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dit redoutable à tous ses voisins : Hague factus est pavor Dornini super omnia regnu terra ru m , yuœ erant per gyrum Juda Et ce prince s'agrandissait tous les jours parce que Dieu était avec lui : tant il est vrai que Dieu prend plaisir a protéger la puissance qui lui rend hommage , et qu'il est le rempart de ceux qui le servent.
Le second soin du roi Josnphnt et le second moyen dont il sc servait pour sanctifier la grandeur, fut de pourvoir avec vigilance à l'administration de la justice. « Il établit des juges, dit
• l'Écriture, dans les villes de Judée; * et les appelant à lui , il leur prescrivait lui- même en ces termes de quelle manière ils devaient agir :
• Prenez garde, leur disait-il , à votre conduite; » car ce n'est pas la justice des hommes , mais « la justice de Dieu , que vous exercez : et tout « ce que vous jugerez, vous en serez responsn- «« blés. Ayez toujours devant les yeux la crainte « de Dieu ; faites tout avec diligence : songez que « le Seigneur notre Dieu déteste l'iniquité, qu'il *• ne regarde point les personnes, et ne se laisse « point corrompre par les présents *. - Vous donc, qui jugerez en son nom par la puissance que je vous en donne ; comme vous exercez son autorité, imitez aussi sa justice. Puis descendant nu détail, il règle en cette manière les devoirs particuliers :« Amarins, votre prêtre et votre
• pontife , présidera dans les choses qui regardent x Dieu et son service; et Zabadias, qui est un « des chefs de la maison de Juda, aura la con- « duite de celles qui regardent le ministère « royal 3. » C’est ainsi que ce sage prince retenait chacun dans scs bornes, et, empêchant la confusion et les entreprises, faisait que tout concourait et au service de Dieu et a futilité des peuples.
Et certainement, chrétiens, si ceux (pic Dieu a mis dans les grands emplois n 'appliquent toute leur puissance à soutenir hautement le hon droit et Injustice, In terra sera désolée et les fraudes seront infinies. Les hommes en général sont intéressés, et ainsi ordinairement ils sont injustes. C’est pourquoi il faut avouer que In justice est obligée de marcher dans des voies bien difficiles , et que c’est une espèce de martyre que de se tenir régulièrement dans les termes du droit et de l’équité. Que sert de dissimuler? il est aisé de comprendre que les injustes pour l'ordinaire sont les plus forts, parce qu’ils ne se donnentancunest bornes, parce qu’ils mettent tout en usage, et combattent, pour ainsi dire, dans un champ libre où ils s'étendent à leur aise. L'homme de bien
1 U. Par. xvil, 10.
’ Ibid. XXIX, 6,0, 7.
» Ibid. II.
se resserre dans tant de limites qu'a peine se peut-il aider ; il se renferme dans ce qui est droit : l'injuste veut généralement ce qui l’accommode. Ce n'est pas assez à l’homme de bien de ne vouloir que ce qui est juste; il craint de corrompre In pureté de ses desseins innocents , il ne veut que de bous moyens pour y parvenir, et il a toujours devant les yeux ce précepte de la loi : » Tu . poursuivras justement ce qui est juste : ■ Juste quod justum est persequeris ‘. Au contraire, l’homme injuste et intéressé passe , dit l'Écriture, de mal en mai ; et c’est pourquoi il so fortifie sur In terre : Confortait mnt in terra , quia de mata ud malumegressi sunl ’. Il soutieut une médisance par uuc nouvelle calomnie , et une première injustice par une corruptiou. Il enveloppe la vérité dans des embarras infinis; il a l’art de faire taire et parler les hommes, parce qu’il sait les llatter, les intimider, les intéresser par toutes sortes de voies. Qui pourra doue s étonner si l'injuste qui tente tout réussit mieux, et si l'homme de bien nu contraire demeure court ordinairement dans scs entreprises , lui qui se retranche tout d’un coup plus de la moitié des moyens : j’cnlends ceux qui sont mauvais; et c’est-à-dirc , assez souvent les plus efficaces?
