DE MARIE-THERESE D’AUTRICHE
Immortel d'une vie toujours si réglée et toujours si irréprochable , vous devra en faire passer toute lajbeauté dans la vôtre.
Qu’il est rare , chrétiens , qu'il est rare encore une fois , de trouver cette pureté parmi les hommes! mais surtout, qu’il est rare de la trouver parmi les grands ! • Ceux que vous voyez rêvé- - tus d’une robe blanche, ceux-là , dit saint Jean, * viennent d'une grande affliction', de tribu/atione magna ; afin que nous entendions que cette divine blancheur se forme ordinairement sous la croix , et rarement dans l’éclat , trop plein de tentation, des grandeurs humaines.
Et toutefois il est vrai, messieurs, que Dieu , par un miracle de sa grficc, se plaît A choisir , parmi les rois, deces Ames pures. Tel a été saint Louis toujours pur et toujours saint dés son enfance ; et Mabie-Théhése sa tille a eu de lui ce bel héritage.
Entrons, messieurs, dans les desseins de In Providence , et admirons les bontés de Dieu , qui se répandent sur nous et sur tous les peuples, dans la prédestination de cette princesse. Dieu l'a élevée au faite des grandeurs humaines, afin de rendre la pureté et la perpétuelle régularité de sa vie plus éclatante et plus exemplaire. Ainsi sa vie et sa mort, également pleines de sainteté et degrâce, deviennent l’instructioD du genre humain. Notre siècle n’en pouvait recevoir de plus parfaite, parce qu'il ne voyait nulle part dans une si haute élévation une pareille pureté. C'est ce rare et merveilleux assemblage que nous aurons A considérer dans les deux parties de ce discours. Voici en peu de mots ce que j'ai A dire de lu plus pieuse des reines, et tel est le digne abrégé de son éloge : Il n’y a rien que d'auguste dans sa personne , il n’y a rien que de pur dans sa vie. Accourez , peuples : venez contempler dans la première place du monde la rare et majestueuse beauté d’une vertu toujours constante. Dans une vie si égale , Il n’importe pas A cette princesse où la mort frappe ; on n’y voit point d’endroit faible par où elle pût craindre d'étre surprise : toujours vigilante, toujours attentive A Dieu et A son salut , sa mort si précipitée, et si effroyable pour nous, n’avait rien de dangereux pour elle . Ainsi son élévation ne servira qu'A faire voir à tout l’univers, comme du lieu le plus éminent qu’on découvre dans son enceinte, cette importante vérité, qu'il n’y a rien de solide ni de vraiment grand parmi les hommes, que d’éviter le péché ; et que la seule précaution contre les attaques de la mort, c'est l'innocence de la vie. C'est, messieurs, l'instruction que nous donne dans ce tombeau, ou plutôt du plus haut
1 Hi qui amirti suit! aïolis albis.... hi sunt qui venenmt in tribulatloue magna. • A^oc. cap >n, o, n, )
des cieux , très-haute , très-excellente , très-puissante et très-chrétienne princesse Mabie-Tuêhèse d’Autbiche, iarx.vTK d’Espagxe , nuisis
DE FRANCE ET DR NaVABBE.
Je n'ai pas besoin de vous dire que c'est Dieu qui donne les grandes naissances, les grands mariages , les enfants , la postérité. C’est lui qui dit A Abraham : « Les rois sortiront de vous ■ , . et qui fait dire par son prophète A David : . Le Sei- « gneur vous fera une maison ’. .. Dieu, qui d'un
- seul homme a voulu former tout le genre hu-
■ main, comme dit saint Paul, et de cette source ’ commune le répandre sur toute la face de la
- terre , • en a vu et prédestiné dès l’éternité les alliances et les divisions, « marquant les temps
■ poursuit-il , et donnant des bornes A la demeure « des peuples * ; * et enfin un cours réglé A toutes ces choses. C’est donc Dieu qui a voulu élever la reine , par une auguste naissance , A un auguste mariage, afin que nous la vissions honorée au-dessus de toutes les femmes de son siècle, pour avoir été chérie , estimée, et trop tôt , hélas ! regrettée par le plus grand de tous les hommes.
