‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 123 sur 282 · POUR LE SAMEDI APRÈS LES CENDRES · texte numérisé non relu

POUR LE SAMEDI APRÈS LES CENDRES

SUR L’ÉGLISE

Fermeté immobile de rEglUe «a milieu des furieuses tempêtes qui l'ont agilée. Principe d’opposition aux vérités divine* que rbotnme porte dans son eorur. Aveuglement et présomption , deux causes de celte répugnance. Combien , avec de pareilles dispositions dans le» hommes, il esi pm étonnant que l'Eglise ait eu à éprouver des! terribles contradictions. Sa victoire sur les hérésies : comment la curiosité les a-t-elle enfantées Etonnante dépravation des mœurs dans l’Eglise même : le triomphe de sa charité au milieu de tant de désordres.

Erat oatris in roedio mari.

U navire était au milieu de la mer. Marc, n, 47.

Le mystère de l’Évangile , c’est l’infirmité et la force unies, la grandeur et la bassesse assemblées. Ce grand mystère , messieurs , a paru premièrement en notre Sauveur, où la puissance diviDe et la faiblesse humaine s’étant alliées, composent ensemble ce tout admirable que nous appelons Jésus-Christ : mais ce qui parait en sa personne, Il a voulu aussi le faire éclater dans l’Église , qui est son corps , • ou une partie triom-

• phe par les miracles, l’autre succombe sous les-

• outrages qu’elle reçoit : • Vnum horum coruscat miraculis , aliud suc ru rn bit injuriis '.

Cest pourquoi nous voyons, dans son Écriture’, que tantôt cette Église est représentée comme une maison bâtie sur une pierre immobile, et tantôt comme un navire qui flotte au milieu des ondes au gré des vents et des tempêtes : si bien qu’il parait , chrétiens , qu'il n'est rien de plus faible que cette Église, puisqu'elle est ainsi agitée ; et qu’il n’est rien aussi de plus fort , puisqu’on ne la peut jamais renverser, et quelle demeure toujours immuable , malgré les efforts de l’enfer. L'évangile de cette journée nous la représente - parmi les flots : • Erat navis in medio mari ; - portée deçà et delà par un vent contraire : > Erat enim ventus contrarias J. Et ce qui est de

■ 5. Léo. dé patnon. Dom. Scrm. in, cap. il.

■ Luc. Tl, 4S.

’ Marc. VI . «8.

plus surprenant , e est que Jésus , qui est son ap- ! pui , semble l'abandonner a la tempête ; il s’approche , « et il veut passer, • comme si son péril ne le touchait pas : Et volebatprceterirc eos' . Toutefois ne croyez pas qu’il l'oublie : il permettra bien que les flots l’agitent ; mais non pas qu’ils la submergent ni qu’ils l'engloutissent. Il commande aux vents, et « ils s'apaisent ; il entre • dans le navire , et il arrive sûrement an port : - Ascendit in navim, et cessavit ventus, et appti cuerunt 1 ; afin messieurs , que nous entendions qu’il n'y a rien à craindre pour l’Église, parce que le Fils de Dieu la protège. J’entreprends aujourd’hui de vous faire voir cette vérité importante ; et afin que vous en soyez convaincus plus facilement, je laisse les raisonnements recherchés, pour l’établir solidement par expérience. Considérez en effet, messieurs, les trois furieuses tempêtes qui ont troublé l’état de l'Église. Aussitôt qu'elle a paru sur la terre, l’infidélité s'est élevée, et elle a excité les persécutions : après , la curiosité s'est émue , et elle a fàit naître les hérésies : enfin la corruption des mœurs a suivi, qui a si étrangement soulevé les flots, « que la nacelle y a paru presque enveloppée : ■ /ta ut navicula openreturfluctibus *. Voilà, mes frères , les trois tempêtes qui ont successivement tourmenté l’Église. Les Infidèles se sont assemblés pour la détruire par les fondements : les hérétiques en sont sortis pour lui arracher ses enfants, et lui déchirer les entrailles : et si enfin les mauvais chrétiens sont demeurés dans son sein , ce n’est que pour lui porter le venin jusque daus le cœur. Il faut donc, mes frères , que cette Église soit bien appuyée et bien fortement établie, puisqu’au milieu de tant de traverses, malgré l'effort des persécutions , elle s'est soutenue par sa fermeté ; malgré les attaques de l'hérésie, elle a été la colonne de la vérité ; malgré la licence des mœurs dépravées, eile demeure le centre de la charité. Voilà le sujet de cet entretien, et les trois points de cette méditaticn.

PBEMIEP POIST.

