurs, reproclient à l’Église • qu’elle

• se pare de l'autorité du vulgaire , de la lie du peu- K pie , des femmes , des gens de métier, des gens de « néant 4. »

C’est le langage commun de tous les hérétiques : ce fut en particulier celui de Bérenger au xC siècle, comme nous le dirons bientôt. Mais saint Augustin y avait déjà répondu par avance. L'Église, disait-il à Julien comme aux autres, doit toujours subsister ; et il ne faut pas s'étonner si la vérité y prévaut dans la multitude, puisque c’est cette muUihuU qui a été promise à Abraham^, laquelle par conséquent il ne faui povii mépriser comme une troupe vulgaire. Toute l'Église est contre vous dés son commenceoient : a sut initia : puisque dès son commencement elle a montré par ses exorcismes et par ses exsufllations qu'elle connaissait le péché originel dans les |>etits enfants, il n'y a rien de plus faible que ces raisonnements , si la croyance de l’ Église n'est pas d'une certitude infaillible. « Revenez « à nous, disait encore saint Augustin à Julien?;

« TOUS n'étes pas né de parents qui crussent la doc- « trine que vous en.seignez , et vous avez été régé- <1 néré dans une Église qui croyait le contraire. » Cedogme, poursuivait-il, que vous appelez vulgaire ou popu/aire à cause qu’il est suivi de tous les peuples tiüeles, est celui de saint Cyprieii et de saint Ambroise. « Mais ce n'est pas saint Ambroise ni « saint Cyprien qui ont fait entrer les peuples dans « cette croyance : ils les y ont trouvés; votre père

' Auq. Op. imp. Cf>nt. Jul. t. i, n. 13, lom. % , eoi. 870. —

> Ibtd. /. Il , M. i , C0t. W7. — • Ibid. /. I , H. Hi2 , col. OT3. — * Ibid. lib. I, n. aa , 42 , rte. col. SNS, tir. v JUd. hb. VI, n. 3, col. 1291. — * Ibid. lib. ii,rt. iu>, col. 993. —

' Ibid. Ub. IV, N. t3;col. 1142.

PASTÜRALK

• lesy n trouvés quand vous avez été baptisé pelît

• enfant : vous avez vous-même trouvé tejs dans « l’Église tous les peuples catholique.s*. •> Qu’on remarque bien cet argument. C’est, comme nous l’avons vu , l’argument commun de tous les catholiques contre tous ceux qui innovent ; et il faut bien que tout novateur trouve l'Église dans un sentiment opposé au sien, puisque, selon la promesse de Jésus-Christ , elle seule ne change jamais.

Kn un mot, tous les ennemis de l'Église lui ont marqué une fin, ou du moins une interruption, et tous les enfants de l'Église ont soutenu qu’elle ne verrait ni l’un ni l’autre. I.es païens lui assignaient pour toute durée trois cent soixante-cinq ans ».Vain discours, que l’expérience avait réfuté, puisqu’elle n’avait jamais été plus affermie qu’après ce temps écoulé. Il n’y a donc point de lin pour elle. Mais elle n’est pas moins à couvert de l'interruption, puisque Jcsus-(Jirist, véritable en tout , l’a également garantiede ces deux accidents.

Je ne m'étonne pas des païens, ffui ne croient ni en Jésus-Christ ni en scs promesses. Mais il ne faut non plus s'étonner des hérétiques* quoiqu’ils portent le nom de chrétiens, puisque s’étant engagé.sà se faire une Église et une doctrine indépendantes de celles qu’ils trouvaient sur la terre lorsqu’ils sont venus, ils ont eu ce malheureux intérêt (le trouver une interruption dans la suite de l’Église, et d’éluder les protne.sses de son éternelle durée.

