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SUR LA PENITENCE
humeur pestilente qui le dévore , et une tache infime qui le défigure. 1 1 faut purger ectto humeur maligne, et l'arracher de nos entrailles : « Au-
• tant que le levant est loin du couchant , autant « éloigne-t-il de nous nos iniquités : » Quantum distal ortus ab accidente , longe fecit a nabis iniguitates nostras ' : et pour cette tache hon teuse , il faut passer l'éponge dessus , et qu’il n'en reste plus aucune marque : ■ Israël , c'est
• moi qui t’ai fait , ne t'oublie pas de ton Créa-
• teur ; c'est mol qui ai effacé tes iniquités comme
■ un nuage qui s'évanouit , et comme une légère
• vapeur, > qui , étant dissipée par un tourbillon, ne laisse pas dans l'air le moindre vestige : Dclevi ut nubem iniguitates tuas, et guasi nebutam peccata tua
Mais , mes sœurs , à l’égard de Dieu , le péché s des effets bien plus redoutables : Il fait un cri terrible à ses oreilles toujours attentives , il est un spectacle d'horreur à scs yeux toujours ouverts. Ce spectacle cause l'aversion , et ce cri demande la vengeance. Pour rassurer les pécheurs , Dieu leur déclare , par son Écriture , qu'il couvre leurs crimes pour ne les plus voir ; qu'il les met derrière son dos , de peur que, paraissant à ses yeux, ils ne fussent soulever son cœur; enfin qu’il les oublie, qu’il n'y pense plus. Et quant à ce cri funeste, il en étouffe le son par une autre voix ; pendant que nos péchés nous accusent , il produit « un avocat pour nous défendre, Jésus-Christ,
• le Juste, qui est la propitiation pour nos cri- « mes3; » il déclare qu’il ne veut plus qu'on nous les Impute , ni que nous en soyons jamais recherchés. • Le ciel et la terre s’en réjouissent, les
• montagnes tressaillent de joie , parce que le
• Seigneur a fait miséricorde ; » Laudate, cceli; jubilais, exlrema terra; resonate, montes, laudationem, guoniam misericordiam fecit Dominas *.
Vous voyez donc , mes frères , la rémission des péchés expliquée et autorisée en toutes les formes qu'une grâce peut être énoncée. Hortamur vos ne in vacuum gratiam Dei recipiatisi : « Nous vous exhortons que vous ne receviez - pas en vain cette grâce. • Mais quel en doit être l'effet? il faut que le Saint-Esprit nous l’apprenne. Dieu envoie ses prédicateurs : « Allez,
■ dit-ll à son prophète, et criez vers l'aquilon : . Revenez, rebelle Israël, dit le Seigneur, et je
• ne détournerai point mon visage de vous, parce < que je suis saint, dit le Seigneur, et que ma
• colère ne durera pas éternellement. Après cela,
1 Ps. ai. 12.
1 h. xuv, 22.
* I. Jouit. u , 1 , 2.
* II. XUV, 23.
* 11. Cor. VI. I.
