‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 165 sur 282 · D’UN SERMON POUR LE MÊME JOUR · texte numérisé non relu

D’UN SERMON POUR LE MÊME JOUR

esÉaii a OATS1.

Parallèle An torts Un hérétiqaea avec ceux du i mauvais

eathoüqnm.

Lire l’Évangile de la Femme adultère.

Exposition. Jésus-Christ effraye et éloigne les coupables : que ne doit craindre la même femme adultère, quand il ne restera que l'innocence? Voici celui qui peut juger, parce qu’il est Juste : mais il peut aussi justifier, parce qu'il est juste. Pour condamner, il faut être juste : mais aussi, pour justifier, il faut être juste. Vous tremblez pour cette femme adultère, parce qu'elle est devant le juste : espérez pour elle et pour vous , parce qu'elle est devnnt le juste, qui justifie.

* JîrrfA.ïnni,!!.

* Ephr». IV , 30.

» Bourg près de Meaux.

SUR LES JUGEMENTS HUMAINS, etc.

Qui est cette femmeadultèrc?râmcchrétlenne: , son image au chapitre seizième d’Ezécblel. Née dans ton impureté, dans ton sang, on ne t’a point lavée , on ne t'a point coupé le nombril : tes péchés sont sur toi ; ni la chair ni scs désirs ne sont retranchés. Ellea été jetée en terre en naissant dans des désirs terrestres et sensuels. Elle a crû ; et ses mamelles se sont enllées; la chair a pris de nouvelles forces. Kllc est venue, pormettez-moi de le dire dons les paroles du prophète , elle est venue a l'dge des amnnts. Je l'ai aimée, dit le Seigneur, j’ai étendu sur elle mon vêtement , je l'ai épousée, je lui ai donné ma foi , j'ai reçu la sienne; je l'ai reçue dans ma couche. Est-ce qu'elle était belle? non, elle était encore dans son impureté. Je j’ai lavée [par] le baptême. Ellen'avait point été ointe d’huile : je l’ai ointe de l’huile céleste; je lui en ai fait un signe sur le front, signe qu’elle était rachetée par la croix de Jésus-Christ; elle a été faite mienne, une chair avec moi par l’euchàristle : corps à corps , cœur à cœur, esprit a esprit. Elle est devenue belle ;ses ornements, des colliers, despcndantsd’oreilles.Ellcétait belle : sa beauté célébrée aux environs. Était-elle belle par ellemême? Non , dit le- prophète. , belle de la beauté qu Je lui avais donnée. Elle m’a quitté , la déloyale. Voyez lesdegrés ; d’abord elle n’a eu qu’un amant : [elle était] timide, tremblante. [Mais ensuite] elle s'est abandonnée , et prostituée à ceux qu'elle aimait, a ceux [même] qu'elle ne connaît pas. Sa volonté lui a fait commettre certains crimes , sa complaisance lui en fait commettre certains autres. Au commencement elle su laissait I corrompre par les récompenses ; elle corrompt les autres maintenant. Voyez comme elle descend dans la profondeur de l’iniquité.

Ah! malheureuse, qui te pourra purifier de ton crime? Elle va encore plus avant : Ædificasli libi lupanar ; • Vous vous êtes bâti un lieu

• de prostitution , un lieu déshonnête : » Une conscience entièrement corrompue, profession publique du crime , repos dans le crime , nul reproche de la conscience, repos dans l’opprobre ; on n'a honte que de n'étre pas assez impudente ; on ne rougit que de conserver quelque reste de pudeur. Ah 1 malheureuse, tu as élevé le signe de la prostitution, les enseignes de la vanité, du luxe. |Tu as couru après] les 'Chnldéens , les Égyptiens , etc. [Tu t’es] prostituée et abandonnée sans mesure. Je te livrerai à tes amants [tes mauvaises inclinations], afin qu'ils te perdent, qu’ils te ravagent.