Il n'y a rien de plus grand ni de plus divin dans la personne de Jésus-Christ, que d'avoir prédit d'tm coté, que son Église ne cesserait d’être attaquée, ou par les persécutions de tout l’univers, ou par les schismes et les hérésies qui s’élèveront tous les jours, ou par le refroidissement de la charité ^ qui amènerait le relâchement de la discipline; et , de l’autre, d'avoir promis que. malgré toutes ces contradictions, nulle force n’empêeherail cette Église de vivre toujours, ni d’avoir toujours des pa.slcurs qui se laisseraient les uns aux autres, et de main en main , la chaire , c’esl-à-dirc , l’autorité de Jc.sus-Christ et des apôlres;el avec elle, la saine doctrine et les sacrements. Aucun auteur de nouvelles sectes, de quelque esprit de prophétie qu’il se vantîlt d'être illuminé, n'a osé dire seulement ce qu’il deviendrait, ni ce que deviendrait le lendemain la société qu’il établissait : Jésus-Christ a été le seul qui s'est expliqué à pleine bouche, non-seulement sur les circonstances de sa passion et de sa mort, mais encore sur les combats et sur les victoires de son Église : Je vous ai établis, dit-il, a/in que alliez» et que vous fmeti/iiez, et que vofre fruil demeure^. Kl comment denieurerat-il ? C’est ce qu’il fallait exprimer, pour laisser aux hommes le témoignage certain d'une vérité bien connue. Jésu.s-Christ n’y hésite pas; et il énonce dans les termes les plus précis une durée sans Interruption, et sans autre fin que celle de l'univers. C'est ce qu’il promet à l’ouvrage de douze pêcheurs,

• Ang. Op, itnp. eonl. Jul. lib. ii , 2, col. 037. - ^Aug.

de Civit. hei, lib. xvill, cap. &.1, &4,- tom. vil, col. 336 #( uq. — i Mallh. xxiv, 12. — • Joan^ xv, 16.

Sun LES PROMESSES DE L'EGtISE.

et voilà le sceau manifeste de la vérité de sa parole. On est affermi dans la foi des choses passées, en reinaniuant comme il a vu clair dans un si lon^ avenir. C'est ce qui nous fait chrétiens, mais en même temps c’est ce qui nous fait c-alholi(|ues, et on voit mnnifesteMieut que la science de Jcsus Chrisi, si divine cl si assurée, n’a pu nous tromper en rien.

Doux chose.s affermissent notre foi : les mincies de Jésus-Christ, à la vue de ses apôtres et de tout le peuple, avec l'accomplissement visible et perpé> tuel de ses prédictions et de ses promesses. l,es apôtres n’ont vu i|ue la première de ces deux choses, et nous ne vovbiis que la seconde. Mais on ne pouvait refuser à celui à qui l'on voyait faire de si grands prodiges, de croire la vérité de scs prédictions; comme on ne peut refuser à celui qui accomplit si visiblement les merveiîb'S qu’il a promises, de croire qu'il était capable d’opérer les plus grands miracles.

Ainsi, dit saint Augustin, notre foi est afr'ermte des deux côtés. I^ii les apôtres, ni nous, ne pouvons douter : ce qu’ils ont vu dans la source les a assurés de toute la suite : ce que nous voyons dans la suite nous assure de c.e qu’un a vu et admiré dans la source; mais il faut être catholique pour entendre ce témoignage. T^s hérétiques comme les païens sont contrainU de le refuser : puisqu’ils veulent trouver dans rÊgUse de l'erreur, de l'interruption, un délaissement du côté de Jésus-ClirLst, ils ne peuvent ajouter foi à la promesse de son éternelle assistance ; et on voit que ce n'est |>as imililement que le Fils de Dieu a rangé parmi les paiens ceux qui n' écoutent pas V Église puisque, faute de la

vouloir écouter dans les nouveautés qu’ils proposent, ils se voient réduits à éluder les promesses de Jésus-Christ, et à dire avec les païens, que l'Eglise, comme un ouvrage humain, devait tomber.

