SOS
deront aux apôtres sans aunine iriterniplion , et | sans avoir changé leur doctrine par aucun fait positif. Ainsi, ce qu'on dit des Grerjs jusqu'ici demeure inutile : il faudra seulement nous souvenir d'examiner en son lieu la foi des Grecs, et s'il est vrai qu'ils n'aient jamais abandonne In succession; ce qui ne regarde ni l'examen ni l’intelligence de la promesse dont ü s'agit, considérée en ellc-méme.
{.nissons donc en sursénnee, pour un peu de temps , ce qui regarde l’application de la promesse ou aux Latins, ou aux Grecs, ou aux autres peuples particuliers , puisqu'il n'en est rien dit dans cette pi-omesse, et continuons à peser les propres paroles qu'elle contient.
« <^'est assez parler des |>ersonnes, continue votre « ministre' : venons au fond. Jésus-Christ promet « à l'Église qu'il sera toujours avec elle: ce terme,
• arec eUe , dit M. de Meaux, marque une protec-
• tion assurée et invincible de Dieu : • ce qu'il avoue en disant : « II a raison jusque-là. » Si j'ai raison jusque-là, je tire deux conséquences : l'une, que l'Eglise visible sera toujours; l'autre, qu'elle sera attacliée aux pasteurs qui prendront la place des apôtres, et que l'erreur y sera toujours exterminée. Cest ici que votre ministre cite ces paroles de mon Instruction : •• Ceux qui voudront être en- « seigné-s de Dieu u'auront qu'à vous croire, comme « ceux qui voudront être baptisés n’auront qu'à « s’adresser à vous*. » A cela, quelle réponse.* I.c ministre avoue que Dieu « peut suppléer à tous nos «besoins par sa présence, quand il vcul^; mais, « ajoute-t-il , U ne le fait pas toujours. Où est « donc cette protection assurée et invincible, que
• J’ai raison de reconnaître dans ces paroles, Je » suis avec vousf » et comment est-elle assurée , si Dieu {K>uvant la donner, il ne le veut pas.*
Pour montrer que ces paroles, Je suis arec vous, emportent une protection assurée autant qu'invincible , j’allègue ce qui fut dit par l'ange à Gédéon : fous sçturcrez Israël, jMree que je xuU avec mus; et je produis en même temps plusieurs passages où cette parole , Je suis avec vous, marque un effet toujours certain *. Le ministre n'a pu le nier, comme on a vu ; mais sur l’exemple de Gédéon, il répond deux choses* ; hi première : « Comme tous ceux avec qui Dieu
• est, n'ont pas la force de Gedron pour tuer mi- « raculeusement six vingt mille hommes dans une « bataille ; ainsi , quoique Dieu soit avec les succos- « seurs des apôtres , il ne s'ensuit pas qu'ils doivent « étendre comme eux l’Église jusqu'au bout du « monde, ni avoirla même autoritéqu'eux. • C'est la première réponse; voici la seconde : « Comme la « présence de Dieu , qui était avec Gédéon, ne l’ein-
• pécha pas de faire unéphod, après lequel Israël « idolâtra, ce qui fut un lacet à sa maison^; ainsi la
• présence de Dieu dans l'Eglise n’empèchc pas
• que ses principaux chefs n'introduisent en certains
• lieux l'erreur, cl ne rendent l'Église très<»bscure
J * T. Uflib. IV, cap. 3, n* I , p. &os. i |. Jnslr. poit. — iCiJ. — * IbiJ. — ‘ r. Il p. M7, ShM). —• JudiC. Y|-
« par leur idolâtrie. • Vous le voyez, mes clicrt frères, il n'a pas osé pousser à bout sa oonséquenre. Pour la tirer tout entière, il devait conclure que tous les pasteurs pourriiient tomber dans l'idolâtrie : il n'a osé le conclure que des principaux. Il devait encore conclure que toute l'LgHse devait être obscure par tidotàtrie : il a évité ce blasphème, qui ferait horreur, et n'osc livrer à l'idolâtrie que dv certains lieux; ce qui n'cmpécherait pas la pureté du culte dans le gros. Il a donc lui -même senti la défectuosité manifeste de son principe, qu'il n'a osé pousser à bouL Mais, quoi qu'il en soit, ses deux réponses vont tomber sans ressource par un seul mot.
Cette parole, Je suis acec cous, n'emporte de garde assurée et de protection invincible, que dans l'effet pour lequel Dieu Ta prononcée, et pour lequel il a promis d'étre avec nous. C'était à l'effet de défaire les Madianites, et d'en délivrer Israël, que Dieu était avec Gédéon : aussi cet effet n’at-Ü pas manqué, et les Madianilcs ont été tiillés on pièces par ce capitaine. C’était aussi à l’elfet d’enseigner la vérité et d’administrer les sacrements , que Jésus-Christ devait être tous les Jours et jusqu'à ta fin du monde avec ses .apôtres et leurs successeurs : cet effet est donc celui qui u'a pu manquer; autrement il ne sert de rien d'avoir avec soi le Tout-Puissant, si l’on peut perdre l'effet pour lequel il assure qu'il y est, et qu'il y sera toujours. Appliquons la même chose à l'éphod érigé par Gédéon; l’effet de celte promesse, Je suis arec COM, était accompli parla défaite des ?iladianites, pour laquelle elle était donnée : l'éphorl qui vient si longtemps après, n'appartient pas a cette promesse; et le ministre, qui nous le produit, abuse trop visibleuient de votre créance.
« M. de Meaux , poursuit le ministre', devait rc- « marquer que Dieu avait promis à l'Église judaî- « que d’élre éternellement avec elle, d'y mettre son « nom à j imais; et néanmoins que cette présence
• n’a p.is empcché ni sa ruine, ni que, pendant « qu’elle a duré, il n'y ait eu des abominations et « des idolâtries jusque dans le temple, et que les
• prêtres elles sacrillcateurs ne se soient corrom-
• pus. »
Pour procéder neltcment, je distingue ici deux difücultês : l'une qu'on tire de la ruine de l'Églisa judaïque, etl'autre qu'on tire de sa corruption pondant qu elle subsistait.
Pour la ruine, il est vrai que Dieu avait Jit : qu'// mettrait son nom à jamais dans le temple de Sa'omon; et, ce qu’il y a de plus fort, qu'i/ tj aurait tous 1rs jours scs yeux et son cceur : promesse qui ne parait p.as de moindre étendue qus celle de Jésus-Christ dont nous parlons. Voilà du moins l'argument de votre ministre dans toute so force. Uemarquez pourtant, mes chers frère.s, qu'il n’a osé citer ce passage entier, de peur dy trouver sa confusion. Lisons-Ie doue tel qu'il est * :
» Tom. n, p. &67,ftc. 67i,ctc. - » III. ilrp. n , 8 et I 1. Par. vu, IS, ift.
SL'R LES PROMESSES DE I/ltGUSE.
• Je mettrai mon nom ujonuis dans celte maison.,
• et fy aurai tous les jours mes yeux et mon cccur. « Si tu marches dans mes voies, comme a fait ton
• père David, j'établirai ton trône à jamais. Si au
• contraire vous et vos enfants cessez de me sui>
• \re, et adorez des dieux élranRers, j'arracherai
Israël de la terre que je leur ai donnée, et je rc-
• jetterai de devant ma face le tentpie que j'ai con*
• sacré à mon nom ; en sorte qu'lsraël sera la risée
• et la fable de tout l'u nivers, et que ce temple sera
• en exemple à tous les peuples du monde. » On vous a tu, mes cliers frères, la condition expressément apposée à la promesse de la Synagogue : et vous ne voulez pas voir la diftVreiice entre cette promesse absolue , et vaih y je suis arec vous tous tes JourSf et celle-ci, serai, si vous Jattes bien!
Votre ministre objecte souvent : Quoi donc! ne faudra-t-il point quitter l'Église, si elle loml>e dans l'idolâtrie et dans l'erreur.’ Autre illusion ; puisque c'est là précisément ce qui est exclu comme impossible par cette promesse absolue, Je suis arec vous tous les jours : étant choses visiblement incompatibles, et que Jé-sus-Chrisl soit avec elle tous les jours, et qu'elle soit quelque jour livrée à l'idolâtrie et à l'erreur, avec lesquelles Jésus-Christ ne demeure pas.
Kt pour parler plus h fond, sans nous jeter néanmoins dans des discussions embarrassantes, est-il possible, mes frères, que vous oe vouliez pas voir que i’Cglise judaïque ou la Synaj;ogue par sa condition devait tomber; au lieu qu'au contraire l'Église de Jésus-Christ par sa condition devait subsister à jamais, malgré les efforts de l'enfer.’ La chose ne reçoit pas de diHiculté. Dieu promet un nouveau Testament : donc le premier devait vieillir cintre aboli, conclut saint Paul *. Dieu promet rn Jésus-Christ un nouveau sacerdoce selon l’ordre de Melchisèdeck : donc il promet en même temps l'abolition de la loi ; puisque, selon le même saint Paul , la loi doit passer en même temps que le sacerdoce ». Jésus-Christ a lui-même prononcé, selon la prophétie de David , que la pierre qui devait faire la (été du coin, devait être auparavant rejetée par les Juifs ^ : d’où il devait arriver qu’il serait contraint de leur ôter la vigne , et de la donner à d’autres ouvriers^. Jésus-Christ a vu aussi dans Daniel ra6omina//on de la désolation dans le lieu saint : et, dit-il que celui qui lit entende, afin qu'on soit attentif à ce grand mystère. Dans ce mystère était compris le meurtre du Christ par les Juifs ; et après ce meurtre, {'entière dissipation, de tout ce peuple, avec Tahomination et la désolation jusqu'à La fui Y a-t-il donc un aveuglement pareil à celui de régler les promesses faites à TÉgli.se par celles de la Synagogue, et de ne vouloir jamais reconnaître, ni mettre de différence entre celle dont Dieu se relire, et celle à qui il proteste qu'il est toujours avec elle : entre edie à qui il dit, Je suis avec vous jusqu'à la fin, et celle dont il est
• Flebr. Tin . 8, 0 »•< srq. — * Ihid. VII, 15. — * .Vatth. X\l, 4i. “ * Jbid. iü, 41. — * Ibid. XUV, 15. - ‘ P<m. IX, 26,
■O jai-v. — TOMK IV.
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écrit; La désolation jusqu'à la fn duneurc sur elle?
Voilà une claire résolution de l'argumeul que l'on tire de la ruine de la Synagogue. Mais on a objecté, en second tien, que du moins Dieu était présent dans l'Église judaïque tant qu'elle devait subsister, et néanmoins que « cette présence n'a pas « empêché que, pendant le temps qu'elle a duré, il « n'y ait eu des idolâtries et des ahoinioations jus- « que dans le temple, et que les prêtres et les sa- « crificalcurs ne se soient corrompus •. • Voilà sans doute votre argument le plus spécieux : mais ouvrez les yeux, mes chers frères, et voyez avec quelle précision nous y répondons par cette seule demande.
Veut-on que l’Église judaïque ait été dans ces obscurcissements tellement abandonnée, que Dieu ne lui laissât aucune visibilité, en sorte qu'on la perdit de xue, et que le Hdcie ne sût plus à quoi sc prendre dans sa communion ? C’(*st ce qu'il faudrait prouver, et c'est en effet la prétention des ministres. Mais elle est directement opposée à la parole de Dieu. Il n’y a (ju’à l’écouter dans Jérémie, où il dit : t Depuis le temps que je vous ai tirés de i'É-
• gypte jusqu’à ce jour, je n’al cessé d’avertir vos « pères par un témoignage public, en me levojit pen-
dant la nuit et dès le malin, et leur envoyant uns
• serviteurs les proplièles; et ils n'ont pas écou-
• lé *. * Dieu se compare à un maître vigilant, ou, si vous voulez , à cette femme des Proverbes qui se relève la nuit, sans laisser éteindre sa lampe pour mettre à la main d’un chacun de ses domestiques en particulier, et par un soin manifeste, la nourri/»rf convenable. Il répète sept ou huit fois cette parole, pour l’inculquer davantage; et il prend son peuple a témoin qu'il ne leur a Jamais manqué, pas même a l'extérieur : et vous voulez qu’à l'extérieur le fidèle qui cherche l'Église ne sache durant certains temps a quoi se prendre , non plus qu’un pilote déroulé pour qui ne luit plus l'astre qui doit conduire sa navigation !
Ne voyez-vous pas que Dieu , non content de leur avoir une fois donné la loi, se lève encore la nuit , tous les jours , et dès le matin, pour leur envoyer ses prophètes ? Et ne dites pas que ce ministère des prophètes éUiit extraordiaaire, ou qu'il n’élait pas continu parmi les Juifs. Car c’est démentir l'Écriture et Dieu même, qui les assure que depuis le temps qu'il les a retirés de C Égi^te Jusqu'à ce jour*, il n'a cessé de les envoyer, ni de parler à son peuple publiquement, nuit et jour; en sorte que rien n'a manqué à leur instruction : m vous voulez qu'il soit moins soigneux de l'Église chrétienne , après qu’il l’a assemblée par le sang rie sou Fils et qu’il l’a affermie par ses promesse.s ! Remarquez encore que ce ministère des prophètes, bien qu'extraordinaire, était ordinaire en ce temps, et jusqu’après le retour de la captivité; puisqu’on
' r. Il, p. 667, 6M. — * Jcr. vil. 13, 15. XI, 7. XXV, 3, 4. XXVI, 6. XUX, 19. XXXV, II, 15. ~ » f*rxn'. %\M. 15* 18. -
• Jrrem. VII, 13, 16. Xl,7. XXV,3,4. XXVI,6. XXIX , IP. XXXV , 14, 15.
th
H" INSTRUCTION PASTORALE
voit partout la congr^calion , Ift corps , la société, les luiMtalions des pro()lu*tes et de leurs enfants, et que ceux qui les voulaient contrefaire , s’inacr.ant par eux-nWines dans le ministère prophéuque, fiaient confondus sur l’heure par les vrais prophètes du Seigneur, comme Hananias par Jerémie',
l'our comble de conviction , il faut ajouter qu a ce ministère extraordinaire, quoique continu , des prophètes, fïieti n’a jamais cessé de joindre le ministère ordinaire du sacerdoce établi par Moïse; et on ne peut le nier sans démentir KztHdiiel, qui a prononcé ces paroles : » Les sacrillcateurs et les lé- « viles enfants deSadoe, qui ont gardé les ceré-
• inonies de mon sanctuaire pen lant Terreur des « enfants dIsraèl,seroiil toujours dev.-HU ma face*.» Pesez ces mots, qui ont gardé et mis en pratique lex rcrémoidrs de mon xanrinaire, et ce qu’on appelle le droit lêvilique et sacerdotal : et encore : « Le sanctuaire .sera dans la possession des enfants
• de Sador, qui ont ganlé mes cérémonies durant
• Terreur des autres lévites et des enfants d'Is-
• raèl * » : et vous voulez que durant ce temps le culte fdt aboli !
Remarquez que le sacerdoce d'Aaron était éternel fl ne devait Jamais discontinuer, jusqu’à ce que fdt venu le temps destine à sa translation marquée par saint Paul, comm* on a vu. Outre celle promesse générale. Dieu avait dit en particulier à Phlnées, fdx d'iUéazaryfiU d' Aaron : Je fais avec iui, et avec xa race, U pacte d'un xacerdoce éternet*. On voit bien qui! faut toujours sous-entendre une éternité telle qu’elle pouvait convenir h une loi quipar sa constitullondevaittomber, comme la loi l’exprime elle-méme. Dieu avait encore promis du temps d’Héli et de ses enfants : Je xusciteral un sacrijicateur, et je tui édifierai une maUon fidèle; et il marchera tous tes Jours devant mon Christ^ : pour marquer que le sacerdoce ne souffrirait point d’interruption dans tous les temps pour lesquels il était établi.
L'effet suivit la promesse : et non-seulement la race d'Aaron, où le sacerdoce était attaché, ne défaillit pas; mais le Saint-Esprit nous assure que ToLservance du mile public demeura dans les plus illustres des pontifes et dans la race de Sadoc, qui servait dès le temps de David et sous Salomon : et vousdiles indélinimenl que les .sacrificateurs étaient corrompus.
On ne lit en aucun endroit, que la circoncision, qui mettait les Juifs et leurs enfants sous le joug de la loi, ni les autres cérémonies du temple, aient msé. l>e» prophcles ne s'en plaignent pas; ni que rien leur eût manqué dansles sacrements de l'ancien peuple.
C’est dans les temps du plus grand obscurcissement, et sous Achaz même, qu’Isaïe a prophétisé, comme le porte Tiutitulalion de sa prophétie*.
• Jerrm. ixvill, IS. Ut, 17. — ’ Eztch, XLIV, U». — t Jhiâ. IITJII, fi. — • iVv»l. XXV, M, lî, 13. — * I. Reg. H, 35. — ‘ h 1. 1,
C'est dans un autre pareil obscurcissement que Jé« remie et Kzéchiel prophétisaient, unis aux prêtres, étant prêtres eux-mémes. I..e ministère ordinaire subsistait toujours. l.es prophètes n'ont jamais fait de séparation, et au contraire ils ralliaient tous les geug de bien dans l’observance du culte public et extérieur.
Où vcul-on que sc prononçassent ces jugement* solennels contre h*s rois impies, comme un Aeliaz , un Mana.ssèset les autres, où Ton condamnait leur mémoire en les privant de la .sépulture royale, rt Manassës même malgré sa p^uiitence , à cau.se du scandaleliorriblequ‘ilavaltcausé.^qui,dis-je.prononç.iit CCS jugements si soigneusement marqués dans Tf'lcriture s'il n’y avait pas dans TEglise un tribunal révéré de toute la nation, où la religion prévalait après les règnes les plu.s impies?