Mais voici encore, messieurs, une autre incommodité de In justice. L’homme injuste sait se faire de pins grands amis. Qui ne sait que les hommes , et surtout les grands , sont pleins d’intéréts et de passions? L'injuste peut entrer dans tous les desseins, trouver tous les expédients, ménager tons les intérêts. A quel usage peut-on meltre eet homme si droit, qui ne parle que de son devoir? Il n’y a rien de si sec, ni de moins souple , ni demoins flexible ; et il y a tant de choses qu'il ne peut pas faire, qu’à la fin il est regardé comme un homme qui n'est bon à rien et entièrement inutile. C’est pourquoi les hommes du monde ne remarquent rien dans l'homme de bien, sinon qu'il est inutile. Car écoutez comme ils parlent dans le livre de la Sapience. « Trompons, di- - sent-iis, l'hommo juste, parce qu’il nous est • inutile: • Ci rcumveniamus ergo justum , quonium est inutitis nobis1. Il n'est pas propre à notre commerce; il est trop attaché à son droit chemin , pour entrer dans nos détours etdans nos négoces. Ainsi , étant inutile , en se résout facilement à le mépriser, ensuite à le laisser périr sans en faire bruit, et même à le sacrifier à l'intérêt du plus fort, et aux pressantes sollicitations de eet homme de grand secours qui ue ménage rien , ni le saint ni le profane , pour nous servir.
1 ücsi. XVI, 20.
* Jer. ix , 3.
3 Sap. || , 13.
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Elevez-vous , puissances du monde; voyez comme l'innocence est contrainte de marcher dans des voies serrées: secourez- lu , tendez-lui la main , faites-vous honneur en la protégeant
• C'est pour cela, dit saint Grégoire, que vous
- êtes grands , afin que ceux qui veulent le bien
- soient secourus , et que les voies du ciel soient
• plus étendues : » Ad hoc enim potestas,... ccrlit ns data est, ut qui bona appelunt ailjuvenlur, ut cadorum regnum largius pateal '. Cest à vous, A grands de la terre, d'élargir un peu les voies du ciel , de rétablir ce grand chemin et de le rendre plus facile. La vertu n'est toujours que trop b l'étroit , et n’a que trop d'affaires pour se soutenir. C’est assez qu elle soit aux prises sans relâche aucun , avec tant d'inflrmités et tant de mauvaises inclinations de la nature corrompue : mettez- In du moins à couvert des Insuites du dehors , et ne souffrez pas qu'on surcharge avec tant d'excès la faiblesse humaine.
Tel est, messieurs , le devoir et le grand emploi des grands du monde , de protéger hautement le bon droit et l'innocence. Car c'est trahir la justice , que de travailler faiblement pour elle ; et l'expérience nous fait assez voirqu'uue résistance trop molle , ne fait qu'affermir le vice et le rendre plus audacieux. Les méchants n’ignorent pas que leurs entreprises hardies leur attirent nécessairement quelque embarras; mais, après qu’ils ont essuyé une légère tempête qui s'est élevée, ils pensent avoir payé tout ce qu'ils doivent à la justice : ils défient après cela le ciel et la terre , et ne profitent de cette disgrâce que pour mieux prendre dorénavant leurs précautions. Ainsi , il faut résister à l'iniquité et soutenir la justice avec une force invincible; et nous pouvons bien le publier devant un roi si juste , si vigoureux et si ferme, que c'est dans cette vigueur a maintenir la justice, que réside la grandeur et la majesté.
Le vulgaire appelle majesté une certaine prestance et une pompe extérieure qui l'éblouit; mais les sages savent bien compreudrc que la majesté est un éclat qui rejaillit principalement de la justice : et nous en voyons un bel exemple dans l’histoire du roi Salomon , dont vous ferez, s'il vous plaît , l'application à nos cours. • Ce prince
• jeune et bien fait s'assit , dit l'Écriture , dans
• le trône du Seigneur, en la place de David son
- père, et il plut à tous : ■ Scdit Salomon super solium Domini, in regem pro David paire suo, et plaçait omnibus'. Voyez en passant, messieurs , que le trône royal appartient à Dieu , et que les rois ne le remplissent qu'en son nom;
* Ub. ai, P.p. l.xv, ad Mauric. 4ng. t. Il , col. 876.
' t. Par. xvix, 33.