Revenons aux anciens docteurs ; et après avoir prodoitsaint Augustin, remontonsjusqu’à l'origine du christianisme. la? même Père nous fera connaître le sentiment de saint Cyprien , par ces paroles : dit-il *, «om.< n'oserLons assurer ce que nous avançons (touchant la validité du baptême des liérétiqnes) , nous n'étions appuyés de l'autorité (le l’ Église universelic ; à laquelle saint Cijpricn ( qui soutenait le contraire avec l'ardeur que personne n’ignore) aurait lui‘méme cédé trèscertainement t si la vérité éclaircie élit été dés lors confirmée par un concile mticersel. Par où il est plus clair que le jour, non seulement que saint Augustin baissait la tête sous l’autorité de l'Eglise, mais encore qu'il la tenait si inviolable, qu'il aurait cru faire injure à saint Cyprien, s’il l'edt jugé capable d'y r^ister.

En effet, il ne faut que voir comment ce saint martyr a parlé de l’unité de l'Église, tant en elieindme qu'avec ceux qui nous ont précédés dans la succession de la doctrine et des chaires. I) y a , dit-il ^ dans l’Église catholique, une tige, une

■ \falfh. XTiii, 17. — * fJb. Il de Bapl. eap. I , i». 6. Inm. tX,eat, P8. — * Lib. de Unit. Ecd. p. ID5, ete, Episl. ILI, p.

racine , une souree, une force pour reproduire sans fin de nouveaux pasteurs qui remplissent les nifmes cliaires d'une seule et même doctrine; et des là, tm encli.iincment d'unité et de succession d'où I on ne peut sortir sans se perdre. C'est ce qu'il appelle la tige et ta racine de rÉgljse cal/ioUtjiie : ftcctoiie cattiottcx radicein et matriceni : racine tenace ctinviulable', comme il la nomme, teiiaci radice, qui relient tellcmeiit les vrais fidèles dans .son unité, que. ceux gui n'ont point r/ùjlise pourmire ne peucent aroir IMcu pour père : Uahere non postest Di um patrem gui ICcctesiam non haliet matrem‘. Cent passajtes de cette force, qu'il n'eel pas besoin de rapporter, parce (pi'ils sont connus de tout le monde, font laniaticredu livre de l'Unilé de l'É;(lisc. Et pour faire l'.ipplication de ces beaux principes aux liérésies particulières, le meme saint, intorroqc par un de ses colicttucs dans 1 episeopat , ce qu'il fallait croire de i'/ièrêsie de Xocalien, il ne veut pas seulement permettre gu'on s'injorme de ce gu’ il enseigne , désla gu'it n'enscigneinis dans l' Église : c'est assez qu'il soit sépare de cette tige, de cette racine del'unitc, liora de laquelle il n’y a point de christianisme; . et, - poursiiit-il, quel qu'il soit, et quelque autorité " qu’il se donne, il n’esl pas chrétien , n'étant pas . dans l’Éqlise de Jésus-Christ : Qidsçuis ilte, est

• et guatiscumgiie est , christianus non est, gui in

• Chrisli Ecclesia iwn est', t Ainsi tout ce qui est hors del'Éy’lise n'est rien parmi les chrétiens; et l'Éqlise seule est tout par rapport à Dieu.

11 combat tous les novateurs par cet argument , et il ne cesse de leur opposer le concert , l'accord , le concours de toute l'Eglise catholique , Ecclesix cathoUcæ concordiam ubigue cohxrentcm. . Ce " n est pas nous , dit-il J, qui nous sommes séparés

• d'avec eux ; mais c’est eux qui se sont séparés

• d'avec nous : Son enim nos ab iliit, sed UH a nobis . recesserunt : et parce qu'ils sont nouveaux, qu’ils . ont trouvé l'Église en phicc, et qu'ils sont tous

• venus après, Cf cuni bxreses et sctùsmata post

• mo'tuinnala si'/if ; leu rs assemblées , les con- . venlicules qu’ils tiennent à port, comme il les

• appelle , ne peuvent jamais se lier à la tige de . l'unité : dum conveniicula sibt dicersa cnnsti- . tuuntj unitatis caput algue originem retigue- . runt. .

