DK MARIE-THÉRÈSE D’AUTRICHE
sauce , mois encore par sa vertu et par sa réputation , est seule digne de I/mis.
C'était » la femme prudente tpii est donnée pro- « premeut par le Seigneur • comme dit le Sage. * Pourquoi donnée proprement par le Seigneur, » puisque c'est le Seigneur qui donne tout ? et quel est ce merveilleux avantage, qui mérite d'étre attribué d'une façon si particulière a la divine bonté? II ne faut, pour l'entendre, que considérer ec que peut dans les maisons la prudence tempérée d’une femme sage pour les soutenir, pour y faire fleurir dans la pieté la véritable sagesse, et pour calmer des passions violentes qu'une résistance emportée ne ferait qu'aigrir.
Ile pacifique où se doivent terminer les différends de deux grands empires à qui tu sers de limite : Ile éternellement mémorable’ par les conférences de deux grands ministres, ou l'on vit développer toutes les adresses et tous les secrets d'une politique si différente; ou l'un se donnait du poids par sa lenteur, et l'autre prenait l'ascendant par sa pénétration : auguste journée, où deux îicres nations longtemps ennemies, et alors réconciliées par Marie-Thérèse, s'avancent sur leurs confins , leurs rois à leur tête , non plus pour se combattre , mais pour s'embrasser ; où ces deux rois , avec leur cour, d’une grandeur, d’une politesse , et d’une mngniflcenec aussi bien que d’une conduite si differente , furent l'un À l'autre , et à tout l'univers, un si grand spectacle : fêtes sacrées, mariage fortuné, vollenuptial, bénédiction, sacrifice, puis-je méleraujourd’bui vos cérémonies et vos pompes avec ces pompes funèbres, et le comble des grandeursnvcc leurs ruines? Alors l’Espagne perdit ce que nous gagnions : maintenant nous perdons tout les uns et les autres ; et Marie-Thérese périt pour toute la terre. L’Espagne pleurait seule : maintenant que la France et l’Espagne mêlent leurs larmes, et en versent des torrents, qui pourrait les arrêter? Mais si l'Espagne pleurait son infuntc, qu'elle voyait monter sur le trône le plus glorieux de l'univers, quels seront nos gémissements à la vue de ce tombeau , où tous ensemble nous ne voyons plus que l'inévitable néant des grandeurs humaines? Taisons-nons ; ce n'est pas des larmes que je veux tirer de vos yeux . Je pose les fondements des Instructions que je veux graver dans vos cœurs : aussi bien la vanité des choses humaines , tant de fois étalée dans cette chaire , ne se montre que trop d’elle-mêmc
1 A Domino proprie uxor pmdens. ( Prov. cap. xix , 14. )
* Le7novembre Iftôo. apres vingt-quatre conférences tenues par le cardinal Ma/arin et don Louis de Haro , dans I’IIp des Faisans, sur la Bldassoa. un frtilé de paix fui conclu entre la France rt l'Espagne. 1-t principale clause de rc traité «'-tait le mariage de Marie - Thérèse d' Autriche avec Louis XIV, mariage qui se lit l'année suivante.
sans le secours de ma. voix , dans cc sceptre si tôt tombé d’une si royale main , et dans une si haute majesté si promptement dissipée.
Mais cc qui en faisait le plus grand éclat n’a pas encore paru. Une reine si grande par tant de titres, le devenait tous les jours par les grandes actions du roi , et par le continuel accroissement de sa gloire. Sous lui, la France a appris à se connaître. Elle se trouve des forces que les siècles précédents ne savaient pas. L’ordre etla discipline militaire s'augmentent avec les armées. St les Français peuvent tout , c’est que leur roi est partout leur capitaine ; et après qu'il a choisi l'endroit principal qu'il doit animer par sa valeur, il agit de tous côtés par l'impression de sa vertu.
Jamais on n’a fait la guerre avec une force plus inévitable, puisqu'en méprisant les saisons, il a ôté jusqu’à la défense à ses ennemis. Les sordats , ménages et exposés quand il faut , marchent avec confiance sous ses étendards : nul fleuve ne les arrête , nulle forteresse ne les effraie. On sait que Louis foudroie les villes plutôt qu'il ne les assiège , et tout est ouvert àsa puissance '.