' mais revenons,! Salomon. Voilà un prince agréable, qui gagne les coeurs par sa bonne mine et sa contenance royale; mais apres qu’il eut rendu ce jugement mémorable, écoutez ce qu'ajoute le ! texte sacré : « Tout Israël , dit la même Écriture ,
- apprit le beau jugement que le roi avait rendu ;
- et ils craignirent le roi , voyant que la sagesse
- de Dieu était en lui : * Audieit Haquc omnis Israël judicium quod judicasset rex, et timuerunt regem, videntes sapientiam IJci rssein eo ad favieudum judicium ■. Sa mine haute et relevée le faisait aimer; mais sa justice le fait craindre de cette crainte de respect qui ne détruit pas l'amour, mais qui le rend plus retenu et plus circonspect. Les bons respirent sous sa protection , les méchants appréhendent ses yeux et son liras ; et il résulte de ce beau mélange une certaine révérence qui a je ne sais quoi de religieux , et dans laquelle consiste le véritable caractère de lu majesté. .
Mois, messieurs, il faut finir et vous dire que la puissance , après avoir fait son devoir en soutenant la justice , a encore une dernière obligation, qui est celle de soulager la misère. Eu effet, ce n'est pas en vain que Dieu fait luire sur les grands du monde un rayon de sa puissance , toujours bienfaisante. Ce grand Dieu, en les revêtant de. l’image de sa gloire, les a aussi obligés a imiter sa bonté; et ainsi, dit excellemment saint Grégoire de Nazianze 1 prêchant a Constantinople en présence de l'empereur, ils doivent se montrer des dieux en secourant les affligés et les misérables.
J'ai remarqué dans les saintes Lettres que Dieu se moque souvent des idoles qui portent si injustement le titre de dieux ; mais entre les autres reproches par lesquels il se rit des peuples aveugles qui leur donnent un nom si auguste , celui-ci me semble fort considérable : • Ou sont • vos dieux, leur dit-il , dans lesquels vous avez
- mis votre confiance?- si ce sont des dieux vérita blés, » qu’ils viennent à votre secours et qu'ils
- vous protègent dans vos besoins : - Vbi sunt dri eo rum, in quibus habebanl Jiduciam? surgant et opitulentur r obis... et in nécessitais vos protègent *. Ce grand Dieu, ce Dieu véritable, et seul digne par sa bonté de la majesté de ce titre, a dessein de nous faire entendre que c'est une indignité insupportable de porter le nom de Dieu sans soutenir un si grand nom par de grands bienfaits : et de la les grands de la terre peuvent aisément comprendre qu'ils seront des Idoles inanimées, et non des images vivantes de. j’iovi-
1 ni. Htg. m,3H.
' Oral. XXVII, 1 1, p. 171.
1 Oral. XXVII , 37 , VS.
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s il) le majesté de Dieu , s'ils se contentent de humer l’encens, de recevoir les adorations, de voir tomber les victimes à leurs pieds , sans cependant étendre le bras pour faire du bien aux hommes et soulager leurs misères.
Le sage IN'éhémias avait bien compris cette obligation, lorsqu’ayant été envoyé par le roi Artaxcrxes pour régir les Israélites dont il fut le gouverneur pendant douze ans , il se mit a considérer l'état et les forces de ce peuple. Il vit que les gouverneurs qui l'avaient précédé dans cet emploi avaient beaucoup foulé ce pauvre peuple; mais surtout , comme il est assez ordinaire, que leurs ministres insolents l'avaient tout a fait abattu : Onces nulem primi, qui /itérant ante me, grararerunt populum;... sed et ministii enrum depresserunt popiduui Il fut donc touché de compassion , voyant ce peuple fort épuisé, Vatde enim atténuai iis erat papotas Il se crut obligé en conscience de chercher tous les moyens de le soulager : il ne lit pas seulement de grandes largesses, mais II crut qu’il devait remettre beaucoup de droits qui lui étaient dus légitimement. Et apres, plein de confiance en la divine bonté , qui regarde d'un œil paternel ceux qui se plaisent à imiter ses miséricordes, il lui adresse du fond de son cecur cette humble prière : - Mon Dieu! souvenez- vous de moi en ■ bien , selon le bien que j'ai fait à ce peuple : » Mémento mei, Meus, in honum, seeundutn omnia quæftei populo huie 3.