C'est ain.si que saint Cyprien montrait dans tous les liorctiqiics , comme nous faisans après lui, ou plutôt après l'apôtre saint Jude, ce malheureux caractère de se séparer eux-mémes. C'est ainsi qy’il leur faisait voir que l'Église gu’its tâchaient d établir^ était une Eglise humaine : humanam conaiilur Ecclesiam facere < , et ne tenait rien de l’institution ni des promesses de Jésus^ilirist.

Vour ce qui est de la vraie Elglise ,elle est, ditiP, représentée par saint Pierre, lorsque Jésus- Christ ayant demandé à ses disciples, A'e coufés-

' In L'nit. Ecrl. p. ISS. — ’ Epist. ui, ad dntonien. p. tra. — a m VhU. Ecet. p. iss. — * EjU-t tu, ad .Snli/u. p. 173. — ‘ Epist. LV. ad Cornet p. sa.

l^STRllCT10^ PASTORALE

cous jyolnt aussi roux rctitcr't cff nfuitre fui répondit au nom de tous : Seigneur, à qui irions^ 7ious? vous arez des paroles de vie éternelle : twus montrant pnreette rèponscy poursuit le Mini martyr, que qui que ce soitqui quitte Jêsus-Clirist, l'Eglise ne le quitte pas , et que ccuxda sont Vilglise, qui demeurent dans ta maison de. Dlnt; de sorte que le caractère des novateurs est delà quitter, ainsi que le caractère dt*s vrais fidèles e^t d'y di'ineurer toujours.

Kn remontant un peu plus haut, nous trouverons Terlullien, que saint Cyprien appelait son maître, et qui méritait ce nom tant qu'il est demeuré lui* même dans cette imité de qu'il a tant

louée. Terlullien donc , Lant qu'il a été catholique , a reconnu celte chuine de la succession qui ne doit jaïuals être rompue. Selon cette règ1e,on con* unit d'abord les liért^sies , par la seule date de leur commencement." Marciun et Vulcutin sont venus I « du temps d'Antoniii : » on ne les connaissait pas auparavant; ou ne les doit donc pas coimaitre au* joiird'hui. Ce qui n'etait pas hier est réputé dans rL}ilise comme ce qui n'a jamais été. Toute Eglise clirelleiino remonte a Jésus-Christ de proclie en proche, et sans interruption. vraie |>oslcritédeJésus- (^hrisl va sans Jiscontinualiun à rurigine de sa race. Ce qui commence par quelque date que ce soit ne fait point race , ne fait point famille , ne fait point tige dans l'Église. • Les marcionites ont des Églises,

" mais fausses et dégénérantes comme les guêpes « ont des ruches *, » par usurpation et par attentat : on n’est point recevable à dire qu'on a rétabli ou réformé la bonne doctrine de Jésus-Christ, que tes temps précédenU avaient altérée * : c'est faire injure à Jésus-Christ que de croire qu'il ait souffert quelque interruption dans le cours de sa doc* trine.ni qu'il en ait attendu te rétablissement ou de Marcion ou de Valentin , ou de quelque autre novateur, quel qu'il soit • H n’a pas envoyé eu « vain le Saint* Esprit : il estimpossibleque IcSuint-

