‹ suvres de Bossuet Oraisons funèbresChapitre 190 sur 282 · SUR LA SATISFACTION · texte numérisé non relu

SUR LA SATISFACTION

sou que plusieurs fuient Jésus-Christ dans la pénitence: Quia testimonium perhibeo. Us évitent de se confesser, parce qu'ils appréhendent, disent-ils, de trouver quelque confesseur fâcheux et sévère. Pour leur ôter cette pensée lâche qui entretient leur Impénttcncc, expliquons tonte la matière de la satisfaction, selon les sentiments de l'Eglise et du saint concile de Trente : 1° la nécessité de la satisfaction; T quelle elle doit être; 3» dans quel esprit nous la devons faire.

FREUIEB POINT.

La nécessité. Il ne faudrait point chercher d'autres preuves que les exemples des saints pénitents : faut en rapporter quelques-uns. Si tous ceux auxquels Dieu a inspiré le désir de la pénitence , il leur inspire aussi dans le même temps la volonté de le satisfaire , on doit conclure nécessairement que ces deux choses sont inséparables ; et si nous refusons de suivre les pas de ceux qui nous ont précédés dans la voie de la pénitence , nous ne devons jamais espérer le pardon qu’ils ont obtenu : ce que nous verrous encore plus évidemment, si nous concevons la raison par laquelle ils se sentaient pressés de satisfaire a Dieu pour leurs crimes. C’est qu'ils étaient trespersuadés que pour se relever de la chute où le péché nous a fait tomber, il ne sufllt pas de changer sa vie, ni de corriger ses mœurs déréglées : car, comme remarque excellemment le grand saint Grégoire : « Ce n'est pas assez pour payer ses « dettes, que de n'en faire plus de nouvelles, mais

• il faut acquitter celles qui sont créées; et lors-

• qu’on injurie quelqu’un , il ne suffit pas pour le

■ satisfaire de mettre fin aux injures que nous lui

■ disons , mais encore outre cela la justice nous < ordonne de lui en faire réparation ; et lorsqu'on

• cesse d'écrire , il ne s’ensuit pas pour cela qu'on > efface ce qui est déjà écrit, il faut passer la

• plume sur l'écriture que nous avons faite, ou « bien déchirer le papier • Il en est de même de nos péchés : tout autant de péchés que nous commettons , autant de dettes contractons-nous envers la justice divine. Il ne suffît donc pas de n'en faire plus de nouvelles , mais il faut payer les anciennes : et lorsque nous nous abandonnons nu péché, quelle injure ne disons-nous pnscontre Dieu? Nous disons qu'il n’est pas notre créateur, ni notre juge, ni notre Père, ni notre Sauveur, etc. Est-ce donc assez , chrétiens , de cesser de lui dire de telles injures, et ne sommes-nous pas obligés, de plus, à lui en faire la satisfaction nécessaire ? Enfin quand nous péchons , nous écrivons sur nos cœurs : l'eccatum Jucla scripium

,- Peilor. ni, pari. , cap. xxx , t. u, col. 87.

est stylo jerreo... super talituainem cordis paru m • : . Le péché de Juda est écrit avec un poin- « çonde fer sur la table deleurcœur.-N’c croyons donc pas faire assez, lorsque nous ne continuons pas d’écrire ; cela n'efface pas ce qui est écrit : il faut passer la plume , par les exercices laborieux qui nous sont prescrits dans In péuitence , sur ces tristes et malheureux caractères; il faut déchirer le papier surlequcl ils ont été imprimés ; c’est-à-dire , qu'il faut déchirer nos cœurs : Seindite corda vestra * : ainsi ils seront effacés.

