‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 173 sur 282 · PLAN D’UN SERMON · texte numérisé non relu

PLAN D’UN SERMON

l*OWI LF MCKCRMil

DELA QUATRIEME SEM AINE DE CARÊME

l>flÜ:il£ K «EUX.

St:R r.'KVAMill.K. DE L AVEUCI.E-ÎIÉ.

Comparaison tire mauvais ralhrtlbiuc* Rare 1rs hêreiliiurs.

Si ca-ci cssetis, non liabcrelU peccatum ; mine vero dililis : Quia videmus; peccatum vestrum manet.

-Si r oui étiez aveugles, vous n’auriez point de péché; tuais maintenant , parce que roui dites : Sans voyons; votre péché subsiste. Joui. n, 4|,

Raconter l'histoire, dans le dessein de rendre les pharisiens odieux . Peser les circonstances qui les font voir incrédules et déraisonnables; et puis faire voir au peuple que cette haine, qu'ils ont contre Jésus, se tourne contre eux : peccatum r cslrum manet.

Malheur d'un évêque qui prêche; soit qu'il Se taise, soit qu’il parle.

S'il se tait, Il se condamne : Speculatorem tlcrli te dnmui Israël, « Je vous ni donné pour senti-

■ nelle à la maison d'Israël. -Ezech. m, 17, etc., fort au long; et peser, ibid. xxxm, 2 : . Tu • as délivré ton tlme; son sang est sur lui. Je re-

- demanderai ton sang de tes mains. ■ Faible consolation pour une mère affligée : J’ai fait ce que j’ai pu.

S'il parle , je condamne : Sermn tjucin locutus sum , Ule vas judieabit ' , - I.u parole que j'ai

■ précitée vous jugera. •

Sur cela : Peccatum vestrum manet.

Se jeter sur les catholiques, plus coupables parce que plus instruits.

Sorortuo major, Samaria; soror minor, Sotloma, a dextris et a sinistris > : • Votre grande « seeur, Snmarie; votre petite soeur, Sodome, » (habitent) à votre droite et A votre gauche. ■ Tout au long : ■ Tu les ns justifiées , consolées : « consolons cas s. Fort appuyer.

Appliquer ensuite : Sodome la corrompue, votre soeur aînée; la Synagogue, l'ancienne Jérusalem, spi ritualité r Sodoma *, « appelée spiri-

- tuellement Sodome. * I.a cadette, l’hérésie : Samnric la schismatique et la séparée.

La première, notre ancienne. La seconde, nous l’avons vue naître A Meaux, dans l’impureté de son sang. Elle n'en a point été lavée : toute sanglante de son schisme.

‘ Jouit. XII , 4S.

• Xzech. XVI, 4tt I Ibid. 44.

* dpoc. St, H.

Eglise catholique de Menus, tu les as justi fiées.

La Synagogue, elle a méprisé, crucifié Jésus- Christ mortel : Si cognovissent , nunquam Dominum gloriat cruci/txisscnl ' ; « S’ils l'eussent

■ connu , ils n'eussent jamais crucifié le Seigneur

■ de la gloire: » nous, immortel et connu.

L’hérésie : elle croit figure; toi, c’est Jésus- Christ même : afin que, le voulant, le sachant, tu Poutrages.

La rémission des péchés, elle la nie : toi, tu en abuses pour l’autoriser dans ton crime ; tucherches à y être flatté, etc. Dénombrement.

Tu les justifies : Samaria dimidium peccatorum tuorum non peccavit ’ : . Samarie n'a pas . fait la moitié des crimes que tu as commis. >

I.c péché des chrétiens est plus grand ; des catholiques, des prêtres; et puisqu'il faut aussi prononcer ma condamnation de ma propre bouche , des évêques : Ergo et tu con/uudere , et porta ignominiam tuam 3 : . Ettoi aussi sois confondu, « et porte ton ignominie. -

Contre la honte de confesser scs péchés, la consolation et la gloire.

SERMON

POUR LE VEKHEN

DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME

enCcitê dut iTr lf. roi.

SUR LA MORT

Combien loi hommes sont peu soigneux île corner, rr le souvenir de la mort. Comment elle nous convainc dr notre liasse*», et nous fait connaître la dignité de notre nature.

Domine , veni , et vide.

Seigneur, venez, et voyez. Joan. xi, 34.

