‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 180 sur 282 · DU A LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

DU A LA VÉRITÉ

ce que nous devons désirer le plus , et c’est ce que nous avons le plus à craindre. Dispensez-moi , messieurs , de vous expliquer plus au long ce que vous devez assez entendre. Ah I cessons deparler ici de nous-mêmes. Venons à la conclusion de saint Augustin : Consolamini bene r (vendo; nolitc nos adlererc malts moritws veslris • : « Consolez-nous en bien vivant; ne nousacca- « blez pas par vos mœurs déréglées. > Parmi tant de travaux et tant de périls , quelle consolation nous peut-il rester, que dans l'espérance de gagner les âmes? Nous ne sommes pas si malheureux , qu’il n’y en ait qui profitent de notre parole ; mais voici , dit saint Augustin , ce qui rend notre condition misérable : In occulto est umle gavdcam , in publico est unde torquear' :

• Ce qui nous fâche est public ; ce qui nous eon- ■ sole est caché : ■ nous voyons triompher hautement le vice qui nous afflige, et nous ne voyons pas la pénitence qui nous édifie. Luceat lux écrira coram hominibus 5 : « Que votre lumière

• luise devant les hommes. >

DEUXIÈME SERMON

rom

LE DIMANCHE DE LA PASSION

Fort» et empire (le la vérité. Principe de la haine que les hommes lui portent : en combien de manière» Us la haïssent. Nécessité de la simplicité et de la bonne fol , pour bien régler notre conscience. Origine des doutes et des fausses subtilités qu'on se forme dan» la morale. Funestes suites dm efforts que uous faisons contre la vérité inhérente en nous. Par quels degrés nous tombons dans un si grand mal : quels en sont les progrès et les remèdes.

SI verUatcm dico tobis, quare non credilis milii?

Si je vous dis la vérité, pourquoi refusez-vous de me

croire? Joan. vin,

On a dit, Il y a longtemps, qu’il n’y a rien de plus fort que la vérité ; et cela se doit entendre particulièrement de la vérité de l’Évangile. Cette vérité, chrétiens , que la fol nous propose en énigme , comme parle l’apAtre saint Paul , parait dans le ciel à découvert , révérée de tous les esprits bienheureux : elle étend son empire jusqu'aux enfers ; et quoiqu'elle n’y trouve que scs ennemis , elle les force néanmoins de la reconnaître. - Les démons la croient , dit saint Jac- «ques4; et non-seulement ils croient, mais ils

• tremblent. » Ainsi la vérité est respectée dans le ciel et dans les enfers. La terre est au milieu , et c'est là seulement qu'elle est méprisée. Les

1 Loco moxcilalo.

» Sert*, ccr.xctl, O* «J , I. V, Col. |606.

» Sialth. r. 10.

* Jae. n, I».

* /» J O* in. Tmet. Win, n0 14, t. m , pari, n, cul.

Sun LE RESPECT

MO

anges la volent, et Ils l'adorent; les démons la laissent, mais ils ne la méprisent pas, puisqu'ils tremblent sous sa puissance. C’est nous seuls,

6 mortels , qui la méprisons , lorsque nous t'écoutons froidement, etcomme une chose indifférente que nous voulons bien avoir dans l’esprit , mais à laquelle il ne nous plaît pas de donner aucune place dans notre vie. Et ce qui rend notre audace plus inexcusable, c’est que cette vérité éternelle u'a pas fait comme le soleil , qui , demeurant toujours dans sa sphère, se contente d'envoyer ses rayons aux hommes : elle , dont le ciel est le lieu natal , a voulu aussi naître sur la terre : Veritas de terra orta est Elle n'a pas envoyé de loin ses lumières, elle-même est venue nous les apporter, et les hommes toujours obstinés ont fermé les yeux ; ils ont bal sa clarté à cause que leurs œuvres étaient mauvaises , et ont contraint le Fils de Dieu de leur faire aujourd'hui ce juste reproche : Si veritatem dico vobis, quare non creditis mUtiP-Si je vous dis la vérité, pourquoi » refusez-vous de me croire? • Pulsqu il nous ordonne, messieurs, de vous faire aujourd'hui ses plaintes , touchant cette haine de la vérité ; qu’il nous accorde aussi son secours pour plaider fortement sa cause la plus juste qui fut jamais. C'est ce que nous lui demandons par les prières de la sainte Vierge. Ave, etc.

La vérité est une reine qui a daus le ciel son trône éternel , et le siège de son empire dans le sein de Dieu ; il n’y a rien de plus noble que son domaine , puisque tout ce qui est capable d'entendre en relève, et qu'elle doit régner sur la raison même , qui a cté destinée pour régir et gouverner toutes choses. Il pourrait sembler, chrétiens , qu’une reine si adorable ne pourrait perdre son autorité que par l’ignorance : mais comme le Fils de Dieu nous le reproche , qus la malice des hommes lui refuse son obéissance, lors même qu’elle leur est le mieux annoncée ; c'est véritablement ce qui m’étonne , et je prétends aujourd’hui rechercher la cause d'un dérèglement si étrange. Il est bien aisé de comprendre que c'est une haine secrète que nous avons pour la vérité , qui nous fait secouer le joug d’une puissance si légitime. Mais d’où nous vient cette haine, et quels en sont les motifs? c’est ce qui mérite une grande considération , et ce que je tâcherai de vous expliquer par les principes, suivant la doctrine de saint Thomas , qui traite expressément cette question’.

