SUR LES VAINES EXCUSES DES PÉCHEURS
milieu des épines : « Le buisson porte un fruit . qui ne lui appartient pas, mais qui n'en est < pas moins le fruit de la vigne , quoiqu'il soit . appuyé sur le buisson : * Portât fructum spina non suum; non enim spinam vitisattulil; sed spinis palmes incubait
Ainsi la chaire de. Moïse dont parle le Fils de Dieu dans son Évangile ; et disons , pour nous appliquer cette doctrine, la chaire de Jésus-Christ et des apôtres que nous remplissons dans l’Église, c’est une vigne sacrée; la doctrine enseignée par les mouvais, c'est la branche de cette vigne qui produit son fruit sur le buisson. Ne dédaignes pas ce raisin , sous prétexte que vous le voyez parmi des épines ; ne rejeter, pas cette doctrine, parcequ’elleest environnéede mauvaises moeurs : elle ne laisse pas de venir de Dieu ; et vous devez regarder de quelle racine elle est née, et , non pas sur quel appui elle est soutenue : Loge uvam inter spinas pendentem, sed de vite nascenlem ’. Approchez, et ne craignez pas decueilllr ce raisin parmi ces épines ; mais prenez garde, dit saint Augustin , que vous ne déchiriez votre main en le cueillant; c'est-à-dire, recevez la bonne doctrine, gardez-vous du mauvais exemple; faites ce qu'ils disent , prenez le raisin ; ne faites pas ce qu'ils font, gardez-vous des épines; et craignez, dit saint Augustin en un autre endroit , que vous ne vous priviez vous-mêmes de la nourriture de la vérité, pendant que votre délicatesse et votre dégoût vous fait toujours chercher quelque nouveau sujet de dégoût , ou dans le vaisseau où l'on vous le présente, ou dans l'assaisonnement : Veritas tibi unde/ibet loquatur, esuriens accipe , ne unquam ad te perveniat, dum semper quod reprehendas in vasculos faslidiosus... inquiris *.
Cessez donc de travailler vos esprits à rechercher curieusement notre vie. Ne dites pas : J’ai découvert les Intrigues de celui-là et les secrètes prétentions de cet autre : ne dites pas que vous avez reconnu son faible, et que vous avez enfin découvert à quoi tendent tant de beaux discours. Vaine et inutile recherche : car outre que vous imposez souveut à leur innocence ; quand ce que vous leur reprochez serait véritable, quelle merveille, messieurs, d’avoir trouvé des péchés dans des pécheurs , et duns des hommes des défauts humains ? Ce n'est pas ce qui est digne de votre recherche : ce qui mérite l’applicatiou de votre esprit , c'est premièrement , chrétiens , de vous souvenir de ce que vous êtes, et de ne ju-
• In Joan. Tract, xlvi , n° fl . t. m , part II , col. OuG.
• Sert». XLV| , n* 22, t. V, col. 237.
• In Pt. xxxvi. Scrm. m, n* 20, t. IV, col. 1W.
ger pas témérairement. Fussiez vous des souverains fussiez- vous des rois; dans l'Église de Dieu, [vous êtes comptés parmi ] le peuple et les brebis : par conséquent ne reprenez pas les oints du Seigneur, les ministres de ses sacrements et de sa parole.
Mais si le mal est si manifeste qu'il ne puisse plus se dissimuler, ne perdez pas le respect pour la vérité à cause de celui qui la prêche : admirez au contraire, admirez en nous-mêmes l'autorité, la force de la loi de Dieu , en ce qu'elle se fait honorer même par ceux qu'elle condamne, et les contralut de disposer contre eux-mêmes en sa faveur. Enfin , ne croyez pas vous justifier en débitant par le monde les vicesdes autres ; songez qu’il y a un tribunal où chacun sera Jugé par ses propres faits. Jésus-Christ a condamné l’aveugle qui mène ; mais il n’a pas absout l'aveugle qui suit ; . Ils se perdent tous deux dans la même « fosse : » Ambo in foveam codant'. Ainsi, mes frères, la chute de ceux que vous voyez audessus de vous dans les fonctions ecclésiastiques, bien loin de vous porter au relâchement , vous doit inspirer de la crainte , et vous faire d 'autant plus trembler, que vous voyez tomber les colonnes mêmes : Non sit delectalio minorum lapsus majorum, sed sit casus majorum tremor minorum ’.