Me sera-t-il permis aujourd'hui d'ouvrir un tombeau devant in cour, et des yeux si délicats ne seront-ils point offensés par un objet si funèbre? Je ne pense pas , messieurs , que des chrétiens doivent refuser d’assister A ce spectacle avec Jésus-Christ. C'est A lui que l'on dit dans notre évangile : Seigneur, venez, et voyez ou l'on a déposé le corps du Lazare; c'est lui qui ordonne qu'on lève la pierre , et qui semble nous dire A son tour : Venez , et voyez vous-mêmes. Jésus ne refuse pns de voir ce corps mort , comme un objet de pitié et un sujet de miracle ; mais c'est ' nous , mortels misérables , [qui refusons] de voir ! ce triste spectacle , comme la conviction de nos erreurs. Allons et voyons avec Jésus-Christ, et

| 1 I. Cor. ri, S.

j 3 Ezrch, xvi, 61.

I » Ibid. &*.

SUK LA MORT.

désabusons-nous éternellement de tous les biens ' que la mort enlève.

Cest une étrange faiblesse de l’esprit humain que jamais la mort ne lui soit présente, quoiqu'elle se mette en vue de tous eûtes, et en mille formes diverses. On n’entend dans les funérailles que des paroles d’étonnement , de ce que ce mortel est mort. Chacun rappelle en son souvenir depuis quel temps il lui a parlé , et de quoi le défunt l’a entretenu ; et tout d’un coup il est mort : ! Voila , dit-on , ce que c’est que l'homme ! et celui qui le dit, c'est un homme; et cet homme ne s'applique rien, oublieux de sa destinée : ou s'il passe dans son esprit quelque désir volage de s’v préparer, il dissipe bientût ces noires idées ; et je puis dire, messieurs , que les mortels n’ont pas moins de soin d’ensevelir les pensées de la mort, que d'euterrer les morts mêmes. Mais peut-être que ces pensées feront plus d'effet dans nos cœurs, si nous les méditons nvec Jésus-Christ sur le tombeau du Lazare ; mais demandons-lui qu'il nous les Imprime parla grâce de son Saint- Esprit , et tâchons de la mériter par l’entremise de la sainte Vierge. Ave.

Entre toutes les passions de l'esprit humain , l'une des plus violentes c'est le désir de savoir; et cette curiosité de connaître fait qu’il épuise scs forces pour trouver ou quelque secret inouï dans l’ordre de la nature, ou quelque adresse inconnue dans les ouvrages de l'art, ou quelque raffinement inusité dans la conduite des affaires. Mais, parmi ces vastes désirs d'enrichir notro entendement par des connaissances nouvelles , la même chose nous arrive qu'à ceux qui , Jetant bien loin leurs regards, ne remarquent pas les objets qui les environnent : je veux dire que notre esprit s’étendant par de grands efforts sur des choses fort éloignées, et parcourant, pour ainsi dire , le ciel et la terre, passe cependant si légèrement sur ce qui se présente à lui de plus près , que nous consumons toute notre vie toujours ignorants de ce qui nous touche; et non-seulement de ce qui nous touche , mais encore de ce, que nous sommes. '

Il n'est rien de plus nécessaire que de recueillir en nous-mêmes toutes ces pensées qui s'égarent ; «t c’est pour cela , chrétiens , que je vous invite aujourd'hui d'accompagner le Sauveur jusques au tombeau du Lazare: Veni, et vide, « Venez,

* et voyez. » O mortels, venezcontemplerle spectacle des choses mortelles : A homme , venez apprendre ce que c'est que l'homme. Vous serez peut-être étonnés que je vous adresse à la mort pour être instruits de ce que vous êtes; et vous croirez que ce n'est pas bien représenter l'homme,

que de le montrer où il n'est pms. Mais si vous prenez soin de vouloir entendre ce qui se présente à nous dans le tombeau , vous accorderez aisément qu’il n’est point de plus véritable interprète ni de plus fidèle miroir des choses humaines.

La nature d'un composé ne se remarque jamais plus distinctement que dans la dissolution de ses parties. Comme elles s'altèrent mutuellement par le mélange , il faut les séparer pour les bien connaître. En effet, la société de l'âme et du corps fait que le corps nous parait quelque chose de plus qu’il n’est; et l'âme, quelque chose de moins: mais lorsque, venant à sc séparer, le corps retourne à la terre, et que l'âme aussi est mise en état de retourner au ciel d’où elle est tirée, nous voyons l'un et l’autre dans sa pureté. Ainsi nous n’avonsqu'à considérer ce que lu mort nous ravit, et ce qu'elle laisse en son entier; quelle partie de notre être tombe sous scs coups, et quelle autre se conserve dans cette ruine : alors nous aurons compris ce que c’est que l'homme ; de sorte que je ne crains point d'assurer que c'est du sein de la mort et de ses ombres épaisses , que sort une lumière immortelle pour éclairer nos esprits touchant lcclat de notre nature. Accourez donc , A mortels , et voyez dans le tombeau du Lazare ce quec’est que l’humauité : venez voirdans un même objet la fin de vos desseins , et le commencement de vos espérances ; venez voir tout ensemble la dissolution et le renouvellement de votre être ; venez voir le triomphe de la viedans la victoire de la mort : veni, et vide.