Voilà de.s faits, et des faits illustres, et des faits plus érlalanU que le soleil, qui font voir qu'au milieu de la defcctton qui semblait comme universelle, et au milieu de la violence de quelques rois qui cnipdi'haieut autant qu’ils |>ouvaient le ctillc de Dieu , il sul>sistait maigri* eux , et que la vérité se faisait sentir dans le ministère public. Ne dites donc pa.s, avec voire ministre*, que- l’Eglise était rctluile
a un petit nombre de li Jcies qu'on pouvait à peine « distinguer de la génération tortue et perverse. • Car quel veut-on qu'ait été ce sang innocent que Munasxès ft regorger dans Jèruxalan Ce sang innoci'nt, était-ce un sang idolâtre; élaU-ce le sang de ceux qui se lais.saient corrompre par les séductions de ce prince, ou le sang de ceux qui résistaient à ses volontés, et combattaient jus<|u‘à la mort pour la religion et pour le vrai culte, du nombre desquels on tient que fut (saie ? Et quoi qu'il en soit pour ce dernier fait, n'cst-il pas constant que dans le temps du plus grand obscurcissement , c'est-à-dire , sous Manassè.s , ce n'était pus le sang d'tf/i }>etit nombre de fideles que ce prince impie répandit, puisqu'il est écrit expressément qu*// en remplit Jérusalem , et qu'elle en avait jusqu’à ta gorge * : et on vou.s dit qu’on ne savait plus où était l'Église, et qu'on l'avait perdue de vue.
Voici pourtant votre dernier retranchement : c'est d’en appeler au temps de Jésus-Christ , « où
• l'Église se voyait réduite à un petit nombre de « fidèles qu’on ne pouvait plus distinguer qu’avec
• peine au milieu de la génération tortue et per-
• verse. Cela , dit-il arriva du temps de Jé4us-
• Christ. > Ce sont les propres paroles de votre ministre. IMais TÉvangüe le dénient en termes formels; et quoique le moment filt venu où Tlf^lisejudaïque allait être réprouvée, Jésus-Christ, par Tautorité que lui donnaient tant de miracles , qui ne laissaientaucune excuse aux incrédules, lui conserva Jusqu'au bout le caractère de sa visibilité : en sorte qu’elle ne fut jamais plus reconnaissable.
En effet, il reconnut dans Jérusalem le siège de la religion, en l'appelant la tille du grand roi *. Le zèle qu’il eut pour le temple, dont il chassa le*
» II. PrtrXWtn, 27. XXXm, 20. — » r. 11. p. 54». — * IV R* g. XXI, II». - * thiâ. — * T. 11,^. MS. — • Mattk. v, 35.
Sun LES promessf:s de l’Rglise
profanateurs', démontra la sainteté de cette mai* > son jusqu’à la veille de sa ruine, et de l'abomination qu’il reconnaissait devoir être bientôt dans le lieu saint.
Il reconnut la vérité du sacerdoce dans la Synagogue, lorsqu'il y envoya les lépreuse qu'il avait guéris : Mlez, dit-il •, mantrez-voux aux prHrcs.
Il Ot porter honneur, jusqu’à la fin , à la chaire de Moïse ; et deux jours devant la sentence qui le condamnait à mort, il disait encore : Ixs docteurs de la toi ci Irx pharisiens sont assis sur la chaire de MoUe (à ciuse qu'ils composaient le conseil ordinaire de la i#tion);/u</rJ doncce qu'ils disent, mais ne faites pas ce qu'ils font^ : où il fait deux clioses : l'une, de déclarer cette chaire pure jusqu'alors des erreurs courantes parmi les docteurs, qu'elle n'avait point passées en dogme ; l'autre, d'établir 1a maxime sur laquelle roule la religion , et le remède perpétuel contre tous les sclitsmes : que la corruption des particuliers laisse en son entier l'autorité de la chaire.
Quoique la sentence de mort qu’on prononça contre lui fiU le dernier coup de la réprobation de la .Synagogue, U voulut que cette sentence eût quelque chose de plus prophétique, à cause qu'e//e fui prononcée par le ponlijede celle année, comme le remarque tuiint Jean et au moment même que la sentence fut prononcée, il fut ridcle à répondre au pontife qui l’interrogeait juridiquement , s'il était le Fils de Dint^ : tant il fut soigneux de garder toute bienséance et tonte justice , et de conserver, autant qu'il se put, à la chaire qui tombait, tous les caractères de sa visibilité.
Il est vrai qu’il avait potin u à l'étcmlté de son culte, et qu’il avait commencé la nouvelle Église visible qui devait durer a jamais, 6 laquelle il dit aussi bientôt après : t'oUa,je suisarec roî«®.
Votre ministre continue a éluder ces paroles, en disant, « que le sort de l'Église peut changer
• comme celui des royaumes de la terre, et qu’il « suflil que Dieu, dont la présence est intérieure « et spirituelle, donne aux persécutcsdesconsoia- •< tiens et des sentiments de son amour qui les •0 soutiennent dans IcsaHlictions, parce qu'il suf- « fît, pour accomplir la promesse de Dieu, que
• son ^Igbse subsiste jusqu'à la fin des siècles ; et
• cette Église subsiste dans le petit troupeau corn- ■ me dans la multitude 7. »
Encore un coup , mes chers frères, on élude la promesse; on abuse des consolations intérieures et spirituelles, pour exclure la nécessité des soutiens extérieurs de la foi, sans laquelle il n'y a point de consolation ni d'intérieur. Or il a plu à Jésus-Christ d'attacher la foi à la prédication et à la perpétuité du ministère visible. En l'otant, on vante inutilement les consolations intérieures, puisqu'on les éteint dans leur source. Ainsi il est inutile d'alléguer le petit troupeau ; et l’on ne proiix'c rien, si l'on ne montre qu'il n'a pas besoin de
» yatth. XT», IS. Joan. Il, 1S, 10. — ' Matth. VIM , 1. — ) JbU. XXIII, 3. — ' J'MN. XI, 49, aO, 61. XVIIf, 14. — * iVdUA. XXVI , 63, 6t. - • M.tllh, XXI III , 20. - ' Ibià. p. TiCiO.
tenir à la suite perpétuelle du saint ministère : mais, au contraire, qu’il doit agir eoinme en étant détaché; ce qui n’est pas expliquer, mais abolir la promesse.
Le ministre tôche d’établirqu’il n’y a nulle conséquence à tirer des apôtres à leurs successeurs, en marquant trois dons dans les premiers qui ne sont point dans les autres, à savoir le don des miracles, le don d’infaillibilité, et le don de sainteté. Il commence parles miracles, en parlant ainsi :
• M. de Meaux veut que l'Église jouisse jusqu'à la
• (in des siedes précisément des mêmes effets de « la présence de Dieu, et des mêmes privilèges que « les apôtres; • cc qu'il réfute en celle sorte :
« Dieu était avec les apôtres par une présence ml-
• raculeiise; Je veux dire qu’il leur donnait la ver-
• tu de guérir les malades et de ressusciter les « morts*. » C’est là qu’il allègue ces paroles : Us chasseront lesdémons, ils guériront les malades; et le reste qu’on peut lire dans saint Marc *.
Il n’y a qu’un mol à répondre. Ces paroles, et celles-ci de mêine sens : Guérissez les malades ; ressuscitez les morts, etc. », appartiennent aux grAces extraordinaires , qui constamment cl de l’aveu du ministre même devaient cesser. On les compare avec celles-ci, enseignez et baplisez , qui sont du ministère ordinaire de tous les jours et inséparable de l Église, auquel aussi Jésus-Christ attache, on lermc.s formels, la perpétuelle durée : n'est-ce pas vouloir tout confondre, et peut-on montrer un plus visible dessein de trouver de l’embarras où il n'y en a point?
Il n*y a pas moins d'illusion dans ces paroles :
• L'onction intérieure donnée à dincundesapôtres, « qui leur enseignait toute vérité et les rendait tous
• infaillibles, était le second effet de la présence « de Dieu. » Ainsi, pour vérifier la promesse, ■ Ü « faut que tous les évêques, du moins ceux del'É-
• glisc latine, qui ont vécu, ou qui vivront jusqu’à « la fin du monde, soient purs dans la foi et infail-
• libics dans la doctrine. • Aussi nous attribue-til, en cent endroits de son livre», l'erreur de faire infaillibles, comme les apôtres, tou.s les évêques et tous les curés. Mais la rcpon.se est Aisée; car qui ne voit que, pour accomplir la promesse faite à un corps, on n'est pas astreint à le vërilier dans chaque particulier? C’est assez que. le corps subsiste, et que la vérité prévale toujours contre un Arius, contre un Pelage, contre un Nestorius, contre tous les autres errants. Il n’e.st pas besoin pour cela que tous les évêques soient infaillibles.
• Quand Dieu tant de fols a envoyé au combat le cnmp d'Israël , avec la promessed’une victoire assurée, il ne s’ensuit pas pour cela qu’il ne dût jamais périr aucun des combattants ou des chefs; et quoiqu’il en tombât â droileet à gauche, l'armée était invincible. Il en est ainsi de l’armée que Jésus-Christ
' a mise en bataille contre les erreurs. I) ne faut pas
* Ibul. p. b(i9ft 570. — * Vorr. XVI. 17,, IS. ~ ' MoUh.
\ X . S. > * T.U,p. &7I et p. 6sa, SS6, S&7 , t>?6, G04 , 609, 610 , I 6»a, 614, 621 , 708.730, etc.
n<^ INSTRUCTION PASTORALE
Sî/'î
s’imasi.ier que b (lr'fedi»niJ«M)uelqiie.S'Uns,quels qu ils soient, rcnüo la vicUiirediiUleuse; oulremenl les tléi'isions des conciles les plus universels et les plus saints seraient inutiles par la résistance d'un seul. Cinq ou six é\ {'(lues l’cnipo! teraienl à Mrée contre trois ceiUdix-liuitévéques, avec qui tous tes évéqnesdii monde seraient eonslaminent et publiquement en conmuinion. CV>t donc aux ministres une témerilc inouïe, de venir declarcrù Jésus-Christ, que s’il ne rend infaillible chaque pasteur, ils ne croient pas qu’il leur oit rien promis. Dieu ne rend pas impeccables tous ceux qu’il préserve du |)éche; et de même, sans rendre infaillibles tous ceux qu’il conserve dans la profession miverle de la vérité, c'est assez qu'il sache les moyensde les saranlir actuelli*ment de l'erreur. Mais Je ministre a trouvé beau d'attribuer cette alisurdité (parlons simplement) de donner ce ridicule aux catlioliqiu'S, de leur faire dire , que pour accomplir la promesse : Je suis toujoursartc rn«ï, il faut croire que tous les évêques et tous les curés sont infaillibles. C'e.st ce qu'il répète à chaque pa^ediilivreduntjevousexposelesillusioiis : et ainsi plus delà moitié de ce livre tombe, dc.s qu’il est certain que bien éloigné de rendre infaillibles tous les pasteurs, à quoi nous n'avons jamais seulement pensé , il n'est {las imhne nécessaire qu'aucun particulier le soit; puisqu'on peut justilier sans tout cela la vérité de la promesse : Je suis avec vous ; et qu'il sufüt pour produire un si grand effet, que Dieu sache tellement se saisir des cœurs, que la Xiine doctrine prévale toujours dans la communion visible et perpétuelle des successeurs des apôtres.
Mais voici une troisième absurdité où le ministre voudrait nous pousser, en soutenant que , pour vérifier la promesse nu sens que nous l'entendons, il faudrait que les successeurs des apùtrcs succédassent tous à leur sainteté comme à leur doctrine, « T.a pureté, des mœurs, dit-ll était un
• troisième fruit delà présence de Dieu d.ins les apù-
« très. Ces saints hommes et leurs successeurs cn- « traînaient les peuple.s par la lumière dt leurs bon- ■ nés œuvres Cet cmlroil embarrasse M. de
• ?ileaux M. de Meaux abandonne cette pro-
• messe claire comme le soleil . a l'égard de la saln-
• teté des mœurs, si nécessaire à rf4ilise pour la « rendre visible; puisque les vices déslmnorcnt TÉ-
• glise de Dieu, et la rendent souverainement obs- « cure et même odieuse aux inOdèles. » Voilà te discours de votre ministre. Mais il m'impose manifestement. Cet embarras où il veut me mettre est imaginaire; cl quatre articles de notre doctrine, exposé.sen peu de mots, le vont démontrer.
I. L'Lgllse enseigne toujours hautement et visiblement la bonne doctrine sur la sainteté des mœurs : elle est envoyée pour cela, par ces paroles de la promesse dont il s'agit : ICnseignez-teur à garder tout ce que je vous ai commandé », ce qui comprend toute sainteté. Elle est toujours assistée (>our accomplir ce commandement ; et ces pa-
' r. Il, «• 7,S. P, |3 .iTi, 673, 571 — * Vu/Zli JLKVm
I rôles, ye suis acee cous (enseignants et baptisant!),
I en sont la preuve.
2. La doctrine de la sainteté des mœurs n'est ■jamais sans fruit. C'est ce qui suit des mêmes paroles; cl si Jcsus-Chri.st est toi{/ours avec ceiii qui prêchent, leur prédication ne sera jamais deslilnee de son effet.
3. Si donc il y a dans )’f'.glise des désobéissants et des rebelles, il y aura aussi des saints et des gens de bien, tant que la prédication de l’Evangile subsistera, c'est-à-dire, sans interruption et sans fin.
4. Encore que le bon exemple 4es pasteurs soit un excellent véhicule pour insinuer l’Evangile, Dieu n'a pas voulu attacJier la marque précise de la vraie foi à la sainteté de leurs mœurs , puisqu'on ne la peut connaître, et que tel qui parait saint n'est qu'un hypocrite; et au contraire il l'a attachée à la profession de la iloctritie, qui est publique, certaine, et ne Jrompe pas. Jesuis^ dit-il », avec vous (enseignants); et encore plus expressément : Ils sont assis sur la chaire : üs ont la succession manifeste et l(‘gilime, ainsi qu'il a été dit : Faites donc ce qu'ils tow disait, et ne faites pas ce qu'ils font.
Où est ici l'embarras que l'on m’attribue? Comment peut-on dire que j'abnndonne lu sainteté des mœurs, moi qui. sur l'expresse promesse de Jésus- Christ, fais voir rEgiise enseignant toujours une saine et sainte doctrine, une doctrine toujours féc4)nde paria parole de l'Evangile, qui ne cessera jamais d'être en sa bouche; une doctrine, par conséquent, qui produit continuellement des saints, et qui renferme tous les saints dans son unité? Telle est la doctrine de l'Eglise catholique. Quel embarras peuton feindre dans une doctrine si clairement décidée par Jésus-Christ? Vos ministres veulent-ils dire qu'on puis.se prescrire contre la règle par les mauvais exemples, ou qu'ils l'empcrhent de subsister dans toute sa force? Cest une erreur manifeste, et qui tend à la subversion totale de l'Eglise. Ainsi , quelque grande que soit ou puisse être la corruption qu'on imagine dans les mœurs, on ne peut pas dire qu'elle prévale, puisque la règle de la vérité subsistera toujours en son entier.
« M. de Meaux , dit-on * , se fait l'objection , et « se parle ainsi à lui-même : Pourquoi vous restrei-
• goez-vous à dire que le.s erreurs seront toujours
• e.xterminées dans l'Eglise ; et que n'assurez-vous « aussi qu'il n'y aura Jamais de via'S? > 11 est vrai , je reconnais mes paroles :mais quel embarras contiennent-elles? Le voici, selon le ministre ^ ; « Que
• répond à cela M. l'cvêque? Il reconnaît la puis-
sance de Dieu ; mais il ne laisse pas de la borner,
« parce qu'il faut savoir ce que Jésus-Christ a pro-
• mis; et que, loin de promettre qu'il n’y aurait « que des saints dans son Eglise , il nous apprend « au contraire qu'il y aurait des scandales. «* Qu'y a-t-il là, je vous prie, qui me cause le moindre embarras ? N'est-i) pas vrai que Jésus-Christ a
• MiUth. XXIII, 8 3- — » T. 572. — J Ibid, p 573.
SUR LES PROMESSES DE L’ÉGLISE
prédit dans son Église les scandales que j’ai marques? Ne voit-on pas dans ces paroles ks Jikh rem^ pth de poissons de touies les sortes , bons et ntaitvais*f Je borne, à\t-on, la puissance de Dieu. Est-ce la borner, que de montrer par l’Évangile, en termes formels, à quoi elle se restreint e!ie-méme? Le ministre le nie-t-il ? 11 ne le fait, ni neVose. Est-ce là une doctrine douteuse et emlwrrassanle? En vérité, mes rliers frères, on vous on impose trop grossièrement , quand on imagine de tels cm* 6arrrtj.
On demande si Jésus-Christ n'a donc promis que l'extérieur, et s’il ne promet pas en même temps les prAccs intérieures et la sainteté dans son Église. La réponse est prompte par le discours pn'cédcnt. Jésus-Christ influe et au dedans et nu dehors : il inspire la sainte parole, et il lui donne son efficace. Quand donc il dit : Je suis arec cous, il promet également l'un et l'autre; mais il n'a besoin de parler que du ministère extérieur : parce que cVst h ce mini.stcre qu'il a voulu que la grâce intérieure fdl attachée, ainsi qu'il a daigné l’expliquer lut-int'me. Il y aura donc des scandales dans te royaume de Jésus-Christ, puisqu'il l’a prédit ; ces ficandali’S n'empcchcront pas qu'il ne soit avec son Église, et que la vérité, qu'on y prêchera toujours, n'ait son efficace, puisqu'il l'a ainsi promis. simplicité de celte doctrine ne laisse aucun lieu aux subtilités du ministre.
Mais voici son grand argument * : « Si Dieu a « menacé son Église qu'il y aurait des scandales, le « même Dieu lui impose la triste nécessité d'y voir « des hérésies : Il faut qu’il y ait des hérésies en- « tre vous, dit saint Paul. « Je réponds : Achevez du moins le passage. Mes chers frères , il/aut qu’il y ait des hérésies, afin que ceux qui sont a fépreuve jxmni vous, soient manifestés^. C’est une épreuve qui opère la manifestation des fidèles, loin de les cacher et de les rendre invisibles. Il faut qu’il naisse des hérésies dans l'Église; mais il faut aussi qu’elles y soient condamnées par ceux qui succéderont aux apôtres pour enseigner et pour baptiser; autrement Jésus-Christ n'est plus avec eux.