Comme l'Église n’a plus à souffrir la tempête des persécutions, je passerai légèrement sui cette matière ; et néanmoins je ne laisserai pas , si Dieu le permet, de toucher des vérités assez importantes. La première sera , chrétiens qu’il ne faut pas s’étonner si l'Église a eu à souffrir, quand elle a paru sur la terre, ni si le monde l’a combattue de toute sa force : il était impossible qu'il ne fût ainsi ; et vous en serez convaincus , si vous

1 Marc. TT, «S.

’ Ibid. Si , W.

* I/altk. vio, U.

SUR L'ÉGLISE

savez connaître ce que c'esl que l'homme. Je dis donc que noos avons tous dans le fond du cœur un principe d'opposition et de répugnance à toutes les vérités divines; en telle sorte que l'homme laissé à lui- même, non-seulement ne peut les entendre, mais qu’ensuite il ne les peut souffrir; et qu'en étant choqué au dernier point , il est comme forcé de les combattre. Ce principe de répugnance s'appelle dans l'Écriture, * infidélité ■ ; • ailleurs, ■ esprit de défiance*; » ailleurs, «esprit

• d'incrédulité3 : • il est dans tous les hommes; et s'il ne produit pas en nous tous ses effets, c'est la grâce de Dieu qui l'empéche.

Si vous remontes jusqu'à l’origine, vous trouverez , messieurs , que deux choses produisent en nous cette répugnance : la première, c'est l’aveuglement; la seconde, la présomption. L'aveuglement, messieurs, nous est représenté dans les Écritures par une façon de parier admirable : elles disent que • les pécheurs ont oublié Dieu : » Omîtes genles qua obliviscuntur Deum : Obliti sunt verba tua inimici met : Intelligite hœc, qui obliviscimini Deum *. Que veut dire cet oubli, mes frères? Ilestbienaisédelecomprendre : c’est que Dieu , à la vérité, avait éclairé l'homme de sa connaissance ; mais l'homme a fermé les yeux à cette lumière : il s'est laissé mener par ses sens; peu à peu il n’a plus pensé à ce qu'il ne voyait pas; il a oublié aisément ce à quoi il ne pensait pas. Voilà Dieu dans l'oubli, voilà ses vérités effacées : ne lui en parlez pas , c'est un langage qu’il ne connaît plus : Obliti sunt verba tua inimici mei : - Mes ennemis ont oublié vos paro- « les. > C’est pourquoi la même Écriture , voulant aussi nous représenter de quelle sorte ieà hommes retournent à Dieu, nous dit ■ qu’ils se sou- - viendront; ■ reminiscentur : et ensuite qu'arrivera-t-il? El converteutur ad Dominum i : * ah I

• ils se convertiront au Seigneur. « Quoi! ils l’avaient donc oublié, leur Dieu, leur Créateur, leur Époux, leur Père! Oui, mes frères, 11 est ainsi; ils en ont perdu le souvenir. Cela va bien loin , si vous l'entcudez : toute la connaissance de Dieu, toutes les idées de ses vérités; l'oubli, comme une époDge, a passé dessus, et les a entièrement effacées ; ou , s'il en reste encore quelques traces, elles sont si obscures, qu'on n’y connaît rien : voyez durant le règne de l'idolâtrie, durant qu’elle régnait sur toute la terre.

Ce serait peu que ce long oubli pour nous exciter à la résistance , si l’orgueil ne s’y était joint : mais il est arrivé , pour notre malheur, que , quoi-

* Luc. ix, 41, de.

* Kphet h, a.

1 Cotou. ni , a.

* Pt. IX, 18; CXTUI, IM; XLIX , 55.

* Pt. XXI, 58.

que l’homme soit aveugle à l’extrémité, U est encore plus présomptueux. En quittant la sagesse de Dieu , U s’est fait une sagesse à sa mode : il ne sait rien , et croit tout entendre ; si bien que tout ce qu'on lui dit, qu'il ne conçoit pas, il le preud pour un reproche de son ignorance; il ne le peut souffrir, il s’irrite; si la raison lui manque, il emploie la force; il emprunte les armes de la fureur pour se maintenir en possession de sa profonde et superbe ignorance. Jugez où les vérités évangéliques, si hautes, si majestueuses, si impénétrables, si contraires au sens humain et à la raison préoccupée, ont dd pousser cet aveugle présomptueux , je veux dire l'homme; et quelle résistance il fallait attendre d’une indocilité si opiniâtre. Voyez-la par expérience en la personne de notre Sauveur. Qu’aviez-vous fait,