« on a entendu des voix confuses dans les che-
- mins, des pleurs et des hurlements dre enfants ■ d’Israël, parce qu’ils ont rendu leurs voles cri-
• mindlcs , et qu’ils ont oublié leur Seigneur et « leur Dieu 1 . Ecartez loin de vous toutes les pré- > varientions dont vous vous êtes rendu eoupa-
• ble , dit Dieu dans un autre prophète , et faites-
- vousuncœurnouveau. Pourquoi mourrez-vous, < maison d'Israël? Je ne veux point la mort de
• celui qui meurt , dit le Seigneur Dieu ; retournez
• à moi et vivez : » Projicile a vobis ovines prœvaricationes veslras , facile vobis cor novum et spiritum novum. Et quare moricmini , domus Israël? Quia nolo mortem morientis, dicit Dominus Deus; reverlimini et civile '. Pourquoi voulezvous périr? pourquoi vous obstinez-vous à votre ruine? Dieu veut vous pardonner, vous seul ne vous pardonnez pas. Deux meus, misericordia mea s : « O Dieu I qui êtes pour moi un « Dieu de miséricorde I - « O nom , dit saint Au- « gustin , sous lequel personne ne doit désespé- « rer! . O nomen sub quo nemini desperandum est 4 ! O prodige ! retournez donc à votre père ; débauchée , retournez à votre mnri ; mais retournez en confessant votre crime; dites : J'ai péché : Peccavi 3 ; et reconnaissez votre iniquité : Verumlamen scito iniquitatem tuant 6. Ne songez pas à vous excuser; n'accusez pas les étoiles , le tempérament ; ne dites pas : C'est la fortune , la rencontre m’a emporté ; n'accusez pas même le diable : Ncminem quœras accusare , ne accusatorem inventas a quo non possis te defendere. Ipso diabolus gaudelcum a ccusatur, vult omninoul accuses ilium , vult ut a te ferai criminalionem, cum tu perdus confessionem : « Ne cherchez à accuser personne , de peur que « vous ne trouviez un accusateur dont vous ne « puissiez vous défendre. Le diable se réjouit « lorsqu'il est accusé : il veut très-fort que vous
• l’accusiez , il désire que vous rejetiez sur lui « tous vos torts, afin que vous perdiez tout le « fruit d’une humble confession. - Ne cherchez donc pas dre excuses.
Autre chose d'agir avec un père, autre chose de répondre devant un juge : ici l’on se défend , et là on confesse : un juge veut le châtiment , et un père la conversion. Mais ce changement est-il bieu possible? cet Éthiopien pourra-t-il bien dépouiller sa peau? ce pécheur endurci pourra-t-il bien se priver de ces dangereuses pratiques?
1 Jcrcm. in. 12-41.
* tzcch. XVIII, SI, 32.
1 Pt. LY1II , ||.
4 In Pi. I.VIU, n* II, L iv, oui. 673.
* II. Rcg. xil, 13.
* Jcrcm. ni, |3.
J S. Aug. Serm. XX, n* 2, t V, col. I0«.
SUR LA PÉNITENCE
C'est ce que nous aurons à examiner dans la deuxième partie.
DEUXIÈME POINT
Quand on parle devant un juge , on dit : Je ne l'ai pas fait, ou bien : J'ai été surpris, on m'a engagé contre mon dessein , j'ai été plus loin que je ne pensais. Mes frères, ne nous défendons pas de la sorte ; ne cherchons pas de vaines excuses pour couvrir notre ingratitude, qui n'est toujours que trop criminelle. Devant un juge , on cherche des fuites; songez que vous parlez à un père, où la principale défense c'est d'avouer simplement sa faute. J'ai failli , j'ai mal fait, Je m'en repens , j'ai recours à votre bonté , je demande pardon de ma faute. Si personne ne l'a encore obtenue de vous , je suis téméraire d’oser le prétendre : si votre bonté au contraire a déjà fait tant de grâces , vous-méme accordez-moi le pardon , qui m’avez commandé l’espérance.
Le prophète représente la synagogue comme une désespérée qui s’est abandonnée à des étrangers , et qui , craignant le courroux de son mari , ne veut plus retourner à sa compagnie : Desperavi, nequaquam fnciam, adamavi quippe aliénas, et post eos ambulabo * : « Il n'y a plus « de retour, je ne le ferai pas. »
Nous n'avons rien fait , chrétiens , de persuader aux pécheurs que, s'ils retournent à Dieu, ils peuvent facilement obtenir leur grâce : car cette œuvre de la rémission dépendant purement de lui , il est aisé d’en attendre une bonne issue. Mais l’ouvrage de leur conversion , le changement de leur cœor où nous leur demandons leur propre travail , c'est celui-là qui les désespère : car encore que tout nous tombe des mains , que notre extrême faiblesse ne puisse plus disposer d’aucunes choses, il n’y a rien toutefois dont nous puissions moins disposer que de nous-mêmes. Étrange maladie de notre nature! Il n'y a rien qui soit moins en notre pouvoir que l'usage de notre volonté ; en un mot , rien que nous puissions moins faire que ce que nous faisons quand nous le voulons : de sorte qu’il est plus aisé à l'homme d'obtenir de Dieu ce qu'il voudra, qu’il ne lui est aisé de le vouloir. Prouvons manifestement cette vérité.