On a beau vous répéter cent et cent fois : Quand le Fils de l’homme viendra, il ne trouvera plus de fol sur üi terre. Car, premièrenienl , Jésus-Christ n’a |K>int parlé de cette sorte; il a parlé en interrogeant : Pensez vous que le Fils de l’homme trouve de la Joli où il interroge les hommes plutôt sur ce (ju'ils peuvent penser, que sur ce qui sera en effet. Et , pour m’expliquer davantage, c'est de votre crû que vous dites : n II ■ ne parle point des scamlak^ qui naissent de la « corruption des mœurs; Il nous menace positive- * ment que la foi s'éteindra, et qu'II n’y en aura « plus sur la terre »
Il s'adoucit pourtant ailleurs.^; mais toujours en supposant sans raison qu’il s’agit de b foi catholi- j
' M’tHh. xxm. 47, 4S. — ’ 7*. II. p. f.74. 575. 570. * I.
Ci>T. XI, 10. “ * T. il, p.^CTS. - 5 lOiJ. }i. 62U, C7T, Cfll , eli\ '
que ; « S’il n’y a, dit-il * , presque (dus de foi, Il « faut que les hérésit^s aient gagné le dessus. « Quelle erreur ! Car qui vous a dit qu’il ne parle point de cette foi qui transporte tes montaf/nes; de celte foi dont il est écrit : Ta foi ta saucé, qui se moiilre par les œuvre.s ; de celte foi qui rend le cœur pur, et qui justifie le pécheur; de celte foi, en un mot, qui opère par la charité, scion qu’il est dit en un autre endroit qui regarde comme celui-ci 1.1 Cm du monde : Parce que Ciniqulté abonde, la charité .sera refroidie dans la miUtiiude *? On ne peut nier que ce ne soit là l'exposilion des saints Pères et on n'a aucune raison à leur opposer. Tirez maintenant votre conséquence ; s'il y a pou de cette foi qui opère par la charité , si alors elle devient rare à comparaison de l'iniquité qui aliondera, « il faut que les hérésies aient gagne le •I dessus, et que la vérité ait été longtemps op- « primée et ensevelie sous les triomphes de l’er- " mir^i. » Vous y ajoutez, le lonfj(em}}s; vous y ajoutez, la vérité opprimée et ensevelie; vous y ajoutez, les triomphes de Terreur : vous chargez tout; mais prouvez du moins qu'il y ait un mot dans l'Évangile qui marque rexthiciion de la saine doctrine et la victoire de l’erreur.
(lu moins à quelle VUflisc reviendront les Juifs, si l’Église de Jcsus-Clirist est ensevelie, ('omrncnl csl-ce que la trompette, ramassera les élus des quatre vents s’ils ne sont pas répandus par toute la terre; ou si le nombre en est si petit, à qui dit-on : Ijerez la tète quand ves choses commenceront, parce que votre rédemption approche û? est-ce à des invisibles, à des tncoimiis, que Dieu laissera sans Église, sans société, sans sacrements, sans pasteurs? Il n'y aura plus de prédication, plus de baptême, plus d'eucharistie; et ce mystère où, selon saint Paul, on annoncera la mort du Fils de Dieu jusqu’à ce qu'il vienne 7 , aura cessé avant sa venue Où l'Antéchrist trouvera-t-il ceux qu'il lâchera de séduire, cl qu’il persécutera par toute la terre à toute outrance, si l'on ne sait où ils sont? Ne |K>nrra-t-on plus pra- Ijfiuer ce commandement de Jésus-Christ : Dlletle à t Eglise^, ou bien faudra-t-il le dire à une inconnue? Ne faùdrat-il (dus apprendre alors, selon saint Paul, à éil{fier par sa bonne vie TFglisc y qui est la colonne et Tappul de la vérité 9? ou bien cherchcra-t-on à édifier une Église qu’on ne verra point ? ou si c’est , comme personne n'en peut douter, l’Église visible qu'on Clchera d'édifier, et de se rendre, avec le même apôtre, fa bonne odeur de Jésas-Chvist en tout lieu la colonne sera-t-elle tombée ? le soutien de la vérité scra-l-ll à bas? Mais que deviendra l'ordonnance du grand Pm* de famille, qui veut qu'on laisse croître jusqu’à la moisson Tivraie avec le bon
' T. Il, p. 575. — * .Vatlh. XXIV, 12. — * Epuf. CXIII, nd t'incenf. «• 33 ; I. 11. cot. 245. hlicron. Dial. adv. Lucifer, cap. 6. — ‘ P. 575. — XXIV, .11. —*luc. XXI, 21. —
’ I. Cor. XI, 26. — • .Valth. XT||i, 17. — » I. Tim. Il, 15. — •» I. Cor. II. 14 , 25.
ir INSTUUCTION PASTORALE
grain ’? Remarquez bien.^w^/ia la moisson : i partout où sera ce bon grain, partout aussi l'ivraie y sera ni^lée; et toujours, jusqu'à la wo/«oh que Jésus-Christ explique lui-même lafm du monde*^ ils croîtront ensemble : ou il faut dememir la parabole. Vraiment vous errez grossièrement, et vous nous faites un tissu de trop de mensonges. Avouez donc à la fin que notre doctrine n’a nul embarras. L'f)glise aura toujours des saints, parce que toujours et partout on y prêchera la doctrine sainte. marque pour conitailre cette Kgiîse, c'est la succession des pasteurs sans interruption, en remontant jusqu'aux apôtres; les vires y abonderont, comme Jésus-Christ la prédit : et, quoi que x’ous puissiez dire, la merveille sera toujours, qu'ils ne la pourront éteindre ni cacher, puisque toujours elle enseignera, et que Jésus-Christ sera toujours avec elle.
C'est ce que le mini.slre ne veut pas entendre.
• M. de Meaux trouve une merveille de la Pro- « vidence dans la durée de Tflglise, qui subsiste
• malgré les vices L » t^tle doctrine paraît étrange à mon adversaire, et il la tourne en ridicule par ces paroles : « C'est, en effet, quelque chose n d'étoimant que Dieu aime le vice, et qu'il le « tolère, et que ce ne soit plus un obstacle qui - retarde les effets de .sa gnke et b connaissance
• hifailiible de la vérité. » Lcoutez bien, mes chers frères, ce que vous dit votre ministre, et comme il mélo le vrai et le faux pour vous embrouiller l'esprit : Difu, dit-il, aime le vice et le tolère. I) est certain qu'il le tolère, il est faux qu'il l'aime; et on confond ces deu.x choses. Comment l'aime-t-il, si son Eglise, où il le tolère, ne cesse de le condamner publiquement? Est-ce aimer le, vire que de l’empêcher de nuire à la vérité? Vous nous faites dire que le vice n'est pas un obstacle qui retarde les effets de la grâce; c'est nous imputer une doctrine que personne n'enseigna jamais : mais vous ajoutez, le vice
retarde pas h connaissaiwe infaillible de la vérité. Si vous disiez , nel'empéche pas dans l’universaiité de l' Église, vous auriez raison, et i! n'y aurait rien dans ce discours que de glorieux à Dieu et à Jésus (iiirist. Il ne faut ni ajouter ni ôter à la promesse; et, soit que les opiniâtres contradictions que les jKissions déréglées des tmmmes peuvent exciter dans rEgli.se, retardent ou non la déclaration solennelle de la vérité , Josus-Cbrist n’a pas prononcé que IVnfer ne coinbattra pas, mais qu'// ne prévaudra pas contre l'ilglise ^ : ainsi, vous ne clierchez qu’à nous im- |K)ser, qu'à tout confondre ; et le faux saute aux yeux dans tout votre discours.
Reprenons donc vos trois arguments ; On ne prouve rien, dites-vous, contre les Églises protestantes par ces paroles , Je suis avec etc. , si l'on ne prouve que Jésus-Christ bisse aux successeurs des apôtres le même dun des miracles ,
’ .4^9. F.p. xcm, rtt/ /'iwr. uhl Mipr.i. Matth. xiu, 30. —
• iSitf. as. — » T. II, p. S75. — ' MmUH. XVI, I».
I ne les fait tou.s infaillibles, ne les fait tous sainU comme les apôtres rétaieul : or cela n’est pas : donc cette promesse ne prouve rien contre les Églises protestantes. Tel est leur raisoiiuenient, comme on vient de voir. Mais j'ai démontré, au contraire, que sans avoir besoin que les pasteurs qui ont succédé aux apôtres soient doués comme eux du don des miracles, comme eux soient tous infaillibles, comme eux soient tous saints, on prouve tres-bien que b vérité prévaudra toujours dans le ininistère ecclesiastique, et, par conséquent, que ceux-là sont très-condamnables, qui enseignent que ce ministère peut cesser, ou qu'il peut cesseï d'enseigner la vérité, ou qu'il b but chercher en d'autres bouches qu'en celles des ministres qu'on trouve établis , qui est ce que J’avais à prouver.
Ainsi, l'idée du ministre ne fait qu'éluder la promesse de Jésus-Christ, en réduisant sa présence à un fait vague et incertain, sur lequel on ne peut jamais être convaincu de faux. Car oo réduit Jésus-Clirist à être présent par les consolations intérieures du .Saint-Esprit , que tout le inonde, et les faux prophètes comme les véritables, peuvent tous également promettre, sans craindre d'être démentis par un fait constant. Mais Jésus- Christ ne parle pas en l’air, à Dieu ne plaise! il adresse inanifesteinent sa parole à ceux qui enseignent et qui administrent les sacrements. Il leur promet donc une présence proportionnée à cet état extérieur et sensible, et il ne donne pas à garant sa toute-puissance, pour ne rien faire qui paraisse aux yeux de ses fidèles, puisqu’il y en veut affermir fa foi par un manifi>ste et sensible accomplis- .scmentde ses divines promesses. 11 en a fait pour l'intérieur, que chacun dans l’occasion peut reconnaître en soi-même ; il en a fait pour l’extérieur, et celle que nous traitons est de ce nombre. I^.s grâces intérieures s'y trouvent aussi ; puisqu'ainsi qu’il a été dit ' , elles ne manquent jamais d’accompagner 1.1 saine doctrine : mais en même temps II faut chercher dans cette promesse, comme font aussi les catholiques, un fait palpable, constant et précis, qui fasse voir Jésus-Christ toujours véritable, et nous assure de l'avenir comme du pa.ssé : c’est ce qu’il fallait |»our sa gloire, et afin de manife.ster sa sagesse au monde.
Quelque évidentes que .soient nos raisons et nos réponses, b victoire de b vérité sera plus sensible, si, après avoir exposé plus amplement les vains incidents des ministres sur b promesse de Jésus- Christ , nous comparons en peu de paroles notre interprétation avec b leur.
II n’y a rien de plus simple que notre manière d’entendre cet endroit de l’Évangile. Il contient un eoinmandement et une promesse, avec le digne fondement de l’un et de l’autre. Toute puissance m 'est donnée dans le ciel et dans la terre ». Qui peut commencer par un tel discours, peut commander tout ce qu’j! y a de plus difiicile, peut promettre
' U-tb'ÿsu». — * .VrflM., xxvm,
SUR LES PROMESSES DE L*ÉGLISE
tout re qu'il y a de plus excellent. Tel est donc le commandement : Allez , enseignezet baptisez ; non les Juifs* comme Jean-Baptiste, mais toutes les nations, que je veux toutes soumettre à votre parole. La promessedc même force suit incontinent roilà,
l’effet est aussi prompt qu'assuré, Je suis avec vous^ (l.ans ces fonctions sacrées que je vous ordonne. Ainsi vous enseignerez, vous baptiserez, et vous administrerez les sacrements, dont je suis Tinstitutpur : je bénirai votre ministère; il subsistera toujours, il aura toujours son effet, qui aussi n'est autre que celui pour lequel Je ju<is«rec vous. On n’y verra jamais d'interruption, pas inéniR celle d'un jour ; le monde finira plutôt que vos fonctions saintes et mon secours tout-puissant : le ciel et la terre passeront; mais mes paroles ne passeront pas • : tout coule naturellement. Quels termes pouvait-on choisir autres que ceux-ci, pour exprimer notre sentiment ?Ce n'est pas ici une explication, c'est iachose , même : on voit qu'une parole attire l'autre : c'est la nue proposition de la suite et du tissu de tout le discours, et la chose par elle-même n'aurait besoin, pour être entendue , que de ce peu de paroles.
Si donc il a fallu nous étendre , ce sont les vains incidents qu'on a affectés pour embrouiller la matière, qui en sont la cause. Je suis avec vous, dit le ministre, ne veut pas dire une assistance infaillible pour l’effet manjué : cette assurance n'empêche pas que le ministère ne tombe dans l'idolâtrie avecGédéon; et ceux avec qui Jesus-Christ sera toujours, n’en seront pas moins idolâtres : les promesses de l'I-lgilse chrétienne, qui est née pour subsister sur la terre jusqu’à la lin du monde, ne seront pas moins sujettes à la défaillance que celle de la Synagogue, à qui Dieu avait mari|uc le jour de sa chute : Jésus-Christ ne promet à un ministère extérieur que des consolations intérieures : pour p.Trllciper à la promesse d’étre aidé efl’icacemcnl dans les fonctions ordinaires et perpcluelles du ministère sacré, il ne sufUt pas de succéder aux apôtres dans ces fonctions, quoique ce soient tes seules que Jésus-Llirisl marque; il faut encore avoir tous lesautresdons desquels ce divin Maître ne dit mot: comme eux faire des miracles, dire saints , être infaillibles comme eux chacun en particulier; autrement on ne pourra point s’as.surer d'être du nombre de leurs successeurs, ou distribuer aucune des grâces du ministère ; et Jésus-Clirist ou ne pouvait ou ne voulait pasconserver, sans tous ces dons conférés à chaque particulier, les fonction^ ordinaires et perpétuelles de ce ministère apostolique, quoiqu'il oit dit : Je suis avec cous; et encore : Faites ve qu'ils disent, mais ne faites pas ce qu'ils font. C’est en abrégé ce qu'a dit votre ministre. Après cela , mes cliers frères , peut-on ne pas voir la simplicité d’un côté, et reinbrouillement de l'autre; la suite , la précision et la netteté dans la doctrine des catholiques; l’affectation , la contradiction, l'esprit de contention dans celle de vos docteurs ?
Je vous raconterai en simplicité ce qu'adit un autre
ministre , dans une lettre manuscrite qui vient de tomber entre mes mains. Il me reprend d’avoir tra* duit. Je suis aceccous jusqttà lafndes siècles, quoiquej'aie traduit indifféremment en d'autres endroits, ta fin (ta monde. Mais le ministre prétend qu'il fallait traduire, jusqu'à la fin du siècle, rommeporte l’original, tcû alivt.;. Sur ce fondement, il assure que l’assistance promise en ce lieu par Jésus-Christ ne passe pas le siècle où les apôtres ont vécu : tout ira bien durant environ soixante ou quatre-vingts nus, si l'on veut, qu'il restera en vie quelqu'un des apôtres : comme si on ne devait plus ni enseigner ni baptiser après eux, ou que Jésus- Christ n’ait eu dans sa {tromesse aucun égard à ces fonctions, qui senties seulcsqu’il exprime! Que vous dirai-je, mes frères.’ un ministre, et un ministre savant, ne songe pus que la fin du siècle est dans l’Évangile, et surtout dans celui de saint Matthieu , d'où est tirée la promesse que nous traitons, une phrase consacrée pour exprimer la Gn du monde : la moisson est la fin du monde : consommatio sx‘ cuti, : coup sur coup, au verset d'après : 1/ en sera ainsi à la fn du monde » : et encore un peu après, les mêmes mots. En est-ce assez? ou lirai-je encoreau chapitrexxivdu mênieÉvangile: A/al/re, quel sera le signe de votre avènement et de la Jfn du monde*? El Jésus-Christ et ses disciples parlaient ainsi avec tout le peuple. Ainsi on trouve au même Éviangile , Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde Toute.s les Uible.s traduisent de même, et les vôtres comme les nôtres indifféremment; et votre ministre a voulu me contredire, en oubliant la version qu'il avait en main toutes les fois qu'il est monté en chaire : tant il est dur aux ministres de faire durer la promesse de Jésus-Christ jusqu’à la Gn de l’univers!
î.e même ministre, que je nommerais volontiers, s’il n'était plus régulier de lui laisser ce soin à luimême, quand il lui plaira, a inventé uno nouvelle interprétation de ces paroles Les portes d'enfer ne prévaudront point contre l'Église. Les portes d’enfer, dit-il, sont, dans le cantique d'Ézéchias *, ce qu’on appelle autrement les portes de la mort : d’où il conclut que Jésus-Christ n'a d’autre dessein que de rassurer son Eglise contre la mort par la foi de la résurrection, comme si la mort était la seule ennemie que Jésus-Christ diU abattre aux pieds de l’Eglise. Mais le ministre savait le contraire; l'eiinemi que l'Eglise avait à combattre, était celui que l’Eglise ajipelle le prince du monde : il voulait affermir l'Eglise contre les princijMutés et tes puissances, dont saint Paul le fait triompher à la croix'*. Jésus-CJirist nous donne partout l’idée d’un empire opposé au sien, mais qui ne peut rien contre lui. II ne faut qu'ouvrir l’Ecriture, pour trouver partout que la puissance publique paraissait aux portes des villes où se tenaient les conseils et se prononçaientles jugements. Ainsi les porteseCenfer signifient naturellement toute la puissance des dé-
* Vo/M. XIII, 3!). 10. 49.--* Ihi't. xxtv, a. — > ifriJ. xxviu,au. ~ ‘ /«. XXXVIII, III. — * Cot. Il, ib.
* .M'jith. xiiT, as.