Mais voici le comble : tu es semblable à ta mère, a la gentilité dont tu es sortie. Tu as justifié Sodome ta sœur aînée : le judaïsme , « Jéru-

• salem , Sodome spirituelle où leur Seigneur a été

• crucifié ■ : » et Samarie ta jeune sœur, l’hérésie ; toujours postérieure a l'Eglise. Ditcs-moi qui de mes prédécesseurs [ne condamne pas vos erreurs et votre conduite]? Vous méprisez cette chaîne de la succession ; c'est assez , [répondezvous], d'avoir Dieu, non la succession de la doctrine. O faiblesse! comme qui dirait : Je veux garder les eaux , je ne me soucie pas du canal. Tu as justifié Sodome ta sœur aînée : lejudaisme, le Juif a crucifié le Seigneur de la gloire; mais

• s’ils l'avaient connu , dit saint Paul >, ils ne

• l’auraient jamais fait : » tu le crucifies, le sachant et le connaissant pour tel. [Ils sont] fidèles a Moïse , qui est loué dans toutes les synagogues, qui leur a imposé un joug de fer * que ni

• nos pères ni nous n’avons pu porter J. » et nous infidèles à Jésus, dont le Joug est si doux et le fardeau si léger.

Mais comment, Samarie la cadette [en a-t-elle usé?] Elle a méprisé l'Église, [s’est] séparée de sa communion , grand crime; mais tu l'as justifiée : car croire l’Église , et ne point vivre selon l'Église , [c’est un plus grand crime. ] Elle a méprisé le carême; et toi, ou tu ne le fais pas, le croyant d’obligation , ou tu le fais judaiquement. Tu l’as justifiée : car est-ce que ces viandes sont impures? Non, Il fallait s'abstenir des jeux, des plaisirs , du moins des péchés , des médisances. Elle a retranché la confirmation contre [la pratique expresse des apôtres]; tu la justifies [en montrant si peu de zele pour cette foi à laquelle les pères ont tout sacrifié, que tu t'étais engagé I de défendre aux dépens même de ta vie, eu recevant ce sacrement.] Elle a retranché l'extrêmeonction, pour ne pas mourir comme entre les mains des apôtres; tu la justifies [par l'opposition de toute ta vie aux maximes, à l’esprit, aux exemples de ces fondateurs de ta religion.] Elle a retranché le sacrement de pénitence contre [l’institutiou sainte de Jésus-Christ, l'usage constant de toute l’antiquité.] Tu la justifies, [par l’abus continuel que tu fais de ce sacrement , pour perpétuer tes désordres.] Elle a retranché le sacrement [de l'eucharistie.] Je ne veux croire, dit-elle , que cc que je vols , etc. ; tu la justifies , le croyant et le profanant. On devrait connaître sa présence à ton respect , comme le roi , ou l'on voit la cour découverte et respectueuse; tu la justifies [par tes irrévérences, le peu de préparation que tu apportes à la réception de ce sacrement auguste, le peu de fruit que tu en retires, l'indécence et l’irréligion avec laquelle tu assistes au sacrifice redoutable de nos autels.] Appuyer

1 Apoc. XI, s.

1 1. Cor. u, B.

s Ad. iv, io.

SUR NOS DISPOSITIONS A L'ÉGARD, etc.

sur l’un et sur l’autre; sur le tort de l’hérésie et le plus grand tort des catholiques, qui méprisent [ou tournent à leur perte tant de moyens de salut.] Tout parcouru, quelle espérance pour toi? Ah! dit le Seigneur, je me souviendrai des jours de ta jeunesse , je renou relierai mon pacte , ma foi que je t'ai donnée. Ce n’est pas elle qui revient, c’est Dieu : exhortation à écouter sa voix.

[ Ne] plus distinguer les anciens et les nouveaux catholiques, nbolir ces restes de division. Je ne me relâcherai pas, je reviendrais du tombeau. J'ai un second , le roi : humble sujet partout ailleurs, dans la religion j’ose dire que le prince ne va que le second.

PREMIER SERMON

POUR

LE QUATRIÈME DIMANCHE DE CARÊME

Objrl do» soin» pntrrnet» do I» Provtdonco enven ram». K ui Dieu promet la sunstaUmce nécessaire : étendue et nature e ses promesse». Quelles doivent être Irai flisposiUoos de ses enfnnls a l’éganl do celte vie mortelle . et de tout ce qui y a rapport, ftéocasité de réprimer le» désir» d’une cupidité Insatiable : escès qu’elle produit dan» te monde. Maxime» qui doivent régler le» sentiments de» chrétiens au sujet de la grandeur : combien elles ion! peu suivies. En quelle manière Dieu confond les vaines pensée» de l’ambiUrux.