Nous avons oui avec patience une partie des reproches que vous faites aux prédicateurs ; et l’intérêt de votre salut nous a obligé d'y répondre par des maximes tirées de l'Évangile : maintenant écoutez, messieurs, les Justes plaintes que nous faisons de vous ; il est bleu raisonnable que vous nous écoutiez à votre tour, d’autant plus que nous ne parlons pas pour nous-mêmes, mais pour votre utilité. Nous nous plaignons donc, chrétiens, et nous nous en plaignons à Dieu et aux hommes, nous nous en plaignons à vous-mêmes , que vous faites peu d’état de notre travail : ce que je veux dire, messieurs, ce n’est pas que vous preniez mal nos pensées , que vous censuriez nos actions et nos discours; tout cela est trop peu de chose pour nous émouvoir. Quoi ! cette période n'a pas scs mesures ^raisonnement n’est pas dans son jour, cette comparaison n'est pas bien tournée? c’est ainsi qu'on parle de nous ; nous ne sommes pas exempts des mots de la mode. Dites, dites ce qu’il vous plai ra : tous ces reproches sont un jeu d'enfant qui n’est pas digne de l'attention de gens qui sont occupés à un ministère si grave et si sérieux. Nous abandonnons de bon cœur à votre censure ces or -
' .Voit*, xv. t«.
* S. Ans. in Pt. L, o* », t. IV, col. 46*.
SUR LE RESPECT
nements étrangers, que nous sommes contraints quelquefois de rechercher pour l'amour de vous ; puisque telle est votre délicatesse, que vous ne pouvez goûter Jésus-Christ tout seul dans la simplicité de son Évangile : tranchez , décidez , eensurez, exercez là-dessus votre bel esprit, nous ne nous en plaignons pas. En quoi donc nous plaignons-nous justement que vous méprisez notre travail? en ce que vous nous écoutez , et que vous ne nous croyez pas; en ce qu'on ne vit jamais un si grand concours , et si peu de componction; en ce que nous recevons assez de compliments, et que nous ne voyons point de pénitence.
Saint Augustin, étant dans la chaire, a dit autrefois à scs auditeurs : Considérez , mes frères, que « notre vie est pénible et laborieuse, * accompagnée de grands périls. » Après avoir ainsi représenté ses travaux et ses périls : « Con- ■ solez-nous en bien vivant : • Vilain no.it ram infirmant, laboriosam, periculosam, in hoc mundo consolamini bene vivendo '. Je puis bien parler après ce grand homme , et vous représenter avec lui doucement , en simplicité de cœur, qu’en effet notre vie est laborieuse. Nous usons nos esprits à chercher dans les saintes Lettres et dans les écrivains ecclésiastiques ce qui est utile à votre salut , à choisir les matières qu i vous sont propres, à nous accommoder autant qu’il se peut à la capacité de tout le monde : U faut trouver du pain pour les forts et du lait pour les enfants. Eh I c'est assez parler de nos peines , nous ne vous les reprochons pas : après tout , c’est notre devoir ; si le travail est fâcheux, l’oisiveté d’autre part n’est pas supportable.
Mais si vous avez peu d’égard à notre travail, ah ! ne comptez pas pour rien notre péril. Quel péril ? nous sommes responsables devant Dieu de ce que nous vous disons : est-ce tout? et de ce que nous vous taisons. Si nous dissimulons vos vices , si nous les déguisons , si nous les flattons, si nous désespérons les faibles , si nous flattons les présomptueux, Dieu nous en fera rendre compte. Est-ce là tout notre péril? non, mes frères, ne le croyez pas; notre plus grand péril , c’est lorsque nous faisons notre devoir. J'ai quelque peine , messieurs , à vous parler de notre emploi : ce qui m’y fait résoudre , c’est que j'en espère pour vous de l'instruction ; et ce qui me rassure, c’est que je ne parle pas de moi-méme.
Saint Augustin dit : Nous devons souhaiter pour votre bien que vous approuviez nos discours; car quel fruit peut-on espérer, si vous n'approuvez pas ce que nous disons? C’est donc