‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 140 sur 282 · tpoloy. n · texte numérisé non relu

tpoloy. n

grand Dien , l'un et l’autre. Quelquefois 11 se fat t connaître manifestement; et alors il dit à soi» peuple : ■ Vous saurez que je suis le Seigneur. » Et scietis quia egosum Dominas ■. Quelquefois, sans se découvrir, il fait valoir son autorité , et il veut qu'on le croie sur sa parole; comme lorsqu'il prononce avec tant d’emphase , pour obliger tout le monde à sc soumettre : Hæc dicit Dominas .-« Voici ce que dit le Seigneur ; • et ailleurs:

> Il sera ainsi , parce que j'ai parlé , dit le Sei- • gneur : • Quia verbum ego locutus sum , dicit Do mi nus «. D'où vient, messieurs, cette différence? C'est sans doute qu'il veut que nous comprenions qu'il a le moyen de se faire entendre , mais qu'il a le droit de se faire croire. Il peut par sa lumière infinie nous montrer, quand il lui plaira , sa vérité à découvert ; et il peut, par son autorité souveraine, nous obliger à la révérer sans que nous en ayons l’intelligence. L'un et l’autre est digne de lui : ilest digne desa grandeur de régner sur les esprits, ou en les captivant par la foi , ou en les contentant par la claire vue. L'un et l'autre est digne de lui : il fera aussi l'un et l’autre ; mais chaque chose doit avoir son temps. Tous deux néanmoins sont incompatibles ; je veux dire l'obscurité de la foi et la netteté de la vue. Qu'a-t-il fait? écoutez, mes frères; voici le mystère du christianisme. Il a partagé ces deux choses entre la vie présente et la vie future : l'évidence dans la patrie , la foi et la soumission durant le voyage. Un jour la vérité sera découverte; en attendant pour s'y préparer, il faut que l’autorité soit révérée : le dernier fera le mérite , et l'autre est réservé pour la récompense. - Là nous avons « vu les mêmes choses que nous avons entendues:» Sicut audivtmus , sic vidimus 3 ; ici il ne se parle point de voir, et on nous ordonne seulement de prêter l'oreille , et d'étro attentifs & sa parole : ipsum audite.

Venez donc au Thabor, mes frères , et accourez tous ensemble à ce divin maître que vous montre le l’ère céleste. Vous pouvez reconnaître son autorité en considérant les respects que lui rendent Moïse et Élie; c e-st-a dire, la loi et les prophètes, comme je l'ai déjà expliqué Mais j'ajouterai maintenant une remarque sur notre évangile , que peut-être vous n'avez pas faite , et qui néanmoins est très-importante pour connaître l’autorité du sauveur Jésus. C'est, messieurs, qu’il est remarqué qu'en même temps que fut entendue cette voix du Père éternel qui nous commande d'écouter son Fils, Moïse et Élie disparurent, et que Jésus se trouva tout

1 Etteh. Tl , 7.

* Jtrtm. xxxiv, 6.

8 Pt XLTII, 9-

DUE A LA PAROLE DE JESUS-CnRIST.

sent : Et dum flétri rox, inventas est Jésus salas ' . Dites-moi , quel est ce mystère ? d'où vient que- Moïse et Élie se retirent ù cette parole? Chrétiens , voici le secret développé par le grand apêtre. « Autrefois , dit-il , Dieu ayant parlé en

* dl ffè rentes manières par la bouche de ses pro- « phètes ' ; » écoutez et comprenez ce discours : Vous avez parlé, 6 prophètes, mais vous avez parlé autrefois : « maintenant en ces derniers