6 divin Jésus! pour exciter contre vous ce scandale horrible? pourquoi les peuples se troublent-1 ils'? pourquoi frémissent- ils contre vous avec une rage si désespérée? Chrétiens, voici le crime , du Sauveur Jésus. Il a enseigné les vérités de son Père * ; ce qu'il a vu dans le sein de Dieu , il est venu l’annoncer aux hommes 3 ; ces aveugles ne l'ont pas compris, et ils n'ont pas pu le comprendre : Animalishomo non potest inlelligere < :

* L'homme animal ne peut comprendre les choses

• qui sont de l'Esprit de Dieu. • Écoutez comme il leur reproche : « Pourquoi ne connaissez-vous « pas mon langage? parce que vous ne pouvez pas « prêter l'oreille à mon discours : ■ Quare loquetant mcam non cognoscilis ? quia non potestis uudirc sennonem ineum i.

Mais peut-être, ne l’entendant pas , ils se contenteront de le mépriser. Non , mes frères , ce sont des superbes : tout ce qu'ils n’entendent pas , ils le combattent ; « tout ce qu’ils ignorent ,

« ils le blasphèment6. > C’est pourquoi Jésus- Christ leur dit : ■ Vous me voulez tuer, méchants « que vous êtes, parce que mon discours ne prend « point en vous ; > Quarilis me interficere, quia senno meus non capit in vobis \ Quelle fureur, mes frères, d’entreprendre de tuer un homme, parce qu’on n'entend pas son discours ! Mais fl n’y a pas sujet de s'en étonner ; il parlait des vérités de son Père à des ignorants opiniâtres : comme ils n'entendaient pas ce divin langage, car il n’y a que les humbles qui l’entendent, ils ne pouvaient qu’être étourdis de la voix de Dieu, et c'est ce qui les excitait à la résistance : plus

' Pt. a, i.

1 Jonn. VUI, M.

> IHd. I, IB.

4 I. Cor. ||, 14.

* Joan. VUI, 48.

« Jud. 10.

1 Joan. VIII , *7

SUR L'EGI.ISK.

les vérités étaient hautes , et plus leur raison superbe était étourdie , et plus leur folle résistance était enflammée. Il ne faut donc pas trouver étranges! Jésus leur prêchant , comme il dit Iniméme, « ce qu'il avait appris au sein de son • Père * ils se portent à la dernière fureur, et se résolvent de le mettre à mort par un infâme supplice : Quia sermo meus non capil in vobis.

Après cela , pouvez-vous douter de ce principe d'opposition, qu’une Ignorancealtlèreet présomptueuse a gravé dons le cœur des hommes contre Dieu et ses vérités? Jésus-Christ l’a éprouvé le premier : son Église , paraissant au monde i»ur soutenir la même doctrine par laquelle ce divin Maître avait scandalisé les superbes, pouvait-elle manquer d'ennemis? Non, mes frères, il n est pas possible , puisque la foi qu elle professe v ient étonner le monde par sa nouveauté , troubler les esprits par sa hauteur, effrayer les sens par sa sévérité ; qu'elle se prépare à souffrir. Il faut qu’elle soit en haine à tout le monde ; et vous le savez, chrétiens, c’est une chose incompréhensible, ce qu’a souffert l’Église de Dieu , durant près de quatre cents ans , sous les empereurs infidèles. Il serait infini de le raconter : concevez seulement ceci , qu'elle était tellement chargée, et de la haine publique et des imprécations de toute la terre, qu'on l'accusait hautement de tous les désordres du monde. Si la pluie manquait aux biens de la terre , si les Bnrbnres faisaient quelques courses et ravageaient, si le Tibre se débordait , les chrétiens en étaient la cause ; et tout le monde disait qu'il n'y avait point de meilleure victime , pou r apaiser la colère des dieux , que de leur immoler les chrétiens > par tout ce que la • rage et le désespoir pouvaient inventer de plus . cruel : • Per alrociora ingénia peenarum'. Qu'aviez-vous fait, Église, pour être traitée de la sorte? J'en pourrais rapporter plusieurs causes ; mais celle-ci est la prinripale : elle faisait profession de la vérité, et delà veritédivine ; de là ceseris de la haine, de là ces injustes persécutions : si l’Église en a été agitée , elle n'en a pas été surprise ; elle sait bien connaître la main qui l'appuie et clic se sent à l'épreuve de toutes sortes d’attaques.

