PRINCESSE PALATINE
Prononcée en présence de monseigneur le Duc , de madame
la Duchesse, et de monseigneur le duc de Bourbon,
dans l'église des carmélites du fautiourg Saint-Jacques ,
le neuvième jour d'août 1085.
Apprehendi le ab exlrcmit Urne, et a longinquit tjut vocavi te : elrgi te, et non atyeei te; ne timeas, quia ego cutn .1 um.
m Je l’ai pris par la main pour le ramener fies extrémité* de la terre; je fai appelé des lieux le» plus éloignés; Je fai choisi, et je ne fai pas rejeté : oe crains point, parce qne je suis avec toi. »
C’est Dieu mémo qui parie ainsi. ( /si. cap. xij, 9, to. ) Monseigneur ,
Je voudrais que toutes les Ames éloignées de Dieu , que tous ceux qui se persuadent qu'on ne peut sc vaincre sol-même ni soutenlrsa constance parmi les combats et les douleurs, tous ceux enfin qui désespèrent de leur conversion ou de leur persévérance, fussent présents à cette assemblée : ce discours leur ferait connaître qu'une Ame fidèle à la grAcc , malgré les obstacles les plus
1 8ap. cap. IX , 4.
* Louis XIV, au moment de la mort de Marie-Tliérése, en avait fait le plus grand éloge possible : P oit à , dit-il , le premier chagrin qu'elle m'ait donné. Le discours de Bossuet 00 pouvait être que le développement de ce beau mot qui renferme l'éloge le plus complet qu'un époux, et surtout un époux roi, puisse Jamais faire de sa femme. Mai» on sait que les vertu» domestiques et modestes ne sont pas celles qui prêtent le plus à la grande éloqurnee, h celle qui s’adresse aux horn mes assemblés. Dans tout ce qui prétend aux grands effets, U faut quelque chose qui serapprt*liedu dramatique, des désastres, des révolutions, des scène», des contraste* : voilà ce qui sert le mieux le poêle , l’orateur, l'historien ; Il semble que l'homme aime mieux être ému que d’être instruit. L’éloge du la simple vertu est comme un beau portrait : quelque parfaite qu’en soit l’cxécullon, il frappera beaucoup moins qu'une physionomie passionnée dans un tableau d’histoire : et c’est encore là un de ces principes généraux par lesquels tous les art» se rapprochent les uns des autres. (La Harpe.)
* Anne de Gonzague naquit en I Gin de Charles de Gonxjigue-Cléves , et de Catherine de lorraine. Marie, sa wrur aînée, fui reine de Pologne; et Bénédicte, sa sortir cadette, ahbeae d’Avenai. O* trois princesses h peine sorties de l'en-
j fanœ perdirent leur mère. Anne fut élew*e a falibaye «le F.i- I muons Hcr, ou Farmoulier, mais la vivacité de son esprit * et de son imagination l’dui;;uail de» soûls monastiques qui»
ORAISON FUNÈBRE
invincibles, s'élève à la perfection la plus éminente. La princesse à qui nous rendons les derniers devoirs, en récitant selon sa coutume l'ofllce divin , lisait les paroles d'Isaïe que j'ai rapportées. Qu'il est beau de méditer l'Ecriture sainte ; et que Dieu y sait bien parler non-seulement à toute l'Église , mais encore à chaque fidèle selon ses besoins! rendant qu'elle méditait ces paroles (c'est elle-même qui le raconte dans une lettre admirable 1, Dieu lui imprima dans le cœur que c'était à elle qu'il les adressait. Elle crut entendre une voix douce et paternelle qui lui disait : • Je - t'ai ramenée des extrémités de la terre, des lieux
• les plus éloignés 1 , • des voies détournées où tu te perdais , abandonnée à ton propre sens , si loin de la céleste patrie et de la véritable voie , qui est Jésus-Christ. Pendant que tu disais en ton cœur rebelle : Je ne puis me captiver, j'ai mis sur toi ma puissante main, - etj’aidit:Tuseras ma servante, jet'ai choisie » dès l'éternité, • et je n’ai pas rejeté » ton éme superbe et dédaigneuse. Vous voyez par quelles paroles Dieu lui fuit sentir l'état d'ou il l'a tirée; mais écoutez comme il l'encourage parmi les dures épreuves où 11 met sa patience : « Ne « crains point ■ au milieu des maux dont tu te sons accablée, • parce que je suis ton Dieu • qui te fortifie; - ne te détourne pas de la voie * • où Je t’engage, ■ puisque je suis avec toi; -jamais je ne cesserai de te secourir ; - et le juste que j'en-
• voie au monde, • ce Sauveur miséricordieux, ce pontife compatissant, « te tient par la main : > tenebit te dexlera justi rnci !. Voilà, messieurs, le passage entier du saint prophète Isaïe , dont je n'avais récité que les premières paroles. Puis-je mieux vous représenter les conseils de Dieu sur cette princesse que par des paroles dont il s'est servi pour lui expliquer les secrets de ces admirables conseils? Venez maintenant, pécheurs, quels que vous soyez, en quelques régions écartées que la tempête de vos passions vous ait jetés , fussiez- vous dans ces terres ténébreuses dont H est parlé dans l'Écriture , et dans l'ombre de la mort 4 ; s’il vous reste quelque pitié de votre
m famille tâchait de lui inspirer. Sa beauté lui attira les hommages d’Henri de Guise, qui , avant d'étre entré dans le» ordrrs, avait été nommé* l'archevêché «le Reims, et lui avait même fait une promesse de mariage. En lots, elle épousa le prince Edouard , comte palatin du Rhin, petit-lit* de Jacques P». Elle eut de ce mariage quatre enfanta dont trois tille*, 1*une desquelles fut mariée a Henri-Jules de Bourbon, lil» du grand Coudé. Devenue veuve de bonne heure, Anne de GotuagUC m* mêla à toute* le* intrigue» de la Fronde, et , après avoir passé plusieurs année* dans l'agitation et le scandale, elle »e livra au* exercices de piété avec une ardeur et une constance qui tirent oublier be» égarements. Elk mourut en l&Ht, au palais du Luxembourg.
1 I*a. cap. xu, o, 10.
1 Ibid. cap. xu, 10.
* IM. cap. IX , 2.