O mort, nous te rendons grâces des lumières que tu répands sur notre ignorance. Toi seule nous coin aines de notre bassesse, toi seule nous fait connaître notre dignité. Si l'homme s'estime trop , tu sais déprimer son orgueil ; si l'homme se méprise trop, tu sais relever son courage; et, pour réduire toutes ses pensées à un juste tempérament, tu lui apprends ces deux vérités, qui lui ouvrent les yeux pour se bien connaître : qu’il est infiniment méprisable , en tant qu'il finit dans le temps; et infiniment estimable, en tant qu'il passe à l'éternité. Ces deux importantes considérations feront le sujet de ce discours.

PREVUES POIKT.

C'est une entreprise hardie que d'aller dire aux hommes qu'ils sont peu de chose. Chacun est jaloux de ce qu'il est; et on aime mieux être aveugle que de connaître son faible : surtout les grandes fortunes veulent être traitées délicatement ; elles ne prennent pas plaisir qu'on remarque leur défaut; elles veulent que, si on le voit, du moins on lecnche : et toutefois, grâce à la mort, nous en pouvons parler av ec liberté. Il n'est rien

Die

SUI\ LA. MORT

de n grand dans le monde , qui ne reconnaisse en soi-même beaucoup de bassesse ; qui ne confesse facilement qu’il n’est rien, à le considérer par eet endrolt-là. Mais c’est encore trop de vanité ,dedistinguer en nous la partie faible ; comme si nous avions quelque chose de considérable. Vive l’Éternel , ô grandeur humaine , de quelque côté que je t'envisage ; sinon en tant que tu viens de Dieu , et que tu dois être rapportée à Dieu , car, en cette sorte je découvre en toi un rayon de la Divinité qui attire justement mes respects; mais en tant que tu es purement humaine , je le dis encore une fois, de quelque côté que je t’envisage, Je ne vois rien en toi que je considère, parce que , de quelque endroit que je te tourne , je trouve toujours la mort en face, qui répand tant d’ombres de toutes parts sur ce que l'éclat du monde voulait colorer, que je ne sais plus sur quoi appuyer ce nom auguste de grandeur, ni ù quoi Je puis appliquer un si beau titre.

Convainquons-nous, chrétiens, de celte importante vérité par un raisonnement invincible. L’accident ne peut pas être plus noble que la substance, ni l'accessoire plus considérable que le principal , ni le bâtiment plus solide que le fonds sur lequel il est élevé , ni enfin ce qui est attaché à notre être plus grand ni plus important que notre être même. Maintenant, qu'est-ce que notre être? Pensons-y bien , chrétiens , qu’est-ee que notre être? Dites-io-nous , 6 mort; car les hommes trop superbes ne m'en croiraient pus. Mais , 6 mort , vous êtes muette , et vous ne parles qu'aux yeux. Un grand roi vous va prêter sa voix , afin que vous vous fassiez entendre aux oreilles , et que vous portiez dans les coeurs des vérités plus articulées.

Voici la belle méditation dont David s’entretenait sur le trône , au milieu de sa cour : Sire , clleest digne de votre audience : Ecce mensurabiles posuisti (lies meos, et mbstantia mea tanquam nihilum ante te' : O éternel Roi des siècles I vous êtes toujours à vous-même, toujours en vous-même ; votre être éternellement immuable ni ne s’écoule , ni ne se change , ni ne se mesure : a et voici que vous avez fait mes jours me-

- surables, et ma substance n’est rien devant

- vous. » Non , ma substance n’est rien devant vous , et tout être qui sc mesure n’est rien , parce que ce qui se mesure a son terme , et lorsqu'on est venu à ce terme , un dernier point détruit tout, comme si Jamais il n’avait été. Qu’est-ce que cent ans? qu’est-ce que mille ans , puisqu'un seul moment les efface? Multipliez vos jouis, comme les cerfs et les corbeaux , que la fable ou