U* I.NSTUICTION PASTORALE
mons. Tout le monde Tentend ninci , catliolîquei et protestants indiffèreinment. Il no fallait donc |>as seulement affermir TLsilise contre la mort, mais encore contre toute sorte de violence et toute sorte de séduction. C’est même principalement contre l'erreur que Jésus*Clirist voulait munir son Eglise. Saint Pierre avait confessé sa divinité, tant en son nomqu’au nom de tous les apôtres ' ; et Jésus-Christ lui promet que Cen/erne pourrait rien contre cette foi si hautement manifestée : pour cela U établit un corps où elle sera toujours annoncée aussi clairement que suint Pierre venait de le faire. Ce corjis, c’est ce qu'il appelle son Eglise : f^lise toujours visible par la prédication de cette foi, à qui aussi il donne aussitôt après un ministère visible et extérieur : Tout ce que tu iieras sur la (erre sera » dit-il à saint Pierre , lié dans le ciel; et le reste que toutle monde sait. Si l’enfer prévaut contre rc^lise, la puissance de lier et de délier tombera d’un meme coup : si au contraire U n'y a aucun moment où rEçlise qui prêche la foi succombe aux efforts de l’enfer, Pierre confessera toujours , Pierre exercera jusqu’à la fin la puissance de lier et de détierqui lui est donnée. Jésus-ChrUlsera donc loi{jours avec son Église Jusqu a la Jin du monde. Les promesses de l'Evangile se prêtent la main les unes aux autres. C’est ainsi que l'Eglise catholique les exalte et les considère dans toute leur connexion :c’csi ainsi que la nouvelle réfurine les détourne et les alTaiblit. Je n’eii dis pas davantage, et je laisse le reste à la rcllexion de nos frères.
Cettcdoctrinc dus catholiques est un remède assuré contre tous les schismes et contre toutes les hérésies futures : elle prouve invinciblement que toute secte qui ne naît pas d.ins la suite de h succession des apôtres, qui ne montre pas devant elle, ainsi (jue nous avons dit , une Eglise toujours subsistante dans la niéiiie profession de foi, sort de la cJtaine, interrompt In succession, et se range au nombre de ceux dont saint Judo a dit qu’iVs se séparent etixmémes*\ ce qui emporte leur condamnation par leur propre bouche, comme je. l'ai démontré dans In première I nslrm lion pastorale A insi, la promesse dont nous parlons, pourvu qu'on y apporte un tril simple et un cnnir droit, est la fin des hérésies et des schismes. C'étdit un efïel digne de celte préface : Toute puissance m'est donnée dans le ciel et sur la ferre ;et ma preuve demeure invincible,. sans avoir encore ouvert uii seul livre que l'Evangile, ni supposé d'autres faits que des faits constants et sensibles.
Après une oxjiosilion si simple et si claire de la promesse du Tout-Puissant, chaque protestant n'a (|u'à penser en soi-inéme: Que dirai-je? le sens est clair, les paroles de Jésu8-(Jirist sont expresses; on n’a pu le.s éluder que par des gloses contraires manifestement au texte et à la doctrine des Écritures : il friutdouc que celle promesse ail son entière fr.éeulion. Lorsqu'on nous allègue des faits qui sem-
• 10, IS.— ’Jurftf 10. -*|. tHftr. fMstor.
blent s'y opposer, on dispute contre Jesus-Christ : c'est à nous à examiner si nous pouvons nous persuadera nous-mêmes, de bonnefoi, que nousavions des pasteurs de notre créance et de notre communion , quand nous nous sommes séparés. Mais le fait même dément cette prétention. Cara'il y avait alors des pasteurs de notre créance , pourquoi a-t-il fallu en élever d'autres, ou renoncer à la foi de ceux qui nous avaient baptisés? Osons-nous prétendre seulement que dans tous les siècles passés , à remônter sans interruption Jusqu’aux apôtres, nous puissions noinmeriios pasteursPMais où les trouverons-nous? Nous alléguons des témoins dispersés par-ci par-là. àlais Jésus-Christ promettait une suite, une succession,un tous les Jours, un Jusqu'à ta fmdes siècles, etc. Pour corps d'Eglise, nous alléguons les vaudois et les albigeois. Mais en laissant à part tous les faits qu’établissent les catholiques sur cette matière , c’en est un constant qu'ils avaient tous le même embarras, et ne pouvaient, non plus que nous, nommer leurs prédécesseurs. Ainsi vint un Arius, ainsi un Pelage, ainsi un Nesiorius, ainsi tous les autres qui ont voulu s’établir en renonçant à la foi des siècles immédiatement précédents. Vous êtes, mes j frères, d«ins le n>éine cas, et la date de votre rup- I lure, commede la leur, est manifeste et ineffaçable.
I On a osé vous dire» mes diers frères, que Jésus-Christ était venu de la même sorte. Quand J’ai parlé de.s schismatiques et des hérétiques, qui s’élaienlformés en se séparant à la fois et de leurs prédécesseurs et de tout le reste de l’Église, j’avais remarque que • pour les convaincre de schisme, il « n’y avait qu’à les ramener à leur origine : que « le point de la rufiture demeurerait, pour ainsi •* dire, toujours sanglant : et que ce caractère de ■ nouveauté que toutes les sectes séparées porteront « éternellement sur le front, sans que cette em- « preinle se puisse effacer, les rendrait toujours re- " connaissables ». » Chose étrange ! on ose attribuer a Ji^siis Christ même toutes ces notes flétrissantes ; et si l’on en croit le ministre » , le Fils de Dieu n'arail aucun de ces trois caracléres qu'on donne aujounChtii à l’Eglise, c'est-à-dire, comme il l'avait detînie dès le conmienccment, l'ancienneté , la durée et Vélaulue^.
Pour la durée, sans doute il ne l'avait pas dès le premier jour; mais une éternelle durée était due à l’ouvrage qu'il commençait. On ne doit pas lui reprocher que l’étendue lui manquait dans le temps qu’/2 n était encore envoyé qu’aux brebis perdues de la maison (TlsraH *. il fallait d'ailleurs que ce jictU grain de froment se multipliât par sa mort'. Quand on conclut après cela que l'Église n’a point d autres caracléres que son chef^, et ainsi qu’il ne faut lui attribuer ni durée, ni étendue, ni ancienneté, on comliat directement le dessein de Dieu, qui voulait donner à ce chef des membres par toute la terre. C’est vouloir empêchej: l’arbre de croître, à cause qu’il est petit dans sa racine. Tout cela est « I. Inatr. pasl — * Tom. m. cap. a, »• | tl », p. 075. —
5 Ibid. eap. i , n* ît, 3 , etc. p. S.*» , S09 , Mo , de. — ' Matth,
X , fl. XV, 11. — ^ JtHin. XII , ?i. — * /■, n, p. cTi.
SUR LES PROMESSES DE L’ÉGLISE
d*une visible absurdité ; et rimpiété manifeste, c'est de dire que Canclrnnetii manque à Jésus-Christ. C'est par où comiiipnce le ministre; et se sentant accablé par l'autorité des patriarches et des prophètes qui attendaient sa venue, U y répond en celle sorte : - Les prédictions des prophètes sur la venue
• du Messie, ue changent point rélat de la question;
• car les prophètes n'avaient point prédit que le « Messie romprait avec les sacrilicateurs et avec
• rf:gli8e judaïque, pour former une nouvelle coni-
■ munioD • Si l’on veut dire que Jésus-Christ ait rompu avec les prêtres de la loi, on est démenti par son f.vangile; mais si l'on prétend que la réprobation de la Synagogue par Jésus-Christ ne soit point annoncéc par les prophètes, que veulent donc dire tant de passages où tout ce qui est arrivé à la Synagogue, c'est-à-dire sa réprobation, celle de son temple, de ses sacriflees, de son sacerdoce et de toutes ses cérémonies, est raconlé et circonstancié avec une telle évidence, que l’Rvangile n’a rien eu à V ajouter? Cependant on ose vous dire que les prophètes n’en ont rien prédit : ils n'ont rien prédit de In nouvelle société où tous les Gentils devaient entrer, à l'esclusion des Juifs; le ministre sait le contraire, et ce n’est point ici une vérité qu'on doive prouver | aux chrétiens. Pourquoi donc a-t-on avancé un si ! visible mensonge, si ce n’e-st qu'on veut oublier l'antiquité attribuée à Jésus-Christ par ces paroles : // était hier et auiourd hul, et U est aux sicctes des siècles »? C'est qu'à quelque prix que ce soit, pour excuser la réforme, qui s’est séparée elle-même , on veut donner jusqu’au Fils de Dieu le caractère de novateur et de séparé de l’Église.
Votre ministre ne s’en cache pas. Selon lui, Jé- •us-C.hrisl était seul, coimne ('.alvin le fut au commencement de son innovation : « Je n’aime pas,
■ dit-iP, à mettre Calvin en parallèle avec Jésus- « Christ, et ce n'est pas ma pensée. » Que vent donc dire celte suite ; « Mais puisque l'Église réformée
• est la même que Jé^us-Clirist a établie, il nous
• doit être permis de dire que la rétUiclion d'une « soéiélé 5 un seul homme n'est pas sans exemple,
■ puisque l’Église chrétienne commence nécessaire- - ment par la? ■ Ainsi on veut nïdiiire l’Église dans toute sa suite à Têtat où elle devait être au commencement, par un dessein déterminé de Dieu. Mais en cela on se trompe encore, lorsqu’on lui conteste l’antiquité sous ce prétexte. Jésus-Christ avait pour lui tous les temps qui prccèlaient sa venue, puisqu'il y était attendu s.ms l'iiiterruplion d'un seul jour, et que même, quand il parut, tout le monde savait où il devait naître C Je ne parle point des autres endroits où il est parlé de lui-même comme de l’objet de l’espérance publique. On veut cependant le regarder comme un séparé de l’Église, lorsque tous ceux qui attendaient le royaume de Dieu étaient unis avec lui.
On veut effacer d'un seul trait ce qu’a fait Jésus- Christ jusqu’à la fin de sa vie, pour honorer l’Égli.sc judaïque et la chaire de Moïse. Bien éloigné de se
■ 075. — ’//c-frr. XIII. «. — * r n, 71*. -
» Mitlth. Il , 5.
séparer d’avec elle, ou d’en séparer ses disciples, il leur a déclaré qu’i/ tes encoyait pour moissonner ce qui avait été semé par les prophètes > : d’autres, ditil », ont travaillé, et vous êtes entrés dans leur Iratait: remarquez ces mots; c’est le mémeoumge, la même foi, la même Église, dont on ne s’est séparé qu'après que, justement réprouvée pour son infidélité, elle a effectivement perdu ce titre.
Pendant que l’on conteste à Jésus-Christ son ancienneté, contre la foides Écritures etladoetrine commune de tous les chrétiens , on l'accorde à une Èfjlise chinoise qu'on a érigée, dès le commencement du livre, sous ce titre exprès : rh*<jHsedes Chinois est ancienne^ Étrange sorte d’Église, sans foi, sans promesse , sans n))iam*e, sans sacrements , sans la moindre marque de témoignage divin, où l'on ne sait ce que l’on adore, et à qui l'on sacrifie, si ce n'est au ciel ou à la terre, ou à leurs génies , comme à celui des montagnes et des rivières, et qui n'est après tout qu'un amas confus d’athéisme, de politique et d'irréligion, d'idolâtrie, de magie, de divination et de sortilège : et on prend le ton le plus grave pour établir l'antiquité comme la durée et l'étendue de cette Église chinoise, et même pour ro|>poserà la dignité de l’Église chrétienne et calholîque; et vous n’ouvrirez jamais les yeux pour voir du moins qu’on vous amuse, et qu’on ne travaille qu’à vous embrouiller ce qui est clair!
C’est par la suite du même desseiD qu’on fait senîblant d'ignorer en quoi nous mettons la succession de la visibilité que Jésus-Christ a promise à son Église. On a voulu imaginer que nous la mettions dans la splendeur extérieure, et c'est à quoi nous n’avons jamais pensé. Prenez-y garde, mes frères, ce point est très-essentiel. Votre ministre ne cesse de dire que l’Église et sa succession ne peut pas être visible, ■ quand ses pasteurs avec les laïques fuient « d'une ville à une autre, et se dérobent à la vue de « leurs persécuteurs ; quand elle fuit dans des inon-
• tacmes, qu’elle .se retire, et qu’au lieu de se mon- « trerà tout Tunivers, elle se cache dans le' sein de « la terre, dans des grottes, dans des cavernes ■*, » où , comme le ministre le ré|>ète souvent , « on ne
• la peut découvrir qu'à la lueur des flammes où on < la brûle ^ ; le ministère, poursuit-il^, n’était pas « visible, dans certaines occasions, où il s'exeri^ait « par des homnies déguisés en soldats qui allaient « à cheval créer de nouveaux pasteurs, » etc. De cette sorte, selon lui, pour la visibilité du ministère, il fallait être habillé à l’ordinaire, et sans cela on osera dire que la succession des pasteurs avait cessé, pendant même que l’on confesse qu'on en créait de nouveaux à la place de ceux qu’on avait perdus. Étrange imagination, de croire tellement éblouir le monde par quatre ou cinq belles phrases, qu’on ne laisse plus de place à la vérité! Néanmoins c'est un fai t constant et avéré, que l’Église persécutée était toujours visible : elle n'en comptait pas moins
I t Jontt. rv, 38. — ’ Ihid. — * T. Il , c. I , R* S , p. 510 , ^ 611. — * r. Il, p. ÙU2, ûOa. — * JliJ. 58S, 6»3, 703. — * Ibid. I p. Oo.i.
IP I^STnUCTIO^ PASTORALE
srs pasteurs, dont elle savait la suite : on n'avait jamais de peine à les trouver, quand on demandait rinstruction et le baptême : jamais elle n'a été sans eucharistie. Aussi avons-nous déjà remarqué que, par la célébration de ce sacrement , ou annoncera ta mort du Seigneur juiqu’à ce qu'il vienne Pesez ces mots, Juqu'à ce qu'il vienne, qui excluent jusqu'au dernier jour toute interruption dans la célébration de ce saint mystère, et induisent par conséquent la perpétuelle succession de ses ministres légitimes. On les trouvait dans ces grottes où l'on veut les imaginer toujours enfermés. Quand ils fuyaient d'une ville à l'autre, c'était ordinairement une occasion de prêcher la sainte parole , et d'étendre l'Évangile , comme il parait dans les Actes , et dans la persécution où saint Étienne fut lapidé « : quand les prédicateurs de l'Évangile étaient traînés devant les tribunaux, et qu'ils y portaient aux rois et aux empereurs le témoignage de Jésus-Oirist, quelle imagination de croire alors l'Église c.nchée et destituée de sa visibilité; pendant que dans les liens elle annonçait la foi devant tous tes prétoires > , et y continuait le bon témoignage que Jésus-Christ avait rendu sous Ponce-Pilate * 1
Il y a enfin un certain éclat, une certaine splendeur que f Église conserve toujours par la préilication de l'Évangile, qui n'est autre chose que l'illumination , marquée par saint Paul , de la science et de la gloire de Dieu sur la face de Jésus-Christs ; et on voudra s'imaginer que l'iïglise, qui par sa nature est revêtue d'uu si grand éclat , puisse être cachée !
I,e ministre oppose divers passages de l'Évangile*, dont les uns nous montrent l'Église comme une ville bâtie sur une montagne éclatanle, et remarquable par sa spacieuse enceinte ; et les autres nous la font voir un petit troupeau sans nombre et sans étendue, qui est aussi resserré dans la voie étroite où peu de personnes entrent, ainsi que le Fils de Dieu le prononce. Ces passages semblent au ministre d'une manifeste contrariété, si on ne les concilie en reconnaissant lediffércnt sort de l'Église, tantôt éclatante et spacieuse, tantôt petite et cachée.
Voilà donc cette grande contrariété tant répétée parle ministre; mais elle n'a pas la moindre apparence. Ily abeaucoupd'appelés et peud'élusi .Ceux qui entrent en foule dans f Église, par la prédication et les sacrements, ne sont pas tous des élus, et beaucoup d'eux demeurent dans le nombre des ap- |>elcs : par conséquent les appelés qui sont beaucoup , et les élus qui sont peu , composent la même Église, visible et étendue dans ceux qui se soumettent à la parole et aux sacrements; peu nombreuse et cadiée dans des élus sur lesquels le sceau de Dieu est posé. Tout s'accorde parfaitement par ce moyen, et il ne faut (dus nous objecter ni la voie étroite, ni le petit troupeau : le petit troupeau est partout, et partout il fait partie de la grande Église où David a vu en esprit tous les Gentils ramas-
I I f:yr. ïl , 2 , «• — * vni , 4. — • PhH. 1 , 1.1. — * I. r/m. Vl,ia, 13.- * n. r«r. IV, e. - T tl,r #.««,603, fW), «Hl , OM , 7y» , ’ .VffWA- 10. MIÎ. U.
^-8 Comme les élus, qui sont peu , font partie de ces appelés qui sont en ;;rand nombre^ la voie étroite des commandements et de la sévère vertu est aussi partout; et quoique peu fréquentée par la malice des hommes, elle leur est montrée dans toute la terre. Le petit nombre de ceux qui y entrent, qiioL que Krand en soi plus ou moins, et petit seulement à coinpxiraîson de ceux qui périssent, écoute le même Évangile que les appelés : unis avec eux par la communion extérieure , ils ne font point de rup* ture, et ne se séparent que de la corruption des mœurs.
ISe songeons donc pas tellement à la voie étroite, que nous ouliliions le grand chemin, les voies publiques où Jérémie nous rappelle*, où aboutissent Ict anciens sentiers qm nos pères ont fréquentés, et où aussi on nous commande de les suivre. Cette voie n’est jamais cachée, et l’f^lise la montre partout Tunivers à ceux qui la veulent voir.
C'est par où tombe inanifesten>ent cette doctrine de votre ministre, où, après avoir présupposé avec nous que l'Église doit toujours durer en vertu de la promesse de Jésus-Christ, et contre nous que cette durée ne peut pas être attachée à VinfaiÜibiiité du corps des pasteurs ^ , avec lequel Jésus-Christ a promis d'étre tous les jours , U croit sortir de tout embarras de cette sorte : « I.e réformé marque une « voie plus naturelle, plus simple et plus facile ■ pour in conservation de l’Église. 11 soutient que « Dieu l'empéche de périr par le moyen des élus ,
• qu’il conserve dans le monde * : • comme si la difliculté ne lui restait pas tout entière, et qu’il ne lui fallût p.*is encore expliquer comment et par quels moyens ordinaires et extérieurs ces élus sont eux> mêmes conserves.