Celte noble idée de puissance est bien éloignée de celle que se forment dans leurs esprits les puissants du monde. Car comme c'est le naturel du genre humain d'être plus sensible au mal qu'au bien , aussi les grands s’imaginent que leur puissance éclate bien plus par des raines que par des bienfaits : de là les guerres, de la les carnages, de là les entreprises hautaines de ces ravageurs de provinces que nous appelons conquérants. Ces braves, ces triomphateurs, nvcc tous leurs magnifiques éloges, ne sont sur la terre que pour troubler la paix du monde par leur ambition démesurée : aussi Dieu ne nous les envoie-t-il que dans sa fureur. Leurs victoires font le deuil et le désespoir des veuves et des orphelins, ils triomphent de la ruine des nations et de la désolation publique ; et c'est par là qu'ils font paraître leur toute-puissance. Mais laissons le tumulte des armes, et voyons ce qui se pratique hors de la licence de la guerre ; n'éprouvonsnous pas tous les jours qu'il n'est rien de plus véritable que ce que dit l'Ecclésiastique : Vénal io
1 tt. E*dr. T, 16.
» Ibid. IH.
» Ibid. XI y I».
leonis onugerin eremo, sic et paseua clivilum sunt paupercs 1 * : > L'énc sauvage est la proie
• du lion dans le désert , ainsi les pauvres sont
• la proie du riche. »
■ Des pauvres, disait Salvien, dans le voisi- « nage du riche, ne sont plus en sûreté de leurs
• biens; ils donnent, les malheureux, le prix « des dignités qu'ils n'aehétent pas : il les payent, - d'autres en jouissent ; et l’honneur de quelques-
uns coûte. la ruine totale à tout le monde : . Iteddunt miseri dignitalum pretia quas non emunt.... VI pauci it/ustrentur, tnundus erertitur *. Mais ces grands crimes n'ont pas besoin d'être exagérés par nos paroles, et ils sont assez condamnés par l'exécration publique : et d'ailleurs il sera aisé de connaître de quels supplices sont dignes ceux qui tournent leur puissance au mal, puisque j'ai maintenant à vous faire voir que ceux qui ne l'emploient pas à faire du bien ne peuvent éviter leur condamnation.
Le vice de la grandeur est un excès d'amourpropre, et l'amour-propre ne porte ce nom qu’à cause qu'il ne regarde que sol : Erunt hnmines seipsos amantes, cupidi J : • Il y aura des hom- ■ mes amoureux d'eux-mêmes, pleins de rapidité,
• avnres; • non-seulement pour amasser de grandes richesses, [mais d'une] avarice délicate et spirituelle qui attire tout à soi. Voilà comme la racine de cet arbre; voyons maintenant les branches -.superbi, elati, superbes, pleins d'eux-mêmes , élevés , dédaignant les autres. Cet arbre ne pousse ses branches qu’en haut : il ne ressemble pas à ces plantes bienfaisantes , [toujours sous la main pour se prêter à tous nos besoins; mais il est semblable à ces grands arbres qui] étalent de loin la beauté et la verdeur de leurs feuilles, [et qui n'ont] des fruits que pour la vue.
C'est là où nous conduit l’esprit de grandeur, qui est contre l'esprit du baptême et contre l'esprit de Jésus-Christ; et il ne se trouve pas seulement dans les grands, [mais dans tous] ceux qui affectent de les imiter : et qui ne l'affecte pas dans un siècle tout de grandeur comme le nôtre? Ils prennent un certain esprit de ne regarder qu'eux-mémes, excellemment représenté dans Isaïe : Dixisti in corde tuo : Ego sum ; et prœter me , non est altéra 4 : Je suis ; ne diriezvous pas qu'elle n entrepris d'égaler celui qui a dit : Ego sum qui sum : « Je suis celui qui est? • Je suis, toute la menue populace n’est rien; ce n’est pas vivre : il n’y a que mol sur la terre. Ils n'ont garde de s'inquiéter de l'état des au-
1 Ecri. un, sa.
1 De (itibrrturl. l/ri, lib »v u“ t , p. 'V-
i U. 77m- lll , 2.