* Populo* qui anibiilabat in tenebris ... Hibitanübus in ff$iunc uuibra; ojurlis. ( I*a. cap. ix, 2. )
âme malheureuse , venez voir d’où la main de Dieu a retiré la princesse Anne, venez voir ou la main de Dieu l'a élevée. Quand on voit de pareils exemples dans une princesse d’un si haut rang, dans une princesse qui fut nièce d'une impératrice , et unie par ce lien à tant d'empereurs, sœur d'une puissante reine 1 , épouse d'un fils de roi, mère de deux grandes princesses ■ , dont l'une est un ornement dans l'auguste maison de France , et l’autre s'est fait admirer daus la puissante maison de Brunswick ; enfin dans une princesse dont le mérite passe la naissance, encore que, sortie d'un père et de tant d'aïeux souverains , elle ait réuni en elle avec le sang de Gonzague et de Clèves celui des Paléologues J , celui de Lorraine, et celui de France par tant de eûtes ; quand Dieu joint à ces avantages une égale réputation , et qu'il choisit une personne d'un si grand éclat pour être l'objet de sou étemelle miséricorde , U ne se propose rien moins que d’instruire tout l'univers. Vous donc qu'il asscmblu en ce saint lieu, et vous principalement, pécheurs, dont il attend ta conversion avec une si longue patience , n'endureissez pas vos cœurs , ne croyez pas qu'il vous soit permis d'apporter seulement à ce discours des oreilles curieuses. Toutes les vaines excuses dont vous couvrez votre impénltcnce vous vont être ûtées : ou la princesse palatine portera la lumière dans vos yeux , ou elle fera tomber, comme un déluge de feu , la vengeance de Dieu sur vos tètes. Mon discours , dont vous vous croyez peut-être les juges , vous jugera au dernier jour; ce sera sur vous un nouveau fardeau, comme parlaient les prophètes : Onus eerbi Domini super Israël* ; et si vous n’en sortez plus chrétiens, vous en sortirez plus coupables. Commençons donc avec confiance l'œu vrc de Dieu. Apprenons avant toutes choses à n’être pas éblouis du botiheurqul ne remplit pas le cœurde l'homme, ni des belles qualités qui ne le rendent pas meilleur, ni des vertus , dont l’enfer est rempli , qui nourrissent le péché et lirapénitence , et qui empêchent l'horreur salutaire que l'âme pécheresse aurait d'elle-même. Entrons encore plus profondément dans les voies de la divine Providence , et ne craignons pas de faire paraître notre princesse dans les états différents où elle a été. Que ceux -la craignent de découvrir les défauts des âmes saintes, qui ne savent pas combien est puissant le bras de Dieu pour faire servir ces défauts
« lui reine de Pologne.
1 L'une était IVpouse du duc d'F.nghien, lil* du grand Onde ; l'autre fui mariée à Jeao-Frédértc de Brunswick , duc de Hanovre.
» Du eâtéde «on père, la prince*»* descendait de* Paléologue*, famille qui occupa le trône de Constantinople ver» le milieu «les treiziéme el quatorzième fticcle.
* Zach. cap. XII, I.
D'ANNE DE GONZAGUE
non-sonicment & sa gloire, mois encore à la perfection de scs élus. Pour nous, mes frères, qui savons à quoi ont servi à saint Pierre scs reniements , à saint Paul les persécutions qu'il a fait souffrir à l'Église ' , à saint Augustin scs erreurs , à tous les saints péniteuts leurs péchés , ne craignons pas de mettre la princesse palatine dans ce rang, ni de la suivre jusque dans l'incrédulité où elle était enfin tombée. C'est de là que nous la verrons sortir pleine de gloire et de vertu , et nous bénirons avec elle la main qui l’a relevée : heureux si la conduite que Dieu tient sur elle nous fait craindre Injustice qui nous abandonne à nous-mêmes , et désirer la miséricorde qui nous en arrache ! C’est ce que demande de vous trèshaute et très-puissante princesse Anne de Gonzague et de Clèves, princesse de Mamtooe ht
DE MoSTVEHEAT, ET COMTESSE FALATIKB DU
Khin.
Jamais plante ne fut cultivée avec plus de soin , ni ne se vit plus tôt couronnée de fleurs et de fruits que la princesse Anne. Dès scs plus tendres années elle perdit sa pieuse mère Catherine de Lorraine. Charles, duc de Nevcrs, et depuis due de Mantoue, son père, lui en trouva une digne d’elle, et ce fut la vénérable mère Françoise de la Châtre , d'heureuse et sainte mémoire , abbesse de Faremonsticr, que nous pouvons appeler la restauratrice de la règle de saint Benoit, et la lumière de la vie monastique. Dans la solitude de sainte Fare , autant éloignée des voies du siècle que sa bienheureuse situation la sépare de tout commerce dn monde ; dans cette sainte montagne que Dieu avait choisie depuis mille ans , où les épouses de JésusChrist faisaient revivre la beauté des anciens jours , où les joies de la terre étaient inconnues, où les vestiges des hommes du monde, des curieux, et des vagabonds, ne paraissaient pas , sous la conduite de la sainte abbesse , qui savait donner le lait aux enfants aussi bien que le pain aux forts , les commencements de la princesse Anne étalent heureux. Les mystères lui furent révélés, l'Écriture lui devint familière. On lui avait appris la langue latine, parce que c'était celle de l'Église ; et l’office divin faisait ses délices. Elle aimait tout dans la vie religieuse, jusqu'à ses austérités et ses humiliations ; et durant douze ans qu’elle fut dans ce monastère, on lui voyait tant de modestie et tant de sagesse, qu’on ne savait à quoi elle était le plus propre, ou à commander ou à obéir; mais la sage abbesse, qui la crut
i Saint Paul né A TorM en Cillrip , d'un dlnjren romain , fut élevé A l'école de» pharlslrm cl nourri dons la hoir» du dm»ti.vnlsme. Il aü-OIa Avec joie ou martyre de saint EUenne; et Il se rendait à Damas pour y prrwaater les chrétiens, lorsque la lumière divine venant l'éclairer tout A ooup U se convertit au vrai Dieu.
capable de soutenir sa réforme, la destinait au gouvernement ; et déjà on la comptait parmi les princesses qui avaient conduit cette célèbre abbaye, quand sa famille , trop empressée à exécuter ce pieux projet , le rompit. Nous sera-t-il permis de le dire? La princesse Marie 1 , pleine alors de l’esprit du monde, croyait, selon la coutume des grandes maisons, que ses jeunes sœurs devaient être sacrifiées à ses grands desseins. Qui ne sait où son rare mérite et son éclatante beauté , avantage toujours trompeur, lui firent porter scs espérances? Et d'ailleurs dans les plus puissantes maisons les partages ne sont-ils pas regardés comme une espèce de dissipation par où elles se détruisent d’elles-mémes : tant le néant y est attaché I La princesse Bénédicte, la plus jeune des trois soeurs , fut la première immolée à ces intérêts de famille ; on la fit abbesse , sans que dans un âge si tendre elle sût ce qu'elle faisait ; et la marque d’une si grave dignité fut comme un jouet entre ses mains. Un sort semblable était destiné à la princesse Anne : die eût pu renoncer à sa liberté si on lui eût permis de la sentir, et il eût fallu la conduire et non pas la précipiter * dans le bien. C'est ce qui renversa tout à coup les desseins de Faremonstier. Avetvai 3 parut avoir un air plus libre ; et la princesse Bénédicte y présentait à sa sœur une retraite agréable. Quelle merveille de la grâce 1 Malgré une vocation si peu régulière , la jeune abbesse devint un modèle de vertu ; ses douces conversations rétablirent dans le coeur de la princesse Anne ce que d'importuns empressements en avalent banni : elle prêtait do nouveau l'oreille à Dieu , qui l'appelait avec tant d'attraits à la vie religieuse ; et l'asile qu’elle avait choisi pour défendre sa liberté devint un piège innocent pour la captiver. On remarquait dans les deux princesses la même noblesse dans les sentiments , le même agrément , et , si vous me permettez de parler ainsi, les mêmes insinuations dans les entretiens, au dedans les mêmes désirs, au dehors les mêmes grâces; et jamais sœurs ne furent unies par des liens ni si doux ni si puissants. Leur vie eût été heureuse dans leur éternelle union; et la princesse Anne n'aspirait plus qu’au bonheur d’être une humble religieuse d'une sœur dont elle admirait la vertu. En ce temps le duc de Mantoue leur père mourut : les affaires les appelèrent à la cour ; la princesse Bénédicte, qui avait son partage dans le ciel , fut jugée propre à concilier les intérêts différents dans la famille. Mais , A coup funeste pour la princesse
1 Reine de Pologne , et sœur aînée de la princease palatin*
* Cetle «pression imitée de Tacile était familière à Bossuet. 11 * déjà dit , dans l'oraison funèbre de Madame, qu 'elle allait Ure précipitée dan» la gloire.