Mais pour pénétrer jusque dans le fond cette vérltécatboilque, considérons sérieusement quelle est la nature de la pénitence. Le sacrement de la pénitence est un échange mystérieux qui se fait, par la bonté divine, de la peine éternelle en une temporelle. « Si les pénitents deviennent « eux-mêmes leurs juges et les vengeurs de leurs « iniquités, en exerçant contre eux -mêmes les

• peines volontaires d'une justice sévère; ilscom- « mueront les supplices éternels dans ces peines

• passagères qu’ils s’imposeront : • Quod si ipsi tibijudices fiant et veluti sure iniquitatis ultnres, hic in se voluntariam prénom seerrissimœ animadversionis exerceant; temporalibus priais mutabunl ceterna supplicia J. Et la raison en est évidente ; car par le sacrement de la pénitence se fait la réconciliation de l'homme avec Dieu : or, dans une véritable réconciliation on se relâche de part et d'autre. Voyez de quelle sorte Dieu se relâche : dès la première démarche, il nous quitte la peine éternelle. Quelle serait, pécheur, ton ingratitude , si tu refusais de te relâcher, en subissant volontairement la peine temporelle qui t’est imposée I si tu rejettes cette condition, la réconciliation ne se fera pas; car Dieu use tellement de miséricorde , qu'il n'abandonne pas entièrement les intérêts de sa justice , de peur de l'exposer nu mépris : « Personne, dit

• saint Augustin 4 , ne reçoit la rémission d’une « peine plus considérable , à moins qu'il n’en su- « bisse une autre , quoique beaucoup moindre

• que celle qu’il devait ; et c'est ainsi que la li-

• béralité de la miséricorde s’exerce, afin que l'é- ■ quitédeladisciplincne soit point abandonnée. • IVvllus débita; gravions pœnœ accipil veniam, nisi qua/emeumque etsi longe minorent quant debebat, solverit pœnam ; alque ita impart dur largitas misericordiœ, ut non rclinqvatur etiam justifia disciplina;.

Il faut donc peser la condition sous laquelle Dieu oublie nos crimes, et se réconcilie avec nous; c'est à charge que nous subirons quelque

1 Jeton, xvn, t.

* Joël, il , 13.

* Jul. Pomer. De FU. ronlem. Mb. Il , cap. ni , a*}.

1 S. .4»j. lih. de Cantin, cap. vi, n" 13, (. ti , col. 60t.

Sim LA SATISFACTION.

SÏ8

peine satisfactoirc , pour reconnaître ce que nous devons à sa justice infinie, qui se relâche de l'éternelle. Aussi voyons-nous clairement cette condition importante dans les paroles du compromis qu'il a voulu passer avec nous pour se réconcilier : car, remarquez ici, chrétiens, le mystère de la réconciliation dans le sacrement de la pénitence. Dans cc différend mémorable entre Dieu et l'homme pécheur, afin d’accorder les parties , on commence à convenir d’arbitre, et on passe le compromis. Cet arbitre, c’est Jésus-Christ, grand pontife et médiateur de Dieu et des hommes; mais Jésus-Christ se retirant de ce monde, il subroge les prêtres en sa place , et leur remet le compromis en main. Toutes les deux parties conviennent de ces nrbitres ; Dieu en convient , puisque c’est son autorité qui les établit ; les hommes aussi en conviennent , lorsqu'ils se viennent jeter à leurs pieds: il faut donc que ces arbitres prononcent ; mais de quelle sorte pronuncerontits? suivant les termes du compromis. Lisons donc les termes du compromis, et voyons les conditions sous lesquelles Dieu se relâche.