Et à ce propos , chrétiens , saint Augustin se représente que les fidèles, étonnés de voir durer si longtemps la persécution , s'adressent à l'Église leur mère et lui en demandent la cause. Il y a longtemps , 6 Église ! que l’on frappe sur vos pasteurs, et les troupeaux sont dispersés. Dieu vous a-t-il oubliée? Si ce n’eût été qu'en passant , [nous

' Jotin. tih . :t*

* Tert. de Heitir. earr. n* ft.

eussions pu penser que ce n't-la, .qu'une épreuve , mais après] tant de siècles [de persécution, les maux vont toujours croissant, et les scandales se multiplient]; les vents grondent, les flots se soulèvent; vous flottez deçà et delà battue des ondes et de la tempête, ne craignez- vous pas d’être abîmée? fa réponse de l’Église est dans le psaume cent vingt-huit. Mes enfants , je ne m'étonne pas de tant de traverses; J’y suis accoutumée dès mon enfance : Serpe expugnaverunl me a jurenlute mea ' : « Ces mêmes ennemis qui m'attaquent « m’ont déjà persécutée dès ma jeunesse. ■ l'Eglise a toujours été sur la terre ; dès sa plus tendre enfance elle était représentée en Abel, et il a été tué par Caïn son frère; elle a été représentée en Énoch , et il a fnllu le tirer du milieu des impies : Translatas est ab iniquis ■ , sans doute parce qu’ils ne pouvaient souffrir son innocence; la famille de Noé, il a fallu la délivrer du déluge; Abraham, que n'a-t-ll pas souffert des impies? son fils Isaac, d'Ismaêl? Jacob, d’ÉsaüY celui qui était selon la chair, n’a-t-il pas persécuté celui qui était selon l'esprit1? Moïse, Élle, les prophètes, Jésus-Christ et les npôtres, [combien n'ont-ils pas eu à souffrir?] Par conséquent, mon fils , dit l'Église , ne t'étonne pas de ees violences : Sœpe expugnaverunt me a juventute mea : numquid ideo non perveni ad senectulem 1 ? Regarde mon antiquité, considère mes cheveux gris ; ■ ces cruelles persécutions dont on « atourmenté mon enfance, m'ont-elles empêché * de parvenir à cette vénérable vieillesse? ■ SI c’était la première fois , j'en serais peut-être troublée ; maintenant la longue habitude fait que mon cœur ne s'en émeut pas. Je laisse faire aux pécheurs ; < ils ont travaillé sur mon dos : » Supra dorsum meum fabricaverunt peccalorcsi ; je ne tourne pas ma face contre eux , pour m'opposer à leur violence ; je ne fais que tendre le dos; ils frappent cruellement , et je souffre sans murmurer ; c'est pourquoi ils ne donnent point de bornes à leur furie : Prolongaverunt iniquitatem suam. Ma patience sert de jouet à leur injustice ; mais je ne me lasse point de souffrir, et je me souviens de celui « qui a abandonné ses joue» aux soufflets , « et n'a pas détourné su face des crachats : ■ Facicm meam non averti ab increpantibus et conspuentibus in me6. Quoique je semble toujours flottante, ne t’étonne pas ; la main toute-puissante qui me sert d’appui, saura bieu m'empêcher d'être I submergée. Que si Dieu la soutient avec tant de

• P», cxxvm, i.

• Ilebr. XI, &.

> Gai. IV, a».

• /»/>«. CXXÏ1U, O- 1, 3, t. !T, col U4S.

» Pt. CXXYIII ,

SUR L’ÈGLISK. 3,,

dans le ciel , ni rien de si caché dans les profon-

force contre la violence, pourrez- vous croire, messieurs, qn'il la laisse accabler par les hérésies? Non , messieurs , ne le croyez pas : c’est ma seconde partie.

second roiNT.

La seconde tempête de l'Église, c'est la curiosité qui l'excite : curiosité , chrétiens, qui est la peste des esprits , la ruiue de la piété et la mère des hérésies. Pour bien entendre cette vérité, il faut remarquer, avant toutes choses , que la sagesse divine a donné des bornes à nos connaissances; car comme cctlc Providence infinie, voyant que les eaux de la mer se répandraient par toute la terre et en couvriraient toute la surface, lui a prescrit un terme qu'il ue lui permet pas de passer ; ainsi , sachant que l’intempérance des esprits s’étendrait jusqu'à l'infini par une curiosité démesurée, il lui a marqué des limites auxquelles il lui ordonne d'arrêter son cours. « Tu iras , dit-il , jusque-là , et tu ne passeras pas

- plus outre : > Usque hue g radie ris, cl non proccrlesamplius;elhicconfringe*tumentesfluclui luos'. C'est pourquoi Tertullieu a dit sagement « que le chrétieo ne veut savoir que fort peu de

- choses, parce que, poursuit ce grand homme, ■ les choses certaines sont eu petit nombre : • Christian o paucis ad scitniiam veritatis opus est ; nam et cerla semper i» paucis ’. Il ne se veut pas égarer dans les questions infinies qui sont défendues par l’apûtre : Inflnitas quastiones devita J ; il se resserre humblement dans les points que Dieu a révélés à son Église, et ce qu'il n’a pas révélé, il trouve de la sûreté à ne le savoir pas; il déteste la vaine science que l'esprit humain usurpe, et il aime la docte ignorance que la loi divine prescrit : • C’est tout savoir, dit-il , que

- de n’en pas savoir davantage : » fiihil ultra sein omnia scirccst*.