3 Petite ville de Champagne.
ORAISON FUNÈBRE
Aune! la pieuse abbesse mourut dans ce beau travail , et dans la ileur de son Age. Je n'ai pas besoin de vous dire combien le cœur tendre de la princesse Anne fut profondément blessé par cette mort; mais ce ne fut pas IA sa plus grande plaie. Maîtresse de ses désirs , elle vit le monde , elle en fut vue : bientôt elle sentit qu'elie plaisait, et vous savez le poison subtil qui eutre dans nu jeune cœur avec ces pensées. Ces beaux desseins furent oubliés. Rendant que tant de naissance, tanlde biens, tant de gréées qui l'accompagnaient, lui attiraient les regards de toute l'Europe, le prince Édouard de Bavière , fils de l'électeur Frédéric V , comte palatin du Rhin , et roi de Bohème , jeune prince qui s’étalt réfugié en Franre durant les malheurs de sa maison, la mérita. Elle préféra aux richesses les vertus de ce prince , et cette noble alliance oà de tous cètés on ne trouvait que des rois. La princesse Anne l'invite A se faire instruire ; il connut bientôt les erreurs où les derniers de ses pères , déserteurs de l'ancienne foi , l’avaient engagé : heureux présages pour la maison palatine I Sa conversion fut suivie de celle de la princesse Louise , sa soeur, dont les vertus font éclater par toute l'Église la gloire du saint monastère de Maubulsson ; et ces bienheureuses prémices ont attiré une telle bénédiction sur la maison palatine , que nous la voyons enfin catholique dans son chef. lé mariage de la princesse Anne fut un heureux commencement d'un si grand ouvrage. Mais , hélas ! tout ce qu’elle aimait devait être de peu de durée. Le prince son époux lui fut ravi , et lui laissa trois princesses , dont les deux qui restent pleurent encore la meilleure mère qui fut jamais , et ne trouvent de consolation que dans le souvenir de scs vertus. Ce n'est pas encore le temps de vous en parler. La princesse palatine est dans l'état le plus dangereux de sa vie. Que le monde voit peu de ces veuvesdont parle saintPaul, « qui vraiment veuves et désolées ' » s'ensevelissent, pourainsi dire, elles-mêmes dans le tombeau de leu rs époux , y enterrent tout amour humain avec ces cendres chéries, et, délaissées sur la terre, « mettent leur espérance en Dieu , et passent les nuitset les jours dans la prière I «Voilà l'état d'une veuve chrétienne, selon les préceptes de saint Paul : état oublié parmi uousoù la viduité est regardée, non plus commcun état de désolation, car ces mots ne sont plus connus, mais comme un état désirable, où , affranchi de tout joug, on n'a plus A contenter que soi-même, sans songer à cette terriblesentencc de saint Paul, • La veuve qui passe sa vie dans les plaisirs, ■ remarquez qu'il ne dit
• VlduA» honora , qu.T vere vlduie «uni. .. Qu» autem vün vitiun rst rl , speret in Dt-um , «I Inst»’! olisccralkml-
bueet oratiomlxja, uocte ac die. ( 1. Timoth. cjj> v, 3 et
»eq )
pas, la veuve qui passesaviedansleserimcs, ildit,
■ La veuve qui la passe dans lis plaisirs est morte * toute vive *, • parce que , oubliant le deuil étemel et le caractère de désolation qui fait le soutien comme la gloire de son état , elle s’abandonne aux joies du monde. Combien donc en devrait-on pleurer comme mortes de ces veuves jeunes et riantes, que le monde trouve si heureuses! Mais surtout, quand on a connu Jésus- Christ et qu'on a eu part à ses grAces , quand la lumière divine s'est découverte , et qu'avec des yeux illuminés on se jette dans les voies du siècle; qu'arrive-t-il à une Ame qui tombe d'un si haut état, qui renouvelle contre Jésus-Christ , et encore contre Jésus-Christ connu et goûté , tous les outrages des Juifs, et le crucifie encore une fois? Vous reconnaissez le langage de saint Paul. Achevez donc, grand apûtre, et dites-nous ce qu’il faut attendre d'une chute si déplorable. « Il est ■■ impossible , dit-il , qu'une telle Ame soit renou- « velée par la pénitence *. » Impossible ! quelle parole! soit, messieurs, quelle signifie que la conversion de ces Ames autrefois si favorisées surpasse toute la mesure des dons ordinaires , et demande, pour ainsi parler, le dernier effort de la puissance divine, soit que l'impossibilité dont parle saint Paul veuille dire qu'en effet il n’y a plus de retour à ces premièresdouceurs qu'a goûtées une Ame innocente , quand elle y a renoncé avec connaissance , de sorte qu’elle ne peut rentrer dans la grAee qoe par des chemins difficiles et avec des peines extrêmes. 4-
Quoi qu'il en soit, chrétiens, l'un et l'antre s'est vérifié dans la princesse palatine : pour la plonger entièrement dans l'amour du monde il fallait ce dernier malheur. Quoi? la faveur de la cour! I-a cour veut toujours unir les plaisirs avec les affaires. Par un mélange étonnant, il n'y a rien de plus sérieux ni ensemble de plus enjoué. Enfoncez , vous trouvez partout des intérêts cachés, des jalousies délicates qui causent une extrême sensibilité , et , dans une ardente ambition, des soins et un sérieux aussi triste qu'il est vain : tout est couvert d'un air gai , et vous diriez qu’ou ne songe qu’a s'y di vertir. Le génie de la princesse palatine se trouva également propre aux divertissement» et aux affaires ; la cour ne vit jamais rien de plus engageant ; et , sans parler de sa pénétration ni de la fertilité infinie de ses expédients, tout cédait au charme secret de ses entretiens. Que vois-
1 Nam cjuæ in dcliciia est, vivent mortua est. (I. Tim. cap v, 0. )
3 Impossible rat enim eos qui seinel sont illumlnatl, gustaverunt et tant donnra oriente, et participes facli sunt Spirilas sancü , giulnverunt niliilominu* Ixtnum l>i l verbum, virlntcsque su’cuü venturi, et pmUpsl sunt, rursus renovari a«l pu-nitt-ntiam , rnrsum rniritigculrs nlblinelipds Filunn
I Dd, et ost' uiul baheote*. ijMt. eap vi. » et scq.)