Voici comme il est couché dans les Écritures : Quœcumque sol ve ri lis super terram , erunl salula et in cœlo ' : * Tout cc que vous délierez sur - In terre, sera aussi délié dans le ciel : » voilà les paroles par lesquelles Dieu se relâche. Faites donc, nrbitres établis de Dieu , ce que Jésus-Christ vous permet; et déliez entièrement le pécheur, sans lui rien imposer pour son crime. Chrétiens , cela ne se peut ; car achevons de lire le compromis : Quœcumque alliyaveritis super lerram, erunt tigata et in cala : ■ Tout ce que vous lic- • rez sur In terre, sera aussi lié dans le ciel. - Il lui est donc permis dedélier; mais il lui est ordonné de lier : voilà l'ordre qui lui est prescrit, et cette loi doit être la nôtre ; car ce mystérieux compromis ayant été signé des parties, il leur doit servir de loi immuable. Jésus-Christ l’a signé de son sang au nom de son Père , et comme procureur spécial établi par lui pour cette réconciliation : tu l'as aussi signé , pécheur, quand tu t’es approché du prêtre en vertu de cette parole etdc ce traité. Jésus-Christ l’observe de son côté, et il te remet volontiers la peine éternelle : que reste -t-ll donc maintenant , sinon que tu l'exécutes de ta part avec une exacte fidélité ? Exhortation a satisfaire... passage nu second point. Cette nécessité de la satisfaction étant solidement appuyée, voyons à présent quelle elle doit être. .

SECOND POINT

Je dis, pour ne point flatter les pécheurs, qu'elle doit être très-sévère et très-rigoureuse ; et

* .Vatlh. % VIII » IH.

quand je l’appelle tres-rigourcuse, ce n'est pas qu'effectivement nous dussions l'estimer telle : car si nous considérons attentivement de quelle calamité nous délivre cet échange miséricordieux qui se fait dans la pénitence, rien ne pourrait nous paraître dur; si bien que cette pénitence n’est dure qu'à cause de notre lâcheté et de notre extrême délicatesse. Mais afin de la surmonter, appuyons invinciblement cette rigueur salutaire par le saint concile de Trente; et vous proposant trois raisons par lesquelles ce saint concile établit la nécessité de satisfaire , faisons voir manifestement quelles prouvent la sévérité que je prêche.

La première raison des Pères de Trente , c’est que si Injustice divine abandonnait entièrement tous scs droits , si elle relâchait aux pécheurs tout ! ce qui leur est dû pour leurs crimes, ils n’auraient pas l'idée qu'ils doivent avoir du malheur dont ils ont été délivrés ; • et estimant leur faute légère, « par la trop grande facilité du pardon , ils tom-

• lieraient aisément dausde plus grands crimes. > De là vient que, dans ce penchant et sur le bord de cc précipice , pour ne point lâcher la bride à la licence des hommes, Dieu, en leur quittant la peine étemelle , > les retient , comme par un frein ,

• par la satisfaction temporelle; » quasi frœno quodam , dit le saint concile de Trente

Et certainement, chrétiens, il est bien aisé de conuaitre que tel est le conseil de Dieu , et l'ordre qu’il lui plait de teuir avec les hommes ; car il n'y a aucune apparence que ce Père miséricordieux en relâchant la peine éternelle , en voulût réserver une temporelle, s’il n’y était porté par quelque rai son importante. Et quel le raison y aurait-il qu’apiès s'être relâché si facilement d'une dette si considérable, c’est-à-dire, la damnation et l’enfer, il fit ledur et le rigoureux sur une somme de si peu de valeur comme est la satisfaction temporclle? Il quitte libéralement cent millions d'or, et il fait le sévère pour cinq sous. 1 1 fait quelque chose de plus ; car il y a bien moins de proportion entre l’éternité de peines dont il nous tient quittes, et la satisfaction qu’il exige dans le temps. D’ou vient donc cette sévérité dans une si grande indulgence? Dieu est-il contraire à lui-même? et celui qui donne tant , pourquoi veut-il réserver si peu de chose? c’est par un conseil de miséricorde qui l'oblige à retenir les pécheurs, de peur qu'ils ne retombent dans de nouveaux crimes. Il sait que la nature des hommes, portée d’elle-méme au relâchement, abuse de la facilité du pardon pour passcrau libertinage : il sait que s’il laissait agi rsa miséricorde toute seule , sans laisser aucune marque de sa justice, il exposerait l'une et l'autre û 1 S*j>. xrv, cap. vin.

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