Les élus , comme élus , ne se connaissent pas les uns les autres: ils ne se connaissent que dans le nombre des appelés; c'e&t pourquoi nous venons de voir que ces élus, qui sont cachés et en petit nombre, font toujours partie de ces ap|>elés qui sont connus et nombreux. S'il faut qu’ils soient appelés, par quelle prédication le seront-ils? par quel minbière? sous quelle administration des sacrements? comment croiront’iis , s'ils n'ont pas oui? ou comment écouteronNls, sionneles préchef ou qui les précherOf sans être envoyé^? l\i ne tomberont pas certainement tout formés du ciel : ils ne viendront point tout d’un coup comme gens inspirés d'euxmêmes : il faut donc qu'il y ait toujours un corps subsistant, qui jusqu'à la Gn du monde les enfante par la parole de vie ; et c’est avec ce corps immortel que Jésus-Clirist a promis d’être tous les jours.
Saint Paul a décide la question par ce beau passage de l'Épilre aux Éphésiens : « Jésus-Christ
• nous a donné les uns pour être apdtres, les au- « très pour être prophètes, les autres pour être évanm gélistes , les autres pour être pasteurs et docteurs; « i>our la perfection des saints , pour les fonctions
• Pt. XXI, 28 , 2?,ê'4f. — * Jfr. Tl, 18. — • T. n,p. 830, «ai . eic. — ' P. 831, 032, 033, 831; V 3, 6fr9, 8. -• *
SUR LES PROMESSES DE L’ÉGLISE
« du ministère h l'èdilication (et forntalion) du corps
• de Jé^iS'Christ, ju5<|u'à ce ijue nous parvenions
• tous à l'unité de fa foi et à celle de la connaU- « sance du Fils de Dieu, à l’état d'un homme par- <• fait, à la mesure de l'âge complet de .Iésus>Clirist, fl afln que nous ne soyons plus des enfants einpor*
• tés à tout vent par la doc trine trompeuse et artinficieusedes hommes*. » Le ministre veut faire durer le ministère ecclésiastique et apostolique par les élus : et saint Paul, au contraire, attache la for* mation et la perfection des étus au ministère ccclé* siastique et apostolique.
Le ministre s’entend-il lui-niéme, lorsqu’il dit que « b promesse pour b duree de l'Église par les m élus est plus positive que celle de la succession « des évéques, dont Jésus-Christ n'a pas parlé? • Que voulaient donc dire ces mots , ailez , enseignez et baptisez ? Soiit-ils adressés à d'autres qu'aux ap<^ très mêmes, et quels autres que leurs successeurs sont désigné dans la suite? Mais quel mut y a-t-il là des élus? Au lieu donc de dire qu’il est ici parlé des élus et non des pasteurs , c'est précisément le contraire qu'il fallait penser : et il est plus clair que le jour, que, pour expliquer b promesse do Jésus-Christ, le ministre a comiiiencé par en perdre de vue les propres paroles.
Il A peu connu la prérogative des élus. Ils ne sont pas tant le moyen pour faire durer le ministère extérieur de l'Église, que b chose même pour laquelle il est établi. C'est l'amour éternel que Dieu a pour eux qui fait subsister l'Église; il n'en est pas moins véritable qu’elle les prévient toujours par son ministère : il n’est que pour les élus : quand ils seront recueillis, il cessera sur b terre; mais aussi comme Dieu ne cesse de les recueillir jusqu'à b Ûndos siècles, il a déclaré que b suite continuelle du saint ministère ne flnira pas plus tût.
Toute b ressource du ministre, • c’est que la 1 même puissance infinie de Dieu, qui, selon M. de > Meaux,entretieQtlasuccessionde$ai>utresaumilieu
• des vices les plus affreux, peut conserver les
fl élus dans les sociétés errantes comme ( il les con- « serve) dans le monde corrompu *. «
Ainsi, toute religion est indifférente; et l’on trouve également les élus dans une communion, soit qu’elle erre dans b foi jusqu'à tomber dans l’idolâtrie (car c'est ce qu'on nous oppose), soit qu'elle fasse profession de la vérité.
Venons aux objections : voici b plus apparente.
• On ne gagne rien, dit le ministre^, par l'infailli- « bililé (du corps de l'Église); puisque la foi sans « la sanctiUcatioD ne fait point voir Dieu , et n'em- « pêche pas bruine de l’Église. « Nous avons déjà répondu que la prédication de b vérité, étant toujours accompagnée de refQcace du Saint-Esprit, est toujours féconde pour sanctifier le nombre des auditeurs et des pasteurs mêmes connus de Dieu 4. I«a réponse ne pouvait pas être ni plus courte, ni plas certaine , ni plus décisive. .Va f>arole qui sort de ma 6oucàc, dit le Seigneur^ , ne retiendra pas
' Eph. IV, U , 12, la, U. — > r 11, p. 6bo. — * p. «JJ. — * Ci-iicMu». — ^ II. uv , il.
à tnoi sans fruit, mais elle aura tout l’effet pour lequel elle ert enragée. Dire donc qu’on ne gagne rien pour la sanctification par t infallibUité de la foi, c’est une ignorance grossière et une erreur pitoyable, contraire au fondement du christianisme.
Mais c'est b, répond le ministre, un miracle trop continu qu'on ne doit pas admettre. C’est ce qu’il répète à toutes les pages et c'est là un de ses grands arguments. Mais qu’il est faible! Le miracle que le ministre refuse de croire, c'est celui que Jésus-Christ a reconnu en disant : Faites ce qu’ils disent f mais ne faites pas ce qu'ils font* . Le ministre diange la sentence, et il veut que les élus se conservent sous un ministère dont il faudra dire : Ni ne croyez ce qu'ils disent, ni ne pratiquez ce qu'ilsfont. Lequel est le plu.s naturel, ou de dire que, pour convertir le cœurs des élus, Dieu consens dans le ministère la vérité de b parole qui les sanc* tifie, malgré les mauvaises mœurs de ceux qui l'annoncent; ou de dire, qu’en laissant éteindre à la fols dans b succession des pasteurs et la vérité et les bonnes mœurs, il ne continue pas moins à conserver les élus ? Le premier plan est celui des catholiques; le second est celui des protestants. Parlons mieux : le premier est en termes formels celui de Jésus-Dirist , et le second est celui que les hommes ont imaginé : le premier, dis-je, est celui que Jésus-Christ a reconnu jusqu'à b ün dans l'Église judaïque, en disant: Faites ce qu’ils dUent , etc.; et le second est celui que les protestants envient à l’Église clurétieniie. Où est ici le miracle le plus incroyable, ou celui qui attache b conversion des enfants de Dieu à un certain ordre commun de la prédication de la vérité, ou celui qui , supprimant la vérité d.*uis b prédication des pasteurs, établit, contre l'apdlre et contre Jésus-Christ même, quelle sera entendue sans être préchée ? Souffrirez-vous, mes chers frères, qu'on vous annonce des absurdités si manifestes ?
Après tout, j'avouerai bien à votre ministre que b conversion des pécheurs, soit qu’elle se fasse par des saints, soit qu'elle se fasse par le ministère même des pasteurs ou corrompus ou scandaleux , est un miracle continuel ; mais c'est un miracle qu'il faut bien adniettrc, si l'on ne veut être manifestement pébgien , ce qu’aussi votre ministre n’oserait nier. C'est un miracle qui présuppose l’ordre naturel , et qu'on soit dit moins bien enseigné ; mais que l’on conserve les élus , en leur ôtant la vérité dans b prédication de leurs pasteurs , c'est un miracle que nous bissons aux protestants.
Ne laissez donc point soustraire à vos yeux la lumière toujours présente et toujours visible do b vérité dans b prédication successive et perjiétuelle des prêtres ou des pasteurs, soit de ceux qui sont venus après Moïse , soit de ceux qui ont enseigné après lesapôtres ; puisque c'est le seul moyen ordinaire établide Dieu par toutes les Écritures de l'ancien et du nouveau Testament, pour b sanclifica»
* P «30 , «ai , 7lC. — * Mallh. XMll, (.
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IP INSTRUCTION PASTORALE
lion des élus. Lorsqu'on lâi'he devons faire perdre de vue la suite continuelle do rÉçli&e de Jésus- Christ dans les successeurs des apôtres , on ne cherche qu'à vous tirer du grand ciiemin battu par nos pères « pour vous jeter dans les voies obliques et détournées de la séparation et du scJiisine. Ce n'est pas ici une conséquence que je tire de la doctrine des ministres ; c’est leur thèse, c’est leur sentiment exprè.s. Oui , mes frères, le sdiisme est un crime dont on ne veut pas connoitre le venin parmi vous ; et on ne tâche au contraire qu’à vous èter la juste horreur qu’en ont tous les chrétiens. Il faut donc encore vous faire voir que votre ministre s’emporte jusqu'à dire que le schisme , même celui où la foi et la religion sont intéressées, n'empéche pas le salut; et, ce qui jusqu'ici était inouï, qu'on peut être ensemble et saint et schismatique. Vous serez trop ennemis de vous-mêmes, si vous refusez un peu d'attention à une vérité que je vais rendre aussi claire qu'elle est importante.
REMARQUES
Sur le traité du minlstrr , ri pmniérrment sur ce qu'U auturbe te sebbme.
J'ai consommé mon ouvTage : la promesse de Jésus-Christ est entendue, et on a vu qu’on ne lui oppose que de manifestes chicaneries. Il est temps de passer plus avant , et de découvrir dans l’écrit du ministre d'insupportables erreurs.
Je commence par ce qu'il enseisne sur le schisme , et je distingue avant toutes choses le schisme où la foi est intéressée d'avec les schismes où l'on tombe innocemment sur de purs faits; comme quand on voit par une élection partagée deus évêques dans la même Eglise, sans qu'on puisse discerner lequel des deux est bien ordonné : c'est alors une erreur de simple fait , où la foi n'e.st souvent point engagée, ni souvent même la charité. Quand l'esprit de dissension ne s'y trouve pas , et qu'on est trompé seulement par l'ignorance d'un fait , ce n'est pas un vrai schisme qui désunisse les cœurs ; puisqu'on y voit, comme dit saint Paul < , un seui Christ , une teuie fol , un seul baptême , an seul Dieu et pète de tous , aoec un seul corps ( de l'ICglise) et un seul esprit ^ et on n’est point scliismatique. Mais ce que Je veux remarquer dans les écrits de votre ministre , c'est qu'il enseigne positivement qu’on est ensemble et fidèle et schismatique même dans la foi. Pour parvenir à cette iin, voici par où l’on vous mène, et l’on jette de loin ces faux principes * : « L’unitc de rÉglise tant
• vantée ne fut point le premier objet des soins et
• des travaux des apôtres. Ils lie travaillèrent point
• à la former par des lois et des règlements qui
Ephtt. IV, a 4 , 6,«, — » r. I, /. I,C. 4, 0* I , p. 54.
« dussent être observes par l’Église universelle a jusqu'à la fin des siècles... Chaque apotro al-
• lant de lieu en lieu , selon que le Saint-Esprit le « poussait, ou que la Providence lui en fournissait
• les moyens, enseignait la vérité évangélique, et « formait un troupeau... Chaque Église particu* « hère que les a|)ôtres fondaient vivait sous la
• conduite de son pasteur, et s'assenihlait iccrè-
• teinent dans une chambre. Elle formait sa disci-
• pliiie selon ses besoins, et selon la circonstance
• des temps. Il n’y avait point alors de Symbole
• commun ; c’est une chimère de s'imaginer que les
• apôtres en aient dressé un , ou l'aient envoyé à « toutes les Églises.... On savait en Orient que l’Oc- « cident avait reçu le christianisme un peu plus
• tard (qu'en Orient) ; mais runioii de ces Églises,
• la plupart inconnues, et cachées les unes aux
• autres, ne pouvait être ni générale, ni publi- « que, nisensible. Toutes ces Église.s particulières
• ne pouvaient être unies que par l’union intérieure,
• parce qu'elles avaient la même foi et la même es- « peranre, et que Jésus-Christ était le chef intérieur « et commun à tous les chrétiens... I^s Églises
• naissantes étaient précisément dans le même état « quecellesde la réforme, à qui les vaudois, dis- « persés en divers lieux, et cachés dans leurs mon- > tagnes, n'étaient pas connus. Concluons de là que
• l'union extérieure de toutes les Églises les unes
• avec les autres, ou arec le chef résidant à Rome,
• n'était ni nécessaire ni possible dans les deux « premiers siècles de l'Eglise. • Le ministre parle à peu près dans le même sens en d’autres endroits mais je me contente de ce seul passage que j'ai rapporté exprès tout entier, à la réserve de ce qui pourrait regarder d'autres questions que celle où nous sommes de l’union des Églises.
S'il ne fallait que de beaux discours et des tours ingénieux pour établir la vérité, j’aurais ici tout à craindre. .Mais pour peu qu'on veuille pénétrer le fond, il n'y a personne qui ne trouve étrange cette impossibilité de l'union extérieure des Églises, et le peu d'attention qu’on donne aux apôtres pour assembler leurs disciples dans une même comnounion.
Le ministre n'ose pousser cette prétendue impossibilité plus avant que les deux premiers siècles ; et dès-là on doit tenir pour certain, que s’il nous abandonne les siècles suivants, c'est qu'il y a trouvé l’union si clairement établie, qu’il n'a pas vu de jourà la nier.
Confessons donc avant toutes choses , du consentement du ministre, que l’union intérieure et extérieure des Églises chrétiennes a un titre assez authentique, puisqu’il a quinze cents ans d’antiquité, et qu’il a été arro^ du sang des martyrs durant tout le troisième siècle. C’est cependant cetto antiquité qu'on vous apprend à mépriser; au Heu que la raison seule vous doit apprendre non-seulement qu'une telle antiquité est digne de toute
• 7. Il , p. wi.
sim MCS PROMUSSES DR L EfiLISE.
créonce, nuis encore que ce qu’on trouve si solideinont et si universellrinent éUibii dans un siècle si voisin des apôtres, ne peut manquer de venir de plus haut.
C’est donc en vain qu’on nous veut cacher cotte union des Rglises dans le second .siècle. Car encore qu'il nous en reste à peine cinq ou six écrits, il y en aurait pourtant a.ssez dans ce petit nombre pour convaincre leminislre ; et si je n'avais voulu dans cette Inslruetion me renfermer précisément dans l'Rvongile, la preuveen serait aisée. JNIais pour aller à la source, comment a-t-on pu penser que l'union des Utilises nVtait pas du premier dessein du Fils de Dieu, puisque c'est lui-mèmeqiii, formant le plan de son F.glise, a donné à ses apolre.s, comme la marque à laquelle ou rerounoliraÜ ses dUciples , des’ahner les uns les autres : et encore : Mon Père, (/u'its soient un en nous ^ ({/in que le monde croie que rous m'areienootjé *. Ainsi l'union même extérieure, et qui se ferait sentir à tout le monde, devait être une des marques du christianisme.
Mais peul èlre que Jésus-Christ ne voulait pas dire que celle union s’enlrellnl d’F.glise à Fglise, et ne la voulait établir que de 'particulier à particulier dans chaque Église chrétienne. A Dieu ne plaise! au contraire, il parait que, de toutes les l^^çlises, il en a voulu faire une seule Église, une seule épouse, qu'il a voulu à la vérité sanclilier au dedans par la foi qu’elle a dans le cœur, mais qu'il a voulu en mf>me temps purifier à l'extérieur fxir te baptême de l'eau et par la paroie de la prédica/ion.Casl ainsique parle saint Paul*. C’e.sl cette flglise que dés l'origine on appela catholique :ce terme fut mis d'abord dans le .Symbole commun des cliréliens; et, sans entrer avec le ministre dans la question inutile , si les apôtres ont arrangé ce sacré Symbole comme nous l’avons , il suffilqu’on ne nie pas, et qu'on ne puisse nier que la substance et le fond n'en fdt de ces hommes divins, puisque tout l’univers l’a reçu comme de leur main et sous leur nom. On a donc toujours eu une foi commune, une commune profession de la même foi, une seule et même Église universelle, composée en unité parfaite de toutes les Églises particulières, où aussi on établissait la communion tant intérieure qu’extérieure des saintsS^ qu’on nous donne maintenant comme impossible.
« I.C8 apôtres, dit le ministre^ , n’ont point tra- • vailié à former la discipline par des lois qui dus* « sent être perpétuelles et universelles. ^ Mais sous prétexte qu'ils laissaient une sainte liberté dans les cfTémonies indifférentes, la ^rouloir pousser plus avant , ou dire que ces saints liommes ne s'étudiaient pas a rendre commune la profession de la foi, le fond de la discipline et la substance des sacrements, c’est ignorer les faits les plusavérés, et vouloir ôter aud)ri8tianisme la gloire de cette sainte uniformité que le monde môme y admirait.
Ce n'est pas une moindre erreur de dire que les
• Jiuin. xin, vvif, SI- • Ephes. V, 24 , 28 — * r. I , p. . au.