Pour cela II faut entendre , avant toutes choses , que le principe de la haine , c’est la eontra-

1 Pt. L*«IV. 12

■ I. 2. (.lues I. «1*1 *rt. V.

riété et la répugnance ; et en ce regard , chrétiens , il ne tombe pas sous le sens qu’on puisse haïr la vérité prise en elle-même et dans cette idée générale ; ■ parce que, dit très-bien le grand

• saint Thomas , ce qui est vague de cette sorte ■ et universel ne répugne jamais à personne , et

• ne peut être par conséquent un objet de haine. » Ainsi les hommes ne sont pas capables d'avoir de l'aversion pour la vérité; sinon autant qu'ils la considèrent dans quelque sujet particulier ou elle combat leurs inclinations , où elle contredit leurs sentiments : et en cette vue, chrétiens , il me sera facile de vous convaincre que nous pouvons haïr la vérité en tiois sortes, par rapport à trots sujets où elle se trouve , et dans lesquels elle contrarie nos mauvais désirs. Car nous la pouvons regarder, ou en tant qu’elle réside en Dieu , ou en tant qu'elle nous parait dans les autres hommes, ou en tant que nous la sentons eu nous-mêmes : et il est certain qu’en ces trois états toujours elle contrarie les mauvais désirs , et toujours elle donne aussi un sujet de haine aux hommes déréglés et mal vivants.

Et en effet , âmes saintes , ces lois immuables de la vérité , sur lesquelles notre conduite doit être réglée, soit que nous les regardions en leur source, c’est-à-dire, en Dieu , sait quelles nous soient montrées dans les autres hommes, soit que nous les écoutions parler en nous-mêmes, crient toujours contre les pécheurs, quoi qu’en des manières différentes. En Dieu qui est le juge suprême, elles les condamnent; dans les hommes qui sont des témoins présents, elle les reprennent et les convainquent ; en eux-mêmes et dans le secret de leur conscience , elles les troublent et les inquiètent : et c'est pourquoi partout elles leur déplaisent. Car ni l'orgueil de l'esprit humain ne peut permettre qu’on le condamne , ni l'opiniâtreté des pécheurs ne peut souffrir qu’on la convainque; et l’amour aveugle qu’ils ont pour leurs vice* peut encore moins consentir qu’on l’inquiète. C'est pourquoi ils haïssent la vérité ; d'où vous pouvez comprendre combien ils sont éloignés de lui obéir. Mais si vous ne l’avez pas encore entendu, la conduite des Juifs envers Jésus-Christ vous le fera aisément connaître. Il leur prêche les vérités qu'il dit avoir vues dans le sein du Père; ces vérités les condamnent, et ils haïssent sou Père, où elles résident : Oderunt et me, et Putrem meum '.

Il les reprend eu vérité de leurs vices; et pendant que ses discours les convainquent , la haine de la vérité leur fait haïr celui qui l'annonce ; ils s'irritent contre lui-même, ils l'appellent sa-

■ Juan. XV, 24-

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maritain et démoniaque ; ils courent aux pierres pour le lapider, comme il se voit dans notre évangile. Il les presse encore de plus prés , Il lenr porte jusqu'au fond du cœur la lumière de la vérité , conformément à cette parole : « La lu- • mière est en vous pour un peu de temps, > Adhuc modicum lumen in vobis est' ; et ils la laissent si fort cette vérité adorable , qu'ils en éteignent encore ce faible rayon, parce qu’ils cherchent la nuit entière pour couvrir leurs mauvaises œuvres. Dans cette aversion furieuse, invétérée et opiniâtre qu'ils témoignent A la vérité , et parmi tant d'outrage* qu'ils lui font souffrir, n'a-t-il pas raison , chrétiens , de leur faire aujourd'hui ce juste reproche : Si je vous dis la vérité , pourquoi refusez-vous de la croire ? pourquoi une haine aveugle vous empéche-t-elie de lui obéir?

Mais il ne parie pas seulement aux Juifs ses ennemis déclarés; et son dessein principal est d'apprendre à ses serviteurs à aimer et respecter sa vérité sainte, en quelque endroit qu'elle leur paraisse. Quand ils la regardent en leur Juge, qu'ils permettent qu'elle les règle : quand elle les reprend par les autres hommes , qu'ils souffrent qu'elle les corrige : quand elle leur parle dans leurs consciences, qu'ils consentent non-seulement qu'elle les éclaire , mais encore qu'elle les change et les convertisse : trois parties de ce discours.

PBEHIXa pouvr.

Comme ces lois primitives et invariables de vérité et de justice , qui sont dans l'intelligence divine, condamnent directement la vie des pécheurs; il est très-certain qu'ils les haïssent et qu'ils voudraient par conséquent les pouvoir détruire. La raison solide : e'est le naturel de la haine de vouloir détruire son objet, comme de l'amour de le conserver. Sans que vous donniez la mort A votre ennemi , vous le tuez déjà par votre haine qui porte toujours dans l'âme une disposition d'homicide. C’est pourquoi l’apôtre dit : Omnis qui odit fratrem suum komicida est Il le compare A Gain : il ne dit pas, celui qui trempe les mains dans son sang, ou qui enfonce un couteau dans son sein ; mais , celui qui le hait est homicide. C'est que le Saint-Esprit qui le guide n'arréte pas sa pensée A ce qui se fait au dehors : il va approfondissant les causes cachées, et c’est ce qui lui lait toujours trouver dans la haine une secrète intention de meurtre. Car si vous savez observer toutes les démarches de la haine, vous verrez qu'elle voudrait détruire

1 T. Jimih. XII , y».

* Jim n III , b.

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