Deux obstacles presque invincibles nous empêchent d'être les maîtres de nos volontés , l’Inclination et l'habitude. L'Inclination rend le vice aimable, l'habitude le rend nécessaire. Nous n’avons pas en notre pouvoir ni le commencement de l'inclination , ni la fin de l’habitude. L'inclination nous enchaîne , et nous jette dans une prison ; l'habitude nous y enferme , et mure la porte
• Jerrm. »? , 45.
DOSM'ET- —
sur nous pour ne nous laisser plus aucune sortie : Inclusum se sentit difficuilale vitiorvm ; et quasi mura impossibilitalis ereeto porlisque clausis, qua evadat non invenit '. De sorte que le misérable pécheur, qui ne fait que de vains efforts, et retombe toujours dans l’abîme, désespérant d'en sortir, s'abandonne enfin à scs passions , et ne prend plus aucun soin de les retenir: Desperantes, semelipsostradiderunt impudicitice, in operationem immundiliœ omnis, in avariliam ’.
Ce que peut désirer un homme que son naturel tyrannise , c’est qu'on le change , qu'on le renouvelle, qu'on fasse de lui un autre homme. C'est ce que nous dit tous les jours cet ami colère , lorsque, nous le reprenons de scs promptitudes, de ses emportements, de ses violences. Il répond qu’il n'est pas possible de sc délivrer de la tyrannie de l’humeur qui le domine; qu’il y résiste quelquefois, mais qu’à la longue ce penchant l’entraîne ; que si l'on exige de lui d'autres mouvements , il faut donc nécessairement le faire un autre homme. Or, ce que demande, mes frères , la nature faible et impuissante , c’est ce que la grâce lui offre pour se réformer : car la conversion du pécheur est une nouvelle naissance. On renouvelle l’homme jusqu'à son principe, c'est-à-dire , jusqu’à son cœur ; on brise le cœur ancien , et on lui donne un cœur nouveau : Qui finxit sinyillatim corda eorum 1 : « C’est lui qui
• a formé le cœur de chacun d’eux. ■ « Pour créer
• un cœur pur, il faut, dit saint Augustin, briser « le cœur impur : « Ut creatur cor mundum , conteratur immundum 4. La source étant détournée, il faut bien que le ruisseau prenne un autre cours.
Que si la grâce peut vaincre l’inclinatjon , elle surmontera aussi l'habitude : car l'habitude, qu'est-ce autre chose qu'une inclination fortifiée? Mais nulle force ne peut égaler celle de l'esprit qui nous pousse. S'il faut fondre de la glace , Dieu fera souffler son esprit , et d'un cœur le plus endurci sortiront les larmes de la pénitence : Flabit spirilus ejus, et fluenlaquœ s. Que s'il faut faire un plus grand effort , il enverra son • esprit de . tourbillon, qui pousse violemment les murail- . les : • Quasi turbo impellens parietem « ; . son
• esprit qui renverse les montagnes, .et déracine les cèdres du Liban : Spiritus Domini subvertens montes i. Quand vouscourriez à la mort avec
1 S. Âug. in Pt. en, n* 6 , 1. IT, col. ISM.
’ EpStt. IV , I».
1 Pt. XXXII, 15.
* Sert ». xtx, n* J, t V, ool. IM.
‘ Pt. CXLTI1 , 7.