l’histoire de la nature fuit vivre durant tant de siècles ; durez autant que ces grands chênes sons lesquels uosancêtres se sont reposés, et qui donneront encore de l’ombre à notre postérité; entassez dans cet espace, qui parait immense, honneurs, richesses, plaisirs; que vous profitera eet amas, puisque le dernier souffle de la mort, tout faible, tout languissant, abattra tout a coup cette vainc pompe avec la même facilité qu’un château de cartes , valu amusement des enfants? et que vous servira d'avoir tant écrit dans ce livre , d’en avoir rempli toutes les pages de beaux caractères, puisqu'cnfln une seule rature doit tout effacer? Encore une rature laisserait-elle quelques traces, du moins d’elle-mêmc; au . lieu que ce dernier moment , qui effacera d'un seul trait toute votre vie , s’ira perdre lui-même avec tout le reste dans ce gouffre du néant : il n’y aura plus sur la terre aucuns vestiges de ce que nous sommes. La chair changera de nature; le corps prendra un autre nom; - même celui « de cadavre ne lui demeurera pas longtemps ; il ■ deviendra, dit Tcrtullien, un je ne sais quoi • qui n'a plus de nom dans aucune langue : • tant il est vrai que tout meurt en lui, jusqu’à ces termes funèbres par lesquels on exprimait ses malheureux restes : Post totum ignobilitatis elogium, caducœ in originem terrain, et cadaveris nomen; et de isto quoqtic nomine periiurœ in milium intic jam nomen, in omnis juin voeabuli mortern'.

Qu'est-ce donc que ma substance, ô grand Dieu ! J'entre dans la vie pour en sortir bientôt; je viens me montrer comme les autres ; après il faudra disparaître. Tout nous appelle à la mort : la nature, comme si elle était presque envieuse du bien qu’elle nous a fait, nous déclare souvent et nous fait signifier qu’elle ne peut pas uous laisser longtemps ce peu de matière qu’elle nous prête, qui ne doit pas demeurer dans les mêmes mains, et qui doit être éternellement dans le commerce : elle en a besoin pour d’autres formes , elle la redemande pour d’autres ouvrages.

Cette recrue continuelle du genre humain , je veux dire les enfants qui naissent , à mesure qu'fis croissent et qu'ils s’avancent, semblent nous pousser de l’épaule, et nous dire : Retirez-vous, c’est maintenant notre tour. Ainsi comme nous en voyons passer d’autres devant nous, d’autresnous verront passer, qui doivent à leurs successeurs le même spectacle. O Dieu! encore une fois, qu’est ce que de nous? Si je jette la vue devant moi, quel espace infini où je ne suis pas 1 si je la retourne en arrière, quelle suite effroyable où je ne

1 P,, mm, 6.

1 De Retur car. n* ♦ , p. 281.

SUR LA MORT

4ÔG

suis plus! et que j'occupe peu de place dans cet abime immense du temps ! Je ne suis rien ; un si petit intervalle n’est pas capable de me distinguer du néant : on ne ma envoyé que pour inire nombre; encore n'avait-on que faire de moi, et la pièce n'en aurait pas été moins jouée, quand je serais demeuré derrière le théâtre.

Encore, si nous voulons discuter les choses dans une considération plus subtile, ce n'est pas toute l'étendue de notre vie qui nous distingue du néant ; et vous savez , chrétiens , qu'il n'y a jamais qu'un moment qui nous en Béparr. Maintenant nous en tenons un; maintenant il périt, et avec lui nous péririons tous, si, promptement et sans perdre temps, n ous n’en saisissions un autre semblable , jusqu'à ce qu'enlin il en viendra un auquel nous ne pourrons arriver, quelque effort que nous fassions pour nous y étendre ; et alors nous tnnherous tout à coup, manque de soutien. O fragile appui de notre être! A fondement ruineux de notre substance ! In i maginrpertransit homo'. Ah! l'homme passe vraimeut de même qu'une ombre, ou de même qu'une image en ligure; et comme lui-méme n’est rien de solide, il ne poursuit aussi que des choses vaines, l image du l>ien,ctnon le bien même: aussi est-il in imayine, sed et frustra conlurbatur.

Que la place est petite que nous occupons en ce monde! si petite certainement et si peu considérable, que je doute quelquefois , avec Arnobc, si je dors ou si je veille : Vigilemus aliquando, an ipsum vigilare, quod dicitur, somni si perpelai porlio ’. Je ne sais si ce que j'appelle veiller n'est peut-être pas une partie un peu plus excitée d’un sommeil profond ; et si je vois des choses réelles , ou si je suis seulement troublé par des fantaisies et par de vains simulacres.

Prœterit figura hujus mundi 1 : ■ La figure « de ce monde passe, et ma substance n'est rien » devant Dieu : » et suhslanlia mea tanquam nihilum ante te*, le suis emporté si rapidement , qu'il me semble que tout me fuit et que tout m'échappe. Tout fuit en effet, messieurs , et pendant que nous sommes ici assemblés, et que nous croyons être immobiles , chacun avance son chemin , chacun s’éloigne sans y penser de son plus proche voisin , puisque chacun marche insensiblement à la dernière séparation : Ecce mensurahites posuisli dics meos *.

SECOND POINT

N'en doutons pas, chrétiens; quoique nous

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