‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 108 sur 282 · SUR L’UTILITE DES SOUFFRANCES · texte numérisé non relu

SUR L’UTILITE DES SOUFFRANCES

• coupables en même temps remis en honneur :

• l'innocent subit ce qu'il ne doit pas , et il acquitte

• tous les pécheurs de ce qu’ils doivent. Car qu'est- « ce qui pouvait couvrir nos péchés , si ce n'était « sa justice? comment peut être mieux expiée la

• rébellion des serviteurs que par l'obéissance « du Fils? L'iniquité de plusieurs est cachée « dans un seul juste, et la justice d'un seul Fait

• que plusieurs sont justifiés. « C'est ce que dit saint Justin, c'est ce qu’il a appris de l'apfitre. Voilà , mes frères , ce grand conseil de la sagesse de Dieu ; conseil profond , conseil inconnu aux plus hautes puissances du ciel, que le Père, dit saint Justin , n’avait communiqué qu'à son Fils, et à l'Esprit éternel qui procède de l'un et de l'autre : conseil qui s'est découvert dans les derniers temps , et qui a fait , dit l'Apôtre ' , que

• la sagesse de Dieu a été manifestée par l'Église

• aux célestes intelligences : » conseil dont la raison ne se doutait pas , et qui ne pouvait monter dans le cœur de l’homme; mais que ceuxlà ont appris qui savent renoncer à leur propre sens.

Apportons à Dieu un esprit dompté ; abaissons nos entendements ; portons avec joie le joug de la foi , aimons ses saintes ténèbres , adorons Dieu humblement dans cette vénérable obscurité; ne recherchons pas curieusement, mais adorons avec respect les choses divines. « Celui-là est savant , < qui ne sait pas seulement où il faut s’avancer,

• mais où il faut s'arrêter ’ : » comme , dans un fleuve , celui-là le connaît qui sait où est le gué , et où les abîmes sont impénétrables. • La fol est

• le chemin à l'intelligence : • Si non intellexisti, crede; inteUectus enim mettes est Jidei Quel sacrifice d'arrêter son esprit I Si nous présentons à Dieu un esprit vide de scs pensées propres , Dieu le remplira de ses lumières. • C'est une grande

• science de S'Unir à celui qui sait tout : » Magna scientia est scienti conjungi *. Ne permettons pas à nos sens de mêler ici leurs images , ni à notre esprit ses vues , ni à notre jugement ses décisions. « Que la foi seule décide toutes les ques-

• tlons : » Quastiones omîtes t ma fides solvat. S’il s’élève des doutes , écoutons les paroles de Jésus-Christ : car, comme dit le saint martyr que je vous ai déjà tant cité 4 , « Dieu a répandu « dans les paroles de son Fils je ne sais quoi de « terrible et de vénérable , qui a la force d'abais- « scr les esprits et de captiver les entendemeuts. • Ne combattez pas les doutes par des raisons, ni

* Ephet. m, », la.

* S. CKrytot. Homil. vin, in Epùt. n ad Tim . L XI, p. 711.

* 3. Auç. tract. Isa in Joan. n* s, t. lu, part, n , ciol. sis.

* S. Àup. in Pt. xxxvi. Scrm. Il , □* s, t iv, roi. we.

S Expetit, net. Conjtu, mt. Oprr. S. Jnst. p. SJS.

par des'disputes : combattez-lcs, mais par dee œuvres ; modérez vos passions ; fuyez vos plaisirs corrompus; réprimez vos emportements. Que prétend le malin , quand il jette dans vos esprits des doutes subtils? Arrêter le progrès de vos bonnes œuvres, vous faire marcher incertains entre Jésus-Christ et le monde. Quand , dans un cœur défaillant , vous avez peine à espérer l'immortalité , vous ne savez [ce que c’est que] la vie future; vous flottez Incertains entre les sens. Prenez une voie contraire pour réfuter tous les doutes et toutes les tentations qui combattent en vous l'Évangile ; la pratique de l’Évangile : [ mettez] la foi à couvert par les œuvres : votre esprit refuse de franchir ce pas , semblable à un cheval indompté ; poussez-le avec plus de force ; ne lui permettez pas de se relâcher. L’ennemi affaiblitla créance , pour que la volonté se ralentisse : engagez si fortement la volonté , qu’elle fortifie la créance. Mais vous entendrez mieux cette vérité dans ma seconde partie.

SECOND POINT

C'était la coutume des apôtres, après que le Fils de Dieu avait enseigné quelque grand mystère , ou proposé au peuple quelque parabole, de l'interroger en particulier sur les choses qu’ils n'avaient pas entendues; et ils lui disaient ordinairement : Maître, expliquez-nous ce discours. Ce n’est donc pas sans mystère que saint Luc a remarqué si expressément que Jésus leur ayant parlé de sa passion , non-seulement ils ne comprirent pas ses paroles , mais encore • ils appré- « hendaient de l'interroger, et de lui en deman- ■ derl’iDtelHgence:-£ttimeianteumintermgara de verto hoc '. Par où vous voyez manifestement qu’une des causes de leur ignorance , c'est qu'ils fuyaient la lumière , et ne voulaient entendre en aucune sorte ce que Jésus leur disait de ses humiliations. D'où leur vient ce sentiment inusité , et pourquoi est-ce que leur curiosité languit en ce point? Les interprètes remarquent que l'amour tendre et sensible qu'ils avalent pour te Fils de Dieu faisait qp'entendant parler de sa croix et de ses souffrances , ils détournaient les oreilles, et ne pouvaient consentir à de telles indignités. J’accorde cette vérité; mais j’ai appris des saints Pères et des Écritures divines quelque chose de plus profond.

Je dis donc qu'ils comprenaient qu'ils auraiebt leur part aux travaux et à l'ignominie de leur Maître; si bien que, lorsqu'il parlait de sa passion et de sa mort, ils voyaient assez clairement à quoi il les engageait II les avait appelés pour le suivre et l’accompagner ; et lis ne doutaient

' Luc. a, «s.

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