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1 I*». XXX VU, lu. 1 * E<rt. XXI, I».
364 SUR LA PREDICATION
tout à nous-mêmes. SI le coup ne porte pas encore assez loin , prenons nous-mêmes le glaive , et cnfoncons-lcplus avant. Plût à Dieu que nous le fassions entrer, qu'il entre si profondément, que la blessure aille jusqu'au vif; que le coeur soit serré par la componction , que le sang de la plaie coule par les yeux , Je veux dire les larmes , que saint Augustin appelle si élégamment le sang de l'éme 1 ! c’est alors que Jésus-Christ aura prêché ; et c'est ce dernier effet de la sainte prédication qui me reste & examiner en peu de paroles dans ma dernière partie.
TROISIÈME POINT
Quand je considère les raisons pour lesquelles les discours sacrés , qui sont pleins d’avis si pressants, sont néanmoins si peu efficaces ; voici celle qui me semble la plus apparente. C'est que les hommes du monde présument trop de leur sens, pour croire que l’on puisse leur persuader ce qu’ils ne veulent pas faire deux-mêmes ; et d'ailleurs, n’étant pas touches par la vérité qui luit clairement dans leur conscience, ils ne croient pas pouvoir être émus des paroles qu'elle inspire aux autres : si bien qu’ils écoutent la prédication, ou comme un entretien indifférent, par coutume et par compagnie; ou tout au pins, si le hasard veut qu'ils rencontrent à leur goût , comme un entretien agréable qui ne fait que chatouiller les oreilles par la douceur d'un plaisir qui pnsse.
Pour nous désabuser de cette pensée , considérons , chrétiens, que la parole de l’Évangile, qui nous est portée de la part de Dieu , n'est pas un son qui se perde en l'air; mais un instrument de la gré ce. On ne peut assez admirer l'usage de la parole dans les affaires humaines : qu’elle soit, si vous voulez , l'interprète de tous les conseils , la médiatrice de tous les traités, le gage de la bonne foi et le lien de tout le commerce; elle est et plus nécessaire et plus efficace dans le ministère de la religion : et en voici la preuve sensible. C’est une vérité fondamentale , que l’on ne peut obtenir la grâce que par les moyens établis de Dieu. Or est-ii que le Fils de Dieu, l'unique médiateur de notre salut , a voulu choisir la parole pour être l'instrument de sa grâce et l'organe universel de son Saint-Esprit dans la sanctification des âmes. Car, Je vous prie, ouvrez les yeux, contemplez tout ce que l’Église a de plus sacré , regardez les fonts baptismaux , les tribunaux de la pénitence, les très-augustes autels : c’est la parole de Jésus-Christ qui régénère les enfants de Dieu ; c’est elle qui les absout de leurs crimes ; c’est elle qui leur prépare sur ces saints
1 Strm, cccu , a" 7, 1. t, col. use.
autels une nourriture divine d'immortalité. Si elle opère si puissamment aux fonts du baptême, dans les tribunaux de la pénitence, et sur les autels, gardons-nous bien de penser qu’elle soit inutile dans les chaires; elle y agit d’une autre manière, mais toujours comme l'organe de l'Esprit de Dieu. Et en effet , qui ne le sait pas? c’est par la prédication de l’Évangile que cet Esprit tout-puissant a donné des disciples, des imitateurs, des sujets et des enfants à Jésus-Christ S’il a fallu effrayer les consciences criminelles, la parole a été le tonnerre : s’il a fallu captiver les entendements sous l'obéissance de la fol , la parole a été la chaîne par laquelle on les a entraînés à Jésus-Christ : s'il a fallu percer les cœurs par l'amour divin, la parole a été le trait qui a fait ces blessures salutaires : Sagilta luæ acuta : populi sub te codent <. Et il ne faut pas s’étonner si, parmi tant de secours, tant de sacrements, tant de ministères divers de l’Église, le saint concile de Trente a déterminé * qu’il n'y a rien de plus nécessaire que la prédication de l'Évangile ; puisque c’est elle qui a opéré de si grands miracles. Elle a établi la foi , elle a rangé les peuples à l'obéissance, elle a renversé les idoles, elle a converti le monde.