Les politiques ne se mêlent plus de deviner ses desseins. Quand il marche, tout sccroit également menacé : un voyage tranquille devient tout à coup une expédition redoutable à ses ennemis. Gand tombe avant qu'on pense à le munir : Louis y vient par de longs détours; et la reine, qui l’accompagne au cœur de l'hiver, joint au plaisir de le suivre celui de servir secrètement ’ à scs desseins.
Par les soins d'un si grand roi , la France entière n'est pins, pour ainsi parler, qu’une seule forteresse qui montre de tous côtés un front redoutable. Couverte de toutes parts, elle est capable de tenir In paix avec sûreté dans son sein ; mais aussi de porter la guerre partout où il faut , et de frapper de près et de loin avec une égale force. Nos çnnemis le savent bien dire ; et nos alliés ont ressenti , daûs le plus grand éloignement , combien la main de Louis était secourablc.
Avant lui , la France, presque sans vaisseaux , tenait en vain aux deux mers : maintenant on les voitcouvertcs, depuis le levant jusqu'au couchant, de nos flottes victorieuses ; et la hardiesse française porte partout la terreur, avec le nom de
1 Un pareil éloge, quelque extraordinaire qu'il paraîtra, n'avait rien d’exagéré : la France, lieurruse mmjs la main puissante de son roi, était alors au romlile de la gloire. Cependant In mort dp la reine , et celle de Colbert qui la suivit de pria au tombeau, semblaient annoucer au monarque le terme de ses prospérités.
* I,* roi , pour donner le change aux ennemis , s'était transporté en Lorraine, au mois de frArier |07«, avec la reine et toute sa mur, et avait fait investir Charlemont, ISamtir et Luxembourg, lorsque tout .*i coup, passant des bords dç la Moselle à ceux de l'Fscaut, 11 commanda au maréchal d'Humières d'investir la ville de Gand, qui fut prise le 9 mars de la même année, après quatre jours de siège seulement. ( Le prisaient Hinnatt. )
ORAISON FUNÈBRE
Louis. Tu céderas , ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger, richo des dépouilles de la chrétienté. Tu disais en ton cœur avare : Je tiens la mer sous mes lois , et les nations sont ma proie, l a légèreté de tes vaisseaux te donnait de la confiance : mais tu te verras attaqué dans tes murailles , comme un oiseau ravissant qu'on irait chercher parmi ses rochers et dans son nid , ou il partage son butin à scs petits. Tu rends déjà tes esclaves. Louis a brisé les fers dont tu accablais ses sujets , qui sont nés pour êtres libres sous son glorieux empire. Tes maisons ne sont plus qu'un amas de pierres. Dans ta brutale fureur tu te tournes contre tol-raéme, et tu ne sais comment assouvir ta rage impuissante. Mais nous verrons ia fin de tes brigandages. Les pilotes étonnés s'écrient par avance : « Qui est semblable à Tyr? et toutefois • elle s'est tue dans le milieu de la mer 1 Il ; • et la navigation va être assurée par les armesde Louis’.
L'éloquence s’est épuisée à louer la sagesse de | ses lois et l’ordre de ses finances. Que n'a-t-on pas dit de sa fermeté , à laquelle nous voyons ceder jusqu'à la fureur des duels î La sévère justice de Louis, joiute à ses inclinations bienfaisantes, fait aimer à la France l'autorité sous laquelle, heureusement réunie , elle est tranquille et victorieuse. Qui veut entendre combien la raison préside dans les conseils de ce prince , n’a qu’à prêter l'oreillequand il lui plaît d'en expliquer les motifs. Je pourrais ici prendre à témoin les sages ministres des cours étrangères , qui le trouvent aussi convaincant dans scs discours que redoutable par ses armes. La noblesse de ses expressions vient de celle de ses sentiments , et ses paroles précises sont l'Image de la justesse qui règne dans ses pensées. Pendant qu'il parle avec tant de force , une douceur surprenante lui ouvre les eceurs , et donne, Je ne sais comment , un nouvel éclat à la majesté qu'elle tempère.
