‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 138 sur 282 · SUR LE PÉCHÉ D'HABITUDE · texte numérisé non relu

SUR LE PÉCHÉ D'HABITUDE

• et la as tué , tu feras encore pis , » et addet ' . Mais ce n’est pas tout : la première fois vous péchez avec moins d'inciinatiou et d’attache , mais la seconde elle augmente , et par suite vous aimez plus votre crime, vous vous y portez avec plus de force ; votre péché est donc plus grand : comme l'amour de Dieu s’accroît par les actions de vertu, aussi l'amour des créatures par les actions vicieuses. Il s’ensuit donc qu'au lieu qu'on pense s'excuser en disant : Je pèche , mais c'est par coutume; on s'accuse davantage.

Je sais bien ce que disent les méchants pour défendre ces excuses : premièrement que la coutume Ôte la réflexion, qu’on va plus à l'aveugle, et qu'alnsi là me ayant moins de secours elle est moins blâmable de se laisser vaincre; secondement, que la coutume apporte une inclination puissante qui vous empêche : et si elle vous empêche , Il y a moins de volontaire ; et le pèche suit et est égal au volontaire. Mais j'oppose deux choses à ces deux raisons : en premier lien, quelemauque de secours n’excusc jamais lorsque c'est une punition de notre faute, et que nous nous l'ôtons volontairement nous-mêmes.

On avertit un capitaine : Prenez garde , les ennemis vous surprendront pendant la nuit ; pour les empêcher faites allumer des llambcanx par toute la ville. Ce capitaine, au lieu de suivre cet avis, fait éteindre tous les flambeaux , et est surpris a la faveur des ténèbres; son excuse semble raisonnable s'il dit : J’ai été surpris, il est vrai, mais c’est pendant les ténèbres ; non certainement, car on l’avait averti de sc garder des ténèbres. Tout de même on nousavertit : Donnez-vous garde, le prince des ténèbres vous surprendra parmi l'obscurité. Si donc ensuite vous éteignez vousmémes les lumières de la raison , et si vous en corrompez l'usage par la multitude du vos péchés, le défaut de lumière ne pourra pas vous servir d’excuse. Voilà pour la première opposition.

A la seconde , je dis qu’il y a deux sortes d'emportements : l'un est l'emportement d'une volonté prévenue, l’autre est l'emportement d'une volonté persuadée. Vous êtes tourmenté d'une forte ten- Jation, sa force divertit celle de votre raison, vous péchez quasi sans y penser : voilà une volonté prévenue , et emportée de eet emportement de surprise , et celui-là sans doute peut diminuer le péché. Mais l'cmportemeut d'une volonté persuadée ne le peut pas dimiDuer, à cause que l’inclination y est plus grande; l'application, pins forte ; la victoire de la chair et du péché, plus pleine et plus entière; partant, c'est une fort mauvaise

conséquence de- vouloir Inférer qu'une faute est petite parce qu’ou y tombe par coutume.

La seconde mauvaise suite est la nécessité de pécher,

TaoistàuE POINT.

- Dieu n'ordonne point des choses impossibles , ■ mais en vous ordonnant il vous avertit de faire « ce que vous pouvez, et de demander ce que vous » ne pouvez pas : » Dem impossibilité non jubet, ted jubendo admonel et facere quod possis , et petere quod non possis ■. Il y a ici des choses que vous pouvez faire, il y en a que vous ne pouvez pas faire. Je veux bien croire que dans la présence de l'objet et dans une occasion pressante, vous ne pouvez pas résister, mais du moins vous pouvez éviter l’occasion ; voilà quant à ce que pouvez : face rc quodpossis. Mais quant à ce que vous uc pouvez pas, que faut-il faire? demander instamment à Dieu qu’il surmoute en vous par sa grâce le péché qui est depuis si longtemps le maître , qu'il surmonte vos mauvaises inclinations par de bonnes : Petite', demandez avec instance; et s’il rejette vos demandes , quœrilc , cherchez les moyens de l'apaiser J, employez les justes , employez les bienheureux , employez la mort de Dieu , employez Jésus-Christ même , pulsate, frappez à sa justice et dites-iui : Ah ! justice de mou Dieu , vous ne punissez pas nos fautes à la rigueur en ce monde ; Happez à la sagesse et dites-lui : Ah ! sagesse de mou Dieu , vous savez tant de moyens de vaincre mon vice ! Criez à Dieu , mais criez du fond de l'âme, de profundis J, et Dieu écoutera à la fla votre oraison.

Pénitence. Trois vérités : nécessaire de faire pénitence ; beaucoup de fausses pénitences; en faire une véritable, et réparer les défauts des précédentes par une confession générale.

Examen de couscience. I" Ce que c’est : l'interrogatoire d’un criminel devant que de pronouccr le jugement : prévenir celui de Dieu.

H*. Quel il doit être : général, 1“ parce qu’il est en la place de celui que Dieu fera au jugement ;

• car nous devons tous comparaître devant le trl-

• bunal de Jésus-Christ : > Omncs enim non manife&tari oportet ante tribunal Christi * ; [etuous y serons] découverts jusqu'au fond de la conscience. 2” Il faut remédier à toutes les plaies par la douleur, et par conséquent tout connaître. 3- Tout confesser, ailu que Dieu pardonne , et qu’il n’entre pas eu procès avec nous ; et pour cela rechercher et examiner.

' S, Avg. Ub. de l'inter, et Gmt. cap. XLUl, a* 60, l. X , col. Ms.

* tttalth. vil , 7.

» Pe. exxn . fc.

* U. Cvr. v, lü.

' Ul. P'J. XXI, 19.