Églises étaient pour la plupart inconnues les unes aux autres y et s'assemblaient secrètement dans une chambre, sans se soucier de leur mutuelle communication. Car, au contraire, dès l'origine les Églises ont toutes tendu à s'unir, et à se faire mutuellement connaître. Tout est plein , dans les écrits des apôtres, du salut réciproque qu'elle.s se donnaient en la charité du Seigneur; l'Église de Rabylone, quelle qu’elleftll , constamment bien éloignée, saluait celles deBilhynie et du Pont, d’Asie, deCappadoceetdeGalatie*. La gravité des Églises ne{}crmet pas de prendre ce salut, qu’on trouve en tant de lettres desapôtres, pour un simple comniiment : c'était la marque sensible de la sainte confédération et communion des Églises dans la créance et dans les sacrements, conformément à cette parole r SI quelqu'un vient à vous , de quelque côté qu'il y arrive, et n'y apporte )his ta saine doctrine, ne le recevez pas dans votre maison , et ne lui dites pas bonjour»; ne lui donnez pas le salut. La première épitre de saint Jean , selon l'ancienne tradition , se trouve adressée aux Parthes; et de l'Asie mineure, où il demeurait, cet apôtre enseignait les peuples si éloignés des pays dont il prenait soin , et de l'empire romain. Lesap<Ures n'écrivaient pas seulement à des Églises particulières, mais en nom commun à toutes les tribus dispersées ^ ,eta tous ceux qui se conservaient en Dieu et en Jésus-Christ Tout l’univers savait la foi, Cobéissance des Romains^ ; et réciproquement on savait à Rome ce que c'était que toute t Église des Gentils {en nom collectif et en nombre singulier), et qui étaient ceux à qui elfe était redevable^. Qu'importe donc qu’on s'assemblât ou dans une chambre ou ailleurs , puisque l'on se communiquait môme des prisons, d'où l’Kvangile courait, comme dit saint Paul 7 , sans pouvoir être lié?
Au surplus, si onedt tenu pour indifférent d'ôtre uni ou ne l'étre pas dans In doctrine une fois reçue^ saint Paul n'nuraît pas donné aux Romains ce précepte essentiel : Prenez garde à ceux qui causent des dissensions et des scandâtes parmi vous contre ta doctrine que vous avez reçue ; retirez-vous de leur compagnie^. F.st-ce peut-être qu'on observait ceux qui causaient des divisions contre la doctrine reçue dans les Églises particulières , et qu’on laissait impuni le scandale qu’auraient pu causer les Valises mômes? Ce serait une absurdité trop insupportable.
Mais si l'autorité de l’Église nommée en commun était de si peu de poids sur cliaque Église particulière , d'où vient que saint Paul prenait tant de soin défaire remarquer aux Corinthiens ce qu’il enseignait à toutrunivers;/eurertroyan/cjr/>rés Timo thée , pour les insfruiredes voies qu'il tenait partout et en toute fCglise^: et encore, c'est ce guej'enseiyne dans toutes les Églises •• : surce fondement, Dieu n'est pas un Dieu de dissension , mais de paix :
• 1. t*etr. t, I. V, 13. — * n. Joan. 10. — * Jae.i, I. — * Jvd^. I. — * Rom. I, 8. XVI, 19. — * Ibid. 4. — MI Thens. III. I. n, TYw. 11,0. — ■ ffom. XVI, 17. — • I. Ciit IV, 17. — *• tbid. \l* , 33.
lîSSTRUCTIO.N PASTORALE
comme s’il edt dit qu’il unissait non-seulement les particuliers, mais encore toutes les l'iglises entre elles ; ce qui lui faisait ajouter , contre les auteurs des divisions et des scandales ; FM^ce de vous qu’est sortie ta parole de Dieu^ ou bien étes-vous les seuls à qui elle est parvenue ’ ? leur montrant , par cette doctrine, combien ils devaient déférer au commun sentiment des f^glises , et surtout de celles d’où la parole de Dieu leur était venue. Voilà ces Églises qui ne se connaissaient pas jtour la plupart ^ et qui avaient si peu d'égard pour la doctrine et les sentiments les unes des autres.
Quand le ministre veut imaginer que les Églises chrétiennes ressemblaient a la réforme , qui , /orsquelle vint, ne connaiuail /ms les vaudoiSf il devait donc faire voir par quelque exemple de rh^riturc, ou du moins de ratitiqiiilc ecclésiastique, qu’il s’était formé des Églises, comme la réfortiie , qui ne tinssent rien de celles qui étaient auparavant, et même n'eu connussent aucune de leur créance. C’est ce qu’il ne montrera jamais; toutes les Églises naissantes venaient de la tige commune des apôtres, ou de ceux que les apôtres avaient envoyés, et en tiraient leurs pasteurs avec la doctrine.
Ja ministre n’aurait pas fait agir les pasteurs si fort indépendamment les uns des autres, et sans aucuu mutuel concert, s'il avait songé que saint Paul même ne dédaigna pas de venir à Jérusalem exprts pour visiter Pierre, de demeurer avec lui quinze Jours ; et encore quatorze ans après , de ro«férer avec les principattx apôtres sur C Évangile , qu'il prêchait aux Genlils , pour ne point perdre le fruit de sa prédication *. Ces hommes inspirés de Dieu n'avaient pas besoin de ce secours; mais Dieu même leur révélait cette conduite, comme saint Paul le marque expressément^aOn de donner l’exemple à leurs successeurs, et les avertir de prendre garde, dans la fondation des Églises, à poser toujours , comme de sages architectes , le même fondement, quiest Jésus-Christ, et a <d)sercer en même temps ce qu'ils bâtissaient dessus
Cependant , à la faveur de ces beaux récits , et du tour ingénieux qu'on y donne à l'état des deux premiers siècles, on insinue le scliisme, on dégoûte insensiblement les fidèles du lien de la communion des Églises. Elle n'était pas, dit-on, du premier dessein , et c’est une invention du troisième siècle : quelque établie qu’on la voie depuis ce temps, c’est assez qu’elle ne soit pas de l’institution primitive; et l’on veut désaccoutumer les Églises de faire leur règle de la foi commune.
Après avoir ainsi préparé de loin la voie à ne plus craindre lesetusmemêmedans la foi, età tenir toute communion pour indifférente, on en vient à dire tout ouvertement , que le schisme dont nous parlons n'enipêchc pas le salut.
I.e sentiment du ministre n'est pas obscur : les sept mille réservés de Dieu dans le royaume d’Is-
* î. Cor. XJV , — * Cal. I , IS, M , 2. — 5 Ibiâ. - * I.
tll, 10.
raél, qui n'ai'aient point courbé le genou devant Haat, étaient scinsmaliques, séparés de l'Église primitive de Jérusalem, damnés par conséquent , dit votre ministre ' , au jugement de messieurs les prélats i et cependant, continue-t-il, Dieu les o6saut.
Ces sept mille, ajoute-t-il * , •< étaient l’Église de « Dieu, quoiqu’ils n'eu.ssent ni étendue, ni visibi- « lité, ni union avec l'Égii.se de Jcsusalem, ni In
• succession des prêtres. Ils ne périssaient donc
• pas. •
Un abîme en appelle un outre. Dieu avait tà{âdms le schisme d’Israël ) une suite de /)ro/)heles nés et vivant dans le schisme : c’est-à-dire, comme il vient de l’expliquer , sé/mrés de lu succession des prêtres et de l’Eglise primitive de Jérusalem Les prophètes dont il veut parler , sont ceux qui prophétisaient en Israël avec Élis et Éiisée ; donc Élie et Élisée , avec tousle.s saints prophètes qui leur étaient unis, selon le ministre, étaient schismatiques; et ce/yendant, poursuit-il, ces prophètes schismatiques, Élie, Elisée et les autres, étaient-iU damnés à cause de leur sépara/ion , à ctmse que la succession leur man( liait f Point du tout, dit-il; cela nVst rien , selon les ministres; le titre de schismatique devient beau dans leur bouche, et la nouvelle réforme le donne aux prophètes les plus saints.
Tout cela est avancé pour sauver le schisme. La réforme prend soin de le défendre. « Il y a du pbi- « sir « dit le ministre à entendre là-dessus AL do « Meaux, qui, entêté de l’unité de son Église et do « la succession di‘S pasteurs, rejette les Samaritains
• comme autant de schismatiques perdus, parce « qu’ils n’étaient pas unis à la source de la religion , « et que la succession d'Aaron leur manquait. •
Ainsi cc n’était pas Dieu qui avait commandé à tout son peuple, cl aux dix tribus comme aux autres, de demeurer unis et soumis aux seuls prêtres de la famille d'Aaron : ce n’était pas Dieu qui avait prescrit au même peuple, par la bouche de Moïse, do reconnaitre le lieu que le Seigneur choisirait , avec expresses défenses â'offrir en tous lieux qui se pourraient présenter à la vue * ; le temple de Jérusalem ii'était pas ce lieu expressément désigné de Dieu , sous David et sous. Salomon , et unanimement reconnu par toutes les douze tribus : malgré des coimnandemeiils si précis de Dieu et de la loi , il n’y avait aucune obligation de s’unir à la succession du sacerdoce d’Aaron ni à VEglise primitive de Jérusalem. Ce sont là des entêtements de M. de Meaux , et non pas des téotoignages exprès de la loi de Dieu.
Mais ce qui m’étonne le plus , c’est le peu d’attention qu’on fait parmi vous à l’expresse condamnation du schisme deSainarie, prononcée par Jésus- Christ même, lorsqu'il dit aux Samaritains* : fous adorez ce que vous neconnai.ssezpa.s;rtnous, fjouj adorons ce que nous connaissons : parce que le
• T. Il, e. 7, P» 40, n. floi. tll. Heff. xix, xx. — * /* ow. — » Ibid. — • r. n.p. 001 , ft03. — » Dfut. xn , fr, II, ta etc. — • Joan. iv , 22.
SUR LKS PROMi:SSES DE VÉGUSE.
taîut dent des Juifs. Il les sépure innnifesleineitt de sa coinp^nie » lorsqu’il dit et nous : U les sépare conséquemment du salut ^ qui ne peut être qu'avec lui ; et il ne reste plus qu'a exaniiner s'il les condamne pour l'idolutrie, ou seulement pour le srhisme.
La ministre abuse manifestement de cette parole de Jésus-Clirist , / ous adorez ce que cous ne connaissez pas : - ce qui fait voir , nous dit*il*, que « les Samaritains étaient condamnes à causede leur m ignorance, ou des dieux inconnus qu'ils ado-
• raient ; et non pas à cause du sehisme , ou parce
• que la succession du sacerdoce d'Aaron leurman-
• quait. « C'est ainsi qu’il combat toujours en faveur du schisme, et ne veut pas que Jésus-Christ l'ait pu condamner. Mais il se trompe manifestement, quand il rejette la condamnation sur l'idolâtrie des Samaritains. C'est un fait constant et avoué, qu'il y avait plusieurs siècles que les Samaritains n'avaient plus d’idoles ; et qu'attachés uniquement, comme ils sont encore, à l’adoration du vrai Dieu, toute leur question avec les Juifs ne regardait que le lieu où il fallait adorer. Sans avoir besoin d'ouvrir les histoires pour voir cette vérité, le seul Évangile nous suffit; puisque ta Samaritaine y parle au Sauveur en ces termes » : i\os pères ont adoré sur cette montagne , et ooiu diles que c'est à Jérusalem qu'il faut adorer ; nos pères ^ c’était à dire Jacübet les patriarches, n’adoraient point les idolesce n’était donc point les idoles que la Samaritaine voulait adorer, et la dispute ne regardait pas l'ol>jet, mais Te seul lieu de l'adoration; en un mot, toute la question entre les Juifs et les Samaritains était à savoir si Dieu voulait qu'on le servît ou dans le ten)ple de Jérusalem avec la Judée, ou dans celui deCarizim avec Saimaric. t^la posé, il est manifeste que la condamnation de Jé^us-Christ tombe précisément sur le schisme; et s’il reproche aux Samaritains de ne pas connaître Dieu , c'est , comme je l’avais expliqué^, au sens où l'on dit que l'on ne connaît pas Dieu quand on méprise ses commandements, ses promesses, la source de Punilé, le fondement de l'alliance, et te reste de même nature que Sainarie axait rejeté.
Si , comme le ministre l'insinue trop ouvertement, c’éLiit une chose indifférente de reconnaître ou ne reconnutlre pas les prêtres successeurs d'Aaron, et que les Samaritains fussent excusables de n'y avoir pas recours , selon l'ordonnance expresse de la loi, Jésus-Oirist n’y aurait pas renvoyé avec les autres lépreux celui qui était Samaritain J'ai rapporté ce passage dans ma première Instruction pastorale I.e ministre v devait répondre, ou convenir, apres Tertullicn, que Jésiis-(]lirist apprenait par là aux Samaritains à recoanaitre le temple et les prêtres enfants ü'Aaron, comme la tige du sacerdoce et la source de la religion et des sacrements.
Après cela, quand on attribue non-seulement
* 7 U y Ml. — * Joan. iv, SO. — » I. /«»/. p. 17. —
• Luc. XXII, n, M . 15. — » P. 470.
eo7
aux vrais fidèles, mais encore aux saints prophètes du Seigneur, le schisme des dix tribus , et que l'on compte pour rien de les désunir de la suite du sacerdoce et de celle du peuple de Dieu, c’est vouloir induire sur eux le pÀ^hé de Jéroboam^ qui pécha et quiJU pécher Israël *. C’est le caractère perpétuel qui est donné à ce roi impie dans tout le livre des Âois *. Mais il faut en même temps se souvenir que c’était une partie principale du péché tant reproché à JérolKiam, d’avoir établi des prêtres qui n'étaient point enfants de Lécl ni du sang d' laron^, et d’avoir rejeté ceux que Dieu avait institués dans ces races consacrées. L’érection des veaux d’or de Jéroboam ne fut que la suite de cette ordonnance schismatique : vVe montez plus en Jérusalem ( ni au lieu que le Seigneur a choisi) : vniià tes dieux , Israël , qui Vont tiré de la terre ^ Ainsi la source du crime dans Jéroboam, c’est d'avoir séparé Israël d'aver le Seigneur, comme porte expressément le livre des Iloîs *, et son plus mauvais carractère est celui de séparateur. Ce fut en haine de Pordonnnnee qui séparait le peuple de Dieu de sa tige, que non-seulement les lévites, mais encore tous ceux d'Israël qui avaient mis leur cœur à chercher Dieu * , aban* donnèrent le schisme auquel on veut inaintenaul faire adhérer les prophètes.
Il est vrai qu’en mémoire d’Abraham. d'Isaae et de Jacob , Dieu voulut laisser dans les dix tribus un grand nnmlire de .saints prophètes qui attaclièrent une partie considérable du peuple au culte du Dieu de leurs pères. Mais, après tout, ce fut à la fin pour le |>éché de Jéroboam qu’il livra les Israélites à leurs ennemis t : la source de tous les malheurs, marquée nu livre des Rois, est toujours cette première séparation, où Jéroboam divisa le peuple et \e sépara du Seigneur*. Aussi Dieu avait-il maudit l'autel schism.itique dès son origine, en lui faisant annoncer sa future extermination, sous le saint roi Josias, par des prophètes envoyés exprès 9. Si cf{)endant par violence et par voies de fait les vrais Israélites avec letirs prophètes étaient empédiés de monter effectivement en Jérusalem , et d'y reconnaître le seul sacerdoce légitime qui fiU alors, ils u'en pouvaient jamais être désunis de oncur; et sans manquer de fidélité aux mis d'Israèl que Dieu avait dans la suite rendus légitimes, Elisée sut bien reconnaître la prérogative que Dieu avait conservée aux rois de Jiida , par rapport à la religion, lorsqu’il parla ainsi à Acliab, roi d'Israël, qui l'intern^eait sur les volontés du Seigneur : • Qu’y a-t-il entre vous et moi, roi d'Israël? Allez « aux prophètes de votre père et de votre mère. R Vive le Seigneur! si je n’avais respecté la pré- •> sencede Josaphat, roi de Jiida, je ne vous aurais « pas seulement reganié'*. » Josaphat de son côté, au seul nom d'Élie et d'Elisée, reconnut d’abord
‘ lit. Reg. xtr, 10 , «te. — > rv. Re.g. X, 31 , tic. — • fil. Reg. x« , 31. II. Pttr. — * III. Rcg. XII , -iM. — > IV.
Rrg. XVII, 3t. — • 11. Par. XI, 13, 18. — * lit. Reg. xiv, Ifl. — • IV. Rrj. XVII, 11. — * lit. Reg, un, 1,3. -• '• IV. Reg lii. 13. IX.
ir INSTRUCTION rASTORALE
qu'lis étaient de véritables prophètes, et tout ic monde savait que tous les saints du royaume d is* raël étaient de même religion, et dans le cœur, autant qu'ils pouvaient, de même cuite que ceux de Juda.
C'était pour établir celte vérité , qu'Élie, dons ce mémorable sacrifice où le feu du ciel descendit à sa prière pour consumer l'holocauste, en présence des dix tribus assemblées, redressa un des autels du Seigneur; et pour le construire, prit r/ouse piêrreSf séton le nombre des douze tribus des enfants de Jacob f à qui le Seigtieur arait dit : Israël sera ton tiom • : par où il voulait montrer qu'lsraël dans son orgine n'était pas un nom de séparation, comme il l'était devenu depuis, mais qu’au contraire, c’était eu matière de religion et de sacrifia un nom de communion : et que les douze tribus étaient faites pour adorer au même autel le Dieu de leurs pères.
Aiussi le même prophète l'invoqua-t-il en celle occasion à haute voix, sous le nom de Dieu d'Abrahamy iTIsoac et etlsrael»^ en lui disant : Montrez , Seigneur ^ que vous êtes le Dieu d'IsrcWly et que les douze tribus dont vous roulez aujourd’hd de nouveau convertir les r^rwrs, ne sont qu’un seul peuple à votre autel. Telle était l’union qu'Élie reconnaissait entre tous les vrais Israélites dans ce sacrilice commun.
Jonas, qui pro|diétisait parmi les tribus séparées dont U était, ainsi qu'on le trouve au livre des Rois ne s'était point pour cela séparé du temple de Jérusalem, puisque, jusque dans le ventre de la baleine qui l’avait englouti , il se consolait en criant : Seigneur, quoique rejeté dedecunt vos yeux, je reverrai votre saint temple 4 ; par où il marquait tout ensemble , et qu’il avait accoutumé de le visiter, est qu'il esjvérait encore d’y rendre à Dieu ses adorations.
