‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 14 sur 282 · DE MARIE-THERÈSE D’AUTRICHE · texte numérisé non relu

DE MARIE-THERÈSE D’AUTRICHE

tout l'univers 4 son unité et y rappeler à b fin tous les hérétiques; et que ce qui est excessif, \ loin d'étre le plus attirant, n'est pas même le plus solide ni le plus durable '.

Avec le saint nom de Dieu et avec le nom de la cité sainte . la nouvelle Jérusalem , je vois , messieurs , dans le cœur de notre pieuse reine le nom nouveau du Sauveur. Quel est , Seigneur, votre nom nouveau, sinon celui que vous expliquez, quand vous dites : > Je suis le pain de vie? • et ,

- Ma chair est vraiment viande * , » et * Prenez , «mangez, ceci est mon corps ’? «Ce nom nouveau du Sauveur est celui de l’eucharistie , nom composé debicn et de grâce, qui nous montre dans cet adorable sacrement une source de miséricorde, un miracle d'amour, un mémorial et un abrégé de toutes les grâces , et le Verbe même tout changé en grâce et en douceur pour scs fidèles. Tout est nouveau dans ce mystère : c’est le « Nouveau Tes- «tament » de notre Sauveur *, et on commence â y boire ce « vin nouveau s » dont la céleste Jérusalem est transportée. Mais pour le boire dans ce lieu de tentation et de péché , it s'y faut préparer par la pénitence. la reine fréquentait ces deux sacrements avec une ferveur toujours nouvelle. Cette humble princesse se sentait dans son état naturel , quand elle était comme pécheresse aux pieds d’un prêtre , y attendant la miséricorde et lu sentence de Jésus-Christ. Mais l'eucharistie était son amour : toujours affamée de cette viande céleste, et toujours tremblante en la recevant, quoiqu'elle ne pût assez communier pour son désir, elle ne cessait de se plaindre humblement et modestement des communions fréquentes qu'on lui ordonnait. Mais qui eût pu refuser l'eucharistie ù l'innocence , et Jésus-Christ à une foi si vive et si pure? La règle que donne saint Augustin , est de modérer l'usage de la communion quand elle tourne en dégoût. Ici on voyait toujours une ardeur nouvelle , et cette excellente pratique de chercher dans la communion la meilleure préparation , comme la plus parfaite action de grâces

* Pour rintrlUgroCA <!<* ce pâture, Il faut ac rappeler que l’édit de 1(17.1, relatif b la régale, ayant été accepté par le» étéques de France, le pape Innocent XI leur adressa dru brefs qui renfermaient dm maximes contraires à cet «'■dit, et qui provoquèrenl une nouvelle réunion des prélats du royaume. Iji fameuse déclaration du I!) mars iah-j, à laquelle Bossuet eut la plus grande part , fut le résultat de cette assemblée. < Voyez cette Déclaration , t. v. )

Elle déplut tellement a la cour de Rome , que dans le temps où Bossuet prononça l'oraison funebre de Marie-Thérésc d'Autriche, on s'attendait de Jour en Jour h une rupture.

* Ego mi ni panis viüe... caro mca vire est cil-us. (Joan. cap. VI, 48, &6.)

* Acripite et comedite : hoc est corpus mrorn. (Mailh. cap- xxxi, M.)

* Hic «t «anguta meus novl testament!. (Ibid. SW.)

1 Non libam atnndo de hoc genimlne vills, usque in diem ilium, quum iilud blbaiu vobbeum oovum la regno palris tari- (Ibid. 5i>.)

ST

pour In communion même. Par ces ndmirebles pratiques, cettcprinccsse est venue â so dernière heure sans qu'elle eût besoin d'apporter à ce terrible passage une autre préparation que celui de sa sainte vie; et les hommes, toujours hardis à juger les autres, sans épargner les souverains, car on n'épargne que sol-méine dans ses jugements ; les hommes , dis- je , de tous les états , et autant les gens de bien que les autres , ont vu la reine emportée avec une telle précipitation dans lavigueurdesonâge,sansétreen inquiétude pour son salut. Apprenez donc , chrétiens , et vous principalement qui ne pouvez vous accoutumer à la pensée de la mort , en attendant que vous méprisiez celle que Jésus-Christ a vaincue , ou même que vous aimiez celle qui met lin ù nos péchés , et nous introduit 4 la vraie vie, apprenez 4 ladésarmerd'une autresortc,et embrassez la belle pratique où , sans se mettre en peine d'attaquer In mort, on n'a besoin que de s'appliquer 4 sanctifier sa vie.