Cum suldevassct ergo oculne Jésus , et vidisset qui» mutliluilo niaxima veuit adcuiu,di\itad Pliilippum : Unde emetnus panes ut manducent lli?

Jtilis ayant élevé sa rue, et découvert un grand peuple qui Hait venu à lui dans le désert, dit à Philippe: l)'où achèterons-nous des pains pour nourrir tout ce monde qui nous a suivis ? Joan. vt , 5.

Je ne crois pas , messieurs , que nous ayons jamais entendu ce que nous disons , lorsque nous demandons & Dieu tous les jours, dans l’Oraison dominicale , qu’il nous donne notre pain quotidien. Vous me direz peut-être que , sous ce nom de pain quotidien , vous lui demandez les biens temporels qu’il a voulu être nécessaires pour soutenir cette vie mortelle ; c’est ce que j’accorderai volontiers, et c’est pour cela, chrétiens, que je ne crains point de vous assurer que vous n’entendez pas ce que vous dites : car si jamais vous aviez compris que vous ne demandez à Dieu que le nécessaire , vous plaindriez-vous comme vous faites lorsque vous n’avez pas le superflu? Ne devriezvous pas être satisfait , lorsque l'on vous donne ce que vous demandez? Et celui qui se réduit au pain, doit-il soupirer après les délices? Car si nous avions bien mis dans notre esprit que ce peu qui nous est nécessaire, nous sommes encore obligés de le demander à Dieu tous les jours, ni nous ne le rechercherions avec cet empressement que nous sentons tous , mais nous l’at -

irmsitt — T il.

tendrions de la main de Dieu en humilité et en patience; ni nous ne regarderions nos richesses comme un fruit de notre industrie, mais comme un présent de sa bonté, qui a voulu bénir notre travail; ni nous n’enflerions pas notre cœur par la vaine pensée de notre abondance , mais nous sentant réduits , contraints tous les jours à lui demander notre pain, nous passerions toute notre vie dans une dépendance absolue de sa providence paternelle.

D'ailleurs si nous faisions réflexion que nous ne demandons à Dieu que le necessaire , nous ne nous plaindrions pas , comme nous faisons , lorsque nous n’avons pas le superflu. Après avoir restreint nos désirs au pain, nous verrions que nous n’avons aucun droit de soupirer après les délices ; et contents d’avoir obtenu de Dieu ce que nous avons demandé avec tant d’instance, nous nous tiendrions trop heureux d’avoir le vêtement et la nourriture. Habentes auJem alimenta et quibus tegamur, bis contents sumus ■ : » Ayant « donc de quoi nous nourrir et de quoi nous cou- « vrir, nous devons être contents. • Et comme nous sommes si fort éloignés d’une disposition si sainte et si chrétienne , j’ai juste sujet de conclure que nous n’entendons pas ce qne nous disons, quand nous prions Dieu comme notre père de nous donner notre pain quotidien. C’est pourquoi il est nécessaire que nous tâchions aujourd'hui de l'apprendre, puisque l’occasion en est toute née dans l'évangile qui se présente.

Pour exécuter un si grand dessein , et si fructueux nu salut des âmes , Il faut remarquer avant toutes choses trois degrés des biens temporels marqués distinctement dans notre évangile. Le premier état, chrétiens, c'est celui de la subsistance qui regarde le nécessaire , le second naît do l’abondance qui s’étend au délicieux et au superflu; le troisième c’est la grandeur qui embrasse les fortunes extraordinaires : voyons tout cela dans notre évangile. Jésus nourrit le peuple au désert , et voilà ce qu’il faut pour la subsistance : Acccpiterga Jésus panes, et distribuit discumbenlibus ' : Après qu’ils furent rassasiés , il resta encore douze paniers pleins : CaUegerunt et impleverunt duodecim cophinos fragmentorum !; et voilà manifestement le superflu. Enfin ce peuple, étonné d'un si grand miracle , accourt au Fils de Dieu pour le faire roi : Vt râpèrent eum, et Jacerent cum regem 4 : où vous voyez clairement lagrandeurmarquée. Ainsi nousavons dans notre évangile ces trois degrés des biens

1 I. Tim. VI, 8.

* Joan. iv, II.

3 Ibid. 13.

* Ibid. Ib.

JO

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