‹ suvres de Bossuet Histoire des variations des églises protestantesChapitre 95 sur 192 · PASTORALE · texte numérisé non relu

PASTORALE

sièges ont gardé l'unité : in qua sota unltas ab omnibussertaretur, comme parlent les saints Pi'rcs • : en sorte qu'en y demeurant , comme nous faisons , sans que rien ait été capable de nous en distraire , nous sornme.s le corps qui a vu tomber à droite et a gauche tous ceux qui se sontséparéseux-mêmes; et on ne peut nous montrer par un fait positif et constant, comme il le faudrait pour ne point discourir en Pair , que nous ayons jamais change^ d'état, ainsi que nous le montrons à tous les autr(>s.

Dans cet inviolable attacliement à la chaire de saint Pierre, nous sommes guidée par la promesse de Jésus-Cbrist. Quand il a dit à ses apôtres , Je suis avec von.% , saint Pierre y était avec les autres ; mais il y était avec sa prérogative, comme le premier des dispensateurs, pri/utts Petrus* : il y était avec le nom mystérieux de Pierre , que Jésus-Christ lui avait donné pour marquer la solidité et la force de son ministère : il y était enfin comme celui qui devaille premierannoncerbfol au noiiideses frères lesapôtres .Icsy confirmer, et par làdevenirla pierre sur laquelle serait fondé un édifice immortel. Jésus- Christ a parlé à ses successeurs comme il a parié à ceux des autres apôtres; et le ministère de Pierre estdevenu ordinaire, principal et fondamental dans toute l'flglise. Si les Grecs se sont avisés dans les derniers sicclesdeconlestercelle vérité, aprèsPavoir confessée cent fois, et l’avoir reconnue avec nous, non point seulement en s|>ccu(alion, mais encore en pratique dans les conciles que nous avons tenus ensemble durant sept cenU ans; s’iU n’ont plus voulu dire, comme ils faisaient : « Pierre a parlé « par Léon; Pierre a parlé par Agalhon; Leon nous • présidait comme le chef préside à scs membres ; > les saints canons et les lettres de notre père Céies- « tin nous ont forcés à projioncer celle sentence, » et cent autres choses semblables: les actes de ces conciles, qui ne sont rien moins que les registres publics de l'Eglise catholique, nous restent encore en témoignage contre eux ; et l’on y verra cternellemenl l'état où nous étions en commun dans la lige et dans l'origine de la religion.

Ce sera donc toujours aux catholiques à confondre ceiixqui se séparent; eten les prenant dans le moment funeste pour eux de leur séparation , nous serons en droit de leur dire avec saint Paul : de tous

qu est fMirtic la parole de f)ieu^ ou bien é/es-rous les seuls à qui elle est parvenue Est-ce de vous qu" elle est jmrtid nionlrez-nous sa continuité: n’estelle venue qu'à vous} montrez-nous son universalité. Est-ce de vous qu'elle est partie? devait-elle avoir de vous son commencement , et ne faut-il pas qu'il paraisse de qui vous la tenez , et comment elle vousest venue de proche en proche?

quàcous seuls? ne devait-elle pas être dans touie la terre, et une parcelle doit-elle l'emporter t^onlre le tout? C’est par de tels arguments que le docte Vinrent de lairins démontrait, il y a treize cciit.s ans, que l'Eglise a des coutumes établies qui sont autant de démonstrations de la vérité, et qu’il faut

1 ' Opt. cout. Farm. lib. il. — * x, î. — 7 Mare.

i lit, 17. — • I. Car. XIV, Sfl.

SUR LES PROMESSES DE L’ÉGLISE

fomptor parmi ccs coutumes ce fiu'tllc a accoutumé do croire.

Loin <|ue In saine üootriiie soit capable (rôlre affaiblie par les nouveautés, nu contraire In contrndiction des novateurs la fortifie et répitre. Écoutons saint Aumistin» :« Plusieurs choses étaient cachées

■ dans les Écritures : les hérétiques séparés dcl É-

■ giise l’ont agitée par des questions : ce qui était

• caché sVst découvert, et on a mieux entendu la

• véritédcI)ieu...Ceuxqui pouvaient le mieux expli- « quer les Écritures, ne donnaient point de résolu- « tion aux questions difficiles , pendant qu’il ne s'é- « levait aucun calomniateur qui les pressât. On n'a

• point traité parfaitement de la Trinité avant les « ciumeurs des ariens; ni de la pénitence, avant que

■ les novaliens s'élevassent contre; ni de l'eflicace « du Itaptéme ^ avant nos rebaptisateurs. On n’a pas - même traité avec la dernière exactitude les choses

• qui se disaient de l'unité du corps de Jésus-Christ,

• avant que la séparation qui mettait le^ faibles en

• péril obligeât ceux qui savaient ces vérités à les 4 traiter plus à fond, et à éelaircirentièrement toutes t les obscurités del'Écriture. Ainsi, dit saint Augus- « tin, loinqiiele-serreursaient nui à l’Église catbuli- « que, les hérétiques l'ont affernue, et ceux qui pert- •> saient mal ont fuit connaître ceux qui pensaient « bien. On a entendu ce qu'on croyait avec piété, » et la vérité s’csl déclarée de plus en plus.