* temps il nous a parlé par son propre Fils : • Novissime locutus est nobis in Filio 3. C'est pourquoi, dans le même temps que Jésus-Christ parait comme maitre, Moïse et Élie se retirent; la loi, tout impérieuse qu’elle est, tient à gloire de lui céder; les prophètes, tout clairvoyants qu’ils sont, se vont néanmoins cacher dans la

nue : /ntrantibus Mis in nubem * Nubes

obumbravil eosi : comme s’ils disaient au divin Sauveur tacitement par cette action : Nous avons parlé autrefois au nom et par l’ordre de votre Père : Oiim loquens palribus in prophelis : maintenant que vous ouvrez votre bouche pour expliquer vous-même les secrets du ciel , notre commission est expirée, notre autorité se confond dans l'autorité supérieure ; et n’étant que les serviteurs , nous cédons humblement la parole au Fils. Par conséquent soyons attentifs, et écoutons ce Fils bien-aimé : Hic est filius meus dilectus. Ne recherchons pas les raisons des vérités qu’il nous enseigne : toute la raison, c’est qu’il a parlé.

Ecoutez comme il vous parle dans son Evangile : ■ Jamais personne n’a vu Dieu; le Fils « unique , qui est dans le sein du Père, est venu

* lui-même pour vous en instruire : » Dr uni nemo vidit unquam ; Unigenitus Filius, qui est in sinu Patrie, ipse enarravit 9. O hommes , nul de vous n’a encore vu Dieu ; vous ne savez ce qu’il en faut croire, ni la voie qu’il faut nous tenir pour aller à lui : le Fils unique qui est en son sein , qui pénètre tous ses secrets, Ini-méme est venu vous les raconter : Ipse, ipse enarravit. Que recherchez-vous, t> mortels, après le témoignage de ce divin Maître? osez-vous lui demander des raisons, ou vous plaindre de ce qu'il vous oblige de, croire ce que vous n'entendez pas? Je voudraisz entendre, je voudrais savoir : saint Augustin va vous satisfaire : . C'est être savant, nous dit-il , ■ que d’être uni à celui qui sait : - Non parmi scientia est seienti conjungi t. C’est être asse savant que d'être uni b celui qui sait ; ajoutons ,

1 Luc. IX, 30.

* Htbr. i, r.

» Ibid. 2.

4 Luc. u, 34.

» Mattk. xvii ( 6

• J non. |, 18.

1 In P* iixyi Scrm. u , n* 2, t iv, col. igo.

pour expliquer sa pensée, à celui qui saitd’origlnal, si l’on peut parler de la sorte, qui sait pour avoir vu et pour avoir vu jusqu'au fond , et qui nousdit avec vérité : Quod vidimus, lestamvr' : * Nous témoignons ce que nous avons vu. • « Ce- « lui-Ià , dit saint Augustin , a les yeux de l’in- ■ tclligence; nous avons les yeux de la fol : ■ f/le habet oculos ngnitionis, tu credu/ilatis Je ne prétends rien davantage , je ne me plains pas de l’obscurité des maximes de l’Évangile. Si je n’ai pas de lumières propres, j’ai celles de Jésus- Christ qui me dirigent : je n’ai pas la science en moi-même, mais j’ai celle du Fils de Dieu qui m’assure; et je croîs hardiment où je ne vols rien, parce que j’en crois celui qui volt tout.

Urne semble, chrétiens auditeurs, que fautorité de ce divin Maître est suffisamment établie, et que nous devons être très-persuadés que c’est assez d'écouter sa voix pour connaître la vérité avec certitude. Mais tirons de cette doctrine importante quelque instruction pour notre conduite. Il fondrait commencer un nouveau discours pour vous dire tout le fruit quelle doit produire : mais parmi une infinité de grandes choses qui se présentent de toutes parts, voici une vérité que (e vous choisis , et je me tiendrai bienheureux , si je la puis aujourd'hui graver dans vos cœurs.