Mais , messieurs , tous ces effets furent autrefois , et il ne nous en reste plus que le souvenir. Jésus-Christ n’est plus écouté , ou il est écouté si négligemment, qu'on donnerait plus d'attention aux discours les plus inutiles. Sa parole cherche partout des âmes qui la reçoivent; et partout la dureté invincible des cœurs préoccupés lui fenne l’entrée. Ce n’ect pas qu'on n'assiste aux discours sacrés. La presse est dang les églises durant cette sainte quarantaine; plusieurs prêtent l’oreille attentivement : mais ce n’est ni l’oreille ni l'esprit que Jésus demande. • Mes frères , dit « saint Augustin , la prédication est un grand • mystère : magnum sacromentum ,fratres. Le « son de la parole frappe au dehors , le maître;
- est nu dedans : » la véritable prédication se fait dans ie cœur : Sonus verborum aunes percuta, magister intus est1. C'est pourquoi ce maître céleste a dit tant de fois en prêchant :
- Qui a des oreilles pour ouïr, qu'il écoute *. • Certainement, chrétiens, il ne parlait pas û des sourds; mais il savait, ce divin docteur, qu'il y en a « qui en voyant ne voient pas, et qui en
- écoutant n'écoutent pas s. * Il savait qu'il y a en nous un endroit profond où la voix humaine ne pénètre point, ou lui seul a droit de sc faire
* Pt. M4V, 7.
* Sets. V, cap. H.
* Jn Epitt. JtHin. Tract, ui, n" 13, 1. Ill, part, h, col. 840.
* Matlh. \iu , o.
* Ibid. 13.
ÉVANGÉLIQUE. '3«s
entendre : • Qu'elle est secrète, dit saint Au-
• gustin ; qu'elle est éloiguée des sens de la cbair,
« cette retraite où Jésus-Christ fait leçon, cette ■ école où Dieu est le moitre 1 • Yalde remota est a sensibus camis hœc schola Pour rencontrer cette école et pour écouter cette leçon , il faut se retirer au plus grand secret, et dans le centre du coeur. Pour entendre prêcher Jésus-Christ , il ne faut pas ramasser sou attention au lieu où se mesurent les périodes, mais au lieu ou se règlent les moeurs ; il ne faut pas se recueillir au lieu où sc goûtent les belles pensées, mais au lieu où sc produisent les bous désirs : ce n’est pas même assez de se retirer au lieu où se forment tes jugements; il faut aller à celui où se prennent les résolutions. Enfin s'il y a quelque endroit encore plus profond et plus retiré , où se tienne le conseil du cccur, où se déterminent tous ses desseins , où l'on donne le branle u ses mouvements; c’est là que, sans s'arrêter à la chaire matérielle , il faut dresser è ce Maître invisible nne chaire invisible et Intérieure, où il prononce ses oracles avec empire. Là, quiconque écoute obéit, quiconque prête l'oreille a le cœur touché. C’est là que la parole divine doit faire un ravage salutaire , en brisant toutes les idoles , en renversant tous les autels où la créuture est adorée , en répandant tout l'encens qu'on leur présente , en chassant toutes les victimes qu'on leur immole ; et sur ce débris ériger le trAnc de Jésus- Christ victorieux : autrement , on n’écoute pas Jésus-Christ qui prêche.
S'il est ainsi, chrétiens, hélas! que Jésus- Christ a peu d'auditeurs, et que dans la foule des assistants il se trouve peu de disciples 1 Où sont-elles ces Ames soumises que l'Évangile attendrit , que la parole de vérité touche jusqu'au cœur? En effet, ou nous écoutons froidement, où il s’élève seulement en nous des affections languissantes, faibles imitations des sentiments véritables ; désirs toujours stériles et infructueux, qui demeurent toujours désirs, et qui ne se tournent jamais en résolutions; flamme errante et volage , qui ne prend pas à sa matière ; mais qui court légèrement par-dessus , et que le moindre souffle éteint tellement, que tout s'en perd en un instant , jusqu’au souvenir : Filii Ephrem , inkndentes et mittenles arcum, conversi suât in die belli 1 : « Les enfants d’Éphrem, dit David, « préparaient leurs flèches et bandaient leur arc ;
• mais ils ont léché pied au jour de la guerre. » En écoutant la prédication , ils concevaient en eux-mêmes de grands desseins; ils semblaient aiguiser leurs armes contre leurs vices : au jour
1 Dt Prad. SS. cap. fin, n* J3, t l, col. 7W.
* Pt. tUTll , 12-
de la tentation ils les ont rendues honteusement. Ils promettaient beaucoup dans l'exercice ; ils ont plié d'abord dans le combat : Ils semblaient animés quand on sonnait de la trompette ; ils ont tourné le dos tout à coup quand il a fallu venir aux mains : Filii Ephrem, intendenles et mittenks arcum, conversi sont in die belli.