Quiconque se tient dans ces bornes et sait régler sa foi par ce qu'il apprend de Dieu par l'Église, ne doit pas appréhender la tempête; mais in curiosité des esprits superbes ne peut souffrir cette modestie : ■ Ses Ilots s'élèvent, dit l'Écri- • turc ; ils montent jusqu'aux deux , ils descen- » dent jusqu’aux abîmes: « ExaJtati suntfluctus cjus ; ascendunt usque ad ctrlos , et descendant risque ad abtjssos \ Voila une agitation bien violente; c'est une vive image des esprits curieux : leurs pensées vagues etagltées se poussent, comme des Ilots , les unes les autres ; elles s'enflent , elles s’élèvent démesurément : il n'y a rien de si éleTc

* Joh. xxvhi,

* Oc huma , n* 2.

* TU. in , 9.

* T cri. de Prie ter. air. lucr. n* II.

* Pt nri, ‘16. 26. II.

(leurs de l’enfer, où ils ne s’imaginent de pouvoir atteindre : Ascendunt usque ad cœlos : et les conseils de sa Providence, et les causes de ses miracles, et la suite impénétrable de ses mystères, Ils veulent tout soumettre à leur jugement : Ascendunt. Malheureux qui, s’agitant de la sorte, ne voient pas qu’il leur arrive comme à ceux qui sont tourmentés par la tempête : Turbati sunt, et moti sunt sieut ebrius : « lis sont troublés «comme des ivrognes; » la tête leur tourne dans ce mouvement : Et amnis sapienlia conim devorata est' : « Là toute leur sagesse se dissipe ; • et ayant malheureusement perdu la route, ils se heurtent contre des écueils , ils se jettent dans des abîmes , Us s’égarent dans des hérésies. Arlus , Neslorlus, votre curiosité vous n perdus. Voilà la tempête élevée par la curiosité des hérétiques ; c’cst par là qu’ils séduisent les simples , parce que , dit saint Augustin ' , « toute àme ignorante « est curieuse : • Oinnis anima indocta curiosa est. Cela est nouveau , écoutons : la manière :tdont on propose cette doctrine nous plait]. Arius, Nestorius , etc., pourquoi cherchez-vous ce qui ne se peut pas trouver? « il n'est pas permis de

■ chercher au delà de ce qu’il nous est permis de

• trouver : • Amplius quwrerc non licet, quant quodinveniri licet1.

Pour empêcher les égarements de cette curiosité pernicieuse , le seul remède, mes frères , c'est d’écouter la voix de l’Église , et de soumettre son jugement à ses décisions infaillibles. Je parle à vous, enfants nouveau-nés que l'Église a engendrés ;c'est sur la fermeté de cette Église qu'il faut appuyer vos esprits, qui seraient flottants sans ce soutien. Êtes-vous curieux de la vérité? voulezvous voir? voulez-vous entendre? Voyez et écoutez dans l'Église : Sicut audits mus ,sicvidtmus : « Nous avons ouï , et nous avons vu , » dit David ; et où? incivitute Dotnini virtutum * : ■ en la cité « de notre Dieu ; c'est-à-dire, en sa sainte Église. « Celui qui est hors de l'Église , dit saint Augus-

■ tin , quelque curieux qu'il soit , de quelque

■ science qu'il se vante , il ne volt, ni u'eutend ;

• quiconque est dans l’Église, il n’est ni snurd, « ni aveugle : • Extra illam qui est nec audit, nec vidcl;in ilia qui est, nec surdus, neccœcus est1. Doncs'il estainsi, chrétiens, que notre curiosité n’aille pas plus loin. L’Église a parlé, c'est assez : cet homme est sorti de l’Église; il prêche, il dogmatise, il enseigne. Que dit-il? que prêche-t-il?

* Pi. cvi.57.

a Ü« Atjon. Chriti. n* », I. Vf, col. 2»i.

1 Tcrlull. de Anima , n* 2.

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