Puisqu’il est ainsi , chrétiens , que nous sommes obligés de nous rapporter à ce que nous dit le sauveur Jésus, résolvons, et résolvons immuablement, de former tous nos jugements, non sur les apparences des sens, ni sur les opinions anticipées dont la raison humaine nous préoccupe, mais sur la parole de Jésus-Christ, sur la doctrine de son Évangile. M’entendez-vous, mes frères, comprenez-vous ce que je veux dire? (fais est t tir sapiens qui intelligat hocil Qui de nous juge selon Jésus-Christ , et selon les règles qu’il nous a données? Ah 1 si nous jugions des choses selon ses maximes, que d'illusions seraient dissipées ! que de folles pensées s'évanouiraient 1 que de vaines opinions tomberaient par terre I Quand on voit les fortunés de ce monde nu milieu de la troupe qui leur applaudit, tous les sens disent : Voilà les heureux ; Jésus-Christ nous dit, au contraire : Ce ne sont pas là les heureux ; . heureux ceux dont le Seigneur est le « Dieu I - Beatus populus cujus Dominas Drus ejus * I C’est ce que vous dites , 6 Maitre céleste ; mais que cette parole est peu écoutée ! Nous nous laissons étourdir par le bruit de ceux qui nous

1 Joan. m. II.

* Vbi supra.

* Jcrcm. ix, 12.

* Pn. CXLIII, 15

SUR LA' SOUMISSION

crient perpétuellement qu ns sont heureux, qu'ils sont fortunés clans leur vie molle et délicieuse; et parmi ce bruit importun la voix du Sauveur demeure étouffée, et n'arrive pas jusqu’à nos oreilles.

Chrétiens, venez au Tlcabor; apprenez du Père céleste a écouter humblement son Fils : ipsum audite. Qui pourrait vous faire comprendre toute la force de cette parole? Cctlc parole du Père céleste sacrifie tous vos sentiments, et abat toutes vos raisons aux pieds de sou Fils. Mais qu'il a raison de nous reprocher que nous ne recevons pas son témoignage! Testimonium nostrum non accipitis Si vous le recevez, vous êtes obligés de désavouer tout ce qui s'oppose À ce qu'il témoigne; par exemple, pour vous en convaincre , regardez ce que vous faites dans l’eucharistie : tout est mort, il n'y a que l'ouie qui vive; et elle ne vit que pour Jésus-Christ, et ne connaît plus que Ba voix. Dans cet adorable mystère, tous vos sens vous trompent excepté l'ouïe. La vue et le goût disent : C'est du pain ; le toucher et l'odorat se joignent à eux : il n'y a que l'ouïe qui rapporte bien, parce qu'elle vous annonce en simplicité le témoignage de Jésus- Christ; et pour bien recevoir ce grand témoignage, vous démentez votre propre vue, vous désavouez votre goût , vous résistez à votre raison, pour abandonner tous vos sentiments à Jésus qui vous instruit par la seule ouïe. Éveillez-vous, mes frères , et rendez partout le même respect À celui qui est toujours infaillible. Que ce mystère que vous fréquentez tous les jours accoutume à juger des choses, non selon la prudence humaine, mais selon le témoignage qu'en rend le Sauveur. Jmaginez-yous, chrétiens, mais que dis-je, Imaginez-vous? croyez que vous avez toujours Jésus près de vous , qui vous dit à l'oreille tout ce qu'il faut croire de ce qui se présente à vos yeux. C'est l'Écriture qui vous l'enseigne , qu'il marche apres vous comme un précepteur qui suit et qui conduit scs disciples, et qui ne cesse de les avertir de la voie qu’ils doivent suivre : Et aures tuœ uudient verbum post tergum monentis : Hœc est via

Soyez donc attentifs, mes frères, à ce précepteur qui vous parle, et réglez vos jugements sur les siens. Vos sens vous disent : Ce plaisir est doux; écoutez, Jésus dit qu'il est très-amer : Amarum est rctirjuissc te Dominum Dcum tuum1 * 3. Vos sens disent : Courons aux délices; et Jésus : ■ Malheur a vous qui riez, parce que • vos ris produiront des pleurs 41 ■ Vos sens di-

1 Joon. III. II.

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