Dirai-je Ici ce que je pense? De telles émotions , faibles , imparfaites , et qui se dissipent en un moment , sont dignes d’être formées devant un théâtre , où l'on ne joue que des choses feintes , et non devant les chaires évangéliques où la sainte vérité de Dieu parait dans sa pureté. Car à qui est-ce qu'il appartient de toucher les cœurs, sinon à la vérité? C’est elle qui apparaîtra à tous les cœurs rebelles au dernier jour; et alors on connaîtra combien la vérité est touchante. • En - la voyant , dit le Sage , ils seront troublés d'une crainte horrible : • Yidenks turbabuntur timoré horribiti' : ils seront agités et angoissés; euxmêmes se voudront cacher dans l’abime. Pourquoi cette agitation, messieurs? c’est que la vérité leur parle. Pourquoi cette angoisse? c’est que la vérité les presse. Pourquoi cette fuite précipitée? c’est que la vérité les poursuit. Ah ! te trouverons-nous toujours partout, A vérité persécutante? oui, jusqu'au fond de l’abime ils la trouveront : spectacle horrible à leurs yeux, poids insupportable sur leurs consciences , flamme toujours dévorante dans leurs entrailles. Qui nous donnera, chrétiens, que nous soyons touchés de la vérité, de peur d’en être touchés de cette manière furieuse et désespérée ?
O Dieu, donnez efficace à votre parole. O Dieu , vous voyez en quel lieu je prêche , et vous savez , A Dieu , ce qu'il y faut dire. Donnez-moi des paroles sages ; donnez-moi des paroles efficaces, puissantes; donnez-moi la prudence; donnez-moi la force; donnez-moi la circonspection; donnez-moi la simplicité. Vous savez, A Dieu vivant, que le zèle ardent qui m’animo pour le service de mon roi, me fait tenir à bonheur d'annoncer votre Évangile à ce grand monarque, grand véritablement, et digne par la grandeur de son âme de n’entendre que de grandes choses , qu'on ne lui inspire que de grands desseins pour son salut; digne, par l'amour qu’il a pour la vérité, de n'êtrc jamais déçu. Sire, c'est Dieu qui doit parler dans cette chaire : qu’il fasse donc par son Saint-Esprit, car c'est lui seul qui peut faire un si grand ouvrage, que l’homme n'y paraisse pas; afin que Dieu y parlant tout seul, par la pureté de son Évangile, il fasse dieux tous ceux qui l'écoutent, et particulièrement Votre Majesté, qui ayantdéjà l'honneur
• Sap. v, a.
SUR LA PENITENCE
de le représenter sur la lcrre, doit aspirer à relui d'être semblable à lui dans l’éternité, en le voyant face à face, tel qu'il est, et selon l’Immensité de sa gloire, que je vous souhaite, au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.
QUATH1ÈME SERMON
POUR
l.E PREMIER DIMANCHE DE CARÊME.
Sim LA PÉNITENCE.
Trou motifs prfwanls qui doivent ririlrr 1rs hommes n la PôiiIUumv. Tain» itlole» que le |*vheur - fail dp la mlsrricordp et do la JusUre : assurance de la icmUalon pour crus qui retournent a Dieu. IUffirultê dr la conversion : poïssanc» de IHeu pour l'opérer. Ca«eteres de la s raie pénilenee el s» effela. Pris du temps que Dieu noua acoordr : pourquoi les hommes le perden 1 si alsémeni : Ululons qo'll leur tall. Nooesailé d'une peuilenoe qui ne counaiasc point de délais.
Adjuvantes autem csiiortamur ne in vacuum gratiam Doi recipiatis.
A'oms roua rihorlons, rn vous aidant. que rotu ne receviez point en min la grâce âe üiett. II. Cor. vi, I.