* Esprit ait laissé errer toutes les Eglises, et n'en « ait regardé aucune • Montrez-nous-en donc avant vous une seule de votre doctrine : vous ilisputez parl'Écriturc? vous ne songez pas que l'Écriture elle-même nous est venue par cette suite : les Evangiles, les Épitres apostoliques et les autres Élcrilures ii'onl pas formé les Églises; mais leur ont été adressées, et se sont fait recevoirofvr l'assistance du témoignnge de V Église : ejus testinionio assistenie^. Ainsi ia première chose qu’il faut regarder, c'est a qui elles appartiennent : enjus sint Scripturx L’Eglise les a précédées, lésa reçues, lésa transmises à la postérité ater leur réritaMe sens 7. Là donc où e.st la source de la foi , c’est-à-dire la succession de l'Église, - la ■ est la vérité des É.crilures, des interprétations ou « expositions , et de toutes les traditions chrétien-

* nés". » Ainsi , sans avoir besoin' de disputer par

• JdiK Marriott. Uh. IV, «.S. — » Iltid. lib. I, n. 30. »

* tbid. I. Pfttsc. n. 39. — ^ Pmx'. n- 2a. — » Adv. Marr. lib. IV, II. a, 3. - • Pnrsc. h. 19. — • Ibid. H. 30. -■ * Ibid. M. 19.

les Éleritiires, nousconfondons tous les liérétiques,

« en leur montrant, sans les Écritures, qu'elles ne «leur appartiennent pas, et qu'ils n'ont pas droit « de s’en servir*. •

Cet argument est égal contre toutes les hérésies : elles y sont toutes également convaincues : reviclic Isxreses omnes •. On confond Praxéas, comme on avait confondu Marcion et Valentin. Vous êtes nouveau, noreltus; vous êtes venu après, ;waî/en«; vous êtes venu hier, kest^rnus 5, etavantliier on ne vous connaissait pas. Vous n'êtes rien aux chrétiens ni à Jésus-Christ, qui était hier et aujourd'hui, et qui est de tous tes siècles on vous dira comme aux autres : Pourquoi me venezvous lroiibler?^e *«ij en jiossession : je possède le premier :jai mes origines certaines * : je viens en droite ligne et de main en main de ceux à gui appartenait la chose : on savait bien que vous viendriez ; nous avons été avertis qu'il s'élèverait des hérésies, et même qu'il le fallait; mais en même temps on nous ,i déclaré qui vous étiez : des gens sortis liors de ia ligne , hors de la chaîne de la succession , hors de la tige de Tunité. TTne marque de ma possession incontestable, c'est que vous-mêmes vous avez cru premièrement comme moi - constat in catholiex primo doctrinnm crêdidisse^ :et vous avez innové, non-S(Milement sur moi, nuiis encore sur vous-mêmes. Cest l'argument que. saint Alexandre, évêque d'Alexandrie,

I faisait tout à ( heure aux ariens : c'e.st celui que I saint Augustin faisait aux pélagiens : c'est celui que Tertullien fait à Valentin et à Marcion ; nous l'entendrons faire aux disciples de Bérenger, et nous l’avons déjà fait à toutes les hérésies.

Mais re.s arguments, elles autres qu'on vient d'entendre, ne seraient qu'une illusion sans le fondement des promesses de Jésu.s-Christ , en vertu desquelles l'Église devait subsister tous les jours sans interruption et Jusqu'à la fin des siècles dans les apôtres et leurs successeurs. C'est à la doctrine de ce corps apostolique qu'il a plu à Jésus-Christ de nous appeler; mats afin que notre foi ne fiU pas pour ceh fondé^c sur de.s lioinmes, il a promis à ceux-ci d'être toujours avec eux.

Je pourrais citer saint Irtméo : je pourrais citer Origène : pour éviter la longueur. Je eitcral seulement saint Clément d'Alexandrie, maître d’Origèiie , qui touchait au temps des apôtres , et qui était le tliéologien de l'Église d'Alexandrie, la plus savante qui peut-être fût dans le monde. C’est lui qui nous montrera la rôle rogale contre toutes les hérésies ? , c’est-à-dire le grand chemin battu par nos pères : Il nous marquera r««r/cwiie Église qui précède toutes les sectes , et lésa toutes vue* .se séparer d’elle. De celle sorte elle est la seule qui mérite le nom de l'Église; les autres secle.s sont des écoles * où Ton dispute; celle-ci est où l'on croit : relui donc qui se soulèv’o contre les /rn//i7/ü«s de l'É^glise , c'est-à-dire, cou-

' ïhid. n. 37. — * Ibid. II. 35- — * .4di\ Prax. ».3. -- * Ufbr. xm, ft. — 5 P, me. n. 37. — * n. 3o. — .

