SI! B LA SATISFACTION
un mépris tout v isible , à cause de la dureté de nos cœurs. Ainsi donc , en se reléchant , il ne se relâche pas tout à fait : la justice ne quitte pas tous scs droits; et s’il ne l'emploie plus u punir les pécheurs comme ils le mériteut , par une damnation éternelle, il l’emploie du moins à les retenir dans le respect et dans la crainte par quelque reste de peine qu’il leur impose. Que si ces peines sont si légères qu’elles ne soient pas capables de donner de l’appréhension aux pécheurs , qui ne voit que par cette lâcheté nous éludons manifestement le conseil de Dieu? Un Pater, un Ave Maria, un Miserere peut-il faire sentir à un pécheur, qui a commis de grands crimes, quelle est l’horreur de son péché , que! est le péril d'où il est tiré , et la peine qui lui était due? il faut quelque chose de plus rigoureux.
Prenez donc garde , ô confesseurs , ce n’est pas moi qui vous parle , c’est le concile de Trente qui vous avertit; c'est Dieu même qui vous ordonne de prendre garde à ses intérêts. Je les remets, ditil , en vos mains : déliez , je vous le permets ; mais liez, puisque je l'ordonne : vous êtes les juges que j’ai établis, vous êtes les ministres de ma honte et de ma justice; usez de ma miséricorde, mais ne l'abandonnez pas nu mépris des hommes par une molle condescendance : faites sentir aux pécheurs l'hurreur du crime qu'ils ont commis, par quelque satisfaction convenable ; et tâchez par là de les retenir dans la voie de perdition dans laquelle ils se précipitent; de peur que votre facilité ne leur soit une occasion de libertinage, et qu'abusant de votre indulgence, ils ne fassent une nouvelle injure au Saint- Esprit par leurs fréquentes rechutes.
La seconde raison du concile , c'est que la satisfaction est très-nécessaire pour remédier aux restes des péchés , et déraciner les habitudes vicieuses. Pour entendre profondément cette excellente raison, il faut remnrqucrque le péchcnune double malignité : Il a de la malignité en luimême, et il en a aussi dans ses suites. Il a de la malignité en lui-même, parce qu'il nous sépare de Dieu ; il a de la malignité dans scs suites, parce qu’il abat les forces de l'âme, et y laisse une certaine impression , pour retomber dans de nouvelles fautes. C’est ce qu'on appelle l’habitude vicieuse; et cette vicieuse habitude ne s’éteint pas , encore que le péché cesse : elle demeure dans nos cœurs comme une pépinière de nouveaux péchés; c’est un germeque le péché efTacé laisse dans les âmes par lequel il espère revivre bientôt, c’est une racine empoisonnée, qui dans peu fera repousser cette mauvaise herbe. C'est pour détruire ces restes maudits, c'est pour arracher ces habitudes mauvaises, que le concile de Trente a
bossitt. — r. u.
déterminé que la satisfaction était nécessaire : et la raisonenest évidente. Car qu’esl-ce autre chose qu’une habitude, sinon une forte Inclination? et comment la peut-on combattre, sinon en faisant effort sur soi-même par les exercices mortifiants du la pénitence? D’où je conclus , en passant plus outre , que cette pénitence doit être sévère , parce que l'inclination est puissante. C’est ce qui fait dire à saint Augustin, qu’il faut faire une pénitence rigoureuse, « afin , dit ce grand personnage,
■ que la coutume de pécher cède à la violence de
■ la pénitence : » l/l tiolentiœ pcenitendi cédât consuctudo peccandi'.
Il faut donc nécessairement que la pénitence ne soit pas molle; il faut qu'elle ait de la violence pour surmonter la mauvaise habitude , parce que la mauvaise hnbitude donne une nouvelle force et une nouvelle impétuosité à l'inclination naturelle que nous avons au mal par la convoitise : si bien que l'habitude est un nouveau poids ajouté à celui de la convoitise. Que si nous apprenons, par les Écritures, qu il faut que nous nous fassions violence pour résister à la convoitise, combien plusen devons-nous faire à une convoitise fortifiée par une longue habitude? Ne t'imagine donc pas, ô pécheur! que tu puisses résister à un si grand mal par une pénitence légère; que tu puisses te dépouiller de cette ivrognerie si enracinée par quelque petite application à une prière courte et souvent mal faite? Il faut avoir recours nécessairement à cette violence salutaire de la pénitence ; il faut se mortifier par des jeûnes , et réprimer les dépenses excessives de tes débauches par l'abondance de tes aumônes : VI violcntiœ pcenitendi cédât consuctudo peccandi.
La troisième rason du concile, et qui me semble la plus touchante, c’est que nous devons satisfaire à Dieu par les peines .salutaires de In pénitence , pour nous rendre conformes à Jésus- Christ. C’est lui en elTet, chrétiens, qui est ce parfait pénitent qui a porté la peine de tous Ica péchés, en se faisant la victime qui les expie : si bien que pour lui être semblables dans le sacrement de la pénitence , il faut que nous nous rendions des victimes mortifiées par les peines salutaires qu’elle nous impose. Car, mes frères, il faut remarquer que les sacrements de l’Église , comme ils tirent toute leur vertu de la passion de notre Sauveur, aussi en doivent-ils porter en eux-mêmes, et imprimer sur nous une vive image. Ainsi dans le sacrement de la sainte table , nous annonçons la mort de Notre-Seigneur, comme dit le divin apôtre 1 : ainsi , dans la pensée du même docteur, nous sommes « ensevelis
• InJoaa. Tract. xuv.n- I», m.part. „ rn|, „7.