Que je méprise ces philosophes, qui, mesurant les conseils de Dieu A leurs pensées , ne le font auteur que d'un certain ordre général d’où le reste se développe comme il peut ! Comme s'il avait à notre manière des vues générales et confuses, et comme si la souveraine Intelligence pouvait ne pas comprendre dans ses desseins les choses particulières, qui seules sulisistcnt véritablement t.N’cn doutons pas, chrétiens, Dieu a préparé dans son conseil éternel les premières familles qui sont la source des nations, et dans toutes les nations les qualités dominantes qui devaient en faire la fortune. Il a aussi ordonné dans les nations les familles particulières dont elles sont composées , mais principalement celles qui devaient gouverner ces nations, et en particulier, dans ces familles , tous les hommes par lesquels elles devaient ou s’élever, ou se soutenir , ou s'abattre.
1 Reges ex le egmlirnlur. ( Cm. cap. xvii , «. .
* Prædicit Uhl Dominos , quod domum facial libi Dominus. (II. Reg. cap. ru, il.)
* Deus qui feci* ex uito omne genus hominum inhabi-
tarc super universam fiicJcm terne , deliniens slalula letnpora, et Icruiluos habitationls eorum. (.- ici . cap. xvn, 34, 2«.)
4 Toujours Bossuet rend compte de tout par les décrets dit la P rot idencc , et méprise les philosophes qui veulent s’en passer. Dieu , dans son conseil éicmel, a préparé Marie Thérèse pour épouse au plus grand des hommes; et cet homino sera louis. On a beau se recrier, le soupçonner de flatterie, l’accuser d’appeler Dteu cet arrangement politique de deux cours pour le mariage d’une Infante, Il ne s’inquiète pas de cela, sûr que, quand il recourt à la Providence, Il remonta à la vraie source des événements et A celle de* plus beaux mouvements oratoires. ( L'abbé de faux ce U es. ) Voilà la philosophie de la religion , e| Bossuet y rattache tout du suite la philosophie de la politique. ( Le caixtinal de Hausse! >
ORAISON FUNÈBRE
Ccst par la suite de ces conseils que I)icu a fait naitre les deux puissantes maisons d’où la Reine devait sortir ; celle de France et celle d’Autriche , dont il se sert pour balancer les choses humaines : jusqu’à quel degré et jusqu’à quel temps? il le sait , et nous l’ignorons.
On remarque, dans l'Écriture, que Dieu donne aux maisons royales certains caractères propres ; comme celui que les Syriens, quoique ennemis des rois d’Israël , leur attribuaient par ces paroles : * Nous avons appris que les rois de la mai- « son d’Israël sont éléments »
Je n’examinerai pas les caractères particuliers qu’on a donnés aux maisons de France et d’Autriche ; et sans dire que l'on redoutait davantage les conseils de celle d’Autriche, ni qu’on trouvait quelque chose de plus vigoureux dans les armes et dans le courage de celle de France; maintenant que par une grâce particulière ces deux caractères se réunissent visiblement en notre faveur, je remarquerai seulement ce qui faisait la joie de la reine : c’est que Dieu avait donné à ees deux maisons, d’où elle est sortie, la piété en partage ; de sorte que sanctifiée * , qu'ou m’entende bien, c’est-à-dire, consacrée à la sainteté par sa naissance, selon la doctrine de saint Paul, elle disait avec cet apôtre : « Dieu, que ma fa- « mille a toujours servi , et à qui je suis dédiée « par mes ancêtres3 : » De us oui servio àprogenitoribus.
Que s’il faut venir au particulier de l’auguste maison d’Autriche, que peut-on voir de plus illustre que sa descendance immédiate , où , durant l’espace de quatre cents ans , on ne trouve que des rois et des empereurs, et une si grande affluence j de maisons royales, avec tant d’États et tant de royaumes, qu’on a prévu, il y a longtemps, qu’elle en serait surchargée?