> StrxftH. Ub. VII. — • Ibtd.

..ÿle

SUR l.KS PROMESSES DE L KOUSE.

tre la suilc et la surrossion » a cesst d\Hrr JUKh , rl a quitte la source. CVsl pouniuoi tous les novatours se contredisent eu vmt^mes; leur dnctriiie i*st inconstante et variable ; parce que , diMl, par une euriositépernicieuse , par une superi>e sincularité ,

• ils méprisent les choses ordinaires; et, tàeiiant ■ de s’élever au-dessus de ce que la foi rendait

* rummun, ils sortent du sentier de la vérité. I.a « jîloîre les aveugle; ils veulent foire une srelo et « une hérésie, et surpasser ceux qui nous ont pré- - cciJés dans la foi » On sait leur date ; leurs auteurs , dont ils portent encore les noms , sont connus partout : on sait sous quels empereurs ils ont romrnenré, les lieux et les temps de leur naissan(‘e : et il est « constant que l’Eglise catholique les a

* tous devancés telle e.st une comme Uieu e^t un ; « elle est ancienne , elle est catholique : tous ceux

• quil'ohandoiment l'ont trouvée dans l'éminence « dci'auturité, et rien ne l'égala jamais. • fgi quitter, c'était quitter les apùtres et Jcsiis-Christ ineme; et c'est ce qu'on appelait abandonner la

c’est-à-dire, la suite toujours manifeste de la doctrine laissée et continuée dans l'Eglise, le principe de la vérité et la source qui coulait toujours dans la succession.

Cette doctrine manifestement venait de l'apdtre, lorsqu'il disait à Timothée ; Ce que vous avez out (le moi en présence de plusieurs témoins , laissezte à des hommes ftdeles qui soient capables d'en instruire (t autres*. C'est la règle apostolique, c'est |)ar cette supposition que la doctrine doit aller de main en main : les apôtres Font déposée entre les mains ilc leurs successeurs en présence de plusieurs témoins; devant toute l'Église catholique, comme re\p)i((ue Vincent de Lérins apres saint Clirysostume^ : pour éviter la surprise, on ne dit rien en secret : mais ce qui est dit devant tout le monde, passe à tout le monde de main en main; c'est, disait saint Chrvsostôme^ , le trésor royal qui doit être déposé en lieu public rdc pasteur à pasteur, d'évôqiie à évéque, on se donne les uns aux autres la saine doctrine : il n'y a point d'interruptiou; et tout cela originairement vient de Jésus-Christ , qui disait aux apôtres et a leurs successeurs : Je suis toujours arec vous. Dans cette succession In doctrine est toujours la même. C'est pourquoi la fausse doctrine, d.nns le style de l'Kcriture, s'appelle une autre doctrine : O Timothée, l'it saint l*aul * , dénonceza certaines (jens qu’ils n’ensehjnent jminl d'autre doctrine. l/t-lcanrjUc nest jamais autre que ce qu’il était auparavant^. Ainsi , quel que soit le temps où dans la foi on dise autre chose que ce qu’on disait le jour d'auparavant, c'est toujours \' hétérodoxie , c'est-àdire , une autre doctrine qu’on oppose à Vorthodoxie ; et toute fausse doctrine sc fera connaître d’abord, sans peine et sans discussion , en quelque moment que ce soit, par la seule innovation : puisque ce sera toujours quelque chose qui ii'aura point cté perpétuellement connu. C'est par ce témoignage que la foi se rend sensible aux plus ignorants , pourvu