D'ANNE DE GONZAGUE
je durant ce temps 1 quel trouble I quel affreux spectacle se présente ici à mes yeux 1 La monarchie ébranlée jusqu'aux fondements , la guerre cm le, la guerre étrangère, le feu nu dedans et nu dehors ; les remèdes de tous côtes plus dangereux que les maux ; les princes arrêtes avec grand péril, et délivrés avec un péril encore plus grand ; ce prince ■ , que l'on regardait comme le héros de son siècle, rendu inutile à sa patrie dont il avait été le soutien , et ensuite , Je ne suis comment , contre sa propre inclination * , armé contre elle ; un ministre persécuté, et devenu necessaire, nonseulement par l'importance de scs services, mais encore par ses malheurs ou l'autorité souveraine était engagée J. Que dirai-je? Etait-ce là de ces tempêtes par où le ciel a besoin de se décharger quelquefois ; et lo calme profond de nos jours devait-il être précédé par de tels orages? ou bien étaicnt-ce les derniers efforts d'une liberté remuante qui allait céder la place à l'autorité légitime ? ou bien était-ce comme un travail de la France prête à enfanter le régne miraculeux de Louis? Non, non; c'est Dieu qui voulait montrer qu’il donne là mort , et qu’il ressuscite ; qu'il ; plonge jusqu’auxenfers, et qu'il en retire 1 ; qu'il j secoue la terre et la brise , et qu’il guérit eu un moment toutes scs brisures 5. Ce fut là que la princesse palatine signala sa fidélité, et lit paraître toutes les richesses de son esprit. Je ne dis rien qui ne soit connu. Toujours fidèle à l'État et à la grande reine Anne d’Autriche , on sait qu'avec le secret de cette princesse elle eut encore celui de tous les partis : tant elle était pénétrante ! tant elle s'attirait de confiance ! tant il lui était naturel de gagner les cœurs ! Elle déclarait aux chefs des partis jusqu'où elle pouvait s’engager, et on la croyait incapable ni de tromper ni d'être trompée ; mais son caractère particulier était de concilier les intérêts opposés , et , en s’élevant audessus , de trouver le secret endroit et comme le nœud par où on les peut réunir 6. Que lui servi ■ rent ses rares talents; que lui servit d’avoir mérité la confiance intime de la cour; d'en soutenir le ministre deux fols éloigné , contre sa mauvaise fortune, contre ses propres frayeurs, contre la malignité de scs ennemis , et enfin contre ses amis ,
' Le grand Condé.
* Il ne prit Ira armes que pour se venger de Mazarin.
3 Tou* 1rs échecs qu’éprouvait le cardinal retombaient en effet sur la cour qa'il gouvernait alors
* Domina» morlifirat et vivifleat; dcducit ad Infer»» cl rcdueit. (I. Reg. cap. n, G.)
* Commovbti terrant , et conturbastl eam : sana cootriliortes ejus , quia commuta est. (Pial. ux , 4.)
* Suivant madame de Motte vil le, Anne se mêla de tout ce . qui se fit alors; elle détermina l'élargissement des prince», I reudil n la reine mère d'important* services , rt lui donna les | moyen» de soutenir Mnzarin . qui ne s eu munira pas fort re- i cuuualssaat
ou partagés, ou Irrésolus, ou infidèles? Que ne lui promit-on pas dans ecs besoins I Mais quel fruit lui en revint-il, sinon de connaître par expérience le faible des grands politiques, leurs volontés changeantes, ou leurs paroles trompeuses 1 , la diverse face des temps , les amusements des promesses, l’Illusion des amitiés de la terre qui s'en vont avec les années et les Intérêts, et la profonde obscurité du cœur do l'homme , qui ne sait jamais ee qu'il voudra, qui souvent no sait pas bien ee qu’il veut , et qui n’est pas moins caché ni moins trompeur à lui-même qu’aux autres * ? O étemel roi des siècles, qui possédez seul l'immortalité, voilà ce qu’on vous préfère, voilà ce qui éblouit les âmes qu’on appelle grandes !
Dans ces déplorables erreurs , la princesse palatine avait les vertus que le monde admire , et qui font qu’une à me séduite s'admire elle-même; inébranlable dans scsamitiés et incapable de manquer aux devoirs humains. La reine sa sœur en fit l'éprcnve dans un temps où leurs cœurs étaient désunis. Un nouveau conquérant s'élèveen Suède ; on y voit un autre Gustave 3, non moins (Ier ni moins hardi ou moins belliqueux (pie celui dont le nom fait encore trembler l’Allemagne. Charles Gustave parut à la Pologne surprise et trahie comme un lion qui tient sa proie dans ses ongles, tout prêt à la mettre en pièces. Qu'est devenue cette redoutable cavalerie qu’on voit fondre sur l’ennemi avec la vitesse d’un aigle? où sont ees âmes guerrières , ces marteaux d’armes tant vantés , et ces arcs qu’on ne vit jamais tendus en vain?
' l.a princes-e palatine fit, en effi»t, l’expérience des rolontês changeantes, de» parole $ trompeuses, des promesses iltupùres d’un ministre qui ne voulait être fidèle ni à la haine ni n l'amitié. On lui avait promis la place de surintrndanlo de la maison de la Jeune reine ; mais le cardinal Mazarin , toa- 1 jours tourmenté de la fureur insensée d Vnr icb 1 r et d’élever u un famille qu'il n'aimait pas plus qu’il n'en était aimé, porta le roi a demander à La princesse palatine la démission d'une place dont elle avait déjà le titre, pour la faire passer à la comtesse de Buisson», sa nièce. {Le cardinal de Dausset.)
1 Toutes ce» t.lee* ont été depuis répétée» mille foi» : mais que cette façon de le» concevoir et de k» rendre est hors de toute comparaison? Ce sont de» lieux communs dans le» imitateurs. Je le veux; mai» aussi ont-ll», comme Bossuet, ce sentiment Intime , cette ptélé si sincèrement dédaigneuse, ce mépris atterrant qui semble flétrir & chaque mol toutes le» Jouissance* temporelles? {La Harpe.) — Don» ce tableau fidelr de toutes les cours , il est facile de démêler les trait» qui conviennent au cardinal Mazarin en particulier. Bossuet le Juge sans prévention, sans haine, sans amertume. Il parlait «levant des hommes qui avalent été les amis ou les ennemi* ' de ce ministre; il parlait sou» un roi qui avait conservé du J respect et de la reconnaissance pour la mémoire d'un ministre ô qui H croyait devoir beaucoup, et qui, un effet, lui I avait rendu de grands services. Bossuet s'élève au-dessus de tou'r» ce» considérations; Il Juge son siècle el scs contemporains avec In même impartialité et la même indépendance qu'il aurait Juge les hommes et le» événements placé» dan» un long éloignement , et Jusque dan» se* Oraisons funèbres, Bossuet est l'interprète de la postérité. (Le cardinal de D*iu»set.)