Qu’est-il besoin de parler de la très-chrétienne maison de France, qui, par sa noble constitution , est incapable d’étre assujettie à une famille étrangère ; qui est toujours dominante dans son chef ; qui , seule dans tout l’univers et dans tous les siècles, se voit, après sept cents ans d’une royauté établie (sans compter ce que la grandeur d’une si haute origine fait trouver ou imaginer aux curieux observateurs des antiquités) ; seule , dis-je, se voit après tant de siècles encore dans sa force et dans sa fleur, et toujours en possession du royaume le plus illustre qui fut jamais sous le soleil , et devant Dieu, et devant les hommes : devant Dieu , d’une pureté inaltérable dons
• Frcr audit imtis quod regw domus Israël drincnte* *unt.
I III Reg. cap. x\ , 31. )
’ Filii votrf... vwrli mju(. ( I. Cor. MC. Vfl, 11.)
* 11. Tint. cap. I, 3.
la fol; et devant les hommes, d'une si grande dignité , qu'il a pu perdre l’empire sans perdre sa gloire ni son rang?
La Heine a en part A cette grandeur, non-seulement par la riche et (1ère maison de Bourgogne , mais encore par Isabelle de France1, sa mère, digne tille de Henri le Grand , et, de l'aveu de l'Espagne, la meilleure reine, comme la plus regrettée, qu’elle eut jamais vue sur le trône : triste rapport de celle princesse avec la reine sa lillc : elle avait à peine quarante-deux ans quand l’F.spagne la pleura ; et , pour noire malheur, la vie de Mabik-Thébèsk n'a guère eu un plus long cours. Mais la sage , la courageuse et la pieuse Isabelle devait une partie de sa gloire aux malheurs de l'Espagne , dont on sait qu’elle trouva le remède par un «île et par des conseils qui ranimèrent les grands et les peuples, et, si on le peut dire, le roi même. Ne nous plaignons pas, chrétiens, de ce que la reine sa fille, dans un État plus tranquille, donne aussi un sujet moins vif à nos discours, et contentons-nous de penser que, dans des occasions aussi malheureuses , dont Dieu nous a préservés, nous y eussions pu trouver les mêmes ressources.
Avec quelle application et quelle tendresse Philippe IV son père ne l'avait-il pas élevée? Ou la regardait en Espagne non pas comme une infante , mais comme un infant ; car c'est ainsi qu'on y appelle la princesse qu’on reconnaît comme héritière de tant de royaumes. Dans cette vue , on approcha d'eile tout ce que l'Espagne avait de plus vertueux et de plus habile. Elle se vit, pour ainsi parler, dès sou enfance , tout environnée de vertus; et on voyait paraître en cette Jeune princesse plus de belles qualités quelle n’attendait de couronnes. Philippe l'élève ainsi pour ses États; Dieu , qui nous aime, la destine à Louis.
Cessez, princes et potentats, de troubler par vos prétentions ’ le projet de ce mariage. Que l’amour, qui semble aussi le vouloir troubler, cède lui-même J. L'amour peut bien remuer le cœur des héros du monde; il peut bien y soulever des tempêtes , et y exciter des mouvements qui fassent trembler les politiques , et qui donnent des espérances aux insensés : mais il y a des âmes d'un ordre supérieur â ses lois, à qui il ne peut inspirer des sentiments indignes de leur rang. Il y a des mesures prises dans le ciel qu'il ne peut rompre ; et l’Infante , non-seulement par son auguste nais-
' Plus rommrsoaslr nom (lTliMls-lli, morte rn lai. Elle S'ait épousé le roi d'Espagne, Philippe IV.
1 Toutes les maisons souveraines «le l'Europe nvhrrehalenl l'alliance d'une princesse t|ul, selon les apparences, «lésait un jour possédtr tant d’Ftals.
5 l/»uis XI V f.iKiit alors uuc cour assidue « Marie Munrinl , nièce du cardinal Maurlii.