C'est avec raison , chrétiens , que nous reprochons aux pécheurs que leur Infidélité est Inexcusable : car il n’y a grâce, il n'y a remède, U n'y a sorte de secours qu'ils puissent demander à Dieu pour se retirer de l’ahlme, qui ne leur soit tous les jours offert par cette miséricorde infinie qui ne veut pas leur mort, mais leur conversion. Pour nous en convaincre, mes frères, examinons, je vous prie, attentivement ce que peut désirer un homme que le remords de sa conscience presse de retourner à la droite voie. La première pensée qui loi vient est celle de scs péchés, dont l'horreur et la multitude le font douter du pardon. Sur cela nous lui annonçons de la part de Dieu et de Notre-Seigneur Jésus- Christ , qui est notre propitiateur par son sang ; nous, dis-je, dans lesquels il a plu à Dieu de mettre le ministère de paix et de réconciliation, nous lui annonçons l'indulgence et la rémission de ses crimes. Il commence à respirer dans cette espérance; mais une seconde difficulté le vient rejeter dans de nouveaux troubles : c'cst l'obligation de changer sa vie ou ses inclinations corrompues; et ses habitudes invétérées lui font sentir des empêchements qu’il ne croit pas pouvoir jamais surmonter. Pour le rassurer de cette crainte, nous lui découvrons dans les mains de Dieu , et dans les secrets de sa puissance , des remèdes, premièrement très-efficaces, puisqu’ils guérissent infailliblement tous ceux qui s’en servent , et secondement très-présents , puisqu'on
les donne toujours a qui les demande. Ainsi les plus grands pécheurs ne pouvant douter, ni du pardon s'ils se convertissent, ni de leur conversion s'ils l’entreprennent, ils n'ont plus rien à désirer que du temps puuraccomplir eet ouvrage: et sur ce sujet , chrétiens, ce n’est pas à nous à leur répondre; mais Dieu se déclare assez par les effets mêmes : car il prolonge leur vie, il dissimule leur ingratitude; et reculant tous les jours le temps destiné à la colère , il fait connaître assez clairement qu'il veut donner du loisir à la pénitence.
Paroù il nous montre , mes frères, qu'il ne refuse rien aux pécheurs de ce qui leur est nécessaire. Ils ont besoin de trois choses : de la miséricorde divine, de la puissance divine, de la patience divine : de la miséricorde pour leur pardonner, de la puissance pour les secourir, de la patience pour les attendre; et Dieu accorde tout libéralement. La miséricorde promet le pardon, In puissance offre le secours, la patience donne le délai. Que reste-t-il maintenant , sinon que nous disions aux pécheurs avec l'apAtre : Adjuvantes aulem cr/iortamur ne in vacuum gratiam üei recipiatis? « Nous vouâ exhortons, mes « frères, que vous ne receviez pas en vain la ■ grâce de Dieu : » ne rejetez pas la grâce de la rémission qui promet d’abolir vos crimes; ne re- [ cevez pas en vain la grâce de la conversion du cœur qui s'offre pour corriger vos mœurs dépravées ; enfin ne recevez pas en vain cette troisième grâce si considérable , qui vous est donnée pour faire profiter les deux autres, je veux dire le temps, ce temps précieux dont il ne s’écoule pas un seul moment qui ne puisse vous valoir une éternité. Voilà , mes frères, trois motifs pressants pour exciter 1rs hommes â la pénitence , et c'est le partage de c : discours.
raauiEB point.
Il est assez naturel à l’homme de sc laisser emporter facilement aux extrémités opposées. Le malade , pressé de la fièvre , désespère de sa guérison ; le même étant rétabli s'imagine qu'il est immortel. Dans les horreurs de l’orage, le nautonier effrayé dit un adieu éternel aux flots ; mais aussitôt que la mer est un peu apaisée, il se rembarque sans crainte, comme s'il nvait dans ses mains les vents et les tempêtes. Cet homme qui s’est pensé perdre dans une intrigue dangereuse , renonçait de tout son cœur â la cour; et à peine s’est-il démêlé , qu’il se rengage de nouveau , comme s'il avait essuyé toute la colère de la fortune. Cette conduite illégale et désordonnée éclate principalement dans les péehcurs, mais d'une manière opposée. Car celte folle et témé-
SUR LA PENITENCE
raire confiance par laquelle ils sc nourrissent dans leurs péchés, les conduit à In fin au désespoir : ils passent du désespoir à l'espérance : dans la chaleur de leurs crimes, ils ne peuvent croire que Dieu les punisse ; et puis , accablés de leur pesanteur, ils ne peuvent plus croire que Dieu leur pardonne : « et ils vont de péchés en
■ péchés comme à une ruine certaine, désespérés « par leur espérance : * Fcruntur magno imprtu , nu/to revocanle, spe desperati
En effet , considérez cet homme emporté dans l'ardeur de sa passiou ; il ne trouve aucune apparence qu'un Dieu si prend et si bon veuille tyranniser sa créature, ni exercer sa puissance pour briser un vaisseau de terre : longtemps II s'est flatté de cette pensée , qu’il n'était pas digne de Dieu de se tenir offensé de ce que faisait un néant, ni de s’élever contre un néant. Après, une seconde réflexion lui fait voir combien cette entreprise est furieuse, qu'un néant s’élève contre Dieu. Là II se dit a lui-méme ce que criait le prophète à ce capitaine des Assyriens :
• Contre qui as-tu blasphémé , contre qui as-tu
• élevé ta voix et tourné tes regards superbes? > rivent blasphemasti , contra quem cxallasti voce m tuant, et elevasti in exeelsum oculos tuos ?