3 Gustave-Adolphe , père île la reine Christine , battit les impériaux en toi . n Ldpsick , et en i - , à Latica.
ORAISON FUNÈBRE
ni les chevaux ne sont vîtes, ni les hommes ne sont ndroits que pour fuir devant le vainqueur. En même temps lu Pologne se voit ravagée par le rebelle Cosaque , par le Moscovite infidèle , et plus encore par le Tartare, qu’elle appelle à son secours dans son désespoir. Tout nage dans le sang, et on ne tombe que sur des corps morts. La reine n’a plus de retraite , elle a quitté le royaume ; après de courageux, mois de vains efforts, le roi est contraint de la suivre : réfugiés dans la Silésie, où ils manquent des choses les plus nécessaires , il ne leur reste qu’à considérer de quel côté allait tomber ce grand arbre1 ébranlé par tant de mains , et frappé de tant du coups à sa racine , ou qui en enlèverait les rameaux épars. Dieu en avait disposé autrement ; la Pologne était nécessaire à son Église, et lui devait un vengeur*. Il la regarde en pitié ’; sa main puissante ramène en arrière le Suédois indompté , tout frémissant qu'il était. Il se venge sur le Danois , dont la soudaine invasion l’avait rappelé, et déjà il l'a réduit à l'extrémité. Mais l'Empire et la Hollande se remuent contre un conquérant qui menaçait tout le nord de la servitude. Pendant qu’il rassemble de nouvelles forces et médite de nouveaux carnages, Dieu tonue du plus haut des cicux ; le redouté capitaine tombe au plus beau temps de sa vie, et la Pologne est délivrée *. Mais le premier rayon d’espérance vint de la princesse palatine; honteuse de n’envoyer que cent mille livres au roi et à la reine de Pologne , elle les envoie du moins avec une incroyable promptitude. Qu'admira-t-on davantage, ou de ce que ce secours vint si à propos, ou de ce qu’il vint d'une main dont on ne l’attendait pas, ou de ce que, sans chercher d’excuse dans le mauvais état où se trouvaient ses affaires, la princesse palatine s'ôta tout pour soulager une sœur qui ne l’aimait pas? Les deux princesses ne furent plus qu'un même cœur : la reine parut vraiment reine par une bonté et par une magnificence dont le bruit a retenti par toute la terre ; et la princesse palatine joignit au respect qu'elle avait pour une aînée de ce rang et de ce mérite une éternelle reconnaissance Quel est , messieurs , cet aveuglement dans une
1 Cîamxvit forlltrr, et «te ait : Suceidlte arliorfm , et prxcidlle ramus rjus , eamlitc folia rjus, eldlspergite fructiu rjui. l/Sm. o.vp. IV, a, 30.) Suecidrât vum alirni , et crudi-ltsMiui naUonum. rt projidvnt euin super montra; i l In cundia convaincus corrurnl raml (jus , et eonfringentur irbuxl.i rjus lu unlrrrsia nipibu* terne. (AeerA cap. mi, v. r>.)
* Jean Sobtrski , depuis roi de Pologne , défit les Turcs à la bataille de Ohoczlm , le 1 1 novembre 1673, et leur tua vingtbuit mille iKimmes.
* Reducam te lo vlam , per quam^veolsli. (IV. Sfr», cap. xix, JM
1 Ce morrrau sur la Pologne égale en vigueur et en précision les plus beaux passages du Vi scours sur l'UùOim wûvcnelU.
âme chrétienne, et qui le pourrait comprendre, d’être incapable de manquer aux hommes , et de ne craindre pas de manquer à Dieu ? eomme si le culte de Dieu ne tenait aucun rang parmi les devoirs I Contez- nous donc maintenant , vous qui les savez , toutes les grandes qualités de la princesse palatine; faites-nous voir, si vous le pouvez, toutes les grâces de cette douce éloquence qui s’insinuait dans les cœurs par des tours si nouveaux et si naturels ; dites qu’elle était généreuse, libérale , reconnaissante, Adèle dans ses promesses, juste : vous ne faites que raconter ce qui l'attachait à elle-même. Je ne vois dans tout ce récit que le prodigue de l'Évangile ' , qui veut avoir son partage , qui veut jouir de soi-même et des biens que son père lui a donnés , qui s'en va le plus loiu qu’il peut de la maison paternelle • dans un pays « écarté , « où il dissipe tant de rares trésors , et , en un mot , où il donne au monde tout ce que Dieu voulaitavoir. Pendant qu'elle contentait le monde et se contentait elle-même, la princesse palatine n'était pas heureuse , et le vide des choses humaines se faisait sentir à son cœur. Elle n'était heureuse, ni pour avoir avec l’estime du monde, qu'elle avait tant désirée, celle du roi même ; ni pour avoir l’amitié et la conAance do Philippe , et des deux princesses’ qui ont fait successivement avec lui la seconde lumière de la cour; de Philippe, dis-je, ce grand prince, que ni sa naissance, ni sa valeur, ni la victoire elle-même, quoiqu’elle se donne à lui avec tous ses avantages , ne peuvent cnAer; et de ces deux grandes princesses dont on ne peut nommer l’une sans douleur, ni connaître l'autre sans l'admirer. Mais peut-être que le solide établissement de la famille de notre princesse achèvera son bonheur. Non, elle n'était heureuse, ni pour avoir placé auprès d'elle la princesse Anne, sa chère Aile et les délices de son cœur, ni pour l’avoir placée dans une maison où tout est grand. Que sert de s'expliquer davantage? on dit tout quand on prononce seulement le nom de Louis de ltourbon, prince de Condé, et de Henri-Jules de Bourbon, duc d’Enghien. Avec un peu plus de vie elle aurait vu les grauds dons, et le premier des mortels , touché de ce que le monde admire le plus après lui, se plaire à le reconnaître par de dignes distinctions. C’est co qu'elle devait attendre du mariage de la princesse Anne. Celui de la princesse Bénédicte ne fut guère moins heureux , puisqu’elle épousa Jean-Frédéric, duc de Brunswick et de Hanovre, souverain puissant, qui avait joint le savoir avec la valeur,
1 Luc. exp. xv, u, 13.
* Philippe d'OrUxm, Monsieur, frère de Looli XIV, fut niarii' deux fol» : d'nWrd » Henriette d'Angleterre, ensuite à Clixrkdle-Ëluabeùi de Revivre.
IV AISNE DE GONZAGUE
la religion catholique avec les vertus do sa maison , et , pour comble de joie à notre princesse , lo service de l'Empire avec les intérêts de la France. Tout était grand dans sa famille ; et In princesse Marie sa Ulle n'aurait eu à désirer sur la terre qu'une vie plus longue. Que s'il fallait, avec tant d'éclat , la tranquillité et la douceur, elle trouvait dans un prince, aussi grand d'ailleurs que celui qui honore cette audience, avec les grandes qualités, celles qui pouvaient contenter sa délicatesse ; et dans la duchesse sa chère fille , un naturel tel qu'il le fallait à un cœur comme le sien , un esprit qui se fait sentir sans vouloir briller, une vertu qui devait bientôt forcer l'estime du monde , et , comme une vive lumière , percer tout à coup , avec un grand éclat , un beau mais sombre nuage. Cette alliance fortunée lui donnait une perpétuelle et étroite liaison avec le prince * qui de tout temps avait le plus ravi son estime, prince qu'on admire autant dans la paix que dans la guerre , en qui l'univers attentif ne voit plus rien à désirer, et s’étonne de trouver enfin toutes les vertus en un seul homme. Que fallait-il davantage, et que manquait-il au bonheur de notre princesse? Dieu , qu'elle avait connu , et tout avec lui.' Une fois elle lui avait rendu son cœur ; les douceurs célestes qu’elle avait goûtées sous les ailes de sainte Fare étaient revenues dans son esprit : retirée à la campagne , séquestrée du monde , elle s’occupa trois ans entiers à régler sa conscience et ses affaires. Un million qu’elle retira du duché de Réthelois servit & multiplier ses bonnes œuvres; et la première fut d’acquitter ce qu’elle devait avec une scrupuleuse régularité, sans se permettre ces composit ons si adroitement colorées, qui souvent ne sont qu’une injustice couverte d’un nom spécieux. Est-ce donc Ici cet heureux retour que je vous promets depuis si longtemps? Non , messieurs ; vous ne verrez encore à cette fois qu’un plus déplorable éloignement. Ni les conseils de la Providence , ni l’état de la princesse, ne permettaient qu’elle partageât tant soit peu son cœur : une âme comme la sienne ne souffre point de tels partages , et 11 fallait ou tout à fait rompre , ou se rengager tout à fait avec le monde. Les affaires l'y rappelèrent; sa piété s’y dissipa encore une fois : elle éprouva que Jésus- Christ n'a pas dit en vain : Fiunt novissima hominis illius p/’jora prioribus ' : » L’état de l'homme qui retombe devient pire que le premier. » Tremblez, âmes réconciliées, qui renoncez si souvent à la grâce de la pénitence; tremblez, puisque chaque chute creuse sous vos pas de nouveaux abîmes; tremblez enfin au terrible exemple de la princesse
' Le grand Coodé.