Un autre prophète d’Israël (ce fut Osée) , en prédisant aux dU tribus séparées leur heureux retour, leur annonce qu'i/» reviendraient au Seigneur leur Dieu et à David leur roi^; pour les ramener par ses paroles au temps qui avait précédé le schisme de Jéroboam, et leur rappeler le souvenir de celte parole du roi Abiam : Écoutez, Jéroboam et tout Israël : ignorez-vous que le Seigneur a donné à David le régne sur tout Israël pour jamais^}
Ainsi tout vrai fidèle est frappé d'horreur, quand U entend dire que les sept mille que Dieu réservait, et que les prophètes du Seigneur qui enseignaient les dix tribus, étaient schismatiques, jusqu'à celui que son zèle ardent fît enlever dans le ciel dans un chariot de feu.
Kt il ne faut pas s'imaginer que la partie de l’Église qui se conservait dans le royaume d’israël demeurât sans culte. Car ce n’éUit pas en vain que Dieu leur envoyait tant de saints prophètes avec tant de miracles éclaUnts , pour les empéclier d’oublier la foi de Moïse. Ils en gardaient ce qu'ils |X)U-
• ni. Reg. xvin,. 10,31. 3î. — » Ibid. 36, 3?.— ‘ IV. Reg. tlV.SS. — 4 Joan, 11, S. — ‘ 0$ie, |ll, 4 ,S. — ♦ H. Par. Mit.
voient , en s’assemblant avec les prophéles au premier Jour du mois et tous les Jours du sabbat * , c'est-iHÜre aux jours ordinaires marqués par la loi , comme il est écrit expressément au livre des Rois. II y avait même parmi eux des autels de Dieu; et s'ils en eussent été prives, Elie n’aurait pas dit au même temps que les sept mille lui furent montrés en esprit : Seigneur, les enfants d'Israël oni abandonné votre alliance : ils ont abattu vos aulfls et massacré ros prophètes \ Ils persistaient donc dans l'alliance, et en avaient pour marques sensibles les prophètes, sous la conduite desquels ils servaient Dieu, et les autels qu’ils élevaient au nom du Seigneur. Ce pouvaient être des autels semblables à celui qu érigcrénl ceux de Ruben et de Cad avec la demi-tribu de Manassès non point pour se séparer de faute) du Seigneur, mais au contraire comme un mémorial de la part qu'ils se réservaient aux sacrifices communs. Mais enfin quels que fussent ces autels, et quel qu'ait été le culte que Dieu y établissait, selon la condition de ces temps, par le ministère extraordinaire et miraculeux des prophètes, toujours est-il bien certain que ce n'était pas l'autel de Relhel ni les autres de Jéroboam que Dieu avait en horreur, comme on a vu.
Par conséquent cette Église, que Dieu réservait en Israël, se rendait visible autant qu'elle le pouvait dans une si cruelle persécution ; et quand elle fut réduite à se caclier tellement dans le royaume des dix tribus séparées , qu'Élie ne l'y voyait plus , deux raisons empêchent que cela ne nuise à tout le corps de ff^ise : l’une, que cet état ne dura pas, conmiG le re.stede fhisloire d'Élie et toute celle d'Élisée le fait paraître; et l’autre, qui est l’essentielle, que c’est un fait avéré dans le même temps, que l'Église et la religion éclataient en Judée sous Josaphal et les autres rois.
Ainsi on ne fait ici que vous amuser; on vous fait prendre le change, et on met la difllrulté oit elle n'est pas. Cette dispute sur les sept mille, qui est votre unique refuge, ne sert de rien à la question , et ne nuit en aucune sorte à la doctrine que j'ai établie touchant la promesse de l’Évangile. I..es catholiques ne prétendent pas que la foi ne puisse jamais être cachée en des endroits particuliers, puisque im^me nous confessons qu'elle y |K>urrait être tout à fait éteinte. fondement que nous posons, c’est que la succession des pasteurs qui remonte jusqu'aux apôtres, sans que la descend.^nce CO puisse être interrompue ni niée, est incontestable; que ceux qui chercheront Dieu, verront toujours une Église où on le pourra trouver, une Église qui soit toujours le soutien et la cotonno de la vérité 4; une Église à qui l'on dira jusqii’n la fin de l'univers : Diles le a riCglise; et, s'Ü nécoute pas l’Église, qu’il vous soil comme im I Gentil el un puhticain ^ ; une Église enfin plus iinmuahic que le roc, dont la foi toujours connue et victorieuse verra toutes les erreurs tomber à ses pieds, et contre laquelle l'enfer ne prévaudra pas.
• IV. Rtg. IV, 23. — * 111. Reg. X1X,2I. — * Jo». ixn, 37. — * 1. Tint, ni, 13. — * Mttitb. Min, 17.
Diyiii^tnj uy vjv.;vj^Ic
SUR LKS PROMESSES DE L’ÉGLISE
Que cette Église ait quelque part des membres ca* rhés, qu'elle s'obscurcisse, qu'elle périsse même quelque part, sa |>erpéUielle universalité ne laissera pas de subsister : la promesse ne sera pas anéantie pour cela ; et une marque que les objections qu'oii vient d'entendre n'appartiennent seulement pas à la question que nous traitons , c'est qu'on peut vous accorder tout ce que vous dites sur les fidèles cachés, sans que notre doctrine ait reçu la moindre atteinte.
sept mille vous servent si peu , que même vous ne sauriez vous mettre à leur place. Si la messe, ou toute autre eliose que vous voudrez imaginer, est le Baal devant lequel les sept mille n'avaient pas fléchi le genou, quand Luther ou Zuingle ou OEcolampade ou Sucer ou Calvin ont éclaté, les sept mUie, qui croyaient comme eux secrètement, ont dO venir leur déclarer oette secrète créance, et leur dire : Nous étions déjà dans ces sentiments; vous n'avez fait que nous rallier, et nous donner la htrdiesse de nous découvrir. Mais loin d'en trouver sept mille qui leur tinssent ce langage, nous avons pressé vos ministres d’en nommer un seul. J’en ai moi-même interpellé M. Claude, et il a dit : M. de iVeaux croit‘U que tout soit écrit? Je l'ai demandé à M. Jurieu, et il a répondu: ()ue nous importé J’ai mis ce fait sous les yeux de tous les lecteurs de mon troisième Avertissement contre M. Jurieu*. Sans vous obliger à recourir à ce livre, et pour renfermer dans ce seul écrit toute la force de nia preuve , interrogez-vous vous mêmes , si jamais on vous a nommé, non pas sept mille hommes et un nombre considérable, mais deux ou trois hommes, mais un seul homme qui ait déclaré aux réformateurs qu’il n'avait jamais étéd'uneautre créance que de celle qu’ils leur annonçaient. Pressez de nouveau vos ministres les plus curieux, les plus savants , les plus sincères, de vous éclaircir d’un fait si essentiel à la décision de cette cause : si vous ne voyez clairement leur embarras; si, loin de vous montrer un seul homme qui, avant Luther ou OKcolampade, ait cru comme Luther et OEcolampade, ils ne sont à la fin contraints de vous avouer de bonne foi que Luther même et OEcolampade, Bucer et Zuingle s'étalent faits prêtres ou même religieux de bonne foi, et qu'ils avalent innové non-seulement sur les pasteurs précédents, mais encore sur eux-mémes, je ne veux plus mériter de vou.s aucune créance. Ils n'avaient donc pour eux ni les visibles, ui les invi. sibles, ni les connus, ni les inconnus; et il faut que vous confessiez qu’en cela semblables à tous les hérésiarques qui furent jamais, vos auteurs, quand ils ont paru, n'ont rien trouvé sur la terre qui pensât comme eux.
Dès-là donc, pour justifier le schisme qu'ils avaient fait avec tous leurs prédécesseurs et avec tous les vivants, il a fallu s'intéresser pourle sdiisme même, et en adoucir l’horreur; par ce moyen les sept mille sont devenus schismatMpies sans péril de leursalut : les saints prophètes étaient séparés de la suite du
* ni*, ^vert.
DOSSU.T. — TOME IV.
sacerdoce et de rf^^gllse, sans scrupule et sans aiicunedimioutioiideleur sainteté: il a fallu faire voir qu'il n'y avait nulle nécessité que les Églises fussent si unies : chaque Église se doit former par ellemême : des Églises on en viendra aux particuliers : nul ne doit régler sa foi sur son prochain non plus que sur les Églises, pas même sur celle où l’on est. Chacun n’a a consulter que son cœur cl sa conscience Vous voyez par expérience où l’on va par ce chemin; et si la suite inévitable n'en est pas toujours la religion arbitraire ou l’indifférence des religions, sans en excepter le socinianisme ni le déisme.
REMARQUES
SUB LB FAIT DE PASCHASB BADBBHT,
OÙ le inlnlklre tdche de manfuer one ionovaUon potiUve.
Pour détourner vos oreilles d'une doctrine si simple, on vous accable de faits inutiles. Mais il n’y a que deux faits qui servent à votresalut, et ils sont constants : l'un est que vos prétendus réfonnateurs ont établi vos Églises en se séparant de la communion de ceux qui les avaient baptisés et ordonnés , et en rejetint , a l'exemple de toutes les hérésies, la doctrine de tous les pasteurs qui étaient en place lorsqu'ils ont paru'; l’autre, qucl’Église catholique n'a jamais rien fait de semblable. Il fallait donc écarter tous les autres faits qui ne servent qu’à détourner la question, cl ensuite n’étourdir le monde ni des Chinois, ni des Grecs, ni de Claude de Turin, ni de la morale sévère, ni de la morale relâchée, ni des maximes du clergé deFrance, ni des jansénistes ni des quiétistes, ni du cardinal Sfondrateet de ses nouveautés sur le péché originel, ou sur les autres matières semblables, ni même des albigeois ni des vaudois, que la réforme confessecllemême, comme on vient de voir, qu'elle ne connaissait pas quand elle est venue, et qui d’ailleurs ne se trouvaient pas moins embarrassés que vous à nommer leurs prédécesseurs. Il fallait donc, ou nommer ta suite des vôtres sans interruption, ce que vous n'entreprenez seulement pas; ou , pour convaincre par un fait certain l'Église romaine de rupture avec ses auteurs, y marquer dans sa suite un point fixe et déterminé où l’on se soit vu contraint, pour soutenir sa doctrine , de renoncer à in leur. Voilà , distje, précisément ce qu’il fallait avoir prouvé : sinon, l’on dispute en l’air; et l'Église sul^iste toujours , sans pouvoirêtre troublée dans son état.
Voire ministre a senti cequi manquait à .sa preuve ; et je vous prie , mes chers frères , de bien entendre ses paroles, qui vous inettront dans la voie de votre salut, si vous les voulez comprendre; les voici de muté mot.
« M. de liteaux soutient mal à propos qu'on ne « peut marquer à la vraie Église, c’est-à-dire à l’É- « glise romaine, son commencement par aucun fait « positif, qu’en remontant aux apôtres, à uint Pierre
* I. Iiut. pattor,
ai
Diyiîizeu uy
jr INSTRUCTION PASTORAï.K
• et û Jésus-ChrUt; et si cela était vrai, U aurait « raison * . • Pesez bien, encore une fois, que s’il y a une Kglise a laquelle on oe puisse montrer son imiovatiun par aucun fait positif, ce sera la réritable Église. Le ministre en est convenu, et il ne se saufe qu’eu niant que cet avantage appartienne à rÉgiiae catholique; il se sent donc obligé à donner des da* tes précises de chaque dogme de l’Église.* Oui, pour- > suit-il, on marque précisément les innovations,
• le conunencement et le progrès des erreurs, des « fiiux cultes, et de l’idolâtrie par laquelle l’Église
• romaine se distingue de la réforme. » Si c’était assez de dire, il serait trop aisé de gagner sa cause : inaisouvrez son livre, lisez la page citée, où il pro> met d’établir ces dates, considérez le texte et la marge : ni dans le texte ni dans la marge vous ne trouverez aucune preuve, je ne dis pas établie, mais Indiquée. I) confond le vrai , le faux , le douteux , ce qui est de foi et de discipline, c’est-à-dire ce qni peut changer et qui est invariable; et au lieu de montrer la rupture qu'il pose en fait , sans raisonner il suppose que nous avons tort. Est-ce ainsi qu’on établit les faits comme constants, comme positifs, comme avérés? Il sent donc qu’il n’a rien à dire; puisque, entreprenant de marquer ces faits, il «leineurc court dans la preuve. Lisez vous-mêmes, et jugez.
Le fait qu’il articule le plus nettement, c’estia prétendue innovation de Paschase Radbert. • On mon-
• tre, dit-il *, le point fixe où une parcelle se séparait
• de la tige sur reticharistie, lorsque Paschase était « presque le seul, au neuvième siècle, qui ensei-
• gnoit la présence réelle. • S’il voulait montrer ce point fixe de séparation, il devait donc dire de qui Paschase s’etait séparé, qui lui avait dit anaütème, qui avait fait alors un corps ù part : il n'en dit mot, parce qu'il sait bien en sa conscience qu'il n’y eut rien de semblable; et qu’au contraire Paschase avançait positivement à la face de toute l’Église, sans être repris par qui que ce soit, • qu’encore que quel-
• ques-uns (remarquez ce mot) errassent par igno-
• rance sur cette matière de la présence r^lle , né- « anmoinsil ne s’était encore trouvé personne qui
• osât ouvertement contredire ce qui était cru et
• confessé par tout l'univers^. • Voilà ce qu'écrit Paschase, sans craindre d’étre démenti ; et, en effet, il resta si bien dans la communion de toute l'Eglise, que ni sa doctrine, ni ses livres, ni sa mémoire n’ont j.imaiséténotésd’aucune censure. Au lieu delrouver Pasehased’un côté, et, comme le ministre l’avait promis , presque tout le monde de l'autre, il trouve Paschase avec tout le monde; et de l'autre, quelques-uns. Voilà ce point fixe de séparation , où le ministre avait mis son espérance.
Il y revient encore une fois, et encore une fois il ne dit rien, fvant Paschase., dit-il, la transsubstantiation élait inconnue. Si elle eût été inconnue, tout le monde se serait donc élevé contre, comme OQ a fait contre toutes les autres nouveautés : on
* T. R, I. 4, e. 4, U* IS. p. 5M, — ’ T. n,p. 6M. — * Epitf. wd. Fritrl. p. KVU.
I nommerait ou le pape ou te concile qui aurait con- ' damné le novateur. Mais non, on ne dit rien de tout cela, et l'un n’y songe même pas. 11 est vrai que le ministre dit bien qu’on cria : Paschase au neuvième siècle « parut avec son dogme de la présence « réelle, et alors on cria fort contre la nouveauté de
• sa doctrine'. • Il le dit; mais du moins rapporterat-il quelque acte authentique, comme il fallait faire pour marquer ce pofn//xtf de la séparation qu’il avait promis? Non ; et voici tout ce qu'il en sait :
« L'élclise gallicane, poursuit-il, avait toujours été
• dans une créance très-différente de l’eucharistie. ■ On attenilait sur cette matière quelque décret authentique d’une É.glise si éclairée; mais le ministre tourne tout court, pour nous dire en Pair:
• Tout ce qu’il y avait de grands hommes en ce
• temps-là, quoique divisés sur la grftee, se réiini- « rent pour défendre l’ancienne doctrine sur l’eu- « charistie. ■ Mais que firent-ils ? Tout se va réduire au seul livre de Ratramne, qu’on n’ose nommer, parce que son autorité n'est pas assez grande pour montrerunconsentementdécisif,etqued*ailleur8on n’est pas d’accord de son sentiment, ni du sujet du livre ambigu qu’il fit par ordre de (Varies le Chauve. Le ministre n'ignore pas les disputes entre les savants sur le sujet de ce livre, et dit seulement : « Ciiarles le Chauve entra dans cette dispute : ce " fut par son ordre qu’on écrivit : et ceux qu’il avait
• cliargés de cette commission combattirent la prét sence réelle contre Paschase*. » C’est ta question que l’auteur suppose, sans preuve décidée en sa faveur. • Ce qui active, conclut-il, de faire voir que c’é- « tait là le parti le plus antorisé et le plus nom- > breux. • C'est tout ce qu'il a pu dire de ce point fixe de séparation qu'on lui demandait, et qu’il entreprenait de montrer; comme si un ordre d’écrire donné par un empereur, sur une matière de foi , était une approbation de ce prince ; ou que cette appr(»bation , quand elle serait véritable, fût un acte authentique de l’Église. Quoi qu’i) en soit , le ministre n'en a pas su davantage. C’est en vain que j'entrerais dans un fait avancé en l’air, et dans les autres jetésà la traverse. Il faut abr^er les voies du salut, et ne pas faire dépendre votre instruction d’une critique inutile, où , quand j’aurai l'avantage qui suit toujours la bonne cause, je n’aurai
{ faitqueperdreletemps.il suffit qu’il soit vérita- : ble que si l’on avait une fois trouvé dans le fait ce i moment d’interruption, la mémoire ne s’en serait jamais effacée parmi les hommes; et l’Église catholique, ou, si l’on veut, l’Église romaine, porterait empreinte sur le front la date de sa nouveauté et de son schisme; nii lieu qu'elle y porte le témoignage immémorial de sa perpétuelle et invariable succession. *
' r II, p- 641. — ' Ibid. p. 641 et C4S
SUR LES PROMESSES DE L’ÉGLISE
REMARQUES
SflB LB PAIT DBS GRECS.
Iji m^me raison m’empêche d’entrer plus avant dans ce qui regarde les Grecs. J'en ai dit assez sur ce sujet dans la préoéilente Instruction pastorale, et Je veux seulement vous faire observer que votre ministre n’a pu ni osé le contredire.
Il a cité l'endroit de cette Instruction * , où je reproche justement aux Grecs de n’avoir plus ro«lu dire €omme ils faisaient dans les conciles généraux qu'ils ont tenus avec nous : Pierre a parlé par Léon •, Pierre a parlé par .égalhon : lAan nous pHsidaii à ('.halcédoine, comme le chef préside a ses membres : les saints canons et les lettres de N. S. P. et comerviteur Célestin nous ont forcés à prononcer cette sentence C'est celle où Nestorius fut déposé à Éplièse, dans le troisième concile œcuménique, et dans l’action principale pour laquelle il était assemblé.