Iji France a vu de nos Jours deux reines plus unies encore par la piété que par le sang , dont la mort, également précicuscdevant Dieu, quoique avec des circonstances différentes , a été d’une singulière édification àtoutc l'Église. Vous entendez bien que je veux parler d’ANNB d'Authiciib et de sa chère nièce , ou plutôt de sa chère fille MxBiE-THBnesE. Anne dans un âge déjà avancé, et Mahie-Thébèsk dans sa vigueur, mais toutes deux d'une si heureuse constitution , qu'elle semblait nous promettre le bonheur de les posséder un siècle entier, nous sont enlevées contre notre attente , l'une par une longue maladie , et l'autre par un coup imprévu. Anse , avertie de loin par un mal aussi cruel qu'irrémédiable, vit avancer In mort 4 pas lents, et sous la figure qui lui avait toujours paru la plus affreuse : Mahie-Théeése aussitôt emportée que frappée par In maladie, se trouve toute vive et tout entière entre les bras de la mort, sans presque l'avoir envisagée. A ee fatal avertissement, Anne pleine de foi ramasse toutes les forces qu’un long exercice de la piété lui avait acquises , et regarde sans se troubler toutes les approches de ia mort. Humiliée sous lu main de Dieu , elle lui rend grâces de l’avoir ainsi avertie; elle multiplie scs aumônes toujours abondantes; elle redouble scs dévotions toujours assidues; elle apporte de nouveaux soins 4 l’examen de sa conscience toujours rigoureux. Avec quel renouvellement de foi et d'ardeur lui vîmes-nous recevoir lesaint viatique 1 Dnnsdesembinlilcs actions, il ne fallut àMxaiE-THBHÈSF.qucsoferveurordinaire : sons avoir besoin de la mort pour exciter sa piété , sa piété s’excitait toujours assez ellemême , et prenait dans sa propre force un eonti-

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ORAISON FUNEBRE

nurJ accroissement. Que dirons-nous , chrétiens , de ces deux reines? l’ur l’une Dieu nous apprit comment il faut profiler du temps , et l'autre nous a fait voir que la vie vraiment chrétienne n’en a guis besoin. En effet, chrétiens, qu'attendons-nous?

II n'est pas digne d'un chrétien de ne s'évertuer contre la mort qu'au moment qu elle se présente pour l'enlever. U n chrétien toujours attentif à combattre ses passions • meurt tous les jours - avec l'apôtre: Quolidic inurior'. Un chrétien n'est jamais vivant sur la terre, parce qu’il y est toujours mortifié , et que la mortification est un essai , un apprentissage , un commencement de la mort. Vivons-nous, chrétiens, vivons-nous? Cet époque nous comptons , et où tout ce que nous comptons n’est plus à nous , est-ce une vie? et pouvons-nous n'apercevoir pas ce que nous perdons sans cesse avec les années? Le repos et la nourriture ne sontils pas de faibles remèdes de la continuelle maladie qui nous travaille? et celle que nous appelons la dernière, qu’est-ee autre ebose, à le bien entendre, qu'un redoublement et comme le dernier accès du mal que nous apportons nu monde en naissant? Quelle santé nous couvrait la mort que la reine gantait dans son sein I De combien près la menace n-t-elle été suivie du coup ! et où en était Cette grande reine, avec toute la majesté qui l'environnait , si elle eût été moins préparée ? Tout d'un coup on voit arriver le moment fatal , ou la terre n'n plus rien pour elle que des pleurs. Que peuvent tant de fidèles domestiques empressés autour de son lit? Le roi même , que pouvaitil , lui , messieurs , lui qui succombait a la douleur avec toute sa puissance et tout son courage ? Tout ce qui environne ce prince l'accable. Monsieur, Madame venaient partager ses déplaisirs , et les augmentaient par les leurs. Et vous, monseigneur, que pouviez-vous que de lui percer le cœur par vos sanglots? il l’avait assez percé par le tendre ressouvenir d'un amourqu’il trouvait toujours également vif après vingt-trois ans écoulés. On en gémit , on en pleure ; voilà ce que peut la terre pour une reine si chérie : voilà ce que nous avons u lui donner, des pleurs, des eris inutiles. Je lue trompe, nousavons encore des prières ;nouvavons ce saint sacrifice , rafraîchissement de nos peines, expiation de nos ignorances, et des restes de nus pèches. Mais songeons que ce sacrifice d'une valeur infinie, où toute la croix de Jésus est renfermée , ce sacrifice serait inutile à la reine , si elle n'avait mérité par sa bonne vie que l'effet en put passer jusqu'à elle : autrement , dit saint Augustin qu'opère un tel sacrifice? Nul soulagement ] pour lis morts , une faible consolation [tour les