■ C'est contre le Saint d'Israël , » c'est contre un Dieu tout-puissant : Contra Sanctum Israël Son audace insensée le confond ; et lui, qui ne
• oyait rien qui pût épuiser la miséricorde, ne
voit plus rien maintenant qui puisse apaiser la justice. Mais voici la cause apparente de eet égarement prodigieux : c’est en effet , chrétiens , que l’une et l’autre de ces qualités est d’une grandeu: infinie , je veux dire la miséricorde et la justice : de sorte que celle que i’on envisage occupe tellement la pensée, qu’elle n’y laisse presque plu» de place pour l'autre ; d'autant plus que paraissant opposées, on ne comprend pas aisément qu'elles puissent subsister ensemble dans ce suprême degré de perfection : ce qui fait que la grande Idée de la miséricorde fait que le pécheur oublie la justice, et que Injustice réciproquement détruit en son esprit la miséricorde ; de sorte que l’abattement de son désespoir égale les emportements et la folle présomption de sou espérance. •
Il nous faut détruire, messieurs, ces vaines idoles de la miséricorde et de la justice , que le pécheur aveuglé adore en la place de la véritable justice et de la véritable miséricorde. Vous vous trompez, ô pécheurs, lorsque vous vous persuadez follement que ces deux qualiLs sont incompatibles, puisqu’au contraire elles sont amies.
• 3. Ang. Srrm. xx, n* 4, t. ▼, col. ion.
» IV. Reg. XIX, 12.
Car, mes frères. In bonté de Dieu n'est pas une bonté insensible , ni une bonté déraisonnable ; le Dieu que nous adorons n’est pas le Dieu des marcionites, un Dieu qui ne punit pas, souffrant jusqu'au mépris et Indulgent jusqu’à la faiblesse : ce n’est pas uu Dieu, dit Tertuliien, . sous . lequel les péchés soient à leur aise , et dont
* l’on se puisse moquer impunément : • sub quo dellcta gauderenl, eut diabolus illuderct. Voulez-vous savoir comment il est bon , voici nne belle réponse de Tertuliien : « Il est bon , non pas en souffrant le mal , mais en se déclarant son ennemi : Qui non alias pie ne bonus sil, nisi ma/i wmulus. Sa justice fait partie de sa bonté : pour être bon comme il faut, • il exerce l’amour « qu’il n pour le bien par la haine qu’il a pour le
• mai : » Uti boni amorem odio malt cxerceal Ne vous persuadez donc pas que la justice soit opposée à la bonté dont elle prend au contraire la protection , et l’empécbe d’être exposée au mépris.
Mais sachez que la bonté n'est pas non plus opposée a la justice ; car si elle lui ôte ses victimes , elles les lui rend d’une autre sorte : au lieu de les abattre par la vengeance, elle les abat par l'humilité; au lieu de les briser par le châtiment , elle les brise par les douleurs de la pénitence : et s’il faut du sang à ia justice pour le satisfaire , la bonté lui présente celui d'un Dieu. Ainsi, ] bien loin d’être incompatibles, elles se donnent ia main mutuellement. Il ne faut donc ni présumer ni désespérer. Ne présumez pas , ô pécheurs ! parce qu’il eet très-vrai que Dieu se venge ; mais ne vous abandonnez pas au désespoir, parce que , s il m'est perm.s de le dire, il est encore plus vrai que Dieu pardonne.
Cette vérité étau! supposée , il est temps maintenant, messieurs, que je tâche de vous faire entendre par les Écritures cette grâce singulière de la rémission des péchés. Comme c'est le fruit principal du sang du nouveau Testament, et l'article fondamental de la prédication évangélique , le Saiut-Esprit , mes frères , a pris un soin particulier de nous en donner une vive idée, et de nous l'exprimer en plusieurs façons , afin qu'il entre en nos cœurs plus profondément. Il dit que Dieu oublie les péchés , qu’il ne les impute pas, qu’il les couvre; il dit aussi qu'il les lave , qu'il les éloigne de nous , et qu'il les efface. Pour entendre le secret de ces expressions, et des autres que nous voyons dans les saintes Lettres , il faut remarquer attentivement l’effet du péché dans le cœur de l’homme , et l’effet du péché dans le cœur de Dieu.
I-e péché dans le cœur de l’homme est une 1 Adv. Man ion. lib. il, n* 2«.