SUR L’IM PÉNITENCE FINALE
sion des bleus de la terre rend l’âme plus libre et plus dégagée. Par exemple, on sc persuade que l'avarice serait tout à fait éteinte , que l’on u'aurait plus d'attache aux richesses, si l'on en avait ce qu il faut. Ah! c’est alors, disons-nous, que le cœur, qui sc resserre dans l'inquiétude du besoin , reprendra sa liberté tout entière dans la commodité et dans l'aisance. Confessons la vérité devant Dieu : tous les jours nous nous flattons de cette pensée; mais certes nous nous abusons, notre erreur est extrême. C’est une folie de s’imaginer que les richesses guérissent l’avarice , ni que cette eau puisse étancher eette soif. Nous voyons par expérience que le riche, à qui tout abonde, n’est pas moins impatient dans ses pertes , que le pauvre a qui tout manque; et je ne m’en étonne pas : car il faut entendre, messieurs, que nous n’avons pas seulement pour tout notre bien une affection générale , mais que chaque petite partie attire une affection particulière; ce qui fait que nous voyons ordinairement que l’âme n’a pns moins d’attache , que la perte n’est pns moins sensible dans l'abondance que dans In disette. Il en est comme des cheveux, qui font toujours sentir la même douleur, soit qu’on Icsarrache d’une tète chauve , soit qu’on les tire d'une tête qui en est couverte : on sent toujours la même douleur, à cause que chaque cheveu ayant sa racine propre, la violence est toujours égale. Ainsi, chaque petite parcelle du bien que nous possédons tenant dans le fond du cœur par sa racine particulière , il s'ensuit manifestement que l'opulence n’a pas moins d’attache que la disette ; au contraire , qu'elle est , du moins en ceci , et plus captive et plus engagée , qu'elle a plus de liens qui l'enchaînent , et un plus grand poids qui l'accable. Te voilà donc, fl homme du monde, attaché à ton propre bien avec un amour immense. Mais il se croirait pauvre dans son abondance (de même de toutes les autres passions), s’il n’usait de sa bonne fortune. Voyons quel est cet usage ; et pour procéder toujours avec ordre, laissons ceux qui s'emportent d’abord aux excès , et considérons un moment les autres qui s'imaginent être modérés, quand ils se donnent de tout leur cœur aux choses permises.
la1 mauvais riche de la parabole les doit faire trembler jusqu’au fond de l'âme. Qui n’a oui remarquer cent fois, que le Fils de Dieu ne nous parle ni de scs adultères, ni de scs rapines, ni de ses violences? Sa délicatesse et sa bonne chère font une partie si considérable de son crime , que c'est presque leseul désordre qui nous est rapporté dans notre évangile. - C'est un homme, dit saint « Grégoire, qui s’est damné dans les choses per- « mises, parce qu'il s’y est donné tout entier, parce • qu'il s’y est laissé aller sans retenue: » tnnt il est
vrai , chrétiens, que ce n'est pns toujours l'objet défend u , mais que c’est fort souvent l'attache qn i fait des crimes damnables : Divifem uitrix nehrnna smcepil, non quia aliquitl illicitum gessit sed quia immoderato wtu totum se ticilis tradidil<. O Dieu ! qui neserait étonné, qui nes’écriernit avec le Sauveur : • Ah ! que la voie est étroite qui « nous conduit au royaume’ ! - Sommes-nousdone si malheureux , qu’il y ait quelque chose qui soit défendu , même dans l'usage deecqui est permis? N’en doutons pas , chrétiens :quieonqneales yeux ouverts pour entendre la force de cet oracle prononcé par le Fils de Dieu : . Nul ne peut servir ■ deux maîtres ’, . Il pourra aisément comprendre qu’a quelque bien que le cœur s’attache, soit qu'il soit défendu , soit qu’il soit permis, s’il s’y donne tout entier, il n’est plus à Dieu ; et ainsi qu’il peut y avoir des attachements damnables à des choses qui de leur nature seraient innocentes. S'il est ainsi, chrétiens (et qui peut douter qu'il ne soit ainsi, après que la vérité nous en assure?), fl grands ! fl riches du siècle! que votreeondition me fait peur, et que j'appréhende pour vous ces crimes cachés etdéllcats.quincsc distinguent point
par les objets, qui ne dépendent que du secret mouvement du cœur, et d’un attachement presque imperceptible ! Mais tont le monde n’entend pas cette parole; passons outre, chrétiens; et puisque les hommes du monde ne comprennent pas cette vérité, tachons de leur faire voir le triste état de leur âme par une chute plus npuarente.
Kt celtes il est impossible qn’en prenant si peu de soin de se retenir dirns les choses qui sont permises, ils ne s'emportent bientôt jusqu'à ne craindre plus de poursuivre celles qui sont ouvertement défendues. Car, chrétiens, qui ne le sait pas? qui ne le sent par expérience? notre esprit n’est pas fait de sorte qu'il puisse facilement sc donner des bornes. Job l'avait bien connu pur expérience : Pepigi fadus cum ocu/is mets < :
« J ni fait un pacte avec mes yeux , de ne penser * à aucune beauté mortelle. - Voyez qu’il règle la vue pour arrêter la pensée. Il réprime des regards qui pourraient être innocents, pour arrêter des pensees qui apparemment seraient criminelles : ce qui n est peut-être pns si clairement défendu par la loi de Dieu , il y oblige ses yeux par traité exprès. Pourquoi? parce qu'il sait que, par cet abandon aux choses licites, il se fait dans tout notre cœur un certain épanchement d’une joie mondaine; si bien que l’âme, se laissant aller à
1 Parler. pari, m . cap. XXI, t. Il, 0)1 «7.
* Matth. vil. M.
* Ibid. VI , 24.
* Job. XXXI, 1