SUR I.A SOUMISSION

III*. Les moyens de faire cet examen. Après nvotrdcmandè ta iumièreADieu, cette lumière qui découvrira un jour le fond des consciences ; il faut produire et écouter deux témoins : premièrement Il faut laisser parler sa conscience; quand elle a voulu parler tant de fois, nous avons étouffé sa voix , parce qu'elle troublait nos plaisirs : elle a charge de Dieu de nous avertir; elle l'a voulu faire , mais nous l'en avons empêchée : il faut maintenant lui rendre la voix et la liberté que nous lui avions ôtées. Parle maintenant , A ma conscience ; je te rends la parole et la liberté. Cest le premier témoin qu’il faut ouïr contre ce criminel ; c'est-à-dire nous-mêmes contre nous-mêmes : si elle refuse de parler, ah I c’est qu’elle est complice du crime; il la faut faire parler par force, il la faut mettre A la gêne et A la torture. Regarde l’enfer, la main de Dieu étendue : * que la pensée

• tienne lieu d’accusateur; la conscience, de té- « moin ; la crainte , de bourreau » : Adsit accusatrix cogitatio, testis conscienlia, carnifex limor'.

Le second témoin c'est la loi de Dieu , qu'il faut confronter avec nous dans tous ses commandements que nous avons violés. « Je vous repren-

■ dral sévèrement, et je vousexposerai vous-môme

• devant votre face. » Arguam te, et staluam contra facicm tuant *.De peur que Dieu ne le fasse , il faut que nous le fassions : • J’ai toujours mon

■ péché devant les yeux , » dit le roi-prophète : Peccalum meum contra me est semper; et alors Dieu change. David dans le même psaume : Ave rte faciem tua m a peccatis mets1:- Détournez votre « face de dessus mes péchés. »

Douleur. 1“ Nécessité; par les exemples [des pécheurs] de l’Ancien et du Nouveau Testament , qui n'ont été réconciliés que par ia douleur. Dieu n’est pas moins sévère , ni moins rigoureux ; le péché n’est pas moins horrible qu’il était alors, ni l'enfer moins épouvantable ; il faut aller par la même voie.

2“ Motifs : la erninto ; les bienfaits de Dieu qui nous environnent , dont nous avons abusé contre lui : il nous attend avec patience. Description de Dieu nous rcprochantnoscrimcsavec véhémence.

• Vous vous êtes prostitués, comme une femme « impudique, sur toutes les collines élevées, et sous « tous les arbres chargés de feuillages. .Subomni ligna frondoso lu prostemebaris merctrix *. Il me semble qu'il aille dire : Je te vois damner : «Toutefois, ajoute-t-il, reviens, et je te rece-

• vrai : » Verumlamen revcricre ad nie, et ego

■ S. jéuj. Serin. GCCLI , O* 7, t V, COÏ. ISM.

* P», xlix , as.

1 Pl. L,«, 10.

» Jtrtm. tl, ÎO.

suscipiam te '. Si tout cela n’attendrit pas nos cœurs ; nous devons prendre pour dernier et plus puissant motif de notre douleur, de ce que irons n’avons pas de donleur : comme un malade de fièvre chaude ; il est A deux doigts de la mort , il demande ses habits, il veutsortir : digne de pitié. C'est pourquoi Jésus-Christ pleure sur Jérusalem : Jérusalem, Jérusalem, quœ occidis prophetas , et lapidas eos qui ad te missi sont: quoties votai cong regarejllios tuos quemadmodum gallina congrcgat patios suos sud alas , et noluisli ■ ! « Jérusalem , Jérusalem , qui tues les prophètes , « et qui lapides ceux qui sont envoyés vers toi ;

• combien de fois ai-je voulu rassembler tes en- « fants comme une poule rassemble ses petits sous « ses ailes, et tu ne l’as pas voulu ! « Saint Paul :

• J’appréhende, dit-il, que je ne sois obligé d’en

• pleurer plusieurs, qui , étant déjà tombés dans « le péché, n’ont point fait pénitence : « Ht lugeam multos ex eis qui ante pecccjerunt, et non egerunl pcenitenfiam K Je pleure, dit saint Paul, parce qu’ils ne pleurent pas. Ailleurs: Fiera cum Jtentibus 4 ; « Pleurer avec ceux qui pleu- ■ rent. » Ici , au contraire , [ pleurer -our ceux qui ne pleurent pas].

PREMIElt SERMON

rom

LE DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME

Obligation de croire à la parole de Jésus-Chri&t , malgré son obscurité. Comment U faut former nos jugements sur sa doctrine. Soumission duc il ses préceptes, quoique difficiles. Vertu du ses exemples pour nous engager a lui obéir. Combien peu écoutent le Sauveur : qui sont ceux qui l'eouutent lidèlemcnL Motifs puissants pour nous porter a «prier fermement dans ses promesses, prodigieuse insensibilité des hommes.

Hic est Filin» meus dilectus , in qno mihi bene complacui ,

ipsum audite.

Ctlui<i est mon Fils bien-aimi , dans lequel je me suis

plu; écoulez-le. Matth. xvit, 5.

C’est une doctrine fondamentale de l'Évangile de Jésus-Christ, que le chrétien véritable ne se conduit point par le sens ni par la raison naturelle; mais qu’il règle tous ses sentiments par l’autorité de la foi, suivant ce que dit le divin apôtre : Justus avtcm meus ex Jide vivit 5 : • Le « juste vit par la foi. » C’est pourquoi, entre tous les sens que la nature uous a donnés, il a plu à Dieu de choisir l’ouïe pour la consacrer à son service. « Un peuple, dit-il, s’est donné à moi ; il

* Jrrem. III, I.

* Malt h. XXIII, 37.

* II. Cor. Xll , 2t.

* Km H. XII, 16.

* Hcbr. X, 38. Hab II, I.

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