DES HOMMES
cruelle et malfaisante. En effet, il est déjà trèsindubitable que nous faisons mourir dans notre cœur celui que nous haïssons; mais il faut dire de plus qu'en l’éloignant de notre cœur, nous ne le pouvons souffrir nulle part. Aussi sa présence blesse notre vue ; se trouver avec lui dans un même lieu, nous parait une rencontre funeste; tout ce qui vient de sa part nous fait horreur; et si nous ne réprimions cette maligne passion , nous voudrions être entièrement défaits de cet objet odieux : telle est l’intention secréte de la haine; et c'est pourquoi l’apôtre saint Jean l’appelle homicide. Par où vous voyez, mes frères , combien il est dangereux d’être emporté par la haine, puisque Dieu punit comme meurtriers tous ceux qui s'y abandonnent.
Mais revenons à notre sujet, et appliquons aux pécheurs la doctrine de ce grand apôtre. Tous ceux qui transgressent In loi de Dieu haïssent sa vérité sainte, puisque non-seulement ils l'éloignent d’eux, mais encore qu’ils lui sont contraires; la détruisant en eux-mêmes, et ne lui donnant aucune place dans leur vie, Ils voudraient la pouvoir détruire partout où elle est, et principalement dans son origine : ils s’irritent contre ces lois, ils se fâchent que ce qui leur plaît désordonnément leur soit si sévèrement défendu; et se sentant trop pressés par la vérité, Ils voudraient qu’elle ne fût pas. Car que souhaite davantage un malfaiteur, que l’impunité dans son crime? et pour avoir cette impunité, ne voudrait-il pas pouvoir abolir et la loi qui le condamne, et la vérité qui le convainc, et la puissance qui l’accable? et tout cela n’est-ce pas Dieu même, puisqu’il est lui-même sa vérité, sa puissance et sa justice? C’est pourtpiol le Psalmiste a prononcé : ■ L’insensé a dit dans son « cœur : Il n’y a point de Dieu 1 ; » et saint Augustin, expliquant ces mots, dit que * ceux qui ne « veulent pas être Justes, voudraient qu'il n’y « eût au monde ni justice, ni vérité, pour cou- « damner les criminels : > Cum esse volant mnli , nolunl esse verilalcm qua damnantur mnli '.
Considérez, Ô pécheurs, quelle est votre audace : c'est à Dieu que vous en voulez ; et puisque ses vérités vous déplaisent, c’est lui que vous haïssez, et que vous voudriez qu’il ne fût pas : Nolumus hune regnarc super nos 3 : • Nous ne « voulons point que celui-ci soit notre roi. ■.
Mais afin que nous entendions que tel est le désir secret des pécheurs, Dieu a permis, chrétiens, qu’il se soitenfin découvert en la personne de sou Fils II a envoyé Jésus-Christ au monde,
1 Pm. Ul, I.
1 /« Juan. Tract, xc , t Ml , part. Il , col. 7SI.
■ Lite, m , 1 1.
POUR LA VÉRITÉ
c’est-à-dirc, il a envoyé sa véritéct sa parole. Qu'a fait au inonde ce divin Sauveur? Il a censuré hautement les pécheurs superbes, il a découvert les hypocrites, il a confondu les scandaleux , il a été un flambeau qui a mis à chacun devant les yeux toute In honte de sa vie. Quel en a été l’événement? Vous le savez, chrétiens, et Jésus- Christ l'a exprimé dnns les paroles de mon texte.
• Le monde me hait , dit-il , parce que je rends « témoignage que ses œuvres sout mauvaises 1 ; » et ailleurs, en parlant aux Juifs, « C’est pour > cela, dit-il, que vous voulez me tuer, parce
• que ma parole ne prend point en vous 1 , » et que ma vérité vous est à charge. Si donc c’est la véritéqui a rendu Jésus-Christ odieux nu monde, si c’est elle que les Juifs ingrats ont persécutée en sa personne ; qui ne voit qu’en combattant par nos mœurs la doctrine de Jésus-Christ, nous nous liguons contre lui avec ces perfides, et que nous entrons bien avant dans la cabale sacrilège qui a fait mourir le Sauveur du monde? Oui, mes frères , quiconque s’oppose à la vérité , et aux lois immuables quelle nous donne, fait mourir spirituellement la justice et la sagesse éternelle qui est venue nous les apprendre , et se revêtit d'un esprit de Juif pour crucifier, comme dit l'apôtre, Jésus-Christ encore une fols : rursum cruci/igentes sibimetipsis l'ilium Dei ’. Et ne dites pas, chrétiens, que vous ne combattez pas la vérité sainte que Jésus-Christ a prêchéo,puisqu’au contraire vous la professez ; car ce n’est pas en vain que le même apôtre a prononcé ces paroles : • Ils professent de connaître Dieu, et ils « le renient par leurs œuvres : » Confitenlur se nasse Dcum, faclis aulem ne g mit è Les œuvres parlent à leur manière , et d’une voix bien plus forte que la bouche même ; c'est là que parait tout le fond du cœur.