Le ministre a vu toutes ces paroles, même celles où le concile d'Éplièse a prononce qu'il était contraint {\x déposer rhérétique) parles saints canons f et par les lettres émanées canoniquement de la cliaire de saint Pierre. Que demandons-nous davantage aux Grecs, et de quoi les accusons-nous, sinon d’avoir renoncé au sentiment où nous étions tous dans les premiers conciles généraux, que constamment nous avons tenus ensemble?
Voilà ce que je disais, ce que votre ministre a vu et cité. Ecoutez ce qu'il y répond. Lisez seulement le titre qui est à la marge, vous y trouverez CCS mots ; Primauté de saint Pierre reconnue; et dans le corps du discours ; les Grecs rcco/inaissent la primauté de saint Pierre *.
Mais peut-être qn'en reconnaissant Is primauté de saint Pierre ^ qui ne peut venir que de Jésus- ('JuHst, iis ne reconnaissaient pas également qu’elle eût passé à ses successeurs, évéques de Rome. Lisez encore da ns lelirre de votre ministre, à la marge timentdes Grecs ;ei dauslecorps ces paroles :« Que «I M. de Meaux n'allègue pas les acclamations des « Grecs au wncile de Cbalcédoine, en faveur de « saint Pierre et de l^n le Grand : les Grecs ne « contestaient pas à saint Pierre sa primatie, ni à • l'évêque de Rome le premier rang dans les conci- « les où H était présent^. • Ne nous arrêtons pas à ce qu'il voudrait insinuer sur la présence du pape. Il n’était présent, que par sesiégats, ni à Éphèse , ni à Clialà^oine, où le concile disait qu’il présidait comme chej aux évêques, qui étaient set membres y et qu’il était contraint par ses lettres à prononcer la sentence. Mais enfin il est donc certain , de l’aveu de votre ministre, que les Grecs reconnaissaientdans le pape une primauté venue de saint Pierre, et {lar conséquent d’institution divine. Si donc ils ont changé de ton, et n’ont plus voulu la reconnaître dans la saite , j’ai eu raison de leur re-
» Inst. past. Rèponx. t U , /. 4 , e. 3 , n" « , .*fc. — » EpitL
Cmw. Ckale. ad Ixon. — * Cane. Ephfs. A* t. I. 1 T. ii ,
n*s,p. 50i. - ‘ 1. M.n«7. p. SC».
procher que c’est eux qui ont innové, cl qui ont laissé tomber une institution qu'ils reconnaissaient auparavant, non-.setileinent comme ecclésin.stique, mais encore comme divine et venue de Jésus-Oirist même.
Mais allons encore plus avant, et voyons à quoi le ministre veut réduire la foi des Grecs. C’est qu'en leur faisant avouer la primauté divine de saint Pierre et de ses succe.sscurs, ils nient seulement « qu’on doive leur être soumis, ou communier « avec les évêques romains , pour être l'Eglise ‘ ; » et un peu après r « Ils ont toujours soutenu (les
• Grecs) que celle primauté de saint Pierre n’ein-
• porte ni soumission delà part desapétresà saint « Pierre , ni obéissance de la part des évéques au « pape; et les actes des conciles, les registres pun hlir.s de l’Eglise (ce sont ici mes paroles qu’il rap- « porte) en font foi ■. ■ Il devait donc réfuter ou nier du moins ce que j’ai tiré de ces registres , et de la propre sentence que le concile d'Ephèse a prononcée contre Nestorlus : contraint par les saints canons et fxtr les lettres de saint Célestin. Il n’a pu ni osé nier que ces paroles ne se lisent effectivement dans ces registres authentiques de l’Eglise, que les Grecs ont dressés conjointement avec nous. Il y avait donc, de l'aveu commun de l'Orient et de l’Occident unis alors, et assemblés dans un concile général pour condamner lliérésie de Nestorius; il y avait, dis-je, dans les lettres du pape, quelque chose qui, joint aux canons , contraint les esprits, c’est-à-dire, manifestement quelque cliosc qui a force et autorité dans les jugements de la foi que rendent les plus grands conciles, et il ne reste plus de ressource à voire ministre qu’en disant que cette contrainte catholique n’imposait ni déférence ni soumission à ceux qui la reconnaissaient.
Mais le ministreproduit encore les « séparations
• frequentes des deux patriarches ^d’Orient et d'Oc-
• cident), pour prouver que les Grecs ne croyaient
• pj.s que la primauté do saint Pierre et de sa chaire « filt si nécessaire , qu’on y doive communier - pour être l’Église^: » de 'sorte qu'il faudrait croire, si l’on ajoutait foi à son discours, que les GrecA ne voulaient pas croire qu'il fallût, f>our être l'Église y demeurer dans un état qu’cux-mêtnes ils reconnaissaient établi par Jésus-(^hrist , et qu'on pouvait renoncer à ses institutions : absurdité si visible, qu’elle tombe par elle-même en la récitant.
Il ne faut donc pas tirer avantage des séparations des Grecs, puisque , s’ils se sont quelquefois séparés, ils sont aussi retournés à leur devoir, et ne se sont jamais rendus plus évidemment condamnables que lorsqu’ils ont semblé vouloir oublier à jamais l’étal où ils étaient avec nous, et clianger, par unfait certain et positif, la doctrine perpétuelle dans laquelle leurs pères avaient été élevés jusqu’au jour de leur rupture.
Voilà où votre ministre a réduit les Grecs, et
* Ittid. n*e,p. SSî. * /V. 7 . p. se-i. — » ISid.
Il* INSTRUCTION PASTORALE
c*est sur ce foodemc nt qu'il leur accorde sans peine • la succession apostolique et la présence mira*
« culeuse de Jésus-Christ , si elle est promise aux « pasteurs qui ont pris la place des apôtres * A la bonne heure; ils ont donc pris la place des apôtres, et n'en ont point interrompu la succession : votre ministre le veut lui-méine ainsi. Commencez donc par avouer que cette succession leur était nécessaire, et laissez là vos Eglises, à qui elle man- i 4iue si visiblement. |
Quand donc, en expliquant la profOesse, JesuU | <ir^c couMf j'ai dit que saint Pierre y était com- ; pris avec la prérogative de sa primauté ' , le minis- i Ire ne devait pas dire que > cette lumière ne sort j « pas de Toracle ni de la promesse de Jésus-Clirist,
> mais de l'esprit subtil de M. de Meaux ^ ; » puisqu'il fait lui-méme convenir les Grecs de la primau- | lé divine de saint Pierre passée à ses successeurs, 8t si certaine d'ailleurs , que ses plus grands adversaires ne peuvent la désavouer.
Je n'ai donc rien pris dans mon esprit, et jen'ai fait qu'expliquer l'Évangile par l'Évangile, et une vérité |>ar une autre qui n’est pas moins assurée; et si vous le permettez, J'ajouterai, mes chers Frères, ce seul | mot ; que des deux causes principales que les Grecs ' allèguent |H>ur sauver leur rupture avec Rome , la { première étant la procession du Saiut-Ksprit ; et la seconde, la primauté de saint Pierre passée à ses successeurs ; dans la première , vous ôtes des nôtres par votre propre Confession de foi ; puisqu'elle porte en termes formels que le Saint-Esprit procède éterHedemeni du Père et du Fils^ : et pour la seconde, qui regarde la primauté de saint Pierre, votre ministre vous vient d’avouer, nonseulement qu'on la trouve dans les registres publics des conciles œcuméniques, mais encore que les Grecs en étaient d'accord. Il sait bien, en sa c-onscience , que je pourrais soutenir cet a\eu des Grecs par cent actes aussi positifs que ceux qu'on a rapportée; mais Je me suis renfermé exprès dans ceux qui sont avoués par votre ministre. Pourquoi donc en appeler sans cesse aux Grecs , si ce n'est pour vous détourner du vrai état de la question, par des faits où H se trouve, après tout, sans consulter autre chose que l'Évangile et l’aveu de votre ministre , que la vérité est pour nous ?
REMARQUES
SVB l'hISTOIBB DS L’ABIAtltSMB.
J'ai réservé, à la fin de cette Instruction, le grand argument du ministre, qu’il a répandu dans tout son livre: c'est celui qu'il tire de l'oppression de rÉglisc, sous les règnes de Constance et de Valens :
• On marquait, dit-il^, alors le point fixe où une
• parcelle combattait contre le tout : » à quoi ii ajoute : > Ce point fixe était l'annrà de la mort de
• Constance : l’Église étendue et visible changea la
» T. Il, p. MW. — * I. /»j/. puU. — » r. Il , c. *, n* 5, p. Ml..— * -trt. I. — * r. fl, P bSS.
• doctrine dont elle faisait profession le Jour précë» « dent. • C’est-à-dire, selon le ministre, que d'arienne qu'elle était hier sous ce prince, dès le lendemain, sans plus tarder, elle redevint catholique; et U ne veut pas seulement songer qu’un changement si subit ne sert qu'à faire sentir qu'il ne se fit rien dans les formes ni par raison sous ce prince , mais que l'injustice et la force ouverte y régnaient toujours.
Il est fÔcheux, je l’avoue, d'avoir à repasser sur des faits si souvent éclaircis par nos docteurs ; mais la charité nous y force, puisque l'aveu du ministre, et les tours qu'il donne à ces faits, vont mettre la vérité dans un si grand jour, qu'il n’y aura qu'à ouvrir les yeux pour l'apercevoir.
D’abord donc, lorsqu'il joint la persécution de Valens avec celle de Constance, il veut grossir les objets. L'ÉLglrse fut tourmentée d'une cruelle manière sous l’empereur Valens , arien, qui régnait en Orient ; mais sans aucun pérH pour la succession, puisque dans le môme temps tout était paisible en Occident, sous Valentinien, son frère aîné. Et môme du c(Hé d'Orient , les grands évêques de cet empire, un Athanase, un Basile, les Grégoires de Nazianze et de Nysse , un Eusèbe de Samosate , et tant d'autres qui sont connus, illustraient la foi par leur doctrine et par leurs souffrances. Les évéques catholiques, cliassés de leurs Églises, ne faisaient que porter la foi du lieu de leur résidence à celui de leur exil. Le ministre dit quelquefois que l’Église perdait alors de ton ète/idue et de sa visibi/ité •. Ce n'est rien dire. On sait ce qu'opérait la persécution : le sang des fidèles, que versaient les empereurs chrétiens , n'était pas moins fécond que celui des autres martyrs : et quoi qu'il en soit , il ne s'agit pasde savoir si l'Église peut devenir ou plus ou moins étendue, ni éclater davantage en un temps qu’ei) un autre ; mais si elle peut cesser d'étre étendue et visible, malgré la protection de celui qui a promis d'étre tous les jours avec elle.
Laissant donc les temps de Valens, arrêtonsnous à Constance, sous qui la confusion parut plus grande; et puisqu’il faut ici établir des faits, faisons si bien que nous ne posions que ceux qui seront constants , et même avoués par le ministre.
La déduction en sera courte, puisque je les réduis à deux seulement , mais qui seront décisifs. Le premier est ainsi posé dans ma première Instruction pastorale*: « que quelque progrès qu’ait pu faire
• l’arianisme, on ne cessait de le ramener au temps
• du prêtre Arius , où l'on comptait par leur nom « le petit nombre de ses sectateurs; c’est-à-dire « huit ou neuf diacres , trois ou quatre évéques : en
• tout , treize ou quatorze personnes qui s'élève- « rent contre la doctrine qu'ils avaient apprise et « professée dans l’Église , sous leur évêque Alexan-
• dre , qui , joint avec cent évéques de Libye , leur « dénonçait un anathème étemel adressé à tous
• les évéques du monde , de qui il était reçu . » C'est donc à ce temps précis et marqué qu'on ramenait les ariens ; et ii suffit pour les mettre au rang de
• r. Il , p. MO , 091 , ass, SM. — * i*. MA.
SIS
SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE
ceux qui , contre le précepte de saint Jude et de saint Paul , se séparent et se condamnent eux*mé> rocs en condamnant !a doctrine qu'ils avaient re< çue h leur baptême et à leur sacre.
Voilà le fait précis et constant de la rupture d'Arius; à quoi il fout attacher un fait de même nature, et aussi certain qu'est celui du concile de Micée , qui sept ans après opposa à cinq ou six évêques seuiemeut, delà faction d’Arius, lacoiidamna' lion de trois cent dix-huit évéques avec qui tout l’univers communiquait dans la foi, et qui aussi était reconnu par toute la terre pour universelle; en sorte qu’il n'y avait rien de plus constant que le point de la séparation d’Arius et des ariens.
Cest ce point qu'on ne perdit jamais de vue ; et pour montrer que l’Église, malgré la persécution de Constance et le concile de Rimini, où le ministre prétend que la succession fut interrompue, était demeurée en état , je pose ce second fait é.gnlement incontestable : que deux ou trois ans après ce coiicileet la mort de cet empereur, saintAthanase écrivait encore à l’empereur Jovien : Cest cette foi (de Nieée que nous confessons ) qui a été de tout temps ; et c'est pourquoi, continue-t-il, « toutes les Églises ■ b suivent (en commençant par les plus éloignées), « celles d’Espagne, de b Grande-Bretagne, de la « Gaule , de ritalie , de la Dalmatie, Dacie, ISlysie,
• Macédoine; celles de toute la Grèce, de toute « l’Afrique , des lies de Sardaigne , de Chypre , de
• Crète; la Pamphilie, la Lycie, l'isaurie, l’Egypte,
• la Libye, le Pont, b Cappadoce : les Églises
• voisines ont la même foi ; et toutes celles d'O- « rient « (c'est-à-dire de la Syrie , et les autres du patriarcat d’Antioclie), • à la réserve d’un très-pe- « tit nombre : les peuples les plus éloignés pensent « de même*; • c'était à dire non seulement tout l'empire romain, mais encore tout Tunivers jusqu’aux peuples les plus barbares. Voilà l'état où était l’Église sous l’empereur Jovien, trois ans après la mort de Constance et le concile de Himini. Ainsi , ni ce concile , ni les longues et cruelles persécutions de l’empereur, ni le support violent qu'il donna pendant vingt-cinq ans aux ariens, ne purent leur faire perdre le caractère de la parcelle séparée du tout. «Tout l'univers, poursuit saint
• Athanase , embrasse la foi catholique , et il n’y a
• qu’un très-petit nombre qui b combatte. •
Cela veut dire, qu'après la rupture, qui montre
à riiérésie son innovation contre les pr^écesseurs immédiats , et les met visiblement au rang de ceux qui SC séparent eux-mêmes , Dieu permet bien des tentations, des ébranlements et niémedes cJiutes affreuses dans les colonnes de l'Église, qui causent durant un temps quelque sorte d’obscurité; mais, comme j’ai déjà dit, on ne perd jamais le point de vue qui met toujours manifestement les hérétiques tu rang de ceux qui se séparent eux-mémes. 11 n’y adonc qu'à comparer l'un avec l'autre ersdeux faits toujours constants , l’un de la rupture précise et de rinnovntion daus les lierésies, et l'autre de la con-
* P. «CS. — ^ Athan. ad Jon. imp>
•istance et succession perpétuelle de l’Eglise , pour voir sans discussion et sans embarras , d’un côté U vérité catholique et universelle, et de l’autre la partialité et-le schisme.
Le fait de b rupture posé de la manière qu’on vient d’entendre dans b précédente Lettre pastorale, a été vu et avoué par mon adversaire; mais voici ce qu’il y répond : « Renvoyer les artisans,
• les laboureurs, les soldats et les femmes chercher « dans les archives de l’Église d’Alexandrie si « Arius n’avait que treize ou quatorze sectateurs; « c’était jeter les simples dans les embarras d’un « examen plus difficile que celui de b vérité par
• l’Écriture'. « C’est toute la réponse du ministre ; où l’on voit qu’il avoue le fait, que personne aussi ne peut nier, et se contente de dire qu'il ne peut être connu des simples.
Je vous plains en vérité , mes chers frères , si ceux qui se cliargent de votre instcuction sont assez aveugles pour croire ce qu'ib vous disent ; et je vous plains encore davantage, si, ne pouvant croire des faussetés si visibles , ils osent vous les proposer sérieusement. Je vous demande , est- ce à présent un embarras desavoir qu'avant lAither, avant Zuingle, avant Calvin, il n’y avait point de Confession d’Augsbourg, ni d’Églises protestantes; et les catiM)tiques ont-ils jamais été obligés à prouver ce fait? Point du tout : U a passé pour constant; et jusqu'ici, je ne dirai pas personne ne s’est avisé de le nier,inab je dirai que personne ne s’est avisé de dire qu’il n’en savait rien. Si ce fait demeure pour constant deux cents ans après, et le sera éternellement sans pouvoir être nié , à plut forte raison, du temps d’Arius et du concile de Nicée, le fait dont il s’agit fut connu et avoué par toute la terre. Il ne fallait pas aller feuilleter les registres de l’Église d’Alexandrie ; les lettres d’Alexandre, évêque d’Alexandrie, et les décrets de Piicéeétaient entre les mains de tout le monde; mais ces faits une fois posés, ne se peuvent jamais effacer. Il en est de même de toutes les autres hérésies, on les sait dans le temps ;c'est l’alfaire du jour, qu’on apprend à coup sdr du premier venu. Ainsi, comme je l'ai dit, le point delà rupture est toujours marqué et sanglant : cliaque secte porte sur le front le caractère de son innovation : le nom même des hérésies ne le laisse pas ignorer, et c’est trop vouloir abuser le monde, que de proposer une discussion où il n’y a qu’à ouvrir les yeux , et où jamais on ne trouvera b moindre dispute.
Le fait de b rupture d’Arius étant ainsi avéré, du consentement du ministre, et la conséquence étant assurée par b faiblesse visible de sa réponse , il faudrait peut-être voir encore ce qu’il dit sur l’état de l’Eglise après la mort de l’empereur Constance. Mais nous l’avons déjà vu dans ces paroles* ; - On marquait alors (après la mort du persécuteur)
• le point fixe où la parcelle combattait contre le ■ tout; ce temps 6xe était l’année de la mort d«
• Constance : l’Église étendue et visible • ( qu’il suppose avoir été arienne sous ce prince ) « changea
' r.ll,p. «17,618. /Sitf.p. 598.