N’oublions pas ce qui faisait la joie de la reine. Louis est le rempart de la religion : c'est à la religion qu’il fait servir scs armes redoutées par mer et par terre. Mais songeons qu'il ne l’établit partout au dehors , que parce qu’il la fait régner au dedans et au milieu de son coeur. C'est là qu’il abat des ennemis plus terribles que ceux que tant de puissances , jalouses de sa grandeur, et l’Europe entière , pourraient armer contre lui. Nos vrais ennemis sont en nous-mêmes , et Louis corn-
1 Quac fit ul Tyrus, qui obmutuil io roedio inari»?( Ezcch. cap. Wl. 32. )
* En 1664 , le duc de Beau fort battit les corsaires d’Afrique , et t’empara même de Gigeri dan» le royaume d’Àlgrr. En 1683, du Queute eut la mission glorieuse de détruire les obstacle* que ce* barbare* mettaient ou commerce français.
Il s’en acquitta avec gloire : Algrr bombardée deux fois , fut forcé* de rendre les prisonniers chrétiens ru’ulle retenait esclave».
bat ceux-là plus que tous les autres. Vous voyez tomber de toutes parts les temples de l'hérésie 1 : ce qu’il renverse au dedans est un sacrifice bien plus agréable ; et l’ouvrage du chrétien , c’est de détruire les passions qni feraient de nos cœurs un temple d'idoles. Que servirait A Louis d'avoir étendu sa gloire partout où s'étend le genre humain? Ce ne lui est rien d’être l'homme que les autres hommes admirent : il veut être , avec David , • l’homme selon le cœur de Dieu ■ C'est pourquoi Dieu le bénit. Tout le genre humain demeure d’accord qu'il n'y a rien de plus grand que ce qu'il fait ; si ce u’est qu'on veuille compter pour plus grand encore tout ce qu'il n'a pas voulu faire , et les bornes qu'il a données a sa puissance. Adores donc , ù grand roi ! celui qui vous fait régner, qui vous fait vaincre, et qui vous donne dans la victoire , malgré la fierté qu'elle inspire , des sentiments si modères. Puisse la chrétienté ouvrir les yeux et reconnaître le vengeur que Dieu lui envoie ! Pendant, fl malheur ! fl honte ! Ajuste punition de nos péchés I pendant , dis-je , quelle est ravagée par les infidèles qui pénètrent jusqu'à scs entrailles, que tarde-t-elle à se souvenir et des secours de Candie * , et de la fameuse journéo du Raab4, ou Louis renouvela dans le cœur des infidèles l'ancienne opinion qu’ils ont des armes françaises , fatales a leur tyrannie ; et par des exploits ioouïs, devint le rempart de l’Autriche, dont il avait été ia terreur?
Ouvrez donc les yeux , chrétiens , et regardez ce héros, dont nous pouvons dire, comme saint Paulin disait du grand Théodose, que nous voyons en Louis , « non un roi , mais un serviteur « de Jésus-Christ, et un prince qui s’élève au- • dessus des hommes , plus cucorc par sa fol que « par sa couronne5. »
C’était , messieurs , d'un tel héros que Mari e- Tiierese devait partager la gloire d’une façon particulière , puisque, non contente d'y avoir part comme compagne de son trflne , elle ne cessait
1 Pré* de sept cent* temple» appartenants aux réformé* avalent été détruit* avant la révocation de l'édit de .Nantes- Celte révocation n’eut lieu que le 22 octobre I6H5, c’est -a dire plu* de deux ans après la mort de Marie-Thérèse d’Autriche.
1 I. Reg. cap. xiii, II.
3 La ville de Candie tomba au pouvoir des Turcs le 16 septembre 1660. Les secours que les ducs de Beaufort et de Navailles avaient introduits dons cette place en retardéreut la prise plu* de trois mois.
♦ Le I* août Iflot , h la Journée de Salnt-Gothard , prés du Raab , les Turcs furent défaits par le* Allemands que commandait Montrruculti, secondé par Colignl et la Feuillade, à la télr de six mille Français, et par le prince Charles Léopold, neveu du duc. de Lorraine. (Ix président Hinault.)
* In Theodosk» non Imperalorem, sed Christ! srrvum; ni« regno, sed fide, principon prirdicamus *.
• U texte ports : « ln Thcododo non tam Imperatorrm . «pu*
Chrtstl acrvmn : ncc regoo , sed flde , principes prcrdiraKiu. *
(Paulin, rp. tx. ad Sev. oov. cdit. itvm, a' s.)
oogle
SI