Il se faut donc bien garder de croire que les erreurs quelles qu'elles soient puissent détruire l'Église et en interrompre la suite : elles y viennent pour la réveiller, et faire quelle entende mieux ce qu'elle croyait.

Par cette sainte doctrine , toute question dans l'Église se réduit toujours, contre tous les liéréliqiies, à un fait précis et notoire : Que croyail-ou quand vous êtes venus Il n'y eut Jamais d'hercsic qui n'ait trouvé l'Église actuellement en possession de la doctrine contraire. Cestunfait constant, public, universel, et sans exception. Ainsi, ladéci>iuii a éic aisée; il n'y a qu'à voir en quelle foi on était quand les hérétiques ont paru, en quelle foi iis avaient été élevés eux-mémes dans l'Église, et à prononcer leur condamnation sur ce fait, qui ne pouvait être caché ni douteux. Demandez à Luther hii-imbiiecoimm'iit, par exemple, il disait la messe, avant qu'il se prétendit plus illuminé. Il vous répondra qu'il la disait comme on la disait, comme on la dit encore dans r^lglise catltolique.et la disait dans la fui commune de toute l’Église. Voilà sa condamnation prononcée par sa propre bouche : s'il s'e.st cru contraint à changer ce qu’il a trouvé établi , c'est là son crime et .son attentat, qu’il a voulu appeler nouvelle lumière. Il en est de même des autres errants dans tous les autres articles. Ils ont tous voulu , non pas éclaircir ce que l'Église savait, mais savoir autre chose qu'elle : il n'y a point à Inciter sur la décision.

Mais pourquoi donc faire tant de livres contre les hérésies? Saint Augu.stin vient de vous le dire si clairement : vous l’avez oui : Si coujf ne croije^ pax,

‘ In Pt. IJV , 42 ; IV , «rf. &J3.

■DSStf.T —TOME IV

VOUS n'entendrez pas, disait le prophcle', selon l’ancienne version des Septante : IShlcrcdidcritis, nntiintcUUjetis : d’on saint Augustin tirait cette consequenec évidente par elle-ménio r !,e commence* ment de t’intettiffence, cest la /«/ ; te fruit de la foi , c'est nnleUUjenrc : Imtiuin safneutire Jides : Jhtei Jructus inteUrctus. Voilà toute l'économie de la doctrine parmi les fidèles. On croit sur la foi de l'Église: on entend par les explications jdus particulières des saints docteurs. Vous voyiez baptiser les petits enfants, et vous croyiez en simplicité qu'ils étaient pécheurs , puisqu'on leur donnait par le baptême la rémission des péchés. Une hén^ie vient contester celte vérité : alors voies développez plus clairement la doctrine de saint Paul sur les deux Adams, le premier et le second ; les paraboles de Jésus-Christ sur la renaissance, et toute la suite des mystères. T.c baptême donné en égalité au nom du Père et du Fils et du Saint* Esprit, faisait adorer un seul Dieu en trois personnes : Icsus-Christ était appelé le Fils unique : c’en était assez pour établir la foi. Quand les ariens ont voulu embrouiller cette in.itière, il a fallu, pour l’expliquer dans tonte son étendue, détailler, pour ainsi parler, i.i théologie de saint Jean; les paroles de Jésus-Christ même, sur son cleriielle naissance ; et la source de l'unité dans la procession des trois divines Personnes. En un mot, vous aviez dans le Symbole un abrégé des articles, qui, proposé par l'Église, vous ôtait le doute. Les hérésies sont venues, poiirdonnerlieu à déplus amples explic.itions; et de la foi simple, on vous a mené à la plus parfaite intelligence qu'on puisse avoir en cette vie. Ainsi l’Église sait toujours toute vérité dans le fond : elle apprend par les herésii^, cuinine disait le célèbre Vincent de î.érins, a l'exjwser avec plus d’onire, avec plus de distinclion et de clarté. !\lais que sert, direz-vous, celle intelligence à celui qui croit déjàen simplicité? Beaucoup en toute manière: Dieu veut que vous remarquiez tons les progrès de la vérité dans votre esprit : on vous conduit par degrés à la parfaite lumière, et vous apprenez que de clarté en clarté, comme dit saint Paul *, vous devez enlîii arriver au plein jour.

Ainsi la decision de l’Église est toujours courte et aisée à prononcer dans le fond ; mais il n’en est pas de même des traitc.s des saints docteurs. Pour prononcer une décision , l’on n'a qu’a dire à l’hérétique : Que croyait-on dans l'Egiise, et qu'y aviezvous appris vous-même? Le fait est constant : on va vous le déclarer plus précisément que Jamais : on ira même au-devant de toutes vo.s équivoques. Que disent les Écritures? Les traites des saints docteurs vous l'expliqueront plus amplement. Nous sommes ceux a qui tout proüte , et même les liércsies : elles nous rendent plus attentifs, plus zélés, mieux instruits : la chose n'csl pas obscure : » Nous « avons appris , dit saint Augustin*, cl c'est là une

* principale partie de l'instruction dirclienne ; nous

* avons appris que chaque hcrcsio a apporté à l'E- « glise sa question particulière, contre laquelle on

1 ‘ /j. VII, 9 — ’ II. Cor. ni, 18. — • üc don. Pertev. w/j

U , &3; f. X . rot. ht.1.

Page 1