* Luc. cap. m , 26.
palatine A ce coup le Saint-Esprit Irrité se retire, les ténèbres s’épaississent, la foi s'éteint. Un saint abbé ' , dont la doctrine et la vie sont un ornement de notre siècle , ravi d'une conversion aussi admirable et aussi parfaite que celle de notre princesse , lui ordonna del'écrire pour l'édification de l’Église. Elle commence ce récit en confessant son erreur. Vous , Seigneur, dont la bonté infinie n'a rien donné aux hommes de plus efficace pour effacer leurs péchés que la grâce de les reconnaître, recevez l’humble confession de votre servante ; et , en mémoire d’un tel sacrifice , s’il lui reste quelque chose à expier après une si longue pénitence, faites-lui sentir aujourd’hui vos miséricordes. Elle confesse donc, chrétiens , qu'elle avait tellement perdu les lumières de la foi , que lorsqu'on parlait sérieusement des mystères de la religion, elle avait peine à retenir ce ris dédaigneux qu’excitent les personnes simples lorsqu’on leur voiteroire des choses impossibles :« Et, pour-
• suit-elle , c'eût été pour mol le plus grand de
• tous les miracles que de me faire croire ferme- « ment le christianisme. » Que n’eût-elle pas donné pour obtenir ce miracle t Mais l’heure marquée par la divine Providence n’était pas encore venue ; c’était le temps où elle devait être livrée à elle-même , pour mieux sentir dans la suite la merveilleuse victoire de la grâce. Ainsi elle gémissait dans sou incrédulité, qu’elle n'avait pas la force de vaincre. Peu s’en faut qu’elle ne s’emporte jusqu'à la dérision , qui est le dernier excès et comme le triomphe de l’orgueil , et qu’elle ne se trouve parmi • ces moqueurs dont le jugement
• est si proche, > selon la parole du Sage , PanUa sunt derisoribus judicia'.
Déplorable aveuglement ! Dieu a fait un ouvrage au milieu de nous , qui , détaché de toute autre cause, et ne tenant qu’à lui seul, remplit tous les temps et tous les lieux, et porte par toute la terre , avec l’impression de sa main , le caractère de son autorité : c’est Jésus-Christ et son Église. Il a mis dans cette Église une autorité seule capable d’abaisser l'orgueil et de relever la simplicité , et qui , également propre aux savants et aux ignorants , imprime aux uns et aux autres un même respect. C'est contre cette autorité que les libertins se révoltent avec un air de mépris : mais qu’ont-Us vu , ces rares génies , qu'ont-ils vu plus que les autres? Quelle Ignorance est la leur ; et qu’il serait aisé de les confondre , si , faibles et présomptueux, ils ne craignaient d’être instruits! car pensent-ils avoir mieux vu les difficultés à cause qu'ils y succombent, et que les autres qui les ont vues les ont méprisées ? Ils n’ont rien vu,
1 M. de Eencé, ebbé défi Trappe.
1 ’ Prm. UX.3S.
oogle
te
ORAISON FUNEBRE
lis n’entendent rien; ils n'ont pos même de quoi établir le néant auquel ils espèrent après cette vie, et ce misérable partage ne leur est pas assuré. Ils ne saveut s'ils trouveront un Dieu propice, wu unDieu contraire. S'ils le font égal ' au vice et à la vertu , quelle idole ! Que s'il lie dédaigne pas de juger ce qu'il a créé, et encore ce qu'il a créé capable d’un bon et d'un mauvais choix, qui leur dira ou ce qui lui plaît , ou ce qui l'offense, ou ce qui l'apaise ? Par ou ont-ils deviné que tout ce qu'on pense de ce premier être soit indifférent, et que toutes les religions qu’on voit sur la terre lui soient également bonnes ? Parce qu'il y en a de fausses, s’ensuit-il qu’il n’y en ait pas une véritable , ou qu'on ne puisse plus connaître l’ami sincère parce qu'on est environné de trompeurs ? Est-ce peut-être que tous ceux qui errent sont de bonne foi ? L'homme ne peut-il (ms , selon sa coutume, s'en imposer à lui-même? Mais quel supplice ne méritent pas les obstacles qu'il aura mis par ses préventions à des lumières plus pures 1 Où a-t-on pris que la peine et la récompe.nse ne soient que pour les jugements humains, et qu'il n'y ait pas en Dieu une justice dont celle qui reluit en nous ne soit qu’une étincelle ? Que s'il est une telle justice , souveraine , et par conséquent inévitable , divine , et par conséquent infinie , qui nous dira qu'elle n'agisse jamais selon sa nature, et qu'une justice infinie ne s’exerce pas à la fin par un supplice infini et éternel? Où en sont donc les impies ; et quelle assurance ont-ils contre la vengeance éternelle dont on les menace ? Au défaut d’un meilleur refuge. Iront-ils enfin se plonger dans l'ubbne de l'athéisme, et mettront-ils leur repos dans une fureur qui ne trouve presque point de place dans les esprits? Qui leur résoudra ces doutes, puisqu’ils veulent les appeler de ce nom? Leur raison , qu'ils prennent pour guide , ne présente à leur esprit que des conjectures et des embarras ; les absurdités où ils tombent en niant la religion deviennent plus insoutenables que les vérités dont la hauteur les étonne; et, pour ne vouloir pas croire des mystères incompréhensibles, Ils suivent l'une après l'autre d'incompréhensibles erreurs. Qu’est -oe donc, apres tout, messieurs, qu'est-ccquc leur malheureuse incrédulité, sinon une erreur sans fin , une témérité qui hasarde tout, un étourdissement volontaire, et, en un mot , un orgueil qui ne peut souffrir sou remède , c’est-à-dire qui ne peut souffrir une autorité légitime? Ne croyez pas que l'homme ne soit emporté que par l'intempérance des sens : l'intempérance de l’esprit n'est pas moins ïlatteuse ; comme l’autre elle se fait des plaisirs cache* , et s'irrite par r
* An Uni de indiffèrent, an dit encore nujuunt'hul famille rvaeul dam U conversation : Cela rn'eet égal.
la défense. Ce superbe croit s’élever au-dessus de tout et au-dessus de lui-même, quand il s'élève, ce lui semble, au-dessus de la religion qu'il a si longtemps révérée : Il se met au rang des gens désabusés; il insulte en son cœur aux faibles esprits qui ne font que suivre les antres sans rien trouver par eux-mêmes ; et , devenu le seul objet de ses complaisances , il se fait lui-méme son lficn.