* 5/mm. lîb. vu. — * !]. Tim. ii. 2. — ’ Chrtfsott. In cum / iC — ’ tbiit. — V l. Tim. 1 , 3 — ‘ (ial. I, 7.

qu'ils soient Imuibtes : cl tous les jours sont égaux pour y trouver la vérité en possession; puisque Jésus-Christ ne dit pas qu’il sera avec les apôtres et leurs succe.sseurs a de certains jours, mais tous les jours.

Par (à s'entend clairement la vraie origine de catholique et d'hérétique. L'hérétique est celui qui a une opinion, et c'est ce que le mot même signifie. Qu'cst-ce à dire, avoir une opinion ? C'est suivre sa propre pensée et son sentiment particulier. Mais le catholique est catholique, c'est-à-dire qu'il est universel ; elsans avoir Je sentiment particulier , il suit sans hésiter celui de l’Église.

De là vient qu'un des caractères des novateurs dans la foi est de eux-mémes : Erunt ho-

mines seipsos amantes : Il y aura des hommes qui s’aimeront euX‘métncs' \ ou comme parle saint Jude, digne d'etre si souvent cité dans une lettre si courte , des hommes qui se repaissent eux-mémes, seipsos jmseentes* ; qui sereiiaissenl de leurs inventions , jaloux de leur sentiment, amoureux de leurs opinions. Le cathüli(|ue est bien éloigné de cette disposition : et sans craindre l'inconvénient d'étrejaloux de ses propres pensées, il a une sainte jalousie, un saint zèle pour les sentiments communs de toute l’Église ; ce qui fait qu'il n'invente rien , et qu'il n'a jamais envie d'innover.

Pour répondre aux autorités des saints, que nous avons allégiii'cs, on dira que cet argument, qu’on tire de la succession , était bon au cominenc^nent , où , tout près de Jésus-Christ et des apôtres, ou voyait comme d'un coup d'mil l'origine de l'Église’ Illusion manifeste! Si dans i.i promesse de Jésus- Christ sur la durée de son Église nous regardions autre chose que la puissance divine qu'il y donne pour füudemc.nt : Toute puU.sance , dit-il ^ , m'est danm'e dans le ciel et sur fa terre , rien ne nous pourrait assurer contre rpltération de la doctrine : un ouvrage liumnin pourrait tomber après cent ans, comme après mille ans : ctbs Feres du second, du troisième, du quatrienve et cinqiiicine siècle, dont noiisavous allégué l’autorité , se pourraient tromper comme nousdans la S’iccession de l’Église et de ses pasteurs. Mais parce que Jésus-Christ et .sa parole toute-puissante sont le fondement de notre foi , l'argument est de tous les siècles : saint Cyprieii ne le faisait pas avec moins d'assurance que .saint Augustin , et avant lui Tertullien , et avant lui Clément d'Alexandrie. Ou le lit à Bérenger, avec la même force, après mille ans. Dès qu’il innova sur la présence réelle, on lui objecta d'abord , comme je l’ai démontré ailleurs ■*, ce fait constant, qu'il n'y avait pas une Église sur la terre, pas une ville, pas un village de son sentiment; que les Grecs, que les A rmeniens , et en un mot tous les chrétiens d’Orient avaient la même foi que l’Occident; de sorte qu il n’y avait rien de plus ridicule que de traiter d'incroyable ce qui était cru par le monde entier. Lui-même

• 11. Tim. UI,2. — * Jud*. f2. — » xwm.îO

— * lUtg. Linço». Prie. Atrot. ep. ad

Cnim. Ub. 3. t.aaf. d» cnrp. et Sitng. fhtm. cap. 2, i, 22, tic, l. xMli Pib. PP. Liigd. ftiil. di-t Par. /ir. xv.

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