Par conséquent, messieurs, nos aversions implacables et nos vengeances cruelles combattent contre la bonté de Jésus-Christ ; nos interopérancess'élèventcontre la pureté de sa doctrine, notre orgueil contredit les mystérieuses humiliations de ce Dieu-homme ; notre Insatiable avarice, qui semble vouloir engloutir le monde et tous scs trésors, s'oppose de toute sa force à cette immense prodigalité par laquelle il a tout donné jusqu’à son sang et sa vie; et notre ambition et notre orgueil, qui montent toujours, contrarient autant qu’ils le peuvent les anéantissements de ce Dieuhomme et la sublime bassesse de sa croix et de scs souffrances. Ainsi, c’est en vain que nouspro-
1 Joan, vil , 7.
* Ibid. fin , 17.
* Htbr. fi, «.
4 Ttt. I, IG.
fessons la doctrine de Jésus-Christ que nous combattons par nos œuvres : notre vie dément nos paroles, et fait bien voir, comme disait Salvlen , que « nous ne sommes chrétiens qn'à la honte de «Jésus-Christ et de son Évangile, » christiani ad contumeliam C/irisli
Que s'il est ainsi , chrétiens , si nous combattons par nos œuvres la sainte vérité de Dieu, qui ne voit combien il est juste qu'elle nous combatte aussi à son tour, et qu’elle s’arme contre nous de toutes ses lumières pour nous confondre , de toute son autorité pour nous condamner, de toute sa puissance pour nous perdre? Il est juste et très-juste que Dieu éloigne de lui ceux qui le fuient, et qu’il repousse violemment ceux qui lercjettcnt. C'est pourquoi, comme nousluidisons tous les jours : Retirez-vous de nous, Seigneur, « nous ne voulons pus vos voies : » Scicntiam via ■ rum tuarum nolumus ■ ; il nous dira à son tour : « Retirez-vous de moi, maudits; et, Je ne vous
• conuais pas s : ■ et après que sa vérité aura prononcé de toute sa force cet anathème, cette exécration, cette excommunication éternelle, eu un mot ce Discedite, • Retirez-vous; » où iront-ils , ces malheureux ennemis de la vérité et exilés du la vie? où , étant chassés dn souverain bien , sinon au souverain mal? où, en perdant l'éternelle bénédiction, sinon à la malédiction étemelle? où, éloignes du séjour de paix et de tranquillité immuable, sinon au lieu d’horreur et de désespoir? Là sera le trouble , là le ver rongeur, là les flammes dévorantes, là enfln seront les pleurs et les grincements de dents : Ibi eril Jktus et stridar dentium V
O mes frères ! qu'il sera horrible de tomber entre les mains du Dieu vivant, quand il entreprendra de venger sur nous sa vérité outragée plus encore par nos œuvres que par nos paroles! Je tremble en disant ces choses. Et, certes, quand ce serait un ange du ciel qui dénoncerait aux mortels ces terribles jugements de Dieu, le sentiment de compassion le ferait trembler pour les autres, maintenant que j’ai à craindre pour vous et pour moi, quel doit être mon étonnement, et combien dois-jc être saisi de frayeur I
Cessons donc, cessons chrétiens, de nous opposer à la vérité de Dieu ; n'irritons pas contre nous une ennemie si redoutable ; réconcilions-nous bientôt avec elle, en composant notre vie selon ses préceptes ; . de peur, dit le Fils de Dieu , que « cet adversaire implacable ne nous mène devant
• le juge , et que le juge ne nous livreà l’exécuteur
' lh Cubemal. Dci, lih. vtn, o" J, p. irq.
7 Job. x\|, l».
* ytoflh. XXV, 4T. LliC. XIU, 27-
‘ Statlh. XIII, 42.
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