C'est dans cct abîme profond que la princesse palatine allait se perdre. Il est vrni qu'elle désirait avec ardeur de connaître la vérité ; mais où est la vérité sans la foi , qui lui paraissait Impossible , à moins que Dieu ne l'établit en elle par un miracle? Que lui servait d'avoirconscrvé la connaissance de la Divinité? Les esprits même les plus déréglés n'en rejettent pas l'idce, pour n'avoir point è se reprocher un aveuglement trop visible. Un Dieu qu’on fait à sa mode , aussi patient, aussi insensible que nos pnssions le demandent, n'incommode pas : la liberté qu'on sc donne de penser tout ce qu'on veut fait qu'on croit respirer un air nouveau ; on s’imnginc jouir de soimême et de ses désirs ; et , dans le droit qu’on pense acquérir de ne se rien refuser , on croit tenir tous les biens, et on les goûte par avance.
En cet état , chrétiens , où la foi même est perdue , c'est-à-dire où le fondement est renversé , cpic restait-il h notre princesse ? que restait-il à nnc âme qui, par un juste jugement de Dieu , était déchue de toutes les grâces, et ne tenait à Jésus-Christ par aucun lien? qu’y restait-il , chrétiens, si ce n’est ce que dit saint Augustin? il restait la souveraine misère , et la souveraine miséricorde : Hcetahnt magna mise fia , et magna misericordia’. Il restait ce secret regard d'une Providence miséricordieuse qui la voulait rappeler des extrémitésde la terre ; et voici quelle fut la première touche. Prêtez l’oreille, messieurs : elle a quelque chose de miraculeux. Ce fut un songe admirable ; de ceux que Dieu même fait venir du ciel par le ministère des anges; dont les images sont si nettes et si démêlées ; où l’on voit je ne sais quoi de céleste. Elle crut ( c’est ellemême qui le raconte nu saint abbé : écoutez , et prenez garde surtout de n'écouler pas avec mépris l’ordre des avertissements divins , et la conduite de la grâce); elle crut , dis-je, " que, mar- « chant seule dans une forêt , elle y avait rencontré
* un aveugle dans une petite loge. Elle s'appro- « che pour lui demander s'il était aveugle de nais-
* sancc , ou s'il l'était devenu par quelque acci- ■ dent : il répondit qu'il était aveugle-né. Vous « ne savez donc pas , reprit-elle , ce que c'est que
1 Le telle de saint Augustin porlc : Remausit magna, etc i Entrerai. in paal. l , D* s. )
IV ANNE DF GONZAGUE
. la lumière, qui est si belle et si agréable , et le « soleil , qui a tout d'éclat cl de beauté? Je n'ai ,
« dit-il , jamais joui de ce bel objet , et je ne m'eu « puis former aucune idée : je ne laisse pus de
■ croire , continua-t-il , qu'il est d'une beauté ru-
■ vissante. C’avcugle parut alors changer de voix
• et de visage; et, prenant un ton d'autorité :
• Mon exemple , dit-il , vous doit apprendre qu'il » y a des choses très-excellentes et très-admirables « qui échappent à notre vue , et qui n'en sont ni
■ moins vraies ni moins désirables , quoiqu’on ne « les puisse ni comprendre ni imaginer. ■ C'est en effet qu’il manque un sens aux incrédules comme à l’aveugle ; et ce sens , c'est Dieu qui le donne , selon ce que dit saint Jean : « Il nous a « donné un sens pour connaître le vrai Dieu , et
- pour être en son vrai fils'. • Dédit nobis sensum , ut cognoscamus verum Dcum , et siinus in rem Jüio ejus. Notre princesse le comprit. En même temps, au milieu d'un songe si mystérieux , ■» elle fit l'application de la belle comparal- » son de l'aveugle aux vérités de la religion et de « l’autre vie : » ce sont ses mots que je vous rapporte. Dieu , qui n’a besoin ni de temps ni d’un long circuit de raisonnements pour se faire entendre , tout à coup lui ouvrit les yeux. Alors, par une soudaine illumination , « elle se sentit si éclai-
- rée( c’est elle-même qui continue à vous parler)
■ et tellement transportée de la joie d'avoir trouvé « ce qu'elle cherchait depuis si longtemps , quelle « ne put s'empêcher d’embrasser l'aveugle, dont « le discours lui découvrait une plus belle lumière « que celle dont il était privé. Et , dit-elle , il se
• répandit dans mon cœur une joie si douce et « une foi si sensible qu'il n’y a point de paroles « capables de l’exprimer. ■ Vous attendri , chrétiens, quel sera le réveil d'un sommeil si doux et si merveilleux : écoutez , et reconnaissez que ce songe est vraiment divin. « Elle s'éveilla la- « dessus , dit-elle , et se trouva dans le même état
• où elle s’était vue dans cet admirable songe , « c’est-à-dire tellement changée qu'elle avait peine
■ à le croire. » Le miracle qu'elle attendait est arrivé; elle croit, elle qui jugeait la foi impossible : Dieu la change par une lumière soudaine , et par un songe qui tient de l’extase. Tout suit en elle de la même force. « Je me levai , poursuit-elle ,
• avec précipitation : mes actions étaient mêlées « d'une joie et d'une activité extraordinaires. * Vous le voyez , cette nouvelle vivacité qui animait scs actions se ressent encore dans ses paroles. « Tout ce que je lisais sur la religion me « touchait jusqu'à répandre des larmes ; je me
• trouvais à la messe dans un état bien différent
• I Jomn. c*t>. V. 20.
« de celui où j'avais accoutumé d'être ; » car c'était de tous les mystères celui qui lui paraissait le plus incroyable : » mais alors , dit-elle , il me sem- « blait sentir la présence réeKede Notre-Scigneur,
« à peu près comme l'on sent les choses visibles et ■ dont l'on ne peut douter. - Ainsi elle passa tout à coup d une profonde obscurité à une lumière manifeste ; les nuages de son esprit sont dissipés : miracle aussi étonnant que celui où Jesus-Christ fit tomber en un instant des yeux de Saisi converti cette espèce decaille dont ils étaient couverts*. Qui donc ne s'écrierait à un si soudain changement : Le doigt de Dieu est ici 1 1 La suite ne permet pas d'en douter, et l’opération de la grâce se reconnaît dans ses fruits. Depuis ce bienheureux moment , la foi de notre princesse fut inébranlable ; et même cette joie sensible qu'elle avait à croire lui fut continuée quelque temps. Mais au milieu de ces célestes douceurs la justice divine eut son tour : l'humble princesse ne crut pas qu’il lui fût permis d'approcher d'abord des saints sacrements ; trois mois entiers furent employés à repasser avec larmes ses ans écoulés parmi tant d'il I usions , et à préparer sa con fession. Dons l'approche du jour désiré où elle espérait de la faire, elle tomba dans une syncope qui ne lui laissa ni couleur, ni pouls, ni respiration. Heveuue d'une si longue et si étrauge défaillance , elle se vit replongée dans un plus grand mal ; et , après les affres de la mort, elle ressentit toutes les horreurs de l'enfer: digne effet des sacrements del'Égiise , qui, donnés, ou différés, font sentir à l'âme la miséricorde de Dieu , ou tout le poids de ses vengeances. Son confesseur qu'elle appelle la trouve sans force , incapable d'application , et prononçant à peine quelques mots entrecoupés : il fut contraint de remettre la confession au lendemain. Mais il faut qu'elle vous raconte elle-même quelle nuit elle passa dans cette attente : qui sait si la Providence n’aura pas amené ici quelque âme égarée qui doive être touchée de ce récit?» Ilest, « (lit-elle , impossible de s'imaginer les étranges
* peines de mon esprit , sans les avoir éprouvées : » j'appréhendais à chaque moment le retour de « ma syncope , c'est-à-dire ma mort et ma dam- » nation. J'avouais bien que je n'étais pas digne « d’une miséricorde que j'avais si longtemps né- « gligée , et je disais à Dieu dans mon cœur que » je n’avais aucun droit de me plaindre de sa jus-
* tice ; mais qu'enfin , chose insupportable I je ne
* le verrais jamais ; que je serais éternellement » avec ses ennemis, éternellement sans l'aimer, » éternellement haïe de lui. Je sentais tendrement « ce déplaisir,, et je le sentais même , comme je