* 1. Cor. f-ap. XV, st.

' Srrm CLXUI , l. V , eut. SJÎ.

vlv ants . Ainsi tout le salut vient de cette vie, dont Infuite précipitée nous trompe toujours. « Je viens, dit Jésus-Christ, comme un voleur » Il a fait selon sa parole; il est venu surprendre la reine dans le temps que nous la croyions in plus saine , dans le temps qu’elle se trouvait la plus heureuse. Mais c'est ainsi qu'il agit : Il trouve pour nous tant de tentations et une telle malignité dans tous les plaisirs, qu'il vient troubler les pins innocents dans ses élus. Mais 11 vient, dit-il , • comme un « voleur , » toujours surprenant et impénétrable dans scs démarches. C'est lui-même qui s'en glorifie dans toute son Écriture. Comme un voleur, direz - vous , indigne comparaison! N’importe quelle soit Indigne de lut, pourvu qu'elle nous effraie, et qu'en nous effrayant elle nous sauve. Tremblons donc, chrétiens, tremblons devant lui à chaque moment; car qui pourrait ou l'éviter quand il éclate, ou le découvrir quand il se cache? «Ilsmangcaient, dit-il, ils buvaient, ils achetaient, « ils vendaient, Ils plantaient , ils bâtissaient , ils

• faisaient des mariages aux jours de Noé et aux « joursdcLoth Vet une subite ruine les vint accabler. Ils mangeaient , il buvaient, il se mariaient. C'étaient des occupations innocentes : que sera-cc, quand en contentant nos impudiques désirs, eu assouv issant nos vengeances et nos secrètes jalousies, en accumulant dans nos coffres des trésors d'iniquité, sans jamais vouloir séparer le bien d'autrui d'avec le nôtre; trompés par nos plaisirs, par nos jeux, par notre sauté, par notre jeunesse, par l’heureux succès de nos affaires, par nos flatteurs , parmi lesquels il faudrait peut-être compter des directeurs infidèles que nous avons choisis pour nous séduire, et enfin par nos fausses pénitences qui ne sont suivies d'aucun changement de nos moeurs, nous viendrons tout A coup nu dernier jour. La sentence partira d'en haut : • La fin est venue , la fin est venue : » Fi-

. nis verni, venil finis. « La fin est venue sur vous : • j y u ne finis super le 1 : tout va finir pour vous cil ! ce moment. Tranchez, - concluez : ■ Fac concluj sionem *. Frappez l'arbre infructueux qui n’est plus bon que pour le feu : « coupez l'arbre , ar-

• racliezses branches, secouez ses feuilles, abat- > tez ses fruits ! : • périsse par un seul coup tout ce qu'il avaitavec lui-même I Alors s’élèveront des

1 Vi-nlam ad le traquant fur {Apnc. cap. Ml, 3.)

1 Sicul tetra est in dictas Rot. tüa erlt et in dictas filii hoininu... U&orrs dun-lianl, et datai dur ad nuptia*... idmililer sicul factum est in dictas Lnlh : ttMant et hibetant , «incitant cl vctulcbanl , pLmtataut et uxlillcalmat (Lire, cap. XVII, 30.27, 2».)

