‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 130 sur 282 · ÉVANGÉLIQUE · texte numérisé non relu

ÉVANGÉLIQUE

malheureux : Lumen oculorum meorurn , et il faut : au contraire nous sommes bien aises de ipsum non est mecum '.Ce c'est pas une lumière les éloigner par une malice affectée : • Ils ont étrangère, c’est la lumière de mes yeux, de mes •'résolu, dit le saint prophète, de détourner propres yeux , cest celle-là même que je u’avais « leurs yeux sur la terre : - OaUos suos statueplus. Écoutez, homme savant, homme habile en runt declinare in terrain *. Remarquez : ils ont tout, qui n’avez pas besoin qu’on vous avertisse; résolu; c’est-à-dire, que lorsque les vérités du votre propre connaissance n’est pas avec vous, salut se présentent à nos yeux, pour nous les et vous n’avez pas de lumière. Peut-être que vous faire lever au ciel , c’est de propos délibéré , c’est avez la lumière de la science , mais vous n’avez par une volonté déterminée que nous les détonrpas la lumière de la réflexion, et sans la lumière nons sur la terre, que nous les arrêtons sur de la réflexion, la science n’éclaire pas, et ne d’autres objets : tellement qu’il est nécessaire chasse point les ténèbres. Ne me dites donc pas , que les prédicateurs de l’Évangile , par des averchrétiens , que vous avez de la connaissance , que tissements chrétiens , comme par une main invivous êtes fort bien instruitsdes vérités nécessaires: siblc » tirent de ces lieux profonds où nous les je neveux pas vous contredire dans cette pensée, avions reléguées, et les ramènent de loin à nos Eh bien ! vous avez des yeux, mais ils sont fermés : yeux qui les voulaient perdre, les vérités de Dieu sont dans votre esprit, comme Aidez-les vous-mêmes , messieurs, dans une de grands flambeaux , mais qui sont éteints. Ah ! œuvre si utile pour votre salut : pratiquez ce que souffrez qu’on vienne ouvrir ces yeux appesantis dit l’Ecclésiastique : Ycrbum sapiens quodeum par le sommeil , et qu’on les applique à ce qu’il que audierit scius , laudabit et ad se adjiciet \ faut voir. Souffrez que les prédicateurs de l’Évan- Voici un avis d’un habile homme : - Le sage qui gile vous parlent des vérités de votre salut; afin « entend, dit-il, quelque parole sensée, la loue que la rencontre bienheureuse de vos pensées et « et se l’applique à lui-même. *• On est bien aise des leurs excite en votre âme la réflexion , comme d’entendre parler contre les vices des hommes, une étincelle de lumière qui rallumera ces flam- et l’esprit se divertit à écouter reprendre les beaux éteints, et les mettra devant vos y eux pour mauvaises mœurs; mais l’on ne s’émeut non les éclairer : autrement, toutes vos lumières ne plus que si l’on n’avait aucune part à cette juste vous sont qu’inutiles. censure. [Mais le sage] rentre profondément dans

Et en effet , chrétiens , combien de fois nous sa conscience, et s’applique à lui-même tout ce sommes-nous plaints que les choses que nous qui se dit : ad se adjiciet. Il ne se contente pas savons ne nous viennent pas dans l’esprit; que de louer cette parole : il ne va pas regarder aul’oubli, ou ln surprise, ou la passion les rend tour de lui à qui elle est propre. Il ne s’amuse pas sans effet! Par conséquent apprenons que les à deviner la pensée de celui qui parle, ni à lui vérité* de pratique doivent être souvent re- faire dire des choses qu’il ne songe pas : il croit muées, souvent agitées par de continuels nver- que c’est à lui seul qu'on en veut. C’est là tout le tissements ; de peur que si on les laisse en repos , Prait des discours sacrés. Pendant que 1 Evangile elles ne perdent l’habitude de se présenter et ne parle à tous , chacun sc doit parler en particulier, demeurent sans force , stériles en affections, or- confesser humblement ses fautes , trembler dans neraents inutiles de notre mémoire. la vuc de ses périls.

Ce n’est pas pour un tel dessein que les vérités Et en effet , chrétiens , quiconque sent en luidu salut doivent être empreintes dans nos esprits meme que cest son vice qu’on attaque, doit Les saintes vérités du ciel ne sont pas des meu- croire que c’est à lui personnellement que sables curieux et superflus, qu’il suffise de conscr- dresse tout le discours. SI donc quelquefois nous ver dans un magasin; ce sont des instruments y remarquons je ne sais quoi de tranchaut, qui, nécessaires qu’il faut avoir, pour ainsi dire, tou- à travers nos voies tortueuses et nos passions jours sous la main , et que l’ou ne doit presque compliquées, aille mettre, uon point par hasard, jamais cesser de regarder, parce qu’on en a tou- niais par une secrète conduite de la grâce, la jours besoin pour agir. Et toutefois, chrétiens, main sur notre blessure, et aille trouver, à point il n’est rien, pour notre malheur, qui se perde nommé, dans le fond du cœur, ce péché que si tôt dans nos esprits, que les saintes vérités nous dérobons ; c est alors, c est alors, messieurs, du christianisme. Cnr outre qu’étant détachées ; quH faut écouter attentivement Jésus-Christ qui des sens, elles tiennent peu n notre mémoire, le 1 'hmt troubler notre fausse poix, et qui met la mépris injurieux que nous en faisons nous cm- ! main droit sur imtre blessure : cest alors pêche de prendre à cœur de les pénétrer comme 1 H11 H faut cr°ire le conseil du sage et appliquer

Page 1