1 Act. cap. ix, is.
1 Dlgilus Dci est Idc. ( Exvd. cap. vm , 19. )
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ORAISON FUNÈBRE
« crois ( ce sont scs propres paroles) , entièrement « détache des autres peines de l'enfer. » Le voilà , mes chères sœurs , vous le connaissez , le voilà ce pur amour que Dieu lui-méme répand dans les cœurs avec toutes ses délicatesses et dans toute sa vérité : la voila cette crainte qui change les cœurs ; non point la crainte de l'esclave qui craint l’arrivée d’un maître fâcheux, mais la crainte d’une chaste épouse qui craint de perd re ce qu’elle aime. Ces sentiments tendres , mêlés de larmes et de frayeur, aigrissaient son mal jusqu'à la dernière extrémité ; nul n’en pénétrait la cause , et on attribuait ces agitations a la fièvre dont elle était tourmentée. Dans cet état pitoyable , pendant qu'elle se regardait comme une personne réprouvée, et presque sans espérance de salut, Dieu , qui fait entendre ses vérités en telle manière et sous telles figures qu'il lui plait , continua de l'instruire comme II a fait Joseph et Salomon; et, durant l'assoupissement que l’accablement lui causa, il lui mit dans l'esprit cette parabole si semblable à celle de l'Évangile. Elle voit paraître cc que Jésus-Christ n'a pas dédaigné de nous donner ' comme l'image de sa tendresse , une poule devenue mère , empressée autour des petits qu'elle conduisait : un deux s'étant écarté, notre malade le voit englouti par un chien avide; elle accourt , elle lui arrache cet innocent animal ; en même temps on lui crie d'un autre côté qu'il le fallait rendre au ravisseur, dont on éteindrait l'ardeur en lui enlevant sa proie. • Non , dit-elle ,
• je ne le rendrai jamais. ■ En ce moment elle s’éveilla ’ , et l'application de la figure qui lui avait été montrée se fit en un instant dans son esprit , comme si on lui eût dit : « SI vous , qui êtes mau- « valse5, ne pouvez vous résoudre à rendre ce
• petit animal que vous avez sauvé, pourquoi
• croyez-vous que Dieu , infiniment bon , vous
1 M*HA. cap. xxm, *7.
1 I.’doquence partage avec la peuple le privilège d« revêtir d'expressions nobles des objets et des images qui , sam cet artifice, ne sauraient appartenir au genre oratoire. Bossuet excelle dans ce talent ou dans cette magie d'assortir les rédix les plus populaires A la majesté de ses discours. Le songe de U princesse palatine eût embarrassé sans doute un autre orateur; et il faut avouer que l'histoire d'un poussin enlevé par uo chien sous les ailés de sa mère n'était pas aisée à ennoblir dans une oraison funèbre. Bossuet lutte avec gloire contre !a difficulté de son sujet. Et d'abord il se hâte d’imprimer un caractère religieux & son auditoire. Voyez avec quel art admirable l'orateur rapproche toutes les allégories d'une imagination riche et brillante, l'intervention de la Divinité, la préparation oratoire d'un sommeil mystique, le songe de Joseph, celui de Salomon, la parabole de l'Evangile; Il vous familiarise d'avance avec le merveilleux dont il voua rapproche, en vous environnant d'un horizon qui vous présente de tous cdtés de pareils prodiges ; et, par les ornements accessoires, U vous amené ainsi a entendre sans sur- ( prise les détails d’un rêve où il n'est question que d’une poule, dont il semblait qu’il fût impossible, ou, pour mieux ; dire, ridicule île parler. ( Le cardinal Maury. ) •
* Maith. cap. vu , il.
■ redonnera an démon après vous avoir tirée de
* sa puissance? Espérez, et prenez courage. • A ces mots elle demeura dans un calme et dans une joie qu'elle ne pouvait exprimer, • comme . si un ange lui eût appris (cc sont encore scs « paroles) que Dieu ne l'abandonnerait pas'. • Ainsi tomba tout a coup la fureur des vents et des flots ù la voix de Jésus-Cbrist qui les menaçait ; et il ne fit pas un moindre miracle dans l'éme de notre sainte pénitente , lorsque , parmi les frayeurs d'uue conscience alarmée et les douleurs de l’enfer 1 , il lui fit sentir tout à coup par u ne vi ve confiance, avec la rémission de ses péchés , cette paix qui surpasse toute intelligence *. Alors une joie céleste saisit tous scs sens , . et les » os humiliés tressaillirent4. • Souvenez-vous , A sacré pontife , quand vous tiendrez en vos mains la sainte victime qui ôte les péchés du monde , souvenez- vous de ce miracle de sa grâce ; et vous , saints prêtres, venez; et vous, saintes filles s, et vous , chrétiens ; venez aussi , A pécheurs : tous ensemble commençons d’une même voix le cantique de la délivrance , et ne cessons de répéter avec David : • Que Dieu est bon ! que sa miséri-
• corde est éternelle * I •
Il ne faut point manquer a de telles grâces , ni les recevoir avec mollesse. La princesse palatine change en un moment tout entière : nulle parure que la simplicité , nul ornement que la modestie; elle se montre au monde à cette fois, mais ce fut pour lui déclarer qu’elle avait renoncé à ses vanités : car aussi quelle erreur a une chrétienne, et encore a une chrétienne pénitente, d’orner ce qui n’est digne que de son mépris; de peindre et de parer l'idole du monde ; de retenir comme par force , et avec mille artifices , autant indignes qu'inutiles, ces grâces qui s'envolent avec le temps ! Sans s’effrayer de ce qu’on dirait, sans craindre comme autrefois ce vain fantôme des âmes infirmes, dont 1rs grands sont épouvantés plus que tous les autres, la princesse palatine parut à la cour si dilïérentedelle-méme, et des lors elle renonça à tous les divertissements, a tous les jeux, jusqu’aux plus innocents, se soumettant aux sévères lois de la pénitence dire, tienne , et ne songeant qu'à restreindre et à punir une liberté qui n'avait pu demeurer dans ses bornes. Douze ans de persévérance au milieu des épreuves les plus difficiles l'ont élevée à un émi-
1 Marc, cap- iv, 39. Luc. cap. ¥111, 14.
* Dolores Infemi circumdedenmt me. ( Ptal. xttii ,¥.«.)
» Pax Del , qtue exaspérât omnem sensum. { Phil. cap. iv ,
4 Aoditul mro dabU gaodlum et hrliliam , et exsuitabunt ossa hum ilia la. ( Pmi. L, 10. )
* Le* carmélites.
' Confitemini Domino, quoniam bonus, quonlara in re ternu m inisrricordia ejua. ( Ptal. cxxxv, i.)
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