1 I. Cor. il, 28.
suit LA SATISFACTION.
■ avec Jésus-Christ dans le saint baptême 1 ; ■ et c’est pourquoi l'Église ancienne plongeait entièrement dans les eaux tous les fidèles qu'elle baptisait, pour représenter plus parfaitement cette sépulture spirituelle : ainsi dans la confirmation on imprime sur nos fronts la croix du Sauveur, pour nous marquer d'un caractère éternel qui nous doit rendre semblables & Jésus- Christ crucifié. N'y aura-t-il donc, chrétiens, que le sacrement de la pénitence qui ne gravera point sur uous l'image de la mort de notre Sauveur? Non, il n'en sera pas de la sorte, dit le saint concile de Trente. La pénitence étant un second baptême, il faut que cc qui a été dit du premier soit encore vérifié dans le second , que
• tout autant que nous sommes qui sommes bap- . Usés en Jésus-Christ, sommes baptisés en sa
• mort : ■ In morte ipsius baplizati sumus \ Kt comment est-ce que la pénitence imprime sur nos corps la mort de Jésus? Écoutez parler le sacré concile : C’est alors, dit-il, que nous subissons quelque peine pour nos péchés , que nous nous baptisons dans nos larmes , et dans les exercices laborieux que l'on nous impose ; * d'ou vient aussi
- que la pénitence est nommée un baptême laborieux s. » Et par là ne voyez-vous pas combien la pénitence doit être sévère ?
Nous apprenons du sacré concile , que nous j devons nous rendre conformes à Jésus-Christ crucifié par les pénitences que nous subissons. Ah! mou Sauveur, quand je considère votre tête couronnée d’épines, votre cliair si cruellement déchirée, je dis aussitôt en moi-même : Pauvre ver écorché , quoi I une courte prière , un Pater, un Ave Maria, un Miserere sont-ils capables de nous crucifier avec vous? ne faut-il point d'autres dons pour percer nos pieds qui tant de fois ont couru au crime, et nos mains qui se sont souillées du bien d’autrui par tant d’usures cruelles? Il faut quelque chose de plus pénible ; et c’est pourquoi le sacré concile avertit sagement les confesseurs , qu’ils donnent des pénitences proportionnées. • Les prêtres doivent donc, dit ce saint -concile, imposer des satisfactions salutaires,
- convenables, proportionnées à la qualité des
- crimes et au pouvoir des pénitents, selon que
- l'esprit de prudence le leur suggérera : - Mettent ergo sacenlotes ftomini, quantum spiritus et prudenlia sugyesserit, pro qualilate criminum et pamitentium facuttate, satutares et convenientes satis/actioncs injungere A Et ce qu’il leur prescrit d’user de prudence, sachez et
* Rom.\ i,4.
» Ibid. 3
1 Sets. *IV, de P>r*éi. cap. il.
* Vbt mpra , cap. a III.
entendez , A pécheurs 1 que ce n'est pas pour les faire relâcher à cette condescendance molle et languissante que votre cœur insensible et impénitent exige d’eux : car cette prudeneequ’on leur ordonne , n'est pas cette fausse prudence de la chair qui flatte les vices et les désirs corrompu» des hommes; c’est une prudence spirituelle qui sacrifie la chair pour sauver l’esprit. C’est pourquoi le concile dit : Quantum spiritus et prudenlia suggesserit : Ayez de la prudence , dit ce saint concile; non pas une prudence qui suive la chair, mais une prudence guidée par l’esprit : spiritus et prudenlia. Et afin de leur faire crain dre un relâchement excessif, il les avertit sagement que s’ils agissent trop indulgemmcnt avec les pécheurs, en leur ordonnant des peines trèslégères pour des péchés très-griefs, ils se rendent participants des crimes des autres.
O sentence vraiment terrible! Que répondront devant Dieu ccs confesseurs lâches et complaisants , qui auront corrompu par leur facilité criminelle la sévérité de la discipline; lorsqu’ils verront d'un côté s'élever contre eux les I’cres qui ont fait les canons, et particulièrement ceux de Trente , qui les ont avertis si sérieusement du péril ou les engageait leur fausse et cruelle miséricorde; et de l'autre, les pécheurs mêmes, dont Ils auront lâchement flatté les inclinations corrompues? C’est vous, diront-ils, qui nous avez damnés , c’est vot re pitié inhumaine , c’cst votre indulgence pernicieuse. O Seigneur, faites-nous justice contre ces ignorants médecins qui, pour trop épargner le membre pourri , ont laissé couler le venin au cœur; contre ces lâches conducteurs qui ont mieux aimé nous abandonner à la liccnco par une flatterie dangereuse, que de nous retenir sur le penchant par une discipline salutaire. Que reste-t-il donc , chrétiens , sinon que les prêtres et les confesseurs évitent cette double accusation des pontifes et des conciles, qui les reprendront d’avoir méprisé leurs lois , et des pécheurs qui so plaindront justement de cc qu’ils n'ont pas guéri leurs blessures? Ahl disait à ce sujet autrefois un très-saint évêque de France : je ne me sens pas assez innocent pour me vouloir charger des péchés des autres ; et je n’ai pas assez d'éloquence pour pouvoir répondre aux accusations qu'in tenteront un jour contre moi tant de saints et admirables prélats qui ont fait les lois des conciles : Ego me in hoc periculo mittere omnino non audeo, quia nee tatia sunt mérita mea, ut aliorum peccata in me excipere prœsumam , nectantam eloquentiam habeo, ut ante tribunal Christi contra toi a c tantos sacerdotes qui canones statuerunt, dicere audeam. Voilà quels doivrnt être les sentiments des confesseurs. Ache-