» R:cth. cap. vil, 2.

* Jbié. XL

1 Clamât il fortiter, et sic ait : Sacrldite arborent, et pnecMilc ramos rjus. cicutitc folia dus, et diftpergtte fructus cjus (Hait. cap iv, u ;

D’ANNE DE GONZAGUE

frayeurs mortelles , et des grincements de dents , préludes de ceux de l’enfer. Ah ! mes frères , n'attendons pas ce coup terrible! Le glaivequi atranché les jours de la reine est encore levé sur nos tètes ; nos péchés en ont affi lé le tranchant fatal. * Le

- glaive que je tiens en main, dit le Seigneur notre

• Dieu, est aiguiséet poli : il est aiguisé, afin qu'il « perce; il est poli et limé, afin qu’il brille - Tout l’univers en voit le brillant éclat. Glaive du Seigneur, quel coup vous venez, de faire ! Tonte la terre en est étonnée. Mais que nous sert ce brillant qui nous étonne, si nous ne prévenons le coup qui nous tranche? Prévenons-le, chrétiens , par la pénitence. Qui pourrait n'étre pas ému à ce spectacle? Mais ces émotions d'un jour, qu’opèrent-elles? Un dernier endurcissement , parce qu'à force d'dtre touché inutilement , on ne se laisse plus toucher d’aucun objet. Le sommes-nous des maux de la Hongrie et de l’Autriche ravagées? Leurs habitants passés au fil de l'épée : et ce sont encore les plus heureux , la captivité entraîne bien d’autres maux et pour le corps et pour l'Ame; ces habitants désolés, ne sont-cc pas des chrétiens et des catholiques, nos frères, nos propres membres, enfants de la même Église , et nourris à la même table du pain de vie? Dieu accomplit sa parole : . le jugement commence par sa maison* ■ et le restede Inmaisonnetremblc («s! Chrétiens, laissez-vous fléchir , faites pénitence , apaisez Dieu par vos larmes. Ecoutez la pieuse reine , qui parle plus haut que tous les prédicateurs. Écoutez -la, princes ; écoutez-la, peuples ; écoutcz-la, monseigneur, plus que tous les autres. Elle vous dit par ma bouche , et par une voix qui vous est connue , que la grandeur est un songe , la joie une erreur, la jeunesse une fleur qui tombe, et la santé un nom trompeur. Amassez donc les biens qu'on ne peut perdre. Prêtez l'oreille aux graves discours que saint Grégoire de Nazianzc adressait aux princes et à la maison régnante. « Respectez ,

- leur disait-il, votre pourpre, » respectez votre puissance qui vient de Dieu, et ne l’employez que pour le bien. « Connaissez ce qui vous n été

• confié , et le grand mystère que Dieu accomplit ■ en vous. Il sc réserve à lui seul les choses d’en

- haut ; il partage avec vous celles d'en bas : mon-

• trez-vous dieux aux peuples soumis, « en imitant la bonté et la munificence divine J. C’est ,

1 H .tc «ticit Domlnu* Dom , loquerv : Gladius , gladius exaculu» est et Jlmalu». I l ccdiS vlclimas, exnculus est; ut splcndcot , llmatu» e.-l. (/ ïseck- cap. x», 9, lu.)

1 Tempua est ut indpiat judiciuin a duwo Lki. ( 1. Petr. cap. iv, 17.)

* Iinperatores, purpuram verenminL.. Cognoscllc quantum ici sit, quod vestro» iidi-i cotnmbMiin rsl, quant unique dira,

vos mysterium..-. Supcra solius bd su ni : inféra aulrm vestraeliamsunt. Subdilis veslrüdcos vus prxbctc. (Oral, uni,

monseigneur, oeque vous demandent ces empressements de tous les peuples , ces perpétuels applaudissements, et tous ces regards qui vous suivent. Demandez à Dieu , avec Salomon ' , la sagesse qui vous rendra digne de l'amour des peuples et du trAne de vosancétres ; et quand vous songerez à vos devoirs , ne manquez pas de considérer à quoi vous obligent les immortelles actions de Louis le Guano et l'incomparable piété de Marie-Tiiébése*.

ORAISON FUNÈBRE

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